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 Errances multiples

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Nelly Watts

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Date d'inscription : 03/02/2016

MessageSujet: Errances multiples    Ven 5 Aoû - 15:15

Un peu, beaucoup, passionnément… Oh oui, Nell était bleue de son Dave. Loin d’être un coup de tête ou de coeur, juste une passade en très agréable compagnie, son amour pour ce bel écrivain avait mûri au fil des aventures communes. Même si elle en pinçait un poil pour ce grand gars – qui n’aurait pas été charmée ? - ce furent ces moments parfois dramatiques ou marrants qui la convainquirent définitivement que Dave pourrait bien être celui attendu. Sans trop y croire au départ, peu à peu s’était forgée une solide amitié qu’elle n’espérait pas tant voir évoluer jusqu’à recevoir une bague renversante et des baisers plus qu’amicaux. Ben oui, Nell avait fondu, et alors ? Céder ? Non, non ! Il n’avait rien exigé, elle non plus du reste. En toute connaissance de cause à effets ils avaient communié au calice du bonheur.
Mariage ? Sans doute que certains attendaient cela, eux pas, pas si rapidement en tout cas. Pas qu’il soit question d’une suspicion quelconque envers l’autre mais les jeunes gens estimaient avoir le temps avant de fonder un vrai foyer, voilà tout.  
L’entente était parfaite sur tous les plans. On se taquinait gentiment, s’aimait à l’occasion, tout en travaillant avec acharnement au livre de Dave.
Le « hic » survint pourtant.
Quand exactement cela commença-t-il ? Nell n’en savait rien. Peut-être bien dès leur retour d’escapade post gala ? La maison de Dave – qu’il n’occupait jamais – avait été ravagée par un immense incendie. Son chéri s’en fichait royalement :
 
On en cherchera une autre que tu aimeras...    
 
Des projets communs ? Nell approuva. N’empêche que l’acte était criminel…
 

Ne penses-tu pas qu’on ait délibérément voulu te nuire ? La vindicte était âpre au gala…
 
On était passé à autre chose, mais au mariage d’Henry et Louise des mots frappèrent Nell :
 
Quand on aura leur âge, j'espère que tu continueras de m'aimer Nell...et que nos enfants pourront sentir pour moi ce que je sens pour Henry...
 
Des enfants ? Dave désirait des enfants avec elle ??  C’était à la fois touchant et… angoissant.
À franchement parler, Nell ne s’était jamais représentée en maman. Son avenir, elle ne l’avait, jusqu’ici, entrevu qu’en défis permanents.  La stabilité ? Une maison, des gosses… ? Dans le fond, pourquoi pas ? Du moment que ce n’était pas de suite...  Pas comme Toni et Martin qui allaient convoler incessamment.
Nell était heureuse pour ses amis qui rayonnaient mieux que le soleil, vu la saison. Les préparatifs allèrent bon train et tous participaient à leur façon afin de rendre unique le D Day.  
Demoiselle d’honneur est un rôle assez difficile à assumer aux USA. Le moindre détail reposait sur les épaules de Nell. La pauvre n’y connaissait que dalle et, sans les conseils de Louise, les noces auraient été un fiasco total. Cela se passa bien, ouf. Invités rares, agencer église et réception au foyer des sans abris, tout baigna, sauf… Dave. Pâle, traits tirés, une méchante sueur au front…
 
Tu ne te sens pas bien ? Qu’est-ce qui cloche ?
 
Il l’avait rembarrée assez sèchement. Le marié dut même examiner le patient récalcitrant que tous couvèrent plus ou moins.  
 
Martin dis-moi qu’il va bien, l’accrocha-t-elle peu après la consultation d’urgence.
 
Ouais… Lescot tenta de noyer le poisson mais il mentait mal. Il se sentait dépassé selon le flair de Nell.  
On s’en tint là car cela sembla s’arranger, pas très longtemps hélas.
Histoire de ne pas l’irriter, Nell ne commenta pas ce qu’elle remarqua au fil des jours : énervements, mauvais sommeil, répliques acerbes… Intérieurement, elle commençait à s’énerver aussi tout en s’interrogeant copieusement avec inquiétude. On l’avait prévenue, non ? Dave était jugé instable par ses ex. Était-ce comme cela qu’il agissait envers elles ? Nell aurait juré que non. Quelque chose d’autre arrivait. La découverte de poupée grossière ne fit qu’accroître son malaise. Bien sûr, Dave réfuta toutes les possibilités l’accusant, elle comme les autres, de se mêler de ce qui ne la regardait pas.
Maintenant, il désertait leur lit. Mots d’amour, gentillesse, tout était envolé. De plus, il se négligeait gravement et écrivait du grand n’importe quoi. Trop, c’était trop : elle lui fonça dans le lard :
 
Quand est-ce que tu comptes réagir, larve immonde ! Tu écris comme un cochon, tu sens le cochon !... des admirateurs t’envoient ces poupées ? Tu deviens chèvre, une vraie étable en fait !  
 
C'est décevant que tu dises ce genre de connerie...allez, laisse-moi en paix...Ça suffit, Nell...veux plus rien entendre...TAIS-TOI!!! TAIS-TOI!!!
 
C’est ce que tu veux ? Eh bien, tant pis pour toi, adieu !
 
Il ne lui laissa pas l’occasion de déserter, la rattrapant avant la porte. Où était passé le Dave aimant, blagueur ? Là se tenait un être dément roulant des yeux fous :
 
Je devrais te tuer...je vais te tuer!!!
 

C’est pas toi ! Lâche-moi ! AU SECOURS, au secours !!!
 
Il voulait bel et bien l’étrangler sur place. Sans ses cris et ruades furieuses, Dieu sait ce qu’il serait advenu d’elle.
Louise la secourut, pauvre épave en pleurs, tandis qu’Henry cavalait derrière le forcené.  
État de choc ? On l’aurait été à moins. Louise, Henry et Johnny avaient soustrait une fille à demi dingue des crocs d’Oscar. Apparemment elle, et peut-être d’autres comparses, droguait Dave à son insu. Veine pour cette Nancy d’avoir été embarquée par la police, sinon Nell n’aurait pas donné cher de sa peau.  
Ceci expliquait cela. Néanmoins, la jeune fille était blessée, cassée, à l’intérieur.
 
*Au moins, il n’a pas achevé de t’occire, idiote !*
 
Cela la rassura un peu quant aux sentiments de Dave à son égard. Elle écouta, en semi-conscience, ce qui se passait autour d’elle. Sacré Henry ! Il culpabilisait à fond la caisse pour les avoir tous implantés à leur insu.  La nouvelle en soi était gênante quoique rassurante. Localiser un glisseur perdu était désormais possible ! Warrington et Majors tentèrent bien le coup sauf qu’avec les drogues reçues Dave était très instable.       
 
Autant chercher une aiguille dans une meule de foin…
 
Nell vit rouge :
 
QU’ON NE ME PARLE PLUS DE FOIN OU JE PÈTE UN CÂBLE !!
 
 Un peu calmée face à l’effarement provoqué par sa tirade, elle demanda :
 
Les effets s’estomperont quand, en a-t-on idée ?  Où se situait-il aux derniers relevés ?
 
Pas à dire, son amoureux explorait lieux et temps. De l’Australie primitive à l’Alaska contemporaine, il avait glissé au moins cinq fois en l’espace d’une heure.
 
John, vois-tu un schéma quelconque dans ces déplacements ?
 
C’est toi qui le connais le mieux, à toi de le dire, lui rétorqua un Majors à cran.
 
Je… je n’y comprends rien. Si toi et Henry voulaient bien nous éclairer sur le fonctionnement de cette puce, peut-être que je pourrai ajouter une lumière…   
 
Dans leur simplicité ultra complexe, des explications suivirent.
Nell demeura coite quelques instants, le temps d’assimiler les données puis elle se leva :
 
Je vais glisser. Faut juste synchroniser le boîtier de Dave avec le mien, vous savez comment. Préparez le bidule, je m’équipe.
 
Personne n’osa s’interposer devant une puce montée sur ressorts. Un sac fut bourré de ravitaillement, trousse médicale, armement, vêtements, etc.
 
Je vais le pister. Nos lignes finiront bien par se croiser… NON ! Ma décision ne regarde que moi, donnez-moi juste les nouvelles coordonnées, au besoin.
 
L’Alaska contemporain étant le dernier endroit où Dave s’était stabilisé, elle y fonça.  
 
Depuis des mois, John Majors couvait un ressentiment profond dont, apparemment, personne ne s’était aperçu. Qu’y pouvait-il si la petite Nell lui avait tapé dans l’œil ? D’assez près, trop ou pas assez à son goût, il avait dû subir l’évolution de la relation entre sa chérie et le chouchou d’Henry. Jaloux ? Un peu, beaucoup… Peu importait. Qu’avait donc ce Dave qui fasse tant craquer les plus endurcies ? Lui, John, ne déméritait en rien. Il était grand, élancé, bien bâti quoi. Très poli, correct sous tous rapports, fidèle aussi… Louise était la mère qu’il n’avait pas connue, en quelque sorte. Elle ne l’avait jamais déçu, et il était fier de la servir même si Henry l’avait séduite, chose naturelle en soi. Ceux-là étaient faits l’un pour l’autre mais Nell aurait été mille fois mieux avec lui, l’obscur laborantin, qu’avec ce séducteur de ces dames qui payait enfin ses frasques. Johnny ne pouvait que se réjouir de cette évasion très opportune. S’il avait eu vent du complot visant Dave, peut-être y aurait-il participé. Les choses en étant là, il ne lui restait plus qu’à empêcher la réunion entre son amour et l’autre, celui qu’elle pensait aimer. Synchroniser les boîtiers ? Un jeu d’enfant sauf quand un grain de sable vient gripper le système. Agir avec tant d’yeux alentours demanda ruse et fiel. John ne pensait qu’à récupérer une Nell épuisée dans une quête vouée à l’échec quand il modifia discrètement certains paramètres.  
 
*Elle sera toujours en retard… finira par rentrer, et me trouvera…*
 
Anchorage.
 
Brrrrr ! Heureusement que Nell s’était préparée au grand froid. Bien emmitouflée, son sac sur le dos, elle devait ressembler à un ourson bossu mais peu importe.  Elle savait où la famille de Dave habitait. Un taxi l’y conduisit sans poser de question. Par contre, elle tomba en pleine effervescence chez les Clayton. Même du seuil où la laissa plantée une boniche, Miss Watts perçut des éclats de voix. Dès qu’elle fut annoncée, le brouhaha cessa et un couple connu quoique très énervé la fit entrer.  
 
Ma chérie, l’enserra un père affolé. Je suppose que vous venez récupérer notre chenapan de fils ? Maria, aidez donc cette jeune personne à se débarrasser de son attirail !  
 
Maman Clayton alla jusqu’à lui baiser la joue glacée en lui serrant les mains :
 
Qu’est-ce qui cloche chez Dave ? Il est devenu fou, c’est ça ? Mais venez au salon. Vous devez être épuisée après un tel vol.  
 
Ne les contredisant pas, Nell suivit le mouvement, écoutant surtout les commentaires des parents secoués par une visite express de leur cadet.  
 
Il n’est donc plus ici ? soupira la jeune femme.
 
Vous le ratez de peu. On l’a cherché dans toute la maison. Il n’y est d’ailleurs resté qu’à peine une heure si je compte bien.  
 
On a cru à une dispute d’amoureux mais il y avait autre chose, n’est-ce pas ?    
 
Oui, Mrs. Clayton. Quelqu’un l’a drogué ; il ne sait plus trop ce qu’il fait.
 
Ces quelques mots semblèrent hautement satisfaire les parents qui se calmèrent rapidement :
 
Il nous a balancé de ces tirades ! À croire que nous étions des démons incarnés. De telles grossièretés dans la bouche de mon chéri ne lui ressemblent pas. Nous l’aimons, vous savez ? Il n’a pas répondu à nos attentes, nous l’avons un peu rejeté mais de là à nous insulter ainsi…
 
Il n’était pas lui-même, rassura Nell qui se fichait pas mal du désespoir de ces fats. Elle désirait des indices :
 

A-t-il mentionné un endroit particulier où il voulait se rendre ?  Je dois le retrouver avant qu’il ne commette plus de bêtises…  
 
Les Clayton se concertèrent du regard, interrogatifs.
 
Il… Il a fouillé la bibliothèque. C’est très en désordre maintenant…   
 
Vos bonnes ou majordomes y remédieront. Où est-ce ?  
 
Nell ne mettait pas de gants ? Et alors ? Il y avait plus urgent que de passer la pommade à ces gens.
En effet, une belle pagaille régnait dans le temple du livre comme quoi une tornade nommée Dave y avait sévi. Des dizaines voire des centaines de bouquins étaient éparpillés sur le sol. Un bref survol permit à Nell de repérer une certaine cohérence dans ce fouillis qu’elle parcourut sous l’œil intrigué des Clayton.
Pas la joie… de la Patagonie à Paris, le P était très présent.  
 
Vous y comprenez quelque chose ? demanda papa.
 
Pas vraiment, je l’avoue. Puis-je avoir accès à un ordinateur, s’il vous plait ?

 
Elle n’en avait nul besoin mais les parents de Dave ne pigeraient pas qu’elle puisse communiquer instantanément avec l’autre bout de l’Amérique.
 
Johnny ?... Ouais, ça va. Je l’ai loupé, murmura-t-elle dans son oreillette tout en faisant semblant de pianoter le clavier. Où semble-t-il être à présent ? … Paris ? Ok, j’y vais.  
 
Vider les lieux sans une explication était gênant. Bah !
 
Je dois partir illico. Merci de votre accueil, je vous tiendrai au courant, bye !
 
Mais…
 
Dès la porte claquée derrière elle après avoir revêtu sa doudoune, Nell glissa.  
La capitale française en janvier ne brillait guère. Si Dave l’avait accompagnée, sûre que cette virée aurait été autre à cette époque. Pourquoi Dave y était-il revenu ? Certes, ils en avaient discuté pour le roman… Est-ce que, malgré la drogue qui obscurcissait sa raison, Dave poursuivait un but précis ?  
Soudain, au pied de la tour Eiffel, le déclic se fit :
 
*NDD ! Il se prend pour son, notre, héros !... Concentre-toi, Nell…*
 
Dans leurs délires romanciers, ils avaient imaginé bien des situations. L’une d’elles paraissait correspondre pile poil.
 
*Rappelle-toi, Nell !!!*
 
Dans leurs écrits, le héros ne faisait que baguenauder à Paris à la recherche d’une carte qui le mènerait…
 
*Zut ! La terre de feu ! *
 
 Plus de 13000 ans en arrière ! Seigneur, comment réaliser ce saut ? 
 
Johnny savait où Dave s’était rendu. Il ne communiqua pas l’info à Nell perdue à Paris.
 
*Elle va y tourner en rond des jours durant tandis que l’autre se fera bouffer, avec un peu de chance… *
 
Il ignorait la profondeur des liens entre Dave et Nell. Elle pensait avoir compris la « folie » de Dave. Aussi, elle glissa sans prévenir.
 
*Où est-elle passée ? paniqua John en maltraitant ses claviers. NOOON !!*
 
L’ourson bossu creva de chaud sous sa pelisse en atterrissant sur un sol rocailleux. Autour d’elle s’ouvrait un panorama fascinant oscillant entre montagnes enneigées, ciel d’azur pur, collines boisées et… panaches de fumées de volcans.
Commençant à se dévêtir, Nell remarqua qu’elle était loin d’être seule. Arcs bandés, flèches ne demandant qu’à la transpercer, elle était une proie de choix pour ces chasseurs bigarrés.  Que faire ? Elle les ignora purement et simplement en rangeant son gros manteau par gestes modérés. Sa peau très blanche, sa chevelure cuivrée eurent immédiatement un effet pas piqué des vers sur les autochtones.  
 
*Merde ! Ils se comportent comme dans la guerre des étoiles 3 avec C-3PO…*
 
De taille, elle les égalait plus ou moins. Les voir courber l’échine, abandonner toute vindicte, l’agréa. Nell hocha de la tête en assentiment, prête à dégainer quand même en cas de besoin. Bon, monter sur cette sorte de palanquin, admettons.
 
*Du moment qu’ils ne font pas de moi leur dîner…*
 
Tout au contraire, on l’honora telle une déesse venue du ciel. Le transport chaotique s’acheva à l’entrée d’une caverne naturelle assez vaste pour contenir la communauté sans l’étouffer dans les volutes des foyers allumés. Ici et là les murs s’ornaient de dessins stylisés dans lesquels des scènes de chasse étaient reconnaissables.  Nell enregistra les détails en veillant à suivre le mouvement plutôt qu’y résister. Une activité assez fébrile se déclencha quand un être haut en couleurs harangua ses gens. Malgré tout son savoir, Nell ne pigea strictement rien au baragouin primitif où claquement de langue et gestes étaient nombreux.  
 
*Henry devrait nous fabriquer un traducteur instantané…*
 
 La population se comportait amicalement sous les directives du « chef »( ?) qui l’égailla dans la nature tandis qu’on menait Nell dans un coin garni de peaux de bêtes près d’un petit feu.  
Manifestement, on voulait qu’elle s’y repose.  Dormir ? Là-dessus ? Pas question.  
Usant de tous les dialectes connus en mimant son vœu, on lui apporta enfin son sac à dos dont elle retira son couchage propre et douillet Une femme se planta résolument à proximité de son nid.
 
*Elle me garde ou me protège ? *
 
Peu importait. Nell s’empara du carnet dans lequel elle notait les événements. Si son raisonnement était correct, Dave ne tarderait pas. Aujourd’hui, demain ? Bientôt en tout cas.
Elle dut s’assoupir un peu car il faisait nuit quand sa nounou la ramena vers le centre de la caverne.
Manifestement, un banquet avait été préparé. Tous accroupis autour de l’âtre central, on dégusta ce que Nell imagina être du gibier. Lequel ? Bah. Au moins les primitifs connaissaient les bols en os. Manger avec les doigts était toujours mieux que de mordre à pleine dent un morceau de bidoche coriace passé de l’un à l’autre. Souvent, Nell marqua sa soi-disant approbation quant aux victuailles offertes. Avaler avec appétit ne pouvait que plaire aux indigènes, non ? En tout cas, elle sourit beaucoup même si son estomac se révulsait doucement mais sûrement par les mets étranges ingérés.
Soudain, son oreillette grésilla. Les autres l’avaient localisée ? Un peu paumée par les arômes des condiments, les breuvages fermentés, elle entendit nettement Louise l’avertir.
 
La réunion ? dit-elle tout haut. Quelle réunion ?... Mon Dieu, Dave ?  
 
Le groupe suspendit son babillage pour détailler cette étrange femme rousse qui causait seule et se levait pour filer au dehors. Pas un ne s’interposa à sa course mais plusieurs lui emboîtèrent le pas.
 
Dave, Dave ? hurla-t-elle sous la lune.  
 
Une haute silhouette se découpa bientôt dans la lueur blafarde d’un ciel d’antan.
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Martin Lescot
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MessageSujet: Re: Errances multiples    Ven 5 Aoû - 15:27

Toni, merveilleuse Toni !  Un rêve éveillé, en quelque sorte. Rêve qui avait bien failli devenir cauchemar sans un boîtier miraculeux. Jamais Martin ne révèlerait à qui que ce soit l’avenir sombre qu’il vivait sur une autre ligne temporelle. Toni n’avait pas besoin de savoir qu’elle était morte ni que lui s’était suicidé après avoir réglé son compte à l’empoisonneuse. Seul le temps présent comptait puisque Toni l’incarnait.  Méritait-il cette épouse magique ? Sans doute pas mais pas lui qui s’en plaindrait. Belle, marrante, intelligente et altruiste, que demander de mieux ?  
L’accueillir devant l’autel sembla se passer dans une autre dimension.  Il planait sans drogue à l’appui. Quel besoin ? N’était-elle pas sa drogue à lui ?
La réception sortait de l’ordinaire selon le souhait de sa chérie. Venant d’elle, tout lui convenait, alors pourquoi pas ne pas partager leur bonheur avec les démunis ?  Seule ombre en ce jour béni : Dave.  
Chassez le docteur en sommeil, il revient vous hanter. Durant toute cette journée radieuse, même si follement occupé à satisfaire les désirs de sa fraîche épouse, le Docteur Lescot remarqua une… anicroche dans le comportement de son ami. Le Dave brillant, blagueur, semblait avoir disparu en cédant la place à un être tracassé, souffrant de l’intérieur.
 
*Quels démons l’habitent ? *
 
Bien sûr, dans l’ambiance joyeuse déployée autour des mariés, le Dr Lescot fut distrait. Il ne rata cependant pas le malaise de Clayton.  Un examen – sommaire vu les circonstances – ne révéla rien de franc. S’il ne devait pas partir en voyage de noces, sans doute Martin aurait-il prescrit des analyses plus poussées, mais…
Des embrassades multiples plus tard, il embarqua sa Toni dans une escapade qui – il l’espérait – séduirait sa femme.  Henry, ce cher fou scientifique, ne leur avait-il pas offert un moyen extraordinaire de s’évader ? Autant expérimenter.
 
Une manipulation de boîtier à l’abri des curieux, il serra fortement sa Toni contre lui :
 
Prête ?
 
Et hop, le grand saut.  
 
Le paradis sur terre existait. Le tout était de choisir le bon endroit au bon moment. Avec brio, au vu des réactions de Toni, Martin leur avait déniché l’Eden. Température idéale, ni trop, ni trop peu. D’un côté une mer limpide, de l’autre des sommets sans méchants volcans. Le où et le quand importe peu. Ils étaient les nouveaux Adam et Eve de ce monde pur que même de  fâcheux moustiques n’investissaient pas. Pas âmes qui vivent sur cet îlot paradisiaque. Eau douce, cascades, fruits et poissons à volonté, que désirer de plus ?  Loin des contingences de la civilisation, Toni et Martin se ressourcèrent à fond.  Ni l’un ni l’autre n’était adepte du nudisme mais là… Qui leur jetterait l’opprobre ?
 
Au diable ces frusques, rit Martin en se dépoilant joyeusement. On nage ?    

 
S’ébattre dans les flots, pêcher, courir, explorer, s’aimer sous les cocotiers…  Un beau programme qui dura 7 jours au lieu des 15 prévus.  La faute à qui ? La sienne, évidemment.   
Qu’il le veuille ou pas, une partie de Martin était restée au 21 siècle auprès d’un Dave pas droit dans ses bottes. Sa finaude d’épouse ne fut pas dupe longtemps selon son propre aveu.  
Un jour qu’il revenait de la plage avec une énorme langouste qui lui avait donné du fil à retordre avant d’accepter de leur servir de repas, il fut sidéré de trouver Toni sapée de pied en cape en lui tendant ses vêtements :
 
… tu veux qu’on rentre maintenant ?  Mais…  C’est vrai, j’avoue, je ne cesse de penser à eux qui...  
 
Baisser le nez, admettre, que faire d’autre puisque Toni avait pigé de toute façon. Elle ne le prenait pas mal, au moins ça, d’autant qu’elle aussi pressentait des trucs pas cool depuis avant leur mariage.
 
Pourquoi tu ne m’as rien dit ? …
 
Elle avait fait semblant que tout baignait, comme lui…  Il ne l’en aima que plus.  D’un commun accord, ils manipulèrent le boîtier qui répondit correctement à leurs attentes.  
Tiens, il n’y avait personne dans le salon, ni au séjour ou en cuisine. Avec un sourire joint à un petit hochement complice du chef, M et Mme Lescot descendirent au bunker de Henry.  
 
Surpr…
 
Arrêt sur image. Dieu du ciel que se passait-il là ? Ils rêvaient ou Louise et Henry tabassaient-ils réellement John Majors ?  
D’un même élan, ils s’interposèrent :
 
Henry, hey, hey, c’est moi, Martin. Qu’est-ce qui ne va pas avec John?  
 
Toni avait du mal à contenir Louise et, bientôt, ce fut Martin qu’il fallut maîtriser.
 
Tu as fait ça ? Bougre de salaud !
 
Quelques baffes plus tard, soulagé d’avoir cogné, et parce que Toni insistait au calme,  Martin haleta sur la chaise où des bras aimants le forçaient à rester :
 
J’aurais dû comprendre, reconnaître les signes de cette intox... il est allé où, là…
 
Et merde.  Les signaux cafouillaient, nul ne savait avec précision où Dave atterrirait jusqu’à ce qu’Henry stabilise les paramètres. La nouvelle future position n’avait rien, mais alors rien d’encourageant : 6 avril 1892 à Shiloh Tennessee. On se replia dans la chambre de Henry afin de discuter plus à l’aise. Louise qui les avait laissés pour discuter avec son protégé fauteur de troubles ne tarda pas à les rejoindre. Son effarement fut à l’avenant de ceux qui savaient pour cette date par trop mémorable de l’histoire des USA.
 
Celle-ci sera une des batailles les plus sanglantes...et si Dave est là...
 
On va y aller, l’intercepter, déclara Martin en prenant la main de Toni. On doit tirer Dave de là…
 
Là où et… quand ? intervint Mrs. Clayton entrée en douce avec son inséparable Mrs. Watts aux basques. Je n’ai pas trop saisi ce qui se tramait ici, sauf que mon petit-fils sembla avoir disparu…
 
Et ma fille aussi !... 
 
Silence mortel.
 
Je vous en prie, ne répondez pas tous en même temps, ironisa la mamy. Dave et Nell sont en danger ? Vous les avez… égaré dans le temps ?
 
Henry grogna. Louise s’interposa avec diplomatie, ce qui n’empêcha pas Martin de déclarer :
 
Vous n’avez aucune inquiétude à avoir. Quelle que soit la bourde produite, rien n’est définitif et Louise peu importe l’heure à laquelle Dave arrivera on le récupèrera quand on veut, sais de quoi je cause.
 
On le regarda étrangement mais il n’avait aucune envie là, de suite, de s’étendre sur son affreuse expérience personnelle. Très sûr de lui, comme en pleine opération chirurgicale, il dit :
 
Majors a envoyé Dave à un moment critique. Avec succès, nous avons déjà sauvé le Titanic et certaines têtes royales…
 
Co… comment ? s’assit brutalement Mrs. Clayton. Vous avez…
 

Ne vous inquiétez de rien, chères dames. Henry et Louise complèteront votre enseignement mais avec ma femme, nous allons nous préparer à glisser.  
 
À faire quoi ?? s’étrangla Elisabeth.
 
Ce n’est pas l’heure de patiner ! rouspéta Kathleen.
 
Lescot ne répondit pas. Entraînant Toni à sa suite, il ordonna :
 
Henry prépare les coordonnées d’interception, calcule les variables, les options les plus sécurisées. Si on se trompe… change de ligne Viens, ma chérie.  
 
En grimpant les étages, il consentit à quelques mots :
 
Je me doute que tu ne veux pas rester, j’ai tort ?... on va prendre du matos. Si tu veux bien, bourre des sacs avec du linge… Ah… c’est vrai que l’on n’a pas encore de garde-robe multi historique… On avisera sur place au besoin. Mets tout ce que tu juges utile, je fais pareil.  
 
La pharmacie fut dévalisée, boîtes de médicaments, pansements, ampoules, sutures, etc.
 
Au labo, quand ils y redescendirent, l’ambiance était… bizarre. Les dames tiraient la tête. Johnny, à son poste, même si un tant soit peu amoché, affichait profil bas sous la haute surveillance de son mentor.
 
Oui, j’emporte Oscar.

 
Pas de blabla futile, questions. Au feu vert, les bidules s’enclenchent.
 
Ça va ? demanda Martin anxieux envers son épouse.
 
Elle était ok mais avait un peu de mal avec le toutou voulant se libérer de sa laisse.  
 
C’est absolument… dingue, s’effondra presque Mrs. Clayton qui regardait les images défiler sur les moniteurs.
 
La déflagration les prit de court. En principe, ils auraient dû arriver vers 4h du matin, bien avant que ne se déclenche l’apocalypse pour ces malheureux. Or, là…
Martin ne pensa qu’à protéger Toni avec son corps en rempart. Du coup de placage, l’attache du chien se lâcha, et lui avec.  
Dans son oreillette abîmée, Martin perçut très peu de chose. Apparemment, Toni ne valait pas mieux.  Se redressant péniblement, le couple n’entrevit qu’une sorte de panache filant au vent.
 
Oscar ?? Suivons-le !  
 
Les sacs encombrants furent laissés sur place, sauf la trousse médicale.
Pas le temps d’épiloguer sur l’absurdité des guerres, il fallait courir sous un feu nourri. Comment des hommes entendaient-ils les ordres dans un tel vacarme ?  Sans doute ne réfléchissaient-ils pas. Qui l’aurait pu ?  Sauver leur peau en suivant un chien, rien d’autre n’importait. La fumée était aussi intense que les pétarades alentours. Pourtant, soudain, Martin stoppa net. Ne venait-il pas d’écraser le membre d’un soldat tombé en lui marchant dessus ? 
 
Continue, hurla-t-il à Toni. Je dois… Hein ? Pas question, mais...
 
Une baffe retentissante le ramena à la triste réalité.  Il n’avait pas sa place dans ce carnage dont l’uniforme des victimes ne comptait pas. Ils étaient venus pour Dave, l’histoire ferait le reste.  
Un crève-cœur ? Peu dire. Hélas Toni avait raison.  
 
Tu l’as vu ?
 
La montagne poilue traversait tout, cratères, tirs, boucan, elle savait. Derrière un des rares bosquets épargnés, le couple découvrit un corps recroquevillé qui ne semblait pas trop apprécier les léchouilles de son animal de compagnie.  
 
Dave calme-toi, mon pote… oui, c’est Oscar, moi c’est Martin, là Toni… Cesse de gigoter comme un forcené. Toni, enclenche le boîtier !  
 
Mon Dieu, suffoqua presque Mrs. Clayton. Ils l’ont trouvé ! Mais ce sang, ce n’est pas le sien n’est-ce pas ?? Qu’est-ce que vous attendez pour le ramener ?
 
Vous n’aviez pas dit les propulser AVANT… ça ? s’énerva Mrs. Watts.
 
Ce sont les impondérables d’une technologie que nous ne maîtrisons pas encore entièrement, tenta d’expliquer Majors que ne lâchait pas un œil soupçonneux. Je n’y suis vraiment pour rien ! Là, j’essaye d’ajuster la mire et les faire revenir.
 
Il n’avait pas de flingue sur la tempe mais le regard de Louise lui suffisait pour manipuler boutons, manettes dans le bon sens.  
 
Très rapidement, Martin examina son pote. Ouf, aucun bobo, il était couvert du sang des soldats heurtés ou tombés sous le feu adverse.
Injecter l’antidote aux hallucinogènes qui brouillaient l’esprit de Dave tint du miracle vu les conditions de travail. Il trouva la fiole, la seringue, l’aiguille malgré les bruits effrayants autour d’eux.
 
JE LES AI ! Tous les quatre dans le viseur, hurla John en appuyant le commutateur.

 
Une glisse forcée n’a rien de marrant. Toni, Martin et le chien en firent la triste expérience.  Tirés,  aspirés brutalement par la porte, ils se matérialisèrent, paumés, au labo en émoi.  
 
Où il est ? Où est Dave. Je lui piquais la fesse, et… John ???
 
C’est pas moi ! J’ai rien fait du tout, plaida-t-il, innocence incarnée. Le ciblage était parfait.  
 
Rivé aux quadrants, Henry pianotait. Il annonça la couleur. Des mines atterrées s’alignèrent.
 
Dave a rompu le contact ?... il était encore sous influence mais il ne devrait pas tarder à se pointer. Le médoc demande 10 minutes pour agir…
 
Tous étaient consternés. Cependant, une autre question demeurait : et Nell ?
La communication avec elle crachait de partout. À croire qu’avec une glisse aussi lointaine, les ondes - ou allez savoir quoi- disjonctaient allègrement…
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Dave Clayton
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MessageSujet: Re: Errances multiples    Ven 5 Aoû - 23:26

Et tout avait basculé! Il avait voulu que cela bascule...mais pas ainsi! Certes, il fallait admettre que Dave ne se trouvait pas en toute possession de ses facultés et que là il venait d'agir sur un coup de tête...ce qui est décidément dangereux quand on n'a qu'une perception incertaine, faussée et plutôt floue de ce que vous faites et vous entoure.

Son dernier souvenir, assez confus, mêlait Nell et cette sorcière de Nancy. Il avait voulu étrangler quelqu'un, mais il n'était plus sûr de qui, pourtant...

*Je crois que j'ai fait mal à Nell...va en enfer, mon pote...tu ne mérites rien de mieux...Tu es fou!*

Le sable chaud d'une plage inconnue l'avait reçu, assez abruptement et il était resté là, perdu dans sa confusion, essayant, disons que très vainement, d'y voir clair dans ses agissements des dernières minutes. Le blizzard sévissant à Cambridge avait fait place à un paysage tropical, délicieux. Une mer d'azur baignant une plage de sable blond, des palmiers s'inclinant sous la brise clémente.
Et puis, dans une espèce de déclic mental, il y vit clair...juste un instant, assez pour reconnaître les lieux.

*On a été là...avec Nell...l’épave...les cailloux...Non...je ne peux pas rester là...pas sans elle...!*

La solitude l'affolait. Le poids de sa faute, réelle ou imaginaire, encore plus. Pour alors, sans qu'il en soit conscient, le boîtier, cadeau d'Henry était entré dans la phase: pensée-action et compte tenu du chamboulement de son esprit, ça ne tarda pas à faire des surprises...
En un rien de temps Dave se vit déplacé du paradis tropical vers Prague en hiver, pour juste après "glisser" à Paris en Mai, là où il aurait tant aimé flâner avec sa rouquine adorée mais cela ne dura guère longtemps, dans une affolante succession d'événements il se trouva à Berlin en 1933, en plein discours triomphal ...de Hitler.

Dave ne sut jamais comment il s'y était pris pour parvenir à l'allée qui menait à la maison familiale. Le froid de ce matin d'hiver en Alaska eut l'heur de le ranimer quelque  peu...enfin, ranimer est un peu trop dire, mais au moins il savait où le menaient ses pas.

Sa mère avait ouvert la porte, dépassée de le voir, lui, sur le seuil. Mue par un inespéré élan de tendresse, elle avait voulu croire, la pauvre, à quelque repentir insoupçonné mais le fils "prodigue" l'avait vite fait désenchanter en prenant des allures de forcené en quête d'allez savoir quoi, gueulant des insanités inacceptables, accusant tous et chacun de fautes et manquements...d'uns très vrais, d'autres exagérés, mais tous, à leur façon, droit de but en blanc...comme quoi, les fous savent la plupart du temps de quoi ils parlent!
Son incursion avait vite pris des allures de tornade dévastatrice une fois dans la bibliothèque. Quelque part Dave se rendait compte d'être en train d'agir comme un dément mais n'y pouvait rien pour l'éviter, il cherchait quelque chose...sans avoir la moindre idée de quoi, avant de soudain se tourner vers ses parents qui, interdits, se tenaient au seuil de leur belle bibliothèque ravagée:

Pas un seul de mes livres...pas un seul!!! Vous avez honte de moi...vous me détestez..., il avait semblé réfléchir un instant, j'ai besoin de mes notes...

Mon chéri, dit doucement sa mère, elles ne sont pas ici...cela fait longtemps que tu es parti...Dave, je t'en supplie, calme toi...

Rien n'y avait fait. Sans préavis, il avait de nouveau foncé vers la sortie et hop...nouvelle glisse...

Cette fois, ce fut la blafarde clarté d'une lune étonnante qui l'accueillit. Un paysage tout à fait inconnu, un sentiment de solitude immense. Où l'avait donc mené ce nouveau déplacement? Il n'en avait pas la moindre idée. Il ne faisait pas chaud mais non plus froid, enfin, rien d’extrême. Dave respira un bon coup, question de se remettre un peu les idées en place, ce qui n'était pas du tout donné. Son esprit dérivait toujours dans tous les sens, se partageant entre la confusion et la peur. Oui, à quoi bon mentir, en cet instant même il était absolument terrorisé face à l'inconnu inédit. Son premier réflexe fut de fuir. Vers où? Peu importait, il lui fallait une contrée connue, un repère...et puis...

Dave! Dave!!!

Cette voix scandant son nom e lui était pas inconnue. C’était celle de Nell. C'est alors qu'au milieu de ce lieu au milieu de nulle part que Dave Clayton retrouva un brin de lucidité.

Suis là...Nell, c'est toi?...Nell, c'est toi!!!?,hurla t'il.

Elle gravissait la pente à toute vitesse, il l'aurait reconnue entre mille, la clarté laiteuse donnait des tons d'irréalité à la scène, parce que à la suite de sa chérie galopait tout un petit monde plutôt étrange mais Dave n'y accorda pas trop d'attention, il se contenta de cueillir Nell dans ses bras et la serrer contre lui comme si sa vie en dépendait, ce qui n'était pas trop loin d'en être le cas.

Suis désolé...suis désolé...j'ai pas voulu...sais pas ce qui m'arrive...

Et puis, à quoi bon parler s'il pouvait l'embrasser? Elle était là, sa douce chérie, son lutin roux, sa seule raison de vivre.

Je t'aime...je t'aime tellement...


Apparemment, elle aussi, l'aimait. À dix pas d'écart, une tribu extraordinaire semblait attendre l'issue de cette rencontre. Sans relâcher son étreinte, Dave adressa un coup d’œil au public assemblé et faute de mieux leur fit un petit coucou de la main.

C'est qui, ces ploucs?, susurra t'il à l’oreille de sa Nell, la réponse eut l'heur de le sidérer, non...pas vrai...13.000 ans...tu rigoles...ah, non?...Oui, je sais, cet abruti de Karl avait besoin d'infos...mais franchement...non, sais plus trop où j'en suis...mais tu es là...le reste importe si peu...

Mais en toute évidence, il importait plus que Dave n'y songeait, même dans ces temps teintés de Préhistoire humaine, il fallait se tenir à certains us et coutumes. Si Nell avait été accueillie comme quelque déité venue des cieux, Dave ne le fut pas moins. Il était bien plus grand, bien plus blond, et barbu, de quoi démarquer sévèrement parmi ce frêle public ébahi. On les escorta de retour au campement pour reprendre le banquet là où son arrivée intempestive l'avait interrompu. Nell lui conseilla à voix basse de ne pas faire des chichis et de sourire tout le temps en avalant de qu'on lui présenterait mais Dave, qui découvrit avoir très faim ne joua pas du tout les difficiles et agréa les mets plutôt étranges sans se demander de quoi il pouvait bien s'agir.

Moins on sait et mieux on se porte, assura t'il en avalant un grande gorgée de la boisson qui circulait à la bonne franquette, dans un récipient commun. Elle avait un goût âcre, était épaisse mais pas si mauvaise que ça. Sa chérie préféra se montrer moins enthousiaste, assurant que c'était fermenté et que cela pouvait contenir quelque substance extravagante à en juger par le comportement des autres convives qui émettaient des sons gutturaux de plus en plus élevés, tu crois qu'ils sont ivres?...Non, pas du tout, je sens ma tête plus dégagée à vrai dire...tu te sens bien, toi?

Elle avoua se sentir un peu barbouillée mais rien de trop significatif. Pour si jamais, ils s'abstinrent discrètement à la suivante tournée, laissant à leurs bruyants hôtes le loisir de faire leur petite fête.

Quand ils seront à point, je pense qu'on devrait leur fausser compagnie...Ils garderont un souvenir inoubliable et va savoir quelle conséquence aura notre visite sur le développement de leur société!

Mais curieux comme il était Dave voulut quand même en savoir un peu plus sur l'endroit où ils se trouvaient. Profitant de la liesse ambiante, les jeunes gens se faufilèrent dans la grande grotte qui servait d'abri à ces indigènes préhistoriques. À la lumière du feu, il découvrit les merveilleux fresques sur les murs. Une faune extraordinaire, fixée en couleurs incroyables allant du noir, à l'ocre en passant par vert et rouge...et puis les mains, des centaines de mains...

C'est magnifique...ils dominent déjà la peinture...regarde ça...c'est unique...

Nell répondit quelque chose que Dave ne parvint pas à entendre. Tout à coup, la scène rupestre et Nell disparurent dans un flou affolant accompagné de la sensation d'être en train de s’engouffrer dans un tourbillon dément...

La chute fut brutale. Il resta là, sans réussir à bouger, néanmoins conscient d'avoir fait une nouvelle "glissade" spatio-temporelle.

Je n'ai rien activé...même pas pensé...comment est-ce possible?...Et Nell...où est Nell!!!?.

Il se redressa, pour regarder aux alentours mais pas de trace de Miss Watts. Il se trouvait à l'orée d'un bosquet et apparemment il n'y avait personne pour lui fournir une quelconque information....quoique cela ne dura guère longtemps. Un groupe d'hommes armés jaillit d'entre les arbres. Dave plongea dans un buisson pour observer sans être vu et ce qu’il vit le laissa cloué sur place.

Des soldats confédérés!? Mais où diables?, la meilleure façon de le savoir était de consulter le boîtier, 6 Avril 1862!?...Tennessee!, un juron lui échappa, merde...ça ne veut vraiment rien dire de bon!, il s'en voulait presque d'avoir été un élève attentif en classe d'histoire américaine, tu pouvais pas tomber mieux, abruti?...Shiloh...rien que ça!!!

En toute évidence, le mieux à faire était mettre de la distance entre le futur champ de bataille et lui, mais c'était plus facile à dire qu'à faire. Si ses souvenirs étaient corrects, où qu'il aille, la possibilité de tomber soit sur les Sudistes lancés en attaque surprise, ou sur les Nordistes était grande. Pour autant, faute de meilleure idée, Dave resta dans son buisson assistant, bien malgré lui, à la reconstitution la plus fidèle qui soit du début de celle qui serait une des plus sanglantes batailles de la guerre de Sécession.
Et bien entendu, sa situation, qui n'était déjà pas idéale, ne tarda pas trop à empirer considérablement. Il n'eut pas le temps de réagir, le soldat était arrivé sans faire le moindre bruit, le prenant tout à fait de court.

Tu fais quoi là, tapi comme un lapin!?...Hé, les gars...un espion!!!, et tout en parlant, l'homme lui chatouillait les côtes de la pointe de sa baïonnette, sors de là!

Force fut de s'acquitter. Trois autres soldats s’amenaient au petit trop, Dave leva paisiblement les bras.

Je ne suis pas armé...je ne suis pas un soldat de l'Union... et pas un espion non plus!

Et qu'est ce que tu fous là, caché, à nous regarder!?, voulut savoir le plus vieux des quatre, et puis...c'est quoi, tes fringues...j'en ai jamais de pareilles...tu sors d'où?

Ils n'avaient pas l'air bien dangereux, seulement curieux. Dave calcula que le plus jeune devait avoir au plus 16 ans et le plus vieux à peine plus de 20, leur accent fermé trahissait leur origine: Sud profond, du côté du Mississippi, pas d' élégants dandies plutôt des fermiers.

Angleterre, mentit il, sachant cela préférable à leur avouer venir du futur ou de l'Alaska qui pour alors n'était pas encore un état américain, je suis...journaliste!

Apparemment ceci expliquant cela et le fait qu'il ne soit pas armé lui sauva la mise.

T'as mal choisi ton moment pour faire une balade, l'anglais...Ça va péter d'ici un moment...Pas envie de te descendre par plaisir...fous le camp!, il lui indiqua le bois, évite les patrouilles!


Merci...bonne chance!
, il savait qu'ils en auraient besoin, sans dire rien d'autre, il fila.

La forêt grouillait de monde, on aurait pu s'en douter. Il esquiva du mieux qu'il put les soldats du Sud. Peu après les premières déflagrations lui parvenaient, la bataille venait de commencer et la suite tint du cauchemar éveillé. Il lui sembla que des siècles s'écoulaient alors que le feu devenait plus nourri, que la riposte du Nord se laissait sentir, la canonnade faisait rage. Si on le découvrait là, il ne donnait pas cher pour sa peau et compte tenu des conditions, cela ne pouvait tarder trop que ceux d'un camp ou l'autre ne lui mettent le grappin dessus et alors on ferait procès court et...
Une salve d'obus éclata non loin de lui, il valsa dans les airs et se retrouva dans un trou avec le cadavre mutilé d'un tout jeune gars. Dave ferma les yeux et commença à prier, remerciant Dieu d'avoir épargné cet enfer à Nell.

Et puis soudain, ça!...Quel entrain pour lui lécher le visage. Au milieu de cette horreur, un chien...Il se débattait comme un  dingue pour l'écarter.

Dave calme-toi, mon pote… oui, c’est Oscar, moi c’est Martin, là Toni…

Hein!?...Martin!?...mais que faites vous là?...Fiche la paix, Oscar!


Cesse de gigoter comme un forcené. Toni, enclenche le boîtier !


J'étouffe!!!
, se défendit-il, mais...qu'est ce que...aouch! Tu m'as piqué!!!

Pas le temps, il n'avait pas ajouté un mot de plus que ses amis et Oscar...disparaissaient! Au milieu de cette fin de monde, Dave Clayton se mit à jurer comme peu de fois avant. Son esprit, soudain incroyablement lucide croyait deviner quelle était la véritable situation. Par quelque grâce divine, il avait encore son boîtier et celui ci semblait fonctionner correctement.

Son apparition au milieu du laboratoire d'Henry provoqua un délire en toutes règles, avant d'avoir pu dire quoique que ce soit, il se retrouvait dans les bras de Kathleen Clayton, qui pleurait en le serrant contre son cœur.

Mon petit chéri...mon enfant...je t'ai cru perdu!!!


Allons, Gran...pas la peine de te mettre dans cet état...suis là...Oui, je t'aime aussi...mais ça va, là..., il échappa de cette étreinte et se tourna vers Elizabeth Watts dont l'angoisse était plus que palpable, Nell va bien...enfin...elle allait bien avant que...je ne sais pas ce qui s'est passé...suis désolé de ne pas...l'avoir ramenée..., sans préavis cela tanguait grave, il dut s'appuyer à un bureau pour se retenir, qu'est ce qui...se passe?

Il lui sembla entendre Martin donner une explication sur les effets secondaires du médoc injecté à la sauvette avant que tout ne se mette à tourner follement et qu'il finisse, effondré, dans les bras d'Henry qui hurlait en demandant de l'aide.

Dave reprit connaissance allongé dans un lit douillet, bien au chaud, une perfusion piquée à son bras et Martin veillant son éveil. Avant qu'il ne l'ouvre pour poser des questions, le toubib examinait ses pupilles, prenait sa tension, vérifiait ses réflexes.

Ça suffit...arrête avec ça!!! Ai lieu de me tripatouiller, dis moi ce qui se passe...Où est Nell? Que s'est il passé?...Pourquoi alors que j'étais avec elle...je me suis retrouvé en pleine bataille!


Martin n'en savait pas trop rien, à ses dires mais Dave n'était pas facile à convaincre, il se démena joliment, arracha la perfusion et finit par se lever en faisant un esclandre qui finit par ameuter la maisonnée. Deux minutes plus tard la chambre était pleine de monde en émoi.

Je veux juste savoir où on en est?...OÙ est Nell???...et puis depuis quand je dors comme un imbécile?

En toute évidence moins de temps que voulu. Selon les doctes conseils du Dr. Lescot il lui faudrait encore quelques jours pour être en forme...quant à Nell...elle se tenait sur le seuil de la porte, souriante.

Tu es de retour toi aussi...j'ai eu si peur...si peur de ne pas te revoir..., mais déjà Martin, implacable, le piquait au cou, effet instantané, il s'écroula comme une masse dans son lit.

Mon pauvre enfant, gémit doucement Mrs. Clayton, il a encore des hallucinations...il a cru voir sa Nell...Mais ne perdons pas l'espoir, Elizabeth...on saura la ramener...selon Henry, cela ne sera que question d'une manipulation et..., elle soupira en croisant les doigts, nous saurons dans un moment...en attendant, il faut que ce garçon se repose!

John Majors s'acquittait de son mieux à la tache. Cette fois, pas question de bâcler quoi que ce soit. Après le retour en catastrophe de Clayton, précédé de peu par le toubib, sa femme et le chien, il avait été très clair que quelque chose clochait de bout à bout. Soit, il avait voulu se défaire de Clayton, pour un moment au moins, sans mesurer l'étendue de ses actes. Il avait envoyé Dave en pleine guerre de Sécession et en attendant Miss Watts était restée en Patagonie, dans la Préhistoire. Et si on en croyait à ses données vitales, transmises par la fameuse puce, elle n'allait pas aussi bien que voulu. Et bien entendu, Mrs. Warrington n'avait rien raté de la situation.

J'irai moi même la chercher...j'en suis capable!!!, assura John Majors en se levant pour être aussitôt remis à sa place par son ex-boss qui lui signifia que son boulot au laboratoire était bien trop important comme pour tout lâcher pour courir l'aventure, mais je pourrais...Non, pas vous, Louise...Henry deviendrait fou...vous ne pouvez pas...

Toni, qui avait rejoint le labo dans l'espoir de glaner de nouvelles, avait surpris la conversation assez houleuse, entre Louise et Majors. Son intervention les prit des court tous deux. Selon elle, pas question que Majors quitte son poste pas plus que Mrs. Warrington ne délaisse sa place de pilier du foyer, sans elle tout partirait dans tous les sens. La jeune Mrs. Lescot ne manquant pas de caractère ni d'arguments, assura pouvoir se charger du rapatriement de son amie sans faire plus de foin. Si tout allait bien, dit-elle, ce ne serait qu'affaire de minutes et il n'y avait aucun besoin de mettre tout le monde sur le qui-vive. Majors qui entrevoyait sans doute une sanglante vengeance la part du toubib au cas où ça ne tournerait pas comme voulu, essaya, vainement de s'interposer. Louise eut beau appeler au bon sens, Toni ne voulut rien entendre. Un sac vite préparé et elle fut prête pour la "glisse". Munie de son boîtier, elle révisa les données et l'activa...Deux secondes plus tard, elle était partie...

Dave mit quelques jours à revenir au monde des vivants, encore un peu abruti par l'expérience vécue et les médocs de choc administrés, il avait un peu de mal à fixer ses idées. Il lui suffit pourtant de voir l'expression arborée par ceux qui se tenaient à son chevet pour deviner quelque que chose de terrible s'était produit.
Ce fut Henry, presque en larmes, qui le mit au courant...Toni s'était lancée à la recherche de Nell mais était arrivée trop tard pour la rejoindre en Patagonie. Impossible de la suivre, quelque part la piste s'était faussée. Martin incapable d'abandonner sa femme l'avait rejointe là et ensemble ils essayaient maintenant de retrouver Nell.

Mais...où est-elle, bon Dieu?...Ton machin, Henry...il peut détecter...ah, un court circuit...on a perdu la trace...tu veux me dire que...Nell...Martin et Toni sont perdus quelque part et que tu n'as idée d'où!?..Et leurs bidules, ils marchent!?

Apparemment oui, en tout cas il n'y avait pas raison de penser au contraire.

Alors...je pense savoir où aller les chercher!...Je prends Oscar!

Louise insista sur un bagage succinct mais détenant l'essentiel. Gran faisait des efforts de contenance alors que Mrs. Watts se laissait presque aller au désespoir.

Je la ramènerai, croyez moi...on reviendra ensemble...

Il voulait y croire, lui aussi...


Dernière édition par Dave Clayton le Dim 21 Aoû - 14:23, édité 1 fois
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Toni Fischer

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MessageSujet: Re: Errances multiples    Dim 21 Aoû - 12:00

Intensément. Passionnément. C'est ainsi que Toni vivait ces premiers jours auprès de l'élu de son cœur. Son mari. Son Martin. Son rêve devenu réalité, transportée au paradis ou au septième ciel.

Oui, le bonheur total existait, elle en avait la preuve, mais l'assurance aussi que rien n'est éternellement parfait. Dans ce décor idyllique d'Eden privé, Toni était Eve mais connaissant bien son Adam, elle n'avait pas été dupe de certains petits états d'âme qu'il essayait, en vain, de dissimuler. Pensant sans doute la contrarier Martin ne dirait ni ferait rien.

*Il lutte contre sa conscience, mon amour...Il se fait de la bile pour Dave...moi aussi du reste...*

Autant cesser de se torturer. Sans arrière pensée, Toni réunit leurs affaires alors que Martin était à la pêche. Il revint avec une fabuleuse langouste qu'elle aurait volontiers apprêtée en d'autres circonstances.

C'est son jour de chance...mais on n'a pas le temps de la manger, mon chéri...Non...non, ne proteste pas...je sais que ça te taraude et le comprends très bien...Oui, je sais...c'est notre lune de miel...on y reviendra,  à notre paradis, mais là...ce sera sans préoccupations...on pense à Dave...il n'allait pas bien...du coup, s'il se porte comme un charme on fait demi tour et hop...

Il n'y eut pas de "et hop". Pas du tout. Loin de là. En fait, à leur retour surprise, force fut de constater que tout allait de travers à Cambridge. Dave avait disparu, Nell l'avait suivi. Majors avait fait du n'importe quoi et à leur arrivée les Warrington lui appliquaient une bonne correction, à laquelle Martin prit part une fois mis au courant de l'embrouille. Toni lui aurait aussi envoyé une paire de baffes mais était trop occupée à calmer les esprits.

Tu ne perds rien pour attendre, siffla t'elle néanmoins à l'adresse du coupable, s'il leur arrive quelque chose..., sa main significativement passée sur la gorge suffit comme explication, maintenant on se calme tous...le trucider est tentant mais Henry ne pourrait pas s'en sortir tout seul...


Ce en quoi elle ne manquait pas de raison. On obtempéra dans le bon sens, mais ce fut de bien courte durée quand on apprit où se trouvait Dave à l'instant même. Date et lieu émis échappaient un peu à Toni qui ne savait pas encore grand chose de l'histoire américaine.

Et...que se passe t'il d'extraordinaire, ce jour là?
s'enquit elle en toute innocence.

Sa mère se tourna vers elle, le semblant décomposé, ce qui prévint Toni du pire.

Mais comment que qu'est ce qu'il se passe?...Vers 6h du matin de ce 6 Avril, le général Johnston de l'armée Confédérée va lancer l'assaut contre les troupes de Ulysses Grant...Mon Dieu...je vous parle de la guerre de Sécession, bon sang...et celle ci sera une des batailles les plus sanglantes...et si Dave est là...

Ach du Scheiße!...Oups...pas à dire, du moche..., son regard croisa celui de Martin et y lut sa décision.

On va y aller, l’intercepter, déclara Martin en prenant la main de Toni. On doit tirer Dave de là…

Que la grand-mère de Dave et la mère de Nell apparaissent à cet instant surprit Toni qui n'avait pas idée de leur présence là.

* Punaise...quel sens de l'opportunité!*

Que savaient ces dames? Que devinaient-elles? Sans doute, forcés par la situation, on avait dû leur raconter quelque chose et leur finesse d'esprit aurait fait le reste. Louise essaya d'apaiser les émois maternels mais de toute façon ça donnait une belle embrouille.
Laissant les autres débrouiller l'affaire avec ces dames, Toni suivit son mari à l'étage.

Je me doute que tu ne veux pas rester, j'ai tort?

Mon Dieu, chéri...quel perspicace tu fais! C'est quoi ça comme question!? M'occupe du bagage...toi, la trousse médicale...Maman nous donnera les armes...Oui, je me dépêche!!! 

Que Martin décide d'emmener Oscar ne se sembla surprendre personne.

Non, Maman...rien ne me fera changer d'avis...on ne fera qu'un aller retour, tu verras...ce sera vite fait! On ne prendra pas de risques inutiles...*Seulement les nécessaires...ou les incontournables!*...je t'aime, Maman!

Tomber en plein champ de bataille n'était pas ce qu'ils avaient projeté mais apparemment quelque chose clochait dans les coordonnées fournies ou les informations historiques étaient faussées.

Ça va?

Oui...*Compte tenu qu'on se canarde comme cibles de foire dans le coin!*, elle se fit plaquer au sol par un Martin soucieux de la protéger, Oscar profita pour prendre la poudre d'escampette, leur laissant l'unique option de le suivre.

Quelle horrible course d'obstacles! Toni essaya de faire abstraction du fait d'être en train de sauter sur des hommes blessés, mourants ou déjà morts. Martin, lui semblait avoir un peu plus de mal à fermer son esprit. Le voilà qui s’arrêtait pour secourir un soldat tombé.  

On n'a pas le temps, Martin...on ne...Martin, bonté divine, elle lui envoya une gifle à toute volée, désolée, mon amour...leur histoire est écrite...Dave, pense à Dave!!!      

Oscar filait comme le vent, indifférent à tout, et comme attendu de lui, il dénicha son maître adoré, tapi au fond d'un trou, où gisaient aussi deux cadavres. Pas la peine de se demander si Clayton vivait ou pas, le gars se démenait comme un diable sous l'assaut enthousiaste de son chien.

On se tire, Dave...calme toi...Martin va te...

Impossible de raisonner avec le paumé de service qui se débattit joliment quand le toubib essayait de lui appliquer le traitement, chose qu'il réussit de justesse alors qu'elle enclenchait le boîtier pour les ramener tous à bon port.

Sauf que la manœuvre ne fut pas 100% satisfaisante.  Dave ne suivait pas.

Le ciblage était parfait, plaida Majors que tous regardaient de travers, c'est...pas moi, je le jure!

On commençait à angoisser sévèrement, d'autant plus qu'Henry rapportait une dysfonction dans la communication. Le système disjonctait sans qu'on ne sache la raison. Et puis, sans préavis, Dave fut là.
On allait se réjouir quand l'écrivain qui avait eu l'air d'aller assez bien, partit dans les vapes, juste après avoir dit que Nell allait bien.

*Ouais...du joli...elle va bien..mais où diable!?*


On tarda un long moment avant de le savoir. Pendant ce temps, Dave revenu à lui ne révéla rien de nouveau, bien au contraire, le pauvre homme hallucinait plein tube. Martin, dépassé, le renvoya faire un tour dans les limbes alors que Toni allait au bunker en quête d'informations.

On y discutait ferme, au labo. Sans entrer Toni reconnut la voix de sa mère, contrariée, limite furieuse et celle, plus humble mais pas moins décidée, de Majors qui plaidait son devoir d'aller chercher Nell.

*Rêve toujours, pauvre con... Tant qu'à faire, tu te paumes par là avec elle et on ne vous revoit plus!*

Louise était du même avis, en toute évidence. Majors fut vite évincé de ses rêves de gloire mais ne tarda pas à protester, véhément quand son ex-boss émit l'idée d'aller personnellement récupérer la miss perdue, qui,  d'après ce que Toni capta, ne semblait pas aller au mieux de la forme.

Ah non, Louise...euh Maman, pour une fois suis d'accord avec John...toi tu ne peux pas y aller...ta place est ici...Et Henry, qu'est ce que tu en fais? Tu le largues ici tout seul, il devient dingue et on est tous fichus...Non, non...non...tu restes, c'est moi qui y vais...Comment ça, non?...Bien sûr que j'y vais...je sais me débrouiller...Non, Martin reste ici soigner Dave qui déconne plein pot...J'y vais, point barre! Je veux des coordonnées exactes...des détails utiles...je prendrai un sac léger...l'essentiel: une arme, des munitions, trousse médicale pour si jamais...si tout va bien, on sera de retour en un temps deux mouvements, Nell et moi!


Mais parfois les meilleures intentions, même avec l'appui d'une technologie de pointe ne peuvent rien face aux imprévus, autrement connus comme manque de pot!


Louise lui avait fait un rapide briefing, elle savait donc, à peu près à quoi s’attendre en débarquant en pleine Préhistoire patagonne, cela ne l'empêcha pas de rester là, ébaubie face à ce paysage immense, vierge, quasi intouché, en respirant un air si pur, sous ce ciel si clair...avant de se trouver nez à nez avec un échantillon de l'habitant local. Un jeune garçon armé d'une longue hampe finie en pointe de silex, qui après l'avoir fixée ahuri, fila en hurlant à tout poumon.

Ben voilà, raté pour la discrétion...NELL!!! NELL!!!

Si Miss Watts se trouvait dans le coin, elle ne manquerait pas de répondre mais voilà...pas de réponse. Toni avança gaillardement dans la même direction prise par le garçon et n'alla pas trop loin  avant de rencontrer le comité d'accueil.

*Allez, ma fille...tu connais bien les écueils de communication...ce doit pas être pire qu'avec les français!*

D'abord, on la considéra d'un air dubitatif, limite méfiant. Elle sourit de toutes ses dents et leva la main droite en signe de conciliation. Mine de rien, cela ne sembla trop vaincre la susceptibilité de ces braves enfants de la Préhistoire.

NELL...T'ES OÙ!???

Ce cri sembla faire réagir le public qui émit une espèce de grognement synchronisé pas trop rassurant.

*Misère...je fais quoi, là!?*

Ils ne semblaient décidément pas bien disposés à son égard. D'après ce qu'elle savait Nell avait eu droit à un meilleur accueil et on l'avait traitée presque comme à une divinité.

*Ma foi...les rousses, ça impacte, à croire que les brunes n’avons pas la cote!*

Faute de mieux, et vu le succès obtenu, elle leur largua un discours en sa langue maternelle, où il était question de bonnes manières, hospitalité et autres qualités désirables envers les étrangers de passage. Bien entendu, ils ne pigèrent pas un traître mot mais les accents gutturaux de l'allemand eurent l'heur de retenir leur attention.

*Comme quoi, plus on gueule...*...Alors, les potes, on fait ami-ami?


Pas de suite. Celui qui semblait le chef de la horde avança vers elle, l'air fermé, ou peut-être était ce celle là son expression naturelle.


Salut, Grumpy! Moi, c'est Toni...joli coin...par hasard tu sais où elle est Nell?

La suite fut des plus réjouissantes. On l'empoigna sans manières et on l'entraîna, malgré ses cris en allemand vers la grotte qui leur servait d'habitat.

Ben dis donc, l'appart...grand, vaste, aéré...ah les jolis fresques...

C'était justement ce qu'on voulait qu'elle regarde. Entre la faune locale, habilement illustrée et des centaines de mains, deux figures humaines détonnaient dans l'ensemble, entourées d'autres plus petites en pose d'adoration.

Ah!...Oh!...Wow...pas à dire, vous avez l’œil artistique..., elle désigna la figure plus petite dont la tête apparaissait auréolée d'un ocre roux très bien trouvé, là...c'est Nell, l'autre plus grande auréolée de couleur plus claire, lui...c'est Dave... Nell et Dave...grands dieux...moi aussi!...*C'est ça, vends leur l'idée!*

Mais apparemment la sauce avait du mal à prendre malgré ses mimiques à répétition, elle comprit vite pourquoi...plus loin, une nouvelle scène rupestre résumait très bien la situation...Dave et Nell disparaissaient dans une espèce de nuage...

Et zut...je comprends...mauvais coup ça...Dieux hop...ils se sont fait la malle...vache de leur part, mais vous savez, les amis, les Dieux, ça fait ça...ça vient, ça va...On ne vient qu'un petit moment, question de nous faire connaître et à vous de vous débrouiller pour la suite...* T'es dans un beau merdier, là...vont pas te lâcher, ces finauds...deux de perdus, une de gagnée...t'es cuite, Toni...!*

Les autochtones la considéraient surpris de sa verve intarissable. Les deux dieux antérieurs avaient été plus silencieux. C’était quand même agaçant de l'entendre pérorer sans rien comprendre. Ils restaient là, à se demander que faire de cette nouvelle apparition alors que Toni poursuivait allègrement avec ses commentaires comme guide dans un musée. La crainte eut le dessus et ces braves gens optèrent pour ne pas contrarier ces déités étranges venues les visiter sans rien leur apprendre de concret.
Un petit banquet fut improvisé avec la proie ramenée la veille par les chasseurs. Le jour le jour n'était pas toujours de toute gaieté alors se changer les idées ne déplaisait à personne. La déité de service, moins voyante que les précédentes mais bien plus curieuse leur donna un peu de fil à retordre quand elle décida de se mêler aux préparatifs, on la rabroua tout aussi gentiment que possible. Toni se morfondait.

*Déjà qu'ils ne connaissent pas le sel...pas une herbe pour améliorer le goût...pas étonnant cet air renfrogné!*

Comme prévu, c'était affreux. La mixture épaisse en tant que boisson faillit lui donner un haut de cœur mais elle tint vaillamment. On avait voulu la débarrasser de son sac à dos mais Toni s'y était farouchement refusée, déjà que son oreillette ne transmettait plus rien, pas question de se séparer de ses uniques possessions. Profitant de la liesse générale et d'un certain relâchement de surveillance, elle sortit discrètement le boîtier et pianota un message:

Nell pas là. Attends instructions. VITE!

Cela donna un résultat inattendu. En guise d'instructions elle vit débarquer son blond mari. Pour alors l'assemblée indigène roulait par terre visant quelque limbe lointain.

*Ils auront inventé la mère de l'absinthe, ceux là!*...Martin...faut ficher le camp illico...avant qu'ils ne se reprennent...Nell est partie...où? Qu'est ce que je peux en savoir, moi? Tu vois quelqu'un susceptible de donner des infos cohérentes, là?...Mais bien sûr que je suis ravie de te voir...Sorry, pas le temps de t'en parler...je pensais pouvoir rattraper Nell et la ramener en un clin d’œil...Je promets de ne plus faire un truc pareil...On y va?

Pour commencer, ils s'éloignèrent en catimini sans attirer l'attention.

Oui...j'ai une petite idée...Où irais tu si tu veux retrouver des amis perdus de vue?...Ben oui...le premier lieu de rencontre me semble indiqué...Tu te souviens d'où tu as trouvé Dave la première fois?

Une petite route au milieu de la campagne normande, quelque part non loin d'Evreux...champs et vaches. Très peu de circulation.

Ma foi, pour paumé...c'est paumé...tu es sûr que c'est là?


Martin en était positivement convaincu, après tout il connaissait la région comme sa poche. Selon lui, Dave n'était pas près d'apparaître de sitôt étant donné l'état dans lequel il se trouvait à son départ. Il leur faudrait poireauter sur place en attendant.

Génial...on est en plein rien du tout et on ne peut pas aller par là au risquer de nous croiser...je flipperais tout court si je me retrouve avec moi même chez l'épicier.

Martin lui fit remarquer qu'il y avait quand même d'autres villages alentour. Toni tira comiquement la moue.

Et étant donné que toi on te connaît mieux que les mouches...je me farcis les provisions, c'est ça?...Je n'ai rien pris avec moi...pas de tente, pas de sac de couchage...juste un pistolet et la trousse premiers soins...pas de vêtements de rechange non plus!

Le système cafouillant misérablement encore, il fallait improviser. Heureusement Martin lui avait tout prévu et son sac a dos contenait tout le nécessaire.

Tu es merveilleux, mon amour...que serais je sans toi?...Ben sans doute je serais encore au village en train de me taper le patois local...je t'aime, mon toubib!...Oui, on l'attendra ici...ça ne peut pas rater...c'est le plus logique...on pourrait rentrer aussi mais pour alors il pourrait être parti...

Un petit campement discret fut établi dans un petit bosquet non loin de la route en espérant ne pas être repérés par un paysan curieux ou par les gendarmes.

Il pleuvait à verses...tout comme ce soir là. Ce fut assez hallucinant d'assister de loin à l'accident qui avait tout initié.

Tu l'as vraiment emporté par devant...mais j'avoue n'avoir jamais été si heureuse de savoir que tu as causé un accident...sans ça...on ne se serait jamais rencontrés..., et de l'embrasser comme la folle heureuse qu'elle était.

Mr. Clayton prit son temps pour apparaître, des aboiements énergiques les alertèrent avant de voir bondir Oscar des buissons, tirant de la laisse que tenait un Dave en rogne. Toni lui sauta pratiquement dessus.

Tu es là...c'est génial! On t'a retrouvé!...Non, désolée...Nell n'était plus chez les ploucs de la Préhistoire...on y a été...et toi, ça va?...Non, on pensait qu'elle viendrait ici...mais pas de trace de Nell...non, on est pas allés au village...Il n'y a que toi qui puisse savoir où elle peut vouloir aller!

À Cambridge, Henry redoublait d'efforts, Majors le secondant de son mieux pour trouver la faille dans le système. Ils avaient révisé chaque circuit, repassé chaque algorithme, passé au crible chaque détail susceptible d'erreur jusqu'à trouver la faille. Louise jubila quand ils purent enfin entrer en contact avec les voyageurs perdus.

Ils l'ont...ils on trouvé Nell!!!, hurla Toni en brandissant son boîtier, message de Louise...euh, pas trop la joie...elle est à Berlin...Avril 1945...Mon Dieu!...Pas un bon moment pour y être...pas du tout!

Elle aurait pu en pleurer. Son amie, isolée dans un moment historique funeste, aux derniers sursauts du 3ème Reich alors que la guerre était perdue mais qu'on se refusait à y croire, quand les exactions de la Gestapo et les SS avaient atteint le paroxysme de la démence, quand on envoyait au combat des enfants de 12 ans, des hommes de 75, quand on exécutait sous le moindre soupçon...

Ils ont ses cordonnées mais ne peuvent pas la rapatrier...sa puce transmet des infos mais ne répond pas à l'activation...et son boîtier n'est pas fonctionnel...Bien sûr qu'on va aller la chercher...mais faut être conscients que ce ne sera pas facile...je ne veux pas être pessimiste, Dave...débarquer à Berlin en ce moment de l'histoire ne sera pas du gâteau...tu donnes bien race aryenne mais tu ne parles pas un mot d'allemand...ni de rien d'autre que l'anglais...sorry...idem pour toi, mon amour...quoique tu pourrais passer pour un collaborateur de Vichy...si on se fait pincer, ce sera le peloton pour tous...procès court et fin de tout...Nell parle parfaitement l'allemand, Dave...et est plus futée que nous tous ensemble...

Bien entendu, il ne voulut rien entendre...Louise arrangea l'envoi d'un matos tout particulier: des vêtements d'époque pour elle, des uniformes pour les garçons et la recommandation de certaines blessures pour Dave.

Maman est un génie...Voilà...Martin te coupe un peu la gorge...juste un peu, grand idiot...beau bandage ensanglanté, dommage aux cordes vocales, ils iront pas chercher plus loin...t'es muet...tu ne fais que des gestes...À Berlin, c'est la folie...de la pure paranoïa...avec un peu de chance...

Les sirènes hurlaient dans tout Berlin. Il pleuvrait et faisait froid en ce début d'Avril 1945. Ils se trouvaient dans le métro, ligne 8. Le train s'arrêta à la gare de Gesundbrunnen. Toni ne retint pas un frisson de terreur. Dans un moment des centaines d'avions américains déverseraient leurs bombes. Déjà dans le train on les avait regardé de travers, murmures allant bon train. Martin arborait, non sans gêne un uniforme des SS, ce qui n'était pour plaire à personne inspirant autant de crainte que de hargne. Dave, jouant les éclopés suscitait un peu plus de pitié mais pas tant comme pour être sympathique non plus. Oscar, si doux d'habitude semblait mal à l'aise et grognait à tout bout portant et compte tenu sa taille, il tenait tout le monde à l'écart.

On sort d'ici...on cherche un coin dans la station...non, pas l'Abri...on ne passerait pas la porte, surtout avec Toutou...Pas de souci, souffla t'elle, jamais une bombe n'est tombée ici...juste en face, dans le parc il y a une Flakturm...défense anti aérienne...Nell est dans ce quartier...et il n'y a que deux refuges...celui ci et de l'autre côté de la gare...je sais de quoi je parle, Dave...j'ai travaillé ici pendant un an... en tant que guide de tourisme...je faisais le tour de l'abri anti aérien...Tais toi, t'es muet!!!


La foule se mouvait comme une marée humaine, impossible de chercher à repérer qui que ce soit. Ils trouvèrent leur salut dans un coin moins bondé que les autres, cherchant à se faire discrets. Un silence de mort se fit quand on entendit la rumeur des avions à l'approche et les premières déflagrations. Toni ferma les yeux et se lova contre Martin en tremblant de tout son être. Être témoin de la destruction de la ville où elle naîtrait 45 ans plus tard avait de quoi la remuer au plus profond.
En haut des escaliers se trouvait l'entrée de l'abri, des centaines de personnes repoussées déferlaient sur les quais. Dehors, les bombardiers américains pilonnaient la ville sans distinction entre objectifs militaires ou civils. Le temps était venu où seule comptait la destruction totale. La tour de défense accomplissait son devoir, détournant les avions mais quelques bombes tombèrent assez proches comme pour secouer l'ensemble souterrain, le plus profond d'une ville à "fleur d'eau et sable" comme est Berlin, dont le nom vient du slave et signifie: marais.

Jamais une bombe n'est tombée ici...jamais une bombe n'est tombée ici!, répétait Toni le visage dans l'épaule de son mari. Litanie rassurante s'il en est, on  va s'en tirer..jamais une bombe n'est...

L'exclamation étouffée de Dave mit fin à sa mélopée. Deux policiers fendaient la foule, encadrant une frêle figure emmitouflée dans un manteau trop grand et curieusement avançaient droit sur eux, l'air menaçant.

Gestapo, souffla t'elle, et ils tiennent Nell...

La suite tint du cauchemar. Le bombardement se poursuivait avec croissante fureur. Personne ne criait, on entendait seulement des gémissements de terreur mitigée, parfois les pleurs d'un enfant dans cette foule composée en sa majorité par des femmes et des vieillards éreintés de tant de guerre. En toute évidence, on n'avait pas été sans remarquer la présence de deux hommes en apparence parfaitement valides pour le combat. Ça allait vite, les infos, à cette époque!

L'un des hommes ne se gêna pas pour exhiber son arme tout en leur exigeant leurs documents et une explications plausible pour le fait de leur présence là. Toni n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche, Dave avait déjà fait bon usage de sa Beretta du 21ème siècle munie d'un beau silencieux et arrachait sa Nell de l'emprise nazie.

Faut dire que tu fais bien les choses, cowboy..., elle regarda Martin activer son boîtier et accrocha ses amis. Oscar, embêté par la foule, jappa furieusement.

La porte ouverte les aspira en un bel ensemble...Deux secondes plus tard l'air vicié de peur avait fait place à celui frais et pur d'un bois magnifique, où régnait un silence idyllique. Toni parvint enfin à se décrocher de Martin qui relâcha aussi son étreinte féroce, sans la lâcher pour autant.

On est vivants!, clama t'elle, ébahie, on s'en est sortis...

Un peu plus loin, Dave embrassait Nell et Oscar, ravi de retrouver paix et liberté, on avait lâché sa laisse, s'en allait gambader dans la nature paisible.

On est où là?, petite question toute innocente après s'être elle aussi rassasiée de baisers délicieux.

Rapide consultation au fameux boîtier salvateur, qui affichait des coordonnées proches à Cambridge...il n'y avait qu'une chose qui clochait: la date.

1692?...Euh...ce truc déraille grave...c'est pas cette année que...enfin il me semble avoir lu quelque part que...Martin...on s'est gourés de 324 ans...   

Et compte tenu des têtes que tirait son entourage, Toni eut la certitude d'être encore tombés dans quelque écueil historique...

Mine de rien, elle n'avait pas du tout tort!
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Martin Lescot
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MessageSujet: Re: Errances multiples    Dim 11 Sep - 5:24

Tabasser Johnny fut un plaisir, retrouver Dave, le retaper un bien plus grand.  Malheureusement Nell était coincée dans la préhistoire. Il n’eut pas son mot à dire, ou si peu au retour au labo. Déjà, sa propre et fraîche épousée s’évaporait pour chercher son amie.
Il tempéra ses humeurs en soignant Dave de son mieux.
 
*Le temps n’a aucune importance selon Henry… Qu’une semaine un an ou dix s’écoule ici, on peut rattraper les filles… elle, ma Toni… *
 
Se sentir largué n’était pas neuf. Il avait espéré autre chose, un peu plus c’est clair, de la part de sa moitié.
Il soigna Dave comme il put, s’informant régulièrement de ce qui se tramait quelques 13000 ans plus tôt. Fou ce que tout tardait de part et d’autre. Dave ne répondait pas assez rapidement et :  
 
Les connexions ne sont pas prévues pour des distances pareilles, plaidait Majors.  Ça va et vient… rien n’est stable.  
 
Je dois rejoindre MA FEMME ! Positionnez correctement les coordonnées, s’il vous plait !  
 
Un message passa :
 
Nell pas là. Attends instructions. VITE!
 
Plus prompt que jamais Majors s’activa sous le regard lourd d’une Louise revancharde et d’un Henry en sueur sans compter l’œil assassin d’un mari abandonné.  
Martin se posa enfin.  Bien vivante, apparemment indemne, sa Toni râlait ferme.  
Un bisou d’accueil ? Autant rêver à devenir star du cinoche. Elle ne pensait qu’à retrouver Nell.
 
Ça te dérange que je vienne ? Parce que, partir ainsi. avoue que… Dis la vérité, nom de Dieu !  
 
Mais bien sûr que je suis ravie de te voir... Sorry, pas le temps de t'en parler... je pensais pouvoir rattraper Nell et la ramener en un clin d’œil... Je promets de ne plus faire un truc pareil...On y va?
 
Ouais… On y alla.  
Pour une idée fumeuse ou fumante, c’en était une.  Rien de moins que de repartir à zéro, ou presque, en supposant que Nell et Dave s’y pointent.
Il se vit percutant Dave. Choc assurément pour les deux. Quelque chose de différent taraudait Martin en se retrouvant là. Lui seul savait : cette ligne où il se voyait n’était plus la leur. Dans l’initiale, Toni était morte dans ses bras, et lui aussi, un peu plus tard. Cela aurait-il des conséquences ? Pour l’instant pas puisque Dave apparut, paumé mais en forme, le seul qui puisse imaginer où Nell avait pu aller le cueillir.
 
Berlin 1945…  
 
Martin se sentait grognon. Toni avait de ces idées ! Trancher la gorge de Dave, rien que ça. Bon, avec de l’anesthésique local et un scalpel expert, rien de dramatique, mais quand même !  
Les vêtements reçus déguisaient les hommes en un soldat blessé au cou, muet du coup, et en un officier SS.  Pas de quoi être fier en cette époque plus que troublée. Le rôle occupé par sa femme ? Bonne question.  
Le voyage en métro fut affreux, on les regardait avec haute suspicion mêlée de crainte. Si seulement ces gens avaient su…
Oscar lui-même n’était pas à l’aise. Au moins son énorme masse freinait les curieux.
Au dehors de la rame, la situation n’était pas meilleure. Tout tremblait sous les secousses des bombes américaines qui s’échinaient à détruire la capitale honnie.  On avança en direction des coordonnées fournies depuis le 21ème siècle.  Le petit groupe freina bientôt, bousculé par une foule en panique mais surtout parce que devant eux avançaient trois personnes dont une très connue au milieu de deux patibulaires.
 
Gestapo, souffla Toni, et ils tiennent Nell...
 
Les apparences peuvent être trompeuses. Nell était-elle réellement arrêtée, en danger ?  
Avant de dire ouf, de sortir des papiers bidons, de débiter une fable, rien ne laissant présumer de son geste, Dave abattit froidement les agents.
Réfléchir ? Comment peut-on dans de telles conditions ?  
 
*Pourvu que ça réponde !*

 Le boîtier s’activa. On s’accrocha tous les quatre avec chien compris.  
 
On est vivants! clama une Toni radieuse s’accrochant à son cou.
 
Martin répondit à ses baisers, il l’adorait sa folle de bonne femme.  
Le constat d’ensuite fut assez navrant : ils étaient en 1692 non loin de Salem de triste renommée.  
Il fallut impérativement se changer. Si, pour un simple doute on vous accusait de sorcellerie, les voir attifés de la sorte aggraverait leur cas. On vola, et marcha beaucoup. Chapeaux de pailles, trucs informes, leurs affaires dissimulées, ils en firent du chemin.
Heureusement, la campagne était souriante et riche. Les fruits abondaient, on en rapina quelques-uns, n’utilisant les conserves de Dave et Martin que très occasionnellement.  
Toutes les précautions du monde ne suffisent pas, hélas.  Leurs agissements nocturnes furent dénoncés.
 
On a de la visite ! Jetons tout !   
 
Pile à temps pour les gars avant de voir débarquer plein de monde.  Ou les filles n’avaient pas entendu, ou elles furent lentes à la détente. Prises la main dans le sac…   
 
Ne tire pas ! pria Martin à Dave. Suis mon conseil : simples d’esprits.   
 
Un Beretta dut s’égarer par-là. On les rudoya jusqu’à la bourgade « civilisées » où des « gendarmes » interrogèrent les hommes après les avoir séparés des femmes.
Jouer les humbles, les innocents de tout, était leur meilleure chance d’échapper aux accusations de complicité avec des sorcières.  La veine est que l’on croyait plus volontiers les mâles alors que les femelles étaient immédiatement poursuivies. Leur déguisement aida ainsi que les ongles sales et pieds écorchés.  

 Que faisiez-vous avec ces personnes, à part forniquer, bien sûr ?
 
C’est nos épouses, et…
 
Mariés ? J’en doute. D’ici que les documents arrivent pour le prouver, on sera à Noël. D’après vos dires, vous êtes Français, Mr. Lescot ? Vous parlez bien notre langue même si votre accent est très… bizarre.
 
J’viens du Nord…
 
Dave sut profiter de sa petite plaie à la gorge pour s’en tirer aussi en parfait idiot. Quant à leurs chéries… ?  
Sitôt libérés, les potes firent un triste point.  D’abord, il leur fallait récupérer leur attirail balancé dans la cambrousse,  et de l’argent. Sans fric, impossible de défendre les filles, soudoyer du monde pour une évasion, obtenir des renseignements, rien.
Le matériel fut récupéré, par miracle intact. La tête de Dave valut de l’or quand il vit Martin découdre les doublures des sacs :
 
Quand je pars en expédition, j’emporte mes bonbons, pas toi ?  Avec ça, on devrait les faire sortir.
 
Vive quelques pierres du 1er trésor découvert.
Les négociations prirent du temps, bien plus que voulu.
 
Ces gens étaient plus bornés que chez borné, ils ne voulaient pas de leurs cailloux. Aucun des orfèvres rencontrés ne leur accorda une pièce en échange. Les voilà fins! Volontairement, Martin refusa d’imaginer les conditions dans lesquelles vivait sa femme. Paniquer, s’énerver, ne rendrait service à personne, autant occulter. L’issue vint bêtement par un accident de la route…
Un attelage fou, un gamin qui traverse le chemin, la cata.  On ne se refait pas, pas Martin en tout cas.  
Peut-être risquait-il la potence en agissant ? Qu’importe. 
Les jambes du gosse furent sauvées ainsi que la vie de son possesseur L’enfant était le fils unique de l’aubergiste le plus coté du coin. Il va sans dire que la gratitude des parents dépassa les plus folles espérances. En catimini, bien sûr, les égarés du temps apprirent le nécessaire : où étaient leurs femmes, leur condition, l’imminence d’un procès pour sorcellerie.  
En sus, ils reçurent logement et bouffe à l’œil.  Le plus gros souci c’était Dave qui voulait foncer dans le tas.  
 
Attendons le contact avec le labo... Et moi, tu ne crois pas que je souffre de les savoir ainsi ??... Ecoute, on a un peu de fric, on peut faire ou dire ce que l’on veut à n’importe qui lors du procès…  
 
John Majors en perdait la tête.  Il n’était pour rien dans la nouvelle situation des voyageurs mais en subissait les conséquences indirectes, lui-aussi.  Quoiqu’il ait commis des erreurs, il n’était pas responsable des avatars actuels.  
 
Je ne peux pas manipuler le soleil Henry… Cette variable a bousillé une grosse partie des données….
 
 Celles qui leur arrivaient au coup à coup n’étaient pas gaies. Puis, un soir, un petit miracle : un contact long et stable. Les instructions franchirent les limites temporelles.  
 
ILS RÉPONDENT ! Dave, lis ça !  
 
Danser la gigue avec son copain, pourquoi pas ? Avec Henry, Louise et un ou deux sbires en poche, tout était possible.  Kidnapper un gouverneur ? Pas à cela près.
L’embuscade fut menée de main de maître par un Dave en mal d’en découdre.  Il n’abattit personne, ouf !  Tout se passa comme prévu par le labo.  Comment Henry avait-il réglé son rajeunissement demeurerait un secret sans doute.  Le principal était d’atteindre l’objectif : absoudre les condamnées. Le plan était d’une simplicité infantile.  En réunissant tous les boîtiers, leur potentiel augmenterait au point de les renvoyer, tous, au bon endroit, au bon moment.  
Oscar fut de la partie.  Il avait disparu un moment mais revenait toujours vers son maître.  
Quand Martin vit sa femme en si piteux état au tribunal, il culpabilisa à fond sur le temps écoulé avec juste très peu de soutien externe. Les gardiens étaient sévères, les contrôles difficiles à manipuler.  Mais les filles étaient prévenues de l’imminence du changement.
 
*Dommage que Toni ne soit pas enceinte, pas encore…*
 
Cela aurait aidé puisque, apparemment, les filles grosses étaient absoutes d’office.  
Lorsque Henry, en parfait gouverneur, déclara les boîtiers des filles des jouets et en réclama d’autres, on sut quel rôle adopter.  
Les six réunis, des manipulations express, des accrochages à la va-comme-on peut : la glisse du siècle…
 
Ayant lu Harry Potter, Martin connut les tourments d’un transplanage, à son sens.  Nausées et mal de chien ! Tiens, où était Oscar, où étaient les autres ?
 
TONI ??? TONI ???  
 
Elle émergea quasi suffoquée par l’eau qui les environnait.
 
Crache, respire, ça va aller. On va nager, la rive n’est pas loin.  
 
L’aidant vaille que vaille, ils gagnèrent une berge boueuse au bord de laquelle deux gamins avaient cessé leur pêche pour contempler le couple blanc sorti des eaux. Ils détalèrent bientôt alors que Toni et Martin se hissaient plus au sec.  
 
Je crois qu’on a raté le labo, soupira Martin.
 
La réflexion idiote déclencha le rire de sa femme, rire auquel il se joignit sans rémission.  
C’est ainsi, hilares, qu’on les entoura.  Ces gens simplement vêtus de pagnes ou de robes bleues, blanches ou noires semblaient plus troublés qu’hostiles.  Aucun de leurs bâtons –pour ceux qui en avaient - ne se leva à leur encontre. Ils regardaient, en attente, passifs.  
 
Lève-toi doucement, ma chérie.  On suit, on en dit le moins possible…
 
Observer fut tout ce qu’ils s’accordèrent pour le moment. En vêtements trempés, dépareillant à fond la caisse, mais avec leurs sacs, ils emboîtèrent les pas du groupe de « guides »
 
Majors faillit la jaunisse. Qu’est-ce qui avait foiré ? Tout était paré et… mystère .
 
Les puces, les puces disent vivants, tous ! Mais où, quand, Seigneur aidez-moi !!
 
Les premiers qu’il localisa avec précisions furent les Lescot.  
 
-2630… Egypte. Allez John, balance-leur toutes les infos possibles…
 
Sa dernière invention, ou plutôt celle d’Henry, ne serait pas de trop. Ils l’avaient tous réclamés ce traducteur instantané…  
 
*Tout doux, tout doux…*
 
Martin ne savait pas grand-chose des primitifs hormis sa mini expérience préhistorique. Ce qu’il savait, par contre, c’est que les gestes devaient se mesurer, et que la bouffe primait.  D’ailleurs, près de la tente où on les casa, on leur présenta des mets variés.
 
Hoche en gratitude, recommanda-t-il par sécurité même si Toni avait pigé d’emblée.  On va ouvrir nos sacs, vas-y lentement et… s’il te plait, ne dis rien *pour une fois…*
 
L’ouverture des boîtes de conserve intrigua  fortement l’assemblée. Ces étrangers y plongeaient les doigts, se les fourraient en bouche, voulaient partager, échanger ?   
Le « chef » ? osa et goûta.  Jamais Martin n’aurait cru que des haricots sauce tomate et cornet de bœuf auraient un tel succès.  
Les maigres provisions y passèrent mais, en cherchant les dernières réserves, Martin découvrit une oreillette inédite au fond de son sac. Toni en sortit une identique du sien. Autant les enfiler.  
Les étrangers se grattaient les oreilles ?? Les autochtones rigolèrent en mimant leurs gestes.  
Ahuri, Martin dévisagea sa femme :
 
Je crois que je comprends tout ce qu’ils disent. Toi aussi ??  
 
 L’entente générale n’en fut que meilleure.  
 
Alors, comme ça, vous n’êtes pas d’ici ? Ça on l’aurait deviné tout seul ( rires) Que faites-vous dans ce coin ?
 
Euh…
 
Comprendre c’était bien, se faire comprendre était différent à moins de partager les oreillettes. Le « chef » hésita un peu à accepter ce drôle de scarabée à se fourrer dans le conduit auditif. 
Toni adorant causer, autant l’en faire profiter, elle traduisait pour lui.  Des échanges multiples s’effectuèrent.  Ainsi, ils étaient en Egypte sous la 3ème dynastie en plein chantier de construction selon  les directives d’un illuminé nommé Imhotep.
Le cœur de Martin s’accéléra :  
 
Demande si on est à Saqqarah…
 
La réponse réjouit Martin qui adorait cette obscure partie de l’Histoire.
Pour l’heure, l’architecte n’en était qu’aux décantations des hypothèses pour créer un nouvel ensemble funéraire dédié au repos de la dépouille de son souverain : le pharaon Djoser.
Les questions du « Chef » qui se nommait Emhat embarrassaient le couple. Elles étaient normales, somme toute : d’où venaient-ils, où allaient-ils, qui étaient-ils ?  Toni semblait à court d’idées en ayant pourtant déjà répondu à la moitié au gré de son imagination. Martin lui prit son oreillette et enchaîna :
 
Je me connais en médecine, comme votre patron.  Nous, les Grecs, on aime partager les connaissances… On voyage beaucoup. Nous formions un petit groupe. Vous n’avez vu personne nous ressemblant ?
 
Hélas non. Martin remercia de l’accueil et souhaita rencontrer le maître d’œuvre si possible.
 
Ce serait un immense honneur que de…
 
En Egypte, ayant l’éternité devant soi, tout prenait un temps infini.
Après le repas, on les emmena voir le chantier en cours. Martin s’attendait à autre chose que ces fondations à la… n’importe quoi. Jamais une pyramide ne tiendrait là-dessus pour traverser les siècles.  Imhotep s’était trompé de site ??  Emhat soutint que les plans étaient respectés, qu’à présent, avec la grande inondation la majorité des paysans inoccupés allaient venir participer à l’édification de la demeure de leur Dieu vivant, le très béni pharaon Djoser.
 
Il vaut mieux être nourri en travaillant que de mourir de faim à ne rien faire, non ? sourit leur guide.
 
Toujours très courtois envers leurs hôtes, il conduisit le couple à une petite tente où les attendaient paillasses et vêtements propres, de l’eau et des fruits.
Il était grand temps de tenter la communication, de savoir ce qu’étaient devenus les autres.  
Ce fut très brouillé mais, en gros, ils apprirent que Dave et Nell n’étaient pas loin d’eux.
 
Et Louise ? Henry ? Oscar ? …
 
La poisse des parasites.
 
On a besoin d’infos sur Djoser, la pyramide à degrés, help !!  
 
Majors s’était préparé à cela. De multiples photocopies leur parvinrent. Ils avaient beau commencer à s’habituer à cette magie, elle les laissait tout de même sans voix à chaque manifestation.  
 
On verra cela demain. Tu t’y connais en architecture ? … Dormons, c’est le mieux pour le moment.  
 
En Egypte, on se lève très tôt pour éviter les ardeurs de Ré. Le couple fut donc réveillé assez brusquement par des chants étranges émanant d’une foule de voix diverses.  Ablutions rapide, quelques dates plus tard, revêtus de leurs nouveaux atours, ils osèrent sortir.  
Toni râlait d’être obligée de porter une robe-sac avec voile assorti.
 
…te plains pas, tu crois que ça me plait d’avoir ce truc sur moi ?
 
Il ne valait guère mieux en djellaba et turban.  Le spectacle au dehors était à couper le souffle. Par paquets, descendants les collines, plein de gens se dirigeaient vers le camp en poussant des cris d’allégresse : les ouvriers arrivaient.
 
 Leur curiosité quant au tumulte assouvie, les Lescot retournèrent sous la tente y étudier les documents transmis.
 
… Si je pige un truc c’est qu’Imhotep veut un simple mastaba… tu as raison, ça craint…   
 
Ils rassemblèrent les papiers à la hâte en projetant coûte que coûte de rencontrer Imhotep au plus vite.  Emhat les reçut avec plaisir, pause thé obligatoire.  Blabla sur bien dormi, l’arrivée de nombreux travailleurs, etc.  La patience n’était pas une vertu de Toni… Emhat se ferma :
 
Ta femme a une longue langue.
 
Excusez-la, mais je vous assure qu’en général ses conseils sont excellents !  Ce serait bon pour nous tous que nous puissions…
 
Il arrive demain… en principe.  
 
Demain pouvait signifier dans une semaine ou un an… Pour avoir beaucoup lu sur l’antiquité, Martin le savait. Il ne leur resta qu’à prendre leur mal en patience et tuer… le temps.
Ce ne fut pas trop dur en un sens. Toni aida souvent les femmes en cuisine, ajoutant ses épices et sauces avec les moyens du bord tandis que les talents du docteur furent maintes fois requis.  
Les accidents de chantiers étaient innombrables. De la simple entaille à l’amputation imposée par écrasement, le couple se tailla une solide réputation de visiteurs éclairés.  
Vint enfin le cortège espéré : l’architecte divin arriva.  
De loin, les chants ameutèrent le voisinage. Le cortège bien rangé de chameaux fatigués se pointa.  Des dos se courbèrent à l’approche d’un grand homme en robe blanche portant le collier distinctif de sa position.  Mais ce ne fut pas tellement lui qui attira l’attention des deux étrangers, plutôt les apparitions un peu en retrait de l’illustre.
 
Tu vois ce que je vois ? sourit Martin.
 
Là, bien vivants se tenaient Nell et Dave.
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Dave Clayton
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MessageSujet: Re: Errances multiples    Dim 11 Sep - 12:11

Oui. Il savait où les retrouver, ses amis et son amour!  Retour à la case départ, c'était la seule idée qui lui avait semblé digne d'être tenue en compte. Ça marcherait ou pas! Il croisa les doigts, entama une prière et retint avec force la laisse du chien.

La Normandie, 2015, mois de Septembre...Il était de retour. Apparemment quelques heures avant les faits déjà connus. Il faudrait donc attendre pour voir si tout se déroulait comme prévu. Et cela fut. Être spectateur d'un accident dont vous êtes la victime n'est pas donné à tout le monde.

*Pas à dire...il m'a vraiment emporté par devant, le bonhomme...* Ferme la, Oscar...oui, c'est toi qui détales comme un lièvre mais là tu ne me la refais pas...couché!

Toutou lui accorda un regard morne mais obéit. Ils restèrent là à observer de loin le sauvetage mené par le Dr. Lescot. Et évidemment, il pleuvait des cordes et de la chaleur estivale on pouvait rêver.

Ce fut Oscar qui prit les devants. Un impatient, ce toutou. Il tirait de la laisse avec enthousiasme et compte tenu de sa taille et force brute, Dave avait presque du mal à suivre le train en pataugeant dans les flaques et se prenant de la boue à tout bout portant.

Au pas, la vache...on n'a pas le diable aux trousses!

Mais bien entendu, Toutou avait sa petite idée et son flair ne le trompait jamais. Dave en eut la confirmation cinq minutes plus tard quand, en jaillissant des buissons à la suite de son chien-char de guerre, il se trouve nez à nez avec une Toni exubérante qui lui sauta au cou.

Tu es là...c'est génial! On t'a retrouvé!

On pouvait, très légitimement se demander qui avait trouvé qui, mais le moment n'était pas aux nuances. La seule chose qui lui intéressait, oui, Dave était assez égoïste à ses heures, était savoir où était Nell, donc se ficha carrément des possibles avatars que ses amis avaient pu rencontrer pour en arriver là. Dieu merci, Toni et Martin n'étaient pas rancuniers et la première se fit un plaisir de résumer toutes leurs aventures avant de conclure, sentencieuse:

Il n'y a que toi qui puisse savoir où elle peut vouloir aller!

Des idées, il en avait quelques unes mais avant d'avoir pu s'étendre sur le thème, le boîtier de Mrs. Lescot entra en action. Au labo, ils avaient enfin retrouvé Nell et la situaient...à Berlin en Avril 1945.

Mon Dieu!...Pas un bon moment pour y être...pas du tout!

Pas besoin de le dire...on sera à la veille de la bataille de Berlin...2 millions de soldats soviétiques sont prêts à tomber sur la ville...On a une date exacte?...Ils vont la sortir de là?...Elle sert à quoi, la fichue puce?

Désolantes nouvelles. Nell était à Berlin le 14 Avril 1945. Deux jours avant le début de la grande bataille et pour le moment les failles du système empêchaient de faire quoi que ce soit.

Alors on y va...ou j'y vais, pas de souci...je saurai la retrouver!

Mais Toni, qui décidément semblait dominer la scène, avait déjà tout réglé. Pas trop la joie de se laisser couper la gorge, juste un peu, pour ressembler à un blessé de guerre, se trouver affublé d'un uniforme de soldat de la Wehrmacht, muet ce qui ne  gênait pas vu sa triste prestation linguistique. Martin jouait les officiers de la SS et Toni, douce créature, une berlinoise mode 1945. La balade en métro ne fut pas trop sympa, après tout, ils étaient là, deux hommes parfaitement valides, être muet n'empêche pas de prendre une arme et défendre la patrie, et alors que le reste d'hommes allemands se faisaient descendre quelque part en Europe eux,  ils prenaient le métro à Berlin comme le plus ordinaire des quidams en temps de paix, bien sûr les sigles SS étaient loin d'attirer les sympathies. Oscar, qui grognait comme un enragé n’arrangeait rien.
Et pour parfaire la situation, déjà assez dramatique, les sirènes hurlèrent. Ce qui, bien entendu,ne signifiait rien de bon. Dave en savait long sur ce qui se passait. Des bombardiers américains en approche. La rame s’arrêta à la suivante gare et tout le monde, eux compris, déferla sur les quais à la recherche d'un abri.  Toni qui menait la ronde émit des raisons très valables pour ne pas essayer leur chance à l'abri anti aérien le plus proche et les entraîna dans un coin...avec des centaines d'autres pauvres hères qui s’agglutinaient en quête d'un salut incertain.

*Si ça tombe...on est faits comme des rats!*

Pas à dire, le moment se prêtait mal à l'optimisme! Et puis...

Gestapo...et ils tiennent Nell!

De quoi réagir sans trop penser. Voir sa chérie encadrée par ces individus de si triste mémoire, sans doute conduite à leurs quartiers pour y être interrogée, le firent voir rouge...les agents de la Gestapo n'eurent pas le temps d’émettre plus de trois mots qu'il les avait descendus sans plus de préliminaires, et arraché Nell de leur emprise, alors que Martin activait son boîtier. Il accrocha Nell, serra la laisse d'Oscar et sentit Toni ferrer son bras.  En un temps deux mouvements, ils avaient changé de décor.

Mais les astucieux algorithmes, calculs, ou allez savoir quoi auxquels se livraient Henry et Majors à Cambridge ne donnaient décidément rien de bon. Au lieu de se retrouver dans le labo ultra performant du Dr. Warrington, ils atterrirent, à la comme on peut, en pleine campagne, verdoyante et joyeusement ensoleillée.

Pas à dire...encore tombés à côté...mais on s'en fout, tu es là, ma chérie...tu es là...j'ai cru devenir fou en te sachant perdue!!!

Il l'embrassait à en perdre haleine, la serrant contre lui alors qu'Oscar, ému de soudaine liberté, prenait la clé des champs.

Tu m’as manqué aussi…. Tu vas bien ? Tu es réellement toi, là ?

Ben oui...c'est bien moi...suis là et je t'aime comme un dingue...faudra trouver le moyen pour ne plus être séparés...on est où, là?, sans lâcher sa chérie, Dave avança vers les Lescot qui apparemment se fichaient de temps et lieu, trop pris à la joie de cet instant de répit, excusez, les tourtereaux, mais étant donné que Martin a activé le bidule...

Retour à la réalité. Triste réalité, en fait. Au lieu de 2016, labo d'Henry, les voilà échus en 1692 quelque part près de Salem.

Alors là, ça promet!, grommela Dave, on manque de pot...c'est le moindre à dire!

Petite mise à jour de rigueur, qui ne donnait rien de bon. Entre connaissances des uns et des autres le résultat n'était pas meilleur: être tombés en pleine chasse aux sorcières n'avait décidément rien de trop engageant!

Et, comme il le faut dans toute aventure digne de ce nom, ils durent faire avec. Prendre de la couleur locale, qui, entre nous, faisait du mal aux pieds plus qu'autre chose, y aller profil bas, pas évident du tout, car à peine ouvert la bouche on savait que vous n'étiez pas du coin...en 324 ans le langage peut prendre certaines libertés d'évolution!
Bien entendu, ce qui devait être, le fut. Faites l'amour avec une rouquine, dans la campagne en cette époque de lourdes suspicions et le tour est joué...On arrête la rouquine, et la brune aussi en passant, et on les accuse de sorcellerie parce qu'elles ont radicalement séduit deux hommes...que personne tienne en compte que les dits séduits étaient mari et promis des belles, à peu près normal pour les temps en cours. Les femmes tendaient à être coupables naturelles, ça faisait l'affaire, et si pas enceintes ou autre excuse du genre, les pauvres finissaient pendues, brûlées ou noyées sans que leurs cher conjoints ne trouvent grand chose à redire...sans doute avatars du Nouveau Monde, rare le mariage d'amour, prévalait celui de besoin...ben oui, faut bien peupler la terre, non?  On se fichait un peu d'avec qui tant que ça marchait et puis si on avait le choix de changer...enfin, ce n'est qu'une affreuse théorie, aussi bonne que n'importe quelle autre...

Mais là, ce n'était pas le cas...Dave tenait à sa Nell, tout comme Martin à sa Toni. Un jugement ne promettait rien de bon. Avec des fanatiques pareils, ça ne le pouvait pas. Aveuglés de croyances, superstitions et Dieu sait quoi d'autre, ces braves gens ne voyaient pas au delà de leur bout de nez et suivaient fidèlement les dires des prédicateurs. Simple comme bonjour et cela marchait à tous les coups!

Le boîtier marchait à son bon vouloir. D'après ce que les deux hommes, braves innocents, purent déduire une tempête solaire était en cause, ce qui expliquait les ratages à répétition.

On est fins...si le soleil s'en mêle et en plus dans ce monde de prudes avérés..., Dave frôlait la déprime la plus sournoise, se doutant bien que son copain ne valait pas mieux.

Quoiqu'il en fut, moyennant une chance d'enfer et autres bienfaits, ou miracles, à chacun de juger, le tribunal inattendu, bénis soient Henry et ses inventions, Dave ne perdit pas de temps à décortiquer l'affaire, ils se trouvèrent face à une chance unique de s'en tirer...

Et comme cela commençait à devenir habituel la glisse se produit...mais pas dans le sens voulu...

2630 av. Ch. Menue différence. Menue divergence. Si avant ils étaient à 324 ans de leur but,  là...

Le garçon leur avait tendu la perche. Brave petit gars! Il les avait aidés à grimper sur son radeau, partant de la bienheureuse idée que les Dieux les avaient envoyés.

*Hein!?*

Échoués comme des rats à moitiés noyés sur le radeau d'un gosse presque nu, Dave ne se sentait pas proche d'une quelconque divinité mais ce que lui souffla sa Nell le fit changer d'avis.

*Nourrissons donc la superstition locale!*

Être blond, même si plutôt foncé, semblait faire de l'effet. Que sa compagne soit rousse,  complétait le tout. Opi, le gars du radeau avait décidé, son avis, qu'ils devaient être...si pas envoyés des Dieux, des Dieux eux mêmes, ce qui donna lieu à une suite plutôt réjouissante.

Opi, cher enfant, il n'avait guère plus de 11 ans, pagaya énergiquement vers un rivage, à l'avis de Dave, plutôt incertain.
Il s'avéra, une demie heure plus tard, après avoir vogué dans cette espèce de mer figée, entrecoupée de tiges de papyrus, ils aboutirent près d'une splendide villa, ou ressemblant, où la vie semblait prendre l'image même du repos bucolique, ce qui, tout compte fait n'était guère étonnant sous ce soleil de plomb.

Et là...on est où?

Selon la traduction approximative de Nell ils se trouvaient chez le père du gamin...un certain Imhotep, architecte du Pharaon.

*N'importe quoi!*

Ce qui semblait être décidément le cas.

Ils avaient croisé un petit troupeau de mules lourdement chargées, descendant vers le fleuve, dépassé des réserves de grain et diverses dépendances. Dave ne perdait pas détail de la promenade. Opi parlait, très enthousiaste, force grands gestes et sourires, ravi, sans aucun doute, d'être le premier de la famille à ramener des dieux...enfin, c'est ce qu'il pensait et Dave n'était pas du tout tenté de le contredire, pas encore. Nell, elle, s’efforçait pour comprendre ce que le petit égyptien racontait, ce qui n’était pas du tout donné.

*Ouais...mais au moins elle pige quelque chose, ma puce...tout seul Dieu ou pas, je serais largué...elle est unique, ma Nell!*

Un portail franchi, ils se retrouvaient dans l'enceinte de la résidence. La cour intérieure était très accueillante, avec sa pièce d'eau entourée de jasmins, lauriers roses et d'énormes figuiers sycomores. Dés enfants riaient, sous l’œil vigilant de leur mère, sans faire trop attention à leur entrée en scène. Un gros chat au regard suspicieux se tenait sur le seuil de l’habitation vers laquelle Opi les avait conduit, le garçon s'arrête sec, respectueux alors que Dave, qui en avait ras le bol des chats claqua de la langue et rigola en le voyant déguerpir, ce qui mérita un coup de coude dans les côtes de la part de Nell, très imbue dans son rôle de divinité traductrice.

*Ouais...les chats...l’Égypte...où sont passés Oscar...et les autres?*

Le portique aux colonnes vivement colorées parvint à les distraire un peu de leurs réflexions. Leur petit guide les mena à travers ce qui devait être la pièce centrale décorée d'une frise, magnifique, de lotus et coquelicots. On entendait deux femmes discuter, encore des enfants. Une maisonnée vivante, sans risque de doute.

Il faudrait attendre un moment de calme, en privé, pour vérifier les données du boîtier. Nell serra très fort sa main. Ils avaient abouti dans une grande pièce, très claire. Un homme s'y tenait, près de la fenêtre, un rouleau de papyrus à la main, l'air songeur pour ne pas dire tracassé. Sans plus de cérémonies, Opi se lança aux présentations. Pour un puriste des us et coutumes, la petit gars manquait de style et avait beaucoup à apprendre mais vu son jeune âge on pouvait certainement lui pardonner ses manquements. En tout cas le résultat ne manqua pas d’être surprenant.

L'homme au papyrus sourit, patient, en écoutant les discours agité du garçon, avant de le renvoyer gentiment. Opi sorti, en refermant la porte derrière lui, le maître de céans, puisque c'est ce qu'il semblait être, posa le rouleau sur la table, hocha la tête, d'un chauve luisant, et avança de deux pas en direction des deux nouveaux venus, encore dégoulinant des eaux du Nil en crue.

Cela fait si longtemps que j'attends ce moment!

Et cela en un anglais parfait à l'accent oxfordien.

*Hein!?*...Pardon...vous...euh...

Je peux bien comprendre votre énorme surprise!

C'était le moindre à dire! Atterrir au 23ème siècle avant Christ et se trouver face à face avec un monsieur au crâne luisant, vêtu comme le voulait la mode du temps et parlant parfaitement l'anglais avait de quoi remuer leurs esprits et les lancer dans toute sorte d'hypothèses échevelées. Ce qui s'en suivit dépassa largement tout entendement logique.

On me connaît comme étant Imhotep, dit le cher homme en souriant toujours, architecte, constructeur, philosophe, médecin aussi tant qu'à faire...homme de confiance du Pharaon...mais en fait je suis Archibald Chesterton...né à Londres en 2072 et comme vous, voyageur du temps!

Ben ça alors!...Vous...enfin...vous voulez nous faire croire que..., Dave était décidément pris de court, s'il n'avait tenu qu'à lui il aurait essayé de faire marcher son boîtier mais Nell, bien plus calme que lui, prenait la chose avec bien plus de sapience.

Du calme, mon ami, dit Chesterton alias Imhotep sans délaisser son petit sourire ravi, il semblerait que nous sommes tous dans une situation difficile à gérer...enfin surtout de votre point de vue...mais vous êtes bien venus d'une autre époque, je ne m'y méprends pas...pour les effets, je viens de votre futur mais là, je représente votre passé...un très lointain passé.

Oui, on peut dire cela...
2630 av. Ch...c'est pas avant hier...et si vous dites vrai 2072...pas demain la veille...nous on vient de 2016!

Warrington!?...C'est lui, n'est ce pas? Béni soit cet homme...sans lui...

Heureusement, ils purent s'asseoir pour entendre la suite, sans quoi ils seraient tranquillement tombés à la renverse. Aux dires d'Imhotep-Chesterton, les expériences du Dr. Warrington avaient fini par secouer l’histoire du 21ème siècle, reprises, revues, reconnues, quelques adaptations plus tard, vers la fin du siècle, voyager dans le temps était devenue pratique sûre, pas à la portée de tous et chacun mais exploitée par le corps scientifique...

Bien entendu, nous avons eu des problèmes..., vu son air ravi on pouvait croire que cela ne l'avait pas gêné, je me suis trouvé coincé ici...mais l'époque me convenait parfaitement...je suis devenu Imhotep...et si vous avez suivi l'histoire je ne m'en suis pas si mal tiré!

Mais pourquoi n'êtes vous pas revenu...enfin, vous en avez eu les moyens, non?

Imhotep promena un regard attendri aux alentours. Il souriait toujours, dehors la vie semblait aller au ralenti sous le soleil.
Sans se presser il alla vers la fenêtre dont il écarta les tentures diaphanes. Des rires d'enfants leur parvinrent.



Mes petits enfants..., et cela semblait tout dire, il était heureux, je n'étais qu'un petit savant imbu de théories en Angleterre, de mon temps...à peine digne d'être tenu en compte, c'est bien pour cela qu'ils ont accepté de me laisser prendre part à l'expérience, m'égarer dans le temps n'était pas un grande perte pour le monde scientifique...ici, je suis quelqu'un, j'ai une vie pleine et satisfaisante, je suis entré dans l'histoire, mon œuvre vivra au delà du temps...je suis Imhoptep!

Ce qui d'après ce que Dave savait, n'était pas peu dire.

Le grand maître bâtisseur du Pharaon ne lésina pas en attentions envers ses invités, si spéciaux. L'histoire d'Opi convenant très bien, Dave et Nell se virent élevés à un rang quasi divin et traités en conséquence. Les fils du maître, leurs femmes, leur enfants, servants et servantes, devraient courber l'échine en leur présence, être aux petits soins, ne laissant même pas une mouche importune les approcher.
On leur avait attribué une vaste chambre claire et bien aérée, pas du côté des quartiers des femmes, sans doute pour un souci de tranquillité, parce que chez Imhotep, les femmes de la maison, belle-mère, belles-filles, ne rendaient la vie facile à personne, menant à leur façon, une guéguerre plutôt bruyante
et mine de rien prônant leur suprématie, ce qu'aucun des hommes présent ne songeait discuter.

Des mégères...les pauvres mecs font n'importe quoi pour avoir la paix!

Ce qui, n'était pas évident du tout, mais on faisait avec. Imhotep régissait à son bon air. Tout le monde pouvait avoir son mot à dire mais en définitive c'était lui qui tenait les ficelles de la bourse et on devait s'accommoder à sa volonté.

Mais sous cette jolie couche de haute diplomatie à l'ancienne, Dave devinait que pas tous n’accueillaient leur apparition de bon cœur. Sobek et Yamose, les fils d'Imhotep avaient beau incliner la tête, ils le voyaient comme un intrus, idée que le scribe Hori alimentait sournoisement. Les femmes, Sapiti et Kait faisaient moins d'efforts pour dissimuler la suspicion qu'ils éveillaient, secondées de maîtresse façon par Henet, le vielle servante. La seule, à part le maître de céans,  ravie de leur visite, était la belle-mère de service, Dame Esa, qui s'amusait follement de voir la routine de la maisonnée bouleversée.

Belle histoire...vous des Dieux...on en rira encore dans mille ans..., limite vexant le commentaire mais le regard de la vieille dame brillait de perspicacité et malice. Elle toucha l'oreillette de traduction que lui avait fourni Nell, les Dieux n'auraient aucun besoin de ces choses...mais enfin, si ces idiots sont prêts à gober votre histoire, tant mieux... un peu de nouveauté ne nuit pas..., d'un geste qui aurait été jugé hardi pour une femme plus jeune, elle flatta la joue de Dave, comme cela,  rasées  c'est plus plaisant à voir,  jeune homme...mais j'avoue que la couleur des cheveux de ta femme est...insolite!

Dave détestait la coutume du rasage quotidien, mais il fallait bien se plier aux coutumes de l'époque. Nell, elle, avait carrément refusé qu’on s'occupe de ses cheveux et arborait sans gêne sa flamboyante rousseur.
Et la vie s'écoulait, au même rythme que le fleuve nonchalant.

On pourrait même s'y habituer...c'est pas si mal que ça..., assura Dave en contemplant le crépuscule allongé entre des coussins, dans le pavillon face à la pièce d'eau, c'est calme...c'est beau...on sait que tout le monde va bien...en plus Martin et Toni ne devraient pas être loin...Non, je ne m'amollis pas...c'est que...

C'est que du coup, il se prélassait sans rien faire, jouissant de ce paisible entourage et Nell n'aimait pas trop la tournure. Elle l'avait sans doute imaginé plus combatif...mais Dave ne trouvait rien contre quoi se battre.

*Ouais...demain elle t'envoie paître!*

En attendant, Imhotep leur avait parlé de son nouveau grand projet: le site funéraire du Pharaon.

Ouais...c'est pas mal...mais c'est pas avec ça que tu immortaliseras ton œuvre, Archi!, assura Dave en regardant les plans, t'étais pas architecte de ton temps, hein?

Euh...à vrai dire, je n'étais qu'archiviste...enfin, un peu plus que ça...l'architecture m'a toujours fasciné...et oui, cette mastaba n'ira pas loin...et compte tenu de la qualité du terrain...mais j'ai créé Saqqarah!

*On se demande bien comment!*

Bien entendu Nell n'allait pas laisser que le cours de l'histoire soit si misérablement tronqué. Majors, encore lui, décidé à rattraper ses fautes, faisait de son mieux. Bons et loyaux services, sous l'attentive férule de Henry et sans doute celle féroce de Louise, mais pas encore suffisants pour les rapatrier, pas plus qu'à Toni et Martin, qui selon les dernières données, n'étaient pas foncièrement loin, mais il faudrait attendre une légère décrue du fleuve pour pouvoir se déplacer.

*Pas à dire, ce sont eux qui l'ont inventée, la patience!*

Se balader par là en jupette immaculée ne le comblait pas de joie mais ce qui commençait à vraiment le tracasser était l'attitude de Nell, pas plus heureuse que lui avec leur nouvelle vie mais décidément plus secrète, elle passait des longs moments dans les quartiers des femmes, s’entretenant avec Dame Isa  et en le rejoignant avait un air rêveur, lointain parfois, qui le laissait se poser pas mal de questions.

Ça va bien, ma douce!?...Sais pas trop...tu a un petit air...Oui, ça prend du temps! Selon Henry...on ne veut pas courir de risques, suis d'accord...veux rentrer à la maison aussi...mais dis moi la vérité...tu te sens vraiment bien?

Il dut se contenter d'un haussement d'épaules et un sourire de travers, restant avec la vilaine sensation d'être en train de rater une case.

Et un soir, Imhotep annonça, comme qui parle de pluie et beau temps, qu'ils partaient le lendemain à l'aube, rejoindre le grand chantier. Il était plus qu'heureux, le bonhomme, nanti de "ses plans" de construction, fournis via technologie futuriste, par un Majors décidément attelé à la tache.

Comme moyen de locomotion on avait vu mieux que cette balade à dos de chameau. Sans doute Nell l'avait mieux vécue que lui, jouissant comme elle l'avait fait, du confort d'une belle litière. Dave avait mal partout mais ne cessait de s’émerveiller de ce qu'il découvrait, après tout il était sans aucun doute le premier homme moderne à vivre un instant pareil. Puis, à un détour du chemin, le grand chantier était apparu, à moitié noyé par les eaux du grand fleuve, mais loin d'être celui là le détail qui retenait son attention:

Regarde, ma chérie...là...ce sont Toni et Martin...ben, ils détonnent un peu dans la foule bronzée....ce sont eux, pas de doute!

S'il avait su commet s'y prendre il aurait fait galoper son chameau, mais à part que la bestiole était décidément réticente, il n'avait pas trop envie de se briser l'âme et mettre fin à sa propre légende.

Une fois posé en terre ferme par son chameau sournois, Dave aida sa Nell à descendre du sien avant de s'élancer à la rencontre de leurs amis.
Belles retrouvailles!

Enfin...Vous allez bien? Oui, nous ça baigne...sais pas trop pourquoi mais on nous tient pour des espèces de Dieux...ouais, me parlez pas de l'habit...pas mon truc me balader comme ça...mais on fait ce qu'on peut!...Vous avez des mines superbes...Ben oui! On est avec Imhotep...le grand Imhotep oui...sauf que...attendez qu'on vous raconte...le voilà qui s'amène...

Et il avançait, majestueux, imbu de pouvoir, de sagesse et de tout ce qu'on voudra. Il personnifiait la légitimité même et personne n'aurait jamais songé à la mettre en doute.

Une fois pompe et circonstances mises de côté, le grand homme réclama qu'on le laisse en paix. En fait plus qu'une demande ce fut un ordre que tout le monde s'empressa d'obéir avec grande diligence. Pour le bonheur de tous, son gynécée était resté à la villa et seul l'accompagnait l'enfant de sa prédilection: Opi, dont les frères aînés étaient restés pour veiller sur la bonne marche des affaire familiales, qui n'était pas des moindres.

Henry fait ce qu'il peut mais je pense qu'on rester encore un moment dans le coin, confia Dave à Martin, non...on ne manque de rien...mais Nell me fait du souci...sais pas...elle veut rien me dire! Non...non...elle ne souffre d'aucun mal étrange, du moins j'espère...elle est...bizarre, c'est tout!...

Le Dr. Lescot émit une paire d'hypothèses, assurant s'en occuper, avant de passer à un autre thème. Dave déballa toute l'histoire du célèbre Imhotep.

Eh oui...comme je te dis...la plus belle contrefaçon de l'histoire de laquelle on se fiche pas mal...ça m'est égal s'il est ou pas ce qu'il prétend...en ce temps on le lui donne comme bien acquis, tant mieux pour lui...on n'est pas là pour changer le cours de l'histoire, juste pour s'en tirer de la meilleur façon sans faire trop de dégâts...déjà que Nell m'en veut pour les deux nazis que j'ai descendus...mais à mon avis ça n'a fait que deux nazis de moins qui seraient morts le lendemain ou le jour d'après...

Chacun son avis. On passa du large la question pour s'occuper d'autre chose...en ce cas du fameux site funéraire.

Sa mastaba ne donnera rien qui vaille et il le sait...Majors nous a envoyé des photos de Saqqarah...on fera avec...euh non, je ne pense pas l’aider à construire son truc...tu sais combien de temps ça va prendre?...Sais pas, moi mais sans aucun doute bien plus que je n'en dispose...Non, Martin, suis pas indifférent, mais veux pas vieillir en Égypte et encore moins en 2630 av. Ch...ça lui plaît, à Toni, le bled?

S’ils y restaient un peu plus de temps, Mrs. Lescot était chiche de ficher en l'air la gastronomie locale, Nell y mettant aussi du sien on aurait droit à un bouleversement planétaire.

Majors essayait de toute remettre en cours. Henry perdait patience. Louise enrageait, Oscar gémissait et quelque part en Égypte, quelques millénaires plus tôt...

Ça vous dit rien la poulie!!!?

Ben non...apparemment c'était pour bien plus tard!...Quoique...
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Nelly Watts

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MessageSujet: Re: Errances multiples    Dim 11 Sep - 17:34

L’Egypte antique… Wow !
Allez savoir comment la chose s’était produite mais le fait était là.
Le petit Opi qui les repêcha était autant déluré que volubile. Malgré toutes ses connaissances, Nell éprouva un mal de chien à recomposer un langage cohérent. Dave ne semblait rien piger du tout, le pauvre.
Le gamin les amena dans un « mini » palais hors crue dont la décoration murale aurait séduit n’importe qui.  Hautes colonnades, fenêtres à claire-voie, fraîcheur partout grâce à une ventilation bien orchestrée.
Être mis en présence du nom illustre qui avait traversé les âges fut un choc : Imhotep !
Le personnage correspondait assez à la légende créée autour de ses œuvres multiples mais qu’il se mette à parler l’anglais d’Oxford… renversant !  
Lui aussi était un voyageur, à la différence près qu’il s’était égaré volontairement pour jouir pleinement des atouts à sa portée. Femmes, concubines, enfants, petits-enfants, il baignait dans l’opulence grâce à ses conseils avisés, certains talents développés auprès de Pharaon.
Il semblait parfaitement satisfait de sa condition quoique légèrement tracassé vis-à-vis d’une future construction à réaliser pour son maître souverain.  En tout cas, il leur rendit la vie aussi agréable que possible.  
Le rang qui leur échut favorisa courbettes et attentions dont ils se seraient bien passées. L’hygiène était primordiale et, en cela, ils se plièrent l’un moins que l’autre aux rituels.  Lorsque les esthéticiennes déléguées par les belles-filles du grand maître voulurent épiler son corps de tout poil superflu, Nell se hérissa carrément :
 
Dehors ! Laissez la cire, et une pince, je sais très bien m’occuper de moi, merci !
 
Plus tard, elle fulminait encore auprès d’un Dave rasé de frais, même au torse.
 
Le pubis ! Elles voulaient m’arracher les poils un à un !... Bien sûr que j’ai envoyé balader tout le monde, non mais… Puis Sapiti et Kait sont des fouines idiotes… qu’en est-ce que l’on rentre ?
 
Leurs bidules enfermés en étanche n’avaient subi aucun dommage fatal. Néanmoins, la distance- ou un souci dont ils ignoraient tout- rendait les échanges avec leur 21ème siècle très aléatoires. Par bonheur, des oreillettes de traduction instantanées leur parvinrent. Elles favorisèrent bien des échanges surtout avec dame Esa qu’aima d’emblée Nell.  Ridée mieux qu’une vieille pomme, à moitié édentée, elle se marrait franchement de leur venue qui chamboulait le quotidien ennuyeux en cette période désœuvrée pour les paysans.
Oui, le paysage était beau, d’un calme inégalé mais… contempler les eaux du Nil, entendre chasser les oiseaux nocturnes ne suffisait pas à Nell. Dans sa tête commença une sorte de rébellion à l’encontre d’un Dave qui, décidément, s’enfonçait de plus en plus dans… la paresse.
 
*Si jamais il veut me faire le coup d’Imhotep et rester ici… je l’y laisse… seul !*
 
Dame Esa, aidez-nous. Vous savez aussi bien que moi que nous ne sommes pas des Dieux, juste des…
 
Egarés… Tu t’ennuies ici ? Mes belles-filles sont-elles méchantes ? Je leur ferai donner le bâton, si tu veux.
 
Non ! Pas de bâton, s’il vous plait. Puis-je être utile, faire quelque chose pour occuper mes mains ? L’atelier de tissage mérite de légères améliorations, pourrais-je… ?
 
Tu t’y connais en lin ?
 
Pas vraiment mais je connais des techniques qui favoriseraient nettement le travail des ouvrières. Le rendrait plus efficace, rentable et moins fatiguant. Juste commander des pièces au menuisier…  
 

Voilà qui demande à être vu ! rigola la vieille dame.  Autre chose ?
 
Parler, je dois pouvoir parler plus longtemps, plus souvent à votre gendre Imhotep, de grâce.
 
La douceur, la jovialité de dame Esa porta ses fruits.  
Pendant que son chéri se prélassait, Nell s’activa. Bien évidemment, à l’atelier de tissage on la regarda de travers lorsqu’elle amena les nouveaux métiers mais, très vite, ils emballèrent les utilisatrices.  Puis, quand Archibald Chesterton l’accordait, elle avait audience. Avec lui, elle ne prenait pas de gants :
 
Vous dites que l’on ne peut pas aller sur le chantier avant une amorce de décrue, balivernes ! J’aimerais surtout que vous me racontiez ce que l’on dit de Henry Warrington à votre époque, de comment vous êtes devenu un voyageur…
 
Il ne prit pas mal cette « attaque » franche. Avec un demi- sourire, il déclara :
 
Autant vous avouer la vérité, n’est-ce pas ? L’histoire, la mienne en tout cas, ne garde aucune trace d’une Nell Watts, d’un Dave Clayton, ni de Lescot… Je remarque que vous encaissez rudement bien les chocs, ma chère.
 
J’ai l’habitude, poursuivez…
 
Elle en apprit des choses pendant ces discussions répétitives, de quoi la laisser très songeuse même aux côtés de son Dave. Il se rendit compte de ses états d’âme contrarié mais se tut. Pourquoi le contrarier aussi ?  Certaines vérités font mal à digérer, autant éviter que d’autres en subissent le poids.  
 
Enfin, on se mit en route vers le grand chantier où un mastaba grandiose devrait s’ériger.  
La litière palanquin où on l’avait juchée tanguait pire qu’une coque de noix sur mer tempétueuse.
 
*Dire que Dave croit que je suis à l’aise… *
 
Avec ses tentures, diaphanes certes, l’enfermement étouffait Nell.  
Ouf, on s’arrêta. Dave l’aida à descendre, elle devait être verte ou cramoisie ou un peu des deux.  
Mais Dave n’avait pas menti : ils étaient là ! Eux, leurs amis !!
 
TONI !!!
 
Elle en pleura, tant pis pour le kohol. Entre deux embrassades, elle souffla :   
 
Il faudra que l’on parle à seules, dès que possible.
 
Elles en eurent l’occasion après une soirée de libations offertes par le « grand » maître.
Il faisait bon, pas trop chaud, mais les moustiques pullulaient. Grâce à un répulsif inventé par Martin, les deux jeunes femmes purent s’isoler au calme. Le chantier du grand n’importe quoi travaillait encore.
Sous un sycomore, les amies parlèrent à cœur ouvert :
 
… Moi aussi, je suis ravie que vous alliez bien… Dave ? Bah, c’est Dave… Un peu flemmard à mon goût mais bon. On t’a dit pour Imhotep, sa véritable identité ? Il est la clé de notre avenir. Nous devons impérativement sortir d’ici… oui, je sais que les communications disjonctent. Si nous n’aidons pas cet architecte à la noix, notre ligne temporelle n’existera pas… Son époque connait Henry, ses travaux. Il semblerait que les premiers explorateurs dont les noms sont obscurs, mais tu devines de qui il s’agit, ont créé une foule de lignes parallèles ou s’entrecroisées. Celle-ci est déterminante pour nous, selon Imhotep… Il aurait pu mentir, je ne pense pas qu’il l’ait fait… Je veux renter autant que toi, à moins que… tu ne veuilles des enfants ici car, selon lui, tant que l’on bouge on est stériles, tous.
 
Ces révélations parurent troubler Toni. Elle s’occupait vaillamment à inculquer aux cuisinières de meilleures façons de faire. On en rit, que faire d’autre ? Un blabla en entraînant un autre :
 
… des plans ? Martin a reçu des plans ??? Nom de Dieu, Imhotep doit les voir !!!... Comment ça, il n’ose pas lui montrer? Un conseil, fous-lui un pied au cul. Le mien me démange avec Dave. On y va !  Retiens, ce que je te souffle…
 
Main dans la main telles Nephtys et Isis, elles bravèrent les interdits, en l’occurrence deux gardes armés. Leur dégaine, leur assurance forcèrent le barrage.   
Les hommes se la coulaient douce sous une tente très vaste, bien décorée du reste. Le grand prêtre était présent.
 
*Aïe*
 
Impossible de le rater avec sa peau de léopard en travers du torse. Là, il grignotait une grenade et faillit s’étouffer en voyant les filles entrer.
 
Que… que font des femmes ici ?
 
Dans un parfait ensemble répété peu avant, elles déclamèrent :
 
Nous sommes les envoyées du divin Horus. Il souhaite que son fils repose en ce lieu-là ! En ce lieu et selon les tracés que détient notre frère.   
 
Tiens, malgré un certain flottement, Martin sembla capter le message subliminal, et en profita pour dérouler ses plans.
Imhotep et son homologue de Thèbes s’entreregardèrent avant de se pencher sur les dessins précis.
Incompréhension totale de part et d’autres, à l’évidence.  
Nul ne se lançant dans des explications, Nell soupira :
 
La construction actuelle en ébauche est à oublier. Il faut qu’un escalier majestueux permette à l’âme de Djéjer – bénit soit-il – de s’élever jusqu’au sommet.
 
Yepee ! hurla soudain Imhotep, en levant les poings cers le ciel, enfin réveillé de sa stupeur. C’est exactement cela ! Il manquait une pièce au puzzle !
 
De quoi causes-tu, Imhotep mon ami ?
 

Excuse-moi, mon grand ami, d’employer parfois des termes étranges à tes oreilles. Les dieux ont parlé par leurs enfants. Nous déménageons avant l’aube ! Ce sera colossal, tu verras !  
 
Un banquet, un de plus, eut lieu.  Les filles avaient dû accepter le port de lourdes perruques ornées de cônes de cire qui fondait rien qu’avec la touffeur sous les tentes.
 
Au moins ça parfume et éloigne les insectes…  
 
Nell en avait marre d’être juste bonne à aider en cuisine, et encore…  Le nouveau chantier avait démarré avec la bénédiction de dieux et d’Imhotep en personne. Les filles voyaient peu leurs compagnons, trop « occupés » à se prélasser avec des pâtisseries, Dave en tout cas. Martin, lui, avait initié l’architecte à des techniques chirurgicales inédites et appris d’autres. Rien ne se passait à part une décrue amorcée après la plus longue inondation connue depuis au moins sept années. Enfin, un soir, on les fit mander. Son apparat, ni tagada tsointsoin, une main sur la tête de son fils bien aimé, celui dont le nom figurerait sur des stèles à travers les siècles, leur accorda audience très privée.
 
Vous m’avez aidé plus que je ne l’ai fait envers vous.  Je vous suis redevable en tout. Pas que je veuille me séparer de vous mais vous méritez un présent autre que ma simple gratitude.  Mon nom sera illustre à jamais, aussi je n’ai plus aucun besoin de ceci…
 
Opi se leva et leur présenta ses cadeaux : un boîtier et une pierre.  
 
Il fonctionne encore, une pile atomique en est le cœur. Ça pourra amener où vous souhaitez.
 
Un peu ébahis, voire en colère rentrée, ils acceptèrent les dons.
 

J’ai, je l’avoue devant mon plus jeune fils, abusé de vos générosités. Le boîtier est différent du vôtre, il est plus… perfectionné. Je ne l’ai rallumé qu’une seule fois, elle a failli me coûter ce paradis. Les gardiens m’ont repéré mais la pierre m’a averti : sa couleur change quand ils arrivent. Faites-en bon usage !       
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Dave Clayton
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MessageSujet: Re: Errances multiples    Dim 11 Sep - 21:57

Ah, l'Antiquité! Ils vivaient une expérience unique, partageant le jour le jour d'êtres dont le souvenir s'estomperait dans le temps, tombant la plupart dans le gris de l'oubli alors que d'autres verraient leur mémoire perpétuée à travers les siècles. Imhotep, entre ceux là, resterait à jamais immortalisé à travers son œuvre.

*Ouais, me demande comment il s'en serait tiré sans un certain coup de pouce!*

On pouvait certes se poser la question mais bien entendu on ne parlait pas de cela, pas avec le grand bâtisseur. Lui il tenait pour bien acquis la gloire qui lui échoirait, la faveur de Pharaon, les honneurs qui lui seraient dus pour ne pas parler de la fortune accrue et bien entendu le fait de se voir presque élevé à un rang quasi divin. Comme s'il y était parvenu tout seul, inspiré par son seul et propre génie.

Si Dave avait cru qu'en arrivant au chantier la bucolique routine qu'on lui imposait changerait il ne fut pas long à se détromper. Le maître de céans avait tout prévu. Absolument tout. Le plus important, aux yeux du grand Imhotep, était de ne pas, surtout pas, se laisser voler la vedette par ces "dieux" étrangers tombés si à point nommé. Leur installation, d'un luxe extravagant, ne manquait pas de confort, ils avaient une cohorte de domestiques prêts à satisfaire leur moindre désir et plus de temps qu'il n'en faut pour s'y prélasser mollement.

Bon, il faut dire que le seul qui semblait s'y prélasser mollement était Dave, et pas exactement de bon cœur. En fait, le cher garçon s'ennuyait comme une huître! Nell n'avait pas été bien longue à trouver quelque chose à faire, déjà à la villa elle s'était occupée d'innover côté métiers à tisser et Dieu sait quoi d'autre sous la savante férule de Dame Esa, qui, allez savoir pourquoi, semblait ne ressentir envers Dave qu'une sympathie mitigée. À peine au chantier, sa belle rousse en compagnie de Toni, faisait un peu de tout et il ne la voyait que rarement pendant la journée. Martin, lui, faisait valoir son talent de médecin qui s'avéraient décidément plus utile et apprécié que celui d'un écrivain qui ne savait pas se servir d'une tablette, ignorait les rudiments des hiéroglyphes et avait un mal pas possible pour communiquer avec qui que ce soit à moins qu'il ne réussisse à convaincre son interlocuteur de mettre l'oreillette traductrice, ce qui ne marchait que rarement, après quoi on le regardait de travers et avec suspicion. Mine de rien, choyé comme un roi, Dave Clayton se sentait néanmoins condamné à l'ostracisme le plus cuisant. Et si par hasard, la lubie d'apparaître au chantier lui prenait, Imhotep se chargeait personnellement de le renvoyer, très poliment, se faire voir ailleurs.

Tu vas un peu trop loin, mon vieux...tu as peur de quoi? Que je dévoile ton identité sécrète? Que je raconte d'où vient ton idée de génie?...Je m'ennuie à ne rien faire!

Je ne crains rien!, assura t'il avec aplomb, avant d'ajouter en souriant, si tu le désires je peux envoyer une belle esclave pour combler tes heures mortes...ta rouquine n'en saurait rien.

Pour qui me prends tu?... Je préférerais un bon cheval pour parcourir les alentours!

Révise ton histoire...tu as vu un cheval dans le coin? Ça viendra plus tard et encore ils ne seront que d'usage privilégié...si tu veux je peux te trouver une mule! Maintenant, rentre, ta place n'est pas ici! Je te ferai visiter le chantier le moment venu, promis!

De très mauvaise humeur, Dave obtempéra et retourna adonner à sa bucolique, et unique, occupation de contempler le paysage. Sublime et inspirateur sans aucun doute, ce Nil majestueux qui coulait paresseux, si inoffensif en apparence, régissant la vie égyptienne. Au milieu du fleuve, un pêcheur, dans sa felouque, ou ressemblant, jetait ses filets. Sur la rive boueuse, deux ibis semblaient méditer. Le jour déclinait, l'air chaud et sec rafraîchirait une fois la nuit tombée alors que débutait le concert nocturne de crapauds et autres bestioles. Nell rentrerait avec les autres et mettrait fin au supplice de sa solitude.
Solitude qu'il essayait de combler de son mieux...en écrivant. Leur hôte avait agréé sa demande de matériel d'écriture et il s'était retrouvé avec le kit du parfait scribe: papyrus, plumes à tailler et encre.

Non mais...et zut, qu'on me pende si je n'y arrive pas!

La tache n'avait pas été aisée, il avait eu un peu d'aide de part d'un jeune scribe rodé dans cet art antique qui, une fois l'instruction sommaire fournie, l'avait laissé se débrouiller tout seul. Cela n'avait pas été sans mal, pour quelqu'un habitué à taper sur un clavier, s'atteler à l'écriture à la mode antique n'était pas du tout évident. Pas de correction instantanée, vive les ratures, tâches et autres misères. Mais au bout de quelques jours de franche galère, il s'y était fait et avait déjà noirci plus de papyrus qu'un scribe notable. Un gribouillis incompréhensible pour tout autre que lui, agrémenté d'esquisses très réussies de ces alentours antiques. Il avait été toujours été doué pour le dessin. C'est ainsi que de jour en jour, il hachait la solitude en créant le plus fidèle témoignage d'une époque qu'il ne serait jamais censé d'avoir vécue.

Le soir venu, Nell et les autres le rejoignaient, le trouvant avec les yeux rougis et les doigts tâchés d'encre, enroulant ses précieux papyrus, avouant à contre cœur un petit mal au crâne. Selon Martin, il avait besoin de lunettes.

Et quoi plus? Un bon McDo et deux litres de Coca Cola me combleraient aussi...Tu vois un opticien par là!?...Merci Toni...oui, c'est un ibis...je t'en dessinerai un pour décorer ta salle à manger...quand on rentrera..., il enroula le dessin en soufflant, agacé, ça fait des jours qu'on essaye...ça ne passe plus, la communication! Le boîtier ne marche pas, à croire que le fichue tempête solaire a fait des ravages... ce bidule n'émet aucun signal, dans aucun sens!

Il n'osa pas le dire, mais la crainte d'une catastrophe majeure s'insinuait, croissant de jour en jour. Il entrevoyait des scenarii épouvantables, s'imaginait les pires situations.

*De nos jours, c'est vite arrivé...une attaque terroriste massive...une bombe atomique...*...Non, ça va...suis sûr que Henry et Majors trouveront l'astuce...*S'ils sont encore de ce monde!*

Ils l'étaient, de ce monde. En plein chaos et crise, aux prises avec un système qui disjonctait de plus belle depuis la fameuse tempête solaire, début de leurs déboires. Et à cela on devait ajouter une nouvelle misère, un étrange interférence brouillait leurs signaux, bloquait toute émission.

C'est comme si quelqu'un avait réussi à hacker le système mais c'est impossible!, se lamentait Majors en s'arrachant presque les cheveux, trois jours déjà depuis leur dernier message...je ne peux rien faire...je ne sais plus que faire!!!

Henry, qui était au désespoir aussi, l'envoya au diable et continua de compulser son clavier à la recherche de quelque algorithme esquif. Cela faisait déjà des jours qu'ils ne quittaient pas le bunker-laboratoire, s’ils s'alimentaient c'était grâce à Louise qui les obligeait à le faire. Ils avaient l'air de deux fantômes hagards, obnubilés, fiévreux, ne s'accordant que des brefs instants de répit, nécessaires pour ne pas s’effondrer. La paranoïa faisait son effet aussi, entre essai et essai se tissaient les théories du complot les plus échevelées.

Le Gouvernement aura eu vent de...Des terroristes cybernétiques pourraient...Une infiltration extraterrestre...Une menace venant du futur...

Tout y passait. Affolés, éreintés, les nerfs à  fleur de peau, ils s'acharnaient, incapables de s’avouer vaincus, d'envisager l'horreur d'avoir égaré les voyageurs. Et puis au milieu de la nuit, un faible bip suivi d'un autre déclencha un regain de folle énergie.

Ils sont là...je peux les fixer...la même époque, toujours en Égypte...non, impossible de faire la manœuvre de ralliement...on ne peut pas les ramener, pas encore...mais ça vient...ça vient!!!

L'esclave se prosterna, révérencieux.

Mon Maître demande votre présence, mes seigneurs, il m'a envoyé pour vous conduire!

Sans plus. Le Grand Maître Bâtisseur les faisait mander et ils devaient accourir promptement.

Je me demande ce qu'il aura encore inventé!

Imhotep les reçut dans sa sublime tente, pour une fois, sans apparat ni présence d'autres hauts dignitaires. Il était seul avec Opi et leur tint un discours surprenant où il était question de gratitude, d'une certaine humilité, assez minime faut le dire, et de reconnaissance. L'enfant présenta les cadeaux. Posés sur un coussin précieux reposaient un boîtier semblable au leur, quoique d'aspect futuriste et une pierre magnifique, ressemblant à une opale, aux couleurs iridescentes.

Il fonctionne encore, une pile atomique en est le cœur. Ça pourra amener où vous souhaitez...Le boîtier est différent du vôtre, il est plus… perfectionné. Je ne l’ai rallumé qu’une seule fois, elle a failli me coûter ce paradis. Les gardiens m’ont repéré mais la pierre m’a averti : sa couleur change quand ils arrivent. Faites-en bon usage !

Dave qui inspectait le boîtier leva les yeux et regarda Imhotep.

Gardiens!? Quels Gardiens!? Tu ne vas pas nous larguer avec si peu d'information...Tu l'as allumé et as failli perdre ton paradis, c'est clair...Pourquoi? Il y a quelque chose que tu ne nous ais pas dit...tu es un fugitif? Un renégat?...Tu ne t'es pas égaré en mission...tu as volé cet engin, c'est ça?

Le grand homme remua, mal à l'aise.

Ce n'était pas censé de se passer ainsi...j'avais assisté aux essais mais jamais on n'aurait envisagé de me tenir en compte pour tenter l'expérience...j'ai simplement voulu le tester...un simple aller-retour...mais vraisemblablement, j'ignorais quelques détails...

Comme lesquels, par exemple?

Employé par un usager non qualifié, l'appareil émet un signal d'alarme, capté d'immédiat par les Gardiens...de la PTE.

Mots clairs, Archi, on n'est pas aux devinettes...PTE, c'est quoi?

Patrouille Temps Espace, qui régule les déplacements de ce genre.

Et tu veux nous fourguer ce truc pour qu'on nous repère en un rien de temps, parce qu'en toute évidence, il semblerait qu'elle est toujours active, la Patrouille.

Si vous avez de la chance et votre déplacement est rapide et sans escales, il se peut que le signal disparaisse avant qu'ils ne parviennent à le situer!

Charmant, railla Dave, tu joues les grands seigneurs, nous offres le cadeau de la délivrance, le tout pour qu'on se fasse chopper à ta place, qu'on te fiche définitivement la paix et qu'on encoure Dieu sait quelle peine galactique pour une faute que nous n'avons pas commis...parce que j'imagine que la punition n'est pas des moindres!

Déportation à la colonie lunaire.

J'adore l'idée...je veux voir la Lune de près...pas vous?, pendant un instant il sembla prêt à perdre la tête, sa voix eut une note d'hystérisme mais il parvint à se calmer surtout parce que Nell venait de lui lancer un regard apitoyé et que Martin semblait envisager de lui envoyer un gnon, c'est bon..., il leva la main et remit le boîtier à Toni qui le tint à bout de doigts en fronçant les sourcils, suspicieuse, t'en fais pas...ça ne va pas exploser, enfin...j'espère!

Non, non...pas du tout, s'empressa de dire Imhotep, c'est un appareil très fiable, parfaitement performant...issu d'une merveilleuse technologie...que nous devons tous au Dr. Warrington!

*Bon vieil Henry...mine de rien, c'est le seul coupable de tout ce bordel!*

On échangea des regards entendus, la décision ne serait pas prise sur un coup de tête, mais boîtier et pierre furent rangés à bon scient dans le sac que Toni ne lâchait jamais.

Je suppose que ce cadeau signifie que le moment est venu de séparer nos chemins, ô divin Imhotep, tu nous veux loin de ta gloire...ainsi soit il, fournis nous provisions et équipage, nous quitterons ton chantier demain, peut-être irons nous voir un peu du pays!

Vous devez...mais soit, je ferai cela, je vous le dois bien! Je voudrais...

Ce sera bon comme ça!, coupa Dave, sec, construits ton chef d’œuvre, Archi...on se revoit dans une autre vie!...Allons y, on doit parler!

Imhotep n'essaya pas de les retenir. Ils regagnèrent leur somptueuse tente en silence. Dave, le bras sur les épaules de Nell, la retenait contre lui.

On y arrivera, ma douce, sais pas comment, mais on y arrivera...j'ai promis à ta mère de te ramener..., il déposa un baiser sur sa tête, épouse moi, Nell! Quand on rentrera, épouse moi...oui?...Pourquoi?...C'est quoi ça comme question!?...Je t’aime, Miss Watts, comme jamais je n'aurais imaginé pouvoir aimer quelqu'un...Je sais, je t'ai déçue parce que je suis un bon à rien en certaines situations...mais attends de lire mes notes, je pense que ça peut donner quelque chose de très bon...

Fallait encore arriver à bon port pour en avoir le cœur net!
Ils passèrent la nuit à discuter les pro et contre de l'entreprise. Imhotep tint parole et au petit matin, des chameaux agencés pour voyage plus deux mules chargées de provisions et deux esclaves pour les mener, se trouvaient face à leur tente.

Ils s'éloignèrent de Saqqarah sans arrière pensée. Bien de siècles plus tard, l'endroit serait une découverte incroyable...Ils en auraient vu les débuts, après avoir filé l'idée au génie créateur qui avait plus de chance qu'il n'en méritait. Amen. Ils avaient vécu une expérience unique dans son genre mais là leur seule envie était de rentrer chez eux...

Le campement établi, ils renvoyèrent les esclaves, leur ordonnant de rentrer auprès de leur Maître en emmenant chameaux et mules, car pas question de s'enfumer à moment donné et abandonner ces pauvres bêtes à leur sort dans le désert qui les entourait.

Le boîtier d’Archibald Chesterton fonctionnait à la perfection. À peine mis en marche, il émit un signal parfaitement clair et ils purent entendre Majors devenir fou de joie. La Pierre demeurant de sa couleur originelle, la procédure fut entamée...mais à l'instant de la glisse, le fastueux caillou vira à l'écarlate. Trop tard, ils étaient en chemin...

Le laboratoire du Dr. Warrington avait connu des bouleversements mais jamais comme celui là. Un atterrissage en masse, méli-mélo, genre petite catastrophe non annoncée. Les arrivants roulèrent dans tous les coins, Oscar qui avait un sixième sens aiguisé pour flairer ces situations fut le premier à se lancer dans la mêlée pour y dénicher son maître, ajoutant un peu plus de chaos à l'arrivée. Majors gesticulait, Henry perdait la tête, Louise avertie par le boucan y mit du sien. Retrouvailles épiques.

Ben voilà, on est là, résuma Dave, mais la Pierre est rouge ce qui veut dire que...

Ils ne tardèrent pas à le savoir. Deux minutes plus tard, deux gars imposants dans leur tenue futuriste, brandissant ce qu'on supposa étaient des pistolets laser ou quelque chose dans le genre, se matérialisaient dans le labo.

Et merde, la PTE!, jura Dave.

Il avait tout bon et le fait de savoir qui étaient les intrus,  mit la puce à l'oreille aux nouveaux arrivants

Vous êtes tous en état d'arrestation!, glapit un des hommes du Futur, selon la loi XYZ, paragraphe 21-b bis.

Instant d'intense flottement.

Émise quand, votre loi?, risqua Dave.

2112!, ergota le Gardien.

Ben là, désolé de vous décevoir mais étant en 2016 dur d'être au courant de ce qu'on a émis presque un siècle plus tard...

Vous avez voyagé avec un artefact volé!

Nous l'avons trouvé!, pieux mensonge, il nous a permis de rentrer, c'est tout...c'est lui, et il signala Henry, qui a inventé le système...c'est Henry Warrington!

Légère hésitation, en toute évidence, le nom ne leur était pas inconnu.

Vous venez d'un temps très lointain...ce signal a été capté il y a des années et tout porte à croire que...

Nous avons voyagé dans le temps...Nous sommes les pionniers de ce genre d’expérience...Nous venons en effet de très longtemps en arrière et avons trouvé ce boîtier par le plus grand des hasards, pour notre chance...il n'y a rien, là-bas à part des égyptiens antiques en train de bâtir des pyramides bizarres...pas de technologie futuriste si c'est cela qui vous tracasse!

Nous devons emporter l'artefact!, dit celui qui semblait commander.

Je ne pense pas que vous pourrez le faire...si vous regardez bien, là est écrit...Warrington Industries...et étant donné que le Dr. Warrington est ici présent, c'est lui le légitime propriétaire...donc...

S'en suivit un joyeux débat, enfin, pas si joyeux que ça, au cours duquel Majors intervint avec fougue, Henry avec décision, et Louise avec des arguments légaux imbattables. Les quatre voyageurs restaient en marge, trop fatigués pour discuter.

Nous restons vigilants!, assura le Gardien en chef, il ne manquait que ceux du passé s'en mêlent pour tout mettre sens dessus dessous...créant des lignes parallèles...c'est bien vous qui avez détourné le Titanic, n'est ce pas?

On regarda en l'air ou s'intéressa au plancher. Les Gardiens, après une dernière mise en garde, n'eurent mieux à faire que regagner leurs quartiers du Futur, leur fichant royalement la paix...pour le moment.

On risquait d'être déportés sur la Lune...pas à dire, ça lambine pas sur les moyens...est ce que je pourrais avoir un Coca Cola?...j'en rêve depuis des siècles!

Il fut presque étouffé par l'étreinte d'un Henry ému jusqu’aux larmes.

Nous avons une histoire incroyable à vous raconter...

Et je ne veux pas en perdre détail!, clama une voix très connue.

Très droite et majestueuse, Kathleen Clayton, se tenait sur le seuil, flanquée d'Une Elizabeth Watts qui ne tarda pas à s’élancer pour embrasser son enfant chérie. Dave avança vers sa grand-mère et la prit dans ses bras.

Voilà, suis là...je t'aime, Gran!

Je déteste quand tu pars sans me laisser un itinéraire à suivre!, minauda t'elle en luttant pour ne pas pleurer, sans y parvenir, j'ai eu si peur, mon petit...si peur!

Moi aussi...mais on est là et tout va bien..., il se tourna vers Nell qui émergeait d'une folle étreinte maternelle et tendant la main prit la sienne, tout va très bien...on va se marier...enfin, si tu n'as pas changé d'avis!

Apparemment non. Du coup, le retour devenait fête, on épongea encore quelques larmes. Majors serra les dents dans son coin mais se trouva le courage de les féliciter en bon perdant. Louise passa une commande gargantuesque de fast food dans toutes ses déclinaisons.
Ils avaient voyagé au gré du temps, parcouru des siècles, sans ordre raisonnable et ne rêvaient que de retrouver des repères connus, de la stabilité, le calme d'une routine qui serait la leur.

C’était fait, pour le moment...
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Nelly Watts

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MessageSujet: Re: Errances multiples    Mer 26 Oct - 10:24

C’est avec joie que Nell constata la fin du désoeuvrement de Dave. Comme un pianiste ne sait pas résister à un clavier, l’écrivain trouva le moyen de coucher sur papyrus de nombreuses notes et croquis qui serviraient sûrement un jour ou l’autre.
Tous se demandaient combien de temps durerait leur exil involontaire. Qu’est-ce qui pouvait bien encore foirer au labo d’Henry ?  
Le nouveau chantier démarra très vite et dans le bon sens cette fois. L’édifice serait sans nul doute celui qu’eux-mêmes connaissaient, donc tout baignait. Preuve en était qu’Imhotep leur fit deux « cadeaux » . Nul ne se laissa prendre par cette soudaine générosité. Dave ; du reste, dit tout haut ce que tous pensaient bas :
                                                
Je suppose que ce cadeau signifie que le moment est venu de séparer nos chemins, ô divin Imhotep, tu nous veux loin de ta gloire... ainsi soit-il.
 
Autant attendre que leurs boîtiers se réveillent dans un autre coin à moins de risquer d’alerter la PTE dont ils venaient d’apprendre l’existence en utilisant celui offert par l’architecte.  
On rentra à pas lents vers le logis douillet accordé car il était impératif de décider ensemble de l’avenir proche.  
Alors que Toni et Martin pénétraient dans le somptueux habitat, Dave retient Nell pour une déclaration surprenante :
 
 épouse moi, Nell! Quand on rentrera, épouse moi...oui?
 
Elle ne put s’empêcher d’arrondir les yeux :
 
Euh… Mais pourquoi ?
 
Tout juste si Mr. Clayton ne se vexa pas. Il lui donna de splendides arguments qui prouvaient surtout qu’il se trompait sur son hésitation. Elle tint à clarifier la situation :
 
Je ne te demandais pas pourquoi tu voulais m’épouser. Je sais que tu m’aimes, bêta. C’est pourquoi tu demandes ça maintenant, alors que l’on est à des milliers d’années de chez nous ! Je ne te répondrai donc pas de suite, seulement quand on sera à la maison. Je t’aime aussi, t’en fais pas !
 
Il n’y eut pas besoin de voter pour savoir si l’on restait à attendre le bon vouloir du 21è siècle ou si on se risquait à utiliser la boîte du futur.  L’unanimité régnait : tous voulaient rentrer.  
L’accueil fut magique malgré le pêle-mêle de l’atterrissage.  Néanmoins, à peine le temps d’embrasser les uns et les autres que déjà la PTE se pointait. Quatre hommes en combinaison bleue, moulante, parsemée d’écussons dorés, portaient des casques de matière inconnue et ce qui ressemblait à des armes. Ils étaient cernés :
 
Vous êtes tous en état d'arrestation!, selon la loi XYZ, paragraphe 21-b bis.
 
Ladite loi ayant été émise en 2112, Dave se défendit qu’elle ne s’applique à eux. S’en suivit un fameux débat auquel Henry participa furieusement :
 
En fait, Messieurs, déclara-t-il, vos inventions sont issues d’ici-même, de cet endroit et brevetée par MOI ! Il me semble donc être en droit d’en réclamer l’usage exclusif ! Nous ne rendrons pas ce boîtier puisqu’il est à MOI ! Estimez-vous heureux que je ne réclame pas les vôtres ! J’aimerais vous faire profiter de notre hospitalité… antique !
 
Dave partageait son avis.
Panique chez les intervenants qui déguerpirent rapidement.  
 
Le quartier général de la PTE était en ébullition depuis que le boîtier égaré avait émis, enfin, un signal. Depuis des années, on en traquait la moindre activité en épluchant systématiquement les diverses lignes connues à cette heure. Là, le colonel O’ Maley faisait les cents pas devant l’écran géant reflétant la superposition hallucinante des portes temporelles. 24h sur 24, une équipe de patrouilleur était parée à l’intervention. Maintenant, elle était en cours, et le gradé se pourléchait d’avance quant au résultat final. Traduire en justice l’infâme voleur serait la consécration de sa carrière.
 
Patrouilleurs en salle ! clama un lieutenant.  
 
O’Maley se frotta les mains mais son sourire s’effaça vite devant les mines bredouilles de ses sbires.  
 
NE ME DITES PAS QUE VOUS L’AVEZ RATÉ, tonna-t-il à leur entrée.  
 
Après un salut dans les règles de l’art, le sergent Patrick Morales rapporta :
 
Le boîtier a changé de mains…
 

Qu’importe ! Pourquoi n’avez-vous pas… ?
 
Nous ne pouvions pas. Il est à présent chez notre père à tous : Henry Warrington, lui-même.
 
QUOI ?? Vous avez réellement croisé le créateur ? Comment était-il ? Comme le décrivent les livres ?  
 
Les quatre patrouilleurs s’entreregardèrent mal à l’aise car le ton du colonel s’était nettement adouci.
 
Il correspond exactement aux descriptions en plus… euh… fou furieux déterminé.  
 
Parfait ! rigola le colonel. Notre grand commandeur sera ravi. Il demandera sûrement que l’on n’interrompe pas les travaux de son arrière-arrière grand-père ! Rompez.
 
Nell avait finalement dit oui à Dave. Tout allait donc bien dans le meilleur des mondes avec des préparatifs de ouf dont les futurs époux se seraient bien passés. Hélas, Mrs. Clayton senior et Mrs. Watts avaient leurs idées bien arrêtées.  S’il n’avait tenu qu’à Nell, jeans et T-Shirt auraient suffi ainsi qu’un gentil dîner campagnard, mais… Donc, il fallut la traîner quasi de force dans les boutiques d’accessoires nuptiaux, domaine refusé à Dave. Toni, heureusement, l’accompagna partout, sans cela la fiancée aurait fichu le camp.  Les choix proposés étaient… épouvantables aux yeux de la proche Mrs. Clayton.
 
C’est quoi cette coiffe ridicule ? On dirait un chapeau des Gilles de Binche en Belgique !
 
C’est pour te grandir un peu, mon enfant…
 
Commandez-moi des échasses, tant qu’à faire ? Ces talons hauts sont déjà une torture. NON ! Pas cette robe, on dirait une première communiante italienne !   
 
Elle en avait vraiment marre de tout ce cirque. On se mettait en chasse tôt le matin pour rentrer si exténué au soir qu’elle voyait à peine son promis avant de s’effondrer sur leur lit :
 
Je préfèrerais encore courir le marathon que de continuer ainsi !  
 
Ce fut Toni qui la délivra en l’enlevant au petit jour.  Tant pis si les dames râlèrent, les jeunes femmes purent s’en donner enfin à cœur joie sans trublion dans les pattes.
La virée fut extraordinaire à plusieurs titres. Décidemment, Mrs. Lescot possédait bien des talents dont celui de styliste. La boutique où l’emmena Toni ne créait que du sur mesures selon modèles exclusifs. Celui inventé par son amie lui correspondant pile poil aux désirs de la future, la confection démarra sur le champ. Même les chaussures seraient du lot.  Les soucis de toilette enfin terminés, les filles se payèrent le luxe d’un institut de beauté. Les employées s’étonnèrent du satin de leurs épidermes mais jamais elles ne se seraient doutées avoir affaire à des recettes antiques dont le secret resta bien gardé.  
Dave, de son côté, avait voulu dégager sa future des soucis du choix des lieux de célébration et de la composition du menu. Nell ayant entière confiance, elle put dormir sur ses deux oreilles longtemps.  
L’unique hic restant demeurait dans l’alternative de leur prochaine résidence. Un nid, il leur en fallait un, mais où ?  Pas que la cohabitation les gênât, n’empêche que…
 
… c’est plus fort que moi. Johnny a beau s’être amendé, il n’est pas moins responsable de… trop de  désagréments !
 
Une fois de plus, leurs idées concordaient.
 
2222 ligne 2
 
Pour la 500ème fois peut-être depuis l’ « incident », le commandeur visualisa le dossier de Steve Garrett. Comment cet homme du passé avait-il réussi à duper son monde ? Récupéré à l’état de glaçon après environ 200 ans de congélation, on l’avait surnommé le miraculé. Il est vrai qu’un siècle auparavant, jamais on ne serait parvenu à le ranimer. Or…
Garrett s’était comporté comme il fallait s’y attendre. Il avait mis au moins six mois avant d’accepter sa condition et s’en accommoder, du moins en apparence. Régulièrement, les docs l’avaient évalué pour finalement le déclarer sain de corps et d’esprit, apte à de nouvelles fonctions. Que faire d’un gars anciennement historien sinon lui permettre de voir l’Histoire de plus près ? Tout, dans ce qu’il avait raconté de ses souvenirs était crédible, vérifiable et vérifié. Pourquoi ne pas en faire un patrouilleur avec pour mission d’empêcher les transgressions aux règles en vigueur ? Il avait effectué les tests avec succès, même avec des résultats au-dessus de la moyenne requise. Alors, qui aurait pu prévoir son geste inconsidéré de voler un boîtier pour son usage personnel ? Personne !
Néanmoins, il l’avait fait, et s’était sans doute désintégré en voulant modifier son passé.   
Maintenant, les rapports des patrouilleurs attestaient que le boîtier manquant se situait en 2016, entre les mains du fondateur du système des voyages temporels.  Aucune déviation des lignes n’avait été perçue : tout était bien.
 
2015 Ligne 2
 
L’aile psychiatrique du Mount Auburn Hospital avait l’habitude d’héberger des cas aussi variés qu’étranges. Celui d’un anonyme n’était pas des moindres. Il avait été trouvé dans un état épouvantable au beau milieu d’une cour fermée sans qu’aucun occupant des immeubles avoisinants ne reconnaisse ce malheureux ensanglanté ni n’ait la moindre idée du comment il était arrivé là.
Longtemps, ce John Doe fut jugé condamné. Irradié ? Plus que probable au vu des brûlures affreuses dont son corps était couvert. S’il n’y avait eu que cela ! Lacérations, fractures, ce gars semblait être tombé d’un toit ou… d’un avion. Le mystère resta entier, nul ne pouvant découvrir ce qui avait causé un tel état. Après trois mois de coma provoqué afin d’éviter au cerveau de griller sous les douleurs, on l’avait ranimé en maintenant des fortes doses de morphines.  Les greffes ne prenaient pas, les os se ressoudaient au ralenti. Au moins, il ne perdait plus son sang par tous ses orifices.  
Personne n’ayant signalé de disparition, on se demanda quoi faire de John Doe.  Les hôpitaux ont leurs règlements, leurs frais de fonctionnement. Ce gars sans identité, assurances, soutien, fut à deux doigts d’être débranché s’il n’avait attendri le professeur Ana Demétrova. Cette émigrée russe, très riche et neurologue compétente, prit tout en charge. Les soins se poursuivirent donc dans sa clinique privée en attendant une évolution favorable qui tarda.
Le professeur Démetrova se souviendrait longtemps de cette matinée où, affolé, l’infirmier déléguée auprès de John Doe avait déboulé dans son bureau :
 
Il… il… bafouilla-t-il en pointant le couloir, il a parlé !
 
John a articulé quelque chose ? Quoi ?
 
Le temps d’enfiler sa blouse, elle courut à la suite de l’énervé, le bombardant de questions jusqu’à l’ascenseur :
 
Il a dit quoi ? C’était clair, confus ? En quelle langue a-t-il parlé ?
 
Un mot, juste un mot ! Je n’ai pas bien compris le sens… il a dit : Nell.  
 
Sincèrement, Démétrova ne pigeait pas non plus. Une fois dans la chambre de son patient favori, elle constata d’emblée sa grande agitation. Un bref examen plus tard, après avoir recouru à la douceur puis à la fermeté, elle lui avait injecté une dose de calmant. Regardant John enfin apaisé, elle désira connaître la cause de ce réveil tant espéré :
 
Quand a-t-il commencé à s’agiter, parler ? Vous lui faisiez quelque chose ?
 
Non, non, j’étais assis à son chevet, je lisais la page des sports, et il s’est mis à émettre une sorte de râle pour prononcer Nell.  
 
D’habitude sagace, le professeur dédaigna la gazette. Pourtant, si elle l’avait feuilletée, elle y aurait vu un bel encadré avec une photo d’un couple rayonnant. Le titre annonçait : Dave Clayton bientôt marié ?  
Quoiqu’il en soit, les progrès de Doe furent fulgurants au point que son docteur préféra le transférer à la rééducation du Mount Auburn Hospital où l’on parvint doucement à le remettre sur ses pieds.
Toutes les semaines, Démétrova passa voir celui pour qui elle déboursait des sommes conséquentes. Les rapports sur l’état physique du patient étaient optimistes, par contre ceux concernant son mental n’avaient rien d’encourageant. On le déménagea à nouveau, en psychiatrie cette fois.
Lors des bilans hebdomadaires, les médecins s’accordèrent sur plusieurs points : John Doe était complètement à l’ouest. Il parlait peu, racontant essentiellement des histoires abracadabrantes où il était question de voyages temporels.
Aucun médecin ou qui que ce soit, hormis Steve, ne savait la vérité. 
Lui-même avait eu beaucoup de mal à l’encaisser mais, progressivement, il s’était rendu à l’évidence,  ses recherches l’avaient d’ailleurs confirmé : passé et avenir pouvaient être changés. En 2212, il devint patrouilleur, quelle opportunité ! Sauf que depuis les balbutiements de Henry Warrington, l’évolution des boîtiers s’avérait importante. Ainsi, il sut qu’une espèce de pare-feu existait, empêchant aux utilisateurs de chambouler leur propre ligne temporelle. Cela évitait, en autre, de se retrouver en double au même moment.  Quelques déviants avaient tenté le coup, sans succès apparent. La rumeur disait que le manipulateur se désintégrait. Mensonge ou vérité ? Au point où il en était, Steve s’en fichait. Il devait absolument modifier sa ligne à point nommé, déjouer la fatale avalanche qui le transforma en hibernatus. La confiance de ses acolytes envers lui était totale. Les commandes se réglèrent sur 2015, époque présumée de la création du tout 1er boîtier.  
Il ne s’attendait franchement pas à être quasi transformé en hamburger irradié. Tant pis, il avait joué et perdu. Sauf que, malgré son calvaire, on ne le laissa pas crever comme souhaité. Sans un œil jeté à un journal, jamais il n’aurait repris espoir. Quelque chose clochait pourtant en rapport avec ses souvenirs… Qu’importe ! Celle pour qui il avait tout risqué vivait ! 
L’avantage d’être en psychiatrie est qu’en affichant profil bas, on vous fichait la paix. Ne pas avaler ses pilules, explorer en douce quand on vous croyait endormi : facile. Le plan fut arrêté car urgence il y avait. Ne venait-il pas de lire un nouvel encadré effrayant dans le journal ?
 
Ma chérie, ne remue donc pas ainsi, la gronda gentiment sa mère.
 
Tu devrais laisser faire Toni, c’est sa création après tout ! Elle seule sait exactement comment fixer l’agrafe de ce corsage. Avoue que c’est superbe !
 
J’aurais quand même préféré que tu portes une traîne de…
 
Cent mètres ? Très peu pour moi, tu le sais !
 
Et le voile, le voile que…
 
Tatata ! Ça me ratatinait ! Là, c’est raffiné, élancé, divin. Bon, appelle Toni maintenant sinon on sera à la bourre.  
 
Chassée ? Mrs Watts n’en fit pas un drame, trop ravie d’enfin voir ce jour tant attendu arrivé.  Ils en avaient des idées folles, ces jeunes futurs mariés ! Un petit comité, franchement ! Enfin, c’était leurs souhaits, donc…  
Le presbytère antédiluvien offrait peu de confort aux préparatifs de la cérémonie et la chapelle attenante aurait bien mérité de sérieuses réfections. Cela faisait des lustres qu’on l’avait désertée. Par sécurité, en attendant les travaux que la très généreuse donation des mariés couvrirait, le curé avait accepté qu’un dais surmonte un autel très correct au dehors. La journée s’annonçait splendide avec un beau soleil en ce début juin. Seule les proches et famille étaient conviés à assister aux épousailles. Ensuite viendrait un repas à la bonne franquette puis le groupe irait se réjouir en grande pompe dans un des plus grands hôtels du coin.
 
Oui, bon, Nell avait beau se dire que ce n’était qu’une formalité, n’empêche qu’elle était nerveuse et émue.  Le vieil organiste, sans doute peu habitué aux claviers modernes, écorcha un peu la marche des fiancés mais Nell sourit largement sans faillir sur le tapis jonché de pétales odorants la menant vers un Dave étonnamment détendu, lui. Il lui prit la main, l’assemblée  s’assit, la cérémonie débuta.  
Le curé la joua courte, pour le plus grand soulagement de tous mais il ne put s’empêcher, avec un clin d’œil malicieux, de déclarer :
 

Si quelqu'un a quelque raison que ce soit de s'opposer à ce mariage, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais !

 
On pouffa nerveusement, et attendit la suite. Elle ne fut pas celle escomptée :
 
Moi ! explosa une voix rauque. Moi, je m’oppose !
 
D’un bloc tous se tournèrent vers un individu pour le moins effrayant. Vêtu d’un costume trop large pour une stature frêle autant que difforme, le cheveu rare, la peau vernissée des grands brûlés, il titubait.
Le teint d’Henry vira au cramoisi :
 
Quelle est cette farce, et qui êtes-vous pour troubler cette assemblée ?
 
Je… je suis Steve Garrett, et Nell ne peut pas épouser ce type car… car c’est déjà ma… ma femme !
 
Une bombe n’aurait pas eu plus d’effets.
Nell arrondit les yeux, absolument paf. Dave afficha sa tête des mauvais jours. Il va sans dire que l’atmosphère fraîchit d’un coup. Scandalisée, Mrs. Clayton sénior leva sa canne vers l’outrecuidant perturbateur auprès duquel volait Martin, non pour le tabasser mais pour le soutenir.  
La future mariée se rebiffa :
 
Je jure que je ne connais pas cet homme ! Tu me crois Dave, n’est-ce pas ?
 
Un doute sembla flotter, alimenté par les propos de la famille Clayton en front commun :
 
Dave, déclara le paternel revêche, tu n’épouseras pas cette… cette aventurière avant que tout ceci ne soit éclairci. J’ai dit ! Nous partons !
 
Le curé défaillait quoiqu’en approuvant de la tête. Du coup, Nell se rua sur l’intervenant que le toubib avait allongé sur les fleurs du tapis :
 
Qui vous a payé pour gâcher notre mariage ? Avouez ! Qui ?
 
Je… Je t’aime Nell.
 
Mon dieu, il tournait de l’œil.
 
Qu’est-ce qu’il a Martin ? Il est malade, m’en doute mais…
 
Une ambulance fut appelée. En tout cas, pas de noces imminentes.  
Faute de mieux, les fidèles chamboulés à divers degrés rentrèrent à Cambridge. Martin accompagna le fou, il les tiendrait au courant. Dans la voiture, Nell pleura beaucoup. Rage et incompréhension l’animaient. Dave se montra réconfortant avec une pointe de rigidité navrante.
 
… mais non, jamais vu de ma vie, ce type ! Il doit sortir tout droit d’un asile !  
 
Dès qu’ils furent chez Henry, Nell détala mieux qu’un lapin dans une chambre où elle se barricada. Seule, elle voulait rester seule, oublier, se réveiller si possible. Comment une telle chose s’était-elle produite ? Marcher de long en large ne la soulagea pas. Soudain, elle capta son reflet dans le miroir, et frisa la crise. Non, elle ne déchirerait pas sa robe, cette si magnifique robe qui, si Dieu le voulait, servirait avant peu. Se forçant au calme, elle ôta son attirail d’épousée, regrettant juste que ce ne soit pas Dave qui l’aide à se déshabiller. Il avait dû courir à la salle réservée y annuler les festivités auxquelles ils avaient, du reste, prévu de peu participer. Une fois en peignoir, Nell avisa un ordi branché. Autant s’occuper que de se morfondre.
 
Voyons qui se cache derrière ce Steve Garrett…
 
La recherche fut courte malgré les homonymes. Même avec des traits ravagés, il était reconnaissable.  Ce gars n’avait rien d’un fanfaron, hélas. Il vivait à New-York quoique fréquemment absent de l’université où il enseignait l’Histoire.  Les articles étaient élogieux sur ce célibataire endurci, sérieux et posé.
 
Il sera devenu fou… ? Tiens, là on dit qu’il serait en Asie… bizarre.  
 
Des coups discrets furent frappés à sa porte. Toni l’incitait à sortir de son antre pour au moins manger un sandwiche :
 
Pas faim, merci ! Martin est rentré ?
 
Zut, pas encore. Dave non plus, d’ailleurs.  Pianoter sur le net la calma à peine. Elle refusa d’ouvrir aussi bien à Louise qu’à Henry :
 
Laissez-moi tranquille ! Je n’ai rien à me reprocher, c’est tout ce que j’ai à dire.
 
Elle dut quand même s’assoupir un peu car il faisait noir quand on recommença à tambouriner au panneau. Cette fois, c'était Dave.
 
… Si tu viens réclamer des explications, je n’en ai aucune… hein ? Ce gars veut me parler ? Je n’ai rien à dire à un parfait inconnu !... ah… ouais… Je m’habille.  
 
Le voyage vers l’hosto fut des plus silencieux, chacun restant dans son mutisme tourmenté.  En fait, Nell était dévorée de curiosité mais aussi par une profonde rancœur. Sa parole ne suffisait donc pas pour qu’on la suspecte de mensonge ?
 

*Bel amour qu’il te porte, franchement !*
 
 Martin expliqua juste qu’il avait eu du mal à découvrir d’où sortait ledit Steve Garrett. C’était la première fois que le gars donnait son identité, et que manifestement son signalement correspondait avec un évadé de l’aile psychiatrique de Mount Aburn où il avait été reconduit.  
Nell avait haussé les épaules, genre «  je vous l’avais bien dit ! »
Ils furent reçus par le professeur Démétrova qui ne lâcha pas Nell des yeux :
 
Nell, c‘est donc vous ? J’aurais dû penser à un prénom, la 1ère chose qu’il ait dite après avoir été trouvé dans un état épouvantable. Si vous voulez bien me suivre…
 
Je n’irai nulle part sans eux ! Ils doivent entendre ce que ce type a à raconter.  
 
Trop de monde risque de le perturber mais, rassurez-vous, sa chambre est sous surveillance caméra et audio. Nous verrons et entendrons tout.
 
Pas fâchée de la mesure, Miss Watts pénétra seule dans la chambre où reposait l’affreux bonhomme. Entravé, il ne lui ferait certainement aucun mal.
Elle dut élever la voix pour qu’il perçoive sa présence :
 
Vous vouliez me parler, monsieur ?
 
Aussitôt, l’alité s’agita :
 
Nell, ma Nell ! Je suis désolé d’être si peu présentable. J’ai tout foiré.
 
Euh… et si vous commenciez par le début ? Quand sommes-nous supposés nous être rencontrés et… mariés ?  
 
Je t’ai sauvée de la noyade dans la rivière Charles. Tu voulais en finir avec ta vie…

 
Première nouvelle ! Je vous ai dit pourquoi ?

 

Tu avais perdu des amis dans un incendie de laboratoire. Tu étais maigre à faire peur, complètement perdue.
 
Ces amis avaient un nom ?
 
Attends… Dave à qui tu étais fiancée… Henry et Louise. Martin, un toubib était mort pas longtemps avant, un chagrin d’amour, je crois.

 
Le choc fut rude à encaisser. Nell se mit à trembler. Elle avança d’un pas vers le gars mal en point :
 
Quand, la date, vous vous en rappelez ?
 
Comment oublier le jour où j’ai croisé la femme de ma vie, c’était le 15 mars 2016.
 
Cela n’avait absolument aucun sens ! Quelque chose clochait grave puisque là, ils étaient en juin 17. Mais déjà Steve reprenait :
 
Tu as eu du mal à remonter la pente. J’ai été là pour toi. Finalement tu as à nouveau souri et fait de moi l’homme le plus heureux du monde en m’épousant en novembre. Je sais que tu aimais encore ce Dave, mais j’étais fou de toi, je le suis toujours. Quelques mois après nous avons fait un grand voyage, tu voulais escalader l’Himalaya. C’est là que j’ai dévissé dans une crevasse pour me réveiller en 2210…
 
La suite aurait paru délirante à n’importe qui sauf à ceux qui connaissaient la PTE.  
 
Dans un souffle, Nell dit :
 
Je crois que vous vous êtes trompé de ligne, Steve. Je suis navrée.  
 
Elle sortit plus blanche que les draps du patrouilleur félon.
Restait à affronter les autres, et tenter de piger le comment d’une telle embrouille.
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Toni Fischer

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Date d'inscription : 02/02/2016

MessageSujet: Re: Errances multiples    Mer 26 Oct - 18:58

Eh voilà! La messe était dite! L'aventure arrivait à sa fin...enfin à la fin de cet épisode, parce que comme Toni voyait les choses, c'était pas près de finir!
Oui, il fallait garder  la bonne perspective: ils étaient des voyageurs du temps et cela sait, même si vous n'y croyez pas, créer une addiction. On n'a jamais assez des expériences incroyables, des temps visités, des rencontres stupéfiantes...
 
Enfin, la liste serait longue. Toni était ravie. Soyons sincères, cela allait bien au delà: elle était incroyablement heureuse. Martin était là, et pour elle, c'était amplement suffisant! Traverser temps, époques, guerres et autres méfaits de l'histoire, si le Dr. Lescot était là pour lui tenir la main et la rassurer, Toni fonçait en toute joie de cœur!
 
Au revoir Imhotep, bienvenue les temps modernes. Retour à la maison! Certes, elle s'était pas mal amusée en cette époque révolue, appris pas mal de choses et instruit ces braves égyptiens sur une paire de trucs utiles qui, mine de rien, avaient juste un peu changé le cours de l'histoire... si peu, que ce n'est même pas répertorié!
 
Mais...il y a toujours un mais dans les histoires, pour heureuses qu'elles soient. Pour Toni, il y en avait deux: Nell et Dave.  La première était son amie, chérie comme une sœur. Pour elle, Toni s'était risquée dans la Préhistoire, quelque part en Patagonie. Nell, synonyme d'activité, d'élans novateurs, de sagesse et connaissances auxquelles Toni n'avait ni rêvé ni aspiré et c'était très bien comme ça! Et aussi Nell, amoureuse de son beau Dave, si douce, dévouée sans pour autant rien perdre de son caractère fonceur, avide de découvertes...Et, décidément, on ne pouvait pas dire la même chose de l'écrivain. Oui, le beau Dave, initiateur, sans le vouloir, de toute une monumentale embrouille et qui, du coup, s'était comporté, selon Toni, comme le dernier des idiots, amolli, quasi satisfait de son sort alors que les autres ne voulaient que retrouver leur monde et leur temps.
Il faut avouer que c'était plutôt facile de se laisser aller dans cette époque antique alors que vous êtes choyé comme un dieu...enfin, apparemment le seul à y avoir pris plaisir était M. l'écrivain à succès. Pendant que les autres s’efforçaient pour faire des apports positifs, Monsieur se prélassait en se plaignant de tout...que si le papyrus, que si les plumes, que si les moustiques, ceci ou cela...quoique vers la fin, ô miracle, il avait semblé réagir et s'était remis à l'écriture, malgré papyrus et plumes...
 
J'ai eu envie de lui taper dessus tout du long!, avoua Toni à Louise, et maintenant ...le mariage...je me demande bien pourquoi il a attendu qu'on soit au fin fond du temps pour faire sa demande...il est bizarre, ce mec!
 
Louise avait rigolé, assurant qu'avec les hommes on ne sait jamais à quoi s'en tenir.
 
Enfin, si Nell est heureuse, c'est bon pour moi...quoique je crois que sa mère et Mamie Clayton y vont lourd la main...elles vont la rendre folle pour de bon!...oui, je sais...c'est comme ça...

 
Laissant sa mère adoptive avec le mot à la bouche, elle se sauva en riant. Martin rentrerait tôt ce soir là, elle voulait concocter un repas spécial. Au moins ça!
 
Faut qu'on se trouve un gentil chez nous...Mais non, voyons, j'adore être ici...Maman est adorable, Henry aussi...même Majors...et Nell et Dave...mais tu vas me dire, mon chéri, du coup...ça en fait du monde!...et encore que je n'ajoute pas les chats et Oscar..., nichée au creux des bras de son toubib adoré, Toni soupirait, la convivialité c'est bien...mais..., elle ne dit plus rien mais la question était posée, faudrait juste laisser mûrir la réponse.
 
En attendant, elle s'arrangea joliment pour filer un coup de main à son amie, et en passant joua un petit tour à ces dames trop engagées avec leurs idées. Nell s'en déclara ravie et le résultat fut tout simplement spectaculaire. En fin de comptes, tout le monde fut ravi et on arriva au bienheureux jour de ce mariage tant attendu.
Tout était d'une simplicité délicieuse tout en étant d'une rare perfection. Le soleil brillait, l'endroit était superbe,  les fiancés radieux de bonheur et le public, restreint, franchement ému...
 
Puis, cela arriva!!! L'hécatombe. Une fin de monde privée. Le genre de situation qui transforme une cérémonie de rêve en catastrophe totale.
 
Pauvre fou délirant? En tout cas, hagard, éperdu mais étrangement criant de vérité. Ses aveux, disgracieux pour les effets, produisirent une palette variée de sentiments et réactions allant de la colère la plus sombre conjuguée avec envie de meurtre en passant par l’abasourdissement le plus flagrant pour finir en consternation totale.
 
Pour d'évidentes raisons, la cérémonie en resta là. Le tel Garrett ayant tourné de l’œil fut évacué en ambulance, accompagné par Martin.
 
Tout va s'arranger, ma chérie, assura Toni, pas trop convaincue néanmoins, il s'agit sans doute d'un pauvre dingue...calmons nous tous..., elle adressa à Dave un regard ombrageux mais l'écrivain semblait trop concentré à broyer son noir personnel, rentrons à la maison...tu suis, Dave!?

La suite n'alla pas mieux. Oh que non! En fait cela empira tout autant que possible dans les heures qui suivirent. Dave se comportait étrangement, Nell frôlait la crise de nerfs, Henry était furieux, les Clayton péroraient à qui mieux mieux, tant et si bien qu'on les envoya se calmer ailleurs sous la sage houlette de la puissante Mamie. Mrs. Watts ne savait plus à quel sait se vouer et désespérait de voir sa fille dans une situation pareille. Louise, la plus calme de tous, lui refila un Valium qui l'envoya poliment dans les vapes.
Nell enfermée dans une des chambres se refusait d'en sortir, de boire ou manger ou tout simplement parler.
 
*Et merde!...alles am Arsch!*
 
Toni jura en solitaire, faute de mieux, jusqu'au retour de son chéri qui, soit dit en passant ne se trouva pas le temps de donner d'explication. Le "fou" réclamait Nell à cor et à cri, force fut de suivre le mouvement.
 
Et ce fut, suite aux étranges déclarations entendues, que tout bascula. Pour Toni. Pour tous en fait...
 
* Voyageur du temps...sur la fausse ligne, comme dit Nell...mais sur une autre son histoire est réelle alors...quelque part...on est morts...*

Pas le genre de choses qu'on aime entendre, déjà qu'on avait l'esprit assez chamboulé par les faits auparavant cités. Toni se sentait incapable de réfléchir convenablement mais ce n'est pas pour autant que l'expression atterrée de son mari lui échappa. Martin était soudain plus pâle que Nell, son expression était celle d'un être torturé, défait, accablé Dieu sait par quel souvenir affreux.
On rentra à la maison, en silence, comme si personne n'osait évoquer l'affaire. Henry fila dans son bunker où Majors, sans implication directe dans les faits, travaillait avec acharnement.
 
Et alors?, s'était-il enquis, c'est un fou, non?
 
Un grognement indistinct fut son unique réponse. Johnny poursuivit son travail en se posant mille questions.
Contraire à son habitude, Martin était resté à la maison, sans trouver un motif quelconque pour regagner l'hôpital, en fait il avait docilement suivi un Dave en rogne dans le bureau où ils s'étaient enfermés. Nell, décomposée, tournait en rond dans la cuisine alors que Louise essayait de l'apaiser et que Toni s'affairait, nerveusement, à la confection d'un gâteau au chocolat, selon elle, véritable panacée universelle. Cela dura ce que cela devait durer, c'est à dire à peu près dix minutes.
 
Scheiße...Scheiße!!!, s'écria t'elle soudain en envoyant un œuf puis un autre s'écrabouiller contre le mur, veux pas y croire...ce n'est pas possible...veux pas être morte!!!

Voyons, mon petit cœur...tu es là, bien vivante et heureuse!, assura Louise en la prenant dans ses bras, on est tous assez choqués mais il s'agit sans doute de...

De quoi, Maman!? D'un quiproquo? Allons, on sait tous de quoi il en va...Nell le sait, je le sais...ce pauvre homme ne mentait pas!!! Il a fait comme nous...il a voyagé dans le temps! Son histoire ressemble aux nôtres...à quelques détails près...on a tous entendu ce qu'il a dit à Nell...à moins que je sois idiote et n'aie rien pigé!
 
Son amie tint à la rassurer sur ce point. Elle avait parfaitement saisi la teneur de l'histoire de Steve Garrett. Tout en parlant, Miss Watts avait les yeux pleins de larmes.
 
Oh, ma chérie..désolée...je ne voulais pas...Tu n'as pas à en parler...Oui, je comprends...Mais je pense aussi que c'est triste...ben oui, je trouve que c'est très triste, pour ce pauvre mec qui...Mais bien sûr que je pense à toi...et à Dave...euh oui, on aurait voulu s'attendre à une autre réaction se sa part...que eux tu que je te dise? Ça l'a certainement aussi pris de court qu'à nous tous...Non, Nell, je ne cherche pas à l'excuser...mais mets toi à sa place...D'abord, un inconnu affreux, le pauvre, fiche en l'air son mariage et après il apprend qu'il est mort en Avril et que tu t'es mariée en Novembre...Ouais...sur une autre ligne...mais ça atteint quand même!!!
 
Ne discutez pas, mes enfants, intervint Louise, je viens d'entendre Henry monter, il pourra certainement nous éclairer sur certains points!
 
On tendit l'oreille mais la seule chose qui leur parvint fut le claquement de la porte du bureau. Le Dr. Warrington avait rejoint les garçons.
 
Super...on fait quoi? Attendre???, gronda Toni, assez hors d'elle, moi, non! Je veux savoir ce qu'ils mijotent ces trois là!
 
L'apparition de Majors coupa court sa tirade. Il avait l'air plutôt mitigé, le cher homme.
 
On m'a prié de vous demander de patienter un petit moment...euh, Henry pense avoir trouvé l'explication!
 
Vaudra mieux qu'elle soit bonne!, grommela Toni avec envie d'écrabouiller un troisième œuf, tu sais quelque chose, Johnny?
 
Le brave gars soupira à fendre l'âme et chercha ses mots.
 
Pas beaucoup...enfin, un peu...il s'agit de lignes de temps brouillées, entrecroisées, quoi!...Enfin, vous savez que cela se passe en parallèle, c'est l'idéal, mais il arrive, comme dans ce cas, qu'une anomalie se produise...selon ce que m'a enfin dit Henry, le bonhomme est bel et bien mort, ou tenu pour mort en 2016...tombé dans une crevasse à l’Everest...en toute logique, il n'en est pas mort mais s'est congelé tout en restant dans un état disons d'animation suspendue...retrouvé en 2210, on la ramené à la vie...sans doute la science aura fait bien d'avances d'ici là...donc c'est tout à fait plausible...comment il s'est arrangé pour retourner à notre temps, ça je ne le sais pas mais ai ma petite idée!

PTE!?, s'interloqua Louise, c'est l'unique possibilité!...
 
Ils doivent bien savoir ce qui s'est passé, apparemment ils n'en ratent pas une avec les déplacements temporels de leur époque...souvenez vous d'Imhotep...ils l'avaient dans la mire, celui-là, dit Toni sentencieuse, en posant soigneusement le troisième œuf.
 
L'entrée en scène d'un Dave sombre mit fin à leur débat, il leur demanda de les rejoindre au bureau et ce disant essaya d'approcher Nell mais celle ci fila bonne première en feignant ne pas avoir perçu la manœuvre. Toni secoua la tête et suivit son amie.
 
L'ambiance au bureau n'était pas spécialement détendue. Martin, affalé dans un fauteuil semblait se livrer à quelque pénible introspection, tandis que le Dr. Warrington usait le tapis à y tourner comme fauve en cage. Dave, encore plus renfrogné, alla s'asseoir dans un coin et Oscar ayant profité de l'aubaine s'était glissé dans le bureau et s'allongeait à ses pieds. Ces dames prirent place sur le divan alors que Majors se postait près de la fenêtre comme si contempler l'extérieur le fascinait.
 
Arrêtant son va et vient, Henry se lança brusquement dans une longue explication, qui ressemblait en tout point à celle donnée par Majors dans la cuisine, puis faisant une pause, essoufflé, se tourna vers Martin.
 
Je pense que c'est à toi de raconter le reste de l'histoire, mon garçon!
 
Le Dr. Lescot acquiesça d'un triste hochement de tête et se levant alla vers Toni dont il prit la main pour l'attirer vers lui.
 
*Misère...c'est grave, là!*
 
D'une voix rauque, chagrine, Martin entreprit l'étrange évocation de faits vécus,  ressemblant irrésistiblement à ceux que personne n'oubliait, et d'autres dont nul n'avait souvenir, comme celui de Ivy, cette infirmière qui, amoureuse folle de son chef, Martin, n'avait pas hésité à l'empoisonner, elle, la fiancée légitime. Toni ne retint pas un hoquet d'horreur se sentant parcourue d'un frisson glacé qui la fit trembler alors que son mari la retenait avec plus de force. L'issue avait été fatale. Elle était morte la veille de leur mariage et Martin, fou de douleur, avait réglé son compte à l'assassine pour après se tuer lui-même...mais avant...
 
Tu...as utilisé le cadeau d'Henry...tu es revenu t'avertir de ce qui allait se passer et...Mein Gott...c'est ainsi que...la nouvelle ligne...celle-ci s'est créée..., elle se sentit flancher et serait tombée si Martin ne l'avait pas retenue, alors...c'est vrai...le fou dit vrai...pour lui...

Un silence pesant s'en suivit, rompu par le furieux raclement de gorge d'Henry qui essayait de se reprendre de son émoi. On devina sans mal que d'autres aveux allaient suivre et on les écouta sans interrompre. En court: Martin, éperdu de chagrin était allé le trouver jadis, sur l'autre ligne, demandant un conseil qu'il ne s'était pas refusé à donner parce qu'il ne pouvait pas songer à tant de malheur.
 
Et nous voici..., souffla Toni, c'est si confus...compliqué...mais je t'aime tant, Martin...et tu as fait tout ça pour ne pas me perdre..., là, elle éclata carrément en sanglots, le visage niché contre l'épaule de son toubib bien-aimé, partagée entre folle tendresse, émoi, chagrin, horreur, puis se reprenant, essuya ses larmes, désolée, c'est quand même...bouleversant...

Personne ne songea à la contredire. En fait tous semblaient être en train de faire un bilan serré de leurs vies après cette ahurissante confession. Pour Toni, une fois le premier émoi apaisé, tout devenait logique et pourquoi ne pas le dire, réjouissant.
 
On a plutôt de la chance, je trouve, lâcha t'elle, oui...c'est un peu choquant mais merveilleux quand même...si Martin n'avait pas agi de la sorte...on serait tous morts...enfin presque tous et toi, Nell tu serais plus malheureuse que les pierres...tu aurais perdu Dave et...l'autre aussi...ta vie ne vaudrait pas un sou et ce serait la misère totale...alors au lieu de tirer ces têtes...on devrait être contents!...Une ligne ou une autre, tant qu'on est vivants et heureux...moi, ça me va!

Si Henry et Louise abondèrent dans ce sens, et Martin sembla soulagé d'un poids énorme, cela ne semblait pas du tout être le cas des fiancés du jour, ces deux-là arboraient des mines très mitigées. Pour mieux faire, Mrs. Watts revenue de son petit limbe fit une apparition remarquable en assurant se sentir d'aplomb et demandant des explications. On les lui donna. À sa façon de voir les choses, il n'existait aucun empêchement à la poursuite des projets si bien tronqués le matin même.
 
*Et c'est là que ça se gâte...Pitié, qu'est ce qui lui a pris de réagir de la sorte à cet idiot?...Et Nell qui lui en veut...pas sans tort...quoique là, elle y va un peu fort!*
 
Mrs. Lescot se garda bien de faire part de ses pensées sachant que son amie n'était pas du tout d'humeur d'en discuter et encore moins en forum ouvert. La morosité de Clayton cédait vite place à un petit air de grand coupable sans que cela semble émouvoir quiconque à part Toni qui avait âme de bonne samaritaine encline au pardon rapide, effacement d'ardoise et recommencement positif.
 
Je vais finir mon gâteau, informa t'elle en tractant Martin à sa suite et invitant Mrs. Watts, Louis et Henry à l'accompagner en assurant que prendre un petit quelque chose leur ferait du bien à tous. Nell se disposait à les suivre mais changea d'avis et retourna s'asseoir. Dave, lui n'avait pas bougé. Toni sortit la dernière et ferma la porte.
 
Que se passa t'il au bureau? De quoi parlèrent-ils? On eut des échos lointains d'une discussion puis quelqu'un sortit en claquant la porte, peu après ce fut la porte d'entrée qui s'ouvrit et referma rageusement. Toni soupira. Les autres échangeaient un regard consterné quand Nell apparut dans la cuisine, toujours pâle mais étrangement calme, affichant son petit air crâne et déterminé.
 
*Scheiße...c'est fichu!*
 
Sans aucun détour, Miss Watts annonça qu'elle partait, ayant besoin de recul et calme. Sa mère réagit au quart de tour et alla se poster auprès de sa fille chérie, assurant que ce serait quand elle voudrait. Personne n'osa piper mot pour la faire revenir sur sa décision, sachant que ce serait vain. Moins d'une heure plus tard, Mère et fille s'embarquaient dans un taxi après des adieux hâtifs, avec la promesse de se parler et se revoir...un de ces jours.
 
Dave rentra bien plus tard avec son air des très mauvais jours et ne surprit personne en annonçant, à son tour, qu'il avait décidé de partir, sans dire où. Il ne resta même pas pour le dîner, bagages vite faits, il fit monter son énorme chien dans sa 4x4, prit congé de tous et s'en alla sans rien dire d'autre.
Triste repas celui de ce soir. Ambiance morose qui ne s'arrangea pas le moins du monde quand un appel de l'hôpital les mit au courant de décès de Steve Garrett.
 
Veux pas être cruelle...mais il aurait tout aussi bien pu mourir hier...ça nous aurait évité bien de peines et on serait en train de faire la fête...au lieu de ça..., elle passa outre les regards censeurs, oui...je sais, peu charitable de ma part...mais regardez où on en est...Ils se mariaient ce matin et ce soir ils partent...chacun de leur côté en se boudant...ça brise le cœur!...Quelqu'un veut du gâteau?...Non!? Qu'est ce qu'on fait alors? On se soûle?...Dis Henry...sait on quelque chose de plus sur le pauvre défunt?
 
On n'en sut rien jusqu'à deux jours plus tard quand le Dr. Vodakova ( ?) se présenta sur le pas de la porte, en les surprenant tous.
 
J’ai beaucoup médité sur cette démarche, expliqua t’elle une fois installée au salon, Miss Watts semblait être la seule à pouvoir apporter une certaine lumière sur ce cher Steve or elle n’est plus là mais je pense que vous pouvez m’aider à comprendre…surtout vous, Dr. Warrington, j’avoue avoir été toujours passionnée par les idées que vous défendez avec tant d’ardeur mais enfin…c’est de ceci que je veux vous parler, et en parlant elle déposait doucement sur la table un boîtier d’aspect ultra moderne quoique assez esquinté, c’est la seule chose qu’on a trouvé sur lui…à part ses étranges vêtements…avez-vous une explication ?
 
Pour en avoir, on en avait plus d’une mais avant qu’on n’en place une, un clignotant éteint jusqu’à lors émit des rapides signaux et cinq minutes plus tard on sonnait à la porte. Toni se leva pour aller ouvrir. Un homme de haute taille, allure martiale, cheveux poivre-sel se tenait sur le seuil. Pendant un instant il la dévisagea attentivement avant de dire :
 
Mrs. Lescot, n’est ce pas ? Antonia Lescot ?

Euh…oui…à qui ai-je le plaisir ?

Julian Lescot, commandeur en chef de la PTE !

AH !...Tiens…marrant, le même nom de famille !, rigola t’elle bêtement.
 
Et l’autre de répliquer calmement, comme qui parle de la pluie et du beau temps :
 
En fait, je suis votre arrière-arrière petit fils, madame !
 
Ah, la vache !, souffla Toni avant de voir des petites lumières valser devant ses yeux et tout simplement s’évanouir dans les bras secourables de M. le commandeur en chef de la PTE.
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