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 Errances multiples

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Dave Clayton
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Messages : 25
Date d'inscription : 01/02/2016

MessageSujet: Re: Errances multiples    Mer 23 Nov - 19:12

Largué! On l'avait largué et il était largué! Voilà qui résume court et sec les faits de la vie de Dave Clayton en cette glorieuse journée de Juin. 
Il s'était réveillé au matin sûr d'être l'homme le plus heureux du monde et voilà que le soir le surprenait en train de rouler sans but précis sans autre compagnie qu'un gros chien de mauvais poil sur le siège arrière.

Que dire? Pas grand chose en fait. Il s'était tu alors qu'il aurait dû parler, et avait parlé alors qu'il aurait mieux fait de se taire. Son attitude ne valant pas mieux, il avait vu les événements se précipiter sans parvenir à vraiment saisir la teneur de la catastrophe, jusqu'à ce que ça lui tombe dessus, impitoyablement. En tout cas, Nell n'avait pas mâché ses mots. Elle était déçue. Très déçue. Il fut question de prendre du recul, de se changer les idées. Pour ne pas traîner sur l'affaire on dira simplement que ça équivalait à la version polie d'aller se faire voir ailleurs. Sans attendre qu'il donne son véritable avis, sa rousse promise avait plié bagage et pris le large avec une célérité admirable.
Ne sentant pas le cœur de rester là à éveiller la compassion de ses amis, ni à attendre l'assaut de sa famille qui ne saurait tarder, prendre le large à son tour lui avait semblé la meilleure et unique option!

***
Six mois plus tard, Miller's Cove, Maine...

Bonjour, Miss Prudence, Miss Heloise, Mrs. Chapman, Mrs. Bellwood...bien sûr que je ne vous oublie pas, Mrs. Johnson...ni vous Miss Chandler!, ton enjoué, sourire charmant.

Ces dames, ravies, gloussaient comme des poules émoustillées et lui accordaient des sourires resplendissants.Petit rituel sympa qui lui avait fait gagner des bons points auprès de la société locale qui n'avait pas mis bien longtemps à accepter la présence de l'écrivain solitaire et de son chien farfelu. Au début, la suspicion avait été de mise, après tout, il n'était qu'un étranger mais une fois démontré être tout à fait acceptable, avec des bonnes manières, aucune habitude pendable, et en plus beau garçon au regard teinté d'une indéfinissable tristesse, on l'adopta d'emblée.

Dave était tombé sous le charme paisible de ce petit bled qui n'apparaissait même pas sur toutes les cartes. L'endroit semblait tout droit sorti d'une carte postale, avec ses maisons coquettes, aux jardins soignés, ses rues bien droites, son église au toit rouge et aiguille pointue, son port de pêche, son phare et...ses gens. Quand on habite dans un coin de monde qui n’a pas plus de 700 habitants forcement toute le monde se connaît, plus ou moins bien. Et si un nouveau fait son apparition il est repéré en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Son arrivée avait été tout moins discrète. Après avoir roulé des heures, sans trop savoir où  il allait, s'être trompé de route et perdu trois fois, il ne voulait qu'une chose, rester au bord de la mer. Oscar, lui, ne voulait que bouffer et dégourdir ses pattes. C'est ainsi, que dans les derniers rougeoiements du soleil de Juin, il avait découvert Miller's Cove et son auberge au nom prémonitoire "Oscar's Inn". À peine ouverte la portière, le forcené de service bondit vers la liberté en aboyant joyeusement, ne tarda rien à découvrir un superbe chat faisant parcimonieusement sa toilette...on s'imagine la suite. Minet n'avait rien à cirer de cette masse poilue et baveuse, comme tout Maine-Coon qui se respecte il ne fila pas mais se défendit. Oscar hurla à l'outrage, ce qui dégénéra en un boucan de fin de monde qui finit par attirer l'attention de l'aubergiste, la cuisinière, la fille du premier, deux ou trois hôtes, plus le voisinage au grand complet.

Bon sang, faites donc taire votre...c'est quoi ça, au fait?

Un chien, répliqua Dave, sans se vexer, à quoi bon?, la ferme, Oscar!

Gros éclat de rire de l'aubergiste, Oscar Redvers, repris par voisins, hôtes, cuisinière et fille.

Elle est bonne, celle là, hoqueta le bonhomme en s'épongeant les yeux, cette espèce de vache poilue s'appelle comme moi...la paix, Chet...laisse le toutou tranquille...c'est un chat pas trop sociable, savez-vous...et maintenant dites moi, quel bon vent vous amène?

L'affaire fut rondement menée. Miller's Cove n’était pas un centre d'attraction touristique. Loin de là. Pour tout dire, presque personne ne savait que l'endroit existait. Mais n'allez pas croire que c'était un de ces bleds déconnectés du monde. Pas du tout. Le lendemain de bon matin, la plupart savaient tout ce qu'il fallait savoir sur le nouvel arrivant.

Dave s'en fichait un peu. Si pas d’incognito au moins on lui avait souverainement fiché la paix, enfin, dans la mesure du possible. Il faut avouer que parfois on s'ennuyait un brin dans ce coin de monde, l'opportunité de filer un coup de main à son prochain était une bonne façon de passer le temps. Or Dave représentait le prochain par excellence. Il va sans dire qu'en quart de tour, après vérification via Google, Facebook, Twitter, etc, déduire que le pauvre garçon était malheureux comme les pierres n’avait pris qu'un instant et deux soupirs.

...

Dave contempla son mug de café fumant. Il avait neigé pendant la nuit et Oscar faisait un grabuge de tous les diables pour sortir, peu tenté d'aller se balader, il ouvrit la porte au chien fou qui s’élança dans l'allée pour se retrouver pris dans un demi mètre de poudreuse.

Débrouille-toi!

Jappement ravi. Pour un chien comme le sien, un demi-mètre de neige ça ne faisait pas de problème. Il adorait ça! Cinq minutes plus tard il entendit le ronronnement du chasse-neige particulier de Mr. Redgrave et les aboiements enthousiastes d'Oscar.

Au moins pour lui...le monde est en ordre!, sans joie, Dave migra vers son bureau et se laissa tomber face à son ordinateur dont l'écran affichait une douloureuse page en blanc. Il resta là, à la contempler, sentant une douleur sournoise lui vriller le cœur.

Six mois n’avaient rien fait d'autre qu'accroître sa misère. Six mois d'attente, d'espoir...un espoir qui se faisait plus mince chaque jour. Le souvenir de Nell le hantait. Son absence encore plus. Elle était là, sans l'être, suffisait de lire ses corrections et commentaires, mais ce n'était pas tout, elle avait pris une si grande place dans sa vie que Dave avait la sensation de n'exister qu'à moitié. Il avait mal d'elle, le jour, la nuit, dans ses rêves, dans ses insomnies à répétition.
De temps à autre, il donnait de ses nouvelles. À Henry qui se chargeait de mettre les autres au courant, à sa grand-mère pour la rassurer et s'assurer qu'elle ne mettrait pas le FBI, la CIA ou les Marines à sa recherche. Laconiques, on ne peut plus courtes, ses conversations n'apportaient aucun indice sur son point de chute, et c'était très bien ainsi. Du moins c'est ce que Dave croyait. La vérité était tout autre, comme il le découvrit ce matin là.

Enfermé dans son bureau, il ne risquait pas de savoir ce qui se passait face à sa maison. Les aboiements d'Oscar étaient ceux d'un chien follement heureux, Mr. Redgrave avait fait une pause dans son déblayage consciencieux. Mrs. B, Béatrice McGill, la voisine d'à côté, promue ange gardien, elle, ne rata rien de l'arrivée des cinq inconnus au bataillon et comme le voulait la bienséance locale, alla aux nouvelles en arborant son meilleur sourire sauf que le quintet d'inconnus évoluait déjà vers le perron  avec un dame d'aspect aristocratique en tête de la formation.

Mrs. McGill ravala ses mots de bienvenue, échangea un regard entendu avec Mr. Redgrave qui avait oublié la neige, vivement plus intéressé par cette invasion étrangère. D'un geste synchronisé, ils consultèrent leurs montres.

Il aime pas qu'on le dérange...moins à cette heure!, assura Mr. Tremayne, il a laissé sortir le chien tout seul...Hmmm...prend son temps, le p'tit gars!

En effet, on s'impatientait sur le perron, d'autant plus qu'Oscar caracolait plein d'enthousiasme parmi le groupe, en léchant tout ce qu'il pouvait lécher. Bonheur baveux, quoi!

Il semble bien les aimer, remarqua Mrs. B, d'un ton néanmoins dubitatif.

Les trois coups de sonnette avaient fini par attirer l'attention de Dave. Il abandonna la contemplation de l'écran, grommela un juron, souffla énervé, fut tenté de ne pas faire attention à cette intrusion malvenue mais un quatrième rappel, très énergique, eut raison de sa passivité. On était 24 Décembre, son humeur, qui n'était pas des meilleures menaçait dangereusement d'empirer. Pourtant son nouvel entourage avait été dûment averti de son désir de ne voir personne jusqu'après passées les fêtes de Noël et fin d'année. Apparemment quelqu'un n'avait pas bien pigé le message.

Trois minutes, cinq coups...ça va barder!, souffla Mr. Redgrave.

La porte fut rageusement ouverte par un écrivain sombre, barbu, morose, en robe de chambre, cheveux en folie, prêt à envoyer au diable quiconque osant braver ses interdits mais en toute évidence se retrouver face à ce groupe compact le priva du don de la parole.

Ben, ça lui a coupé le sifflet!, rigola M. le déblayeur de neige en remettant son engin en marche avec la conséquente pétarade ce qui empêcha d'entendre tout possible échange sur le perron de Clayton.

Edward vous êtes d'un discret...bon, on saura bien assez tôt!, soupira Mrs. B, en regagnant, faute de mieux, son douillet chez soi en se posant quelques questions.

Madame en tête de formation alias Kathleen Clayton dévisagea longuement celui qui se tenait, muet et surpris, sur le seuil.

On ne peut pas dire que tu sois décemment fringant. Nous ne t'avons pas tiré du lit, j'espère!?

Gran?, coassement limite humain sans bouger d'un pouce.

Non, mon chéri, l’archiduchesse Charlotte de Russie...Seigneur! C'est pire de ce que j'avais imaginé...entrons, il fait quand même assez froid pour rester faire causette sur le perron, d'autant que le voisinage  nous observe discrètement, elle poussa gentiment son petit fils pétrifié et s'engouffra dans la maison suivie de Henry, Louise, Toni , Martin et évidemment d'Oscar, qui parfait maître de céans, les convoya jusqu'au séjour, tu viens, Dave?

Ben non. Il ne suivait pas. Il était tout simplement estomaqué, cloué sur place. Henry se dévoua pour aller le chercher, le trouvant exactement à la même place, l'air plutôt paumé. Sans rien dire, Henry l'enserra das une chaleureuse étreinte paternelle en assurant que le laisser seul en ces dates avait été au dessus de leurs forces. Il crut, à moment donné, que Dave allait se mettre à pleurer mais il n'en fut rien. Le prenant d'un bras, il obligea le jeune homme à se décoller de sa place et avancer vers le séjour.

À la bonne heure, s'exclama Mrs. Clayton en allant vers lui et le tenant à bout de bras avec un soupir, tu es maigre comme un clou, ton allure ne dit rien qui vaille mais on va laisser ça...je suis si heureuse de te voir, mon petit!

Petit qui n'avait pas l'air fabuleusement ravi se laissa étreindre, lisser cheveux en folie, caresser la joue, embrasser, subir douces remontrances et autres commentaires empreints du plus bel amour maternel, pour enfin retrouver l'usage de la parole, enfin, presque.

Mais...comment?

Avant qu'on ne réponde à sa question, succincte mais très légitime, il eut droit à l'accolade de Martin, aux effusivités bruyantes de Toni pour finir par une longue et bien sentie étreinte de la part de Louise.

Comment!? Dave, rien ne reste caché entre ciel et terre quand on a vraiment envie de le retrouver...et nous en avons les moyens, tu ne croyais tout de même pas qu'on allait rester à se tourner les pouces et fêter Noël sans toi...Nous avons respecté ton désir d'isolement mais trop, c'est trop...tu ne serais jamais venu de ton gré...alors nous avons décidé de venir et ce n'est pas la peine de tirer la gueule...on y est, on y reste!

Il se passa mécaniquement la main dans ses cheveux ébouriffés et essaya de sourire.

Vous m’avez...pris de court!, décidément ce n'était pas son jour pour les grands aveux.

C'est l'idée d'une surprise!!!, rigola Toni, et puis on a plein de choses à raconter...mais d'abord, on va mettre un peu d'ambiance...fais pas cette tête...ça continue, la vie!

Pas trop du même avis, Dave se laissa quand même entraîner par l'énergie dégagée. Même Henry et Martin, pourtant toujours discrets et calmes, semblaient décidés à le tirer de sa morosité. Sa grand-mère l'envoya prendre une allure présentable et il dut taire, pour le moment, la question qui lui brûlait les lèvres.

*Et Nell? Où est-elle? Vous ne l'avez pas convaincue de venir!?*

Quand il descendit, douché, rasé, coiffé et habillé comme un être humain normal, sa maison avait connu quelques bouleversements. On n'était pas allé jusqu'à mettre un beau sapin, mais la décoration disait pas mal. Il subodora une complicité de dernière minute avec certains de ses voisins en découvrant Mrs. B, les bras chargés de houx et branches de sapin.

Ils vous ont eue de force ou vous avez décidé de collaborer de votre propre chef?

On n'a qu'une seule vie, Dave, faut la vivre...ce qui devra être sera, mais ce n'est pas vous qui le déciderez, vous êtes un bien trop gentil garçon pour vous condamner à la solitude et vous morfondre de la sorte! Il y a beaucoup de gens pour qui vous comptez, qui vous aiment, ne les privez pas de ce plaisir et ne vous en privez pas vous non plus!, elle lui tapota la joue et s'en alla trouver où mettre houx et sapin.

De la cuisine émanaient de senteurs alléchantes, Toni avait sans doute mis en œuvre ses talents aidée par Louise et Gran. Henry et Martin tournaient un peu en rond sous la houlette de Mrs. B et des sœurs Morton, Prudence et Heloise. Quand tout fut en place, ces adorables dames prirent congé en souhaitant voir tout le monde à la messe de minuit. Dave ne douta pas un instant que ce soir là, il devrait se farcir le rituel de la Nativité, avec ses chants et la joie de tout le monde, alors qu'il n'avait envie que de trouver un trou et s'y tapir. Celui-là aurait dû être son premier Noël comme homme marié à la femme de sa vie, avec sa Nell...et il n'en serait rien!

Le dîner fut une épreuve. Il ne voulait pas ruiner la soirée à ceux qui s'étaient donné tant de mal pour arranger la sienne. Bon an, mal an, il se laissa prendre par l'ambiance festive, le vin apporté par Henry y ayant pas mal à voir, en plus des plats succulents concoctés par les fées du foyer.
Eh oui! Il y avait des nouvelles, pas exactement celles qu'il souhaitait entendre mais qui le réjouirent quand même. La plus importante: Toni et Martin allaient être parents. Dave fit un effort pour ne pas déprimer plein tube.

Au dessert, il ne tint plus.

Et Nell? Quelqu'un sait où est Nell?

Silence gêné, plombé de mauvais présages.

Elle a disparu, mon chéri, dit doucement Gran, pas faute de l'avoir cherchée, même pas sa mère ne sait...Il semblerait qu'elle ne l'ait décidé ainsi, elle a balancé son portable, détruit la puce de localisation et pas fait usage de son boîtier...oui, mon ange, je sais tout, j'ai torturé Henry pour lui soutirer l'info!, on rigola sans trop de joie, Nell est partie, Dave, mais toi tu es là...

Comme s'il ne le savait pas! Depuis le temps qu'il broyait du noir, se demandant si c'était juste ou pas, s'il avait vraiment mérité un traitement pareil. Nell savait être radicale mais à son avis, elle allait trop loin, là. Elle ne lui avait pas laissé l'opportunité de dire ce qui lui pesait sur le cœur, d'amender ses fautes.

Elle ne veut pas de moi, c'est clair! Elle est trop brillante, trop douée, je ne suis qu'un imbécile avec de l'imagination!

Tu n'as rien d'un imbécile, dit Gran en lui serrant la main, ce qui s'est passé n'est que le résultat de deux esprits réagissant de façon différente...ce qui, à mon avis, serait arrivé tôt ou tard...

*Comme quoi...elle m'aurait largué avant ou après...Que c'est réconfortant!*

Nous avons reçu une extraordinaire visite, informa Toni en coupant court ses sombres élucubrations, le commandeur de la PTE!...Et tu ne devineras jamais de qui il s'agit!

On se racla la gorge autour de la table, avec un échange de regards éloquent.

La PTE?...Mais ça n'existe que depuis...2200 et quelques...ou quelque chose dans le genre...et non, je n'ai pas la moindre idée de qui...

Que Toni, toute à son bonheur, avoue qu'il s'agissait de son arrière-arrière petit fils, un tel Julien Lescot, le fit avaler cul-sec le cognac que venait de lui servir Henry, ce qui ajouté au vin, n'arrangea pas la qualité de sa perception.

Mais...pourquoi?...Enfin...à quoi...enfin...sais pas trop, suis un peu soûl...du coup la PTE se présente...et il voulait quoi?

La conversation devenait absurde. Ou pas trop?

On chantait "Adeste fideles" avec une conviction émouvante. L'esprit de Dave dérivait. Nell. PTE. Le temps...Qu'on le veuille ou pas, cela devait avoir une relation.

Il est venu quand?, voulut il savoir alors que Martin entamait la deuxième strophe de l'hymne, ah bon?...Ah, Garrett est mort...et il était...oui, ça j'avais pigé...il avait voyagé pour chercher Nell...et Nell a disparu...

Ça le tourmenta jusqu'à la fin de la messe, à la sortie de laquelle on croisa les 700 habitants du bled, ce qui donne une idée de combien de temps durèrent les vœux qui passèrent tous par dessus la tête de Dave soudain dégrisé.

Elle est partie...pas disparue, partie...je le connais, elle cherche toujours des explications, des réponses...vous me dites qu'elle n'a pas utilisé son boîtier...ce qui veut dire que...ce sont eux qui l'ont trouvée...ceci explique cela...j'en suis sûr!


On le regarda avec la pitié que méritent les fous désespérés mais peu à peu son idée perça l’entendement des autres.

C'est presque logique...pourquoi sinon le commandeur en personne serait il venu voir de près de quoi il en allait? Il aurait pu le faire avant...oui,  bien sûr, il a voulu connaître le Créateur...mais il devait savoir de ton existence bien avant qu'on ne commence avec nos déplacements...Ouais, Imothep et puis Garrett...mais pourquoi a t'il attendu que Nell fiche le camp?...Il y a un lien...sais pas lequel...mais c'est sûr que ça va dans ce sens là...

La neige se remit à tomber sur le chemin du retour. On pressa le pas. Avec sa grand-mère accrochée au bras, Dave discourait, ignorant l'émoi croissant des autres.

Je vais aller la chercher!, assura t'il quand ils atteignaient le pas de la porte, à demi frigorifiés.

La poigne énergique de Mrs. Clayton freina sec son élan.

Mon chéri, Nell est partie parce qu'elle le voulait, penses-y, et si elle l'a fait sans laisser d'adresse, c'est parce qu'elle ne veut pas être retrouvée...si elle veut revenir un jour, elle trouvera le moyen. Je te comprends, ô combien, mais cela n'arrangerait rien...donne lui du temps...

Du temps!!?, glapit-il, du temps? Combien? Ma vie et la prochaine?...J'ai besoin de lui dire...de lui dire tant de choses, de lui faire comprendre...

Mon ange, personne ne sait être plus sourd aux mots d'amour et repentir que celui qui n'est pas prêt à les entendre...Attends...*Ou passe une croix dessus!*

L'épreuve de Noël passa sans trop de mal, finalement mais, en toute apparence, personne ne songeait à l'abandonner là après cet aperçu de chaleur humaine, pas que cela lui manquât trop, pas avec Mrs. B et les autres voisines qui veillaient sur lui comme sur un pauvre orphelin démuni. Ce qui révélait un plan longtemps peaufiné. Ils avaient pris leurs quartiers à l'auberge du coin et comptaient ne lui laisser un moment de répit jusqu'au Nouvel An.

Une semaine à se laisser dorloter, Gran menait bon train la mission, suivie avec entrain par Louise et Toni qui entendaient le gaver comme oie. Discuter avec Henry et Martin s'avéra lénifiant, vivifiant en fait. Pour Dave, ce fut comme s'ébrouer après un long et douloureux sommeil. La vie continuait et il ne savait pas s'y refuser.
Avec beaucoup de tact et doigté, on le mit au courant des nouvelles dispositions prises pour poursuivre les expériences. Le tout était si bien parti, promettant tellement qu’abandonner aurait tenu du sacrilège. La PTE avait bien eu son mot à dire. Dave se doutait bien qu'il n'y avait pas eu que cette première réunion-rencontre mais Henry voulut demeurer secret à ce respect, pour le moment.

Alors...vous avez engagé des nouvelles recrues?...Oui, je comprends très bien, c'est en toute justice...j'ai vous ai fait un faux bond...mais c'est que...

On l'empêcha de s'excuser, son attitude résultait, somme toute, très compréhensible, sauf que personne ne s'était attendu à qu'il mette autant de temps à réagir.

*Et qui dit que je réagis!?*

Apparemment, il ne se connaissait pas aussi bien que supposé. Les autres semblaient avoir une bonne longueur d'avance sur lui. Même Oscar semblait avoir pigé quelque chose qui lui échappait encore. le brave toutou avait déjà ressemblé sa laisse, son panier et sa couverture favorite près de la porte.

Ne me dis pas que tu as besoin de moi, Henry?

Et pourtant! Il était l'initiateur du projet. Il avait été le premier à glisser, à confirmer que la possibilité de voyager en temps et espace était possible.

Mais, vous allez trouver d'autres...ça ne me tente pas...je...

Je ne vais pas dire que cela m'enchante de savoir que tu vas par là, sautant les siècles, découvrant le monde à l'envers de ce qu'on apprend, sa grand-mère prit une profonde inspiration, soupira et essuya, en toute discrétion une petite larme, mais tout vaut mieux que te voir dépérir comme si ta vie n'avait plus de but...*Et puis qui sait, au détour du temps, tu la retrouveras peut-être ta Nell...*, elle se garda l'idée, le laissant imaginer cela tout seul.

Pas demain la veille qu'il se laisserait convaincre si facilement...mais l'idée faisait déjà son petit bonhomme de chemin. Dave assura qu'il devait faire encore ceci ou cela, sans que personne n'y croit vraiment mais promit vaguement d'y réfléchir, ce qui était déjà mieux que rien.


Cela prit son temps, juste ce qu'il fallait, pas plus.Après tout en connaissance de cause, on sait que le temps est relatif, donc...

Il faisait un froid à geler l'enfer ce matin là quand Dave sonna chez Henry, après une nuit hasardeuse à risquer la peau sur les routes enneigées. Il s'attendait à Toni, ou à Louise...ou encore à une des bonnes, mais au lieu de cela ce fut une beauté brune aux yeux bleus qui lui ouvrit la porte.S'il resta là, planté comme un navet, Oscar lui ne se gêna pas, bouscula la sublime créature et s’élança en aboyant comme un fou à la poursuite de Matou aperçu en un clin d’œil.

Excusez le, il est impulsif et vient d'apercevoir un de ses amis...Je suis Dave...et voudrais...


Elle ne lui laissa pas le loisir de finir sa phrase aux débuts maladroits, accrochant au passage un individu à la sombre mine qui s'amenait à l’instant même avec lait et pains dans un panier, lui ordonna, oui, c'est ce qu'elle fit, la douce enfant, d'aller chercher le Docteur plus vite que ça...après quoi, elle le laissa franchir le seuil et le débarrassa de son anorak, en disant se nommer Emilia, avoir entendu parler de lui et se réjouissant de le voir de retour.
Deux minutes plus tard Henry et les autres étaient là, plus le sombre individu de tantôt qu'on présenta comme étant Kit.

Oui, Henry, suis là...comme d'hab, tu m'as eu...j'ai toujours ma chambre?

Sa grand-mère, décidément résidente à demeure, se joignit au comité de bienvenue et même Majors qui ne savait pas trop le porter dans son cœur sembla se réjouir de le voir là.

Il était de retour, oui...fallait encore savoir où le mènerait cette expérience là...mais ça, seul le temps saurait le dire!
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Nelly Watts

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Date d'inscription : 03/02/2016

MessageSujet: Re: Errances multiples    Mer 25 Jan - 23:24

Il est parfois des décisions affreuses à prendre. Nell l’avait fait. Ni la colère, ni la résignation n’étaient en cause. Seul primait le bon sens, la logique ! Si au moins Dave avait dit ceci ou fait cela, mais non ! Beaucoup de reproches, justifiés ou non, s’étaient échangé ce soir fatidique, celui qui aurait dû être si merveilleux et qui avait malheureusement tourné à la rupture définitive.
Là, 6 mois plus tard, Nell bouillait encore. Oublier ? Impossible ! Pas faute d’avoir essayé pourtant.
 
Encore des insomnies, Watts ?
 
Désolée, grommela Nell en se retournant une xième fois sur sa couchette.
 
Tu devrais en parler au médecin. Ce n’est pas bon de rester éveillée ainsi
 
Merci de ta sollicitude, Randall. Je vais bien, si bien que je vais de ce pas au boulot. Continue à roupiller, bye !  
 
La « douche » ultrarapide ne lui fut d’aucun réconfort, peu importe. Faisant suite à l’habillement de rigueur, un repas sommaire s’avala en silence.  D’ailleurs très peu de monde fréquentait le mess à cette heure où ne s’assurait en général que la maintenance.  
Nell n’avait pas choisi son job, c’était plutôt l’inverse, mais elle ne s’en plaindrait pas. Pile au moment où elle avait éprouvé un changement radical, il s’était produit… comme écrit d’avance.
Sauf que les promesses faites à ce moment stagnaient à se concrétiser.
 
*Ils mettent ma patience à l’épreuve, c’est tout…*
 
Bon an mal an, elle prit son poste en évitant soigneusement de se montrer trop curieuse, enjouée ou dédaigneuse face aux informations collectées.  
 
*Rapports, rapports…*
 
Certes, elle n’avait encore que le statut de stagiaire, mais… La barbe de la paperasse même si les données transitaient uniquement par électrons.
Cela ne rata pas, au bout de deux heures à fixer ses écrans, Nell s’échappa mentalement. Elle aurait souhaité éviter cela mais n’y pouvait rien. Invariablement, des scènes tantôt tendres tantôt dramatiques voire irritantes revenaient à la charge ainsi qu’une foule de questions :
 
*Que devient-il ? M’a-t-il déjà remplacée ? Va-t-il bien ? …*
   
Reprenant son self contrôle, elle se gourmanda :
 
*Encore un truc qui sera à mon passif. Si je ne m’améliore pas jamais je ne gravirai les échelons !*
 
 L’examen de transition n’aurait cependant lieu que deux mois plus tard. Elle disposait donc largement de quoi redresser la barre d’ici là. L’enjeu était considérable, elle connaissait les conséquences. En cas de signature de trois échecs à l’évaluation, l’aventure s’achevait. Ce serait sa dernière chance. Les consignes claires lui revinrent en mémoire, la submergeant toute : calme, concentration, détachement total ! Plus facile à dire qu’à faire surtout après des épreuves personnelles pareilles.  
 
*J’y penserai tout à l’heure…*
 
La routine barbante reprit sans faillir cette fois. Nell crut s’en tirer ainsi jusqu’à sa pause quand, à peine un pied hors de la salle, deux gardes s’interposèrent :
 
Watts, suivez-nous.
 
Chassez le naturel, il revient au galop. Elle regimba :
 
Où ? Pourquoi ? Je…
 
Ce sont les ordres. Allons !
 
Autant parler à des robots. Elle n’en tirerait rien d’autre. Docile, en apparence puisque c’est ce que l’on attendait, elle subit l’escorte obligée. Une succession de couloirs et de plateformes plus tard, Nell arriva devant de hautes portes jamais entrevues. Un garde posa la main sur l’écran prévu à cet effet, des panneaux libérèrent l’accès. On la jetait aux oubliettes ou quoi ?
Manifestement, on voulait qu’elle pénètre seule dans ce lieu inconnu.
 
*Courage !*
 
L’endroit était vachement vaste. Qu’était-ce ? Une salle de conférence ? Au premier coup d’œil, cela y ressemblait… un peu. Murs unis, d’un blanc quasi argenté sans aucune décoration suspendue ; une table démesurée flanquée de nombreux sièges… vides. Pourtant, à l’extrémité la plus éloignée, un fauteuil pivota. Un grand gars aussi sec que chauve se leva :
 
Approchez, Watts. N’ayez craintes, il s’agit d’une réunion privée.

  
Je vois ça ! grinça-t-elle des dents non sans obtempérer.
 
L’ordre suivant fut de prendre place. Elle s’y soumit avec raideur, et attendit.
L’autre ne tarda pas à énoncer ses titres et grades puis, constatant que cela ne produisait aucun effet, il enchaîna :
 
Voyez-vous, Watts, votre cas est… peu banal. Nous vous avons choisie pour une raison spécifique que, je vous rappelle, vous avez approuvée sans restriction.    
 
Elle se souvenait parfaitement. L’évènement s’était produit à peine un mois après sa fuite de chez Henry. Ses « amis » ne l’avaient que très peu retenue. Pourquoi leur en voudrait-elle ? Sans doute était-il écrit quelque part qu’elle et Dave n’avaient pas d’avenir en commun. Direct dans la voiture avec sa mère, elle balança son portable. Néanmoins, pour être certaine de ne pas être pistée au cas où l’envie prendrait l’un ou l’autre de le faire, elle avait insisté pour subir une mini chirurgie.  La puce ôtée et écrasée lui procura un bien-être incroyable.
 
Maintenant, je peux aller où je veux !
 
L’ennui est qu’elle ne possédait que des projets très vagues. D’abord, un nom d’emprunt et un relookage. Ensuite, avec sa fausse identité, elle prit l’avion pour l’Australie. Là, ou ailleurs, peu importait pourvu qu’elle s’éloigne le plus possible d’un certain écrivain.
Par hasard, elle décrocha un poste d’assistante journaliste dans un coin tellement paumé que l’on se demandait la raison du recrutement à la gazette locale.
Son job consistait surtout à l’observation, l’épluchage d’annonces, d’’articles écrits par d’autres.
Il va sans dire qu’elle s’ennuyait comme une huître.
Un jour arriva un courrier à son nom réel. Très étonnée qu’on l’eût retracée, poussée par la curiosité, elle le lut :
 
Miss Watts, si vous avez envie de jeter votre calendrier au feu, d’oublier le temps, rejoignez-nous.
 
Suivait un numéro de téléphone.  
Après une nuit d’insomnie, elle se décida à appeler.  Ce fut pour le moins intrigant. Son interlocuteur fut aussi courtois que bref :
 

Miss Watts, nous ne doutions pas de votre intérêt. Soyez sur la route 16, borne 2595, à 23 heures demain. À bientôt.
 
Pas le temps de demander de plus amples renseignements, l’autre avait raccroché.  
Bien évidemment, elle alla à ce rendez-vous bizarre nantie de son culot et d’un Colt, au cas où.  
Rien de fâcheux ne se produisit… si l’on veut. Elle se souvenait d’avoir à l’avance repéré les alentours, puis d’avoir été… enlevée à l’heure dite.  
 
J’ai, en effet, approuvé votre offre quoique…
 
Son vis-à-vis soupira malgré un air semi-amusé :
 
Vos attentes ne sont pas à la hauteur de vos espérances, n’est-ce pas ? Vos notes sont pourtant excellentes, sauf dans un domaine que vous n’êtes pas sans ignorer. C’est le but de cette entrevue. J’ai une autre proposition à formuler.
 
Nell plissa les yeux, tentant de décrypter ce que l’autre avait en tête. Elle fit la grimace. Ce type était aussi sérieux qu’un mur de béton armé. Lasse, elle demanda de poursuivre.
 

Je suis habilité à hâter votre intégration moyennant un léger sacrifice qui, à tout prendre, pourrait s’avérer être une sorte de… cadeau. J’imagine que vous désirez en savoir plus et ce qui se cache derrière l’offre. Sachez que toutes les parties seront satisfaites. Il s’agit juste... d’effacer ce qui vous dérange et, de ce fait, nous aussi.
 
Elle sursauta. Avait-elle bien entendu ? Directement, le chauve enchaîna :
 
L’oubli total vous aidera à surmonter vos chagrins pour devenir partie active du programme. J’ajoute que, au cas où vous ne rempliriez pas entièrement nos vues, ou que vous le souhaitiez en renonçant par vous-même, vos souvenirs vous seront rendus dans leur intégralité hormis les détails nous concernant, cela va de soi. Réfléchissez, Watts. La nuit porte conseil diton. Nous nous reverrons ici, demain à cette heure. Vous pouvez disposer.
 
Rentrée dans ses quartiers après avoir avalé la pitance bizarre du mess, Nell fit une toilette sommaire et, s’affalant sur sa couche, réfléchit à fond. Un bilan s’imposait, il lui fallait trier le bien du mal de ce revirement de situation. D’un côté se priver de mémoire avait ses avantages, beaucoup d’avantages. L’absence de souffrance, de désirs refoulés à jamais… la possibilité d’enfin œuvrer vraiment sans passer de fichus tests qu’elle raterait à nouveau si…  Mais vivre sans savoir d’où elle venait, ce qui l’avait amenée-là était… inconcevable. Oublier ses peines était une chose, son moi en était une autre. Le jeu en valait-il la chandelle ? Foule de questions l’occupa la nuit durant.
 
Le lendemain, à l’heure dite, on l’escorta de nouveau. Le chauve gradé lui sourit avec amabilité :
 
Vos insomnies prendront fin bientôt. C’est ce que vous souhaitez, n’est-ce pas ?
 
En effet, approuva-t-elle. Je me demandais juste la profondeur de l’amnésie provoquée ?
 
Notre système analytique est très performant. Vous conserverez ce que vous voudrez. Il vous suffit de remplir les cases de ce document. On ne vous demandera pas de le signer de votre sang, si c’est ce que vous redoutez…
 
Il s’esclaffa en lui remettant un cylindre de métal. Nell avait beau être habituée maintenant au développement des facultés cérébrales, la télépathie l’agaçait toujours. À se demander pourquoi son vis-à-vis ne remplissait pas lui-même les cases du « papier » déroulé. Il devait savoir ce qu’elle effacerait ; d’ailleurs, il ne lut pas ce qu’elle écrivit.  
 
Allons au centre médical, à présent.  
 
Seuls les pontes pouvaient employer les plateformes empruntées. Le périple ne prit que quelques secondes au bout desquelles Nell dut s’allonger sur un matelas en suspension. Elle ignorait la procédure, imaginant vaguement un truc à la Harry Potter.  
 
Le principe est assez similaire à la pensine de vos romans, commenta le médecin. Ma baguette magique est cette électrode, elle va recueillir vos plus sombres souvenirs tel que désiré.  
 
*Adieu Dave…*

 
 La nouvelle future patrouilleuse du temps naquit alors.
 
Facile et fascinant, ce job ! Selon ses instructeurs, Nell était très compétente, plus que la majorité des recrues en tout cas. Son stage avait révélé aptitudes et failles. Ces dernières étant gommées, la cadence de l’enseignement s’accéléra.
Divine époque que l’an 2212 ! Pas besoin de passer des heures stériles en salle barbantes. Un casque, et hop, vive l’hypnose ! Tout et n’importe quoi s’enfonçait dans le crâne mieux qu’un couteau dans du beurre mou.   
N’importe qui aurait-il pu devenir patrouilleur dans ces conditions ? Que non ! La théorie est une chose, la pratique une autre. En cela Nell excellait fatalement puisque déjà rodée à de nombreux sauts temporels.
 
Cette fille est une bénédiction pour la nouvelle équipe, se rengorgea le recruteur en chef auprès de son commander. Ses résultats sont fascinants.  
 
Je vois cela, admit le chef suprême en consultant un écran.  Je ne vous cacherai pas avoir été très… surpris lorsque vous l’avez amenée. Pourquoi elle, justement elle ?  Ne serait-ce pas parce qu’elle a, de loin, eu des contacts avec mon aïeul  ?   
 
Commander Lescot, je ne me serais pas permis une telle intrusion dans votre passé consigné dans les annales. J’ai pris cette liberté car je crois cette fille à même de résoudre le problème que nos amis du futur ont soulevé.

 
Le suprême opina gravement. Nul n’ignorait les révélations de ces visiteurs issus du 4ème millénaire. Selon eux, les bouleversements dus aux balbutiements de 2015 seraient fatals à très longue échéance. Ils exigeaient un remaniement drastique et voulaient en charger la PTE.  
L’air soucieux et l’attitude songeuse de son chef n’échappa pas au subordonné :
 
Puis-je parler librement Commander ?
 
Inutile, je sais ce que vous allez dire. Ces gens nous ont affirmé des choses invérifiables hormis les enregistrements à peine consentis. Ils refusent de nous laisser traverser l’an 2050. En guise de bonne foi, ils nous ont aidés à progresser en technologie mais pouvons-nous vraiment adhérer à leurs dires ? Personnellement, je me refuse à éradiquer les lignes créées par mon ancêtre. La petite Watts pourrait nous aider à y voir plus clair. Elle sera bientôt prête, n’est-ce pas ?
 
L’agrément muet conforta le commander.  
 
La mission en l’an zéro avait été plus éprouvante que prévu. Se retrouver à l’aube du christianisme n’est pas donné.  Au moindre faux pas, on risquait de créer une ligne secondaire déterminante pour des milliards d’individus. En 2212 les questions religieuses ne comptaient plus. La paix des confessions était enfin universelle. Cependant, de façon récurrente, des individus tentaient de changer le cours des évènements. Là, il s’agissait une fois de plus de laisser Jésus à son supplice.  
Durs, très durs moments. Nell et son homologue veillèrent. Hormis une profonde tristesse, tout se déroula comme il se devait.
 
*Peut-être que si Abraham n’avait pas répudié Agar...*
 
La PTE avait empêché qu’il en soit autrement, amen.
Des questions tarabustaient Nell. En effet, comment les déviants se procuraient-ils les appareils pour leurs sauts interdits. Des sécurités avaient été mises en place, pourtant ? Qu’il soit strictement proscrit – sous peine de mort – de se retrouver en double sur sa ligne initiale, elle pouvait comprendre. D’où provenaient les déviants ? Pas pressée de le savoir, le caporal Watts travaillait comme ordonné.
Or, au retour d’une expédition destinée à éviter rien de moins que la naissance du chaînon manquant soit compromise, elle fut appelée à rencontrer le commander en personne, impressionné - soi-disant- par ses prouesses.  
 
Repos, caporal Watts, dit-il en lui rendant son bref salut formel. Veuillez vous asseoir. (rigide, elle obéit) Je n’ai à vous adresser que des félicitations au vu de vos états de service. Votre comportement, votre rigueur, votre sens du devoir sont exemplaires. Aussi, outre votre promotion de lieutenant en chef, vais-je vous accorder un privilège : m’accompagner à Harvard au 21ème siècle.
 
Pâlissait-elle légèrement ? Le commander ne se départit pas de son air bonhomme :
 
Votre transporteur subira la levée nécessaire, rassurez-vous. Soyez prête au saut à 20h00.
 
Oui, Nell avait tremblé. Pourquoi la ramener à son époque ? Lescot avait parlé de levée, donc en toute logique, il devait s’agir de sa ligne initiale et non d’une où elle n’aurait jamais existé. Néanmoins, confiante, elle alla vérifier son attirail et se reposer au stand du sommeil accéléré.
 
Il faisait caillant dans ce coin des USA. Elle connaissait un peu Cambridge mais pas depuis il lui sembla des lustres. Autant qu’elle s’en souvienne, elle n’y avait jamais résidé ni connu des gens.  Il est vrai qu’elle avait éradiqué une partie de sa vie. Sans doute avait-elle eu une bonne raison pour cela, laquelle ? Mystère. Son dernier souvenir d’avant l’Australie remontait à la France, en Normandie puis clac, comme si elle avait déménagé direct chez les kangourous puis rejoindre la PTE. Aussi, tout lui sembla nouveau malgré la neige qui ouatait le quartier paisible où le couple se matérialisa.
 
Il est préférable que vous n’entriez pas, Watts. Branchez votre combinaison en mode polaire pour vous réchauffer. Je ne serai pas long.
 
Le commander savait exactement ce qu’il faisait. Il était déjà venu visiter ses aïeux, en coup de vent, par… curiosité. Sa pauvre arrière-arrière etc. en avait presque fait une jaunisse. Rencontrer Warrington fut un grand moment mais à cet instant, le commander ignorait encore certains détails qui le tracassaient depuis. La possible éradication des lignes créées par les pionniers demandait une étude approfondie, d’où son retour. Prendre Nell était une expérience, un mal nécessaire afin de vérifier la profondeur de son amnésie. De prime abord, la jeune femme n’avait rien manifesté. Cela durerait-il ?
 
Nell s’ennuyait ferme dans la petite cour arrière près du garage de la maison. La combinaison remplissait son office, au moins ça.  Jeter un coup d’œil à la fenêtre devint trop tentant. Sans doute était-ce la cuisine. Moderne, en comparaison de la bâtisse, on devait sûrement y mitonner des plats délicieux. Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait rien avalé qui ressemble à de la vraie bouffe qu’un flux de salive envahit sa bouche à l’évocation de fumets oubliés.  Dommage qu’elle n’ait pas le droit d’entrer. Son regard erra du plan de travail à la table de cuisson dont la hotte supportait diverses photographies. Soudain, Nell se sentit pénétrée d’un froid glacial sans commune mesure avec celui de l’extérieur. Là, malgré la buée du carreau, elle se vit…
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Errances multiples
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