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 Plan B ou comment recomposer le monde

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Dave Clayton
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Date d'inscription : 01/02/2016

MessageSujet: Plan B ou comment recomposer le monde   Mer 5 Avr - 22:38

Ici le lieutenant Watts. Alerte générale. Le commander Lescot a été assassiné, je répète : le commander est mort. Les auteurs ont été désintégrés. J’attends instructions.

Aboutissement parfait d'un plan longuement peaufiné. Se réjouir? C'était peu dire. On exultait en ces hauts lieux du commandement alternatif. Dexter devenait le maître à bord, ses seconds: Pendjabi, Torelli et Davies, illico promus savouraient déjà la succulence du pouvoir absolu. À eux la gloire, la suprématie. Réformateurs en puissance, ils feraient de la PTE un outil, fort utile, pour parvenir à leurs fins. Finis les règlements absurdes, les interdits abhorrés. Le monde, tel qu'il était ne leur convenait guère, certains faits historiques résultant dérangeants il ne restait qu'à les changer, les oublier et refaire l'histoire de façon plus correcte.

Mais bien sûr, les meilleurs plans peuvent avoir des failles et le leur, apparemment en avait pas mal. Ils avaient oublié de tenir en compte que les "autres" n'étaient pas aussi stupides que voulu. Après une victoire aussi retentissante qu’éphémère ils se virent déjoués dans leur manigance, écroués face à tout ce beau monde qui fêtait, bon ou mal gré, réduits à l'état de simples traîtres, traités comme tels et enfermés dans les cachots les plus immondes qu'on put trouver en attente de leur exécution.

Mais...oui, il y a toujours un mais, discutable et tout ce qu'on voudra, mais "mais" quand même...

Quand on est ambitieux, sans scrupules, d'imagination tordue par dessus le marché et qu'on a un plan jugé parfait, on prévoit, pour si jamais, une alternative viable, on s'assure d'avoir suffisamment de complices sûrs et évidemment indétectables, au moins le temps de parvenir à ses fins, parce que ce genre d'aide est jugée comme dommage collatéral et ce qui peut lui arriver après n'entre pas en considération. C'est ce qu'on appelle avoir un Plan B.

Et bien entendu, les grands conjurés du jour l'avaient prévu, leur plan B.

Que le nouveau commander suprême Dexter y laisse plus que des plumes tout autant que Pendjabi et Corelli, n'arrêta pas le moins du monde le colonel Davies, propulsé illico vers une nouvelle promotion: Commander...dissident, c'est vrai, mais qui allait lui disputer ce droit. Ses supérieurs ad padres, il ne restait que lui, preuve que le cher homme avait pensé à tout. Il comptait avec un nouvel staff formé selon ses souhaits et disons que James Davies, qui n'avait pas lambiné en chemin, était sûr de son coup et, sans que le moindre doute ne plane là dessus, avait décidé que c'était à lui que revenait l'honneur...et il n'était pas de ceux qui s'encombrent d'états d'âme inutiles!  

James Davies était sain et sauf, et imbu d'un taraudant désir de vengeance, quoique pour le moment, il avait d'autres chats à fouetter. Installé discrètement, et secrètement, à Séville en l'an de grâce de 1492, le patrouilleur renégat concoctait soigneusement son prochain mouvement. Il aurait voulu avoir Nell Watts à ses côtés mais l'objet de sa flamme ne répondait pas exactement comme désiré à ses avances, pas faute d'avoir essayé. S'il avait prévu que la jeune femme, amnésique volontaire, tombe gentiment dans ses bras, émue de tant d'attentions, James avait dû se rendre à l'évidence que, mémoire ou pas, Miss Watts demeurait hors d'atteinte, en fait elle avait su se montrer d'une indifférence blessante qui avait empiré, même si elle ne semblait pas s'en rendre compte, depuis que Clayton était venu faire un tour d'horizon. Davies connaissait bien l'histoire de ces deux là, profitant de son poste il n'avait pas hésité à éplucher le dossier de Nell pourtant classé secret. Dave Clayton était l'ennemi par excellence et ceux qui l'accompagnaient ne valaient pas mieux, surtout le canadien Brown qu'il ne savait pas souffrir. La cousine de Nell aurait pu se montrer plus rationnelle mais voilà que la petite avait décidé de jouer les héroïnes et démontrer qu'elle n'était pas si bête qu'elle n'en avait l'air.

*Tant pis, j'avais pas mal à offrir...*

Fortune illimitée, pouvoir absolu, quasi immortalité, rien qu'on dénigrerait sans le penser deux, voire trois fois. La plupart n'avaient pas longuement réfléchi, c'est ainsi que venus de toutes les époques, les ambitieux, qui savent faire foule, avaient répondu à son appel, fait dans les voies de la plus secrète discrétion. Le bouche à oreille fonctionne parfaitement bien. Quelques dissolus jugés non dignes de toute sa confiance avaient été éliminés sans arrière pensée, restaient ceux qui ne connaissaient ni vacillation ni crainte, ceux qui tueraient ou mourraient en défendant leur cause sans jamais la trahir.

L'idée ne datant pas de la veille, on avait eu le temps suffisant pour peaufiner gracieusement les détails, sans laisser rien au hasard. Enfin...presque! La fameuse, soi disant, découverte de l'Amérique par Colomb en 1492 était encore des siècles plus tard un affront difficile à surmonter pour les Anglais, même si à cette époque ils étaient loin d'avoir la suprématie maritime qui les rendrait presque maîtres du monde deux siècles plus tard...

N'empêche, c'est là que le bât blessait...

En toute simplicité certains s'étaient posé la question: que serait il arrivé si Colomb n'avait jamais atteint les côtes des Indes Occidentales? Forcément, la réponse, assez hypothétique, était que moyennant un peu de temps, des recherches approfondies et les espions adéquats, l'Angleterre n’aurait pas tardé à s'occuper, avec succès de la dite affaire. Mais la messe étant dite , l'Espagne occupait la plus grande partie du territoire convoité et n'avait nullement l'intention de céder quoi que ce soit pour faire plaisir aux autres. Et d'autant qu'on le sache cela dura ce que cela devait durer, jusqu'à la guerre d'Indépendance menée par Bolivar qui chassa les espagnols de ces contrées, mais pour alors les anglais s'étaient aussi fait mettre à la porte de leur plus prospère colonie...Cuisante réalité que certains avaient grand mal à accepter...

Mais maintenant nous possédons la technologie qui rendrait ce rêve réalité, avait lancé comme si rien le vice commander Dexter au cours d'une de ces petites réunions à huis clos dont sont friands les conspirateurs.

Ce n'étaient pas des mots pas au petit bonheur la chance , il savait compter avec un auditoire réduit mais extrêmement attentif qui capterait l'idée au quart de tour, idée trop tentante pour la laisser passer de large. Trois ans, en temps réel, autant de siècles entre paradoxes et autres singularités temporelles, c'est le temps qu'ils mirent à déjouer la stricte surveillance, à leurrer, à mentir, à voler, à mettre en sécurité des tonnes de matériel subtilisé en usant les subterfuges les plus fallacieux, à ruser hardiment étendant leur méfait sur des siècles. Peaufinant LE plan par excellence...

Et seul restait James Davies pour le mener à glorieuse conclusion. Il aimait Séville, ville grouillante de vie, d'activité, conservant encore et toujours cet air oriental somptueux qui la rendait si spéciale. Il faisait beau, et chaud...Dans trois jours, la flotte de Christophe Colomb partirait de Puerto de Palos, et lui, James Davies serait prêt.
Le sauteur le mena en un rien de temps de l'autre côté de l'Océan, Une petite île, dûment "nettoyée" des habitants autochtones servait de base d'avancée pour cette phase du plan.

Trois ans, équivalents à trois cent, à trois mille, à ce qu'on voudrait. Le temps est relatif, le temps est un jeu qu'on peut mener si on connaît bien les règles, et les dissidents du moment étaient des experts en la matière. Simple question d'algorithmes et le passé est déjoué pour faire place à un nouveau présent!

De nos jours, temps présent, on parlerait de faits alternatifs, sauf qu'en ce moment là, sur cette petite île des actuelles Bahamas, ce qui allait se produire était...un réalité alternative. Une nouvelle ligne destinée à bouleverser l'histoire telle qu'on croyait la connaître.
À l'aube de ce 20 Septembre 1492, sans préavis, les trois caravelles de la flottille de Christophe Colomb, immobilisées dans la mer des Sargasses, sont prises pour cibles par trois sauteurs intertemporels aux commandes de James Davies. Ce fut l'affaire de quelques minutes pour conclure la totale destruction de l’expédition, mettant en échec absolu, ce qui aurait pu être le premier grand mouvement du colonialisme espagnol. On n'en parlerait plus jamais.

À partir de là, l'histoire serait tout autre. Établissements nantis d'une technologie invraisemblable pour l'époque, défendraient les côtes américaines dès Terre-Neuve jusqu'au Cap de Tourmentes (détroit de Magellan), interdiraient toute approche à quiconque voulant s'y aventurer. En un tour de main, c'en serait fait des grands voyages de découverte...Le nouvel Empire des Indes Occidentales dominerait la moitié du monde et aucune force existante ne songerait, ni pourrait lutter contre ce pouvoir absolu.
L'Empereur Davies avait choisi Tulum pour établir sa capitale. Il aimait cet endroit, majestueux et unique face à une mer inexpugnable. Il avait le monde à ses pieds, autant en jouir. La beauté des lieux, ses légendes, sa magie. Tout admirablement préservé, pris directement des mains des anciens maîtres, savamment exterminés une fois délivrés leurs secrets, leurs trésors...

*Tout est parfait...tout sera dorénavant si parfait!*

Et le monde d'apprendre à tourner selon sa loi. Finies les migrations spontanées, l'immigration non contrôlée, le libre commerce, la libre pensée. Sa parole était loi, doctrine, dogme...

Base d’entraînement, Paléolithique supérieur.

Pour Dave, le retour à la réalité, ou ressemblant, fut marqué par une migraine épouvantable. Ses souvenirs étaient incohérents, placer deux idées rationnelles à la suite s’avérait aussi douloureux qu'inutile. Mais il était têtu et rester là, sans savoir, essayant, assez en vain, de deviner ce qui avait pu se passer, était en passe de le rendre fou.

Vous devez vous calmer, conseilla un bonhomme chauve et binoclard dont l'air de savant de service le rebuta d'emblée, tout va bien!

Vraiment!?, coassa t'il en voulant se redresser mais on le repoussa douce mais fermement, où...suis-je?, le manque d'originalité de sa question n'eut d'autre effet que faire sourire le chauve qui ne trouva mieux qu'ajouter une substance inconnue à sa perfusion.

Retour à la case départ, c'est à dire aux limbes, d'où il mit un certain temps, ou un temps certain à émerger, le cerveau en compote mais sans migraine. Cette fois, c'était Emilia qui se trouvait à son chevet, vision décidément plus agréable que la boule de billard.

Salut, toi...tu pourrais me dire...

Mauvaise tactique. Demander ce genre de service à Miss Clairborne équivalait à recevoir, d'un seul coup, plus d'information qu'on ne saurait enregistrer, encore moins dans son état.

Ah bon!?...J'ai voulu descendre Lescot!?...ah! Brown était de la partie?...Attends, pas si vite...je ne pige rien...qu'est ce que tu racontes là? Putsch?...oui, je sais ce que ça veut dire...Davies?...le salaud!...me disait rien que vaille, le mec...

La Miss ne manqua pas d'exposer les détails, tous, nécessaires ou pas, en toute évidence la belle méconnaissait l'art du résumé. Tout y passa. Brown et lui, réduits à l'inconscience la plus profonde avaient raté pas mal de cases mais personne ne leur en voulait.

Déjà ça, souffla Dave, mais et que...se passe, là? Et Nell?...Elle...

Emilia le rassura, adorablement complice, allant même jusqu’à soupirer en lui remettant en place une mèche récalcitrante qui lui balayait le front. Nell avait fait un travail fantastique et sauvé la mise du commander, et se livrait en ce moment même, avec certains complices sûrs, à une mise en scène destinée à tromper les fauteurs de trouble.

Il aurait voulu être plus alerte pour comprendre les entrelacs de l'affaire, mais sa tête ne faisant pas avec, il se remit à attendre la suite de la mise à jour, qui ne manqua pas de venir. Consciencieuse, Miss Clairborne ne laissa de côté aucun détail, entre autres celui de la Reprogrammation approfondie à laquelle ils avaient été soumis, lui et son complice involontaire.

Et Kit? Il s'en est bien sorti?, s'inquiéta t'il.

Pour toute réponse la miss lui signala le lit installé pas loin du sien, la tignasse hirsute de Mr. Brown dépassait de sous les draps, et un ronflement, en rien discret, informait de son paisible sommeil.

C'est un bon gars..., commença t'il à dire mais Emilia fronça le nez et lui fit signe de se taire,...ok!...Et...les autres?...Et Lescot?

Emilia n'eut pas le temps de s'étendre sur ce point, apparaissant à point nommé le commander, très en forme, tout sourire, vint prendre place au pied du lit.

Très gentil de votre part de le demander, Clayton! Tout va aussi bien qu'on peut s'y attendre en pareilles circonstances. Pour tous, vous, Brown et moi sommes morts, comme quoi il va falloir faire discret.

Ah bon?, marmonna Dave, les idées encore de travers, on fait quoi alors? On joue les fantômes?

Le Commander passa outre cette pointe d'humour malvenue, personne n'ayant envie de rigoler mais il comprenait aussi que Clayton, dans son état, n'était pas trop responsable des bêtises qu'il pourrait débiter, quoique cela prouvait que l'écrivain reprenait peu à peu la maîtrise de son esprit jusque là en franche goguette.

Vous vous sentirez plus d'aplomb dans quelques heures, désolé de vous avoir imposé un traitement si rigoureux mais il était impératif de s'assurer que le mal implanté était éradiqué...il l'est. Vous aviez subi, tous deux, un endoctrinement de l'inconscient lors de vos séances d'Hypnos...Vous souffrirez sans doute, de certaines lacunes, mais rien de grave, rassurez vous, l'essentiel de vos souvenirs est intact. Vous devrez passer encore quelques tests pour nous assurer que tout tourne rond. Reposez vous, Clayton...j'aurai besoin de vous en parfaite santé au plus tard dans 48h!

*Ouais...marche ou crève!*

Il se souvint trop tard des habiletés de Lescot, déjà celui ci souriait, pas trop amusé.

C'est bien le cas, mon garçon...on marche ou c'est fichu pour tous!, sur ce, faisant demi tour, le commander quitta la pièce.

Emilia qui s'était retirée dans un coin le suivit sans avoir dit un mot de plus. Dave resta là, dépité, en pleine confusion, avec mille questions lui tournant dans la tête mais, sans préavis, un douteux coup de fatigue l'assomma et il s'endormit d'un sommeil lourd et sans rêves.
En se réveillant quelques heures plus tard, sans savoir si c'était le jour ou la nuit, force ayant été de découvrir, après quelques minutes à reprendre ses esprits, qu'il se trouvait dans un espace souterrain. Dans le lit à côté, Kit Brown, très éveillé, ne laissait aucun doute sur son humeur...il râlait bon train!

Hé toi, ça va?...Ok, j'ai pigé...Oui, je me pose pas mal de questions aussi, mais arrête le tapage...on est chez les "bons"...On a fait ...enfin, on a failli en faire, des conneries...mais Nell a rattrapé le coup...elle et Lescot...et Emilia...et les autres...on te mettra au parfum dans un moment, le plus sûr...en tout cas...suis content que tu sois là, mon pote...Où on est?...Quelque part en sécurité, mieux que s’aventurer à raconter n'importe quoi Dave répéta ce que lui avaient dit Emilia et le Commander, c'est tout ce qu je sais...ben non, on ne m'a rien dit de plus...

Au lieu de se calmer, Kit poursuivit avec son remue-ménage bruyant, donnant à Dave envie de lui taper dessus pour le calmer, mais il n'eut pas besoin d'en arriver là, la porte s'ouvrant soudain livra passage au commander Lescot en personne, et il n'avait pas l'air commode.

Cessez donc ce cirque, Brown, je comprends votre énervement, ce qui n'excuse pas ce comportement de gamin enragé. Vous voulez des explications, je vais vous en donner. Tous deux semblez déjà assez lucides comme pour comprendre les tenants et aboutissants de cette affaire...

Il ne leur fit pas l'aumône d'un faux espoir, l'heure était grave, sans doute la plus sombre que la PTE ait connu. Sans détours inutiles, concis, précis, dépouillé de tout sentimentalisme, Julien Lescot parla non plus de dissidence mais de haute trahison et meurtre. Les exactions des traîtres ne se comptaient plus, leurs agissements tenaient plus de l'abus de pouvoir que de nulle autre chose. En peu de jours ils avaient transformé la PTE en  outil  pour enrichir leurs arches personnelles, se livrant à des rapines sans vergogne, pillant pour ainsi dire les trésors de l’Humanité à travers les siècles.

Mais je crains bien, qu'il ne s'arrêteront pas là...l'appât du pouvoir est énorme, leurs promesses sont pratiquement irrésistibles pour les esprits vénaux, leurs suiveurs font foule, on s'en doute bien...Dans deux jours aura lieu une grande fête de la Victoire...ils ont cru bon garder quelques jours de deuil modéré pour honorer mon souvenir, petit rire sarcastique, au moins ça nous aura donné plus de temps pour réunir un groupe de vrais fidèles et plus de preuves qu'il n'en faut pour les mettre face à un peloton d’exécution.

Lescot, sous prétexte de peaufiner son plan les avait laissés jouir de leur "succès. Dave le soupçonna, sans le blâmer, d'être en train de savourer secrètement sa retentissante revanche.

*L'auront pas volé, ces misérables!*

La célébration de la Victoire, version Dexter, devenait le summum de l'extravagance,  de mauvais goût par surcroît, un bal masqué...sans masques, où chacun s'exhibait dans le costume de son choix ou époque, selon les critères. Que le nouveau Grand Patron de la PTE apparaisse vêtu tel un extraordinaire César à barbe assyrienne qui s'installa sur un trône antique sur un trône antique disait long sur l'individu.

*Mégalo en puissance!*

Le dernier invité en place, Brown et lui s'étaient postés à la porte, leur uniforme de gardes, casque à visière fermée et arme fermement retenue contre la poitrine garantissait un incognito intéressant. On ne les regarda même pas. D'autres "gardes" occupaient des places stratégiques dans l'immense salle sans éveiller aucune suspicion. L'intervention était prévue sitôt le discours inaugural de "César" terminé.

Chers tous, fêtons ensemble cette aube nouvelle. Si notre travail initial reste prioritaire, pourquoi n’en tirerions-nous pas de profitables avantages ? Les délices de ce soir ne sont que les prémisses à notre fortune future. Trinquons, goinfrons-nous sans retenue ! À notre futur !

En guise de discours on avait sans doute entendu beaucoup mieux mais compte tenu des circonstances ne sembla surprendre personne quoique pour être sincères cela ne provoqua non plus la réaction sans doute attendue...Déception? Le plus sûr, et encore plus, énorme et inattendue une suite qui pour Dexter et complices ne pouvait que signifier que cauchemar. L'entrée en scène d'un Commander Lescot trop grave et consistant pour être un fantôme coupa court toute velléité.
En un temps deux mouvements les conspirateurs furent réduits, en fait ils étaient tellement saisis d'un mélange de surprise et effroi qu'ils ne songèrent même pas à se défendre. Kit, vindicatif ne se priva pas de refaire le portrait de Davies, devançant Dave qui avait eu la même intention mais se contenta en enlevant son casque et narguant le major d'un regard mauvais.

Échec et mat!

Davies hurla quelque chose mais on l'entraînait déjà. Après sa spectaculaire "résurrection" Lescot, rasséréné et de fort bonne humeur laissa la fête se poursuivre. Tous avaient bien mérité de s'amuser un peu après cette semaine plus qu'incertaine.

Dave ne se priva pas d'une coupe de champagne en s'amusant des chamailleries entre Kit et Emilia qui, mine de rien, semblaient prendre beaucoup de plaisir à soi disant se disputer alors qu'il savait que les deux étaient ravis de se retrouver sains et saufs. Duncan McLeod buvait sec en faisant des beaux yeux à la patrouilleuse grecque amie de Nell, qui justement avançait en leur direction.

*Amazone...elle sait passer ses messages...suis sûr qu'elle sait le manier, son sabre tout comme Wonder Woman...Elle a changé en restant la même, mais je l'ai perdue...ma Nell d'avant je l'ai perdue...reste à essayer avec celle de maintenant, au risque de me faire couper la tête!*

Et il savait très bien, et ça faisait mal, que ce serait une affaire de longue haleine...de très longue haleine et beaucoup de mérites. Alors pour le moment, il arbora son plus innocent sourire bon enfant et lui offrit à boire.

Sacré bon boulot, le vôtre...Mais voyons, à part être dans les vapes je ne pense pas avoir fait grand chose...Merci quand même...Oui, j'aurais voulu lui taper dessus moi aussi...mais on la emmené..., rigolade, des projets? Euh, pas le temps d'y penser...Peut-être rentrer un moment...revoir les amis...et vous?

Elle fut sauvée de répondre, le Commander Lescot les rejoignait.

Nous y voilà, enfin en paix...pour le moment au moins. On a su tirer notre épingle du jeu et déjouer la conspiration de ces fous...mais ce n'est pas de cela que je voulais vous parler, Clayton...j'ai d'autres nouvelles plus agréables...Vous et vos amis avez droit à une permission de 48 heures pour retourner à Cambridge...il semblerait que d'heureux parents exigent votre présence...Oui, le bébé est né...

Ne me dites pas...c'est un garçon et il s'appellera...Julien!?

Le Commander éclata d'un beau rire joyeux qui changea sa physionomie si sérieuse.

Non, ce sera pour la 3ème génération...là, je vous laisse le plaisir de le découvrir tout seul...le départ est pour demain 6:00. Capitaine Watts, vous irez avec eux...vous avez bien entendu, primo c'est un avancement plus que mérité et secundo, je ne veux pas perdre de vue des recrues si prometteuses, en plus, vous relâcher un peu ne saurait nuire, Nell!

L'espace d'une seconde son regard croisa celui de Dave qui aurait juré l'avoir vu cligner d'un œil. Mais cela n’avait été, peut-être, qu'une illusion.

Ce que Lescot avait omis de préciser est que le bébé n'était pas né la veille mais bien une semaine ou plus auparavant, c'est ainsi qu'en arrivant chez Henry ce fut Toni en personne qui leur ouvrit la porte. Radieuse, avec son petit trésor dans les bras, ce qui l'empêcha de se montrer trop effusive au début, mais en découvrant Nell, elle flanqua bébé dans les bras d'un Dave pris au dépourvu pour aller embrasser son amie-sœur en pleurant de joie.

Le petit, la placidité même, ne protesta pas d'être si cavalièrement abandonné dans des bras inconnus et un peu maladroits. Dave n'avait pas l'habitude de bercer des bébés mais essaya de s'y prendre le mieux possible et faire fi du pincement au cœur. Louise, alertée par le vacarme arrivait mais une tornade poilue la précéda de quelques longueurs en aboyant à qui mieux-mieux.

Assis, Oscar!, tonna Dave en devinant les intentions farfelues de son chien qui faute de mieux obéit en battant la mesure avec sa queue sur le parquet.

Mrs Warrington opta pour récupérer d'abord le bébé avant de procéder à une bienvenue dans les règles de l'art. Henry, prévenu par le boucan du chien ne tarda pas. Ce furent des belles retrouvailles. Pour Dave, un retour au foyer. Emilia semblait elle aussi ravie de se retrouver dans un milieu si chaleureux. Kit jouait les durs mais après avoir fait la fête à son maître, Oscar se chargea de le dérider. Nell, elle, avait l'air si perdue que Dave ne put s'empêcher de la rejoindre.

Pas de souci, c'est toujours comme ça, ici...Toni est de nature affectueuse, elle vous aime bien, c'est tout...Louise adore avoir du monde à la maison tout comme Henry...on est un peu comme une grande famille recomposée...Non, je n'ai aucun lien de parenté avec quiconque ici...mais pour moi ils sont ma famille...pas de souci, capitaine...on vous adopte volontiers!...Vous êtes chez vous...là, je vous laisse, Henry veut me parler!

Il suivit le cher homme dans son antre sacré, où Majors pour ne pas dépareiller à ses saines habitudes travaillait sans lever le nez de son clavier. Dave l'octroya d'une petite claque à l'épaule et un droit à un sourire pincé. Mine de rien on s'aimait bien sans se supporter!

Henry le conduisit à son bureau, nouvellement aménagé. On devinait la patte de Louise dans ce capharnaüm à l'ordre non apparent, doté désormais de fauteuils confortables, de chauffage intégré et autres détails qui rendaient la vie facile et agréable.

Oui, ça va, Henry...on a eu des problèmes mais tout baigne...il sait faire les choses, Lescot...tu peux être fier de lui...Non...euh...enfin, disons qu'une espèce de révolution vite matée..., le Doc exigeant détails minutieux, Dave s'étendit à loisir et cela prit le temps que ça prit sans qu'ils en aient trop conscience jusqu'à ce que Martin, juste rentré de son travail à l'hôpital, ne vienne réclamer leur présence.

Le toubib et l'écrivain s'étaient toujours entendus comme larrons en foire et se retrouver leur produisit un grand plaisir bien partagé. Ils firent un petit aparté avant de rejoindre les autres pour l'apéritif.

Ouais, elle est rentrée avec nous mais ça ne veut rien dire...c'est toujours au même point, mon vieux, elle ne se souvient pas de nous...de rien de sa vie ici...on a effacé sa mémoire parce qu'elle l'a voulu ainsi...S'entendre? Non, je ne dirais pas ça...elle ne m'encadre pas trop...je ne fais pas d'efforts non plus...ça viendra si ça vient et si pas...faudra faire avec...Non, suis pas défaitiste...là, suis juste réaliste...et pour tout dire je meurs de faim...te dis pas la bouffe infecte...

Finies les confidences, Martin ne lui en voudrait pas. Louise et Toni avaient concocté un banquet digne de ce nom pour célébrer leur retour. On s'en donna à cœur joie, parlant, riant, mangeant, se souvenant, faisant des projets. Il y eu un moment de vive émotion quand Martin et Toni demandèrent à Dave d'être le parrain de leur premier fils qui ne s'appellerait pas Julien mais Alexandre. Quand, en toute innocence Emilia voulut savoir qui serait la marraine, un petit silence mystérieux plana sur l'assistance. Toni échangea un regard très expressif avec Dave puis lança, comme si rien de plus naturel au monde:

Nell, si tu le veux bien, s'entend...Me doute assez que ça te surprenne...tu l'as vue, la photo, à la cuisine...elle ne ment pas, c'est pas un montage...je ne sais pas tout ce que tu as vécu...ce que tu sais ou oublié par la raison qui soit...mais à moment donné dans nos vies, tu as été plus qu'une sœur pour moi...ça fait un moment de tout ça...n'empêche que je voudrais...

Gros silence. Échange de regards, suspense.Sans doute plus d'un pria pour une diversion qui ne vint pas alors que la capitaine Watts semblait envisager fuir à toute vitesse mais faisant preuve d'une admirable maîtrise  de soi resta assise en se demandant sans doute dans quelle maison de fous elle était tombée.

*Ça va en faire, des longues explications!*

Mais pour une fois, Dave s'abstint de l'ouvrir, pas question d'emmêler, encore plus, les pinceaux. Il laissa à Martin, fin psychologue et bon diplomate, le loisir de remettre les pendules à l'heure. Kit, qui n'avait rien à cirer de tout cela décida qu'il était temps de promener Oscar. Faute de mieux, Dave lui emboîta le pas et ils sortirent tous deux précédés par un gros chien euphorique.

Ben oui, tu l'as dit, ce sera une drôle de mise à jour...Acceptera, acceptera pas, ça c'est une autre question...Non, tu devines, je n'ai pas trop envie d'en parler..., Oscar filant bon train à la poursuite d'un chat coupa court l'amorce de confidence, force fut de filer derrière le chien pour éviter des dégâts.

Chez les Warrington régnait une bonne ambiance. Nell, plus rassérénée, bavardait gentiment avec Louise et Toni alors qu'Emilia, très en verbe, faisait rire Henry et Martin en leur racontant leurs aventures et expériences inédites. Laissant ces dames à leur conversation, Kit et Dave se joignirent au trio hilare. Brown ne tarda pas à y mêler son humour pointu et un brin sarcastique, ce qui ne manqua pas de faire froncer le joli nez de Miss Clairborne.

Henry se préoccupa de le voir si silencieux.

T'en fais pas...j'écoute ce que racontent ces deux là, fameux pour une histoire en tout cas...espérons qu'ils ne finiront pas par s'écharper...Non, je ne pense pas qu'ils se détestent...*Sauf qu'ils ne le savent pas encore...et à ce train-là, ça va leur prendre du temps!*

À point nommé, juste quand l'échange Brown-Clairborne menaçait de tourner à l'aigre Henry invita son petit monde à déguster un bon vieux Calvados qu'il gardait pour les grandes occasions. On se dérida et la soirée finit en toute paix et harmonie.
Le lendemain, autour d'un plantureux petit déjeuner, on discutait allègrement sur la façon d'occuper ce qui restait de leur permission. Dave n'avait qu'une envie, se prélasser en toute quiétude, promener son chien, réviser ses notes si longtemps oubliées et bavarder tranquillement avec ses amis. Emilia voulait faire du shopping, ce qui n'étonne personne, Kit, lui, assura avoir à faire et sitôt la dernière bouchée avalée, fila sans dire où. Nell semblait décidée à ne pas s'éloigner de Toni et du bébé.
Après un petit tour au bunker, question de s'informer où en étaient les projets d'Henry, Dave opta pour faire une longue promenade-partie de frisbee avec l'infatigable Oscar.

L'insistante sonnerie de son portable lui fit rater le lancement du frisbee, ce qui pour Toutou était une invitation à un autre jeu. Il galopa vers son maître qui du coup semblait l'avoir oublié et lui sauta dessus.

Pas maintenant, mon grand...pas maintenant...on rentre à toute!!!, difficile de convaincre l'animal que c'en était fait du jeu, se dépêtrant à la comme on peut, il mit la laisse à Oscar et reprit le chemin de retour chez Henry, au pas de charge, ce qui ravit quand même le chien.

Il trouva Nell qui faisait les cents pas au bas des escaliers, en toute évidence assez bouleversée.

Mais qu'est ce qui se passe? Ton...heu votre appel ne présage rien de bon, capitaine...des ennuis?

Et pas qu'un seul. Il y avait eu un appel d'urgence émanant de Lescot en personne, leur ordonnant de rallier le QG, au 23ème siècle. Or, Emilia tout à la folie du shopping, vaquait Dieu sait où à Boston et restait injoignable, tout comme Kit qui courait la nature sans qu'on sache exactement où il pouvait se trouver.

Si c'est si urgent, on n'a qu'à y aller nous deux...ils rallieront dès que possible...oui, je comprends que ce n'est pas ce que le Commader veut mais que faire d'autre, ces gamins sont en permission on ne peut pas les blâmer d'en tirer le meilleur parti...Henry leur transmettra le message...partons tout de suite...je suis prêt en cinq minutes.

La solution pouvait ne pas l'enchanter, Nell n'en fit pas état. Dix minutes plus tard, leur glisseur quittait Cambridge au 21ème siècle pour se matérialiser un instant plus tard dans les ultra modernes installations de la PTE, quelque part dans la banlieue de Londres au 23ème siècle.

Le grand ponte de l'organisation arpentait le précieux tapis d'Orient avec le rageur entrain d'un fauve en cage.

Pas trop tôt!, fulmina t'il en les voyant entrer, je crains que quelque part vous avez égaré le sens précis du mot URGENCE!!!...Et...les deux autres? J'ai dit que...

On sait ce que vous avez dit, Commader, coupa court Dave, agacé par cette réception si peu conviviale, mais il se trouve qu'on était en permission, et en aucun moment, il n'a été stipulé que nos vies vous appartiennent exclusivement...Clairborne et Brown nous rejoindront dès qu'ils seront au courant, mais comme vous pouvez le constater le capitaine Watts et moi sommes là...si vous vouliez, maintenant, nous expliquer la raison de toute ce chambard, je vous en serai très gré!


Julien Lescot l'octroya de son regard le plus pénétrant et féroce sans que Dave n'en semble le moins du monde affecté.

James Davies a réussi à prendre la fuite.

Comme ça? Tout simplement? Il était pourtant en détention de très haute sécurité...cela aura demandé la participation d'un certain nombre de complices assez hauts placés, à mon avis.


Le Commander cessa ses allées et venues pour reprendre son souffle. Il avait vieilli en quelques heures, semblait accablé, fatigué, ébranlé et surtout désenchanté.

En effet...une inacceptable faille dans notre système de sécurité...cette action a été très bien organisée, il y a encore des traîtres opérant dans l'ombre...Davies n'a rien laissé au hasard...son plan a été tout simplement brillant...il a réussi une évasion extraordinaire et s'est défait des autres...restant de ce fait, seul maître à bord...Apparemment c'est lui qui a abattu Dexter, Pendjabi et Torelli sont tombées dans la mêlée...

Pour ce qui est des traîtres je ne vous le fais pas dire...Je tenais Davies pour un odieux personnage mais ne le pensais pas si pourri, il a effectivement très bien mené son jeu...*Et vous qui lisez si bien les esprits, n'en avez rien tiré!*

Lescot tiqua.

Un élément parfaitement formé dans l'art de la dissimulation...très fort pour contrecarrer tout sondage télépathique...je me suis laissé berner.

Vous n'êtes pas Dieu, Commander...*Pas encore!*...mais revenons à Davies...s'étant défait de Dexter & Co il reste le seul maître à bord et a, bien entendu, un plan duquel nous ignorons absolument tout...ou pas?


Le commander de la PTE faillit soupirer et finit par se laisser choir dans son fauteuil de commandement derrière le somptueux bureau Empire.

Depuis quelques heures, nos systèmes les plus sensibles ont détecté une série d'anomalies...des graves anomalies...difficultés flagrantes de communiquer avec certains "bureaux"...époque de la Renaissance approximativement...Nous avons la quasi certitude qu'à cette période une nouvelle ligne a pu être créée...impossible de le confirmer, les patrouilleurs envoyés en exploration ne sont pas revenus...on a perdu tout contact avec eux...


Nell restée en silence mais ne réfléchissant pas moins émit une paire d'idées ponctuelles qui eurent l'heur de leur donner des frissons.

Oui, bien sûr...on sait quels événements majeurs ont eu lieu en cette époque...les fausser, détourner ou ce qu'on voudra pourrait être...

Cela pourrait ne pas nous affecter directement...oui oui? N'ayant jamais été confrontés à une situation pareille...qui évidemment ne ressemble en rien à une certaine opération destinée à sauver le Titanic ni à celle de laisser sa tête à Louis XIV, qui correspondaient à la création de lignes mineures...

Dave risqua un regard vers Nell mais celle ci demeura de marbre, sans se sentir concernée par la création "malencontreuse" de ces lignes mineures.

Et que pouvons nous faire?


Nous devons surtout retracer Davies...cet exploit n'est pas dû à un coup de chance...Il a peaufiné ce coup, seul Dieu sait depuis combien de temps...il s'est sans doute très bien préparé...

De paradoxe en paradoxe, un détail ci, un autre là...


Cela faisait un long moment qu'ils discutaient, deux autres membres de l'état-major ultra sécurisé, un espagnol et un islandais, s’étant joints à eux, quand une ordonnance annonça Brown et Clairborne.

Pour un instant, Lescot oublia de nouveau ses parfaites manières de Commander Suprême et enguirlanda  les nouveaux arrivants avec la véhémence d'un père vexé par incompétence de ses rejetons.

*Comme quoi, une de ces trois, on va au lit sans dessert!*

Le regard de Lescot lui laissa savoir qu'il pouvait prévoir la possibilité.

*Pas de mal...mais avant, veux devenir télépathe!*

Cette fois, il eut droit à un sourire entendu...


Dernière édition par Dave Clayton le Dim 7 Mai - 22:46, édité 2 fois
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Kit Brown
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MessageSujet: Re: Plan B ou comment recomposer le monde   Sam 6 Mai - 13:41

Lutter contre un état hypnotique induit n’est pas donné à tous, pas à Kit Brown en tout cas. Il avait bien tenté d’échapper à l’endoctrinement bizarrement imposé mais en vain. Aussi, quand la voix devenue habituelle retentit à nouveau dans sa tête peu après son emprisonnement, il oublia tout sauf elle.

Trouver Lescot. Le code est…


Aveuglément il suivit, s’étonnant à peine d’avoir Clayton à ses côtés. La porte déverrouillée, il ne resta qu’à mettre en joue le Commander grâce aux armes fournies. Mais…

Nom de Dieu, qu’est-ce qu’on fout ici ? Mon crâne va exploser !

Des piqûres, des limbes, il émergea soulagé sans pour autant être calmé. Sur qui d’autre passer ses nerfs sinon sur son voisin de chambrée ?  Oui, Dave était là, réveillé, en forme quoiqu’à peine plus au courant que lui des récents événements.

On est où ?... J’ai horreur d’être enfermé sans motif ! Qu’est-ce qui s’est passé ???

Il en fut baba des infos extraites. Ainsi, ils avaient presque assassiné Lescot pour une prise de pouvoir ?

Je ne me souviens que d’une voix, je sais même plus ce qu’elle racontait. Et on va encore rester en cage longtemps ?... La sécurité ? Tout prétexte est bon pour nous tenir éloigné. JE VEUX SORTIR !!!

À force de raffut, ce qu’il escomptait arriva en la personne même du Commander qui crut bon de le remettre à l’ordre, ce dont se ficha Brown :

*Ton discours sur les  gamineries, tu peux te le mettre… *

Il arrêta ces pensées en se souvenant que l’autre pouvait les lires facilement, et tenta d’être « docile » pour une fois en barricadant son esprit du mieux qu’il put.  
En gros la situation était grave sans être désespérée. Le sous-commandant, ou commander en second, voulait le pouvoir absolu pour son profit personnel. Selon lui, avec Dexter à la tête de la PTE, les répercussions seraient épouvantables.
Kit haussa les épaules, il n’avait qu’une idée en tête : se tirer. Pour l’heure, pas demain la veille qu’on lui confierait en solo un sauteur, donc autant jouer les soumis...
Lescot, bien décidé à damer le pion à Dexter and co, avait un plan estimé imparable. Puisqu’on les croyait morts tous les trois, autant en tirer parti.

Se mêler en tant que gardes à la foule des « adorateurs » de Dexter – même si la majorité détestait l’usurpateur – fut relativement aisé. Grâce à quelques individus fidèles stratégiquement disposés, Lescot reprit ses prérogatives. La reprise du pouvoir se fit quasi sans heurts. Quasi, oui ! Car Brown n’allait tout de même pas rater l’occasion de manifester sa vindicte vis-à-vis du tourmenteur dont il était le favori : Jim Davies.
Le petit cortège escortant les condamnés subit un mini retard quand, surgissant, Kit avait relevé sa visière pour toiser son « mentor »vaincu :

Si tu ne te souviens pas moi, tu te rappelleras ceci : vae victis !

Mesquin ? Peut-être ! Mais la satisfaction d’avoir défoncé le portait au « charmant » Davies – et pas que le portait – n’avait pas de prix tout en soulageant énormément l’âme de Brown qui fut tout sourire ensuite malgré ses doigts endoloris.  Son attitude décontractée eut l’heur d’attirer un sourcil en accent circonflexe de la part de Miss Clairborne, partenaire somme toute obligée aux agapes suivantes :

… Ben oui, j’suis très content ! Je regrette juste de ne pas avoir pu faire la peau de ce pourri, les gardes n’ont pas voulu. J’espère qu’à l’instar de Dexter, on aura droit à une promo pour bon comportement !... Tu viserais quoi, toi ? Sergent, lieutenant ?... Bien vu ! Troufion m’irait comme un gant !

Elle se fichait gentiment de lui et inversement. Dans le fond, à part d’être une idiote égoïste, il n’avait rien de grave à reprocher à Emilia. La faire enrager était un jeu qui fonctionnait à la perfection de quoi ajouter un peu de sel à leurs relations.
Oui, ils obtinrent une récompense… Ni sonnante ni trébuchante, Lescot leur accordait juste une perm au 21ème siècle. Pour Kit, ce fut comme une bénédiction. Il n’en demandait pas tant ! Quelques courses en douce et hop, retour au bercail.
Somme toute, ces gens lui avaient manqué. Henry, Louise, Toni et Martin furent aux anges de les revoir indemnes.  Mrs Lescot, bien raplatie, réserva un accueil triomphal à Clayton et au capitaine Watts en leur fourrant, radieuse, son rejeton inédit dans les pattes. Bon, Kit n’était pas au parfum de tous les arcanes. Il savait des trucs, tirait ses conclusions sans pour autant être certain des tenants et aboutissants.

*Tout le monde est beau, tout le monde il est gentil…*

Zut ! Watts avait perçu cette pensée. Comment diable oblitérait-on son esprit ?

*Je demanderai à Snape à l’occas…*

Pour l’instant, deux choses retenaient son attention : Oscar et la bouffe !
Et alors ? Y a-t-il malveillance à aimer un chien et les bons plats ?  Pas pour Kit qui jouit des deux à gogo. Après un plantureux repas durant lequel Toni sembla vouloir éclairer la lanterne de Nell, une tite balade avec Dave ne le rencarda pas sur un sujet avec lequel, somme toute, Brown ne désirait nullement se frotter. Il respecta le mutisme de Clayton et, sitôt rentrés, on fit bonne figure auprès des autres. Dommage que Clairborne soit en train de converser avec Martin et Henry, justement ceux avec qui Kit aurait aimé plaisanter. Tant pis. Il taquina Emilia pour lui faire payer le dérangement.

À t’entendre, on croirait que tout te plaisait là-bas, que t’as tout fait bien… Aux tests de tir, Hypnos ou pas, t’as encore du chemin à mon avis… Désolé*Tu parles* de te contredire, mais c’est moi qui ai abattu le plus de cibles, et…

Comme prévu, les sarcasmes eurent pour effet d’énerver la Miss au grand plaisir de Kit. Néanmoins, on resta potes grâce au calvados divin de Henry.
Une bonne nuit de sommeil plus tard, Kit n’écouta qu’à moitié la conversation du petit-déjeuner dont il se régala comme jamais. Des projets ? Oh, oui, il en avait ! Mais il les tut et déguerpit en douce. À condition de ne pas jouer avec le temps, les sauteurs étaient à disposition, non ? Pourquoi ne pas en profiter pour jeter un œil à Beauty ?
Bob, son ex-patron, tomba des nues en le voyant débarquer de bon matin :

Ça par exemple, Kit ? Tu vis encore, gamin ? T’as l’air en forme, dis donc !

L’étreinte d’ours reçue fut chaleureuse quoique Brown y décela une certaine retenue. Quelque chose clochait. Faisant mine de ne s’apercevoir de rien, le jeune homme sourit de toutes ses dents :

Je ne suis que de passage. Tu as bien reçu mes chèques ? Où en est Beauty ?

Là, décidément, ça clochait grave. Son pote se troubla, toussa puis s’épongea le front de son grand mouchoir à carreaux qui ne le quittait jamais. Il balbutia :

Bien ! Très bien… enfin je crois.

Sourcil relevé, Kit tiqua :

Comment ça, tu crois ? Tu en es où ? Depuis le temps, elle devrait être réparée, non ? Qu’est-ce que t’as foutus ? Bob, on ne me la fait pas. Parle !

Ne t’énerve surtout pas Kit. Tu sais, t’es un peu le fils que je n’ai pas eu, et si j’avais pu faire autrement, je te jure que je l’aurais fait.

Fait quoi au juste, grinça Kit d’une voix où perçait une sourde colère.

Le nez sur ses baskets, Bob souffla :

Vendue… j’ai vendu Beauty à des mecs à qui je dois un tas de pognon. Ils menaçaient de me tabasser, ils l’ont vue et l’ont embarquée en acompte...

Un coup dans l’estomac n’aurait pas causé plus de mal à un Brown suffoqué par la nouvelle. D’abord sans voix, serrant et desserrant les poings en hésitant sur la meilleure façon de passer ses nerfs, il ferma les yeux, inspirant puis expirant fortement.  Crevant de trouille, Bob commença à reculer en douceur, prêt à courir au besoin. Mais Kit ne lui sauta pas dessus. Déplissant les paupières, il dit :

Qui sont ces types ? Tu leur dois combien, et pourquoi ?

Déglutissant, Bob débita à vive allure :

Les frères Yang. New China est sous leur contrôle. Hélas, je suis joueur, un très mauvais joueur…

Tu sais les contacter ?

Ils passent tous les mois chercher des acomptes mais leurs intérêts sont tels que…

Je pige 5 sur 5. Donc, à leur prochain passage, dis que tu vas tout régler. Ça se passera le… euh… le 30 de ce mois  Heure et lieu à leur convenance. J’exige une partie de poker avec quitte ou double, j’aurai de quoi. Ok ?

Bob, incrédule, papillonna des paupières tandis que Kit ajoutait :

Je veux Beauty absolument intacte, ou je descends tout le monde, toi en premier.

Sur ce, Kit abandonna un Bob décomposé pour commencer à peaufiner un plan imparable aux futures transactions.  Ouais, il avait crâné, bluffé en prétendant disposer des fond en temps et heure supposée. Même avant que Lescot redevienne Leader incontesté, des trafics de tous genres existaient. Ce serait bien le diable, s’il ne parvenait pas à participer à ces manœuvres « frauduleuses ».

*De quoi de me renflouer, juste ça…*

Mais d’abord, il devait régler une petite dette vis-à-vis de certain gardiens de la PTE, ceux croisé lors de sa 1ère incarcération. Ouais, avec les événements ultérieurs, il aurait pu s’estimer quitte, mais… le bénéfice en valait peut-être la chandelle. Il récupéra son sauteur qu’il orienta en Ecosse puis en Irlande. Dans ses fontes, il ramena des caisses de whiskies pas piqués des vers. Des 18 ans d’âge à cette époque devaient valoir un beau paquet au 23ème siècle.  Si, en échange, il pouvait ramener l’un ou l’autre trophée historique, une fois revendues, ces choses constitueraient un très beau pactole.  
Sauf que, comme Perrette et un certain pot au lait, son plan subit un contretemps inopiné.
Il venait à peine de rentrer chez Henry avec son whisky qu’une Emilia énervée lui fondit dessus :

… Hey ! Quelle urgence ? Il n’y a jamais urgence quand on a une machine temporelle !...

Ah ? Lescot les avait mandés. Elle aussi avait raté l’alerte. Dave et Nell s’étaient précipités en bons petits soldats.  

T’inquiète ! On sera les mauvais élèves de la classe. Je prends deux ou trois trucs, et j’arrive. Tiens-toi prête.

Il passa outre ses questions quant à ce qu’il fabriquait pour être injoignable, acceptant même à ce qu’elle « conduise » le sauteur.  

Peu après, les foudres du Commander s’abattirent sur eux. Certes, il manquait 5 minutes à leur arrivée mais quand même.  Des remontrances pareilles vous viraient le foie à moins. Impossible de ne pas se hérisser :

On n’est plus des gamins ! Vous allez faire quoi, nous priver de dessert ? Si vous nous avez rappelés c’est que, forcément, vous avez confiance en nous, et pas en d’autres. J’aimerais savoir de quoi il en va ou je rentre.  

Lescot descendit une petite marche de sa toute puissance en accordant à Dave un sourire entendu auquel Kit ne comprit rien. Un bref topo suivit.

Alors comme ça, Davies s’est tiré après avoir descendu ses acolytes pour créer une ligne secondaire tellement monstrueuse qu’elle pourrait interférer avec la nôtre, c’est ça ?

Je le disais il y a quelques minutes au capitaine Watts et Mr. Clayton : des troubles se manifestent. Des relais sont injoignables… On, Je crains le pire à venir.

Ben, changez le passé, le tour sera joué. Revenez en arrière, bouclez Davies plus solidement et voilà, affaire réglée.  

D’ordinaire maître de lui, Lescot devint quasi cramoisi malgré une respiration contrôlée. Il expira fortement :

J’admets que vos cours sous Hypnos ont été perturbés, et que certaines notions ELEMENTAIRES vous échappent encore. Nous sommes dans un camp d’entraînement. Ici, tout acte à rebours est totalement impossible, inacceptable, inadmissible, bref nul et non avenu.  Davies a parfaitement orchestré son coup. Ailleurs, il aurait été pensable de faire des sauts de puce pour cibler l’instant précis du dérapage, et l’empêcher. Une telle action en ces lieux compromettrait le continuum que nous tenons à maintenir.

Ah, bon ? soupira Kit, dépassé. Ben, trouvons un autre endroit d’où sauter pour le rattraper.

Lescot eut un geste de la main comme pour éloigner un insecte invisible :

J’ai envoyé plusieurs équipes qui sont rentrées bredouilles ou pas rentrées du tout.


Nell émit une remarque sensée sous laquelle Lescot grimaça :

… en effet, tout tente à prouver que Davies soit décidé à ce que Colomb ne découvre pas les Amériques.

Alors tout baigne, se permit de rigoler Kit. On y va, on blinde les caravelles et on fait la nique à Davies.

Au vu de la tête outrée du commander, Brown révisa son plan à la baisse :

Ouais, je capte ! Ce serait immoral, ou contraire à une éthique quelconque, selon votre point de vue.    
Je suis terre-à-terre, je sais. Le tout est de savoir ce que VOUS, vous voulez ? Empêcher le merdier, oui ou non ?  Si c’est oui, alors faudrait apprendre à baisser sa culotte quand nécessaire.  


Un long silence suivit. Pour un peu, on aurait entendu les rouages du cerveau de Lescot tourner à plein régime. Quelques secondes plus tard qui parurent une éternité à beaucoup, le Commander déclara :

Je dois en référer immédiatement au grand conseil. En attendant, restaurez-vous. Mon mess personnel vous est acquis.


Wow ! Pour un estomac comme celui de Brown, c’était une vraie aubaine. Pas à dire, Lescot aimait le luxe d’antan, surtout sa cuisine raffinée. Oui, il possédait aussi des armoires à bouffe instantanée mais les choix y étaient tellement multiples que l’on aurait pu se poser des questions quant à certains détournements ou privilèges. Chacun ayant reçu ses plats, on s’installa autour d’une table sans pieds.  
Nell, face à un banal sandwiche Dagobert semblait très songeuse. En fait tous en avaient l’air sauf Kit qui dégustait royalement sa côte à l’os. Emilia, sans doute excédée par son manque de déférence, l’apostropha. La bouche pleine, oubliant ses manières pour peu qu’il en ait eues, Kit mastiqua :

… Et alors ? J’aime la bonne bouffe. Si ça tombe, c’est notre dernier repas correct avant longtemps. Fais comme moi : profite !

Il avalait la dernière cuillère de son énorme banana split quand Lescot reparut, la mine sombre :

Les récents relevés notent l’appareillage de Colomb comme toujours connu. Un blanc semble avoir été créé en septembre 1492. Félicitation, Mr. Brown. Votre plan a été approuvé. Vous devrez, tous les quatre, vous débrouiller pour être de l’équipage et faire cesser ce cirque. Séance d’Hypnos dans 30 minutes.

En sortant de cette salle d’apprentissage express, les 4 étaient au top en ce qui concernait les langues en usage en Italie et Espagne du 15ème siècle ainsi que sur différentes techniques utilisées dans le commerce maritime et autres. Kit n’eut pas longtemps à s’interroger sur la raison pour laquelle on lui avait bourré le crâne de notions de l’époque visée.
La réunion suivante dirigée par le Commander confirma chacun dans ses futures fonctions :

Vous êtes presque prêts à affronter l’année 1492. Nos analystes ont envisagés tous les scénarii possibles ainsi que leurs variantes éventuelles afin de parer aux pièges de Davies car nous sommes convaincus qu’il en a établis. Étant donné qu’il  connait vos têtes plus que bien, il nous semblé plus que nécessaire de les modifier.

*HEIN ? J’en veux pas d’autre que la mienne, moi !*

Désolé Mr. Brown, ceci est incontournable à moins, bien sûr que vous renonciez à la mission.

Renoncer à aller casser la figure à cet enf…

Restez correct, Brown. Nous spécialistes ont mis au point ces gélules à avaler 1 fois par semaine. Vous serez totalement incognito pour vous rapprocher de la cible. Des questions ?

Ben oui, tous en avaient. En rigolant à demi, Lescot consentit quelques réponses :

Oui, mesdemoiselles, vous serez des garçons. Il est impensable que des femmes soient embarquées, et non, il n’y a pas d’effets secondaires connus à craindre. Si vous êtes toujours partants, vos sauteurs sont parés et équipés. Veuillez passer chez le costumier après votre… toilette. Au revoir et (en français) bonne merde !

Palos de la frontera 3 août 1492

Le port de la petite cité en bordure de l’Atlantique était en effervescence comme il se devait avant chaque départ en expédition. Il était de notoriété qu’un illuminé du nom de Colomb voulait essayer de tracer une nouvelle route vers les Indes orientales. À cet effet, deux caravelles et une caraque étaient la mire de toutes les attentions. La reine Isabelle ne finançait-elle pas l’expédition ? Il va sans dire qu’on peaufinait aux détails dans le fourniment des navires. La sélection des équipages avait été rigoureuse, passée au crible sous le regard inflexible de l’amiral en personne. Évidemment, ce quadragénaire lourd de stature et de nez avait dû se plier à certaines recommandations, et accepter à bord des personnes dont il se serait passées s’il avait pu faire autrement. Des remaniements avaient été obligés durant les trois mois de préparatifs. Ainsi, tout récemment, on avait procédé à divers remplacements puisqu’un malencontreux concours de circonstance avait cloué à terre quatre éléments importants pour ce genre d’équipée. Qui peut se passer d’un charpentier, cuistot, médecin ou d’un moine ?

*Nom de Dieu ! avait juré irrévérencieusement Kit en constatant son rôle.*


La bure le grattait et la tonsure lui virait le foie. Le scénariste s’était planté grave en lui donnant cet aspect d’ecclésiastique bedonnant autant que ronchon. Dave, au moins, ne pouvait pas trop se plaindre avec son allure pas trop différente de son ordinaire , sauf qu’il était maintenant blond comme les blés et devait tout connaître des mâts, membrures et autres trucs à réparer ou contrôler en route. Les filles… les pauvres ! Peut-être que Nell appréciait d’être de taille un peu plus élevée mais le bouc ne lui seyait sûrement pas. Être le toubib du bord, lui donnerait au moins le statut de partager la table de l’amiral, tout comme lui, du reste – pour peu que le chef daigne en être. Quant à Emilia… Pour quelqu’un qui devait rester face à un œuf et une casserole en se demandant qu’en faire, la voilà servie dans un corps peu agréable à concocter des brouets pour la chiourme.
Quatre hommes parmi une trentaine sur la Santa Maria… Larguez les amarres !

On appareilla de nuit, en grand cortège de flambeaux accompagnés de prières. Eux n’avaient d’adieux à faire à personne, juste à s’assurer que les sauteurs étaient bien à l’abri en soute.

C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme…
Cette chanson française tourna en boucle dans la tête de Kit tandis que les craquements des voiles et haubans le berçaient.

La vie à bord était très… inconfortable comparée à la navigation de 600 ans plus tard. Peur du feu, peur du ciel, peur de tout. Mais une escale aux Canaries rasséréna les troupes.
On établit un premier point après ces 6 jours de mer :

J’en ai marre ! cracha Kit. Marre de recevoir des confessions, de donner des absolutions à tour de bras. On ne pourrait pas sauter un peu ?

Selon Nell-toubib, la réponse était claire : non. On devait attendre un truc fortuit, n’importe lequel, rester sur ses gardes, patienter. Oublier ses maux, espérer que le soleil arrête de dévorer la peau, que réapprovisionnement et réparations soient au top puis... voir, tel était le souhait général.
Ah, cette halte ! Qu’un homme de Dieu s’enivre en compagnie d’un garçon ne choqua que peu de gens. D’étranges liens se nouaient parfois entre gens du même sexe confinés en lieux restreints. Pourquoi y auraient-ils fait abstraction ?
Dans les beuveries, ou jugées telles, les quatre complices envisagèrent souvent bien des situations.

Et s’il ne passe rien avant les Sargasses, on fait quoi ?... et si ça a lieu pendant ?

Flou artistique. Plan au jour le jour, voilà la réponse.
On rembarqua le 6 septembre.  Des jours mornes, routiniers, s’écoulèrent.  Colomb ne semblait suivre un cap connu que de lui seul consultant fréquemment un astrolabe hérité des Maures sans en partager les secrets. Les idées de cet homme têtu ne faisaient pas l’unanimité.

On frise la mutinerie, avoua Kit à ses copains lors d’un briefing clandestin. Au vu des confidences perçues, les réserves d’eau diminuent, tous prient pour la terre… Vous tenez le coup ?

Pas trop mais on s’y faisait. On suait nuit et jour, ne pouvant se rafraîchit qu’avec l’eau tiédasse recueillie par les seaux immergés. La puanteur, la promiscuité, on s’adaptait vaille que vaille ; à la soif, jamais. Plaies et bosses étaient légion, Nell avait beaucoup de boulot. Si, au fil des jours, on trouva étrange qu’un curé relève ses manches pour aider aux soins, à la tambouille ou au carénage, tant pis. Outre ces digressions, Kit distribua sermons et réconfort à qui le voulait, tant qu’à faire.

Vint une mer d’algues… Pas de vent, on fit du sur place sous une chaleur écrasante, coincés dans des herbes que l’on avait espérées solides avant de déchanter. Étonnamment, Colomb restait serein. À maintes reprises il avait tenté de raviver la flamme de ses accompagnateurs, se basant essentiellement sur sa foi en Dieu.  

*Ouais, tu vas la trouver ta terre sauf si Davies en a décidé autrement…*


Une aube brumeuse, genre purée de pois, se leva ainsi qu’un petit vent qui relança une lente avancée. Les sondes jetées à intervalle régulier emplirent bientôt les cœurs d’un fol espoir tant les distances s’amenuisaient.  On allait toucher terre bientôt. Laquelle ? On s’en foutait, Kit aussi.  Si les récits étaient exacts, les Bahamas seraient bientôt en vue. On croisa les doigts.

Tierra ! jeta la vigie excitée.

Crevant l’écran de brouillard, de la verdure apparut. Palmiers, rivages, la vision d’un paradis s’ouvrit. Mais brusquement, le ton du gars perché changea :

Navires en vue !

Une explosion de fin du monde retentit. Sous le regard éberlué de l’équipage la petite Nina disparut. Pas de hurlements, de flammes, elle était là puis plus. Ce fut le signal pour quatre hommes qui se ruèrent en soute. L’instant suivant la Pinta se dématérialisa.  
Colomb, dépassé, donna des ordres décousus auxquels son équipage tenta de répondre dans une pagaille complète. Des rares canons s’emplirent, des mousquets se chargèrent.

Accroche-toi. On va au bouillon !

Emilia le ceinturant, Kit enclencha le sauteur juste comme la fière Santa Maria se volatilisait au-dessus d’eux.
La déflagration n’endommagea pas les engins conçus pour supporter bien plus que cela. Une brève secousse et les patrouilleurs se déplacèrent dans l’espace et le temps, un saut de puce en fait. Quelques minutes après le naufrage, les quatre hommes se rejoignirent comme prévu à trois cent mètres de la catastrophe, plein ouest. Ils auraient pu se matérialiser à l’eau en cas d’attaque en plein océan mais la « chance » avait voulu qu’ils soient si proches du sol ferme qu’ils purent sortir des sauteurs sans que nul ne remarque leur présence.

C’est vraiment du bol ! sourit Kit à ses copains regroupés. On fait quoi ? On signale à Lescot les coordonnées ?

Nell, la plus gradée de l’expédition, n’envisageait pas les choses ainsi. Elle avait été claire là-dessus lors de leurs apartés sur la Santa Maria : on s’infiltrait, relevait tout ce que l’on pouvait quant aux forces en présence puis, et seulement puis, on rencarderait le Haut lieu.  
Cela se confirmant, on déploya le matos d’observation.  Les jumelles télémétriques déployées leur offrirent un carnage dont ils se seraient bien passés. Au travers des lentilles ultra-performantes, comme s’ils s’étaient trouvés dans le feu de l’action, ils assistèrent à la fouille des débris de fiers navires et, hélas, à l’exécution, sans sommation, de nombreux braves marins.

Quel genre d’hommes Davies a-t-il recruté pour une telle boucherie ? C’est immonde… je…

Émilia, quoique verdâtre, fit remarquer un truc intéressant qui, à mieux regarder s’avéra vrai :

… Oui, tu as raison, ils épargnent les valides !

Dave et Nell, à croire qu’ils étaient en phase, rangèrent leur matériel. Interloqué d’abord, Kit pigea la manœuvre :

Vous êtes sérieux ? Vous voulez vraiment vous jeter dans la gueule du loup ? Et nous on regarde, c’est tout ?

Non, ce n’était pas tout…
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Emilia Clairborne-Watts

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MessageSujet: Re: Plan B ou comment recomposer le monde   Sam 6 Mai - 18:21

Et zut! Ça commençait à bien faire quand même!

Soit, sa vie "d'avant" frayait les limites de la vacuité, de l'inutile, vénal et ce qu'on voudra mais le changement était énorme, bousculant, bousculé, effarant, effrayant, affolant, dangereux, extrême!. On y risquait la peau, sans avoir le loisir de penser au simple accident...Ça, que nenni! Les accidents, ça n'existait pas, par contre on pouvait miser sur la mauvaise foi de certains, qui, pour le malheur de tous, semblaient faire légion sans en avoir l'air!

Emilia soupira. Que faire d'autre face à l'énormité de la tâche proposée? Bon, elle aurait pu prendre les jambes a son cou et déguerpir à toute sans qu'on lui en veuille trop. En fait, il y en avait qui, sans doute, s'y étaient attendu. Un surtout, et juste à celui là, elle n'allait pas lui laisser le plaisir de se ficher de sa poire. Question d'amour-propre, cela va de soi!

*Ouais...il va te mener loin, ton amour-propre!*

Eh oui! Il y des choses qu'on fait sans trop approfondir les raisons qui nous y poussent et c'est peut-être la seule façon de s'y prendre car s'y on réfléchit trop le bon sens reprend le dessus et on rate, le plus sûr, des expériences saisissantes. C’était l'avis de Miss Clairborne...enfin presque. Elle luttait encore avec certains principes de son existence dorée. On ne se refait pas en un jour!

*Ni en deux ni en trois! Tu es folle, ma vieille!*

Et dire que tout n'avait commencé que deux jours auparavant...

Une fois Dexter & Co. confinés au fin fond d'un cachot ultra sécurisé, Emilia avait considéré l'affaire comme classée et s'était apprêtée à passer à autre chose en toute joie de cœur. Après pas mal de sursauts, amertumes et trouilles de tout genre, elle se sentait plus que méritante pour jouir de la permission accordée si magnanimement par le Commander Lescot. Pas qu'elle eut besoin d'acheter quoique ce soit mais un peu de shopping effréné l'aiderait à se remettre les esprits en place après tout le vécu dernièrement. Inviter sa cousine Nell à se joindre à la virée l'avait tentée, mais le nouvellement promu capitaine Watts ne semblait, décidément pas du genre enclin à perdre son temps de façon si vénale et en plus semblait ravie avec le bout de chou des Lescot.

*Mimi tout plein de la voir bercer l'arrière-multi arrière grand-père du boss...finira par croire à une affaire de famille!*

Elle avait oublié cela et beaucoup d'autres choses, surtout les sarcasmes à répétition de Brown qui semblait trouver grand plaisir à l'agacer, en flânant tranquillement dans le meilleur centre commercial de Boston. Que la batterie de son portable soit à plat ne l’avait guère tracassée, déconnectée du monde elle pouvait s'adonner à sa séance shopping sans arrière-pensée et c'était très bien ainsi. Emilia prit tout son temps, acheta à tour de bras sans regarder à la dépense, comme si le monde devait finir le lendemain et ce ne fut que bien plus tard, quand ses mignons petits pieds commencèrent à lui faire mal que la miss avait songé à rentrer, les bras chargés de paquets, ravie de ses emplettes, dont divers cadeaux pour tout le monde, entre lesquels un bel étui de toilette avec peigne et brosse destiné à celui qui en avait le plus besoin.

Bonheur de courte durée! Elle n'avait pas fini de poser ses achats que Louise, assez hors d'elle, la mettait rapidement au courant des dernières nouveautés.

QUOI!? Une urgence!? Déjà?...Mais on vient de...ah bon? Oui, j'ai compris, Nell et Dave y sont déjà...et Kit? Oh...on sait pas...non...c'est que mon portable est à plat...Oui, je vais me préparer...pourvu que ce taré ne tarde pas trop!

Mais bien entendu il avait tardé ce qu'il devait tarder alors qu'elle se rongeait presque les ongles d'impatience.

Ben dis donc, pas trop tôt!!!, l'apostropha t'elle quand il était encore sur le pas de la porte, on doit y aller dare-dare...il y a URGENCE!!!

Hey ! Quelle urgence ? Il n’y a jamais urgence quand on a une machine temporelle !

Puisque je te dis qu'il y en a une...sais pas, moi...on ne m'a pas donné de détails, Dave et Nell sont partis sans nous...C'est un ordre du Commander!!!

Ce qui ne sembla pas trop préoccuper Mr. Brown.

T’inquiète ! On sera les mauvais élèves de la classe. Je prends deux ou trois trucs, et j’arrive. Tiens-toi prête.

Ça fait des heures que je suis prête!!!, cela faisait tout au plus une heure mais elle n'était pas d'humeur à supporter ce calme moqueur, on a cherché à te joindre...t'étais où?

Il n'en pipa mot, bien entendu mais par contre se montra d'une gentillesse digne de soupçon en la laissant piloter le sauteur. Une première!!!

*Celui-là, il mijote quelque chose de louche...*

Le Commander Lescot était dans tous ses états, lui habituellement si composé, et passa ses nerfs sur eux en le réprimandant comme à des enfants stupides. Kit eut son mot à dire menaçant même de rentrer si on ne lui disait pas tout et cela de suite.

Oui, Kit a raison...Vous nous appelez, ruinez notre permission et...oui, j'ai compris qu'il s'agit d'une urgence mais...

Pas de mais qui vaille, Lescot ignora leurs protestes pour passer direct aux nouvelles qui n'étaient pas bonnes du tout...ou qui plutôt ne pouvaient être pires. Ce qu'Emilia comprit était que le séditieux Davies avait pris la poudre d'escampette, s'était défait de ses complices du même coup et  maintenant il courait la nature et le temps sans qu'on ait la moindre idée d'où le trouver.

*Misère...ça ne promet rien de bon!*

Le moindre à dire. Le reste des explications s'avéra assez confus pour Miss Clairborne, quand on commençait à parler de lignes primaires, secondaires, paradoxes et troubles temporels, elle y perdait son latin mais les autres ayant l'air de tout saisir, elle se disait que tôt ou tard on finirait par lui faire un gentil résumé. Ce qui fut très clair est que Lescot craignait le pire, ce qui n'était pas du tout rassurant. Ce ne l'était pas.

...en effet, tout tente à prouver que Davies soit décidé à ce que Colomb ne découvre pas les Amériques.

Franchement, il ne manque pas d'ambition, ce crétin!...Ce serait terrible...*Et quoi du Mayflower? Ce serait terrible...mes aïeux...zut!*

Elle se perdait en élucubrations hasardeuses quant au devenir de sa belle lignée familiale mais déjà Brown faisait part de ses idées pour contrer la situation. Saut au passé, arrêter Davies, éviter la catastrophe...Lescot n'agréa pas d'immédiat, au lieu de cela il invoqua une réunion au sommet.

En attendant, restaurez-vous. Mon mess personnel vous est acquis.

Qui pensait à manger en un moment pareil? Pas elle mais cela n'était pas le cas pour tous. Kit Brown lui s'empiffrait en toute gaieté de cœur.

Comment est ce possible que tu puisses te goinfrer comme si rien? Tu te fous de tout, toi...tu ne penses qu'à te remplir la panse...

Et alors ? J’aime la bonne bouffe. Si ça tombe, c’est notre dernier repas correct avant longtemps. Fais comme moi : profite !

Comme si je te ressemblais!, mais finalement elle n'avait plus trop envie de se disputer avec lui ni avec personne, on est grave là...qu'est ce que tu en penses, Nell?

Le capitaine Watts se contenta d'un regard qui ne signifiait rien d'autre que de la fermer. Clayton semblait perdu dans ses propres réflexions, Brown mangeait toujours. Emilia, sans rien de mieux à faire, s'était mise à piocher dans son assiette, en se demandant ce que leur réservaient les prochaines heures.

Et il faut dire que même un prodigue d'imagination n'aurait pu donner un approximatif de ce qui s'en était suivi.

Oui, mesdemoiselles, vous serez des garçons. Il est impensable que des femmes soient embarquées, et non, il n’y a pas d’effets secondaires connus à craindre...

*QUOI!?...J'ai pas bien pigé?..On va où, faire quoi?*

Pourtant les explications de Lescot plus les savantes questions de ceux qui avaient compris auraient pu lui apporter une certaine lumière, sauf que quelque part l'esprit de Miss Emilia Clairborne se refusait à assumer...l'énormité de la tâche proposée. Son soupir aurait fendu une âme sensible sauf que pour le moment tous étaient trop occupés à digérer leur propre surprise ou ressemblant.

Il y avait bien de quoi.

*T'es fichue, t'es dingue...tombée sur la tête d'avoir accepté un truc pareil...je déteste Lescot, je déteste tout le monde...je me déteste!!!*

Vive la technologie de la PTE qui l'avait transformée en un bonhomme assez grassouillet, court de pattes, parlant un argot mélange d'espagnol et patois local, muni des ustensiles de sa soi disant profession: cuistot à bord. Ses vêtements rêches lui causaient des démangeaisons ou était ce peut-être était ce la crasse, monnaie courante de l'époque? Borja Subios, se gratta, comme tout un chacun et rumina de plus belle, ce qui n'échappa pas à la perspicacité télépathe du Commander, qui entre nous, se retenait de rire car mal lui en aurait pris, face aux résultats concluants de l'expérience.

Sans plaintes, cuistot, pensez plutôt à l'enrichissante aventure!

*Allez vous faire fou...*

Ses compagnons ne menant pas large, elle ravala ressentiment et colère, presque résignée à son sort. Brown avait perdu sa superbe tignasse en faveur d'une coupe bol et tonsure, il faisait un fameux moine. Nell, en toubib d'époque, avec barbiche  avait grandi de quelques centimètres sans que ça ait l'air de la ravir particulièrement mais assumant stoïque. Le mieux nanti était Dave, qui conservait taille et carrure mais était devenu blond viking, traits plus grossiers mais de bon allant quand même. Ils étaient donc méconnaissables et prêts à blouser tout le monde en commençant par l'odieux Davies, au cas où ils le croiseraient par là.

Palos de la Frontera, 3 Août 1492.

Ce qui marqua le plus Emilia/Borja en apparaissant au 15ème siècle fut l'odeur ambiante. Elle marqua un recul automatique mais un coup entre les omoplates de la part du moine la fit réagir. Faudrait respirer d’à petits coups jusqu'à s'habituer. Le reste viendrait à la comme on peut.
Certes, béni l'Hypnos qui non seulement leur permettait de parler d'autres langues, mais avait aussi conditionné leurs esprits pour les radicaux changements qu'ils devraient affronter. C'est ainsi qu'Emilia put assumer son rôle de cuistot à bord de la Nao Capitana, La Santa Maria, nef de l'amiral Colomb. La plus belle, la plus grande, la plus gaillarde! Elle en vint à sentir une pointe de fol orgueil, après tout, ce soir même, ils vogueraient sur la Mar Oceana vers un monde inconnu.
Comme tout cuistot qui se respecte, Borja Subios inspecta soigneusement les provisions et donna quelques ordres pertinents à ses deux commis, deux gamins étourdis comme des moineaux, grisés d'aventure. Légumes frais, des œufs pour les premiers jours, des sacs de haricots, pois chiches, farine et autres denrées moins périssables. De la viande sèche, pieds de porc en saumure, tonneaux d'eau et beaucoup, beaucoup de vin et d'eau de vie.

*Génial...on va manger sain...trois, quatre jours et après...à nous le scorbut!*

Elle ne vit Colomb qu'au troisième jour et ne fut pas déçue par ce grand bonhomme (elle l'avait toujours imaginé plus petit et fluet) si plein d'assurance et entrain. Après, plus le temps de trop penser, la routine n'était pas de plus gaies, le confinement, la promiscuité des quartiers d'équipage, les conditions d'hygiène inexistantes, l'humeur changeante des hommes parfois gais, parfois agressifs. Le peu de temps qui restait entre ronde de tambouille et repas de l'amiral et son état-major, Emilia/Borja le passait à jouer aux cartes ou aux dés, ce en quoi elle excellait au point qu'on lui en voulait pas mal de rafler soir après soir les économies des autres. Mais il y avait aussi les réunions, plus ou moins secrètes avec le moine, le toubib et le charpentier.

Oui, ça peut aller...je m'y fais mais vivement que ça finisse...euh, non, je ne vole personne...je gagne, pas de ma faute, moine, si je t'ai laissé sur le pavé...tu devrais te montrer plus humble au lieu de jurer de la sorte...c'est pour quand, à votre avis?

Cela ne saurait tarder, assurait Nell/Henao de Mena (toubib), ce en quoi Dave/ Diego Alvarez (charpentier) lui donnait raison alors que Kit/ Fray Remigio de Solar (moine) jurait de plus belle dans le meilleur style 15ème siècle.

Ça va tomber dans les Sargasses, vous croyez?...Encore heureux qu'on soit passés aux Canaries...ouais, on commençait à manquer de produits frais et on n'ira pas bien loin avec ce qu'on a embarqué...ah, c'était salé hier? Désolée...suis pas Vatel, moi!...Ouais, refile moi du vin...au moins ça tient le chemin!...Une rigolade de plus, Fray Remigio et demain ta ration...te dis pas!

Et on y allait, bon an, mal an. Le seul qui semblait tout à fait optimiste et convaincu était le sieur Colomb. Le moral tombait, sapé par le soleil, la chaleur, l'attente...cette attente qui se semblait pas avoir de fin.

On frise la mutinerie, raconta le moine un de ces soirs sur le pont, à l'écart, à respirer l'air frais à grandes bouffées, au vu des confidences perçues, les réserves d’eau diminuent, tous prient pour la terre… Vous tenez le coup ?

Que veux-tu?...je ne sale presque plus parce que ça donne plus de soif...et puis ça avale vin et eau de vie...sont soûls de bon matin, ça rend agressif...je sais...je sais...on y arrivera mais eux ne le savent pas...si ça continue comme ça on n'aura pas besoin de Davies pour que l'expédition s'en aille à vau l'eau toute seule...

Et puis on y fut. Terre. Vision de paradis dans cette brume du petit jour entre déchirée de soleil naissant. Hélas aussi brève qu'une promesse de politicien en campagne électorale parce que sans préavis, ce fut l'apocalypse qui leur tomba dessus.

Juanito, Pedro!!!, elle ne put qu'entre apercevoir ses deux petits commis, les moineaux, éperdus de terreur avant qu'une gerbe de feu ne les emporte alors que le moine l'empoignait pour enfourcher leur sauteur.

Accroche-toi. On va au bouillon !

Et pour s'accrocher elle s'accrocha en se sentant affolée de chagrin et de rage. La fière flotte de l'amiral Colomb, et celui ci avec, venait de se désagréger en l'air embaumé du matin à moins de 300 mètres du rivage promis.

Emilia se découvrit ce jour là une richesse de vocabulaire extraordinaire qui aurait fait rougir le plus endurci des charretiers de Castille, Leon et alentours. Le moine de service en rajouta une couche mais déjà Nell et Dave les rejoignaient aussi choqués mais sans jurer.

On aurait pu éviter ça...on aurait pu...la PTE n'a rien fait...c'est...ok! Je la ferme...mais là, je vous dis pas, je le croise ce fils de pu...c'est bon je ne dis plus rien...mais je vous jure...suis énervée, ok?...Suis pas faite de glace, moi...mes pauvres Juanito et Pedro...fauchés...les autres...vous avisez pas à me taper dessus...ça y est...je me calme..., profonde inspiration, alors...on fait quoi?

Directives précises. Pas le moment pour des états d'âme même s'il y avait bien de quoi. Les hommes de Davies massacraient ci, faisaient le tri là.

Ces brutes s'y mettent, au choix...ceux valides qui acceptent leurs conditions sont épargnés...enfin, je suppose...ces bidules n'ont pas de son...c'est perfide!

Mais en toute évidence le plan était utile et sans doute mûri à l'avance. On n'improvisait pas, là. Pas comme Nell et son infatigable Dave qui eux, improvisèrent de la meilleure façon et allèrent se mêler aux rangs des pseudos victimes partant de la simple, et logique idée, qu'on ne cracherait pas sur un bon toubib et un charpentier capable. Ils n'eurent pas tort.

Restés en retrait, un moine et un cuistot assistèrent à l'évacuation des lieux, puis se retrouvèrent seuls à la tombée de la nuit. Pas de vigiles, rien. Davies assuré de son triomphe n’attendait plus de surprises.
À la lumière tenue de la lune, ils pouvaient voir la plage, où le doux ressac amenait des restes des tristes naufrages.

On devrait aller voir si on peut récupérer quelque chose...tu crois pas?...euh, on n'a pas grand chose et si j'en crois à ce qu'à dit cousine...on en a pour un moment...c'est débile, non?...Rigole pas, c'est pas marrant...ben oui, on est deux dans la galère...toi moine moi cuistot et pas jolis à voir...on est en vie, déjà ça...on a eu plus de chance que beaucoup...

On fit un effort pour ne pas tomber dans l’atermoiement et l'auto-compassion. Surtout Emilia. Ravalant ses plaintes et remarques aiguës, elle suivit le moine qui n'avait rien perdu de sa débrouillardise. Ils récoltèrent quelques résidus du naufrage qui pourraient encore leur servir.

Non mais...laisse ce tonneau! Tu penses te soûler pour te la couler en douce!?...Tiens, prenons plutôt celui-là, là-bas, c'est de la viande sèche et l'autre plus loin...des biscuits...Ben oui,  on a besoin de se nourrir, non?...Ou tu vas jouer les Robinsons et t'adonner à la pêche?...Te rappelle qu'on est en mission, pas en vacances!

Mr. Brown lui cloua le bec avec une de ses remarques sarcastiques et s'éloigna avec son petit tonneau d'eau de vie, lui laissant le loisir de récupérer ce qu'elle voudrait. Emilia entassa ses trouvailles et ne tarda pas à déchanter de tout prendre à moins d'y vouloir passer la nuit. Pour alors, le pseudo-moine avait disparu apparemment englouti par la jungle environnante.

*Ah, la vache!*

Elle n'eut pas le temps de le maudire comme prévu, déjà il réapparaissait, l'air réjoui et les bras vides.

Alors, comme ça, tu es allé faire un petit tour! Et tu as trouvé, quoi? Une auberge cinq étoiles!?...Ah bon? Une grotte? Tu ne penses pas que je vais entrer dans un trou, sans doute plein de bestioles et...

Encore une fois, il la somma de la fermer et expliqua son choix,  jugé très judicieux. Il n'avait pas tort, Emilia dut l'admettre. Le "trou" était bien dissimulé dans la végétation, un atout remarquable, s'avérait plus large, moins habité que craint, offrant en outre la possibilité de faire du feu sans se faire repérer.

Et on finit comme des jambons fumés!...Ah bon? Les bestioles...Il y en a?

Kit lui fit "gentiment" remarquer que se trouvant sur une île tropicale la nature était prodigue. Si la flore était sublime, la faune promettait bien de joies. Emilia serra les dents, décidée à ne pas démontrer qu'elle crevait de peur.

Campement sommaire installé, sauteurs dissimulés, ils mangèrent des rations de survie et perclus de fatigue et rudes émotions se roulèrent chacun dans son coin pour dormir.

Je ne pourrai jamais fermer l’œil...tu entends ce boucan, là dehors?...Zut, je crois qu'une araignée...

Une fois de plus, Brown lui gueula dessus menaçant de la battre si elle ne se taisait pas. Emilia soupira bruyamment et contre toute attente s'endormit au quart de tour.

Ils furent debout dès le lever du jour et prirent leur temps pour inspecter les alentours. Leur cachette était parfaite, ils y seraient en sécurité à moins d'une recherche exhaustive, ce qui n'avait aucune raison d'être puisqu'on le tenait sans doute pour morts. Kit, encore lui, repéra une petite source. Emilia se serait volontiers lavée mais il ne lui en laissa pas le temps, l'entraînant à sa suite à travers la forêt tropicale.

T'es pisteur, ou quoi? C'est que tu vas par là comme si tu savais...Ah bon? Les indiens t'ont appris...Quels indiens?...C'est bon, me tais, une minute plus tard, tu détectes quelque chose?...Sais pas, moi...flairer la fumée...Des traces?...Ah bon!...

Tomber sur l'évidence ne leur prit pas longtemps. Ceux qui étaient passés par là n'avaient aucun souci de dissimuler quoique ce soit. Ils avaient tout simplement ouvert une large brèche dans la végétation. Kit ne tint pas à la suivre directement, de retour dans la forêt, optant pour longer en silence le sentier tracé par la troupe ennemie et se trouvant soudain, de nouveau face à la mer.
Crique abritée. En deçà la plage, une espèce de fort avait été bâtie. Pas une installation sommaire. On devinait aisément une technologie étrangère au siècle en cours. Il y régnait une grande activité. Des vedettes rapides faisaient la navette entre le rivage et un grand navire moderne mouillant en rade.

Regarde...ils embarquent les gens de Colomb...les pauvres, ils sont paniqués!, souffla Emilia, le serais pas moins...ces brutes, ils les traitent comme à des esclaves...

En effet, parcourant la troupe des marins sauvés du naufrage, des hommes armés distribuant coups, ordres et injures à tout va, pressant le mouvement, s'acharnant sur ceux qui tombés à genoux invoquaient le Ciel, sûr d'être tombés plus bas que l'enfer même.

Allez, qu'on embarque cette racaille!!! Que ça saute!!!, gueula un type vêtu d'une sorte d'uniforme futuriste, sortant du fort, et faites moi taire ces pouilleux!

Pluie de coups sur les prisonniers, l'un d'eux essaya de se défendre et fut abattu sans plus. Un long  gémissement unanime secoua la triste cohorte mais personne ne tenta plus rien.

Regarde, murmura Emilia, Dave est là...mais ...et Nell?...Oui...oui, je la vois...pourquoi ils la tiennent en retrait?

Le toubib de la Santa Maria, se tenait là, effectivement, sans faire partie du groupe de forçats, on semblait le traiter avec plus de considérations qu'aux autres. Se posant pas mal de questions à ce respect, les deux espions de service, virent Henao de Mena, soi disant médecin de son état, signaler du doigt quelques hommes du groupe. Le grand charpentier blond entre eux, un des gardes les sépara immédiatement des autres.

Ouais, les plus grands et costauds...on les emmène où, à ton avis?

Le toubib, jouissant d'un certain ascendant sur les geôliers  se dirigea, toujours sous discrète escorte, vers l'intérieur du fort. Le charpentier et cinq autres furent poussés à sa suite...

On attend...elle sait qu'on est là!
, assura Emilia en rampant silencieusement sous l'ombre d'un arbrisseau, ça tape dur, le soleil...pas besoin de crever avant l'heure!

Pour une fois, Mr. Brown accepta l'idée sans trouver à redire...
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Nelly Watts

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MessageSujet: Re: Plan B ou comment recomposer le monde   Mar 13 Juin - 22:02

Quoique la PTE soit chiche en récompense, le fait d’avoir protégé son fondement en la personne du Commander Lescot en méritait une. Sincèrement, Nell vit dans cette gratification plus une contrainte qu’autre chose. Certes, elle n’aurait pas craché sur un petit séjour aux îles vierges avec rien qu’entre mer et soleil, mais là, subrepticement, ce « congé » ressemblait plus à une mission de surveillance des nouveaux qu’à autre chose. Zut ! Jouer les nounous ne lui convenait guère. Pas que de retourner à Cambridge lui déplaise. Henry et sa femme étaient très sympas de même que l’aïeul du commander et Toni, mais… Ces derniers venant de pouponner, il semblait normal que la clique aille – tels les rois mages, rendre hommage au nouveau-né.
Pour un accueil, c’en fut un assez… bizarre. D’ailleurs tout ce qui touchait à Cambridge était bizarre. Il était plus que clair qu’à un moment donné de son existence, Nell avait beaucoup fréquenté cet environnement, et ces gens en particulier. Pour que, tout de go, Mrs. Lescot lui demande d’être la marraine du bébé… Il fallait nécessairement qu’un lien très fort existe. Des explications s’imposaient.
L’occasion se présenta lorsque, discrètement, Clayton d’éclipsa à la suite de Kit Brown. Henry et Louise filèrent en douce également, laissant Miss Watts confrontée aux Lescot. Les sentant très mal à l’aise, Nell ouvrit le feu de son ton direct :

J’ai volontairement effacé certaines parties de ma vie antérieure. Je ne sais ni quoi ni surtout pourquoi. Tout prouve que vous me connaissez très bien. Il s’est passé un truc, un truc grave avec Dave, non ?

Martin, qui sirotait un bourbon, faillit s’étrangler de tant de franchise. Toni, elle, était sereine. Pour parler, elle en débita des choses ! Heureusement, Nell était assise car, en apprenant ces énormités, elle aurait défailli :

… fiancés ? Vraiment ? Qu’est-ce qui a cloché ? Lequel a rompu, lui, moi ?...

En gros, les Lescot n’avaient rien trop pigé à ce qui avait provoqué la cassure.
Mal à l’aise, Martin acheva son verre tout en soupirant :

C’est aussi notre faute à tous… On a douté de toi, tu nous en as voulu sans doute à Dave plus qu’à tout autre…

Elle apprit tant de choses qu’un méchant mal de crâne l’investit. Martin aurait créé une ligne secondaire pour sauver Toni et, dans l’initiale tous avaient fini par périr sauf elle. Nell se serait alors mariée à un certain Garett qui, lui, aurait été récupéré plus de 200 ans plus tard par la PTE. Volant un sauteur, il l’aurait retracée… en se trompant de ligne temporelle. Une histoire de fous !!
Que dire après un tel exposé abrupt des faits ?

… Je ne garde aucune trace mémorielle de ces épisodes. Je me connais assez pour croire que j’ai agi pour me protéger tant le mental que le physique. Je vous remercie de m’avoir avoué cela même si, je me doute, ce ne fut pas évident. Cela explique pas mal de choses…

Toni, qui s’en voulait de l’avoir un peu malmenée, osa :

Y a-t-il une possibilité que tu récupères tous tes souvenirs un jour ? Note que, personnellement, amnésique ou pas, cela ne change rien pour nous. On te connait. Tu dois être la marraine de notre fils.

Là, Nell avait ri :

Ok ! J’ignore pourquoi mais je sais, oui je sais, que je le veux aussi.

Ensuite, toute réjouie, Toni s’était avancée en terrain mouvant :

Et Dave ? Tu n’éprouves plus rien du tout pour lui ? Rien de rien ? Même pas…

Là, Nell s’était refermée :

Désolée, cela ne te regarde pas. Je suis capitaine, il est cadet.

Diplomate, Martin dévia la conversation à laquelle se joignit cette fois une Louise mitigée à son endroit. On parla beaucoup du petit Alexandre, du boulot de Martin, des progrès de Henry, entre autre.

*Ces gens sont de bonnes personnes !*

Finalement, ce n’était pas si mal d’être entourée d’êtres aimants.
Après une soirée très arrosée, on se réunit le matin pour le petit déjeuner. Nell fit profil bas. Dire qu’elle avait très mal dormi serait un euphémisme. Impossible de se vider la tête après une soirée pareille ! En boucle étaient revenus les propos de Toni. Amoureuse folle de Dave ? Était-ce possible ?
Bon… Il était loin d’être désagréable à regarder, pas idiot non plus. Elle en vint à se demander si oui ou non il s’était engagé à la PTE par envie de changement ou… juste parce qu’elle y était.

*En tout cas, s’il m’a aimée, c’est fini…*


Il n’était pas vraiment distant, mais pas non plus très proche. Parfois… oui… il avait eu envers elle une attitude protectrice. Cependant, c’était le plus souvent d’un regard douloureux qu’il la contemplait. Tant pis ! Elle l’aimait bien, ça s’arrêtait là.
Lors du repas en commun, chacun décida du comment tuer son temps. Dave la fuyait-il ? Chacun ses intérêts. Lui à son toutou, sa cousine aux boutiques, Brown… ?
Renouer connaissance avec Toni lui parut une bonne idée. Sitôt seules, elle la bombarda de questions :

Où, comment on s’est connues ? … Ah bon ?? Tout a donc commencé en Normandie ?... Hein ? On a créé des lignes secondaires ?...


Beau charivari sous son crâne ! Mais, alors qu’elle apprenait de Toni la façon de s’occuper d’un nourrisson, ne voilà-t-il pas que son vibreur insistait. Par texto, le commander Lescot les rapatriait d’urgence. Misère ! Nell ignorait la position du trio. Aussitôt l’info reçue, elle battit le rappel. Emilia, sans doute perdue sous des tonnes de chiffons, ne répondit pas. Brown ? À croire qu’il avait quitté la planète. Le seul à répondre fut… Dave qui accourut alors qu’elle s’énervait grave.

Mais qu'est ce qui se passe? Ton...heu votre appel ne présage rien de bon, capitaine...des ennuis?

Il voulait réellement la jouer ainsi, avec du vouvoiement et des titres ? Passons.
Le temps de résumer la situation, de se préparer, il voulut qu’ils y retournent en duo.
Pouvait-elle décemment laisser les deux autres en arrière ? Lescot aurait quand même pu préciser des trucs plutôt que de les prendre au dépourvu.

Comme accueil, on repasserait. Lescot écumait véritablement. Nell aurait souhaité en placer une, mais Clayton la devança, du moins oralement. Trop énervé pour lui opposer une résistance mentale, le commander laissa fuiter l’info :

*Merde ! !*


James Davies a réussi à prendre la fuite.

Profitant de la brèche, malgré son inexpérience en télépathie, Nell s’effara de ce qu’elle lut avant même que Lescot n’émette en clair ce qu’il pensait.
Davies avait court-circuité le système depuis des années. Là, il avait créé une ligne parallèle qui risquait de tous les affecter à court ou long terme.

Si certains relais sont muets, il doit être remonté très loin dans le passé commun. Quelle est l’époque ? On le sait ?


On discutait encore des tenants et aboutissants quand, enfin, les deux absents se pointèrent. Se justifiant comme ils purent du léger retard, on dut recommencer les explications. En résumé, l’unique fait dont on soit sûr était que l’époque visée était celle de Christophe Colomb.
On permit aux patrouilleurs de se reposer et restaurer avant une opération de grande envergure. Eux quatre, Nell en particulier, avaient fréquenté Davies de près. Il semblait donc normal qu’ils soient en première ligne afin d’apporter toutes les informations voulues au haut commandement. D’autres patrouilleurs seraient expédiés, mais eux seuls monteraient à bord de la Santa Maria puisque tous les rapports démontraient un appareillage réussi.
Habituée à l’Hypnos, Nell n’en souffrit pas. Par contre, elle n’apprécia pas, pas plus que ses complices, de devoir changer de tête et pas que de ça. Eh oui ! Pour faciliter leur intrusion sous couverture, tous seraient des garçons. Même si, parfois, Nell avait regretté de ne pas en être un, elle ne prisa pas du tout ce nouveau corps qui la dérangea énormément.

*Pisser debout ! OMG !!*


Une fois en place sur la Santa Maria, en tant que médecin de bord sous l’identité d’un dénommé Henao de Mena, Nell disposa de « certains » privilèges dont elle n’eut pas à se plaindre. On respectait grandement ces hommes de science à l’époque. Ainsi, elle bénéficia d’un minuscule coin presque « privé » partagé avec 2 hôtes que, forte de sa position, elle décréta salle de soins. Elle y fit régner une propreté aussi rigoureuse que permise à cette époque barbare. Durant ses périples, elle avait connu pis et… mieux, bah !
En comparaison à d’autres, elle n’était pas mal lotie. Que Dave/Diego manipule maintenant avec brio les ciseaux à bois, maillets, chevilles était assez amusant. Cependant moins que de voir Emilia/ Borja, elle qui avant ne savait pas quoi faire d’œuf et d’une casserole, transformée en cuistot du bord. Ça, c’était franchement tordant.

*Pourvu qu’elle en retienne quelque chose !*


Brown en moine, on aurait tout vu aussi !

De par sa position sur la caravelle, Nell eut droit à de multiples bobos à soigner. Pas à dire mais pour être marin dans ces conditions assez précaires, il fallait la santé. Les accidents étaient plus fréquents que rares. Bien que les mains calleuses soient habituées aux cordages détrempés d’eau salées, écorchures, frictions étaient légion. Avec les moyens du bord, pas évident d’intervenir dans certaines circonstances. On ne reconnait jamais son confort qu’une fois celui-ci disparu. Ainsi, lorsque Nell dut extraire un affreux chicot pourri rien qu’à l’aide d’une tenaille et d’une rasade de rhum, elle plaignit sincèrement le pauvre bougre qui – contrairement à d’autres d’époque plus moderne, anesthésiés, eux – gémit à peine.
En tout cas, nos amis avaient de quoi s’occuper nuit et jour. Aucun désœuvrement n’était d’ailleurs toléré à bord.
Heureusement des sortes de quarts étaient organisés, sauf pour le toubib en alerte 24h sur 24.
Néanmoins, sans grandes urgences, Nell/ De Mena pouvait circuler librement.
Aux Canaries, ont fit le plein de vivres frais, Nell insistant sur le ravitaillement en citrons. Bien sûr, fréquenter Christophe Colomb était aussi une nécessité. N’exigeait-il pas un rapport quotidien sur la santé de son équipage ? Drôle d’illuminé, ce type ; très pieu aussi. En rigolant dans sa courte barbiche qui lui démangeait le menton, Nell assista comme tous aux messes célébrées par le « curé » local.
On en fit, du reste, des gorges chaudes lors de petites mises au point communes. Au cours de l’une d’elles, Nell ne fut pas sans remarquer une méchante éraflure dans la main droite de Dave :

Quand on en aura fini ici, tu me laisseras regarder ça !


Il ne sembla pas de cet avis, tant pis.

Somme toute, les réunions discrètes n’amenaient rien de particulier sinon l’occasion d’être entre amis. On se tenait aux aguets, on attendait, discutait plus qu’autre chose en buvant de l’eau-de-vie.
Emilia et Kit sortirent se chamailler ailleurs, Nell insista de nouveau :

Montre-moi ta main, Dave.


L’air buté, dénigrant la gravité, il s’apprêta à vider les lieux qu’elle le retint par un pan de chemise :

Tu me hais à ce point ou tu as peur d’être charcuté ?…. Cesse avec ce vouvoiement, idiot ici !


Finalement, elle put voir la dextre abîmée par une longue écharde. En deux temps trois mouvements, l’affaire fut réglée. Appliquant une pommade antiseptique pas trop d’époque, elle soupira :

Toni m’a raconté nos… démêlés. Je suis désolée si je t’ai fait du mal, je ne me rappelle plus… ouais… de l’histoire ancienne, tu as raison. Essaie de garder le pansement propre et n’oublie pas ta pilule de métamorphose. Bonne nuit !

Tu parles d’une nuit ! Déjà que depuis Cambridge Nell dormait très mal, là, avec deux ronfleurs en compagnons dans le minuscule local peu ventilé, c’était quasi impossible. Toutes les infos reçues par Toni tournaient en boucle. En vain, sa mémoire cherchait les fils perdus. Dave avait été son élu, elle allait l’épouser ? Mais que s’était-il passé ? Oh, elle ne pouvait nier qu’il était… bien, très bien même. Elle devait s’avouer qu’il était sans doute le premier à lui avoir donné des frissons depuis… Depuis quand au fait ? La réponse, elle la connaissait : depuis qu’elle était rentrée à la PTE, jamais elle n’avait ressenti quoique ce soit pour aucun homme…
Mais ces tourments ne devaient surtout pas prendre le pas sur la mission capitale dans laquelle ils étaient embringués. La grande question qui s’imposait était la seule à compter : quand est-ce que Davies allait frapper ?

La mer des sargasses… Ils s’en souviendraient de cette journée de fin d’un monde ! Elle était sur le pont avec sa modique trousse de soins lorsque la vigie cria. Si la majorité regarda à tribord la terre profilée, Nell courut, sans même savoir pourquoi, d’un côté à l’autre. Son œil exercé ne rata pas la navette pourtant lointaine ni l’éclair qui l’accompagnait. Elle hurla :

Diego !

Par bonheur, sans doute rameuté par la vigie, il n’était pas loin. Les deux navires – la Nina et la Pinta – volaient en éclats que deux membres de l’équipage au lieu de se jeter à la mer comme certains, coururent en soute.
Main dans la main, un toubib et un charpentier foncèrent vers leur salut.
Brave sauteur ! Où que l’on soit, il visait toujours la terre ferme la plus proche en cas d’urgence.

Ça va, tu n’as rien ? s’inquiéta-t-elle…. Ok ! On doit retrouver les autres. Ma cousine et Kit ne peuvent être loin à moins de jouer aux cons
.

L’îlot où ils s’étaient posés étant riche en végétation, on eut un peu de mal à se rallier, mais en quelques minutes ce fut réglé. Très vite, Nell dut mettre le haut-là aux débordements nerveux d’Emilia qui déplorait la perte de deux jeunots qu’elle avait pris en affection :

Il suffit ! On est tous très secoués par ce qui vient d’arriver…


Suis pas faite de glace, moi...mes pauvres Juanito et Pedro...fauchés...les autres... On fait quoi ?

On s’en tient au topo du Commander : on observe tout ! Ensuite, seulement, lorsque nous saurons exactement où et quand intervenir, on effacera cette journée d’abominations. Dave, je peux te parler…

Il la suivit jusqu’à la rive où grâce aux jumelles spéciales, ils purent constater l’ampleur du massacre.

Cela va te paraître fou mais je crois qu’il n’y a qu’une façon d’opérer… oui, tu as pigé. On doit se mêler aux rescapés. Si on reste à distance, jamais on ne saura… c’est très risqué mais je ne crois pas Davies aussi fou pour se priver de gens capables. Euh… ta main, ça va ?

Il valait mieux être en parfait état vu la manière dont on traitait les blessés un peu plus loin.
Kit et Emilia râlèrent un peu après avoir été mis au parfum car eux resteraient en arrière avec cependant ordre de veiller sur eux.

Pas besoin de grands mots. Dave/Diego et Nell/ Henao s’immergèrent en se doutant plus ou moins de l’accueil réservé pas les hommes de Davies. De concert, ils se suspendirent à un des nombreux débris flottants, et attendirent. Un des bateaux à moteur qui explorait les lieux des naufrages ne fut pas long à les remarquer.

J’en ai deux bien en vie, pas trop amochés de prime abord ! Stoppez !

Une fois à hauteur des naufragés, il braqua un pistolet qui n’avait rien d’antique au-dessus de leur tête :

Quelle était votre fonction à bord ? Allez, je compte jusqu’à trois. Un…

Dans un espagnol des plus 1492, on lui répondit pêle-mêle :

Médecin, je suis médecin…

L’autre, un colosse balafré en tricot rayé beugla dans un micro d’épaule :

J’ai pêché un toubib et un charpentier indemnes. J’en fais quoi ?

Nell sentit ses dernières minutes passer sur elle. Bon, au pis des cas, Emilia et Kit interviendraient. N’empêche que ça ficherait beaucoup de choses en l’air...
Faisant une courte prière mentale à Dieu, elle souffla à Dave :

J’aurais aimé mieux te connaître. Dommage que…

Mais déjà des mains puissantes les hissaient à bord. On jeta une couverture aux rescapés puis le bateau poursuivit son inspection des parages. Sur la dizaine de naufragés abordés, seul un autre qu’eux deux en réchappa. Jugés inutiles ou trop amochés, une balle en pleine tête acheva les autres sans aucune pitié. Même en en ayant vu de bizarres, de macabres, Nell fut écœurée au point que son petit-déjeuner repassa à la vitesse de l’éclair. Le gros dur qui les avait repêchés en rit à gorge déployée :

Un toubib sensible ? Mon gars, t’a intérêt à t’endurcir ou tu ne feras de vieux os ici.

Sous la couverture, un petit doigt saisit le sien à l’insu de tous. Un pâle sourire, une légère pression, Nell se sentit soudain plus forte.
Après un virage ultra rapide, la navette accosta pour débarquer ses « passagers » que l’on accueillit d’une tape dans le dos pas du tout amicale mais qui signifiait : avancez.
On beugla :

Qui est le toubib ?

Dans son rôle, Nell/Henao avança sa barbiche :

C’est moi, et je voudrais de suite réclamer…

Une baffe à vous tourner la tête à 90° lui éclata la lèvre :

Ferme-la! T’as de la chance que notre toubib soit cané. Tu le remplaces. Parque cette chiourme. Les forts d'un côté, les faibles d’un autre. Triche pas ! J’te surveille.

Une main massant sa lèvre tuméfiée, Nell regarda tristement le « bétail » à disposition en se comparant à un chevilleur. Qui irait à l’abattoir ? Avec l’autre dans son dos surveillant ses mouvements, impossible de faire du favoritisme. La mort dans l’âme elle commença un tri. Par veine, un plus gradé intervint au bout de quelques minutes :

Tous au campement ! Ils sont trop claqués ou sous le choc pour être sélectionnés correctement. C’est toi Beagle qui a frappé le toubib ?


À peine l’autre eut-il affirmé qu’il s’en prit une.

On le touche pas ! D’ici qu’on en trouve un autre faut le maintenir en forme.

Ouf, au moins une nuit de repos assurée. Tous les autres furent acheminés vers une sorte d’enclos. Dans la mêlée, amère, Nell distingua la haute silhouette de Dave s’éloigner. Quant à elle, on la mena dans un cagibi qui avait le mérite d’avoir un toit et une paillasse de palme en couchage. Elle n’y resta pas longtemps seule. Bientôt, un jeune homme tremblant comme une feuille lui apporta une gourde d’eau fraîche et un brouet de poissons mêlé de haricots. Assise sur le sable, elle le retint par le poignet alors qu’il déposait sa pitance :

L’Amiral Colomb ? L’état-major ? Tu les as vus ?


L’autre secoua la tête avant de détaler comme s’il avait le diable aux trousses.
Une courte nuit de réflexions obligées s’écoula. Par chance, on ne l’avait pas fouillée. Un parfait attirail très léger se dissimulait dans les talonnettes de ses chaussures. Là, outre les pilules de métamorphose se nichait une puce de localisation et des outils miniaturisés. N’en ayant pas d’utilité pour l’instant, Nell préféra avaler son « plat » et rêvasser. Où était Dave, dans quelles conditions était-il ? Et les deux autres ? Connaissant Emilia… Elle au moins – à condition qu’elle y pense – pourrait se servir du répulsif à bestioles des soutes des sauteurs. Nell, elle, subit la ronde des moustiques nocturnes. Bah ! Puisque les patrouilleurs étaient vaccinés contre tout autant laisser des traces comme tout un chacun par un épiderme piqué de partout.

Il n’était pas fringant du tout le senior Henao de la Mena quand on vint le déloger de son galetas. Un petit quignon dur, une coupe d’eau serait sa ration de la journée, probablement. Les ordres de la veille étaient inchangés : Nell devait trier.

*Mon Dieu, c’est pire qu’hier !*

La nuit n’avait pas arrangé l’état physique de la plupart, loin de là. Ravagés de vermines et insectes, la clique restante, moins de la moitié des 90 hommes du départ, ne payait pas de mine. La haute silhouette du charpentier de la Santa Maria se repéra aisément tandis que des gardes les alignaient pour défiler devant le médecin attitré. Avec son gardien dans le dos, Nell exécuta son rôle avec des larmes au bord des cils. Seule la foi en la réussite de la mission prévue lui donna le courage de poursuivre l’élimination systématique des faibles.
Dave approchait. Au moins avec lui pas de passe-droit. Il était bien en santé ; pas trop reluisant, mais en bonne forme. Sans hésiter, elle le pointa comme « bon » pour le service. Ce qu’il advint des autres… balle ou rayon mortels furent leur lot.

L’infâme sélection s’achevant, on permit à Henao de se joindre à la quinzaine des élus qui, en majorité, la félicita de son choix. Certains, pourtant, l’insultèrent. Voir éliminer un ami voire un frère ne favorisait pas la sympathie. Essuyant crachats et insultes, Nell/Henao se fit de marbre en tentant de maîtriser ses tremblements. Elle perçut un mouvement vers sa défense mais, d’un regard douloureux, elle dissuada le charpentier d’intervenir.
Le bateau où ils montèrent effraya bien des matelots. Jamais de leur vie ils n’avaient vu pareille embarcation. Des coups de gourdins forcèrent les plus récalcitrants à franchir la courte passerelle.
Jouant le jeu des effarés matés, Nell et Dave suivirent le mouvement.
La vitesse atteinte par le hors-bord manqua d’en éjecter plus d’un à la mer. Néanmoins, en s’accrochant, certains se prirent à sourire devant la grisante nouveauté.
Nell se savait plus aguerrie que Dave en télépathie. Marcherait, marcherait pas ? Sans essayer…

*Dave, tu me reçois ? Fais comme si rien.*
envoya-t-elle mentalement.

La réponse faillit la faire trépigner de joie. Se contenant, elle entama un dialogue muet :

*Tu vas bien… moi ? Ben, je fais avec…Ce déplacement, tu en penses quoi ?...*

Il pensait la même chose qu’elle : on les dirigeait vers un plus gros transporteur, sans doute doté du saut, sinon temporel, au moins de celui de la distance.

Jim Davies exultait depuis la dunette de son vaisseau d’où il avait pu admirer le carnage prévu de longue date. Le plan B fonctionnait à merveille ! Sur la ligne nouvellement créée par l’éradication de l’expédition de Colomb, personne ne le contrarierait. D’une discrétion extrême durant des années, il avait volé, triché, manipulé hommes, matériels et données. L’estocade décisive étant portée, il allait récolter les fruits de ses efforts ignorés par tous, sauf – bien sûr – ses complices. Ces gens, ils les avaient recrutés à travers les âges, choisissant principalement les rebelles sans état d’âme. La technologie étalée, la promesse de richesses à venir, avaient convaincu des racailles de la pire espèce à rallier ses vues. Pour tous, il était un dieu et, foi de Davies, il le resterait. (Là, idée à adopter ou pas)
Son très hétéroclite état-major comportait néanmoins plusieurs têtes pensantes. Autant s’entourer des personnes intelligentes mais pas trop au top de leur forme quand même car pas question d’être détrôné. Grâce à des sauts incognito, il avait pu récupérer des figures ayant marqué l’Histoire.


De nouveaux esclaves allaient arriver sur son premier royaume sacralisé : Tulum. Pourquoi bâtir sa première capitale en ce lieu ? Les raisons en étaient à la fois stratégiques et symboliques. De cet endroit privilégié, il pouvait vérifier, accepter ou interdire bien des passages grâce à une fortification d’exception. De plus, les habitants eux-mêmes n’avaient-ils pas baptisé la cité comme un « demain », une future renaissance ? … Que demander de mieux ?
Le besoin en hommes était constant, en femmes aussi mais les indigènes épargnées faisaient l’affaire. Des incidents, des rixes inévitables avaient eu lieu les privant momentanément d’effectifs de valeur pour construire un empire digne de ce nom… digne de lui, quoi ! Le pire était qu’un souci majeur s’était produit avec la source d’alimentation des sauteurs créant des retards. Certains techniciens du 23 è siècle y travaillaient mais, en attendant, faudrait faire avec la gent locale.
La cargaison de chair fraîche débarqua enfin.

*Que des minables…*


Une quinzaine ? Bah, mieux que rien. Soit ses hommes avaient dû exécuter beaucoup de rescapés, ou le nouveau médecin avait pris son pied en récusant les blessés. Quoiqu’il en soit, il le saurait.
Pour l’heure, il devait établir sa magnificence auprès du bétail.

Dave et Nell, aussi paumés que les autres, furent groupés sur un ponton fraîchement aménagé. De cette position, ils auraient pu – à condition d’en avoir envie – englober une vue magnifique sur des édifices de pur style maya. Hélas, la contrainte était telle qu’ils devaient impérativement afficher profil bas. Aussi, comme la majorité, ils fixèrent la pointe de leurs chaussures en attente de directives.
Lorsque des talons claquèrent, et qu’un notable raidissement des gardes se manifesta, ils devinèrent l’approche du personnage honni.
Jim Davies en personne daignait reluquer ses recrues ? Une idée folle germa dans la tête de Nell qui se rappela à temps qu’elle devait se murer autant que possible mais pas trop non plus sous peine de se trahir.
Elle focalisa ses pensées essentiellement sur les horreurs entrevues, sur sa peur.

*Pourvu que Dave en fasse autant* songea-t-elle au plus bas niveau de son esprit.

L’examen des « candidats » se déroula en silence. Davies ne devait se tenir à peine à trois mètres de la chiourme. Le désir de le voir réduit en bouillie comme il n’avait pas hésité à le faire à tant de malheureux faillit la submerger.

*NON !* s’imposa-t-elle pour taire ce sentiment.

Aïe ! Avait-elle pensé trop fort ? Une voix impérieuse rugit :

NON ? Comment ça non ? C’est toi qui as osé, n’est-ce pas ? AVOUE !


Yeux baissés, Nell crut sa dernière heure venue sauf qu’elle ne fut pas longue à comprendre que Davies visait quelqu’un d’autre, et que ce quelqu’un n’était rien de moins que…

Diego Alvares… Charpentier…, siffla perfidement Davies. Inutile de nier, je sais, je sais tout, toujours ! Mettez cet homme au pilori en exemple !

Le pilori en question se situait en mer… Bref, il voulait offrir Dave en pâture aux requins.

Que faire ? Pareille situation dépassait le manuel d’instruction.

Ratatinée, en posture de soumission totale, n’offrant qu’un sincère désarroi en aliment à la fouille de sa tête, elle tenta :

Messire, c’est homme est précieux, un très bon charpentier capable de construire ce que vous voudrez. On travaillera dur pour vous agréer, mais…


Qui donc murmure ? Toi, toubib ?

Nell ressentit douloureusement la pression de la télépathie forcée. Elle bidouilla suffisamment ses pensées pour que son tortionnaire s’y perde.

Ouais ! Tu n’as peut-être pas tout à fait tort. Cependant, cet homme a osé s’ériger contre MA volonté. Il doit donc être puni en conséquence. Il est charpentier ? Qu’il bâtisse sa croix. Il y restera exposé jusqu’à… ce que J’EN décide. Quant à toi, tu te crois peut-être intouchable par ta fonction ? Tu te trompes. Ton régime sera très… spécial. Emmenez-le au fort. Les autres, conduisez-les aux pistes.

Histoire de savoir ce qu’escomptait faire d’elle ce despote, Nell le sonda du plus discrètement possible. N’ayant aucun ennemi susceptible d’user de telle pratique, Davies fut un livre ouvert.
Les 2 secondes nécessaires suffirent à Nell pour connaître sa destination : un Hypnos !
Pas de bol… pour Davies et ses acolytes. Les quatre aventuriers avaient été entraînés pour contrer ces intrusions. Quels que soient les ordres, ils ne s’imposeraient pas à leur volonté. Ils seraient entendus, sans plus.
Après 1 heure de traitement, Nell avait quand même retenu des trucs utiles, à savoir des rudiments de soins « modernes ». Fraîche de cet enseignement dans lequel la soumission absolue prévalait, elle fut obligée de s’occuper de la santé des troupes.
Dans ses plans démoniaques, Davies avait pu prévoir beaucoup, mais pas tout. La plupart des recrutés ne venaient pas de siècles évolués. Aussi, paludisme, entérite, et autre gaietés affaiblissaient ses hommes de main. Son médecin initial – à la pointe celui-là – étant irremplaçable vu la panne des sauteurs, fallait faire avec le local : Henao De la Mena.
Docile en apparence, Nell accompagna son guide à la réserve de médicaments.

Prends tout ce qu’il faut, ordonna Edy. Plusieurs de nos gens se vident de partout. Fais que ça cesse.

Une question se posa à la jeune femme : jusqu’où les connaissances de son guide allaient-elles ? Si elle prélevait des somnifères, s’en rendrait-il compte ?
Elle piqua généreusement dans les armoires sans que ledit Edy n’y voie malice.
Pour gagner l’infirmerie, Nell dut passer par la cour intérieure. Là, son sang se figea face à l’affreux spectacle dominant le site. Quasi nu, Diego Alvares subissait sa croix. Ligoté par les poignets, pieds sans supports, vu la chaleur il ne tiendrait pas ainsi des heures. Sauf que… Assez éberluée, mais le dissimulant vite en réprimant un sourire, Nell comprit. De façon insoupçonnable par un œil non averti, les talons de Dave reposaient sur du solide. Sûrement que le duo Kit-Emilia y était pour quelque chose. N’empêche que…
D’une bourrade dans le dos, elle dut s’arracher à sa peine, et poursuivre sa route.
Le local où se prodiguaient les soins se situait au rez-de-chaussée de la forteresse. Une dizaine de cas en souffrance l’y attendaient. Un bref examen de ces gens en douleurs, Henao annonça :

Dysenterie !

Sauve mon pote Ulrik, le deuxième à droite.

Tous recevront les soins mais je commence par lui, si tu veux.

Sa panoplie, dotée de moyens ultra-modernes, joua efficacement. À tour de bras, elle distribua les médications appropriées, soulageant quasi immédiatement les crampes des malades.

Tu n’as plus de souci à te faire pour ton pote. Deux jours de diète et d’eaux bouillies, tous iront mieux. Il y a quelques cas de malaria. On devrait vacciner l’ensemble de la population. Nous sommes combien ?

Pleinement rassuré, Edy était mûr à tout déballer.

Ici, 80 je crois, sans compter les femmes.


Les femmes ? Vous en avez ?


Bah ! Des salopes d’indigènes. Certaines se sont taillées, elles peuvent crever

Non ! Elles peuvent vous refiler des miasmes. Je devrais les examiner et traiter au besoin. Mais des transformations sont nécessaires à cette habitation. Ces lieux sont mal aérés, ce qui favorise la pullulation des germes.

Des germes ? C’est quoi ?


Vous êtes né quand, où, Eddy ?


J’sais pas au juste. Il faisait bien plus froid qu’ici et j’ai jamais vu pareils engins. Bon, tu veux des travaux ? Qui va les diriger.


Sur mon bateau, il y avait un entrepreneur, un bâtisseur, si tu préfères. L’ennui est qu’il est dans la cour, sur une croix…

Pas de bol pour lui…

Pour nous tu veux dire. J’aimerais m’entretenir avec le boss. Au fait, on l’appelle comment ?


Impero ! Faut faire gaffe avec lui, il n’est pas commode. Pour ton copain, c’est lui qui décidera. T’en mêle pas.

On a besoin de Diego. Je l’ai dit à Impéro : ce gars peut tout construire ! Et…

Un boucan de fin du monde retentit. Les murs s’ébranlèrent, des pierres churent. De justesse, Nell évita à Edy de recevoir un pavé sur la tronche alors qu’elle-même goûtait la poussière.

La… La poudrière. Elle a sauté ! souffla son gardien en s’époussetant. J’y vais. Toi, reste ici. Veille à leur santé.

Dans ce coin, les dégâts n’étaient pas trop graves. Il y avait quelques blessés légers mais, bientôt, on en amena de plus sérieux.

Incrédule quoique ravie, dans les « infirmiers » elle reconnut… Dave…
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Dave Clayton
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MessageSujet: Re: Plan B ou comment recomposer le monde   Mar 13 Juin - 22:17

Imagination débridée et haute technologie, deux ingrédients essentiels à la conception d'un plan extraordinaire qui, dans d'autres circonstances aurait pu donner lieu à un fameux roman, sauf que là il ne s'agissait nullement d'une fiction mais d'une, jusque là, inimaginable réalité.

On dit bien qu'à grands maux, grands remèdes. Et c'était bien le cas de cette situation sans précédent. Les enjeux étaient d'envergure, d'énorme envergure. En fait cela dépassait de beaucoup tout ce qu'on aurait pu imaginer.
Le temps n'est pas un fait, mais une notion. Il n'existe pas de mesure du temps de la même manière qu'il existe une mesure de la charge électrique. Pour la science, le temps est une mesure de l'évolution des phénomènes. Selon la théorie de la relativité, le temps est relatif et l'espace et le temps sont intimement liés.

*Mine de rien on est relativement fichus!*


Et encore, c'était peu dire. Mais soit, pour rester dans le contexte, on avait relativisé. Enfin, Lescot et son équipe de super cerveaux avaient relativisé la question et trouvé en un laps, encore relativement, court, une solution qui ne fut pas pour enchanter tout le monde. Loin de là!

Pour résumer gentiment, sans se perdre dans des méandres scientifiques et compliqués, demain se transforma en avant hier et les filles devinrent des garçons. Bien entendu pour en arriver là, on avait eu droit à une performante, très performante, reprogrammation. Rien d'horriblement compliqué pour qui dominait à la perfection ce genre d'action. Pour ceux qui devaient s'y soumettre, il en allait autrement. En effet, c'est plutôt fatigant, pour ne pas dire éreintant d'assumer, en un laps de temps ridiculement court, une nouvelle personnalité et tout ce qui va avec: une nouvelle langue, us et coutumes d'une époque révolue, etc...

*On est tous tombés sur la tête!*

L'imagination et Dave avaient toujours fait bon ménage. Il lui devait gloire et fortune et était habitué à la manier, avec grand art. Mais, bien entendu, une chose est d'écrire et tout autre de vivre...et là...

Diego Alvarez. Pas un nouveau personnage de roman mais lui. Un autre lui. Charpentier de son état misant le tout pour le tout pour améliorer un quotidien pas trop fameux, ce qui était une raison plus que valable en l'an de grâce de 1492 pour se lancer dans une aventure incertaine. Il n'était pas le seul mais juste un de plus.

Il devait quand même admettre avoir été plutôt gâté avec le "changement", surtout si on comparait avec ce qui était advenu à ses compagnons d'aventure. Diego était, compte tenu des normes de l'époque, un bonhomme assez imposant. Par contre, Brown avait vu sa tignasse sacrifiée en détriment d'une coupe de moine tonsuré et devait porter une bure informe. Les filles avaient été très mal loties, les pauvres. Dave souffrait de voir sa Nell chérie transformée en ce bonhomme à barbichette qu'était Henao de Mena, toubib de service, mais sans doute celle qui devait le plus maudire sa chance était Emilia, passée d'exemple de beauté à petit, grassouillet et court de pattes cuistot à bord.

Protester ne servant de rien, il fallait prendre le mal en patience et faire de son mieux. Ce qui n'était pas du plus évident. En 1492, tout allait, décidément, autrement qu'en 2017!

Peu importe le siècle, tout n'est que question de simple routine. La sienne, de routine, n'avait rien de bien joyeux. C’était plutôt du genre efforcé...très, en fait. Être charpentier à bord d'une caravelle n'était pas la plus mince des affaires. Dieu merci l'Hypnos l'ayant instruit dans tous les cas de figure possibles, Diego Alvarez pouvait sortir son épingle du jeu sans problème mais le boulot n'était pas de tout repos et le soir venu, après veines et déveines, il ne songeait qu'à se reposer, ce qui, comme tout autre chose à bord, était aussi relatif!
Mais avant de songer à dormir, il y avait ces petites réunions discrètes avec les membres de l'équipe. On débattait, pensait à haute voix, pas trop quand même, chacun avait son avis, sa petite idée, ses espoirs et bien sûr, ses plaintes et complaintes. Emilia/Borja l'emportait, que nul n'en doute. Dave, lui, parlait peu, écoutait pas mal, cherchant à ne pas faire de foin mais parfois tout n'allait pas comme voulu.

Quand on en aura fini ici, tu me laisseras regarder ça !

*Hein? Quoi?*

D'instinct il avait fourré sa main blessée sous sa chemise mais c'était trop tard, le toubib/Nell n'avait pas raté la case.

C'est rien!, avait-il grommelé.

Peine perdue, avec ou sans barbichette la miss arrivait toujours à ses fins. Ça le prit de court, ne s'attendant pas du tout à ce qu'elle s'occupe de lui de la sorte. Un frisson le parcourut. Oui, cela lui faisait follement plaisir mais il s’efforça de ne pas le démontrer, inutile de se faire des fausses illusions, le plus sûr étant qu'elle n'agissait qu'en toubib consciencieux...enfin, un peu trop consciencieux, admit Dave quand elle le retint par un pan de chemise.

Tu me hais à ce point ou tu as peur d’être charcuté ?

Il l'octroya de son plus limpide regard.

Je ne vois pas ce que vous voulez dire, capi...

Cesse avec ce vouvoiement, idiot ici !

Nouveau frisson. Rêvait-il ou elle tentait une approche?

Non, je ne te hais pas du tout, si tu veux le savoir!, murmura t'il en tendant sa main abîmée.

Elle s'acquitta des soins avec dextérité, sans le regarder mais n'en resta pas là.

Toni m’a raconté nos… démêlés. Je suis désolée si je t’ai fait du mal, je ne me rappelle plus…

C’était comme si on lui avait assené un coup au creux de l'estomac. Jamais auparavant, elle n'aurait abordé le sujet. Ces mots équivalaient à un énorme aveu. Dave dut faire un effort pour maîtriser l'émoi qui l'investissait. Il s'y prit comme un pied, mais qui sait bien réagir quand on le surprend de la sorte?

Euh...oublie ça *Elle l'a déjà fait, imbécile!*...c'est de l'histoire ancienne!

Ouais… de l’histoire ancienne, tu as raison. Essaie de garder le pansement propre et n’oublie pas ta pilule de métamorphose. Bonne nuit !

Pas de souci!, grogna Dave pour faire bonne mesure en la voyant s'éloigner, un vilain pincement lui serrant le cœur.

Ce n'était ni facile ni évident. On les avait programmés pour devenir des parfaits espagnols du 15ème siècles, rodés aux us et coutumes du temps, parlant des argots incontournables correspondant à leur origines mais au fond, l'essence demeurait, ils étaient toujours eux, avec leurs idées, doutes, rêves, espoirs...ce qui rendait encore plus cruelle l’expérience!

Après l'escale aux Canaries, le voyage se poursuivit tel que décrit dans les annales de l'histoire. Pour ceux qui "savaient", c'était sans surprises, pour les autres un long chapelet d'angoisses, d'incertitudes face à l'inconnu. Des voix bravaches s'élevaient à l'encontre de l'Amiral, le seul à demeurer imperturbable, fort de sa foi et connaissances. C’était sans compter avec le piège des Sargasses. Ce calme plat, sans vent ni vagues finit de saper le moral à bord, de bravache on passa à franchement menaçant.

Et vous allez faire quoi!?, voulut savoir Diego en empoignant sans douceur un de ses camarades de chambrée, mutinerie!?...Parfait...et après, imbécile?...Pour si jamais tu l'as pas remarqué, le seul à connaître le chemin est l'Amiral...

On fera demi tour...on rentrera chez nous!, glapit l'autre auquel se joignirent la plupart.

Ouais, abrutis...parce que vous savez ce qu'il faut faire...non, j'en sais rien non plus, suis charpentier, pas navigateur...On s'en sortira, je vous le dis...

Être le plus grand le sauva sans doute d'être vilainement rossé mais en fait Dave dut son salut au soudain souffle de vent qui gonfla les voiles et fit bouger le navire. Du coup on oublia les idées séditieuses et chacun alla prendre sa place. Il savait que ce n'était qu'un bref répit, la fin du voyage ne tardait pas...et pour leur malheur, à tous, elle ne serait pas celle répertoriée...

L'apocalypse se déclencha sans préavis. Cynisme du destin, en guise de consolation la plupart entrevirent la terre promise avant d'être pulvérisés par des rayons meurtriers.

Diego!

Il leva la tête et l’aperçut, à quelques mètres à peine, l'air terrifié et malgré l'atrocité du moment, Dave fut le plus heureux des hommes. Il rejoignit le toubib en deux bonds, écartant sans se gêner tous ceux qui croisaient son chemin dans cette panique générale.

À la soute!!!, il prit Henao de Mena de la main et l'entraîna à sa suite vers leur salut.

Il ne restait qu'un sauteur, ce qui signifiait que Kit et Emilia avaient pris les devants. Soulagement. En un quart de tour, le leur les transporta loin de l'enfer, se posant après un parcours ridiculement court en terre ferme.

Ça va, tu n’as rien ?

Le temps de reprendre son souffle, Dave se tourna vers son "compagnon" d'infortune pas mieux loti que lui après cette fuite in extremis. Que Nell/Henao se fasse de la bile pour lui avait de quoi lui réchauffer le cœur, mais la situation n'était décidément pas aux atermoiements.

Oui, ça va...tu es bien aussi?...là, on doit retrouver les autres!, certes pas du tout tendre mais il n'avait pas la tête au flirt, surtout que c'était difficile de s'y prendre avec ce pauvre homme à barbichette qui pour l'instant avait plus l'air d'un chat à moitie noyé qu'autre chose.

Ok ! On doit retrouver les autres. Ma cousine et Kit ne peuvent être loin à moins de jouer aux cons, petit ton sec et assez suffisant comme pour mettre les pendules à l'heure.

J'en doute, ils ont pris leur sauteur eux aussi...doivent pas être bien loin!

Ils ne l'étaient pas. Emilia, on pouvait s'y attendre, n'était pas de celles qui se refont en un jour, frôlait la crise par contre Kit semblait prendre la chose avec assez de savoir faire, enfin, façon de dire, tous étaient choqués par ce qui venait de se passer...et se passait encore. N’empêche que le moment se prêtait très mal aux états d'âme même s'il y avait de quoi l'avoir retournée.

On s’en tient au topo du Commander : on observe tout ! Ensuite seulement, lorsque nous saurons exactement où et quand intervenir, on effacera cette journée d’abominations. Dave, je peux te parler…

Aux ordres, chef! Pas idée de contredire quoi que ce soit, Dave se leva et suivit sa "belle". Un peu plus loin, sur la rive, elle lui fourra les jumelles ultra performantes venues tout droit du 23ème siècle entre les mains et le somma, sans dire un mot, d'observer. Et ce n'était pas beau. En fait c'était épouvantable, abominable, terrible, inhumain...Dave dut faire un effort pour ne pas hurler...et vomir.

Ils les trient!, s'essouffla t'il, les trient et...c'est affreux...l'être humain n’apprendra donc jamais...

Pas le temps de s'étendre sur les misères, à répétition, de l’Humanité.

Cela va te paraître fou mais je crois qu’il n’y a qu’une façon d’opérer!

Il suffit du regard échangé et de son grognement.

Oui, tu as pigé. On doit se mêler aux rescapés. Si on reste à distance, jamais on ne saura… c’est très risqué mais je ne crois pas Davies aussi fou pour se priver de gens capables. Euh… ta main, ça va ?

Tu as tout bon, capitaine, on peut pas faire autrement...de toute façon avec toi...c'est à la vie à la mort, dans toute la largesse du sens que tu voudras donner à ça...allons y!...Et oui, elle va bien, ma main!

Les deux autres râlèrent mais c'était impossible autrement. Après tout, un toubib et un bon charpentier, ce ne se fait pas cracher dessus, enfin, c'est du moins ce qu'ils espéraient et puis, mine de rien ils n'avaient pas meilleur choix!

Il y pensait encore deux jours plus tard ou peut être trois? Quand on est attaché à une croix de bois, en plein soleil, à la merci de la folie d'un mec qui ne mérite rien d'autre que se faire descendre, la clarté d'esprit s'en va un peu en goguette. Comment était il arrivé là? Du simple comme bonjour! Il avait tout juste pensé, en oubliant que le plouc, le grand plouc de service alias James Davies était un professionnel exercé  en télépathie. Soit, il avait gaffé et était condamné à se roussir au soleil des tropiques, qui n'était pas moindres, mais au moins son "toubib" était à sauf...Il y a des instants, qui même très brefs, donnent assez de courage pour tenir tout du long...Oui, c'est comme ça...il avait suffi d'un minime échange, deux petits doigts qui se frôlent sous une couverture et tout allait bien...enfin, presque...

*Elle tient encore un peu à moi!*

Pour ça, crever de soif et de chaud n'était qu'une étape...
Davies avait tout prévu. Le bonhomme avait eu largement le temps pour le  peaufiner, son fameux plan. De sa croix, Dave avait une vue imprenable sur les alentours, certes ce n'était pas une position des plus enviables, en fait il souffrait affreusement. On l'avait attaché, Dieu merci pas cloué, à  cette fichue croix qu'il avait du lui même faire. Vive la physique, le poids de son propre corps faisait le reste. Il ne pourrait tenir même pas trois jours avant de crever avec beaucoup de peine et peu de gloire. Sauf que...

Vous êtes dingues...fichez le camp...

Se fichant de tout, un moine et un cuistot grassouillet s'affairaient, en toute vitesse, à ficher une cale sous ses pieds. Sourire, pouce levé. Ils disparurent dans la nuit et lui connut un bref répit.

Et puis, ô moment de sublime gloire, pas que ça ait été énorme mais on salue toujours un bon début...la poudrière sauta. Et pas que la poudrière...

Dans le tohu-bohu qui s'en suivit, le Grand Maître à bord, à savoir James Davies, ressentit, sans doute, le besoin, impératif, d'avoir sous la main, tout être susceptible de lui être utile, or, le seul charpentier en dix, cent ou mille lieues à la ronde pendait d'une croix.

Hop là, vite fait...qu'on le descende de là..

Amen,  Alléluia!

Henao de Mena/Nell s'occupait des blessés. Pas de morts à déplorer mais on avait un beau chambard. En Haut Lieu, on était loin d'être ravi.

Oui, la poudrière est une grande perte...mais pire encore est le pylône d'énergie...il a été très endommagé par l'explosion!, commentaient-on par là.

Belle nouvelle à rapporter, même s'il tenait mal sur ses jambes.

Vais bien...ils sont là...ce sont eux, les petits quoi...fameux ta cousine et son ébouriffé...pas d'énergie...tu vois le reste...

Le reste, c'était énergie réduite. À peine assez pour illuminer, discrètement, le palais du "Maître", qui pour alors était très près de perdre la tête.

La première chose qu'il a faite a été de courir chez lui, souffla Dave en déposant une civière avec un blessé près du toubib qui se démenait au mieux, ce qui signifie qu'il y cache quelque chose de très important...Euh, je tiens ça d'un brave type qui en connaît un autre qui connaît une des servantes de Davies...Oui, il en a...il a éliminé presque tous les hommes mais conservé les filles...tu vois le genre!

Et comment qu'elle le voyait! Il fallait encore savoir ce que Davies pouvait dissimuler dans ses appartements et bien sûr y parvenir ne serait pas une mince affaire, compte tenu de l'appareil de sécurité dont s'entourait le despote en service.

On passa la nuit à se démener entre blessés et décombres, craignant à tout moment des représailles qui ne sauraient tarder. Un individu comme  Davies n'était pas ceux qui laisseraient impuni pareil affront.
Cela arriva au matin. Ce fut un tri rapide, impitoyable. 10 hommes, choisis au hasard, furent exécutés sans procès. Des innocents, mais bien entendu les seuls à connaître les coupables du méfait étaient le toubib et le charpentier. Le premier s'occupant des malades et le second ayant été suspendu à sa  croix lors de l’événement, personne ne songea à les impliquer.

Ils sont sans doute dans la jungle...On ne va pas les chercher de sitôt...Davies n'a pas les moyens, en ce moment, pour organiser une battue de cette envergure, confia Dave en un instant de répit, ça le prend au dépourvu, cette résistance...pas prévue dans son plan, sois en sûre...Tu  tiens?...On te traite bien?...Non, ça va...On va s'en sortir...Là, j'y vais, pas question d'attirer l'attention!

Le quotidien n’améliora pas, que du contraire. Davies ne semblait pas être le seul à être pris de paranoïa, ses sbires multipliaient les châtiments pour des vétilles, privant les prisonniers d'eau et nourriture, exigeant le double de rendement. Tout genre de contestation était, bien entendu, puni brutalement.

Vous voulez qu'on crève tous? Qui le fera, le boulot? VOUS!?, hurla le charpentier en voyant un garde frapper sauvagement un pauvre homme exténué.

Tu oses, vermine...tu oses me défier?, glapit le garde en brandissant son fouet, vais t'apprendre, moi!


Figure toi que oui!!!, il ignora les autres lui priant de ne pas se montrer si suicidaire, regarde autour de toi...combien d'entre nous sommes encore en vie, capables de travailler?...Il sera sans doute ravi, ton Maître, quand il devra faire lui même le travail!!!

Mine de rien, cela ressemblait à un début de rébellion et le plus normal aurait été que ce siphonné de charpentier soit abattu sur le champ pour éviter plus de dégâts mais c'était sans doute son jour de chance. Le Chef Suprême en personne faisant sa ronde reconnaissance n'avait perdu miette de la scène et même si imbu de d'intouchable majesté, restait capable d'un certain discernement. Or le charpentier n'avait pas tort. Les bons effectifs manquaient, avec la destruction du pylône d'énergie, impossible d'attendre des nouvelles recrues du futur, ni de nulle part ailleurs.

Ne la frappe pas, Sloan...Toi, l'espagnol...où veux tu en venir?

Dave se tourna vers lui, soudain humble, en apparence, les yeux baissés et essayant de toutes ses forces de taire son esprit survolté.

Je ne suis qu'un charpentier, dit il à voix basse, je fais mon travail comme demandé, tout comme les autres mais sans eau ni nourriture, traités comme nous le sommes nous mourrons très vite...or, il me semble, Sire...que quelqu'un doit rester en vie pour le faire, le travail!

La Grandeur en service sembla soupeser la justesse de cet humble plaidoyer. Un silence de mort planait dans la cour, où tous, ou presque, avaient plié l'échine.

C'est bon, lâcha Davies, impérial, qu'on les abreuve et les nourrisse correctement, ils auront droit à une pause d'une heure...*Ce type est dangereux, s’il continue avec ses harangues...j'aurai une révolution sur les bras...dès que tout ira bien, c'en est fait de lui!*

On doit aussi se reposer!, ajouta l’impertinent personnage sans pour autant oser le regarder, même les bestiaux y ont droit!

James Davies, le nouveau Maître des Amériques eut bien envie de le frapper mais se retint à temps en devinant que cela suffirait pour déclencher une réaction déplorable.

*Je déteste les plans avec des failles...pourtant tout était si...peu importe, on viendra à bout de ce contretemps!*...Quatre heures de repos chaque nuit, annonça t'il en se disant que c'était amplement suffisant pour cette racaille.

Et de passer de large dans un ample envol de sa légère cape écarlate.

Quelque part, non loin de là, observant sans être vus, trois indigènes ayant échappé à l'extermination de leur tribu, avaient suivi la si édifiante scène et échangé un regard d'intelligence avant de faire demi tour et se perdre, comme des ombres silencieuses utilisant des détours par eux seuls connus pour aller rejoindre leurs nouveaux, et uniques alliés, tombés du ciel comme des Dieux.

Tulum! Dave avait visité les lieux lors de vacances fort amusantes avec un groupe de joyeux amis et de quelques beautés peu réticentes. Cela remontait aux temps premiers de sa célébrité ce qui pouvait expliquer quelques excentricités  ce qui  ne l’avait empêché d'admirer ce site privilégié. Tant de beauté, grandiose et splendide ayant survécu aux siècles et aux intempéries, peu clémentes sous ces cieux, donnait de quoi rêver. Ces fresques défraîchis immortalisaient une époque épique et sanguinaire, les mayas n'étant décidément pas de enfants de chœur. Il n'aurait jamais imaginé revoir ce site somptueux tel qu'il était avant la Grande Conquête, celle qui sans rémission avait annihilé une civilisation extraordinaire.

*Ils n'étaient pas destinés à survivre, c'est un fait mais suis sûr qu'ils n'avaient pas prévu une fin si peu glorieuse!*

Ses réunions avec le toubib se devaient au hasard des circonstances. Aucun besoin d'attirer l'attention sur ce qui pouvait être vu comme une relation improbable. Ils regrettaient d'avoir dû abandonner tout leur attirail du 23ème siècle dans le sauteur récupéré, le plus sûr par Kit et Emilia, plus libres dans leurs mouvements puisque tenus pour morts, mais certains faits, à peine des détails moindres, à part l'intervention type commando de ceux qu'on croyait moine et cuistot, les rassuraient sur leur surveillance constante et leur décision d'intervenir.

On est pas seuls...Davies le croit mais se trompe...Kit et ta cousine non plus...on les aide...tu vas voir, toubib, on va s'en tirer...*et tu pourras oublier ta barbiche!*

Un demi sourire, un clin d’œil, que demander d'autre? La bonne vieille complicité était de retour, cette entente parfaite faite de demi-mots. Peu importaient les misères endurées, Dave entrevoyait, enfin, une lumière d'espoir au fond de son tunnel d'amertume.

Deux nuits plus tard, lors d'un orage de fin de monde, la foudre, du moins c'est ce qu'on pensa, tomba sur le petit pylône d'énergie alimentant le Palais, désormais plongé dans des ténèbres peu rassurantes.
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Kit Brown
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MessageSujet: Re: Plan B ou comment recomposer le monde   Sam 17 Juin - 15:41

Davies, ce fils de p**** !
Des cauchemars, Kit Brown en avait fait souvent mais de pareils jamais. Certes, se retrouver isolé sur une île déserte en compagnie d’une ravissante créature aurait pu sembler idyllique si la créature en question n’avait pas été une emmerdeuse pas possible, et qu’il ne vienne tout bonnement pas d’assister à la fin d’un monde. Deux bonnes raisons donc de râler.
Dave et Nell, jouant le duo solidaire, les avaient plantés-là avec l’observation en unique mission.  Pas que Kit veuille leur disputer les lauriers des héros mais quand même ! Le laisser avec Emilia valait aussi sa palme, non ? La Miss, déjà imbuvable de longue date, n’arrêta pas de l’enquiquiner durant leur installation. Qu’elle puisse se sentir encore plus désorientée que lui ne l’effleura même pas. Son instinct de survie guida chacun des gestes suivant l’abandon du duo.

*Bougre d’imbécile, n’écoute pas les jérémiades de cette poupée. Réfléchis ! Remue-toi !*

Ses sens affûtés depuis des lustres entrèrent en action.
Sourd aux plaintes de sa compagne obligée, il ramassa ce que le rivage leur ramenait du naufrage. De l’eau douce, il y en avait dans ce coin vu la végétation environnante. De l’eau-de-vie, par contre point hormis celle des tonnelets à la dérive. Bon remontant, désinfectant, somnifère et combustible, Kit jugea utile de soustraire de l’alcool aux flots. Évidemment, Emilia critiqua ses choix :    

… Te rappelle qu'on est en mission, pas en vacances !  

Tu veux bouffer ? Pas les épaves qui manquent, sers-toi ! *Et boucle-la !*

Sans remords, il la laissa vaquer à ce qu’elle voulait. Son flair, lui, ne le trompa pas. Vu la disposition des lieux, il sut à coup sûr qu’une grotte se profilait dans l’épaisse végétation.
Pas immense, sans risque de mauvaises surprises, cette cavité naturelle offrait bien des possibilités. Restait à convaincre Miss Clairborne d’y entrer.

*Quelle chichiteuse !*

À quel saint dut-il la patience de ne pas répliquer aux critiques idiotes d’Emilia, il ne le sut pas. Il se demanda juste comment une empotée pareille avait pu obtenir son adhésion à la patrouille.
Le feu sans fumée, elle ignorait ? Les anti-bestioles, aussi ? Tant pis pour elle. Petite vengeance personnelle à l’encontre de cette donzelle, Kit se garda bien de lui narrer les dispositions prises pour leur « confort » grâce aux trousses des soutes des sauteurs. On s’accommoda chacun dans son coin puis, en ayant ras-le-bol des frayeurs nocturnes d’Emilia, il utilisa le vaporisateur de somnifère qui les plongea immédiatement en sommeil.  

Emilia, debout ! Faut se bouger.

Un sourire au réveil n’étant pas au menu, on rassembla ses effets et décabana vite fait. Un filet d’eau douce fut repéré mais pas question d’y faire autre chose que d’emplir ses gourdes. En fait, malgré l’oppression du moment, ses aléas, Kit se sentait parfaitement à l’aise dans ce milieu qui lui en rappelait d’autres. Le remarquant décidé, Emilia se montra ironique :

… T’es pisteur ou quoi ?


Il y a de ça. Mes potes indiens m’ont beaucoup appris…  Une longue histoire qui n’intéresse personne. Vise un peu ce sentier ! Des gens sont passés ici récemment. Allons voir…

Pour voir, ils virent, et ce ne fut pas un spectacle plaisant.  Emilia sembla effarée, inquiète aussi. Oui, en contrebas, un tri s’effectuait près de navettes anachroniques. Dave et Nell – sous leur forme modifiée -  furent repérés dans le lot.  Si Kit avait bien des défauts, il possédait une analyse visuelle thématique très nette. En un clin d’œil, il pigea ce qui se passait. Sans lui demander son avis, il saisit durement le poignet de sa compagne pour l’entraîner au trot vers les sauteurs.
Dès qu’ils furent en selle, il enclencha le traceur.

*ne pas les perdre ! Ne pas les perdre !*

Son angoisse cessa en ralliant le hors-bord déplaçant leurs amis. Synchronisant le sauteur sur les mouvements du transporteur,  Kit ne se fit pas distancer malgré la distorsion d’espace.
Misère, ils étaient à faible distance d’une forteresse antique surplombant une belle plage où des débarcadères avaient été installés. Depuis le sommet, on pouvait englober pas mal d’horizon. Par prudence, Kit utilisa son zoom pour dénicher un observatoire discret car, franchement, suspendus comme ils l’étaient au-dessus des flots, ils étaient aussi visibles qu’un nez au milieu d’un visage.
La manœuvre s’exécuta aussitôt l’endroit idéal pour voir sans être vu fut repéré.
Une fois à terre sur une colline à distance, Kit osa :  

On est où d’après toi ? La géo et moi…  Ah ? Tulum ?

Cela évoqua vaguement quelque chose dans la mémoire du Canadien, sans plus. Emilia, elle, connaissait apparemment les lieux.

*Au moins un truc qu’elle sait…*


En fait, elle semblait sidérée de voir intact ce site devenu célèbre pour ses vestiges archéologiques. Bien évidemment, elle y alla d’un petit cours d’histoire malgré tout assez pointu que, même si intéressant, Kit jugea superflu en la circonstance :

… Ok ! J’ai pigé, grommela-t-il. Chausse tes lunettes et dis-moi plutôt ce que cela t’inspire… une base, ouais, je suis d’accord.

Soudain il se raidit, étouffant à peine un juron :

La vache ! C’est Davies ou je rêve ?  


Tendus l’un autant que l’autre, ils assistèrent au passage en revue des troupes. Que se passait-il là-bas ? Pourquoi Davies s’en prit-il à Dave ? Sa couverture tenait, pourtant ! À ses côtés, Emilia se rongeait les ongles d’angoisse en posant mille questions :  

… j’en sais rien ! Il a dû le sonder et pas aimé ce qu’il a entendu ou… que sais-je ?

Merde ! Ils dénudaient le charpentier pour le fixer à une croix exposée à la vue de tous.

Il veut faire un exemple ! s’énerva Kit, imité par une Emilia folle d’inquiétude. Oui, oui, on va intervenir. Calme-toi. Laisse-moi réfléchir, et cesse de me tirer par le bras.  


Cette bonne femme était vraiment étrange. On l’aurait dite d’un égoïsme pur mais, il semblerait que non. Cela avait déjà frappé Kit lorsque ce « cuistot » s’était quasi effondré avec la disparition de 2 jeunes marins de la Santa Maria. Là, Emilia récidivait avec le futur sort de Dave.
Dans un babil hystérique, elle débita cependant plusieurs idées intéressantes :

… Tu as raison, un appui, c’est ce qu’il faut pour qu’il tienne le coup.


Un plan se dégagea rapidement. Quand on sait jouer avec le temps, rien de plus simple que d’apparaître une fraction de seconde pour s’évaporer ensuite. Le hic majeur était de trouver l’objet adéquat à planquer sous les pieds du crucifié. Si Emilia arrondit les yeux en le voyant arracher puis découper la visière de leur sauteur, tant pis. Deux talonnettes se confectionnèrent. Collées de façon adéquate, elles seraient invisibles à non initié. Ce serait la tâche dévolue à Emilia :

Je conduis, tu colles. Tu en es capable, non ?
douta-t-il un peu.

Puisqu’elle affirmait pouvoir remplir sa mission, on décolla.
Cela roula comme sur du papier à musique. En deux temps trois mouvements, Dave reçut soutien physique et moral avant d’être laissé à son sort rendu – à espérer - moins triste.
Le saut suivant les ramena au point d’observation où les complices obligés furent contraints de s’entraider pour s’aménager un abri décent tout en planifiant un vrai plan d’action. Pas de grotte à disposition, il fallut utiliser huile de coude et outils des soutes. Une hache laser ? Pourquoi pas ? Quelques troncs bien débités furent assemblés rapidement en une espèce de cabanon rendu discret par la végétation dont ils le couvrirent. Étonnamment, Emilia oeuvra en silence. Qu’elle soit muette à ce point finit par inquiéter Kit qui la titilla :

Tu as perdu ta langue ? T’es malade, ou…

En quelque sorte oui, elle était malade d’inquiétude pour leurs amis en si mauvaise posture.  
Le souci principal était qu’ils n’avaient aucune idée de ce qui se tramait à Tulum, et que ça les tourmentait pareillement.

Calme- toi Emilia. On va se reposer un brin, manger, et…


Elle explosa, en lui reprochant son manque d’empathie et plein d’autres trucs tout aussi idiot. Garder son sang-froid en telle circonstance demandait un effort quasi surhumain à un Brown de nature impatiente. Il riposta avec fougue :

Je suis peut-être tout ça et bien pis encore ! Mais je ne me fous pas du tout de ce qui arrive à Dave ou à Nell ! ON A LE TEMPS ! QUAND PIGERAS-TU ÇA ?  Seulement, on ne peut pas foncer tête baissée dans la mêlée tant que nous ignorerons les desseins de Davies ! On va déployer les écoutes, faire de micro bonds entre eux et ici pour en savoir plus. Ce qui n’empêche pas que l’on puisse bouffer un bout en paix ! Je vais nous trouver de quoi béqueter. En attendant, observe !

Là-dessus, il lui tourna le dos pour s’enfoncer dans l’épaisse forêt voisine. La traque, voilà un terrain qu’il connaissait par cœur. Pourtant, énervé comme il l’était par les remarques d’Emilia, il rata sa première proie, une volaille genre pintade. La seconde était moins agile et plus grasse. Un coup de son paralyseur insonore, et il saliva d’avance en imaginant une broche bien garnie.
Tordant le cou de la bestiole et l’étripant proprement, tout à sa tâche – éloignée d’Emilia qui aurait pu s’évanouir du spectacle sanglant – Il ne fut pourtant pas sans remarquer certains bruissements de  fourrés, le craquement de brindilles. Puis, il eut la très nette impression d’être épié. Ami ou ennemi ? Il pencha pour la première option. Si des ennemis veillaient, ils lui seraient déjà tombés dessus.
Il poursuivit donc sa tâche comme si rien, néanmoins prêt à intervenir en cas d’agression. Rien ne se produisant, il releva la tête en regardant les alentours :

Eh, qui que vous soyez, montrez-vous. On ne veut de mal à personne !

N’obtenant aucun écho, il essaya plusieurs des dialectes appris sous Hypnos. Enfin, les branchages s’écartèrent pour livrer passage à… une toute jeune fille. Le teint très basané, des cheveux de jais, les yeux légèrement bridés, elle paraissait mi-inquiète mi-curieuse :  

Toi, pas comme ceux là-bas, baragouina-t-elle avec un coup de menton vers le promontoire de Tulum.  

Non, en effet, sourit Kit.

Pourtant toi avoir oiseau de métal…

Je m’appelle K… Fray Remigio de Solar. J’étais sur un des bateaux coulés par les autres. J’ai trouvé l’oiseau…

C’est pas beau de mentir mais tant que Kit ne saurait pas à qui il avait affaire exactement, il préserverait sa couverture.  

Moi Chaak, celle née jour de pluie. Il y a toi et l’autre homme ?

On n’est que deux ici à avoir réchappé. Tu vis avec qui ? Pas toute seule, hein ?

Comme hésitant à l’ouvrir, Chaak pinça les lèvres d’embarras : Soudain, elle se détendit :

Beaucoup, beaucoup filles ici. Tu veux voir ?


Hum… La question prit de court le canadien qui ne voulut rien faire sans avoir consulté son « copain ».

Va chercher lui. Village, après.

Il courut aussi vite que sa bure déchiquetée le lui permit. Sa volaille à moitié déplumée en main, son arrivée intempestive saisit Emilia qui faillit lui appliquer le paralyseur.

Hey ! C’est moi, tire pas ! Écoute, écoute, débita-t-il fébrilement. Il y a des gens ici, des indigènes, surtout des femmes. L’une d’elle veut nous rencontrer. Qu’a-t-on a perdre ?

La Miss, même sous ses dehors de cuistot fut fidèle à elle-même en opposant toute sorte d’arguments contraires auxquels il répliqua :

On n’est quand même beaucoup plus armés qu’eux, non ? Te bile pas pour Nell et Dave ; je t’ai promis y retourner dès qu’on en saurait plus… mais si, ne t’en déplaise, je tiens toujours mes promesses.

Ils retrouvèrent Chaak là où Kit l’avait quittée. Après un bref sourire à l’adresse de Borja Subios,  d’un geste de la main, elle les invita à la suivre.
La marche fut de courte durée entre troncs et épineux jusqu’à un éclaircissement de la forêt. Là, bien abrité par des rochers se dressaient des huttes de palmes.  Le retour de Chaak accompagnées de visiteurs mâles et blancs déclencha foule de réactions parmi la population composée essentiellement de femmes. Tous âges confondus, elles devaient être une cinquantaine à œuvrer là mais si elles étaient curieuses, elles furent sur leur garde dès qu’elles aperçurent le trio.
Très volubile soudain, Chaak courut palabrer avec une des « anciennes ». Plus ridée qu’une pomme oubliée, les cheveux blanchis, Kit la jugea centenaire. Il n’en était sûrement rien, mais elle était sans doute la dirigeante des lieux.  
Revenant vers le moine et le cuistot avec la « vieille » dans son sillage, Chaak débita :

Grande Muyal accepte parler vous. Elle dit rejoindre case.  

Que faire d’autre que de suivre ?
Les autres habitantes reprirent leur ouvrage comme si rien.  Les unes écaillaient des poissons, d’autres pelaient des fruits. D’autres encore cousaient ou pétrissaient des racines comestibles.
Devant une des huttes, qui se distinguait de ses voisines par la présence de plumes colorées suspendue à l’entrée, la « chef s’assit en tailleur.  

*Wow ! Souple, la vielle !*

Pour ce qu’il savait des peuples primitifs, mieux valait la boucler avant d’être autorisé à l’ouvrir.
L’aïeule prit tout son temps pour jauger ses opposants. De ses petits yeux sombres, elle les toisa comme sondant leurs âmes.
Une profonde oscillation du maigre buste plus tard, enfin sa langue se délia. Très posée, elle dit :  

Bienvenue voyageurs du temps !


S’il n’avait pas déjà été assis, Kit en serait tombé sur les rotules, pour être poli. Sa stupeur mêlée à celle d’Emilia déclencha un rire quasi juvénile de cette bouche semi-édentée :

Oui, je sais beaucoup, je vois beaucoup aussi, au-delà des apparences. L’actuelle ne vous rend pas justice, mademoiselle. Les « autres » sont aussi des voyageurs, pas tous mais plusieurs. J’avais prévenu les miens du danger, et suis parvenue à organiser ce village. Hélas, pas assez vite pour empêcher la capture de nombreux braves. Ce que je n’arrive pas à comprends pas est ce que vous venez faire ici. Justice ?

Bon, puisqu’on posait une question, on pouvait se permettre de répondre. Avant qu’il ait pu en placer une, Miss Clairborne avait quasi tout déballé. Il crut bon de préciser entre deux respirations de sa compagne :

Nous venons effectivement dans le but de renverser le cours pris par votre histoire. Hélas, nous manquons d’informations, et…

De quoi avez-vous besoin au juste ?

De n’importe quoi concernant l’arrivée de ces gens. Le où, et surtout le quand de leur venue nous serait précieux… Milie a raison : un plan du site serait utile aussi.

Vous escomptez donc remonter à la source, en quelque sorte ? Fort bien. Chaak qui vous a menés ici saura. Elle, comme d’autres, s’est évadée environ une lune après l’invasion. Des maris, des frères et quelques sœurs sont encore en captivité ou… vivants.

Nous avons deux amis également prisonniers…  

Alors, ne tardons pas. On vous fera une description aussi précise que possible lors du repas qui ne tardera pas. Désirez-vous vous rafraîchir ?

Le village avait été bien aménagé dans un espace idéal. Le ru qui parcourait le terrain provenait des montagnes. Ce fut avec plaisir que Kit se décrassa même sommairement, juste le temps que la tambouille soit prête. Tiens, Borja avait filé un coup de main aux femmes.

*On aura tout vu !*

Iguane à l’étouffée ? Pourquoi pas ? La cuisson sous terre évitait la fumée, c’était bien vu.

Dans un cercle autour des plats variés, placés de chaque côté de Muyal, ils dégustèrent : elle du bout des doigts, lui à pleine dents. L’impatience gagnait Kit mais, il fallait suivre un certain protocole, donc il se contenta d’absorber ce qu’on servait sans en demander la provenance.
On en était au « dessert » ( des insectes grillés) quand l’auguste fit signe à Chaak. Aussitôt, celle-ci prit un bout de bois et esquissa un dessin en le commentant :

Forteresse vaste. Là, tour principale, ici guets.

Les machines, sais-tu où sont les oiseaux de métal ?

En bas, gardés jour et nuit pour rien.

Pour rien ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Ce n’est pas nécessaire, c’est ça ?

Non. Pour rien car savent plus voler.

Le scoop ! Kit se réjouit franchement, non sans poursuivre :

Davies, enfin le maître ou dieu sait comment vous l’appelez, il niche où ?

Impéro vit là. Chaak  a été. (gêne profonde) Elle battue pour avoir regardé.

Regardé quoi ?

Chaak sait pas. Il y avait signes sur tranches minces. Impéro très fâché.

D’un regard par-dessus les frêles épaules de Muyal, Kit et Emilia s’entendirent. Chaak avait dû mettre la main sur des documents cruciaux ! Ils en parleraient plus tard. D’abord faire vider son sac à la jeune fille.
De par son statut d’esclave « privilégiée » elle avait accédé à beaucoup d’installations ; de quoi plaire aux invités qui, peu à peu eurent une très bonne idée de la situation globale.  
Muyal intervint :

Ces renseignements vous sont utiles, j’espère. Comment comptez-vous les utiliser ?

Encore pris de court, Kit ne sut que dire au contraire du cuistot qui le sidéra :

… Hein ? s’ébahit-il avant de sourire.


Dans le fond, tout faire sauter n’était pas une si mauvaise idée.

Quoique vous décidiez, mon peuple – ou ce qu’il en reste – sera avec vous, déclara solennellement la dirigeante.


Si tout se passe comme voulu, jamais ces choses n’auront eu lieu
, conclut Kit en entraînant Borja à sa suite.  

Il était très gai en rentrant au campement. Il avertit :

Ne regarde pas aux jumelles. On va piquer un tit roupillon et, demain, on saute dans les minutes suivant notre précédente intervention. Tu voulais tout faire sauter ? Tu seras servie !


Par « charité », pour la nuit, Kit eut recours à l’anti-moustique des soutes, ce qui lui valut moult réprimandes d’Emilia. On prit ses pilules de métamorphoses et dodo.  

Tout baigna le lendemain.
Pour foutre la pagaille, ils réussirent pleinement. De micro-bonds, des charges placées stratégiquement, et BOUM ! Si avec cela, Davies ne piquait pas une crise...
Nell étant toubib, Dave charpentier, L’Impéro serait fou de se priver de leurs services en ce cas de trouble. Ce qui primait était de préserver ces deux-là et de récupérer certaines notes.
Bien évidemment, ils firent en sorte que les pannes provoquées passent pour « naturelles » c’est-à-dire plus dues à des sabotages qu’à une intervention de patrouilleurs.  
De loin, ils assistèrent à la grande agitation induite par leurs actes. Comme prévu, Dave fut détaché de sa croix, il allait avoir pas mal de boulot à rebâtit ou consolider les structures détruites.
Tout en observant les conséquences, Kit et Emilia fréquentèrent fréquemment Muyal et Chaak. Ces dernières désiraient vraiment apporter leur aide aux étrangers si bien qu’il fallut accpter l’idée de la « chef » :

Je peux rallier d’autres clans dispersés. Si deux cents individus s’abattent sur les « autres », nous reprendrons le contrôle. Ces chiens doivent payer pour le mal donné.  

S’introduire en force ne plaisait pas trop à Brown qui aurait souhaité la jouer plus subtil :

Les dommages collatéraux risquent d’être énormes…


Votre technologie alliée à mes femmes déterminées aura raison des barbares et, si cela réussi aucune mort ne sera jamais advenue.


Il fallut beaucoup de diplomatie pour parvenir à un accord.
Après des palabres avec Emilia, Kit revint vers Muyal :

Nous pensons nous introduire en douce dans le camp. Si notre action rate, que nous sommes capturés ou mis à mal, vous pourrez intervenir comme bon vous semble.


Leurs instruments fonctionnant à la perfection, ils n’eurent aucune difficulté à localiser Dave et Nell.  Communiquer avec eux était primordial. Il fut prévu de sauter près de l’un ou l’autre. L’ennui était qu’ils étaient rarement isolés. Le médecin vaquait auprès des patients, le charpentier oeuvrait nuit et jour, en équipe. Ils observèrent ainsi deux lever de soleil complet afin de trouver des concordances, une faille dans la surveillance dont leurs amis bénéficiaient Selon les indications précieuses de Chaak, les oiseaux de métal des « autres » ne fonctionnaient pas bien voire plus du tout, ce qui arrangeait parfaitement un moine et un cuistot.

Tu vas conduire, déclara Kit à une Emilia qui n’en revenait pas de cette marque de confiance. Tu me déposes dans l’enceinte, à ce point que nous avons défini comme les réserves de matériel.  Je m’y  cache, j’attends que ça se calme, et préviens nos potes. Tu restes dans les parages en altitude et tu reviens m’accrocher dans le quart d’heure suivant.

Elle ne sembla pas apprécier cette inactivité apparente.

… Rien ne t’empêche d’intervenir si ça se gâte… un tit bond ici ou là… Prête ?

Pas vraiment mais on ferait avec.  

La nuit était douce et paisible, seuls des coups de maillets ou de scies perturbaient le silence. Dave travaillait sur ce qui avait été une poudrière peu avant, ainsi qu’un support énergétique via panneaux solaires de pointe.
Sitot atterri, Kit se terra, sens aux aguets. Selon ses observations, les blancs étaient rares en cet endroit. Se camoufler pour se mêler aux esclaves tenait de l’improbable. Restait une solution : kidnapper un gardien.  Par chance, il en passa un à portée des tonneaux derrière lesquels il se tapissait. Une clé au cou, un tranchant de la main : affaire réglée.  Certes l’uniforme échangé contre la bure le serrait de partout. Frey Remigo étant enrobé…
Néanmoins, Kit parvint à se glisser vers sa cible qu’il contempla avec un serrement dans la poitrine. Manifestement, pour avoir le dos zébré de la sorte, Dave avait dû faire montre d’une hostilité quelconque.  

*Il tient debout, déjà ça.*

S’approchant à le toucher, Kit murmura :

Dave, c’est moi. Trouve un moyen de faire une pause. Je serai dans la réserve encore 10 minutes.  

L’attente ne fut pas longue. Le charpentier, sous un prétexte ou l’autre, vint le rejoindre.  

Sans fioritures inutiles, Kit balança :

Tu as besoin de quoi ?.. Ok ! Prends les miennes.  On est presque prêts avec Mile… Une tribu nous aide. Il faut trouver le journal de Davies… Si, l’info est fiable. Il faudrait juste que…

Merde ! Ils avaient de la visite. Un rustaud houspilla durement Dave :

Alors, t’as pas encore trouvé tes clous ?

Mais, soudain, il darda Kit d’un regard mauvais et dégaina aussitôt.

T’es qui ? Je connais tous les gardiens d’ici. T’es qui, réponds ?

Alonzo ! Je remplace Mundes qui…

Y a pas de Mundes, désolé amigo. Tu viens avec moi.


Certain d’inventer une fable tenant la route Kit, d’un regard, pria Dave de ne pas intervenir. Hélas, Donovan Kircher ne s’en tint pas là, menaçant également le charpentier devenu suspect.
Eut-il le temps de dissimuler les armes remises ? Kit l’espéra sinon tout irait à vaut l’eau.

La grande salle avait été épargnée par l’explosion du générateur sur lequel se concentrait la majorité des techniciens. Au centre trônait Impero dans toute sa splendeur furibonde envers ses hommes :

Bande d’empotés, activez nom de Dieu ! Vous auriez dû finir il y a 5 heures ! Des têtes vont tomber !

Il s’interrompit avec l’apparition du charpentier honni flanqué d’un garde mal fagoté ; les deux tenus en joue par Kircher.

QU’EST-CE QU’IL A ENCORE FAIT ? beugla-t-il aussitôt.

Il détestait Alvarez, son audace, tout chez cet homme. Quelle connerie avait-il inventée cette fois ?
Donovan résuma la situation de quoi faire plisser d’intérêt les yeux de Davies qui s’approcha avec attention :

En effet, tu ne ressembles à aucun de mes hommes. Qui es-tu ? D’où sors-tu ? Parle direct ou tu connaître des souffrances innommables.

Conscient des enjeux, Kit avoua illico :

Je suis le moine de la Santa Maria. J’ai surnagé et ai reconnu Diego, notre charpentier. Je ne voulais pas être repéré car vos hommes ne se comportent pas en bons chrétiens.

La gorge de Davies se déploya d’un rire énorme :

Un moine ? Manquait que ça ! On n’a rien à foutre de toi. Peloton d’exécution première heure demain.  

D’un geste, il se désintéressa du cas.  
Plaider sa cause, Kit n’essaya même pas, confiant dans une intervention prochaine d’Emilia ou des femmes. Sauf que rien ne se produisit ni à, ni durant une longue nuit dans une geôle pourrie.  

*Ce sera pour demain… Elle ne peut pas me faire ça… c’est vrai que je n’ai as toujours été sympa mais pas au point de mériter ça !*

Impossible de fermer l’œil. Il repensa à de nombreuses choses, aspects, plans.  Qu’est-ce qui avait cloché ? Une panne de sauteur, elle-aussi ? Il n’en sut rien ; L’aube pointait qu’on le sortit de son trou à rat pour l’exécuter devant les esclaves réunis. Davies, sur un petite estrade expliqua brièvement à l’assemblée :

Cet Homme s’est introduit malicieusement dans des buts incertains. Il est inutile à notre cause, juste suffira-t-il de démonstration à ce qui attend tous les opposants.

Attaché à un piquet, Kit crut bon de prier mentalement à la fois Dieu et Emilia :

*Interviens, bon Dieu !*


Il se produisit alors un phénomène complètement aberrant. D’abord, Kit ne comprit pas pourquoi il se sentait si bizarre, puis il réalisa :

*Mince ! La pilule…*


Dans l’ébahissement général, Kit se métamorphosa en… lui.
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Emilia Clairborne-Watts

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MessageSujet: Re: Plan B ou comment recomposer le monde   Mar 27 Juin - 13:20

Pour une misère, celle ci en était une d'énorme. Misère totale, compacte, en plus d'absurde, confuse et, cela va sans dire, absolument déprimante et tout autre synonyme pour qualifier la situation.
Emilia s'accorda quelques instants, brefs...très brefs, pour maudire sa chance et l'inqualifiable aliénation de son esprit. Parce qu'il fallait être décidément fou à lier pour accepter un truc pareil et...

*Ouais...geins encore un peu et le canadien te scalpe, le plus sûr!*

Parce que ça n’allait pas précisément sur des roulettes leur relation de compagnons d'infortune. Leur entente était turbulente, précaire et truffée de mauvaise foi...de part et autre.

*Ok...suis un peu emmerdeuse mais quand même...il pourrait faire un petit effort, nouveau soupir plus adouci cette fois, mais faut reconnaître que sans lui...ben sans lui, tu serais ultra fichue, ma pauvre...parce qu'il est débrouillard, Kit, il a pas froid aux yeux...*

Sa petite mise à jour des hypothétiques vertus de Mr. Brown alias le moine de service fut coupée court par un rappel à la réalité, qui n'était pas fameuse du tout, il faut l'admettre. Ils avaient flotté, comme apparition surréaliste, au dessus des flots d'un vert d'émeraude avant d'aller se poser sur un promontoire à distance, observant les manœuvres des "autres". Soit, Kit observait, Emilia elle...enfin on sait ce qu'elle faisait, ce qui était prouvant quant à sa capacité de concentration à moment donné.

On est où d’après toi ? La géo et moi...


Euh..., l'endroit ne lui était pas inconnu, un petit effort de mémoire plus tard elle fut capable de le renseigner, c'est Tulum...oh oui, c'est ça...Tulum, ancienne cité maya...important port de pêche et peut être aussi de commerce pour les échanges vers d’autres cités de la région...La cité était encore habitée par les populations mayas lors de l'arrivée des conquistadors espagnols, mais elle fut abandonnée au cours du XVIe siècle...là, ça va aller bien plus vite!

Ok ! J’ai pigé, grommela-t-il. Chausse tes lunettes et dis-moi plutôt ce que cela t’inspire…

Le moment n'étant pas à la discussion, elle obtempéra et eut du mal à donner crédit à ses yeux. Le magnifique site de Tulum, qui n'avait rien d'archéologique encore, se présentait dans toute sa splendeur et grouillait de vie, d'activité...activité plus que suspecte si l'on veut compte tenu des solides canons ultra modernes pointés sur la baie, des hommes en uniforme n'ayant rien à voir aux supposées tenues des mayas de l'époque, du va et vient frénétique qui régnait, des caisses siglées qu'on transportait à l'intérieur.

C'est une base...ils ont établi une base...et pas des moindres...Ils ont débarqué les prisonniers...regarde!!!

La vache ! C’est Davies ou je rêve ?

Non...malheureusement pas, souffla t'elle en accrochant, sans s'en rendre compte, avec plus de force au bras de Kit, c'est bien lui...je le reconnaîtrais entre mille...même attifé comme il est en César moderne!

Parce que c'était bien de cela qu'il avait l'air, l’odieux personnage, imbu d'une majesté obnubilée, jouissant de son pouvoir acquis si lâchement. Il passait en revue la troupe d'esclaves fraîchement débarquée. Revue qui tourna vite au cauchemar quand le nouveau Maître de Tulum s'en  prit à...

Pitié...c'est Dave...qu'est qu'il lui fait? Pourquoi?...Il n'a rien fait...rien dit..., elle ajusta encore la commande pour éclaircir le son et se raidit d'horreur en entendant les paroles du tyran.

Diego Alvarez… Charpentier…, sifflait perfidement Davies. Inutile de nier, je sais, je sais tout, toujours ! Mettez cet homme au pilori en exemple !


Le monstre...tu as vu où est le pilori?

Pâture pour requins, voilà la triste fin réservée à Mr. Clayton. Mais, au milieu de cette folie sans nom, un peu de bon sens sut prévaloir, grâce à l'intervention pleine de sagesse et humilité de Henao de Mena. Les requins ne mangeraient pas d'Américain ce jour là, déjà ça de gagné même si le sort réservé au "dissident" n'était pas des plus gais.

Une croix. Ils avaient obligé le charpentier à la bâtir et maintenant l'y attachaient, à moitié nu, sous ce soleil de plomb.

Ça va le tuer...ça va le tuer!..., sanglota Emilia, il ne tiendra pas deux jours...ses articulations vont se déchirer...Mon Dieu, quelle horreur...c'est inhumain...On doit faire quelque chose...dis moi qu'on va l'aider...

Oui, oui, on va intervenir. Calme-toi. Laisse-moi réfléchir, et cesse de me tirer par le bras.

Elle lui aurait tapé dessus mais trop soulagée de le voir communier avec ses idées elle commença à la trouver plutôt épatant.

Merveilleux...ce qu'il lui faut est un appui...tu sais, comme il est en ce moment...bon, je sais que tu as pigé...si ses pieds peuvent reposer sur quelque chose, Dave tiendra mieux...il prendra un sale coup de soleil mais enfin...alors, à quoi tu as pensé!?


Pendant un instant Emilia crut que, pour ne pas déroger à la coutume, il trouverait mieux mais voilà que Mr. Brown acceptait son idée sans discuter et acte suivi s'adonnait à la confection dudit appui. Que cela entraîne amocher leur sauteur la surprit mais la circonstance n'étant pas aux menus détails, elle la ferma et attendit le résultat qui ne tarda pas: deux talonnettes qu'il faudrait coller à la croix en temps record.

Je conduis, tu colles. Tu en es capable, non ?


Qu'est ce que tu crois? Bien sûr que oui!
, répliqua t'elle, c'est pas bien malin...*Tu parles!*

Action éclair dûment menée, ils regagnèrent leur point d'observation où il fallut se rendre à l'évidence qu'un abri, ou ressemblant serait nécessaire pour la nuit. Malheureusement les alentours n'offraient aucune alternative naturelle, comme leur grotte à San Salvador, là, leur talent pour l'improvisation était requis.

*Misère!*

Elle se garda bien de faire un quelconque commentaire, se remisant à suivre les indications de M. la Débrouille qui s'y prenait comme s'il n'avait fait que ça toute sa vie.

*Wow!...J'ai de la chance, moi...*

Oui. Elle aurait un semblant de toit sur la tête, serait à l'abri du vent et la pluie. En plus le canadien savait faire usage de tout ce que recelait la soute de leur engin, un véritable pactole.

*Zut...dire que je n'ai même pas pensé à y regarder...t'es, bête, ma pauvre fille!*

Réflexions muettes par ci, silences à rallonge par là, cela finit par mettre la puce à l'oreille de son compagnon d'aventure.

Tu as perdu ta langue ? T’es malade, ou…

Son soupir aurait fendu les pierres, d'un geste mitigé elle effaça une larme sur sa joue.

Ça me rend folle tout ça...on sait rien, nous ça peut aller mais eux...c'est l'enfer qu'ils endurent...et le pire est qu'on n'a pas idée de ce que trame cet animal de Davies...et d'après cet aperçu...ce ne sera rien de bon!

Calme, toi Emilia. On va se reposer un brin, manger, et…


Me calmer!? Me calmer!!! Tu en as des bonnes toi...Oui, je me calme et quoi plus!?
, elle était du genre émotionnel mais là ça risquait de basculer dans l'hystérisme si pas d'effort pour...se calmer, eux...ils sont là avec tant d'autres...je me sens si impuissante!!! Toi, par contre, cela semble t'être égal..., elle disait du n'importe quoi et s'en fichait, l'angoisse qui lui nouait l'âme l'emportait, lui crier dessus était un besoin quasi vital.

Et il semblait le comprendre, sans doute pas sans effort mais enfin, soit. Le pire est qu'il avait tout à fait raison.

ON A LE TEMPS ! QUAND PIGERAS-TU ÇA ?


Plus ceci et cela, son argument tenait bien le chemin. Emilia obtempéra, ce qui n'était pas toujours évident et dû se résigner en le voyant disparaître dans la jungle à la recherche de quelque denrée comestible.

*Super...j'observe...rien à voir, il n'y a rien dans ce coin d'enfer mais lui, bien sûr va trouver quelque chose...un beau poulet, des frites...*

En fait c'était près d'y ressembler, sauf les frites et le fait que ce qu'il ramena saignait encore, avait des plumes et était, à l'avis de la miss, quasi vivant, mais le moment n'était pas à ce genre de contemplation délicate.

Il y a des gens ici, des indigènes, surtout des femmes. L’une d’elle veut nous rencontrer. Qu’a-t-on a perdre ?


Sans doute pas grand chose, compte tenu de la situation générale mais Emilia n'était pas de celles qui acceptent sans discuter.

Ah bon?, elle baissa son arme qui avait failli servir un instant auparavant, qu'est ce que tu racontes là?...Des indigènes! Seront pas trop ravis de nous avoir dans les pattes, je te rappelle qu'on est venus détruire leur monde...comme quoi..., elle imaginait déjà sa tête réduite au minimum plantée sur une pique, rien de trop engageant à vrai dire, pourquoi vouloir nous rencontrer? ...on dit pas à la poule de sauter dans la casserole! Et puis...faut pas oublier Nell et Dave...

On n’est quand même beaucoup plus armés qu’eux, non ? Te bile pas pour Nell et Dave ; je t’ai promis y retourner dès qu’on en saurait plus… mais si, ne t’en déplaise, je tiens toujours mes promesses.

Vu comme ça, adjugé, vendu! Après tout, pour ce qu'on avait à perdre!!

La suite fut tout un poème mélange de débilité et prescience. Eh oui, cela tenait de l'absurde absolu tout en restant aimablement plausible. Emilia commençait à accepter les diverses variations du  rationnel qui sans l'air de l'être, l’étaient toujours.

Bienvenue voyageurs du temps !

Quoi de  plus normal!? Vous voyagez dans le temps pour remettre les pendules à l'heure et une vieille femme qui au delà de 525 ans de plus que vous, vous balance les vérités ultimes sans même ciller. Garder le calme? Pourquoi pas? Se taire et écouter? Faut pas demander la lune....pas à Emilia Clairborne en tout cas! Elle y alla bon train, sans ménager détail, ce qui ne sembla aucunement surprendre la chère Muyal, qui mine de rien en savait plus long que supposé.

*Ok...ou elle a une boule de cristal très performante ou est décidément agent secret de la PTE!*

Et en plus cela semblait beaucoup l'amuser.

Oui, je sais beaucoup, je vois beaucoup aussi, au-delà des apparences. L’actuelle ne vous rend pas justice, mademoiselle...*Foutu pour l'undercover*... Les « autres» sont aussi des voyageurs, pas tous mais plusieurs.* Ben dites donc, la CIA reste en plan!* J’avais prévenu les miens du danger, et suis parvenue à organiser ce village...*Déjà ça de gagné!* Hélas, pas assez vite pour empêcher la capture de nombreux braves. Ce que je n’arrive pas à comprends pas est ce que vous venez faire ici. Justice ? *Voilà la question par excellence!*

Parce que de justice on ne parlait pas, juste de rétablir l'histoire telle que connue, ce qui, à l'avis d'Emilia n'avait pas trop à voir avec la justice déclinée en son juste nom! Dieu merci, pour ne fois, la miss se garda son avis. Mr.Brown, décidément plus versé en diplomatie sut tourner les choses de bonne façon et on s'acquit la totale collaboration de Madame le Chef de Clan.

Alors, ne tardons pas. On vous fera une description aussi précise que possible lors du repas qui ne tardera pas. Désirez-vous vous rafraîchir ?

On ne rêvait pas mieux, même si cela ne ressembla pas aux Thermes romaines. Reconnue sous son hideuse identité, Emilia put au moins se sentir un peu plus propre, ce qui n'était pas peu dire. Remis d'aplomb, Borja Subios fila même un coup de main au repas en cours. Les mets n'étaient pas de son choix mais avec un peu de ceci et de cela même l'iguane à l'étouffée peut s’avérer goûteuse. Il aurai fallu des tonnes de crème fouettée pour passer les grillons grillés, mais enfin, on ne peu pas tout avoir...et puis ça faisait de la protéine croustillante!

*De la glace au chocolat...rien que ça...!*, soupirait Emilia.

Et le tout en faisant des efforts pour ne pas vomir, ce qui était hors question en voyant que Mr. Canada s’enfilait le tout sans  perdre son sourire bon enfant de berger rédempteur.

*Il peut tout faire...il s'adapte à toute circonstance...l'imbécile de Robert en serait déjà mort deux fois!*

Ce qui ne rendait le grillon plus appétissant, mais enfin! Elle préféra oublier ces moindres déboires et prêta plutôt attention à la suite. Après un bref ordre de la matriarche, la jeune Chaak s'attelait aux informations, de manière très concluante. Plan du site esquissé, elle donna des explications réjouissantes: les sauteurs de l'ennemi n'étaient pas fonctionnels.

*Au moins on a cet avantage!*

Chaak poursuivait sa petite histoire d'où il découla que la jeune fille avait vu quelque chose qu'elle n'aurait pas dû voir et avait été battue en conséquence.

Regardé quoi ?, insista le pseudo moine.

Chaak sait pas. Il y avait signes sur tranches minces. Impéro très fâché, avoua l'indienne.

*Signes sur tranches minces?...Bien sûr, bêta, elle ne sait pas lire...elle a vu un livre...un cahier...des notes!*

Si on en croyait au regard de Kit, il avait eu la même idée. Chaak passa illico d'informatrice fortuite à témoin de cruciale importance.

Ces renseignements vous sont utiles, j’espère. Comment comptez-vous les utiliser ?

Ben...tout faire sauter, c'est clair, dit Emilia en devançant son compagnon, on fiche tout en l'air...Impero aura du mal à s'en remettre...*J'espère qu'il en crèvera de colère!*

Quoique vous décidiez, mon peuple – ou ce qu’il en reste – sera avec vous, déclara solennellement la dirigeante.

Si tout se passe comme voulu, jamais ces choses n’auront eu lieu, conclut Kit en entraînant Borja à sa suite.

*Fin de l'histoire, pendules à l'heure, retour au monde normal...un bain de deux heures et une tonne de glace au chocolat!*


Mais bien sûr, c'est beau avoir une bonne idée, faut-il encore que ça marche!
Palabres et conciles, discussions et mises à point. On n'élabore pas un plan en un temps deux mouvements. Muyal aurait voulu que ce soit rapide et expéditif, Emilia partageait son avis, Mr. Brown voulait peaufiner l'idée. La matriarche assurait pouvoir rallier les clans dispersés, ce qui serait décisif pour reprendre le contrôle. Kit insistait:

Les dommages collatéraux risquent d’être énormes!

*Pas plus qu'ils ne le sont déjà!*

Votre technologie alliée à mes femmes déterminées aura raison des barbares et, si cela réussi aucune mort ne sera jamais advenue, trancha Muyal.

Emilia tira discrètement la manche du moine. Petit aparté dont la matriarche ne leur tint pas rigueur.

Elle n'a pas tort...on a l'effet surprise de notre côté...oui, je sais il y aura des risques mais si non...on moisit en attendant d'avoir une meilleure idée?...Et puis, Davies pourrait arranger ses sauteurs et alors on serait fichus pour de bon...c'est maintenant ou jamais!


C'était bien la première fois de sa vie qu'on tenait vraiment en compte son avis, elle n'en revenait presque pas quand Kit fit part de son idée à Muyal:

Nous pensons nous introduire en douce dans le camp. Si notre action rate, que nous sommes capturés ou mis à mal, vous pourrez intervenir comme bon vous semble.

*Mon Dieu et si ça rate!?*


Pas trop le temps d'y penser, déjà Mr. Brown passait à la deuxième phase optant pour alerter Nell et Dave de leurs intentions, ce qui n'était que logique. Emilia commença à avoir des sueurs froides, ce qui ne s'améliora pas quand son compagnon d'aventure décida que ce serait elle qui conduirait le sauteur.

*Je le dépose, il contacte Nell et Dave...je le reprends un quart d'heure plus tard...* Et quoi plus? Je me contente de planer et regarder!?

Rien ne t’empêche d’intervenir si ça se gâte… un tit bond ici ou là… Prête ?

Euh, ma foi...oui...c'est dans mes cordes...*J'espère!*

L'idée qui marche, vous vous en souvenez?...Ben, là ça ne marcha pas...Pas du tout comme prévu...en fait cela tourna très mal.
Et elle n'avait su que faire. Observant la débâcle de leur plan, Miss Clairborne aurait pu en pleurer. Brown s’était fait pincer avant d'avoir pu dire ouf et on le condamnait sans plus. Davies s'en chargea sans trop de cérémonies. Le canadien serait exécuté le lendemain pour que cela serve d'exemple à ceux qui sui songeraient à se rebeller.

Muyal...Muyal...c'est affreux, ils l'ont arrêté!

La vieille femme lui adressa un regard plein de pitié.

Nous ne l'abandonnerons pas, dit-elle doucement en prenant sa main, nous ferons ce qui devra être fait mais s'il meurt, ce ne sera pas en vain!

De quoi tout bonnement l'horrifier.

Pas en vain!?...Vous ne pouvez pas y penser! Kit ne peut pas mourir comme ça...*Ni d'aucune autre façon non plus!*...J'aurais dû intervenir...empêcher qu'on l’emmène...*Comment?*, elle en pleurait sans retenue, je vais le sauver...je vais le sauver...

Muyal serra sa main plus fort sa main, réconfortante comme une mère.

Tu as bien agi, petite...demain, ce sera différent...Ceux qu'on attendait ont répondu à l'appel....nous sommes prêts! Prends un peu de repos et calme ton esprit, demain tu auras besoin de toute ta maîtrise!

Facile à dire. Pourtant après avoir bu, distraitement, Emilia avait décidément la tête ailleurs, la boisson présentée par Chaak, elle sombra facilement dans un sommeil reposant, sans rêves et se réveilla avant l'aube en parfaite forme, les idées très claires et avec un aplomb d'enfer.
Muyal n'avait pas perdu son temps. Le village grouillait d'une activité fébrile. Des guerriers au faciès peinturluré, d'aspect féroce, côtoyaient les habituelles femmes et tous se préparaient pour ce qui allait s'en suivre.
Emilia, sous son aspect peu gaillard de cuistot, mérita plus d'un regard narquois et sans doute quelque commentaire peu reluisant mais la voix certaine de Muyal, que tous vénéraient, fit un rappel à l'ordre.

Elle nous conduira, sa voix sera la mienne, les Dieux le veulent ainsi!

*Amen!...pourvu qu'ils en soient convaincus!*

Pour si jamais, elle repassa son plan d'action avec Muyal qui le transmit aux siens. Hochement de tête général, suivi d'un grondement sourd jailli des gorges guerrières. Emilia préféra penser que c’était un signe d'assentiment et pour si jamais entama un Nôtre père.

La veille elle avait suivi la progression de Brown, l'avait vu approcher Dave. Ils avaient donc eu le temps d’échanger quelques mots quoique leur réunion dans l'appentis avait été de courte durée. La suite lui avait déchiré le cœur mais misait sur le désir d'Impero de vouloir donner un exemple aux autres.

*Davies, ce misérable, ne laissera pas passer l'opportunité de se mettre en évidence! Alimente ton égo, crétin, on va t'avoir!*

L'aube pointait. Emilia enfourcha son sauteur. L'endroit choisi pour l’exécution était la grande cour. Tous les esclaves s'y trouvaient réunis. Au moyen de ses lunettes de vol très performantes, elle put reconnaître le toubib et le charpentier ainsi que quelques enfants se faufilant entre les adultes, à l'abri du regard des gardiens. La Matriarche avait tout prévu.
Davies apparut, acclamé par ses hommes. Du côté des esclaves monta une rumeur grondante mais les armes apprêtées des gardiens firent vite de la taire. On poussait le moine déguenillé, le faisant trébucher et tomber, suscitant les rires des gardes.

*Vous l'emporterez pas au ciel!*

Attaché au piquet, face à la foule amassée, le prisonnier n'attendait que la sentence qui ne tarda pas:

Cet Homme s’est introduit malicieusement dans des buts incertains. Il est inutile à notre cause, juste suffira-t-il de démonstration à ce qui attend tous les opposants, clama Impero s'enveloppant de sa ridicule cape de César sans Rome.

Elle perçut le regard angoissé de Kit, crut lire les mots formés sur ses lèvres.

*J'arrive!*

C'est alors que se produisit l’inénarrable. L'image du moine semblait s'effacer laissant place celle de Kit. Pas d'instant à perdre, comprenant ce qui se passait Emilia agit. Bénis soient les instruments au top de la technologie du 23ème siècle! Un puissant nuage de fumée se diffusa, enveloppant le prisonnier, le rendant invisible aux yeux des autres. Des cris rageurs s'élevèrent, elle devina que Davies piquait sa crise et ne s'en réjouit que plus tout en fonçant droit devant sans perdre de vue son but.

Suis là...accroche toi!!!

Un des gosses entrevus venait de trancher les liens qui l'attachaient au piquet avant de disparaître dans la foule soudain en en mouvement.

Prends ma main!!!, hurla t'elle.

Comment se trouva t'elle la force de le hisser? Le désespoir décupla t'il son endurance? Elle n'en sut rien, son bras subit un élancement douloureux mais le canadien ayant trouvé sa place, Emilia entama un micro saut, disparaissant de la scène et choisissant de se poser aux abords des appartements de Davies. Pour alors la métamorphose de Kit était complète...tout autant que la sienne!

Wow...s'est dingue...qu'est ce qu'il se passe!?...Ok, on s'en tape pour le moment, on verra ça plus tard....J'en sais rien...Tu es là...Davies t'a pas eu...j'en serais morte, tu sais, si je n'avais pas réussi à te tirer de là..., d'un élan imprévu sa main caressa la joue rugueuse et écarta quelques mèches de cheveux fous,...c'est vrai que tu ne donnais rien comme moine, toi...suis si heureuse que tu sois là!

Que lui prit il? Pourquoi devait elle s'approcher ainsi de lui et l'embrasser à pleine bouche? Un coup de folie sans doute! Mais ce fut une si douce folie, empreinte d'une soudaine passion doublée de tendresse infinie qui, pour un instant, leur fit oublier l'horreur de ce présent absurde. Il lui rendit son baiser mû, sans aucun doute, par les mêmes raisons. Puis cela finit aussi vite que commencé. Ils s'écartèrent, tout à coup gênés, presque fâchés de cette pulsion inattendue.

Désolée, bafouilla t'elle, voulais pas...bêtise de ma part...On doit plutôt se bouger...Comment que pourquoi? À ton avis!?...Le journal de Davies, Chaak a dit qu'il se trouvait chez lui...Kit...on y va?

Pendant un bref instant, perdue dans son regard sombre, elle crut qu'il l'embrasserait de nouveau mais Mr. Brown reprenait vite ses esprits. Ils foncèrent dans les couloirs à demi éclairés du palais. Deux gardes armés de paralyseurs se tenaient face à la double porte des hauts lieux, sans leur laisser le temps d'en placer une Emilia les envoya faire un long tour chez Morphée. Comme on pouvait s'y attendre les panneaux massifs étaient fermés à double tour et certainement sécurisés par quelque système très élaboré. Ils réfléchissaient à la façon de s'y prendre quand la silhouette menue de Chaak surgit au détour du couloir.

Moi savoir, dit elle, autre porte...pas toucher celle là, Impero a arrangé!

Pas besoin d'explications. Ils suivirent la jeune fille, qui s’arrêtant face à un pan du mur de pierres en fit pivoter quelques unes. Comme par magie, le pan glissa, découvrant un boyau sombre qu'elle illumina rapidement en allumant un flambeau accroché au mur.

Il a cru tout savoir...il ignorait tant!, souffla t'elle, venez!

Un autre pan de mur glissant au bout de quelques pas leur dévoila la splendeur dans laquelle Davies avait voulu vivre sa folie des grandeurs. Il ne s'était privé de rien, conjuguant le somptueux style maya avec la modernité le plus outrecuidante. Chaak désigna un grand tableau, scène mythologique représentant Zeus couronné de flammes.

Là!, dit elle simplement en s'écartant.

Le mécanisme n'était pas bien compliqué, sans doute un mystère abscons pour des néophytes mais pas pour Kit qui, par des tours obscurs du même Davies, avait acquis des connaissances poussées, et pas oubliées, de comment s'y prendre avec des coffres forts sophistiqués.

Dépêchons nous...Il ne devrait pas tarder à arriver en courant!, conseilla Emilia en consultant le chrono, à moins bien sûr qu'il ne se soit fait descendre...mais ce serait trop facile!

Kit sortait du coffre quelques cahiers reliés de cuir, d'uns à l'allure plus ancienne que d'autres. Emilia en ouvrit un au hasard.

Tiens donc...au détail près...il ne voulait rien laisser au hasard! Fichons le camp et mettons ça en sécurité...tu crois que ça suffira?

Il en était sûr. Reprenant la voie indiquée par Chaak ils vidèrent les lieux pour retrouver le sauteur. Un survol en hauteur, à sauf de tout regard, les renseigna sur la teneur des événements. Avec l'aide des guerriers de Muyal, les esclaves étaient en train de l'emporter, même si la lutte demeurait âpre. Armes ultra modernes contre lances, couteaux, haches? Emilia visait de son mieux pour aider Brown, qui tout en conduisant, utilisait les armes du sauteur pour réduire l'inégalité.

La bataille de Tulum ne fut pas longue à finir, malgré leur armement supérieur, les hommes de Davies, dépassés par le nombre, déposèrent les armes s'attendant malgré tout à la vindicte sanglante qu'ils n'auraient que trop méritée.

Veux pas voir ça...où sont Nell et Dave? On doit les chercher...contacter Lescot...Davies? T'en fais pas pour lui...Muyal a tout prévu, tu verras..., elle posa le front sur le dos de Kit et ferma les yeux en s'accrochant à lui de toutes ses forces, on est vivants et j'ai encore du mal à y croire!

Nell et Dave avaient survécu à la folie infâme sans grand mal, curieusement ils conservaient encore leurs allures de toubib de Mena et charpentier Alvarez, s'étonnant de la métamorphose inattendue qu'ils avaient subie, eux.

Sais pas, admit Emilia, nos pilules n'ont pas tenu le coup...se sont pris un coup de pluie ou que sais je...en tout cas suis très contente d'avoir repris mon allure normale...mais je dois trouver urgent quoi mettre...Borja était décidément bien plus gros que moi..., et cela en retenant son pantalon qui glissait sur ses cuisses menues , on rentre quand?


Pas aussi vite que voulu! Davies, arrêté avait été transféré vers une prison de haute sécurité de la PTE en attente de son jugement. Lescot voulait, envers et contre tout, se livrer à une inspection à fond des lieux pour éliminer, sait on jamais, toute trace susceptible de ce malencontreux interlude historique non répertorié.
Emilia avait arrêté de réfléchir, laissant les autres faire à leur guise. Mais quelque part sa jugeote lui disait qu'on n'avait rien à éliminer puisque une fois l'histoire remise en ordre cela ne sera jamais arrivé...ou peut-être qu'elle n’avait rien compris? Le plus sûr, à son humble avis!.
La vie avait repris de singulière façon...la plupart restaient sans trop piger ce qui leur était arrivé et leur arrivait encore. Les guerriers et femmes de Muyal avaient disparu dans la nature, comme qui n'a aucune envie de se mêler à des arcanes si tordues. Et eux...Nell et son Dave ayant repris leur allure normale ne se jaugeaient plus en inconnus réunis par les circonstances, un semblant de bonne entente semblait régner entre ces deux-là. Au moins on aurait gagné ça!

En attendant que Lescot et les hautes sphères veuillent résoudre l'affaire, Emilia se régalait d'une douche prolongée en contemplant Tulum comme elle ne le reverrait sans doute jamais...

*Et qu'est ce qu'il fait, lui?...Il est ronchon, odieux...comme quoi, c'est comme d'hab...*
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Nelly Watts

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MessageSujet: Re: Plan B ou comment recomposer le monde   Mar 1 Aoû - 20:03

Il était sauf !
Un soulagement par trop intense l’avait investie lorsque Nell avait aperçu un certain charpentier. Certes, elle était contente de ne pas être seule dans cet enfer, mais pas que cela.  Un instant troublée par la violence de ce sentiment, elle eut tôt fait de retomber sur ses pattes car les blessés affluaient en masse. Selon certains, le générateur avait été foudroyé « naturellement », selon d’autres il s’agissait d’un sabotage. Dave en était persuadé puisqu’il lui confia en douce que les « petits » en étaient responsables. Qu’Emilia, sa niaise cousine, ait pu participer à un tel coup d’éclat ne manqua pas de la sidérer. L’heure n’étant pas aux réflexions, Nell fut plongée dans un tel affairement qu’elle en oublia presque le boire et le manger.

Tu  tiens?...On te traite bien?


J’ai connu mieux. Et toi, ça va ? …        

Les échanges possibles avec le charpentier étaient si rares qu’ils n’en étaient que plus précieux.  Elle aurait souhaité débattre avec lui mais ils ne pouvaient décemment pas afficher de connivence ouverte au risque d’être pincés. L’œil d’aigle de Davies était sur tous à tout moment. D’après Dave, il s’était gardé des femmes jeunes dans ses appartements. Se doutant à quelles fins, Nell avait réprimé sa nausée pour ce tyran déjà imbuvable au départ. L’important était qu’il semblait dissimuler chez lui un bien autrement précieux que des exotiques. Quoi ? La question restait ouverte.  
En tout cas, la situation de la forteresse privée d’énergie ne s’améliorait pas. L’ensemble des esclaves devait trimer nuit et jour à la restauration du site. Nell tenta bien de réclamer plus de nourriture pour eux, Davies fit la sourde oreille. Par contre ses esgourdes furent forcées de le faire sous les paroles nettes d’un certain charpentier :

Sans eau ni nourriture, traités comme nous le sommes nous mourrons très vite...or, il me semble, Sire...que quelqu'un doit rester en vie pour le faire, le travail!

Mentalement, Nell lui cria de la fermer. Il voulait se faire tuer ou quoi ? L’avait-il entendue ou pas ? Il n’en fit qu’à sa tête et –ô miracle – obtint quasi gain de cause, quoique…      
Les quatre heures promises se trouvèrent rapidement réduites à une, et encore. La bouffe – un infâme brouet dont il ne valait mieux pas connaître l’origine – s’améliora à peine aussi.  
En tout cas, si Emilia et Kit observaient, ils mettaient un temps fou à agir. En attendant, eux crevaient « gentiment ».  Nell ne pouvait pas se plaindre cependant. Sa qualité de toubib lui conférant un statut certain, elle exigea plus qu’une ration de haricots pour ses besoins soi-disant personnels. Qu’elle en nourrisse les pauvres bourgues atterris dans son hospice ne formalisa personne, ouf.  
Tiens, Dave se blessait souvent ces temps-ci.  Une façon comme une autre de se retrouver sans qu’on y prenne attention.

Tu ne devrais plus faire ça ! lui chuchota-y-elle en lui pansant le poignet. Tu as du nouveau ? … De mon côté, j’ai confirmation et plan des appartements impériaux…

Il lui était facile de faire parler ses patients et, à présent que sa lecture télépathique s’affinait, peu de secrets demeuraient. Il devint donc certain que Davies passait de longues heures penchés devant une table avec un stylet. Nos deux complices s’accordèrent :  l’Impero écrivait son journal !
De la part d’un individu aussi mégalomane, rien d’étonnant : pour être assuré de pérennité, les écrits prévalaient. Mettre la main sur ces documents devint priorité. Hélas, les déplacements de Dave étaient sous haute surveillance ; ceux de Nell pas tellement plus libres. Se fier à un ou  l’autre des  esclaves ou garde qu’elle avait à la bonne fit méditer Nell longuement. Pas à dire, le règne de la terreur en dissuadait plus d’un d’intervenir en quoique ce soit de contraire. Pourtant, le temps pressait car on ignorait quand les effets de la catastrophe de la santa Maria atteindraient le 23ème siècle. Aussi, Nell se risqua à tâter le terrain avec un garde ou un autre ainsi qu’avec les esclaves. Tous ceux qu’Henao avait soulagés de maux divers lui étaient sincèrement reconnaissants, et tous en avaient marre d’Impero. Le médecin ne fut donc pas long à apprendre que quelque chose de gros se préparait au dehors. Le plus vite qu’elle put, elle transmit l’info à Dave.

*On va recevoir de l’aide de tribus extérieures voulant faire payer ses crimes à Davies et consort…  Voici les noms de ceux en qui tu peux avoir confiance… Oui, essaie ça, bonne chance ! *

Le charpentier ayant accès aux outils, il voulait en utiliser pour fabriquer des armes. Trois gardiens félons en volèrent même pour lui, ou fermèrent les yeux sur la disparition de matériel.
De son côté, Nell put prélever des ingrédients spéciaux et préparer en douce des potions particulières.  

On avait déjà rassemblé par mal de contrariété pour Davies lorsque Dave lui tansmit un appel désespéré :

*… QUOI ? Ils ont eu Kit ? …*

Le moine s’était fait alpaguer à peine arrivé. Il avait juste pu confirmer l’imminence d’une action massive, et la présence d’un journal.  
Que foutait Emilia pour avoir permis l’arrestation de Kit ? Belle équipière que celle-là ! Attendait-elle le bon moment ? On se convainquit que oui sans se tourner les pouces pour autant.  
Nell eut l’impression que les heures devenaient secondes tant elle fut occupée. La nuit vit beaucoup d’ombres se déplacer. Bien sûr l’envie de soustraire Brown à sa geôle était forte, mais un acte prématuré risquait de tout faire capoter. On s’arma de patience ainsi que de divers objets très pointus imbibés de la mixture de Nell. Dave ayant promis de récupérer les rames remises par Kit avant d’être pincé, Nell pria pour qu’il en ait eu l’occasion.  

L’aube pointa. La grande cour grouilla bientôt autour du piquet central auquel un pauvre moine malmené fut ligoté sans douceur. Impero cracha sa vindicte, nerfs et muscles se tendirent.

*Prêt Dave ? *

Oh, oui, il était paré à viser le bourreau en premier. Ensuite, ce serait la débandade ; à eux d’en profiter. Mais rien ne se déroula comme escompté car, à la stupeur générale, les traits du condamné se modifièrent.  

*IL SE MÉTAMORPHOSE ! AGIS, MAINTENANT !*

Si Davies réalisait avoir affaire à un patrouilleur, c’en serait fait des plans ! Heureusement, un autre évènement concorda avec le phénomène extraordinaire aux yeux de beaucoup. Le flottement de la métamorphose en avait suffisamment figé sur place pour qu’Emilia, enfin, intervienne !

Impéro réagit aussi :

Tirez dans le tas ! Abattez tous ces chiens ! Il y a des traîtres ici !

S’il avait cru que les chiens ne mordraient pas, se laisseraient occire tel du bétail, il l’eut dans l’os.  Une immense clameur agita la foule tant du dedans que du dehors. Car l’ensemble des yeux ayant été tourné sur la cour, l’avancée des tribus était passée inaperçue. Un raz-de-marée sauvage déferla sur des gardes en panique.  Armée de son pic soporifique, Nell ne compta pas le nombre de mécréants endormis. Dave faisait moins dans la dentelle. Il est vrai que la résistance fut farouche. Des têtes roulèrent, des bras tombèrent, des ventres s’embrasèrent de part et d’autre.  

Couverte de sang de tortionnaires, Henao de La Mena se fraya difficilement un passage vers un charpentier très en forme :

Ça va ? Tu as vu Davies ?... Tu crois qu’ils l’auront ?

Apparemment, Dave était sûr qu’Emilia et Kit lui mettraient la main dessus qui les avaient aidés depuis les airs puis s’en étaient allés.
Bientôt, un calme étrange régna. Le carnage avait été grand, les tortionnaires rescapés risquaient gros dans leur reddition. Peu importait dans le fond car si tout se passait comme voulu, ces évènements n’auraient jamais lieu.
La qualité de toubib de Nell ne cessa pas avec cette victoire arrachée de dure lutte ; nombre de blessés des deux camps réclamaient assistance. Avec Dave, elle allait effectuer un tri urgent quand une indigène très digne les aborda sans détours :

Vous êtes Dave et Nell, les amis de nos amis.  Ne vous préoccupez pas du sort des blessés, nous nous en chargeront. Avant tout, réussissez complètement votre mission.  

Nell ne put s’empêcher de sonder cette « sorcière » nommée Muyal. Ce qu’elle lut la sidéra mais elle n’en souffla mot, acquiesçant simplement.  

Peu après, Emilia et Kit revinrent vers eux. Belles retrouvailles fraternelles !  

Wow, je t’envie, cousine ! j’en ai marre de la barbe, moi ! Alors, c’est vrai, vous l’avez ?


Effectivement, le journal avait été découvert avec l’aide d’une autochtone dévouée. Nell l’éplucha rapidement puis réclama le sauteur afin d’émettre vers le 23ème siècle. Restait à croiser les doigts pour que la barrière mise en place par Davies soit effacée et que l’époque des patrouilleurs ne l’ait pas été, elle.
Dans le Q.G préhistorique, Le Commander Lescot se rongeait les sangs. Les rapports qui affluaient n’auguraient rien de bon. Telle une peste, les effets de la fuite de Jim Davies se faisaient ressentir. Les postes avancés du XVème avaient cessés d’émettre mais puisqu’ils étaient, eux, toujours là, les ancêtres de leurs ancêtres survivaient malgré le chamboulement.  Le continuum avait été tordu mais avait compensé jusque-là.  Que devenaient les patrouilleurs expédiés sur place ? Seul un inquiétant silence régna durant des mois. Puis, enfin :

Ici le capitaine Watts, matricule PT807XB, demande à parler au Commander. Je répète…

Jamais, on n’avait vu Lescot bondir ainsi sur un communicateur. De joie mêlée d’appréhension, il cria :  

Nell, c’est bien vous ? Que se passe-t-il ? Vous allez bien, tous bien ? (Bref suspension) Faites votre rapport, Capitaine !

Avidement, il enregistra le tout. La veine ! Cette saloperie de Davies n’avait même pas pris la peine de crypter ses écrits. On savait donc où et comment le pincer à présent. Cependant, la prudence restait de mise :

Félicitation à votre équipe, Capitaine Watts. Des dispositions vont être prises. Vous êtes priés de demeurer sur place afin de contrôler le bon déroulement de l’Histoire rétablie. Sitôt confirmation, revenez à Puerto de la Frontera, la veille de votre enrôlement sur la Santa Maria. À bientôt, et… merci !  

Les patrouilleurs quittèrent la cité de Tulum telle qu’elle était après la victoire sans la quitter vraiment. D’abord, ils remontèrent le temps puis le descendirent. Ils purent ainsi filmer plusieurs interventions de Davies flanqué de sa triste clique puis, soudain, les installations novatrices s’effacèrent comme d’un coup de baguette magique. Une cité prospère poursuivit son évolution qui, bientôt, serait chamboulée par d’autres arrivages.  
Leur mission achevée, les patrouilleurs s’octroyèrent une soirée de repos en bord de mer. On ne savait pas au juste pourquoi Emilia et Kit avaient recouvré leur apparence naturelle si tôt. Le fait est que lorsque survint celle de Nell, cette dernière rayonna de joie d’autant que Diego Alvares – même si plaisant – s’était mué en un physique encore plus avantageux.  Néanmoins, Dave et Nell se tinrent à distance après une accolade fraternelle. Une certaine complicité les avait rapprochés mais une sorte de gêne régnait encore.

Près du quai où se chargeaient trois vaisseaux bien connus, un groupe était en attente. Lescot s’était déplacé en personne avec cinq patrouilleurs de la base. Il chronométra :

… trois, deux, un ! Allez !

À peine un pied hors du sauteur volé, Davies fut cerné de toute part. Il n’opposa aucune résistance.

*Dommage…*

Ramené à la base qu’il venait de quitter, avec autant de preuves à son encontre, l’ex-Major ne nia rien. Son sort se régla rapidement.  Point de salut pour des traîtres de cet acabit ; il serait désintégré.
La fête qui suivit ensuite ne fut pas donnée en soulagement d’une exécution mais pour récompenser les valeureux qui l’avaient permise.  
Très fier et jovial, Le commander en personne honora les distingués du jour :

Ils ont ralliés les patrouilleurs pour des raisons propres. Peu importe lesquelles : ils sont dignes. Pour avoir sauvé l’Histoire au risque de leur vie, en accord avec le conseil, je suis heureux de promouvoir les cadets Clairborne, Brown et Clayton au titre de sergent. Jeunes gens merci pour votre dévouement exemplaire dans une crise sans précédent et sans futur, espérons-le.

Soulevée d’enthousiasme, la communauté présente poussa vivats et bravos de rigueur. Les trois promus debout sur l’estrade sourirent à divers degrés ; les uns franchement, d’autres à la limite de la grimace forcée. En retrait, Nell se sentait très heureuse d’avoir de telles recrues dans ses rangs, même si elle doutait un peu de l’engagement de Kit. L’audace et le dévouement d’Emilia la sidérait. L’Hypnos avait un pouvoir certain. Il ne changeait pas les gens, pas entièrement. Il faisait surtout ressortir le meilleur chez eux en comblant des trous.  Quant à Dave… Selon elle, il aurait dû devenir lieutenant. Ce qu’il avait subi, enduré avec tant d’abnégation forçait l’admiration.

*Pourquoi j’ai quitté un gars pareil ???*

Cette question la hantait depuis qu’elle savait qu’ils s’étaient intimement fréquentés. Un jour peut-être elle saurait mais, au fond d’elle –même, quoiqu’il ait fait ou qu’elle ait commis, ils ouvraient ensemble maintenant, pour le meilleur comme pour le pire. Là, il semblait… fâché ? Contrarié en tout cas.
Les libations allaient commencer lorsque Julien Lescot sembla se rappeler quelque chose :

Silence, s’il vous plait ! Ne vous inquiétez pas, vous pourrez boire votre content dans deux minutes.

Dans l’euphorie, j’ai failli omettre de citer le Capitaine Watts que, désormais, tous salueront comme Colonel Watts !
 

*Co, co… quoi ? *

Cette fois au moins Clayton parut très satisfait, comme rasséréné. Un peu confuse, Nell accepta sa médaille accompagnée d’un bâton de commandement. La gratification était immense. Plus aucune porte de la base ne lui serait fermée à présent !  

C’est trop d’honneur, je…

Taisez-vous Colonel. Et profitez, ainsi que votre équipe, d’une vraie semaine de liberté. Faites-en ce que vous voulez, cette fois, nul ne vous dérangera.

Ce fut une belle fête.  Les promus ne s’avinèrent pas trop, et rirent souvent en compagnie des uns et des autres. Tiens, Clayton s’approchait :

… je vous renvoie la pareille, sergent ! Est-ce que tu sais au moins ce que ce grade signifie…

Comme prévu, il n’en était pas certain. Elle rigola :

Tu vas devoir recruter et instruire de nouvelles recrues… Moi ? euh… je vais pouvoir *fouiller les archives* me la couler douce ! Beaucoup de paperasse en perspective mais, dis-moi, que vas-tu faire de ta semaine de congés ? … Mince, c’est vrai : je suis la marraine !  

Il lui était sorti de la tête qu’un baptême les attendait à Cambridge.

*Belle marraine que tu fais… * Et qu’offre-t-on à un filleul ? Je n’en ai jamais eu…

Dave non plus. Cependant, il doutait qu’un cadeau préhistorique convienne au marmot.  Il faudrait prévoir dragées, petits présents, souvenirs, etc.

Une semaine de vacances ! Nell ne se rappelait plus à quand remontaient ses derniers vrais congés.
Les quatre étaient rentrés à Cambridge où Warrington et Lescot les fêtèrent à leur façon.  
Mine de rien, ils avaient été très occupés eux aussi. Outre les préparatifs du baptême, ils avaient géré de petites situations de patrouilleurs en détresse, et avaient eu vent des soucis des leurs. Mais, surtout, Henry avait progressé dans des améliorations du sauteur.

Quoi ? s’était écriée Nell. Un bouton derrière l’altimètre ? Les plans ne montraient rien…

Là, Warrington avait rigolé :

Ce commutateur existe bel et bien sur les plans des engins actuels. Cependant, il semblerait qu’en en ignorant l’usage, on l’ait négligé. Or, il est capital, à mon sens. Que diriez-vous d’avoir l’invisibilité à portée de main ?

Cela semblait dingue qu’une telle évolution ait échappé aux tests séculaires, et pourtant !  
Les tenants et aboutissants de cette révolution serait à détailler en haut-lieu plus tard. Pour l’heure, les patrouilleurs fatigués ne souhaitaient pas parler boulot mais repos. Quoiqu’avec les nombreuses courses à effectuer, il faudrait se contenter des quelques jours après la fête.
D’emblée, Nell avait été recrutée comme officier… d’intendance.

Te bile pas ; Toni ! Les allers-retours ; ça me connait ! … Euh ? Y aller avec Dave, vraiment ?

Il est inutile en cuisine ! Je compte sur toi pour me rapporter tout ça à temps…

Misère ! On baptisait le roi d’Angleterre ou quoi ? Longue comme le bras, une liste précise d’ingrédients fins se présenta. Pour la combler, ils devraient utiliser le sauteur dans divers coins de France, d’Allemagne, jusque Paris. Ah, ces sauteurs… ! Kit avait tant insisté sur leur usage hors base que le Commander l’avait accordé de guerre lasse, tant qu’ils ne déclenchaient pas de vagues.
Faire des courses n’allait pas altérer l’Histoire, non ?

On sera de retour dans une heure, deux au plus !  

Le futur parrain les conduisit sans faille.  
Berlin fut une étape surprenante à plus d’un titre. Certes, Toni en était issue, il semblait normal qu’elle ait désiré des produits typiques de son pays pacifié. Cependant, lorsque les patrouilleurs se posèrent, Nell crut à une hallucination tant le froid la saisit :

Qu’est-ce que tu as mis comme date ? On n’est pas en juin, là…  

Effectivement pas. Selon lui, certaines spécialités ne se fabriquaient à Berlin qu’à la période des fêtes de fin d’année, donc…  
Malgré le gel, ils se marrèrent beaucoup dans divers lieux et boutiques.
Nell se sentit bizarre. Ce sentiment de liberté joviale lui semblait tellement inhabituel qu’elle s’en voulut presque d’éclater de rire si facilement. Il est vrai que Dave, hors contexte dangereux, pouvait démontrer un humour certain qui l’agréait.  

Les emplettes essentielles effectuées, Mr. Clayton voulut encore tenir les rênes du sauteur.  
La transition fut… phénoménale.

Par tous les saints, où sommes-nous ? Et quand ?

Franche hilarité de son compagnon dont le but semblait atteint.  En fait, il se moquait gentiment de son ébahissement. Ils étaient à Paris en pleine explosion de l’impressionnisme. Dave avait dans l’idée de dégoter une œuvre originale peu connue à offrir aux Lescot. Nell, sachant Marin amateur de belles choses, s’amusa beaucoup à la recherche de l’objet rare.
Déambulant à Montmartre surmontée de son fabuleux Sacré-Cœur, Nell tomba en arrêt sur les pavés :

Dave ! Celui-là ! C’est lui qu’il nous faut… je l’ai vu dans le bureau du commander…

L’affaire se conclut rapidement à la plus grande joie du jeune auteur croyant à peine à sa chance. Les acheteurs, ravis eux-aussi, roulèrent la toile dans les fontes du sauteur avant de s’envoler ailleurs.

La virée complète leur prit 15 jours. Deux semaines ensemble soit en ville soit à la campagne tant en Europe qu’en Asie. Jamais nouveaux parents et filleul n’auraient été tant gâtés de même que les invités au buffet le plus extraordinaire qui soit. Mais, de cette balade, Nell ramena surtout une chose  inattendue, ou plus exactement un sentiment étrange. N’avait-elle pas eu tort d’éjecter Dave de sa vie ?

À leur retour en temps prévu, leur humeur au beau fixe n’échappa à personne.  Néanmoins, ils ne détaillèrent rien car deux invitées méritant leur attention avaient déjà pris leurs pénates chez les Warrington.

Maman ???  

La dame qui accompagnait Mrs. Watts lui était étrangère. On la lui présenta comme la grand-mère de Dave. Femme impressionnante, s’il en est. Malgré ses sourires bienveillants, Nell devina comme une sourde rancœur à son encontre.

*Décidément, je dois tirer bien des choses au clair, moi !*

Dès qu’elle en eut l’occasion, Nell s’isola avec sa mère en attaquant :

Tu as mille raisons de m’en vouloir pour ne pas avoir donné de nouvelles. Je ne pouvais tout simplement pas le faire.

Deux ans, Nelly ! Deux ans à me morfondre en me demandant si ma fille était morte ou vivante ! Henry et Louise ont eu la bonté de me raconter des trucs, mais quand même ! Amnésique ? C’est une blague, hein ?

Pas du tout.  C’est une longue histoire. Je ne me souviens même pas comment j’en suis arrivée là. Si Toni et Martin ne m’avaient pas un peu éclairée sur Dave, il serait toujours un étranger pour moi.

Parce que ça a changé ? ironisa Mrs. Watts.

Un peu… Je saurai un jour le pourquoi de tout cela. Mais, de grâce, pas de reproches, ni dispute. On est là pour fêter Alexander. Comment vas-tu, toi ? …

La trame perdue retrouva quelques fils. N’empêche que Nell se mit à mijoter de plus en plus urgemment l’idée de récupérer ses souvenirs.
Là, sous les voûtes ogivales de l’église St Paul, un baptême très traditionnel se déroula. Les bougies de lumière allumées, parrain et marraine jurèrent leur assistance à l’enfant proposé qui braya fort sa réprobation à l’aspersion forcée.  On rit puis banqueta en liesse. On sembla avoir oublié les différends, rancœurs, et autres.  
Tout aurait été parfait s’il n’y avait eu deux absences notables.

Ils sont où ? souffla Nell à Dave entre deux coupes de champagne…  non, Emilia sait être cachottière. Elle a changé, j’en conviens, mais des traits demeurent…

Les cadeaux se distribuaient dans le jardin tendu de tonnelles. L’extase de surprise des uns et des autres réjouit ceux qui avaient rapatriés ces présents. Martin s’amusait avec un stéthoscope révolutionnaire lorsque, soudain, Henry déserta l’assemblée. Louise tiqua mais maintint le cap de l’ambiance bon enfant.
Nell avait pâlit au point que sa mère lui tint le coude :

Qu’y a-t-il ?

Emilia ! Dave, viens !

Elle lui attrapa le poignet et l’entraîna au labo à la suite de Warrington. À Louise de jouer les insouciantes auprès des invités. .
Aussi vite qu’ils le purent, Dave et Nell parvinrent au lieu d’atterrissage.

*Eh merde !...*

Soutenue par un Kit amoché, sa cousine semblait sans vie…
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Kit Brown
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MessageSujet: Re: Plan B ou comment recomposer le monde   Mar 1 Aoû - 20:05

La vie de Kit Brown n’avait jamais été de tout repos, c’est connu. Il y a des gens nés ainsi sur lesquels les ennuis pleuvent sans qu’ils aient rien demandé ou cherché.  Kit en faisait partie. Obligé de déserter sa tribu – ou du moins celle qui l’avait accueilli comme un membre à part entière – le jeune homme s’était senti une fois de plus déraciné. L’offre du job chez Warrington l’avait alléché, mais jamais il n’avait cru y prendre un pied pareil. Le voyage temporel, devenir patrouilleur ? De la pure folie, du genre qui lui convenait. Quoique l’écolage fût ardu, il se sentit à l’aise avec Dave, Nell et même avec sa garce de cousine. Bien sûr, il eut des ennuis. Fatal, non ?
Néanmoins, la mission en cours tournait vachement au vinaigre. Déjà qu’il avait dû changer d’apparence pour voyager en 1492… Passons.  Lui qui avait déjà vécu bien des expériences désagréables n’était pourtant pas entièrement préparé aux sévices d’un tyran dément : Jim Davies.
La haine ne se commande pas. Face à un tel mec, nul ne pouvait y échapper. Cruel, dévastateur, omnipotent, mégalo, aucun qualificatif ne suffisait pour cerner ce fou dangereux.  
Kit avait joué et… perdu.  Sauf qu’il croyait toujours en sa bonne étoile.  Quelque chose allait se produire, inverser la donne, impossible autrement. Cependant, lorsqu’il se retrouva ficelé au poteau d’exécution voulu par l’abominable Impero, Kit crut réellement sa dernière cartouche tirée.
En se lançant dans le camp ennemi, il avait fermement escompté sur le soutien de sa coéquipière. Or, rien ne vint de ce côté. Mais pour une surprise, il en eut une complètement différente de celle espérée, hélas ! Sans crier gare, alors qu’Impero réclamait la sentence de mort, Kit sentit ses membres se raffermir, son bedon s’aplatir, sa tignasse bouclée pousser alors que tous les yeux étaient rivés sur lui.  Bizarrement, plus pour la mission que pour sa peau, Kit craignit :

*Davies va piger. Il voudra le sauteur, il saura. On est foutus !*  

Au même moment un brouillard épais s’éleva, des liens tombèrent.

Prends ma main!!!

Son cœur bondit : elle était là !  Une poigne plus solide que prévue le hissa. Sitôt sur le siège arrière du sauteur, Kit ressentit le déplacement avant de choir, déboussolé, sur des rochers face à une Emilia transcendée. Incroyable ! Là, devant lui, le cuistot gras était remplacé par la fine jeune femme qui lui sauvait la mise.

Merde Milie, qu’est -ce qui s’est passé ?

… Tu es là... Davies t'a pas eu... j'en serais morte, tu sais, si je n'avais pas réussi à te tirer de là...

*Hein ? *

Sans déconner ? Cette fille s’en serait voulue si…

Déjà sonné par les bouleversements, Kit ne s’attendait réellement pas à la suite. D’un geste d’une extrême douceur, Emilia écarta ses boucles en désordre avant de – aussi inimaginable que fougueusement – s’emparer de ses lèvres.
Vivant, il était vivant ! Et là, une magnifique plante cherchait sa bouche. Réflexe ? Autre chose ? Kit ne pensa à rien en répondant de façon fulgurante au baiser dévorant. Sauf qu’une sorte d’alarme résonna brusquement dans sa tête :

*T’es dingue !*  

Il s’écarta, elle aussi.  
L’air gêné, Emilia sembla vouloir remettre les pendules à l’heure :

Désolée… voulais pas... bêtise de ma part...

De la mienne aussi, oublions ça… bouger ? …

Ouais, fallait récupérer le fameux carnet de Davies.  
Retrouver son corps, revoir Emilia telle qu’elle, revenir au présent n’était pas très évident pour un Brown plus atteint que prévu.

*Oublie, agis !*

Pris par une frénésie inaccoutumée, Kit s’élança dans la mêlée avec une Miss Clairborne collée à ses basques. Dégommer des méchants via le sauteur, attraper le journal de Davies avec la complicité de Chaak, fut tellement prenant que Brown gomma tout le reste.  
L’accalmie vint  ainsi que l’assaut des idées contraires. Nell et Dave étaient indemnes, à eux de peaufiner les détails tandis que Brown s’efforçait d’orienter ses pensées vers… la désertion.
Très volontairement, durant la période post arrestation de Davies, Kit érigea des barrières tant mentales que physiques avec ses « copains ».  
Promu sergent ?  Yeah !

*Tu parles d’un bonus ! M’en fous !*

Il se fichait de tout, ne voulant songer qu’au rendez-vous fixé avec les ravisseurs de Beauty.  
Là était sa voie, et rien ni personne – surtout une en particulier – ne le détournerait de son but.
Ils avaient sauvé le futur, l’Histoire était rétablie comme si jamais rien ne s’était produit.
Pas à dire, le Commande possédait l’art de dispenser les récompenses.  Outre le nouveau grade, les promus bénéficiaient d’une totale liberté de mouvements, sauteur inclus.

Comme par hasard – les dates avaient été arrangées en conséquence – ils arrivèrent pile à leur époque  pour préparer le baptême du petit Alexander Lescot. Parrain et marraine se devaient d’être présents. Lui, Kit, ne se sentait absolument pas concerné par ces festivités. Mais Warrington et consort insistèrent tellement qu’il finit par promettre d’être à l’heure pour la cérémonie. Il aimait bien ces gens, et ne désirait pas les contrarier. Leur accueil avait été si chaleureux que Kit pouvait presque se sentir chez lui avec eux comme dans une tribu en quelque sorte.  
Il calcula mentalement son coup. Faudrait l jouer serré, seulement quand on a un sauteur à disposition…
L’ami Bob contacté lui confirma un rendez-vous avec les ravisseurs de son bébé ainsi qu’avec un expert en art.  
Longtemps, Kit avait mijoté son plan. Il aurait pu, grâce aux déplacements express, revenir chez Bob le jour de la transaction mafieuse. Déjà, il imaginait la tête des malfrats s’il leur piquait Beauty à leur barbe. Cependant, de l’eau ayant coulé sous les ponts depuis, en agissant ainsi il risquait d’affecter le continuum. Finalement, le leçons sous Hypnos déteignaient. Bref, il se rendrait au lieu fixé mais juste  un peu avant l’heure dite,  histoire de tâter le terrain.
Peu avant minuit, alors que la maisonnée semblait roupiller gentiment, Kit descendit au labo. Équipé de pied en cape, il s’assit aux commandes du sauteur qu’il alluma.  Dans une petite minute, il s’envolerait. Fallait attendre que la puissance maxium soit atteinte.  La machine commençait à vibrer quand, dans la pénombre du labo, une voix connue s’éleva.

*Mrd, Emilia !*… Ce que je fabrique ne te regarde pas. Retourne te coucher, je ne serai pas long.

Elle était marrante, voire attendrissante dans sa robe de chambre rose sauf qu’elle restait  emmerdeuse, comme d’hab. Qu’en avait-il à cirer d’un rappel des consignes ?

Ouais, je sais que les patrouilleurs ne se déplacent qu’en binôme mais il ne s’agit pas d’une mission. C’est… disons personnel. Ecarte-toi, je vais embrayer.

Loin d’obéir, ne voilà-t-il pas que la miss sauta en selle alors que les vibrations atteignaient le seuil critique ?  
La secousse brutale l’empêcha d’enguirlander Emilia ainsi que mérité. N’empêche qu’il était furax et qu’il lui débita des vertes et des pas mûres  tout en sachant parfaitement que Clairborne ne pigerait que dalle vu l’absence de casque.
L’engin se stabilisait enfin au-dessus d’un des parcs bordant le Potomac que sa passagère le sommait de descendre ou d’au moins s’expliquer.  
Descendre ? Il devait le faire de toute façon. Néanmoins, il était hors de question de manquer une exploration minutieuse des environs.  Par ses jumelles spéciales d’observation nocturne, Kit détailla chaque sentier, buisson, rocher. Sa compagne ne la fermant toujours pas, il s’énerva :

Mets au moins le casque de la soute puisque tu tiens tant à piger... Ouais, c’est ça, j’ai un rencard. (Il rit sous la réplique mordante de la miss)Pas du genre que t’imagines ! Ce soir, je récupère Beauty… Là, je veux être certain qu’il n’y a pas de coup fourré. Oh ! À trois heures, des voitures en approche !

Planqués dans le ciel hors de portée d’un œil humain, le couple n’avait aucun souci à se faire pour sa couverture. Via observations, il devint manifeste que l’équipe adverse voulait le doubler. Trois véhicules au lieu d’un seul dont deux se dissimulèrent entre les arbres…
Que du moche en perspective.  
Étonnamment silencieuse, Emilia ne se retint pas davantage pour énoncer des vérités :

… une folie ? Mais non, ce sera du gâteau maintenant que je sais à quoi m’en tenir. Voilà comment je vais procéder…

Les plans les plus simples étant souvent les meilleurs, Kit avait dans l’idée d’échanger Beauty contre une pièce unique d’art précolombien. Il ne l’avait pas vraiment volée, juste troquée à Chaak contre un petit miroir poli qui l’avait enchantée.
L’air nonchalant, sous les étoiles du ciel d’été, il s’avança vers le trio de malfrat près d’un gros 4/4 muni d’une remorque. Aucun bruit ne résonnait hormis quelques hululements de nocturnes.  
Son copain Bob souriait comme… contraint. Il l’apostropha alors que Kit était encore à dix mètres :

N’avance plus, mon pote ! Ils veulent vérifier tes bonnes intentions d’abord. T’es armé ? Tu as le fric ?

Non, et non ! sourit Kit en retour.

Nom de Dieu Brown ! Tu viens sans rien ? T’es taré ou quoi ?

Pas sans rien, je t’assure. Je voudrais montrer une monnaie d’échange à tes… amis.  

Deux sbires surgirent de l’ombre dans son dos pour lui appliquer une fouille au corps sans douceur.  

Il n’a que ça sur lui ! brailla l’un d’eux en exhibant un petit paquet de toile brute. Ça, et un stylo !

Le « chef »( ?) – un petit asiatique vêtu d’un costume sombre à col Mao – ordonna à l’autre d’approcher tandis que le second tenait Kit en garde rapprochée.  

Voyons un peu ce que Mr. Brown prétend échanger contre sa chère moto.

À la lueur des phares du 4/4, le paquet déballé révéla une petite coupe de roche sculptée de multiples serpents. Le petit éclata de rire :

Ça vaut pas un clou ! On trouve ces trucs par milliers à la frontière mexicaine ! Dérouillez-les !

Pas si vite ! clama Kit. T’es nul en art précolombien ou quoi ? Ce truc est authentique, je le jure ! T’as pas amené d’expert ? J’avais demandé à Bob d’en amener un…  

L’autre retint ses sbires, l’air songeur.

Tu sembles bien affirmatif, Brown. Où as-tu déniché ça ? Tu l’as volé ?

Plus ou moins… j’ai reconnu un objet original dans un tas de pacotille. Tu en tireras bien plus que l’entretient de ma Beauty et des dettes de Bob envers toi. Tu as ton expert ou non ?  

Une des portières arrière du 4/4 s’ouvrit. Deux longues jambes sur des talons aiguilles en émergèrent. Kit, de par sa position éblouie face aux phares, n’en vit pas grand-chose. Il devina une femme élégante en train d’examiner l’objet soumis. Cela dura un temps certain, puis la femme sembla causer à l’oreille du petit qui hocha plusieurs fois la tête. Avant de la faire réintégrer la voiture. Il s’avança vers Kit. Sa voix nasillarde retentit :
Miss Tsang est formelle : ton bidule est authentique. Nous te remercions de ton « cadeau » comme gage de ta bonne fois. Procures-en nous une douzaine, et nous serons quittes.

QUOI ? s’étrangla Brown. C’est une pièce unique !

Trouves-en d’autres de la même veine. C’est ça ou tu diras adieu à ton bébé.  

Je refuse de profaner des tombes ! Rendez-moi Beauty sur-le-champ !  

Dans tes rêves, connard ! Tu as trois jours. Passé ce délai, je démantèlerai ta moto sans ménagement.

Déjà Kit chauffé à blanc, il vit rouge. Le stylo se brandit dans un geste vengeur. L’autre rigola, mais pas longtemps. Le rayon d’oubli paralysant le frappa de plein fouet. Bob ne se protégeant pas en reçut une dose aussi. Vite, Kit bondit vers la remorque dont il souleva la bâche.

*Que Dalle ! Nom de Dieu ! *

Mais, déjà le 4/4 vrombissait prêt à démarrer sur les chapeaux de roue. Mal lui en prit car une sorte de moto sans roues chevauchée par une jeune femme en peignoir s’interposa brutalement.

EMILIA, NON !

Trop tard. Un pistolet mitrailleur cracha tandis que les voitures restées en retrait rappliquaient à toute berzingue.  Kit en oublia sa profonde déception. Il ne voyait plus que la tache rouge qui s’élargissait sur l’abdomen de son intrépide coéquipière.

*NON ! NON !*

Affolé, Kit bondit vers le corps délicat qui s’affaissait doucement. Il aurait voulu porter une secours immédiat mais la proximité des malfrats l’en empêchait. Pas d’autre solution que de relever Emilia contre lui en prenant le guidon.  La panique jouant, Kit se goura dans les commandes du dateur si bien qu’au lieu du soir même, il revint au labo le lendemain alors qu’un certain baptême battait son plein dehors. Le sauteur arrêté, Kit se dégagea en portant une Emilia ensanglantée qu’il déposa aussi délicatement que possible au sol. Sur ce, Warrington se pointa talonné par Le colonel Watts qui tractait Dave.

MARTIN ! Elle a besoin de Martin !  

Quand on parle du loup…
L’affaire fut rondement menée mais lui fut éjecté du labo ainsi que tous les inutiles.  Bien sûr un flot de question lui tomba dessus :

… elle s’est interposée… lui avait rien demandé… c’est de ma faute, j’aurais dû la renvoyer…

Ses regrets ne pesèrent pas lourd sous l’œil assassin de Nell qui l’injuria un bon coup avant d’aller prêter main forte au toubib. Peut-être se souvenait-elle de techniques apprises pour 1492 ?
Kit tremblait de tous ses membres au point que Dave crut bon de l’appuyer contre le mur du couloir avant de le secoure tel un prunier pour le forcer à avancer vers le salon où un grand verre de scotch lui ramena des couleurs aux joues.

… Merci ! Je vais mieux, j’en avais besoin. Je vais aller faire la peau à ces fils de pute …

Selon Dave cela ne se pouvait. Pas de suite ni tel quel.  

… Patient ? Nom de Dieu, Dave ! Ils ont failli la descendre ! Ces salauds m’ont volé trois choses ! Ma Beauty, une statuette hors de prix, et surtout Emilia !... ouais, pas morte mais tu as vu comme moi qu’elle était mal en point. Je ne pardonnerai jamais…

Il se lamentait encore lorsque Nell se pointa avec des nouvelles réconfortantes.  Un petit saut discret avait ramené la blessée à l’étage dans son lit où Martin veillait. Maintenant, elle les engageait à faire bonne figure dans la société extérieure qui devait se poser quelques questions sur des allées et venues bizarroïdes.  

… Veux pas y aller. Je connais personne, tout le monde s’en fiche que j’y sois ou pas. Je vais en haut remplacer Martin qui, lui, est nécessaire.

On n’osa pas freiner le déterminé. Face à la porte de la chambre, Kit hésita pourtant. Les remords l’assaillaient tellement qu’il osa à peine gratter l’huis. Un Martin grave lui ouvrit.

Je viens te remplacer, ta place est avec tes invités.

Elle va bien Kit. Juste besoin de beaucoup de repos. S’il se passe quoique ce soit d’anormal, appelle-moi, ok ?

Planté à mi-distance entre la porte et le lit, Kit se damnait.

*C’est de ma faute si elle en est là… elle paraissait forte mais là… un oiseau tombé du nid… Qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi je ne l’ai pas renvoyée… ?... Ouais, parce que ça te plaisait qu’elle soit là, connard !! Qu’elle puisse juger tes qualités d’organisateur, ton intelligence ! Quelle foutaise ! *

Cessant ses atermoiements, il s’approcha du chevet pour, raide comme un piquet, s’y asseoir. Une main timide s’empara de celle de la belle endormie :

Emilia pardonne-moi. Je t’ai mise en danger. Je jure que cela ne reproduira plus jamais. Tu… tu passes avant tout, sais-tu ?


Il pressa contre ses lèvres la dextre abandonnée dans les siennes puis perçut… Un soupir ? Un rire ?
Le fait est que des paupières s’étaient soulevées, et les prunelles claires qui le dardaient étaient… éveillées. Électrisé, Kit réagit :

Tu te sens comment ? Tu as mal ? Je… j’appelle Martin !

Son ébauche de mouvement fut freinée par un vague signe de dénégation accompagné d’une pression plus instante des doigts fins sur les siens.

Tu veux que je reste ? (Un oui ?) Repose-toi. Martin a dit que tu irais bien. Mais(ton de reproche) aussi quelle idée saugrenue que de te mettre en travers de la route !  

Elle sembla s’énerver.

Là, là ! Calme-toi. J’accepte tous les torts dont tu veux m’accuser mais reste tranquille. Tu veux boire… euh, c’est vrai, faut pas boire avec le bide troué, suis con parfois.

Elle avait l’air si las, si fragile que – Dieu sait ce qui lui prit – Kit lui appliqua un doux baiser sur le front :

Dors, Milie. Tu m’injurieras tout ton soul à ton réveil, si le cœur t’en dis.

En début de soirée, lorsque Martin vint visiter sa patiente, il faillit rigoler en voyant un Kit en chien de fusil au pied du lit sans avoir lâché la main de la belle.

Kit fut expédié dans son lit, sans protestation possible. Une garde alternée aurait lieu, de même qu’une sorte de conseil de discipline exigé par le colonel Watts.
Le petit déjeuner fut le moment choisi pour débattre de ce qui s’était passé et des implications à venir. Le topo narré, Kit n’en démordit pas :

C’est à moi de régler ça ! Ces gars sont des parasites ; je vais tous aller les liquider !

La discorde régna…
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Dave Clayton
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MessageSujet: Re: Plan B ou comment recomposer le monde   Dim 27 Aoû - 15:54

Cruel cauchemar, d'autant plus qu'il était son jour le jour. En tant qu’écrivain Dave croyait avoir touché les plus sombres noirceurs de l'âme humaine, il avait joué et déjoué les impostures mais rien ne se comparait à les vivre en vif et en direct. Là, il était en enfer et avec lui bon nombre de pauvres hères logés tous à la même enseigne d'horreur. Soit, lui savait que tôt ou tard la situation serait reversée, que cette bribe d'histoire volée s'effacerait, et que pour la plupart ce serait un retour à la case départ mais en attendant,  il fallait endurer, survivre et essayer de se défendre.

Les journées de dur labeur débutaient tôt, très tôt, quand à peine l'aube colorait l'horizon et finissaient tard, au cas de toutefois finir parce que n’était guère extraordinaire de voir les heures de travail empiéter impitoyablement sur celles, si courtes, de repos, au point de le laisser disparaître dans un décompte d'heures infernales à trimer dans des conditions exécrables, enviant bœufs et chevaux de trait, qui eux avaient droit, en comparaison, à un traitement de faveur.

On va tous crever!, se lamentait Alonso Diaz en s'effondrant sur sa couche infecte où pullulait la vermine, demie heure...rien que ça et on a pas mangé de la journée...il avait promis...

Oublie les promesses!, grommela Dave/Diego en se grattant le menton sous sa barbe sale, profite plutôt pour te reposer un peu...vais voir si je trouve un peu de nourriture!

Tu vas encore aller voler aux cuisines?, s'alarma un autre compagnon, l’œil luisant de mauvaise fièvre, tu vas te faire pincer, Diego...Impéro a plus d'un grief et...

Te bile pas, Pedro...je m'arrange!

Et pour s'arranger, il le faisait, jouant de mille astuces, misant sur l'aide de quelques "volontaires" tournés à leur cause et de celle, précieuse, d'un certain Henao de Mena qui jouait des pieds et des mains pour améliorer leur misérable existence. Combien de fois ne s'était-il pas causé des blessures, pas trop graves quand même, pour avoir droit à cinq minutes de soins et quelques mots.

Tu ne devrais plus faire ça ! lui chuchota Nell en lui pansant le poignet. Tu as du nouveau ?

Pas grand chose...mais il y a de l'espoir, je veux y croire...on n'est pas les seuls à en avoir marre de ce fou...il s'en prend même à ses gardes...me doute que tu en sais plus long que moi.

Soupir et hochement de tête, tout amoché passant par ses mains, le toubib n'en ratait pas une des exactions brutales de Davies.

De mon côté, j’ai confirmation et plan des appartements impériaux…, souffla Nell/ Hénao.

Bien, ça nous servira tôt ou tard...Des nouvelles des "petits"? ...Non plus, je m'attendais à quelque chose mais rien... pour le moment j’ai des gars mal en point...t'aurais pas quelque chose?...ouais, la routine...

L'entrée en scène d'un garde, de ceux loyaux au tyran, mit fin à l'entretien, l'homme houspilla Dave en le malmenant un peu et conseilla au toubib de ne pas perdre son temps avec la racaille. Il sortit de la pièce en traînant les pieds, tenant contre la poitrine sa main blessée, dissimulant les médocs que Nell lui avait filé. Un nouveau détour le mena jusqu’à la porte des cuisines "impériales" d’où s’échappaient des effluves à donner l'eau à la bouche. Le garde qui était de faction, Davies l'avait fait fouetter pour des vétilles quelques jours plus tôt,  et depuis, le gars en gardait un profond ressentiment et commençait à comprendre le pourquoi du comment de ce courant de dissidence qui faisait lentement s'ébrouer la machinerie de la révolte.

*Sème du vent, récolte des tempêtes!*

Jamais cela n'avait été plus près de ressembler à la vérité. L'ex-major Davies, devenu pour les effets: Impéro alias le grand maître absolu de ce nouveau monde acquis à force de traîtrise et crime, semblait avoir une idée tout à lui, très ressemblante à celle de tout tyran, pour mener son impériale conquête. Hélas, pour lui, il s'y prenait comme un pied, ne réussissant qu'à se faire détester de tous, alliés compris. Et bien entendu, cela aidait plus que bien la cause entreprise pour l'envoyer se faire voir en enfer.

L'histoire du supposé journal tenu par Impéro donnait de quoi gamberger. On n'avait aucune confirmation de ce fait mais cela ressemblait bien à un homme comme Davies. Il était de ceux qui ont besoin de pérenniser leur œuvre. Ça commencerait par un simple journal, un max détaillé, le plus sûr, pour après passer aux fresques l'immortalisant pour finir avec des œuvres majeures de celles qui tissent les légendes.

Encore une de ces journées sans fin. Après avoir eu droit à deux maigres heures de repos largement mérité, les gardes plus hargneux que d'habitude avaient escorté le groupe de travail jusqu'au nouveau chantier.

Et vous avez intérêt à ce que ce soit vite fait!, ricana le chef des gardes, ce soir même, compris!?

Diego Alvarez et ses compagnons échangèrent un regard navré. Compte tenu de l'état des lieux, la poudrière qui avait sauté et le support énergétique endommagé, il faudrait des jours de travail acharné et des outils plus performants que ceux qu'ils avaient pour venir à bout de la tâche imposée. Et comme il ne se gardait jamais de donner son avis, Diego/Dave ne fit pas exception.

Impossible, vous pouvez le dire à votre maître. Qu'il améliore nos rations, nous donne des bons outils s'il veut un travail bien fait...dans des délais raisonnables!

En réponse il reçut un coup de fouet au temps que l'ordre de la fermer et se mettre au travail, ce qu'ils firent animés par le fouet et les mots "encourageants" des gardes.

Vous savez ce qui reste à faire, les gars!, souffla Dave et tous comprirent au demi-mot.

Mine de rien, en donnant l'impression de travailler pour de bon, on bâclait plus qu'on ne réparait, causant des dommages en conséquence, difficiles à détecter pour les béotiens qui les surveillaient.

Il sentit la présence d'un garde à son dos mais poursuivit son travail comme si rien.

Dave, c'est moi. Trouve un moyen pour faire une pause. Je serai dans la réserve encore 10 minutes.

Cette fois, Dave dut prendre sur lui pour ne pas se retourner, se contenant d'un grognement agacé.

Vais chercher des clous!, informa t'il en allant vers la dite réserve. Le moine avait une allure presque comique attifé dans un uniforme trop étroit, bon de te voir...

Le moment se prêtant mal aux platitudes sociales, on entra sans détours au vif du sujet. Kit et Emilia avaient des alliés. Une tribu, crut comprendre Dave, le débit du canadien le confondait un peu. Il fut rapidement question du fameux journal dont l'existence semblait s'être muée en certitude, le pourquoi du comment ne put être éclairci car un des gardes crût bon s'amener lui donnant juste le temps de réceptionner les armes que Kit lui filait et les cacher. La suite n'était que prévisible. Kircher était un de ceux qui faisait du zèle. En un temps deux mouvements il éventa l'imposture, fut sûr que le pauvre moine mal fagoté n'avait rien d'un garde et ravi embarqua aussi le charpentier coupable de Dieu sait quoi en plus de trop tarder à dénicher ses clous. On y alla droit chez le grand boss.
Davies jouait à fond son rôle d'empereur suprême, tempêtant majestueusement. Il haranguait son petit monde quand le zélé de service fit irruption avec ses prisonniers.

QU’EST-CE QU’IL A ENCORE FAIT ? beugla-t-il aussitôt.

Et évidemment ce n''était pas du moine qu'il parlait mais de sa bête noire par excellence: le charpentier. Sans le reconnaître jamais, la haine vouée à Diego Alvarez semblait être la transposition de celle portée à Dave Clayton, comme quoi, il  y a des choses qui ne changent jamais! Mais  pour une fois, son attention fut distraite par la présence du moine qui pour éviter des longueurs peu nécessaires jugea bon décliner son identité, la fausse, s'entend. Ce qui ne marcha qu'à moitié, d'un côté cela acquittait le charpentier mais d'une autre cela servit d’exutoire au tyran.

Peloton d’exécution première heure demain.

*Et merde!*

Déjà on le bousculait vers la sortie. Dave se retrouva dehors, endolori et furieux,conscient qu'il fallait alerter Nell de la nouvelle tournure de la situation.

*Mais qu'est ce qu'elle fout Emilia?*

La question était bonne mais pas le temps d'approfondir. Retrouver Henao de Mena et lui filer l'information en deux trois mots ne fut en rien aisé, le téléphone arabe fit le reste.
Attendre. Attendre des heures. Des heures mortes figées dans l'angoisse, faisant semblant de travailler tout en restant aux aguets. Peu dormirent cette nuit la, Dave ne fut pas de ceux-là. Il avait récupéré les armes fournies par Kit et comptait bien s'en servir le moment venu. Impossible d'en filer une à un de ses compagnons...qu'aurait fait un gars du 15ème siècle avec un paralyseur du 23ème? Sans doute s’affoler et faire des ravages là où on n'en avait pas besoin. Il partagea son butin à bon scient avec deux gardes ralliés à leur cause.

La cour grouillait d'activité. Impéro tenait apparemment à faire de l'exécution du moine une sorte d’exemple. Le pauvre homme, malmené fut attaché au poteau. Sur l’estrade d'honneur, Davies jouissait  de chaque seconde du spectacle.

*Immonde charognard...tu vas payer...et si je peux, c'est moi qui vais te la passer, l'addition!*

Mais voilà que le moment venu, rien ne se passa comme on pensait. Le soudain début de métamorphose du moine en Kit, le canadien ébouriffé, déclencha les événements de manière insolite. L’intervention, très opportune, de Miss Clairborne laissa la chose dans le flou et permit une réaction massive et assurément inattendue. Nul dans l'entourage d'Impéro ne sut ni put prévoir que cette foule de hères miteux puisse réagir de la sorte. Pris de court comme tout un chacun Davies se mit à hurler comme un forcené ordonnant à ses hommes  de tirer dans le tas, ce que qu'ils firent, encore cette fois sans s’attendre à la féroce riposte de ceux crus démunis de tout.

Énergie du désespoir? Oui. La liberté entrevue, rien n'arrêta la masse esclave qui déferla, vengeresse, les alliés promis par Kit entrèrent dans la mêlée, efficients et meurtriers, après touts ce n’était que la juste revanche contre cet ennemi indigne qui les avait dépouillés de tout. Dave oublia carrément n'avoir jamais été de nature violente, et se montra impitoyable, sans aucune arrière pensée. Il aperçut Nell, armée d'un pic soporifique mettre hors combat des hommes qu'il aurait tué sans plus.

*Une lionne au cœur tendre, ma Nell!*

Nell qui s’arrangea, Dieu sait comment pour le rejoindre alors qu'il expédiait un récalcitrant aux limbes.

Ça va?, voulut elle savoir au temps de piquer un tiers mal luné de son arme improvisée, tu as vu Davies?

Disons que j'ai eu des meilleurs jours, assura t'il en paralysant un autre hargneux, non, ça fait un moment qu'il a filé, le salaud...Attention!!!, il fit jouer son laser, ta cousine et Brown l'ont sans doute vu et suivi...

Tu crois qu’ils l’auront ?

Avec un peu de chance, oui...

Et puis, aussi soudain que commencée, la bataille cessa. Les hommes de Davies qui n'étaient inconscients ou morts comprirent que résister encore ne ferait qu'empirer leur sort déjà plus qu'incertain.

C'est fini, clama Dave, c'est fini...ils auront ce qu'ils méritent après être jugés!

Ils ne nous auraient pas épargnés!, protestèrent quelques uns.

Mais nous le ferons parce que nous ne sommes pas des monstres comme eux! Calmez vous, on va s'organiser...d'abord on s'occupe des blessés puis chacun mangera à sa faim et boira à sa soif!

Cela sembla apaiser  les esprits. Ils n'eurent pas le temps de mettre à exécution leurs bonnes intentions. Un petit groupe de femmes indigènes s'interposa , à leur tête une femme nommée Muyal qui assura qu'elles prenaient le relais pour soigner qui en aurait besoin.

Avant tout, réussissez complètement votre mission!, puis sans dire plus s'éloigna avec ses suivantes.

Drôle de bonne femme, elle m'a l'air d'en savoir bien plus long que supposé!

Nell ne dit rien et il n’insista pas, préférant aller s'assurer que les autres livrés à eux-mêmes n'aient aucune idée pendable. Mais tout semblait se dérouler pour le mieux. On travaillait aux cuisines, sans besoin d'ordres précis, préparant à tour de bras de la  véritable nourriture pour cette foule d'affamés. Dave sentait aussi ses tripes gargouiller mais se garda bien d'exiger un traitement de faveur. Son tour viendrait.
Il retrouva Nell, réunie enfin avec sa cousine et le canadien. Ces deux derniers avaient récupéré leur apparence normale sans qu'on n'ait une explication valable pour cela.

*Bah...ça ne saurait tarder!*

Il aurait donné cher pour un bain et un bon repas mais auparavant, il fallut exécuter les ordres d'un Lescot dépassé d'émotion. Ce qui pouvait sembler une tâche à rallonge ne fut qu'un jeu d'enfants pour eux qui se mouvaient dans le temps, effectuant des sauts durant des secondes mais englobant des mois d'histoire, ce qui leur permit de retracer les faits et gestes de Davies depuis le début de sa sinistre aventure. Le fameux journal fut de grande aide pour le pister avec toute la précision nécessaire.
C’était la fin d'un mission exténuante. Cette nuit, non loin de Tulum, ils établirent un campement avec tous les avantages du 23ème siècle...entre lesquels des douches.

Être propre, passer des vêtements dignes de ce nom. La métamorphose était survenue sous le jet d'eau chaude et fut confirmée face au miroir.

Regardez ça...suis moi...Hey, dites donc...il me semble voir une rouquine par là!

Mus par un émoi identique il sembla un instant qu'ils se jetteraient dans les bras l'un de l'autre mais se contentèrent d'une accolade bien sentie. Point barre.

*Qui sait? Peut-être un jour elle y verra clair...et ça fera moins mal!*

Ce n'était pas pour demain la veille, ni le jour d'après. Il le savait, elle semblait le pressentir mais ils n'en parlaient pas. Et apparemment, c'était bien ainsi! La lune sur Tulum et les bienfaits du devoir accompli avaient ils un effet lénitif sur certains? Peut-être sur Kit et Emilia qui pour le moment ne se disputaient pas, comme d'habitude. Dave et Nell demeurèrent fidèles à eux mêmes et on n'y vit que de la camaraderie de bon loi.

Et vint le jour des efforts récompensés. Ou plutôt le soir. Le commandeur en chef, Lescot, semblait avoir vraiment envie de bien faire les choses. La belle soirée prévue commença par des éloges, qui, le cas étant n'étaient que très mérités. Brown, Clairborne et Clayton furent promus au grade de sergents. Amen!

Dave était satisfait mais pas heureux. À son avis, justice n'était pas vraiment rendue.

*Et Nell quoi? Après tout ce qu'elle a fait!*

Le commandeur Lescot semblait, suivant son habitude, lu ses pensées ou peut-être, pour son mérite, eu l'idée tout seul.

Dans l’euphorie, j’ai failli omettre de citer le Capitaine Watts que, désormais, tous salueront comme Colonel Watts !
 

*Et voilà!*

C’était tout bête, à présent il était absolument ravi. Sans qu'une pointe d’égoïsme ne vienne ternir ce bonheur. Dave était heureux de voir la gamme d'émotions qui se succédèrent sur le visage de Nell. À l'incrédulité du premier instant fit place à une fierté étonnée, puis à une satisfaction évidente.

*Qu'est ce qui lui court dans la tête, là?*


Dave avait sa petite idée de ce qu'il aurait fait à sa place. Le grade de colonel ouvre bien plus de portes que celui de sergent, surtout celles d'un certain archive dont il aurait volontiers eu connaissance.

*Elle fera à bon scient...Nell a toujours la tête à sa place!*

Félicitations, mon colonel, c'est plus que mérité!

Charmant échange de politesses s'en suivant avant rappel d'autres obligations qui les ramenaient illico au 21eme siècle.

Il y a un baptême qui nous attend...Alexander...le petit de Martin et Toni!, valait mieux spécifier, pour si jamais.

Et qu’offre-t-on à un filleul ? Je n’en ai jamais eu…

Ben, c'est une première pour moi aussi...t'en fais pas, suis sûr qu'on trouvera ce qu'il faut!

Mieux jouer les optimistes, sans aucun doute Louise saurait les informer sur ce cas de figure.

Parce que là, il s'agissait de rentrer à la maison. Pour Dave, en tout cas. Depuis le temps qu'il se sentait chez lui auprès d'Henry et Louise qui savaient si bien être la famille qu'il aurait toujours souhaité avoir.

Ce fut un joyeux retour. Le temps état tout aussi relatif qu'il le faut, leur absence n'avait pas été aussi prolongée qu'elle ne leur avait semblé. Si pour eux des mois s'étaient écoulés, des longs et amers mois, pour les Warrington il n'avait été question que de deux ou trois semaines, bien employées s'il fallait croire au compte rendu d'un Henry assez dépassé par les éventements.

Vous dis pas, ces allers et retours, ces patrouilleurs paumés...et puis cette histoire de baptême...Martin lui, il travaille ailleurs mais moi..ah ces femmes...

On savait exactement comment se passaient les choses chez Henry Warrington, n'empêche qu'il avait l'air le plus ravi du monde et avait même profité de ce temps pour travailler sur une qu'autre nouveauté, et pas des moindres...comme l'invisibilité des sauteurs.

Fantastique...incroyable qu'on ait zappé ça...tu es un génie, Henry...mais si ça ne te fait rien on voudrait plutôt se reposer un peu...se changer les idées, quoi!...Non, Henry, c'est toujours pareil, on a eu une dure mission, maintenant elle est colonel, moi, sergent...mais on est...bons camarades, point c'est tout!

Le cher homme eut l'air de ne pas en croire un mot mais la conversation en resta là, pour le moment. Par contre quelqu'un d'autre semblait avoir de la suite dans ses idées...une drôle de suite!

Mais, Toni...tu ne crois tout de même pas que...

Mrs. Lescot s'était contentée de le fustiger d'un de ses regards pointus accompagné d'un commentaire en allemand sans doute encourageant quoiqu'il avait des allures d'ordre impératif.

C'est pas une liste, ça...c'est pire que les 12 travaux d'Hercule!, avait il quand même réussi à grommeler.

Ben ça devrait aider...na und!?, demi tour droite, ravie de sa trouvaille Toni allait s’occuper ailleurs.

*Elle est folle!*

Ou pas du tout...en fait Toni savait exactement ce qu’elle faisait!

Nell semblait aussi prise de court que lui.

Désolé, colonel, mais il semblerait qu'on est les seuls à pouvoir mener à bien cette mission...voici la liste!

Et elle était longue. Longue et détaillée, pas question d'improviser, on ne leur en laissait pas le choix.

Berlin en Décembre. Neige, froid, senteurs à cannelle et vin chaud mélangées avec celle de saucisses grillées et barbe à papa. Musique et foule en mouvement.

Qu’est-ce que tu as mis comme date ? On n’est pas en juin, là… 

Ben non, rigola Dave en relevant le col de sa veste, on est en Décembre et c'est Berlin...un marché de Noël...la liste de Toni est claire...ce qu’elle veut ne peut que se trouver ici...mais avant, suis de l'idée de nous acheter quelque chose à mettre sous peine de cailler sur place!

Pratiquement en  face du marché de Noël se trouve le magasin emblematique de Berlin: le KDW (Kaufhaus des Westens), certainement pas un Prisunic mais c'était là leur moindre souci...en fait n'en ayant aucun, ils s'amusèrent comme des petits fous en faisant leur achats et une fois parés pour affronter l'hiver berlinois ils se mêlèrent en toute gaieté de cœur à la foule joyeuse.

Viens par là, dit Dave en la prenant du bras, tu dois goûter ce vin chaud...et après surtout pas rater les galettes de pomme de terre avec de la compote aux pommes... Oui, suis venu il y a des années...Je m'étais promis de revenir...*Avec toi... je voulais passer notre premier Noël ici!*

Elle riait. Lui aussi. C'est bon, la camaraderie et pourtant il avait affreusement mal à l'accepter. Elle était si proche tout en restant hors d'atteinte. Il la regardait, guettant le plissement des ses yeux quand le rire la gagnait ou la petite ride sur son front quand elle réfléchissait à quelque chose ou encore sa façon d'agiter ses mèches rousses...ou ceci ou cela...

Ils finirent leur balade au hall de l'hôtel Kempinski, frigorifiés et ravis.

Nous avons réservé deux chambres...Watts et Clayton!, petit clin d’œil amusé envers Nell, ça communique mais je sais que tu n'as pas peur du noir!

Bien entendu elle n'avait pas peu du noir ou de n'importe quoi d'autre. Malheureusement! Dîner au restaurant, repas exquis. Petit verre au bar avant d'aller dormir. On se souhaita bonne nuit de la façon plus gentille et bon enfant qui soit. Le lendemain se passa a découvrir quelques coins intéressants de cette ville trépidante. Dave jouait les guides touristiques, s'y prenant plutôt bien.

La plupart des quartiers du centre ville a été détruite lors de la 2ème guerre mondiale...tout ce qu'on voit à présent, et qui a l'air ancien n'a été reconstruit que bien après...Ils ont bien fait les choses!

Berlin fut histoire de deux jours. Le saut suivant les mena à Paris à une époque où il faisait bon vivre et personne ne semblait se soucier du futur. L’impressionnisme prenait son essor. Fascinés par l’éclat des couleurs et formes, Dave et Nell, déambulèrent tranquillement découvrant, ci et là, ceux qui seraient reconnus comme chefs d’œuvre moins de 100 ans plus tard. Nell eut le bon coup d’œil en dénichant un certain tableau, entrevu dans le bureau du commander, un petit chef d’œuvre cela va sans dire.

Dave, celui-là C'est lui qu'il nous faut!

Qu'à cela ne tienne, la toile acquise, et roulée dans les fontes, d'autres horizons s'offraient à eux. Pas peu, ni des moindres. Un véritable périple entre époques et lieux. Ébouriffant, joyeux, le tout dans la plus parfaite des camaraderies. Nell était de bonne humeur, sans se faire des idées, du moins elle en donnait l'impression. Dave, lui, souriait de bon cœur mais son humeur n’était pas si belle et ses idées partaient dans tous les sens.

*Si ça continue comme ça...je pète un câble!*

Mais le moment n'était pas encore à ça! Retour au foyer avec leur butin. Accueil décoiffant de la part d'un Oscar démené, chaleureux celui des Warrington,  censeur tout en restant doux au cœur celui de l’ineffable Kathleen Clayton dans toute sa splendeur outrée.

Je veux bien que tu sois occupé à courir le temps, mais tu pourrais tout de même trouver une minute pour rassurer ta vieille grand-mère!

Désolé, Gran...mais au 15ème siècle on n'avait pas Whatsapp!...Je vais bien, ne t'en fais pas!, il embrassa sa joue parcheminée, et tu ne seras jamais vieille...tu as une allure superbe, Gran!...Et, voici Nell!

Je vois bien, mon petit, je vois bien, un beau sourire et deux mots aimables pour le colonel Watts qui s'éloignait avec sa mère, avant de se tourner vers Dave en baissant la voix, mais elle n'a pas la moindre idée de qui je suis...j'espère que tu auras eu un peu plus de chance, mon petit!, elle lui flatta doucement la joue, pas trop hein?

J'adore ta perspicacité!, admit il, sans joie.

Tes beaux yeux sont des piètres menteurs, mon ange et je te connais trop bien, elle soupira, attendrie, croisa sagement les mains sur son giron, soupira de nouveau puis reprenant toute sa contenance riva son regard dans celui de son petit-fils, à mon avis tu n'as que deux options!

Ah bon? Et ce seraient lesquelles, s'il te plaît?
, mieux valait s'asseoir, connaissant aussi très bien la dame, Dave savait que quelque savant conseil suivrait.

Le premier est que tu continues de lui couler des regards de merlan frit, ce qui, entre nous, risque de devenir lassant autant pour toi que pour elle qui ne semble pas y voir trop clair, soit tu joues de ton charme, la séduis sans faire trop de chichis...et de ça, je sais que tu en es très capable, et la miss, tout colonel qu'elle soit, n'aura d'autre ressource que perdre la tête...après quoi, on se fiche un peu de sa mémoire défaillante...ça reviendra du tout au même!

Franchement, Gran, tu as des idées très mais alors très poussées!

Kathleen Clayton rigola en douce, l’œil malicieux.

Je suis vieille, mon chéri, mais je sais encore long sur la nature humaine et si l'amour est bon...même l'oubli n'y peut grand-chose!

Dave se garda bien de lui dire qu'il avait eu à peu près la même idée, que sa grand-mère adorée lui donne si gentiment sa bénédiction ne fit l'encourager dans son dessein.

Le baptême fut émotif à souhait. Tout se déroula avec une rare perfection même la lumière dorée, à travers les vitraux éclairant "divinement" la cérémonie qui se déroula sans plus d'encombres que la mauvaise humeur du baptisé qui n'agréant pas du tout être tiré de sa douce sieste par l'aspersion rituelle, leur laissa connaître la puissance ses poumons.

*Tout à fait dans le genre Lescot, le mioche!*

La réception qui s'en suivit promettait bien de joies et se déroulait dans toutes les règles de l'art, quoiqu'ils ne pouvaient ignorer la présence de deux invités. Kit et Emilia avaient raté la cérémonie à l'église n'étaient pas plus dans ce jardin si bellement arrangé.

Ils sont où?, demanda Nell, à voix basse.

Suis mal placé pour le savoir...en train de ses disputer, sans doute!, après tout c'était l'occupation favorite de ces deux-là.

Ce à quoi le colonel Watts protesta en assurant que sa cousine avait changé même si les traits demeurant.

Va savoir!

Et voilà que soudain, cassant l'ambiance sans histoires, Henry lâchait tout et filait comme un demeuré vers l'intérieur. Louise sans perdre la tête leur souffla l'information nécessaire pour les faire s'élancer à leur tour vers le bunker.

Ce qui les y attendait eut l'heur de les priver, un instant du don de la parole.

*Mais qu'a donc fait ce con!?*

La question était de rigueur face au spectacle offert par un Kit à la mine défaite soutenant une Emilia, en robe de chambre d'un rose déplacé, ensanglantée, totalement inanimée.

MARTIN! Elle a besoin de Martin!, hurlait le canadien désespéré, hors de lui de les voir plantés là trop sidérés, deux secondes, pour réagir.

Et bien sûr,  on fonça. Tous du même élan, pluie de questions. Emilia posée à même le sol fut relevée et placée sur une table rapidement dégagée par un Majors dépassé. Dave lui écarta un Kit qui éperdu n'était pas de grande aide surtout que Martin venait à la rescousse.

Mais bon sang, qu'est ce que vous faisiez, tous les deux?, voulut savoir Dave, oui on a pigé qu'elle s'est interposée, que tu ne lui avais rien demandé...Arrête de glapir, calme toi!...oui, j'ai compris, c'est de ta faute...mais tu n'arranges rien, là, en plus tu ferais mieux de te tenir loin du colonel, c'est sa petite cousine après tout...et puis, si j'y vois un peu clair tu t'es servi d'un engin de la PTE pour aller régler une affaire personnelle alors que tu sais que c'est pas le mieux à faire!, mais pas la peine de le sermonner, le pauvre gars était en quasi état de choc et tremblait de tous ses membres, allez...du calme, mon pote, viens prendre un bon scotch, ça te remettra!

Mr. Brown crut bon opposer une certaine résistance et Dave qui ne brillait pas par sa patiente commisération n'y alla pas de main morte en le secouant "gentiment".

Tu viens!!! Ce n'est pas un conseil mais un ordre!, il s'en fallut de peu pour qu'il ne l'empoigne de la peau du cou comme un chat rétif.

La généreuse dose de bon whisky qu'il avala sembla rasséréner un peu l'esprit survolté du canadien...juste un peu. En tout cas des drôles d'idées se déroulaient sous sa tignasse ébouriffée. Il voulait se venger, faire la peau des infâmes et Dieu sait quoi d'autre.

Écoute, mon vieux, je comprends très bien ce que tu ressens, mais c'est pas la façon de s'y prendre. Sois patient et...

Aurait-il invoqué quelque diablerie que l'autre n'aurait mieux réagi.

Patient ? Nom de Dieu, Dave ! Ils ont failli la descendre ! Ces salauds m’ont volé trois choses ! Ma Beauty, une statuette hors de prix, et surtout Emilia !

Dave ne fut pas sans remarquer que Miss Clairborne semblait en tête des priorités, ce qui, compte tenu des relations normalement assez aigres entre ces deux là, était un progrès indubitable.

Emilia ira bien, elle entre des bonnes mains..., cela donna lieu à une nouvelle tirade qui laissa, quand même, très en évidence, que le jeune homme sous son air ronchon d'ours mal léché avait des bons sentiments...et pas que pour Emilia.

*Tiens donc!*...Au fait, il devait à tout prix savoir, c'est qui, Beauty?..Ah bon!?...Ta moto...ok, excuse moi, ta Harley...oui, oui, je comprends...tu y tiens et feras n'importe quoi...C'est bon, c'est clair mais pour le moment, tu n'en feras rien, compris!?

Pas facile de raisonner cette tête de mule. Nell apportant des nouvelles réconfortantes sur l'état de la blessée mit fin à la conversation. Kit refusa carrément de se joindre à la société réunie pour le baptême, préférant aller veiller le repos de la miss en récupération.

Curieuse façon d'agir, du gars, rigola Dave en observant la moue réfléchie du colonel Watts, et du coup il semblerait que tu es d'accord avec moi!...Il y a quelque chose en l'air, là...tu n'as vraiment rien remarqué?

Nell se contenta d'un haussement d'épaules et un sourire en coin en préférant se joindre au reste de ce beau monde occupé à bien s'amuser ignorant des troubles suscités.

Le dernier invité était parti depuis longtemps. Un calme délicieux régnait dans la maison qui avait ressemblé toute la journée à une ruche laborieuse. Dave savourait le silence et un dernier verre quand Oscar, se souvenant de son existence vint quêter un gros câlin et sa promenade du soir. IL venait de lui mettre sa laisse quand une apparition inattendue le réjouit.

Je te faisais en grande conversation avec ta mère!...Juste que j'imaginais qu'elle aurait envie de longuement bavarder avec toi, après tout ça fait un bail que vous ne...ok, je comprends...Non, Gran a préféré aller dormir, toutes ses émotions la fatiguent, mine de rien elle a son âge...

Le colonel Watts, en mode Miss Watts tout court ne semblait pas trop encline à s'étendre sur les émois maternels, acceptant plutôt un petit verre pour tasser les diverses émotions du jour. Oscar grogna mais s'allongea paresseusement non loin d'eux, les jaugeant d'un œil critique avant d'opter pour un roupillon.

Quelle journée!, commenta Dave en se rasseyant en allongeant les jambes avec un soupir d'aise, mais enfin tout se tasse...Emilia va mieux, Kit s'est calmé et tout le reste s'est déroulé normalement...Oui, je sais, pas idéal ce qui s'est passé...Oui, j'ai parlé avec lui...problème personnel, comme supposé...un truc avec sa moto volée...le reste tu as entendu toi aussi...Emilia ne voulait pas le lâcher..., silence réfléchi du côté Nell, il but deux gorgées en la regardant du coin de l’œil, ils ont pas mal enduré ensemble, ça les a uni...*Comme à nous jadis!*...J’espère que le gamin n'aura pas de problèmes à cause de ça, il a agi impulsivement, ce qui lui ressemble...

Elle ne sembla pas trop disposée à donner des détails sur ce qui pourrait se passer.

Je suis prêt à parler en sa faveur, si nécessaire, dit-il en se levant tout à coup comme s'il lui était impossible de rester là à papoter comme si rien, et de l'aider autant que possible dans ses desseins qui ne sont que très justes, on lui a volé son unique bien et en plus on a fait mal à sa précieuse Emilia...crois moi, je ne l'aurais pas pensé deux fois de m'être trouvé dans à sa place...et maintenant je vais aller balader ce fou de chien, ça te dit venir avec nous? Promener Oscar est toujours une source d'émotions vivifiantes, surtout si on croise un chat en chemin!

Mais les chats se tinrent à distance, Oscar se comporta exemplairement et la promenade se passa le plus gentiment du monde en bavardant comme des bons copains, pour après rentrer, et aller dormir sans plus.

Dave dormit peu et mal. Il se sentait misérablement piégé dans une situation dont il ignorait les aboutissants. L'attitude de Nell le déboussolait, tantôt elle semblait ravie, pour un instant après remettre de la distance comme si elle ne savait, non plus, déjà ça, comment tourner l'affaire.

Le lendemain, réunis après le petit déjeuner, se tint une espèce de conseil de discipline. Kit, d'emblée, se montra tel un fauve traqué, prêt à mordre et à griffer. Il tenait dur à sa petite idée, ce qui somme toute n'était que toute justice. On débattit de long en large, essayant de lui faire entendre raison. Le canadien demeurait buté, ferme dans son bon droit de faire justice à sa façon.

Bon, ça suffit avec la discussion!!!, gronda Dave en tapant sur la table si fort que tous sursautèrent, on a pigé: t'es fâché, tu as bien le droit de l'être mais c'est pas les bas fonds ici! Tu as des démêlés avec des gens très peu convenables, tu ne l'as pas cherché, c'est tombé tout seul suite à un malheureux concours de circonstances. C'est bon pour moi!, regard alentour pour constater que tous semblaient à peu près d'accord, suis partant pour te filer un coup de main...pas demain ni le jour d'après, cela demande un peu plus de doigté que se lancer tête en bille si on ne veut pas avoir des résultats comme ceux d'aujourd'hui.

Il eut droit à un regard de travers plus moue renfrognée de part du mis en question mais passa outre. Nell, bien plus posée, sans rien perdre de son autorité, donna son avis, qui ressemblait, heureusement au sien. Kit ruait dans les brancards pour ne pas déroger à la coutume.

Il n'y a pas trente six façons de faire les choses, Kit, pour réussir un bon coup faut le peaufiner, faisant gare aux détails. Tu as joué d'un atout fantastique mais tu as mal calculé pour et contre. L'effet surprise aurait pu réussir face à un seul adversaire mais tu t'es fait avoir par plus futé que toi! Comme quoi, on révise les données!...Non je ne me prends pas pour un stratège fantastique...suis écrivain, nom de Dieu, suis censé d'avoir de l'imagination!...J'ai un plan!

Un plan on ne peut plus simple, selon lequel il suffirait de jouer adroitement avec le temps, ce qui ne demandait pas autre chose qu'une bonne connaissances des faits.





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