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 L'héritier légendaire d'ailleurs

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Kit Brown
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Messages : 8
Date d'inscription : 12/11/2016

MessageSujet: L'héritier légendaire d'ailleurs   Sam 7 Oct - 21:00

Depuis qu’il avait été en âge de regarder les filles et de jouer ensuite avec elles à autre chose qu’aux dominos, Kit Brown n’avait eu que l’embarras du choix. Heureusement pour la morale, la tribu qui l’hébergea lui imposa des règles strictes, un code d’honneur inviolable, du moins vis-à-vis des femmes de la communauté. Pas que l’on poussât les jeunes hommes à devenir moine, mais il était hors de question de déflorer une pucelle du clan à moins de l’épouser dignement.  On tenta bien de le caser une paire de fois avant de conclure à peine perdue. Kit aimait sa liberté plus que le reste. Jamais, il n’envisagea de convoler sans pour autant se priver de charmantes occasions de passage.
D’une manière générale, il jugeait vite les gens, avec justesse, en sus. Et aucune donzelle ne lui avait paru suffisamment intéressante pour s’arrêter plus d’une nuit dans ses bras. L’abstinence, il connaissait bien sans que cela ne le gêne outre mesure. Faut dire qu’avec son écolage à la PTE, les horaires étaient tels qu’aucun batifolage ne l’avait tenté. Puis, il y avait eu un baiser échangé dans des circonstances très particulières, une sorte de réflexe pour se prouver que l’on est vivant, rien d’autre… Autant s’en persuader, non ? Car la demoiselle ayant réveillé ses sens endormis n’était pas du tout le genre attractif ordinaire.  Beau brin de fille, certes, mais cervelle de moineau. Quoique…  Au fil des jours et des missions, Kit s’était rendu compte de l’évolution de Miss Clairborne.  Pas sotte du tout, sensible, elle était loin de l’image première dégagée. N’empêche qu’elle demeurait une sérieuse enquiquineuse et un pot de glu pas possible.  
Que ressentit exactement Brown en la voyant mal en point après avoir fourré son joli petit nez où il ne fallait pas ? Difficile à dire.  De l’angoisse ? Assurément ! L’ampleur de celle-ci le fit beaucoup cogiter ensuite.  De la colère ? Impossible autrement car merde ! C’était de sa faute à elle si Emilia s’était fourrée dans ce pétrin. Bon… peut-être aussi un peu de la sienne propre. Il aurait pu dévier le sauteur, le faire revenir au labo, et elle avec. Mais non ! Il avait bêtement accepté sa présence sans se douter des conséquences, qu’elle serait assez stupide pour s’interposer dans une situation qui ne la concernait aucunement. La voir dans cet état calamiteux l’avait profondément chamboulé, trop selon ses critères. Il y penserait plus tard – ou pas - voilà tout.
En attendant, restait le passage au « tribunal ».
Somme toute, si Kit râla, ce fut surtout pour la forme. Il s’en sortait bien, sans savon du colonel et même avec promesse de l’appui général.
 
*L’écrivain a un plan ? Ben voyons !...*
 
Avant tout, il lui faudrait rendre visite à la blessée, chose qui ne l’enchantait pas. Mais puisque tous y avaient été, même le chien, il aurait été mal perçu de ne pas le faire. Très volontairement, il se renfrogna. Inutile que la belle voie à quel point ses traits tirés et son air las l’atteignaient, sinon elle se ferait des idées. Il aurait voulu demeurer froid. Hélas, ce ne fut pas le cas car la Miss avait réellement le chic de le faire enrager.
 
*Elle retourne la situation comme si tout était de ma faute !* Primo, je ne suis mêlé à aucune pègre, moi ! C’est mon garagiste, celui à qui j’avais confié Beauty qui l’est. Garagiste à qui je n’aurais jamais eu affaire si une folle dingue du volant ne m’avait percuté !
 

Ben oui, si tu savais conduire il n'y aurait pas eu d'acci...
 
Le ton monta autant que la moutarde au nez de Kit :
 
Non, mais je rêve ! Si quelqu’un ici ne sait pas conduire c’est toi !  
 
Là-dessus, la belle entra presque en pamoison, à croire qu’il la torturait du moins verbalement.
 
*Foutaise ! Elle en rajoute pour t’attendrir, pauvre cloche !*
 
Néanmoins, il faillit paniquer à nouveau :
 
Hey, tu vas bien ?
 
De là suivit une conversation assez naturelle au cours de laquelle la Miss admit même ses erreurs. Il n’en revint pas de ce qu’il sortit :
 

Mais non, tout n’est pas entièrement de ta faute*Pauvre idiot ! Pourquoi dis-tu des conneries pareilles ? *
 
Puis- cerise sur le gâteau – ne voilà)t-il pas qu’Emilia désirait calmer les enjeux en réglant ses dettes.  
Qu’elle soit friquée, va et passe. Qu’elle lui fasse l’affront de prétendre qu’il ne parviendrait pas, seul, à s’acquitter de son dû l’échauffa davantage. Pour qui se prenait-elle ? Pour qui le prenait-elle ?
 

C’EST HORS DE QUESTION ! Suis pas un sombre idiot qui pleure en cas de pépin ! Garde ton fric. On va régler la note à notre façon !
 
Elle sembla capter le message et, après des excuses – ou ce qui y ressemblait – elle eut l’idée incroyable du siècle :
 
Quand tout sera fini... on pourrait demander une petite prolongation des vacances... j'ai une petite maison à la plage...
 
 *Et on s’y entassera tous en chantant en grillant des marshmallows ? À d’autres !*
 
Il ne dit ni oui ni non, et fila. De réelles préoccupations l’appelaient ailleurs.
 
Les plans les plus simples sont souvent les meilleurs ? Ils sont aussi de ceux qu’un grain de sable déraille complètement. Au départ, Dave eut raison. Des préparatifs minutieux étaient indispensables à une bonne exécution. Aussi, grâce à quelques sources fiables, notamment avec des policiers qui le rencardaient à l’occasion, l’écrivain dénicha les identités des malfrats ayant agressés Emilia. Il avait suffi d’un micro saut en arrière pour photographier les plaques minéralogiques et la bouille des tireurs identifiés ensuite. Par un autre saut en compagnie de l’américain, Kit avait placé une balise sur un des véhicules adverses qu’ils avaient ensuite suivis tout « simplement » à la trace jusqu’au supposé repaire des bandits sitôt leur méfait accompli.
Le tout fut de se retenir d’intervenir avant le déroulement « normal » des évènements et de ne rien dévoiler à une blessée très curieuse d’apprendre ce qui se tramait en dehors d’elle. Le pauvre Martin eut toutes les peines du monde à freiner le désir – somme toute naturel – de la Miss à l’action.
Le jour J, tout était paré après une semaine de surveillance intensive du nid des bandits. On savait qui ils étaient – une branche de la mafia chinoise - où était leur quartier général, et quels étaient leurs projets immédiats. La revente de la statuette dérobée, ainsi que des armes illégales, et des kilos de drogue, les excitait beaucoup. Une sorte d’enchères était prévue le soir-même.
Au signal de Dave- transformé pour la circonstance en chef d’opération- on fonça dans la mêlée. Les flics prévenus anonymement allaient donner malgré eux le feu vert. Entre le temps de les apercevoir et d’intervenir, le trio d’exécutants ne disposait que de cinq minutes réelles.
Pour les besoins de sa tribu, Kit avait déjà assisté - voire orchestré - des ventes tantôt légales, tantôt moins. Il se doutait donc que peu de personnes physiques seraient présentes. Grâce à l’informatique, beaucoup de transactions se commettaient à distance.  Cependant, leur intrusion soudaine dans la salle bourrée d’ordinateurs et téléphone provoqua un beau chaos. Ce qui s’y passa n’intéressait pas directement le Canadien. Lui, s’il assomma l’un ou l’autre garde, il voulait surtout inventorier les biens mis sur le marché.
 
*Où est Beauty ? *
 
Hélas, quoiqu’il fouille, il ne la débusqua pas.  Force fut de s’en prendre à un sbire qu’il ne ménagea pas. Dave l’empêcha de mettre à mal ce petit comparse qui ne demandait qu’à chanter de toute façon. L’info obtenue, Brown ne pensa plus qu’à enfourcher un sauteur ce que prévint un Dave furibard :
 
… M’en fous du timing ! Beauty n’est pas loin. Je ne pars pas sans elle.
 
Nell, qui avait ligoté plusieurs des bandits, voulut aussi le retenir. Kit disjoncta et l’envoya paître au propre comme au figuré ce qui eut l’heur ne déplaire à Mrs. Clayton. Un poing terrible lui explosa l’arcade. Kit ne s’en soucia pas, rendant coup pour coup afin de récupérer sa bécane. Avait-il amoché Dave ou Nell ? Peu importait. Avec le sauteur, ni une ni deux, il fila.  
Elle était là où le sbire avait dit. Belle, magnifique, retapée, étincelante. Il sauta d’une selle à l’autre mais le duo Watson-Clayton était sur ses talons. Une autre bagarre eut lieu, une de celle qui marque.  Puis, Nell se la jouant arbitre, décréta le match nul. On rentra chez Warrington, crevés, amochés, mais pas fâchés.
Miss Clairborne, non sans acidité, ne le rata pas au retour chez Henry.
 
… Ouais, suis comblé ! Avoue qu’elle mérite le mal qu’on s’est donné.
 
Emilia accorda étrangement facilement, le conviant surtout à se faire soigner.  Son œil étant moins amoché que son orgueil, tout rentra vite dans l’ordre sous les doigts experts de Lescot qui n’hésita pas à user des moyens du futur pour réduire plaies et bosses.
Lors du repas suivant, le trio vengeur omit très volontairement certains détails. Inutile d’avouer s’être plus amochés entre eux que contre la partie adverse.
Ensuite vint confirmation d’un congé à durée indéterminée.
 
*Chic ! Pas de menaces immédiates. Vais pouvoir filer…*
 
Kit ne désirait pas quitter la PTE, loin de là ; il s’y plaisait trop. Cependant, s’éloigner d’une certaine Miss le démangeait beaucoup.  Seulement… Comment dire non à une gentille proposition si « innocente » ?
 
Quelques jours dans un coin tranquille, dans les bois, face à un beau lac?
 
Cela puait le traquenard. Kit le sentait mais… dut s’avouer vaincu par les doux yeux de l’hôtesse future.  
Cerise sur le gâteau, Emilia suggéra :
 
  Est ce que je pourrais aller avec toi? Je n'ai jamais voyagé en mo... avec une Harley Davidson... ce doit être quelque chose!
 
Je croyais que tu me prenais pour le pire conducteur que la Terre ait porté ! Me ferai un plaisir de te prouver le contraire !
 
Il ne mentait pas. Toutes les limitations de vitesse furent respectées, aucune infraction commise. Il aurait pu vouloir épater Emilia en jouant à l’esbroufe. Oh que non ! Jamais sur cette route, on n’avait vu motard plus prudent.  Il est vrai aussi qu’il avait l’impression de convoyer un trésor… Sensation inhabituelle pour un Kit peu enclin à partager le siège de Beauty.  C’était étrange. Il avait à la fois hâte d’arriver, de mettre un terme à cette torture du contact quasi intime dans son dos, et une folle envie d’au contraire le prolonger en ralentissant le train.  
Aux buildings succédèrent des petites villes, puis les habitations se raréfièrent pour se remplacer par des arbres de plus en plus nombreux.  Le temps était superbe, çà et là on pouvait distinguer le miroitement d’étendues liquides. La nature paisible leur ouvrait ses bras généreux.  
Selon les indications d’Emilia, la bécane bifurqua sur une route secondaire néanmoins fort praticable.  Maintenant, sur leur droite, s’étendaient les eaux calmes du lac visé.  On roula encore un bon quart d’heure puis Emilia lui indiqua d’obliquer à droite. La route, devenue chemin, fut plus ardue dans une descente assez raide, mais la vue valait le coup, pas à dire. Soudain, alors que Kit était très attentif aux nids-de-poule, Beauty toussa.  La légère embardée fut maîtrisée de main de maître et, sans autre heurts, on continua son bonhomme de chemin.
Enfin elle fut là, cette « mansion ».
Kit ne savait pas exactement à quoi s’attendre. Si, vaguement, il avait espéré trouver une sorte de chalet en bois, genre pavillon de chasse : raté ! De très belle taille, en un beau mélange de pierres et bois, s’étendait une bâtisse sinon royale, au moins princière.
 
*Chic ! On pourra jouer à cache-cache sans jamais se trouver !*
 
Le moteur se coupa au haut portail de l’enceinte grillagée. Ôtant son casque, il mit pied à terre :
 
Fameuse bicoque ! Où sont Dave et Nell ?
 
Manifestement, ils étaient les premiers arrivés. L’autre couple, flanqué d’Oscar, avait voyagé en voiture avec les bagages. Peut-être avait-il emprunté un autre chemin ?  
 
… ouais ! Ils se seront peut-être arrêté quelque part, va savoir ? Bon, tu as la clé au moins ?
 
Bien sûr qu’elle l’avait ! Libérant sa longue chevelure, Emilia se dirigea gaillardement vers la serrure où elle fourra le Sésame.  Pendant ce temps, Kit détendit ses muscles en avançant vers la rive boisée. Tout était si calme ici !  Exactement comme il aimait.  
Le charme fut brusquement rompu par des imprécations grossières. Pourquoi Emilia râlait-elle ainsi. Retourné, il la vit batailler avec le grillage qu’elle injuriait copieusement. Il se retourna en rigolant :
 
Hey ! Arrête d’engueuler cette pauvre ferraille! T’as pas pris la bonne clé, voilà tout !
 
La miss persistait, insistait. Si bien que Kit la prit en pitié :
 
C’est pas si grave ! Laisse-moi faire !
 
Pratique de se souvenir être un as de la cambriole. L’enseignement sous Hypnos ne s’étant pas complètement évaporé, il suffit à Kit d’un bout de ferraille pour crocheter cette serrure banale.
Un clic plus tard, ils pénétraient dans le « domaine ».
 
*Qu’est-ce qu’elle peut être chichiteuse !*
 
Emilia ne cessa de ronchonner le long de l’allée dallée menant au corps de l’habitation.
 
*Pauvre Bridges ! Je te plains, même si je te connais pas. Tu vas prendre un de ces savons ! »
 
Oui, Miss Clairborne pestait contre son majordome chéri. D’après elle, le passage aurait dû être mieux entretenu. Des arbustes avaient déménagés de l’emplacement initial, les rosiers étaient négligés, etc.
Face à la porte, le scénario du portail se répéta : ouverture impossible. Pas à cela près, Kit récidiva du crochet. Furibonde, Emilia fonça pour stopper net deux pas plus loin. Figée, muette – chic !- son attitude reflétait la stupéfaction totale. Le répit du mutisme ne dura hélas pas. La voilà qui se remit n marche en énumérant une longue liste de récriminations à l’encontre de Bridges. Où était ceci, qu’est-ce que cela foutait là etc.
 
… STOP !! Milie, excuse-moi, mais tu dérailles, là ! T’es sûre que c’est la bonne baraque ? À t’entendre, on jurerait que non !  
 
Si, la miss était certaine de son fait. Comme récitant un livre d’histoire, elle débita le pourquoi du comment lui venait cette conviction. Que répliquer à cela pour expliquer de tels changements ?
 
T’emballe pas ainsi. Soit, on est au bon endroit. Il manque des cadres, les peintures murales ne sont pas ce dont tu te souvenais. Dis-moi un truc : ça fait combien de temps que t’es venue ici ?
 
Il venait de marquer un point car Miss Clairborne dut avouer que cela faisait un bail.
 
Ben, tu vois ! Des changements ont eu lieu. On ne t’en a pas avertie, point barre ! Si on se cherchait plutôt un truc à bouffer en attendant les autres ?  
 La cuisine faillit déclencher une nouvelle crise de fureur que contra Kit qui, heureux, lui fourra en bouche en pitch au chocolat.
 
C’est pas Byzance, tes placards, mais ça cale ! Me demande ce que foutent les autres ?
 
Merde ! Ils avaient une heure de retard sur l’horaire prévu. Consultant sa montre, Kit tiqua davantage. Dans l’entrée, l’heure indiquée par une grosse horloge murale ne correspondait pas avec la sienne actuelle. Il n’en dit rien à sa compagne suffisamment énervée ainsi. Il se contenta de sortir son portable et appela Nell… en vain.
 
Pas de réseau ici, soupira-t-il. Bon, on fait quoi ?... je sais, je sais ! Calme-toi, bordel ! Rien ne correspond à tes attentes, et alors ? Profitons du beau temps ! Une baignade ?
 
Elle l’envoya paître « gentiment » pianotant aussi sur son smart. Elle était tellement dépitée, exaspérée et tendue que Kit eut recours à une mesure drastique. L’emportant sans ménagement dans ses bras vigoureux, il courut au dehors. Malgré ses vociférations, il atteignit son but. Plouf ! La belle en fut quasi noyée. Pour ne pas demeurer en reste, Kit piqua un plongeon à ses côtés :
 
Tire pas cette tête. Elle est froide, on s’en fout ! Ça remet les idées en place, non ?

 
Enfin docile, Emilia rit de bon cœur. Misère qu’elle était belle ainsi… Un nœud dans la gorge, la respiration courte soudain, Kit revécut la courte scène d’un autre lieu, d’une autre époque. L’envie folle de reprendre ces lèvres pleines le démangea. Il allait fondre. D’un élan, d’un regard éperdu, il allongea son bras. Puis :
 
HAUT LES MAINS ! SORTEZ IMMÉDIATEMENT !  
 
*Hein ? *
 
Dans un bel ensemble désemparé, le couple se tourna vers la source sonore. Ebahi, Kit vit trois policiers armés qui les braquaient, menaçants. Une mise au point s’imposait. Emilia parlementa en déclinant son identité, exigeant des explications. Le « chef » n’en eut cure :
 
Vous êtes en infraction sur cette propriété du sénateur Carrington. Sortez !
 
Emilia allait répliquer, Brown la lui boucla :
 
Obtempère. J’t’avais dit que tu t’étais gourée !
 
Lentement, bras levés, ils dégoulinèrent vers la berge.  
Dès qu’ils furent à sec, ils furent palpés ainsi qu’apostrophés en contrôlant leurs papiers :
 
Emilia Clairborne… Christopher Brown. On va lancer une recherche. Bougez pas.
 
On les photographia. Un des trois flics leur amena des couvertures, au moins ça. Sous bonne garde, ils purent s’asseoir dans l’herbe en attendant la vérification des identités. Kit osa :
 
Il s’agit d’une méprise, officier. Miss Clairborne a confondu sa propriété avec celle de...
 
Zut ! Emilia, reprenant du poil de la bête, maintint sa position. Elle ne connaissait pas de sénateur de ce nom, une mystification quelconque avait eu lieu.
Le vérificateur revint au pas de course, l’air très contrarié :
 
Chef, on a un souci.
 
Ce qu’il chuchota à l’oreille de son supérieur fut incompréhensible autant que ce qui suivit.
Décomposé, le policier murmura à son tour ; l’autre repartit au trot. Arme et buste baissés dans un profond salut, l’officier bafouilla :
 
Mille excuses, altesse. Nous ne pouvions pas savoir ! C’est extraordinaire ! Bien sûr, vous êtes chez vous partout. Le sénateur sera ravi que vous ayez choisi sa demeure même pour une… escapade galante. Une escorte est en route pour vous récupérer si tel est votre souhait. Pouvons-nous vous être utiles en quoique ce soit en attendant ?  Vos désirs sont des ordres, altesse.
 
Non mais ! Quel était ce délire ?
 
Timidement, une main se tendit pour relever… Kit.
 
L’aberration totale ! Quelle mouche piquait ces gens ? Tous pliaient l’échine dans le sillage du couple trempé qui fut guidé avec déférence révérencieuse jusqu’à une vaste clairière à l’arrière du bâtiment principal. Ni Kit ni Emilia, aussi sonnés l’un que l’autre, n’émit mot ou remarque.
Bientôt, un hélicoptère parut en descente. Lorsqu’il se posa, Brown eut l’impression de geler sur place sous l’effet de la soufflerie des pales au ralenti. D’un geste protecteur, il en serra les épaules d’Emilia à qui, perdu, il chuchota :
 
On y va ?
 
Agréa-t-elle ou pas ?  Tout était tellement de travers qu’on ne pouvait songer qu’à une chose : se réchauffer.
Déjà, un comité d’accueil venait à leur rencontre ne leur laissant guère le choix. Il fallait courir ? On courut.  La porte coulissante fermée, on décolla. Casques-écouteurs, fourrures, eaux-de-vie se distribuèrent.  Enfin, le plus attentif à leur bien-être causa par son micro :
 
Nous serons chez vous dans dix minutes, sire. C’est… c’est tellement incroyable. Votre père a été prévenu. Il ne tardera pas à nous rejoindre. Je suis Steven Pratt, pour vous servir.
 
Incapable du moindre mot, Kit se contenta d’opiner non sans chercher la main d’Emilia qu’il pressa fortement sous la fourrure.
La forêt survolée fut dépassée cédant la place à un amas de gratte-ciel que Kit – pas plus qu’Emilia, n’identifia.
Le sommet d’une haute tour les reçut. Il fallut encore courir vers un autre comité.  Ces gens semblaient eux aussi comme frappés de stupeur mais ils se montrèrent extrêmement prévenants.  
Un ascenseur chic, des couloirs capitonnés plus tard, on leur ouvrit les portes d’un espace somptueux. Jamais Kit n’avait foulé moquette plus moelleuse, traversé des décors aussi luxueux. À part au cinéma, ou dans des rêves de gloire, il n’imaginait qu’à peine que cela existât.
Du personnel stylé s’occupa immédiatement d’eux. Kit réagit. On voulait le séparer de Milie ? Ah non !
 
Ma… femme reste avec moi ! osa-t-il à une sorte de majordome.         
 
Elle sera dans la salle de bains d’à côté. Soyez sans inquiétude, votre altesse.
 
Le temps d’échanger un regard penaud, le voilà embraqué vers la salle d’eaux la plus délirante qui soit. Deux soubrettes semblaient fermement décidées à s’occuper de lui. Il les rembarra illico :
 

Pas touche à mon froc ! Toi, ôte tes pattes ! Sais m’débrouiller, merde !  
 
Choquer par un verbiage insultant ? Oh que oui ! Très volontairement, Kit débita les mots les plus barbares de son répertoire afin d’écarter ces femelles outrées. Tant pis, s’il passait pour le plus rustre des rustres. Il eut gain de cause, et la paix.  
On voulait qu’il fasse un brin de toilette ? Soit ! Les installations sanitaires étant le top du top, autant en profiter.  Douche, shampoing, démêlage plus tard, il revêtit le « costume » abandonné sur un cintre. À son sens, il s’agissait d’une sorte de tenue de gala.
 

*Me voilà pingouin. Pour qui me prennent-ils, bordel ?*
 
Habillé de pied en cape, il ne se décidait pas à sortir de son refuge. Les idées à l’envers, il tenta d’assembler des pensées cohérentes. La seule qui prima fut :
 
*Je rêve. J’ai dû me cogner la tête quelque part et je vis dans le coma. Ma foi… c’est marrant !*
 
Tant que ça ne tournait pas en cauchemar, pourquoi pas ?  Sur ce, il ouvrit la porte.
 
Wow ! Là, posée sur un large divan en cuir blanc, moulée dans un fuseau de satin noir, pour un peu, il ne l’aurait pas reconnue. Apparemment, Milie hésita elle aussi à le recadrer lorsqu’elle l’aperçut.
Seuls ? Etaient-ils enfin seuls ? Zut, Pratt, telle une souris, s’était déjà glissé entre eux :
 

 Nous sommes attendus, veuillez nous suivre, Monseigneur.
 
Quel empoté ! Les doubles portes ouvertes sur une espèce de haie d’honneur de gardes empanachés, Kit paniqua. Sans le bras ferme d’une Emilia souriante, il n’aurait pas su avancer un pied.  
Lui murmurant des conseils d’attitude à chaque pas, elle fut son égérie tout du long, très long parcours.
 
Qu’est-ce qu’on fout ici ? parvint-il à lui souffler.
 
Ouais ! Rencontrer son « père » semblait être la réponse correcte, fatale.
D’autres grandes portes s’ouvrirent en face d’eux.
 
*Bonté divine !*
 
Une salle bondée, une estrade d’honneur vers laquelle le couple s’avança sous un tonnerre d’applaudissements. Au bout d’une allée de velours rouge, debout, rayonnant, un homme d’âge mûr.  
Choc ! Kit eut brièvement l’impression de se regarder dans un miroir. Certes, la toison bouclée était très neigeuse, la barbe également. Mais, à ces détails près, ce gars était son reflet quasi parfait.
 
*Quel rêve de fou !*
 
Pressé par Emilia, Kit avança encore vers les bras tendus dont le détenteur clama :
 
Honorables dignitaires et notables, moi, Hendrick Ier, je vous requiers d’accueillir présentement l’héritier du trône, mon fils unique : Christopher. Viens, Kit ! Bon retour chez toi !  
 
Que faire d’autre que d’étreindre ce sosie vieilli ? Kit se plia à tout sans en placer une. Ovations, libations, il en avait le tournis. Heureusement, Emilia ne fut jamais trop loin, même si les occasions manquèrent cruellement d’être à seuls.
 
*Il est temps de te réveiller, mon pote* se dit Kit après une xième coupe de champagne.
 
« Papa » l’enleva soudain. Encadré de deux sbires, Kit déménagea vers un appartement privé. Là, il dut subir une longue étreinte émue de ce mec si ressemblant :
 
Toi ! Enfin, toi ! J’ai tant prié ; tu m’es rendu ! Te... te souviens-tu de moi ?
 
Merde ! Ce gars semblait vraiment y croire. Kit, à défaut de mieux, partit d’un grand rire :
 
C’est dingue ! Je suis dingue. J’en ai marre de ce rêve débile. Je veux me réveiller. Allez, pauvre con, réveille-toi !
 
Et de s’asséner plusieurs baffes retentissantes au grand dam du vieux bonhomme. La mine contrite, il stoppa la dernière claque, forçant Kit à s’asseoir sur un fauteuil. Le laissant là, lui fourrant une coupe pleine en main, en absorbant une, il se mit à arpenter le tapis :  
 
Tu crois ceci irréel ? Je peux comprendre. J’ai eu moi-même du mal à y croire quand le rapport formel est tombé. Cela fait 27 ans, mon fils. 27 ans que j’attends ce jour. On t’a cherché aux quatre coins de l’univers après que tu aies disparu. Tu venais d’avoir trois ans. Ta mère – Dieu ait son âme – t’a laissé près du lac. Tous te disaient noyé. On a sondé, fouillé, en vain. Jamais, je n’ai perdu espoir. Tout ce temps, je n’ai pas démordu, lançant partout tes caractéristiques faciales renouvelées années après années. Et tu es là ! Aucun doute, tout concorde. Tu es mon fils, je suis Ton père !  

 
Un genou par terre en face de lui, le vieil homme semblait quémander une étreinte que Kit évita en se tassant contre le dossier du siège :
 
Ça colle pas ! Ma mère était junkie, et...
 
Le roi ne se démonta pas :
 
Kit est le surnom que ta maman – Alexandra, Eléonore, Fahey- a voulu te donner. Elle l’avait cousu sur tous tes vêtements avec ton vrai prénom. Tu ne te rappelles de rien, de vraiment rien ?
 
Mais bordel que fichait ce vieux ? Il lui plaqua la main sur le front. Là, Kit eut l’impression de vivre à l’envers. Comme dans un film en accéléré arrière, il se revit adhérer à la PTE, acquérir Beauty, être adopté par les wandakes, rajeunir, rapetisser. Un trou noir, immense. Un lac, une femme jeune et belle courant après lui en riant ; des gens joyeux, un gâteau avec deux bougies… Le défilé l’expédia aux limbes.
 
Revenant à lui, il faisait jour dans la chambre la plus grande jamais visitée.  Impossible de nier ne pas rêver. Or, il se réveillait aussi moulu qu’après une séance d’Hypnos. Était-ce cela qu’on lui avait fait, l’hypnotiser ? Sinon pourquoi des « souvenirs » si étranges l’habitaient-ils ?  
Se levant difficilement, il constata sa solitude. Où était Emilia, qu’avait-on fait d’elle ? Aussitôt, il se mit à brailler :
 
Milie ! EMILA ! T’ES OÙ ?
 
Un porte s’ouvrir prestement sur l’incontournable Pratt :
 
Monseigneur est éveillé ? Point d’inquiétude. Votre épouse se repose dans les appartements d’à côté. Notre vénéré souverain a hâte de s’entretenir à nouveau avec vous. Le petit-déjeuner n’attend que vous.
 
Wow ! Une fois rafraîchi, Kit découvrit un immense buffet dans la pièce jouxtant. Vu la multitude des cloches en argent à disposition, il pensa :
 
*Ou l’on attend du monde, ou l’on me croit affamé…*
 
Il allait céder à la curiosité de découvrir les plats quand, discrète, une fine silhouette apparut par une autre ouverture.
 

MILIE ? Dieu que je suis content ! Tu vas bien ? On ne t’a rien fait de mal, j’espère ?
 
Fortement, il étreignit la belle dame en peignoir de satin. Elle allait très bien, s’étonnait :
 
… je sais tout. Il doit exister une forme d’Hypnos ici. On nous force à croire des choses… Hein ? Comment ça, et si ? M’enfin Emilia, je suis pas un prince perdu même si on me crie le contraire. C’est pas possible !... Tu, tu y crois ? On t’a lavé le cerveau !... Oui, j’ai des « souvenirs » mais ils sont induits, j’en suis convaincu… Euh… je me « rappelle » mon « enlèvement », ou l’on m’y oblige… Un cygne m’attrapé le bras, j’ai coulé et ai cru me noyer, sauf que je me suis réveillé ailleurs… Porte ? Tu crois que j’ai franchi une porte et que maintenant aussi, nous en avons…
 
Misère ! Et si c’était vrai ?
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Emilia Clairborne-Watts

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MessageSujet: Re: L'héritier légendaire d'ailleurs   Sam 14 Oct - 18:35

La vie est-elle belle? Oui, elle l'était, lors de ces heures fugaces, pendant cet été sublime. La tête vidée de tout préjugé ou autre banalité du genre, Emilia avait tout simplement joui de chaque instant de cette balade grisante.

Mais bien sûr, connaissant la condition éphémère des instants parfaits, Miss Clairborne ne fut guère surprise quand les pépins commencèrent. Que la clé du portail n'était pas la bonne? Qu'à cela ne tienne, apparemment cela pouvait arriver à tout le monde, sauf qu'Emilia râla en bonne en due forme tout en bataillant avec la serrure récalcitrante. Kit sauva la situation avec la dextérité d'un cambrioleur chevronné.

La suite aidant, la moutarde avait commencé à lui monter au nez. Rien, mais absolument rien...ou presque, ne correspondait au souvenir gardé de cet Éden particulier. Il ne restait pas grand chose du beau jardin si soigné jadis, là ça partait en nature sauvage, quoique d'un très bel effet correspondant bien mieux aux alentours sylvestres que les massifs symétriques et parfaits auxquels sa mère avait toujours semblé tenir.

*Ouais, Maman et ses chichis...touche pas à ci, n'arrache pas les fleurs, ne fais pas ceci, fais pas cela...*

Rebelote avec la porte principale. Pour alors la belle humeur de la miss menaçait de virer à l'aigre. L'as de la cambriole joua encore de son si utile savoir faire.  L'intérieur les avait accueillis. Et Emilia avait été à point de s'étouffer de rage. Le cher et fidèle Bridges fut descendu en flammes "in absentia" mais cela n'avait, évidemment, rien changé à la déprimante situation. Hurler, pester, jurer, maudire...comme si cela pouvait servir de quelque chose! Et bien entendu, la sage remarque de Mr. Brown n'avait rien fait pour la calmer.

STOP !! Milie, excuse-moi, mais tu dérailles, là ! T’es sûre que c’est la bonne baraque ? À t’entendre, on jurerait que non ! 

Ah bon? Parce que j'ai l'air folle maintenant!?...Bien sûr qu je suis sûre...c'est la bonne maison...j'y passais mes vacances...mon grand père l'a faite construire pour sa femme Claire, d'où le nom...je connais chaque coin...*ou croyais le faire!*...et là...tout est...euh...autrement!

Le canadien, plein d'un bon sens insoupçonné, avait fait quelques remarques si judicieuses qu'elle n’avait pu que s'incliner face aux évidences. Oui, cela faisait un long temps depuis sa dernière visite...10 ans? Plus?

*Mais quand même, cela n'aurait pas dû empêcher cet empoté de Bridges de bien faire son travail!*

Le pauvre empoté de service fut, dans les minutes suivantes, voué aux plus sombres recoins de l'enfer suite à la navrante découverte des placards plutôt vides de l'énorme cuisine. Kit avait fait taire ses braiments ulcérés en lui fourrant un truc chocolaté dans la bouche.

C’est pas Byzance, tes placards, mais ça cale ! Me demande ce que foutent les autres ?

*Tiens c'est vrai...qu'est ce qu'ils fichent ces deux là? Pas perdus en chemin, quand même...sont pas si bêtes...puis Nell elle connaît aussi le chemin...enfin, si elle s'en souvient encore...*

Décidant que celui là était le moindre de ses soucis, Emilia avait continué à déblatérer de son mieux, cassant, le plus sûr les oreilles de Mr. Brown qui, faute de meilleure idée avait trouvé la solution par excellence.

UNE BAIGNADE!? T'es malade ou quoi!? Bien sûr que non...ça va plus chez toi décidément...en plus, mes affaires sont dans la voiture...et...zut, vraiment pas de réseau...quel trou merdique...Non mais...arrête! ARRÊTE, JE TE DIS!...KIIITT VAIS TE FAIRE LA...

Remède souverain pour les enragés. L'eau, plutôt froide avait eu l'heur de la ramener à de meilleures considérations. Pourquoi ne pas rire, après tout? Puis, instant magique, Kit avait semblé bouleversé...ému? Il avait tendu son bras vers elle...Emilia avait étouffé un soupir...

HAUT LES MAINS ! SORTEZ IMMÉDIATEMENT !

Radicale façon de tout ficher en l'air! Certes, se retourner et découvrir trois policiers braquant leurs armes sur eux n'avait rien de réjouissant et encore moins de rassurant, ce qui normalement devait avoir pour effet de rabaisser le caquet à n'importe qui...trop peu pour Emilia qui se sentant lésée dans son bon droit ne se priva pas de donner son docte avis.

C'est une lamentable erreur, messieurs, je suis Emilia Clairborne et celle ci est propriété de ma famille depuis...

Vous êtes en infraction sur cette propriété du sénateur Carrington. Sortez !, informa celui qui semblait être le chef.

Non mais, c'est quoi...

Obtempère. J’t’avais dit que tu t’étais gourée !

Elle le foudroya d'un regard mauvais mais rien n'y fit, une minute plus tard, se sentant comme rat noyé, Miss Clairborne, furibonde, dégoulinait sur la berge, toujours tenue en joue par les flics zélés qui en plus les soumirent à une fouille en toutes règles.

Bas les pattes!, tempêta t'elle, ce qui resta sans effet.

On leur ordonna de la fermer, le temps de faire les vérifications pertinentes.

Vous ne perdez rien pour attendre...dès que mon père aura vent de cet incident stupide vous êtes bons pour le contrôle routier dans le coin le plus paumé du Nebraska!, maugréa t'elle.

Apparemment on se fichait comme d'une guigne de son discours, tout autant que de celui de Kit, pourtant plus conciliant. Attente frileuse. Trempés sous la petite brise frisquette qui s'était mis à souffler,  ils étaient bons pour le rhume du siècle ce qui n’intéressait pas plus ces rudes gardiens de l'ordre.

Écoutez, je ne sais pas de quel sénateur vous parlez...Carrington? Ça ne me dit vraiment rien...Non, je ne me tais pas, Kit, on a des droits et là...ils s'en torchent le...

Pas le temps d'exprimer, Dieu merci, le total fond de sa pensée, déjà le vérificateur revenait au pas de course, l'air pas ravi du tout.

Chef, on a un souci!

C'est exactement ce que..., le coup de coude de Kit la fit se taire, *Triple vache!*

Mais la soudaine humilité contrite du chef de police lui fit oublier ses griefs.
Ne le voilà pas devenu obséquieux et déférant, inclinant le buste respectueux, donnant de l'Altesse à tout go.

Voyons, n’exagérons pas!, dit-elle,magnanime pour rester pantoise la seconde d'après en voyant le bonhomme tendre sa main pour relever...Kit.

*HEIN!?*

Vos désirs sont des ordres, altesse, répétait l'officier le front couvert de transpiration.

*Il a la trouille, celui-là!*

Mais puisque Altesse il y avait, voilà que les échines se courbaient et on les traitait avec d'infinies considérations. Un hélicoptère ne tarda pas à se poser dans la clairière, à l'arrière de la maison, on les invita à y monter.

*Sont tous dingues!*

Kit, aussi perdu qu'elle lui entoura  les épaules d'un bras bienveillant.

On y va?

Si t'as pas mieux, ma foi!, souffla t'elle mais il ne sembla pas l'entendre ce qui après tout importait peu, tout valait mieux que se geler sur place en essayant de clarifier la situation et de toute façon on ne leur laissait pas le choix, tout un obséquieux comité d’accueil les pressait de courir vers l'appareil qui décolla dès qu'ils furent installés. Et la ronde confort débuta. On les couvrit de fourrures, leur donna une eau de vie à remonter un mourant, on plaça, très gracieusement des écouteurs à leurs oreilles parce que dans le vacarme de l'appareil en vol on ne s'entendait pas même en hurlant.

Nous serons chez vous dans dix minutes, sire. C’est… c’est tellement incroyable. Votre père a été prévenu. Il ne tardera pas à nous rejoindre. Je suis Steven Pratt, pour vous servir.

*Sire?...Papa prévenu? Mais qui diables es tu, Brown?*

Il n'en savait pas plus qu'elle, le cher homme, la situation avait quand même de quoi déboussoler n'importe qui, elle inclus. Quand la main de Kit serra la sienne, elle lui en fut reconnaissante,pour l'instant, il était le seul et unique être humain connu dans ce monde soudain si surprenant et étranger. Steven Pratt donnait encore quelques indications mas ils n'écoutaient plus, trop pris dans la contemplation du paysage qui se déroulait en bas...Fini le survol de la forêt, ils aboutissaient en zone habitée.

On devrait se trouver sur Westchester...mais ça ne me dit rien...c'est vrai que je n'ai jamais survolé la zone...on sera à New York en un rien de temps...mais...oh, mon Dieu...Oui, je sais de quoi je parle...suis née ici...mais regarde ÇA!!!

Ça, c'était une métropole tentaculaire et démesurée, aux gratte-ciel immenses, extraordinaires...et inconnus.

Ça devrait être...mais ce n'est pas...Kit, on est où?, elle serra avec force sa main, on est où?

Hélico posé, ils n'eurent d'autre ressource que suivre le comité attentionné qui les transmit à un autre tout aussi prévenant quoique arborant, malgré sourires charmants, un air ébaubi qui ne trompait personne.

Dis donc, tu leur fais un drôle d'effet, susurra Emilia, en tout cas, on ne va pas nous jeter au cachot!

Ce fut une découverte d'un luxe exquis, Emilia sentit son angoisse tomber de quelques crans. Pour elle, habituée aux belles choses, c’était se retrouver dans un cadre presque familier, rassurant. Ils longèrent des longs et larges couloirs, foulant des moquettes et tapis précieux, entourés de tableaux et autres œuvres d'art sur lesquels, elle, qui en connaissait quand même pas mal, ne réussit à mettre un nom.

*Ça avait bien l'air d'être un Renoir...mais non...C'est quoi cette histoire débile!?...Et cet endroit est gigantesque...ça fait un moment qu'on se balade là!*

Ils finirent bien par aboutir à destination. Tout aussi exquise et luxueuse que le reste, la chambre, suite ou appartement était tout simplement sybaritique. Là, un groupe de domestiques stylés prit le relais après un bref échange avec le chef d'escorte qui disparut après quelques courbettes.
Aussitôt le groupe d'accueil se scinda en deux. Une femme d'aspect presque sévère, sanglée dans une impeccable robe bleu marine fit un signe et quelques jeunes femmes se rangèrent à sa suite avant de s'incliner face à Emilia.

Veuillez nous accompagner, Madame, nous ferons en sorte que vous ôter toute la fatigue du voyage!

Kit, pris en charge par un bonhomme tout aussi cérémonieux que possible, crut bon de protester.

Ma… femme reste avec moi !

*Oups!*

Pris de court une micro seconde, le majordome, valet ou Dieu sait quoi, se contenta d'une petite révérence en assurant que Madame n'irait pas bien loin.

*En voilà de la promotion...suis quoi là? Madame Brown?*

Se doutant bien que ce ne serait pas si simple, Emilia opta pour laisser faire tout ce petit monde si dévoué. On la conduisit dans une salle de bains époustouflante même pour elle. On la débarrassa de ses fourrures, la vue de son ensemble jeans et veste de cuir, tâché de boue, souleva de oh et des ah.

Oui, je sais c'est un peu sale mais après tout, on m'avait plongée dans le lac...quoi donc? Ça...euh...un pantalon...Ah bon? Les femmes n'en portent pas ici?...*Suis tombée où!?*...Ben oui, je viens...d'un autre pays!

Au delà de la Grande Mer?, osa une toute jeune fille au regard pétillant de curiosité.

Excusez cette enfant, Madame, intervint la chef d’équipe, elle n'est pas depuis longtemps en service...silence, délurée, va t'occuper de la baignoire et que l'eau soit à point!

Ne la grondez pas...c'est normal d'être curieux!

Ce qui apparemment n’était pas de mise car la dame  tira une moue presque outrée et Emilia en conclusion que ce ne serait pas de sitôt qu'elle en saurait plus long. Le bain de Madame était prêt, les narines d'Emilia frémirent de plaisir anticipé en humant les effluves qui en émanaient...relax pur.

Bon, me déshabiller je peux bien toute seule, prendre mon bain aussi, alors si ça ne vous dérange pas, je m'arrange...

Voix de protestation, selon lesquelles cela allait contre le protocole établi.

Vous m'en voyez désolée, je ne suis qu'une étrangère mais j'insiste, j’ai mes droits...mais si vous y tenez tant, je ne resterai qu'avec l'une d'entre vous...et je veux que ce soit..elle!, et de pointer gracieusement de son index la petite curieuse de tantôt, en plus, j’aimerais bien connaître vos noms...cela me désole de me montrer si impersonnelle.

Je suis la baronne Margulies, énonça la chef d'un petit air suffisant, affectée au service des dames royales.

Enchantée, je suis Emilia Clairborne...épouse Brown *aux dernières nouvelles*..., suivirent d'autres présentations...Augusta, Cassia, Gertrud, Hinesta et enfin la petite Prunella, bien c'est donc avec Prune que je reste...allez, hop, à plus tard, mes dames!

Elle plongea plus que ne s'immergea dans l'énorme baignoire et a peine la tête hors de l'eau, Prunella entreprit de lui appliquer un shampoing avec beaucoup de science.

Dis moi, Prunella...

J'ai aimé quand vous avez dit Prune, Madame...ça fait léger!

Plutôt fruité, mais enfin...j'ai toujours aimé les prunes...dis moi, Prune...on est où, là?...Parce que tu as bien compris que je ne suis pas du coin, non?

Eh oui, Madame, cela se remarque de sitôt...mais comment est ce que vous êtes ici sans savoir où?

Emilia soupira en fermant les yeux, bercée par le savant massage à son cuir chevelu.

C'est une longue histoire, du genre compliquée...mais dis moi vite, comment se nomme cet endroit?

Nouvelle Albion, Madame...le royaume de Nouvelle Albion...dont la capitale, Kameloot est juste où nous nous trouvons.

*Ben voyons!*Ah bon?...Rien que ça...Merlin est quelque part?, s'enquit elle, un brin ironique sans s'attendre du tout à la réponse qui suivit, en fait la jeune Prune gloussa, comme si la question l'amusait prodigieusement.

Vous n'êtes pas si étrangère que cela, Madame...bien sûr que le Ministre est là...il ne quitte jamais son poste.

Et  Arthur, il est par là aussi!?, osa t'elle en sentant la tête lui tourner un peu.

Cette fois Prune opina du chef, soudain sérieuse, s'activant au massage capillaire avant de dire rapidement.

Madame semble savoir plus qu'elle ne veut le reconnaître. Oui, le comte Arthur, aussi dit Le Prétendant, est aussi ici...enfin pas en ville pour le moment, je crois qu'il chasse au Nord.

Emilia plongea de nouveau dans l'eau mousseuse en se demandant dans quel genre de monde extraordinaire ils avaient échoué, elle et Kit. Un d'assez étrange, cela allait de soi. Légende médiévale sur un fond de décor sublime et trop moderne pour admettre un Merlin et un Arthur. Cela frayait l'absurde le plus délirant.

Prunella répondait à ses questions tout en se mordant sans doute la langue pour en poser à son tour mais elle était trop polie et parfaitement rodée aux us et coutumes de ce qu'elle appelait: la Cour.

Non, Prune...je ne sais absolument rien...*Pas sur cette version, en tout cas!*...c'est que de là où je viens, on me racontait enfant des histoires sur un endroit mythique nommé Camelot...sur le mage Merlin et le roi Arthur...j'admets que la similitude m'a troublée...c'est tout!

Sourire ravi, et soulagé, de Prune.

Quelle heureuse coïncidence alors...Dans votre pays on a sans doute entendu parler de la magnificence de la Nouvelle Albion...

Le plus sûr, oui...tu sais, quand on est petit...on mêle fantaisie et réalité *Tant pis si elle me prend pour une gourde!*

Prunella, en toute évidence très fière d'être ressortissante d'un endroit si merveilleux s’avéra être une superbe source d'information. Rieuse, curieuse, délicieusement naïve mais pas sotte pour un sou, la jeune fille qui, ô hasard, était la fille cadette du Sénateur Carrington, devint, sans trop s'en douter, une alliée précieuse.

Alors comme ça...cela fait quelques siècles que...oui, ah bon? Du temps de la seconde reine Maeve...*C'est qui ça!?*...Juste par hasard? Ben dis donc, ...Oui, bien sûr, ce genre de chose se passent toujours comme ça...Tiens, une tempête?...Faut le faire...se paumer et encore découvrir un nouveau monde...Bien sûr, quelle chance!, et ainsi de suite quitte à avoir une confusion sans pareil en tête, c'est bon, Prune...c'est bon...C'est trop pour une seule fois...Je crois que mes cheveux ne seront jamais plus aussi propres!

La baronne Margulies mit fin à cette instructive mise à jour avec la même grâce d'un rhinocéros investissant un magasin de porcelaines, Prune fut renvoyée et remplacée par deux dames qui se contentèrent de sourire bêtement un temps de la oindre de crèmes et de l'asseoir face au miroir pour s'occuper de sa coiffure, en s'émerveillant, très poliment, sur la beauté de se cheveux, la clarté de son teint et autres niaiseries du même goût.

C'est très gentil de vous occuper de moi de la sorte...mais pourquoi vous donner tellement de mal?...Vais pas au bal...ou...oui?

Margulies, pince sans rire sans égal, ne s'émut pas le moins du monde de sa confusion, se contentant de donner des directives tranchantes que les autres obéirent sans rechigner. C’est ainsi qu'Emilia se retrouva affublée d'un chignon, très bien tourné qui lui donnait dix ans de plus pour après devoir enfiler une fourreau de soie noire qui la moulait au centimètre près et finir juchée sur des hauts talons vertigineux. Le résultat était loin de la ravir mais la baronne assura que c'était parfait et après l'avoir aspergée d'une nuage de parfum la conduisit au salon.

Et je fais quoi, là?, s'enquit Emilia, agacée.

Vous attendez!!!

*Ben oui...quoi d'autre, vieille bique?*...EH...pas si vite, vous défilez pas, j'ai besoin d'explications...

Vraiment!? Eh bien, on les vous fournira opportunément, j'en suis sûre!

Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble que je vous suis profondément antipathique, pourtant, on ne se connaît pas, que je sache!

Le prince Christopher est un des nôtres, vous pas!


Apparemment c'était une raison plus que suffisante et il faudrait s'en contenter.

*Le prince Christopher...on va rigoler avec ce qu'il va donner comme prince, mon Kit!*

Cinq minutes plus tard, elle restait bouche bée ayant presque du mal à reconnaître l’ébouriffé de service en ce  personnage à la mise impeccable qui franchit, presque timidement le seuil.

Wow! Ben dis donc...si c'est pas un changement..., elle se leva et avança vers lui, je suis si heureuse de te voir...je commençais à...

Pas le temps d'en dire plus, comme lapin tiré d'un chapeau, Steven Pratt faisait son apparition et prenait l'affaire en main.

Nous sommes attendus, veuillez nous suivre, Monseigneur.

Le "nous" voulait dire lui et un petit groupe de personnages en grande tenue de gala.

*Misère...on va au bal pour de bon!*

Kit semblait près de paniquer, il serait resté planté là, sans réagir si elle ne l'avait pas pris du bras.

Faut y aller, et puisque tu es si "monseigneur"  agis comme tel...souris et ignore les!...Bouge toi, Brown!

On se mit en mouvement, partout on s'inclinait sur leur passage.

Allez, pas le moment de jouer les midinettes timides, tu es l'homme du jour...jouis en! Souris!...Garde la tête haute et détends toi...t'en fais pas, je sais de quoi il en va...Souris mais pas trop...Oui, c'est ça...Tête haute, relève les épaules, mon chéri, tu es sublime et tout le monde est ravi de te voir! *Sais pas si tant que ça, en tout cas, ce sont des fameux hypocrites!*

Qu’est-ce qu’on fout ici ? parvint-il à lui souffler.

Si j'ai compris quelque chose, bel ange, on va rencontrer ton père...le Roi du bled! Calme toi, suis sûre qu'il sera très heureux de te voir...sinon pourquoi se donner autant de mal avec nous!?

La suite lui donna raison. Les énormes portes doubles furent ouvertes sur une salle d'apparat grandiose, où se tenait une foule chamarrée d'ors et bijoux fabuleux qui retint, à l'unisson, le souffle pour partir en suite d'un applaudissement tonitruant et plonger ensuite en une révérence coordonnée avec grand art. Mais Emilia, tout comme Kit, n'avait d'yeux que pour l'homme, qui se levait du trône placé sur l'estrade royale. Il rayonnait, jamais bonheur ne fut plus sincèrement retranscrit sur un visage, dans l’éclat de ces yeux sombres...

*Seigneur, ils sont identiques...et il est si heureux!*

Le sosie vieilli de Kit tendait ses bras alors que le canadien semblait frappé par la foudre.

Fais pas de chichis...vas-y! C'est ton père!!!, souffla t'elle en le poussant discrètement.

Honorables dignitaires et notables, moi, Hendrick Ier, je vous requiers d’accueillir présentement l’héritier du trône, mon fils unique : Christopher. Viens, Kit ! Bon retour chez toi !  
 
*Eh bien, voilà!*

On se pressait au portillon pour s'approcher du prince, pour lui parler, le toucher, l'étreindre dans certains cas.

*Des proches, sans doute, sa mère... la nounou...sa tante...un oncle des fois...des cousins dont on ne manque jamais...Vont me l'esquinter de tant le tripoter!*

Mais bien sûr, pas question d'interrompre la liesse régnante. Du coup, on semblait même l'avoir oubliée, elle. On lui fourra quand même une coupe de champagne dans la main pour porter un toast, un de plus, en honneur du prince qui revenait au bercail.

Buvez donc, ma chère...c'est un jour de grand bonheur!!!

Intriguée de qu'on lui parle Emilia se retourna pour découvrir son interlocuteur et sa surprise fut si énorme que la coupe lui échappa des doigts.

HENRY!!!

L'autre partit d'un grand rire très sonore tout en prenant sa main et l'éloignant des bris de cristal.

Désolé de vous contredire, belle enfant, mais je ne suis point cet Henry dont la présence vous surprend autant!

Elle essaya de se ressaisir en biaisant.

Je vous prie de m'excuser...mais c'est incroyable ce que vous ressemblez à...mon oncle Henry...que bien sûr je ne me serais jamais attendue à rencontrer ici!

Je vous crois volontiers...d'autant que je sache aucun des sujets de Sa Majesté n'a l'heur de me ressembler, il sourit, genre blasé et s'inclina pour baiser sa main qu'il n'avait pas lâchée, pardonnez mon manque de manières, Ma dame...je suis le Ministre Merlin, à vos pieds!

Restez plutôt où vous êtes...j'agrée...*C'est ça, minaude tant qu'à faire!*, excusez moi si je semble un peu *Extraordinairement!*...perdue...

Vous ne manquez pas d'aplomb pourtant...sans vous notre bien-aimé prince semblait plutôt affolé!

*Clairvoyant, en plus!*

Sourire amusé de personnage qui soit dit en passant n'arborait point d'habit étoilé ni chapeau pointu mais un habit de soirée du meilleur goût.

Oui, mon enfant, clairvoyant et perspicace!

Et télépathe en sus!

Il s'inclina à nouveau, décidément très amusé.

Il est des dons dont on hérite à travers les siècles...je ne m'en excuserai pas, je le trouve très utile bien de fois!

Emilia commençait à se sentir mal à l'aise et allongea le cou pour chercher Kit, mais celui ci semblait avoir disparu pour le moment.

Son père a besoin de lui parler à seules, informa Merlin en lui présentant une nouvelle coupe de champagne surgie de nulle part, n'ayez crainte, Madame, notre bon roi est l'homme le plus heureux de la planète ce soir...il a tellement prié pour le retour de son enfant...la question que je me pose, et ne suis sans doute pas le seul, est comment, justement maintenant, 27 ans après avoir disparu sans laisser de trace, notre cher prince refait son apparition?

Emilia prit une profonde inspiration, brûlant d'envie de défaire le chignon qui lui serrait le  crâne mais s'en gardant bien.

Navrée de ne pouvoir apporter une quelconque lumière au mystère...je l'ignore moi même...et je suis sûre que ça aussi vous le savez!

Que vous l'ignorez, certes, mais vous avez une certaine idée à ce respect...moi aussi d'ailleurs, mais nous en reparlerons à l'occasion, vous êtes fatiguée, une nuit de bon repos ne saurait vous nuire...un conseil cependant, mon enfant, restez sur vos gardes!

Plutôt cryptique comme conseil mais avant qu'Emilia ait réussi à placer un mot de plus, le Ministre avait baisé sa main et s'éloignait la laissant démunie, presque en émoi. De Kit, pas de trace.

*Qu'est ce que je fais maintenant? Pas une scène, quand même...on me prendrait pour une folle...j'ai faim...on ne va pas servir de souper?*

Comme pour exaucer son vœu un chambellan on ne peut plus empesé, invitait à passer à table. Elle se contentait de suivre le mouvement lorsque, surgi Dieu sait d'où, l’ineffable Pratt se pointa à sa gauche, manquant de peu de la faire crier.

On devait vous accrocher une clochette...Oui, je vais bien, Mr. Pratt, compte tenu qu'on m'a larguée comme colis encombrant  et que tous semblent me considérer comme virus dangereux...où est Kit...mon mari?

Grave comme cardinal en concile, Pratt voulut la rassurer en lui signifiant qu'après les émotions de la soirée Son Altesse Sérénissime, le Prince Christopher se reposait dans ses appartements.

*Génial!* On aurait pu me prévenir.

Vous pourrez le retrouver demain, Madame, pour le moment que Son Altesse retrouve son calme est impératif!

Elle arqua un sourcil, inquisiteur et foudroya le personnage de son meilleur regard Clairborne qui sans être royal, résultait inquiétant.

Je ne sais pas si vous avez bien saisi l'étendue de la situation, Mr. Pratt, pour moi elle est néanmoins assez claire...étant la femme du Prince il me semble que quelques égards me sont dus!

Comme si une immense révélation venait de lui être faite, le cher homme inclina le buste, confus, rougissant.

Que Madame...euh, son Altesse,  veuille pardonner cette...

Cela en fait des discours..., sa moue de petite fille capricieuse revint, à point, après tout cela devait bien servir à quelque chose, j'en ai un peu assez de tout ce tralala...je veux rejoindre mon mari! Maintenant!

Impossible, Madame, le protocole est formel sur ce point...il faut d'abord que vous essayiez de...

Ça suffit de me traiter comme la dernière des crétines, je n'ai que faire d'un protocole méconnu...Donnez moi plutôt le manuel d'instructions, ce sera plus vite fait...et puis, allez au diable, je suis fatiguée, ai faim mais pas envie de me mêler à ce beau monde qui m'est étranger...conduisez moi à mes appartements, faute de mieux, faites venir la petite Prunella, si elle ne dort pas encore et servez moi un repas digne de ce nom...*C'est ça, passe pour la mijaurée de service!*

Remerciant le Ciel d'avoir beaucoup d'expérience pour marcher, danser ou courir sur des hauts talons, sans faire de faux pas, Emilia releva le menton, hautaine, fit demi tour et marcha vers la sortie, consciente de la soudaine attention que tous semblaient lui prêter mais l'ignorant royalement. Un silence circonspect suivit sa majestueuse sortie, ou du moins c'est ce qu'elle espérait en mitigeant le désir de relever le bas de sa robe et prendre les jambes à son cou.
Pratt, en parfait gentleman, l'escorta jusqu'aux appartements qui lui étaient destinés. Apparemment, il avait pris son temps pour donner des ordres ponctuels car à son arrivée, elle trouva Prunella en plein émoi et un somptueux repas servi face à une porte-fenêtre ouvrant sur une terrasse d'où on avait une vue imprenable sur la ville.

Madame va t'elle bien?, s'enquit Prune en l'entendant soupirer à fendre l'âme.

Madame a eu des meilleurs jours, crois moi, grommela Emilia en envoyant valser ses escarpins et se trémoussant pour défaire la fermeture éclair de son fourreau, *Où diables est Kit!?*

Prunella accourut à son aide, deux minutes plus tard elle se retrouvait parée d'une magnifique robe de chambre et prête à donner bon compte des mets préparés en son honneur.

Demain, il faudra que tu me mettes au courant de beaucoup de choses, dit Emilia en baillant une fois la dernière bouchée avalée, mes remerciements au chef, c'était sublime mais là...je vais dormir, je suis si fatiguée!...Prune, tu seras là demain, non?

Et tous les jours que vous le désirerez,  Madame! Je suis là pour cela et c'est un honneur!

À moitié rassurée et percluse de fatigue, Emilia se glissa dans l'énorme lit apprêté pour elle et a peine la tête posée sur l'oreiller s'endormit d'un sommeil profond et sans rêves.

On ouvrait les rideaux, laissant passer un flot de soleil. Emilia grogna en mettant l'oreiller sur sa tête, elle détestait être réveillée si brusquement mais bien entendu la baronne Margulies, coupable du fait, ne semblait pas le moins du monde émue par ses protestes.

Votre thé est servi, Madame...et votre bain vous attend!

Trop étant trop, Emilia surgit de ses couvertures, le regard flamboyant.

D'abord, ma chère, je ne bois pas de thé, je trouve cela limite infect et puis je ne prends pas de bain de bon matin mais une douche...Où est Prunella?

J'ai été désignée comme votre première dame de compagnie, Madame, énonça t'elle d’un ton pincé qui laissait deviner que cela n’avait été nullement de son choix, Prunella n'a guère d'expérience et...

Désolée pour vous mais je veux Prune et personne d'autre...obéissez moi ou je fais un tapage de fin de monde, et croyez moi, je sais très bien m'y prendre!!!...Et je veux du café!!!

Prunella fut là cinq minutes plus tard,  le café servi, Emilia fonça sous une douche revigorante, se sangla dans le peignoir présenté et suivant les indications de sa nouvelle suivante attitrée, ouvrit la porte de communication. Un petit salon, pas si petit que ça, où était dressé un buffet petite déjeuner dans la meilleure des traditions. À point de soulever les couvercles d'argent se trouvait...

Brown...pas trop tôt!, et de courir le rejoindre.

MILIE ? Dieu que je suis content ! Tu vas bien ? On ne t’a rien fait de mal, j’espère ?, voulut il savoir en, à sa vive surprise, la serrant dans ses bras

Pendant un instant, elle resta blottie contre lui alors qu'il la serrait contre lui.

*Il s'est fait de la bile pour moi!?* Oui, ça va...non, on ne m'a rien fait...on a bien pris soin de moi...et tu sais, je suis contente de te voir...qu'est ce qu'il se passe, Kit?...Parce qu'il se passe quelque chose d'énorme ici...toi, fils du roi, son Altesse par ci, Monseigneur par là...*Ne me lâche pas, ça fait un bien fou!*

Il avait eu droit à des révélations bouleversantes mais se refusait à y croire.

Il doit exister une forme d’Hypnos ici. On nous force à croire des choses…

Quelles choses, bon Dieu?...Que tu es le fils du roi? Tu l'as vu, je l'ai vu...il te ressemble tellement...ou plutôt tu lui ressembles comme seul un fils son père...et puis il était si ému, si heureux...

Tu, tu y crois ? On t’a lavé le cerveau !

Non, pas du tout...on ne m'a rien fait! Tu me dis que tu as eu des souvenirs...Induits? Mais pourquoi?...Ah bon, un cygne t'aurait enlevé...bon, on sait que les cygnes sont des bestioles assez perfides...et tu t'es réveillé ailleurs...ben, tu vas m'excuser, mais à mon avis, c'est plutôt clair...tu as franchi une porte, Kit...une interdimensionnelle...et tu sais bien de quoi on parle, là, non?...

Il la lâcha et s'éloigna de quelques pas pour s'arrêter face à une des baies vitrées à vue plongeante sur la ville. Elle le rejoignit,et s'accrocha à son bras.

Regarde tout ça...ce n'est pas un rêve, mais une réalité très tangible, ce n'est pas un mirage, tout comme les gens qui nous entourent, ils sont réels, en chair et en os...on t'a au moins dit comment se nomment ces parages enchanteurs?

Apparemment personne ne s'était trouvé le temps de lui fournir ce genre d'information.

Cette ville se nomme, et accroche toi bien: Kameloot...ce pays est la Nouvelle Albion, un des ministres est un tel Merlin, télépathe et Dieu sait quoi d'autre...et il y a aussi un tel Arthur,  Le Prétendant... au trône je suppose...ça te dit quelque chose, Brown!?...au fait, Merlin est le sosie de...Henry Warrington...alors si tu ne vois pas le genre...je donne ma langue au chat!

Confusion ou pas, il avait faim, il y a bien des choses qui ne changent pas. Elle ne refusa pas non plus le somptueux petit déjeuner en se disant qu'il valait mieux prévoir pour si jamais.

Je pense que pour le moment on ne risque rien, du moins toi...ben oui, on m'a déjà signifié que si bien tu es le prince je ne demeure pas moins une étrangère et puis Merlin m'a dit de rester sur mes gardes...à bon entendeur!, elle mordit gaiement dans sa tartine avant de poursuivre, de toute façon on s'est bien arrangé pour me faire sentir que je ne suis pas exactement la bienvenue...on ne va quand même pas prétendre que je suis la dame du Lac, non?

Kit n'avait pas l'air trop convaincu par son discours et encore moins avec ses analogies avec la légende arthurienne. Il tenait mordicus à sa propre théorie de l'hypnos ou ressemblant.

Et ça les avancerait en quoi, veux-tu me dire? On peut échafauder une  fameuse théorie de la conspiration mais pas en se donnant un mal pareil...Kit, on est bel et bien dans un autre monde...sur une autre ligne, que sais je!? Mais ça va dans ce genre là, j'en suis sûre...Zut, voilà encore Pratt...

Le cher homme qui semblait dans tous ses états s'inclina révérencieux avant de tirer de sa poche un agenda noir qu'il ouvrit pour brève consultation soldée par un soupir.

Respirez un bon coup, conseilla Emilia compatissante, puis asseyez vous et prenez un café!

Elle eut droit à un regard limite horrifié tout comme si elle venait de faire une proposition indécente.

Jamais de tout jamais je ne me permettrais pareil impair, assura Pratt imbu de loyale dignité, Sa Majesté vous attend, Altesse, elle désire avoir un long entretien!

Et moi? Je deviens quoi dans tout ce protocole à rallonge?
, interrompit Emilia amusée de le voir tiquer vivement.

Madame peut visiter la ville!

Mais quelle idée brillante...oui, c'est ça...allez faire du tourisme, ma bonne, perdez vous si possible...sautez d'un pont au mieux..., elle se tourna vers Kit qui fronçait les sourcils en considérant Pratt d'un regard très peu amène, il me semble que nous devrions tirer cette histoire au clair et le plus vite sera le mieux, on est d'accord sur cela, non?, sans attendre sa réponse elle dévisagea à nouveau l'émissaire royal, je ne veux sembler irrespectueuse mais reconnaissez que ma situation...

Pardonnez moi d'être si direct, Madame, mais pour le moment votre situation est le moindre des soucis du royaume!

Ah, la vache!, gronda t'elle, mais la main de Kit se posant sur la sienne la rappela au calme.

S'en suivit un échange des plus édifiants entre le prince et le brave et loyal serviteur-conseiller-émissaire-sous fifre-homme à tout faire et Dieu sait quoi d'autre, avec un bilan 1-0 en faveur du fils du Roi, sans pour autant l'inclure elle, dans le vaste programme du jour. Elle irait donc visiter les environs en compagnie de Prunella car pas question pour Emilia de laisser la baronne Margulies se mêler à la sortie.

Découvrir Kameloot la plongea dans un état de ravissement extatique mêlé de béate surprise. Vue des airs la ville lui avait semblé écrasante d'énormité avec ses buildings stratosphériques qui semblaient atteindre les nuages.. Vue dès une perspective terrestre l'impression s’atténuait, ce qui était plutôt surprenant. L'ensemble, d'une rare harmonie avec la nature partout présente perdait toute qualité d'agressive grandeur. Larges avenues, parcs innombrables, jardins enchanteurs, canaux enjambés par des ponts semblant légers comme un souffle. La circulation était fluide et curieusement personne ne semblait souffrir du stress qu'on associe si bien aux grandes métropoles...et pourtant, si bien les différences étaient flagrantes, Emilia ne pouvait pas s'empêcher de trouver quelques similitudes avec la ville trépidante, bruyante, stressée, dangereuse et polluée où elle avait grandi.

Un large boulevard longeait une rivière si semblable à Hudson River qu'un soupir lui échappa, soupir qui s'étrangla presque en un sanglot quand l'embouchure du fleuve s’élargit, aboutissant dans une baie. Une île proche attira immédiatement son attention et cette fois son exclamation affolée alerta pour de bon Prunella.

Madame se sent bien!?

Arrêtez la voiture...arrêtez vous!!!

Prunella, effrayée transmit l'ordre au chauffeur qui s'acquitta d'immédiat sans avoir le temps de faire autre chose que voir Emilia bondir hors du véhicule et courir sur le trottoir jusqu'à la balustrade de pierre qui sauvegardait la promenade.

C'est pas vrai...c'est pas vrai...Mon Dieu...

Dame Liberté n'était plus là mais exactement à sa place se dressait une statue imposante, immense représentant un géant brandissant une épée vers le ciel.

Sa dame de compagnie la rejoignit, hors d'haleine.

Madame...Madame, vous me faites peur, qu'arrive t'il? Qu'avez vous?

Qu'est ce que j'ai!?, faillit hurler Emilia, c'est ÇA que j'ai!, elle pointait du doigt la statue, ÇA!!!

Mais Madame...c'est Albion, un ancien Dieu! L’emblème de notre royaume, notre plus puissant symbole!...Vous pleurez, Madame...

Je veux rentrer!

De retour au building-palais, sans avoir échangé un mot malgré les efforts attendrissants de Prunella, Emilia ne voulait qu'une seule chose: trouver Kit et le mettre au courant de sa découverte, mais évidemment, rien ne se passe comme voulu quand on en a le plus besoin.

Aboutissant à un grand hall, elles tombèrent sur un groupe de personnes discutant de vive voix. Surprise, elle reconnut le ministre Merlin en grands pourparlers avec le Roi, Kit et un autre personnage qu'elle n'apercevait que de dos mais qui semblait très énervé, pour ne pas dire furieux. Un frisson la parcourut...pour muer en horrible pressentiment. En la voyant apparaître Kit avait esquissé un pas vers elle ce qui n’échappa pas à l'homme furieux qui se retournant la dévisagea avec une expression haineuse déformant son beau visage.

Alors c'est elle, la maudite sorcière!!!

Emilia resta pétrifiée sur place, incapable de parler, sentant qu'une folle poignée d'angoisse l'empêchait même de respirer. L'homme avança vers elle, menaçant, hurlant sans qu'elle ne parvienne à entendre ses mots qui se perdaient en une sourdine terrifiée. En cet instant tout basculait, face à l'irrationnel, à la cruauté de cette réalité parallèle...l'homme qui semblait vouloir sa mort, ressemblant trait pour trait...à Dave Clayton!

Elle chancela, Prunella voulut la soutenir mais le furibond l'écarta méchamment laissant Emilia s'effondrer sur le sol dallé de marbre sans bouger le petit doigt pour l’éviter...
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L'héritier légendaire d'ailleurs
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