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 L'héritier légendaire venu d'ailleurs

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Kit Brown
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Messages : 9
Date d'inscription : 12/11/2016

MessageSujet: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Sam 7 Oct - 21:00

Depuis qu’il avait été en âge de regarder les filles et de jouer ensuite avec elles à autre chose qu’aux dominos, Kit Brown n’avait eu que l’embarras du choix. Heureusement pour la morale, la tribu qui l’hébergea lui imposa des règles strictes, un code d’honneur inviolable, du moins vis-à-vis des femmes de la communauté. Pas que l’on poussât les jeunes hommes à devenir moine, mais il était hors de question de déflorer une pucelle du clan à moins de l’épouser dignement.  On tenta bien de le caser une paire de fois avant de conclure à peine perdue. Kit aimait sa liberté plus que le reste. Jamais, il n’envisagea de convoler sans pour autant se priver de charmantes occasions de passage.
D’une manière générale, il jugeait vite les gens, avec justesse, en sus. Et aucune donzelle ne lui avait paru suffisamment intéressante pour s’arrêter plus d’une nuit dans ses bras. L’abstinence, il connaissait bien sans que cela ne le gêne outre mesure. Faut dire qu’avec son écolage à la PTE, les horaires étaient tels qu’aucun batifolage ne l’avait tenté. Puis, il y avait eu un baiser échangé dans des circonstances très particulières, une sorte de réflexe pour se prouver que l’on est vivant, rien d’autre… Autant s’en persuader, non ? Car la demoiselle ayant réveillé ses sens endormis n’était pas du tout le genre attractif ordinaire.  Beau brin de fille, certes, mais cervelle de moineau. Quoique…  Au fil des jours et des missions, Kit s’était rendu compte de l’évolution de Miss Clairborne.  Pas sotte du tout, sensible, elle était loin de l’image première dégagée. N’empêche qu’elle demeurait une sérieuse enquiquineuse et un pot de glu pas possible.  
Que ressentit exactement Brown en la voyant mal en point après avoir fourré son joli petit nez où il ne fallait pas ? Difficile à dire.  De l’angoisse ? Assurément ! L’ampleur de celle-ci le fit beaucoup cogiter ensuite.  De la colère ? Impossible autrement car merde ! C’était de sa faute à elle si Emilia s’était fourrée dans ce pétrin. Bon… peut-être aussi un peu de la sienne propre. Il aurait pu dévier le sauteur, le faire revenir au labo, et elle avec. Mais non ! Il avait bêtement accepté sa présence sans se douter des conséquences, qu’elle serait assez stupide pour s’interposer dans une situation qui ne la concernait aucunement. La voir dans cet état calamiteux l’avait profondément chamboulé, trop selon ses critères. Il y penserait plus tard – ou pas - voilà tout.
En attendant, restait le passage au « tribunal ».
Somme toute, si Kit râla, ce fut surtout pour la forme. Il s’en sortait bien, sans savon du colonel et même avec promesse de l’appui général.
 
*L’écrivain a un plan ? Ben voyons !...*
 
Avant tout, il lui faudrait rendre visite à la blessée, chose qui ne l’enchantait pas. Mais puisque tous y avaient été, même le chien, il aurait été mal perçu de ne pas le faire. Très volontairement, il se renfrogna. Inutile que la belle voie à quel point ses traits tirés et son air las l’atteignaient, sinon elle se ferait des idées. Il aurait voulu demeurer froid. Hélas, ce ne fut pas le cas car la Miss avait réellement le chic de le faire enrager.
 
*Elle retourne la situation comme si tout était de ma faute !* Primo, je ne suis mêlé à aucune pègre, moi ! C’est mon garagiste, celui à qui j’avais confié Beauty qui l’est. Garagiste à qui je n’aurais jamais eu affaire si une folle dingue du volant ne m’avait percuté !
 

Ben oui, si tu savais conduire il n'y aurait pas eu d'acci...
 
Le ton monta autant que la moutarde au nez de Kit :
 
Non, mais je rêve ! Si quelqu’un ici ne sait pas conduire c’est toi !  
 
Là-dessus, la belle entra presque en pamoison, à croire qu’il la torturait du moins verbalement.
 
*Foutaise ! Elle en rajoute pour t’attendrir, pauvre cloche !*
 
Néanmoins, il faillit paniquer à nouveau :
 
Hey, tu vas bien ?
 
De là suivit une conversation assez naturelle au cours de laquelle la Miss admit même ses erreurs. Il n’en revint pas de ce qu’il sortit :
 

Mais non, tout n’est pas entièrement de ta faute*Pauvre idiot ! Pourquoi dis-tu des conneries pareilles ? *
 
Puis- cerise sur le gâteau – ne voilà)t-il pas qu’Emilia désirait calmer les enjeux en réglant ses dettes.  
Qu’elle soit friquée, va et passe. Qu’elle lui fasse l’affront de prétendre qu’il ne parviendrait pas, seul, à s’acquitter de son dû l’échauffa davantage. Pour qui se prenait-elle ? Pour qui le prenait-elle ?
 

C’EST HORS DE QUESTION ! Suis pas un sombre idiot qui pleure en cas de pépin ! Garde ton fric. On va régler la note à notre façon !
 
Elle sembla capter le message et, après des excuses – ou ce qui y ressemblait – elle eut l’idée incroyable du siècle :
 
Quand tout sera fini... on pourrait demander une petite prolongation des vacances... j'ai une petite maison à la plage...
 
 *Et on s’y entassera tous en chantant en grillant des marshmallows ? À d’autres !*
 
Il ne dit ni oui ni non, et fila. De réelles préoccupations l’appelaient ailleurs.
 
Les plans les plus simples sont souvent les meilleurs ? Ils sont aussi de ceux qu’un grain de sable déraille complètement. Au départ, Dave eut raison. Des préparatifs minutieux étaient indispensables à une bonne exécution. Aussi, grâce à quelques sources fiables, notamment avec des policiers qui le rencardaient à l’occasion, l’écrivain dénicha les identités des malfrats ayant agressés Emilia. Il avait suffi d’un micro saut en arrière pour photographier les plaques minéralogiques et la bouille des tireurs identifiés ensuite. Par un autre saut en compagnie de l’américain, Kit avait placé une balise sur un des véhicules adverses qu’ils avaient ensuite suivis tout « simplement » à la trace jusqu’au supposé repaire des bandits sitôt leur méfait accompli.
Le tout fut de se retenir d’intervenir avant le déroulement « normal » des évènements et de ne rien dévoiler à une blessée très curieuse d’apprendre ce qui se tramait en dehors d’elle. Le pauvre Martin eut toutes les peines du monde à freiner le désir – somme toute naturel – de la Miss à l’action.
Le jour J, tout était paré après une semaine de surveillance intensive du nid des bandits. On savait qui ils étaient – une branche de la mafia chinoise - où était leur quartier général, et quels étaient leurs projets immédiats. La revente de la statuette dérobée, ainsi que des armes illégales, et des kilos de drogue, les excitait beaucoup. Une sorte d’enchères était prévue le soir-même.
Au signal de Dave- transformé pour la circonstance en chef d’opération- on fonça dans la mêlée. Les flics prévenus anonymement allaient donner malgré eux le feu vert. Entre le temps de les apercevoir et d’intervenir, le trio d’exécutants ne disposait que de cinq minutes réelles.
Pour les besoins de sa tribu, Kit avait déjà assisté - voire orchestré - des ventes tantôt légales, tantôt moins. Il se doutait donc que peu de personnes physiques seraient présentes. Grâce à l’informatique, beaucoup de transactions se commettaient à distance.  Cependant, leur intrusion soudaine dans la salle bourrée d’ordinateurs et téléphone provoqua un beau chaos. Ce qui s’y passa n’intéressait pas directement le Canadien. Lui, s’il assomma l’un ou l’autre garde, il voulait surtout inventorier les biens mis sur le marché.
 
*Où est Beauty ? *
 
Hélas, quoiqu’il fouille, il ne la débusqua pas.  Force fut de s’en prendre à un sbire qu’il ne ménagea pas. Dave l’empêcha de mettre à mal ce petit comparse qui ne demandait qu’à chanter de toute façon. L’info obtenue, Brown ne pensa plus qu’à enfourcher un sauteur ce que prévint un Dave furibard :
 
… M’en fous du timing ! Beauty n’est pas loin. Je ne pars pas sans elle.
 
Nell, qui avait ligoté plusieurs des bandits, voulut aussi le retenir. Kit disjoncta et l’envoya paître au propre comme au figuré ce qui eut l’heur ne déplaire à Mrs. Clayton. Un poing terrible lui explosa l’arcade. Kit ne s’en soucia pas, rendant coup pour coup afin de récupérer sa bécane. Avait-il amoché Dave ou Nell ? Peu importait. Avec le sauteur, ni une ni deux, il fila.  
Elle était là où le sbire avait dit. Belle, magnifique, retapée, étincelante. Il sauta d’une selle à l’autre mais le duo Watson-Clayton était sur ses talons. Une autre bagarre eut lieu, une de celle qui marque.  Puis, Nell se la jouant arbitre, décréta le match nul. On rentra chez Warrington, crevés, amochés, mais pas fâchés.
Miss Clairborne, non sans acidité, ne le rata pas au retour chez Henry.
 
… Ouais, suis comblé ! Avoue qu’elle mérite le mal qu’on s’est donné.
 
Emilia accorda étrangement facilement, le conviant surtout à se faire soigner.  Son œil étant moins amoché que son orgueil, tout rentra vite dans l’ordre sous les doigts experts de Lescot qui n’hésita pas à user des moyens du futur pour réduire plaies et bosses.
Lors du repas suivant, le trio vengeur omit très volontairement certains détails. Inutile d’avouer s’être plus amochés entre eux que contre la partie adverse.
Ensuite vint confirmation d’un congé à durée indéterminée.
 
*Chic ! Pas de menaces immédiates. Vais pouvoir filer…*
 
Kit ne désirait pas quitter la PTE, loin de là ; il s’y plaisait trop. Cependant, s’éloigner d’une certaine Miss le démangeait beaucoup.  Seulement… Comment dire non à une gentille proposition si « innocente » ?
 
Quelques jours dans un coin tranquille, dans les bois, face à un beau lac?
 
Cela puait le traquenard. Kit le sentait mais… dut s’avouer vaincu par les doux yeux de l’hôtesse future.  
Cerise sur le gâteau, Emilia suggéra :
 
  Est ce que je pourrais aller avec toi? Je n'ai jamais voyagé en mo... avec une Harley Davidson... ce doit être quelque chose!
 
Je croyais que tu me prenais pour le pire conducteur que la Terre ait porté ! Me ferai un plaisir de te prouver le contraire !
 
Il ne mentait pas. Toutes les limitations de vitesse furent respectées, aucune infraction commise. Il aurait pu vouloir épater Emilia en jouant à l’esbroufe. Oh que non ! Jamais sur cette route, on n’avait vu motard plus prudent.  Il est vrai aussi qu’il avait l’impression de convoyer un trésor… Sensation inhabituelle pour un Kit peu enclin à partager le siège de Beauty.  C’était étrange. Il avait à la fois hâte d’arriver, de mettre un terme à cette torture du contact quasi intime dans son dos, et une folle envie d’au contraire le prolonger en ralentissant le train.  
Aux buildings succédèrent des petites villes, puis les habitations se raréfièrent pour se remplacer par des arbres de plus en plus nombreux.  Le temps était superbe, çà et là on pouvait distinguer le miroitement d’étendues liquides. La nature paisible leur ouvrait ses bras généreux.  
Selon les indications d’Emilia, la bécane bifurqua sur une route secondaire néanmoins fort praticable.  Maintenant, sur leur droite, s’étendaient les eaux calmes du lac visé.  On roula encore un bon quart d’heure puis Emilia lui indiqua d’obliquer à droite. La route, devenue chemin, fut plus ardue dans une descente assez raide, mais la vue valait le coup, pas à dire. Soudain, alors que Kit était très attentif aux nids-de-poule, Beauty toussa.  La légère embardée fut maîtrisée de main de maître et, sans autre heurts, on continua son bonhomme de chemin.
Enfin elle fut là, cette « mansion ».
Kit ne savait pas exactement à quoi s’attendre. Si, vaguement, il avait espéré trouver une sorte de chalet en bois, genre pavillon de chasse : raté ! De très belle taille, en un beau mélange de pierres et bois, s’étendait une bâtisse sinon royale, au moins princière.
 
*Chic ! On pourra jouer à cache-cache sans jamais se trouver !*
 
Le moteur se coupa au haut portail de l’enceinte grillagée. Ôtant son casque, il mit pied à terre :
 
Fameuse bicoque ! Où sont Dave et Nell ?
 
Manifestement, ils étaient les premiers arrivés. L’autre couple, flanqué d’Oscar, avait voyagé en voiture avec les bagages. Peut-être avait-il emprunté un autre chemin ?  
 
… ouais ! Ils se seront peut-être arrêté quelque part, va savoir ? Bon, tu as la clé au moins ?
 
Bien sûr qu’elle l’avait ! Libérant sa longue chevelure, Emilia se dirigea gaillardement vers la serrure où elle fourra le Sésame.  Pendant ce temps, Kit détendit ses muscles en avançant vers la rive boisée. Tout était si calme ici !  Exactement comme il aimait.  
Le charme fut brusquement rompu par des imprécations grossières. Pourquoi Emilia râlait-elle ainsi. Retourné, il la vit batailler avec le grillage qu’elle injuriait copieusement. Il se retourna en rigolant :
 
Hey ! Arrête d’engueuler cette pauvre ferraille! T’as pas pris la bonne clé, voilà tout !
 
La miss persistait, insistait. Si bien que Kit la prit en pitié :
 
C’est pas si grave ! Laisse-moi faire !
 
Pratique de se souvenir être un as de la cambriole. L’enseignement sous Hypnos ne s’étant pas complètement évaporé, il suffit à Kit d’un bout de ferraille pour crocheter cette serrure banale.
Un clic plus tard, ils pénétraient dans le « domaine ».
 
*Qu’est-ce qu’elle peut être chichiteuse !*
 
Emilia ne cessa de ronchonner le long de l’allée dallée menant au corps de l’habitation.
 
*Pauvre Bridges ! Je te plains, même si je te connais pas. Tu vas prendre un de ces savons ! »
 
Oui, Miss Clairborne pestait contre son majordome chéri. D’après elle, le passage aurait dû être mieux entretenu. Des arbustes avaient déménagés de l’emplacement initial, les rosiers étaient négligés, etc.
Face à la porte, le scénario du portail se répéta : ouverture impossible. Pas à cela près, Kit récidiva du crochet. Furibonde, Emilia fonça pour stopper net deux pas plus loin. Figée, muette – chic !- son attitude reflétait la stupéfaction totale. Le répit du mutisme ne dura hélas pas. La voilà qui se remit n marche en énumérant une longue liste de récriminations à l’encontre de Bridges. Où était ceci, qu’est-ce que cela foutait là etc.
 
… STOP !! Milie, excuse-moi, mais tu dérailles, là ! T’es sûre que c’est la bonne baraque ? À t’entendre, on jurerait que non !  
 
Si, la miss était certaine de son fait. Comme récitant un livre d’histoire, elle débita le pourquoi du comment lui venait cette conviction. Que répliquer à cela pour expliquer de tels changements ?
 
T’emballe pas ainsi. Soit, on est au bon endroit. Il manque des cadres, les peintures murales ne sont pas ce dont tu te souvenais. Dis-moi un truc : ça fait combien de temps que t’es venue ici ?
 
Il venait de marquer un point car Miss Clairborne dut avouer que cela faisait un bail.
 
Ben, tu vois ! Des changements ont eu lieu. On ne t’en a pas avertie, point barre ! Si on se cherchait plutôt un truc à bouffer en attendant les autres ?  
 La cuisine faillit déclencher une nouvelle crise de fureur que contra Kit qui, heureux, lui fourra en bouche en pitch au chocolat.
 
C’est pas Byzance, tes placards, mais ça cale ! Me demande ce que foutent les autres ?
 
Merde ! Ils avaient une heure de retard sur l’horaire prévu. Consultant sa montre, Kit tiqua davantage. Dans l’entrée, l’heure indiquée par une grosse horloge murale ne correspondait pas avec la sienne actuelle. Il n’en dit rien à sa compagne suffisamment énervée ainsi. Il se contenta de sortir son portable et appela Nell… en vain.
 
Pas de réseau ici, soupira-t-il. Bon, on fait quoi ?... je sais, je sais ! Calme-toi, bordel ! Rien ne correspond à tes attentes, et alors ? Profitons du beau temps ! Une baignade ?
 
Elle l’envoya paître « gentiment » pianotant aussi sur son smart. Elle était tellement dépitée, exaspérée et tendue que Kit eut recours à une mesure drastique. L’emportant sans ménagement dans ses bras vigoureux, il courut au dehors. Malgré ses vociférations, il atteignit son but. Plouf ! La belle en fut quasi noyée. Pour ne pas demeurer en reste, Kit piqua un plongeon à ses côtés :
 
Tire pas cette tête. Elle est froide, on s’en fout ! Ça remet les idées en place, non ?

 
Enfin docile, Emilia rit de bon cœur. Misère qu’elle était belle ainsi… Un nœud dans la gorge, la respiration courte soudain, Kit revécut la courte scène d’un autre lieu, d’une autre époque. L’envie folle de reprendre ces lèvres pleines le démangea. Il allait fondre. D’un élan, d’un regard éperdu, il allongea son bras. Puis :
 
HAUT LES MAINS ! SORTEZ IMMÉDIATEMENT !  
 
*Hein ? *
 
Dans un bel ensemble désemparé, le couple se tourna vers la source sonore. Ebahi, Kit vit trois policiers armés qui les braquaient, menaçants. Une mise au point s’imposait. Emilia parlementa en déclinant son identité, exigeant des explications. Le « chef » n’en eut cure :
 
Vous êtes en infraction sur cette propriété du sénateur Carrington. Sortez !
 
Emilia allait répliquer, Brown la lui boucla :
 
Obtempère. J’t’avais dit que tu t’étais gourée !
 
Lentement, bras levés, ils dégoulinèrent vers la berge.  
Dès qu’ils furent à sec, ils furent palpés ainsi qu’apostrophés en contrôlant leurs papiers :
 
Emilia Clairborne… Christopher Brown. On va lancer une recherche. Bougez pas.
 
On les photographia. Un des trois flics leur amena des couvertures, au moins ça. Sous bonne garde, ils purent s’asseoir dans l’herbe en attendant la vérification des identités. Kit osa :
 
Il s’agit d’une méprise, officier. Miss Clairborne a confondu sa propriété avec celle de...
 
Zut ! Emilia, reprenant du poil de la bête, maintint sa position. Elle ne connaissait pas de sénateur de ce nom, une mystification quelconque avait eu lieu.
Le vérificateur revint au pas de course, l’air très contrarié :
 
Chef, on a un souci.
 
Ce qu’il chuchota à l’oreille de son supérieur fut incompréhensible autant que ce qui suivit.
Décomposé, le policier murmura à son tour ; l’autre repartit au trot. Arme et buste baissés dans un profond salut, l’officier bafouilla :
 
Mille excuses, altesse. Nous ne pouvions pas savoir ! C’est extraordinaire ! Bien sûr, vous êtes chez vous partout. Le sénateur sera ravi que vous ayez choisi sa demeure même pour une… escapade galante. Une escorte est en route pour vous récupérer si tel est votre souhait. Pouvons-nous vous être utiles en quoique ce soit en attendant ?  Vos désirs sont des ordres, altesse.
 
Non mais ! Quel était ce délire ?
 
Timidement, une main se tendit pour relever… Kit.
 
L’aberration totale ! Quelle mouche piquait ces gens ? Tous pliaient l’échine dans le sillage du couple trempé qui fut guidé avec déférence révérencieuse jusqu’à une vaste clairière à l’arrière du bâtiment principal. Ni Kit ni Emilia, aussi sonnés l’un que l’autre, n’émit mot ou remarque.
Bientôt, un hélicoptère parut en descente. Lorsqu’il se posa, Brown eut l’impression de geler sur place sous l’effet de la soufflerie des pales au ralenti. D’un geste protecteur, il en serra les épaules d’Emilia à qui, perdu, il chuchota :
 
On y va ?
 
Agréa-t-elle ou pas ?  Tout était tellement de travers qu’on ne pouvait songer qu’à une chose : se réchauffer.
Déjà, un comité d’accueil venait à leur rencontre ne leur laissant guère le choix. Il fallait courir ? On courut.  La porte coulissante fermée, on décolla. Casques-écouteurs, fourrures, eaux-de-vie se distribuèrent.  Enfin, le plus attentif à leur bien-être causa par son micro :
 
Nous serons chez vous dans dix minutes, sire. C’est… c’est tellement incroyable. Votre père a été prévenu. Il ne tardera pas à nous rejoindre. Je suis Steven Pratt, pour vous servir.
 
Incapable du moindre mot, Kit se contenta d’opiner non sans chercher la main d’Emilia qu’il pressa fortement sous la fourrure.
La forêt survolée fut dépassée cédant la place à un amas de gratte-ciel que Kit – pas plus qu’Emilia, n’identifia.
Le sommet d’une haute tour les reçut. Il fallut encore courir vers un autre comité.  Ces gens semblaient eux aussi comme frappés de stupeur mais ils se montrèrent extrêmement prévenants.  
Un ascenseur chic, des couloirs capitonnés plus tard, on leur ouvrit les portes d’un espace somptueux. Jamais Kit n’avait foulé moquette plus moelleuse, traversé des décors aussi luxueux. À part au cinéma, ou dans des rêves de gloire, il n’imaginait qu’à peine que cela existât.
Du personnel stylé s’occupa immédiatement d’eux. Kit réagit. On voulait le séparer de Milie ? Ah non !
 
Ma… femme reste avec moi ! osa-t-il à une sorte de majordome.         
 
Elle sera dans la salle de bains d’à côté. Soyez sans inquiétude, votre altesse.
 
Le temps d’échanger un regard penaud, le voilà embraqué vers la salle d’eaux la plus délirante qui soit. Deux soubrettes semblaient fermement décidées à s’occuper de lui. Il les rembarra illico :
 

Pas touche à mon froc ! Toi, ôte tes pattes ! Sais m’débrouiller, merde !  
 
Choquer par un verbiage insultant ? Oh que oui ! Très volontairement, Kit débita les mots les plus barbares de son répertoire afin d’écarter ces femelles outrées. Tant pis, s’il passait pour le plus rustre des rustres. Il eut gain de cause, et la paix.  
On voulait qu’il fasse un brin de toilette ? Soit ! Les installations sanitaires étant le top du top, autant en profiter.  Douche, shampoing, démêlage plus tard, il revêtit le « costume » abandonné sur un cintre. À son sens, il s’agissait d’une sorte de tenue de gala.
 

*Me voilà pingouin. Pour qui me prennent-ils, bordel ?*
 
Habillé de pied en cape, il ne se décidait pas à sortir de son refuge. Les idées à l’envers, il tenta d’assembler des pensées cohérentes. La seule qui prima fut :
 
*Je rêve. J’ai dû me cogner la tête quelque part et je vis dans le coma. Ma foi… c’est marrant !*
 
Tant que ça ne tournait pas en cauchemar, pourquoi pas ?  Sur ce, il ouvrit la porte.
 
Wow ! Là, posée sur un large divan en cuir blanc, moulée dans un fuseau de satin noir, pour un peu, il ne l’aurait pas reconnue. Apparemment, Milie hésita elle aussi à le recadrer lorsqu’elle l’aperçut.
Seuls ? Etaient-ils enfin seuls ? Zut, Pratt, telle une souris, s’était déjà glissé entre eux :
 

 Nous sommes attendus, veuillez nous suivre, Monseigneur.
 
Quel empoté ! Les doubles portes ouvertes sur une espèce de haie d’honneur de gardes empanachés, Kit paniqua. Sans le bras ferme d’une Emilia souriante, il n’aurait pas su avancer un pied.  
Lui murmurant des conseils d’attitude à chaque pas, elle fut son égérie tout du long, très long parcours.
 
Qu’est-ce qu’on fout ici ? parvint-il à lui souffler.
 
Ouais ! Rencontrer son « père » semblait être la réponse correcte, fatale.
D’autres grandes portes s’ouvrirent en face d’eux.
 
*Bonté divine !*
 
Une salle bondée, une estrade d’honneur vers laquelle le couple s’avança sous un tonnerre d’applaudissements. Au bout d’une allée de velours rouge, debout, rayonnant, un homme d’âge mûr.  
Choc ! Kit eut brièvement l’impression de se regarder dans un miroir. Certes, la toison bouclée était très neigeuse, la barbe également. Mais, à ces détails près, ce gars était son reflet quasi parfait.
 
*Quel rêve de fou !*
 
Pressé par Emilia, Kit avança encore vers les bras tendus dont le détenteur clama :
 
Honorables dignitaires et notables, moi, Hendrick Ier, je vous requiers d’accueillir présentement l’héritier du trône, mon fils unique : Christopher. Viens, Kit ! Bon retour chez toi !  
 
Que faire d’autre que d’étreindre ce sosie vieilli ? Kit se plia à tout sans en placer une. Ovations, libations, il en avait le tournis. Heureusement, Emilia ne fut jamais trop loin, même si les occasions manquèrent cruellement d’être à seuls.
 
*Il est temps de te réveiller, mon pote* se dit Kit après une xième coupe de champagne.
 
« Papa » l’enleva soudain. Encadré de deux sbires, Kit déménagea vers un appartement privé. Là, il dut subir une longue étreinte émue de ce mec si ressemblant :
 
Toi ! Enfin, toi ! J’ai tant prié ; tu m’es rendu ! Te... te souviens-tu de moi ?
 
Merde ! Ce gars semblait vraiment y croire. Kit, à défaut de mieux, partit d’un grand rire :
 
C’est dingue ! Je suis dingue. J’en ai marre de ce rêve débile. Je veux me réveiller. Allez, pauvre con, réveille-toi !
 
Et de s’asséner plusieurs baffes retentissantes au grand dam du vieux bonhomme. La mine contrite, il stoppa la dernière claque, forçant Kit à s’asseoir sur un fauteuil. Le laissant là, lui fourrant une coupe pleine en main, en absorbant une, il se mit à arpenter le tapis :  
 
Tu crois ceci irréel ? Je peux comprendre. J’ai eu moi-même du mal à y croire quand le rapport formel est tombé. Cela fait 27 ans, mon fils. 27 ans que j’attends ce jour. On t’a cherché aux quatre coins de l’univers après que tu aies disparu. Tu venais d’avoir trois ans. Ta mère – Dieu ait son âme – t’a laissé près du lac. Tous te disaient noyé. On a sondé, fouillé, en vain. Jamais, je n’ai perdu espoir. Tout ce temps, je n’ai pas démordu, lançant partout tes caractéristiques faciales renouvelées années après années. Et tu es là ! Aucun doute, tout concorde. Tu es mon fils, je suis Ton père !  

 
Un genou par terre en face de lui, le vieil homme semblait quémander une étreinte que Kit évita en se tassant contre le dossier du siège :
 
Ça colle pas ! Ma mère était junkie, et...
 
Le roi ne se démonta pas :
 
Kit est le surnom que ta maman – Alexandra, Eléonore, Fahey- a voulu te donner. Elle l’avait cousu sur tous tes vêtements avec ton vrai prénom. Tu ne te rappelles de rien, de vraiment rien ?
 
Mais bordel que fichait ce vieux ? Il lui plaqua la main sur le front. Là, Kit eut l’impression de vivre à l’envers. Comme dans un film en accéléré arrière, il se revit adhérer à la PTE, acquérir Beauty, être adopté par les wandakes, rajeunir, rapetisser. Un trou noir, immense. Un lac, une femme jeune et belle courant après lui en riant ; des gens joyeux, un gâteau avec deux bougies… Le défilé l’expédia aux limbes.
 
Revenant à lui, il faisait jour dans la chambre la plus grande jamais visitée.  Impossible de nier ne pas rêver. Or, il se réveillait aussi moulu qu’après une séance d’Hypnos. Était-ce cela qu’on lui avait fait, l’hypnotiser ? Sinon pourquoi des « souvenirs » si étranges l’habitaient-ils ?  
Se levant difficilement, il constata sa solitude. Où était Emilia, qu’avait-on fait d’elle ? Aussitôt, il se mit à brailler :
 
Milie ! EMILA ! T’ES OÙ ?
 
Un porte s’ouvrir prestement sur l’incontournable Pratt :
 
Monseigneur est éveillé ? Point d’inquiétude. Votre épouse se repose dans les appartements d’à côté. Notre vénéré souverain a hâte de s’entretenir à nouveau avec vous. Le petit-déjeuner n’attend que vous.
 
Wow ! Une fois rafraîchi, Kit découvrit un immense buffet dans la pièce jouxtant. Vu la multitude des cloches en argent à disposition, il pensa :
 
*Ou l’on attend du monde, ou l’on me croit affamé…*
 
Il allait céder à la curiosité de découvrir les plats quand, discrète, une fine silhouette apparut par une autre ouverture.
 

MILIE ? Dieu que je suis content ! Tu vas bien ? On ne t’a rien fait de mal, j’espère ?
 
Fortement, il étreignit la belle dame en peignoir de satin. Elle allait très bien, s’étonnait :
 
… je sais tout. Il doit exister une forme d’Hypnos ici. On nous force à croire des choses… Hein ? Comment ça, et si ? M’enfin Emilia, je suis pas un prince perdu même si on me crie le contraire. C’est pas possible !... Tu, tu y crois ? On t’a lavé le cerveau !... Oui, j’ai des « souvenirs » mais ils sont induits, j’en suis convaincu… Euh… je me « rappelle » mon « enlèvement », ou l’on m’y oblige… Un cygne m’attrapé le bras, j’ai coulé et ai cru me noyer, sauf que je me suis réveillé ailleurs… Porte ? Tu crois que j’ai franchi une porte et que maintenant aussi, nous en avons…
 
Misère ! Et si c’était vrai ?
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Emilia Clairborne-Watts

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MessageSujet: Re: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Sam 14 Oct - 18:35

La vie est-elle belle? Oui, elle l'était, lors de ces heures fugaces, pendant cet été sublime. La tête vidée de tout préjugé ou autre banalité du genre, Emilia avait tout simplement joui de chaque instant de cette balade grisante.

Mais bien sûr, connaissant la condition éphémère des instants parfaits, Miss Clairborne ne fut guère surprise quand les pépins commencèrent. Que la clé du portail n'était pas la bonne? Qu'à cela ne tienne, apparemment cela pouvait arriver à tout le monde, sauf qu'Emilia râla en bonne en due forme tout en bataillant avec la serrure récalcitrante. Kit sauva la situation avec la dextérité d'un cambrioleur chevronné.

La suite aidant, la moutarde avait commencé à lui monter au nez. Rien, mais absolument rien...ou presque, ne correspondait au souvenir gardé de cet Éden particulier. Il ne restait pas grand chose du beau jardin si soigné jadis, là ça partait en nature sauvage, quoique d'un très bel effet correspondant bien mieux aux alentours sylvestres que les massifs symétriques et parfaits auxquels sa mère avait toujours semblé tenir.

*Ouais, Maman et ses chichis...touche pas à ci, n'arrache pas les fleurs, ne fais pas ceci, fais pas cela...*

Rebelote avec la porte principale. Pour alors la belle humeur de la miss menaçait de virer à l'aigre. L'as de la cambriole joua encore de son si utile savoir faire.  L'intérieur les avait accueillis. Et Emilia avait été à point de s'étouffer de rage. Le cher et fidèle Bridges fut descendu en flammes "in absentia" mais cela n'avait, évidemment, rien changé à la déprimante situation. Hurler, pester, jurer, maudire...comme si cela pouvait servir de quelque chose! Et bien entendu, la sage remarque de Mr. Brown n'avait rien fait pour la calmer.

STOP !! Milie, excuse-moi, mais tu dérailles, là ! T’es sûre que c’est la bonne baraque ? À t’entendre, on jurerait que non ! 

Ah bon? Parce que j'ai l'air folle maintenant!?...Bien sûr qu je suis sûre...c'est la bonne maison...j'y passais mes vacances...mon grand père l'a faite construire pour sa femme Claire, d'où le nom...je connais chaque coin...*ou croyais le faire!*...et là...tout est...euh...autrement!

Le canadien, plein d'un bon sens insoupçonné, avait fait quelques remarques si judicieuses qu'elle n’avait pu que s'incliner face aux évidences. Oui, cela faisait un long temps depuis sa dernière visite...10 ans? Plus?

*Mais quand même, cela n'aurait pas dû empêcher cet empoté de Bridges de bien faire son travail!*

Le pauvre empoté de service fut, dans les minutes suivantes, voué aux plus sombres recoins de l'enfer suite à la navrante découverte des placards plutôt vides de l'énorme cuisine. Kit avait fait taire ses braiments ulcérés en lui fourrant un truc chocolaté dans la bouche.

C’est pas Byzance, tes placards, mais ça cale ! Me demande ce que foutent les autres ?

*Tiens c'est vrai...qu'est ce qu'ils fichent ces deux là? Pas perdus en chemin, quand même...sont pas si bêtes...puis Nell elle connaît aussi le chemin...enfin, si elle s'en souvient encore...*

Décidant que celui là était le moindre de ses soucis, Emilia avait continué à déblatérer de son mieux, cassant, le plus sûr les oreilles de Mr. Brown qui, faute de meilleure idée avait trouvé la solution par excellence.

UNE BAIGNADE!? T'es malade ou quoi!? Bien sûr que non...ça va plus chez toi décidément...en plus, mes affaires sont dans la voiture...et...zut, vraiment pas de réseau...quel trou merdique...Non mais...arrête! ARRÊTE, JE TE DIS!...KIIITT VAIS TE FAIRE LA...

Remède souverain pour les enragés. L'eau, plutôt froide avait eu l'heur de la ramener à de meilleures considérations. Pourquoi ne pas rire, après tout? Puis, instant magique, Kit avait semblé bouleversé...ému? Il avait tendu son bras vers elle...Emilia avait étouffé un soupir...

HAUT LES MAINS ! SORTEZ IMMÉDIATEMENT !

Radicale façon de tout ficher en l'air! Certes, se retourner et découvrir trois policiers braquant leurs armes sur eux n'avait rien de réjouissant et encore moins de rassurant, ce qui normalement devait avoir pour effet de rabaisser le caquet à n'importe qui...trop peu pour Emilia qui se sentant lésée dans son bon droit ne se priva pas de donner son docte avis.

C'est une lamentable erreur, messieurs, je suis Emilia Clairborne et celle ci est propriété de ma famille depuis...

Vous êtes en infraction sur cette propriété du sénateur Carrington. Sortez !, informa celui qui semblait être le chef.

Non mais, c'est quoi...

Obtempère. J’t’avais dit que tu t’étais gourée !

Elle le foudroya d'un regard mauvais mais rien n'y fit, une minute plus tard, se sentant comme rat noyé, Miss Clairborne, furibonde, dégoulinait sur la berge, toujours tenue en joue par les flics zélés qui en plus les soumirent à une fouille en toutes règles.

Bas les pattes!, tempêta t'elle, ce qui resta sans effet.

On leur ordonna de la fermer, le temps de faire les vérifications pertinentes.

Vous ne perdez rien pour attendre...dès que mon père aura vent de cet incident stupide vous êtes bons pour le contrôle routier dans le coin le plus paumé du Nebraska!, maugréa t'elle.

Apparemment on se fichait comme d'une guigne de son discours, tout autant que de celui de Kit, pourtant plus conciliant. Attente frileuse. Trempés sous la petite brise frisquette qui s'était mis à souffler,  ils étaient bons pour le rhume du siècle ce qui n’intéressait pas plus ces rudes gardiens de l'ordre.

Écoutez, je ne sais pas de quel sénateur vous parlez...Carrington? Ça ne me dit vraiment rien...Non, je ne me tais pas, Kit, on a des droits et là...ils s'en torchent le...

Pas le temps d'exprimer, Dieu merci, le total fond de sa pensée, déjà le vérificateur revenait au pas de course, l'air pas ravi du tout.

Chef, on a un souci!

C'est exactement ce que..., le coup de coude de Kit la fit se taire, *Triple vache!*

Mais la soudaine humilité contrite du chef de police lui fit oublier ses griefs.
Ne le voilà pas devenu obséquieux et déférant, inclinant le buste respectueux, donnant de l'Altesse à tout go.

Voyons, n’exagérons pas!, dit-elle,magnanime pour rester pantoise la seconde d'après en voyant le bonhomme tendre sa main pour relever...Kit.

*HEIN!?*

Vos désirs sont des ordres, altesse, répétait l'officier le front couvert de transpiration.

*Il a la trouille, celui-là!*

Mais puisque Altesse il y avait, voilà que les échines se courbaient et on les traitait avec d'infinies considérations. Un hélicoptère ne tarda pas à se poser dans la clairière, à l'arrière de la maison, on les invita à y monter.

*Sont tous dingues!*

Kit, aussi perdu qu'elle lui entoura  les épaules d'un bras bienveillant.

On y va?

Si t'as pas mieux, ma foi!, souffla t'elle mais il ne sembla pas l'entendre ce qui après tout importait peu, tout valait mieux que se geler sur place en essayant de clarifier la situation et de toute façon on ne leur laissait pas le choix, tout un obséquieux comité d’accueil les pressait de courir vers l'appareil qui décolla dès qu'ils furent installés. Et la ronde confort débuta. On les couvrit de fourrures, leur donna une eau de vie à remonter un mourant, on plaça, très gracieusement des écouteurs à leurs oreilles parce que dans le vacarme de l'appareil en vol on ne s'entendait pas même en hurlant.

Nous serons chez vous dans dix minutes, sire. C’est… c’est tellement incroyable. Votre père a été prévenu. Il ne tardera pas à nous rejoindre. Je suis Steven Pratt, pour vous servir.

*Sire?...Papa prévenu? Mais qui diables es tu, Brown?*

Il n'en savait pas plus qu'elle, le cher homme, la situation avait quand même de quoi déboussoler n'importe qui, elle inclus. Quand la main de Kit serra la sienne, elle lui en fut reconnaissante,pour l'instant, il était le seul et unique être humain connu dans ce monde soudain si surprenant et étranger. Steven Pratt donnait encore quelques indications mas ils n'écoutaient plus, trop pris dans la contemplation du paysage qui se déroulait en bas...Fini le survol de la forêt, ils aboutissaient en zone habitée.

On devrait se trouver sur Westchester...mais ça ne me dit rien...c'est vrai que je n'ai jamais survolé la zone...on sera à New York en un rien de temps...mais...oh, mon Dieu...Oui, je sais de quoi je parle...suis née ici...mais regarde ÇA!!!

Ça, c'était une métropole tentaculaire et démesurée, aux gratte-ciel immenses, extraordinaires...et inconnus.

Ça devrait être...mais ce n'est pas...Kit, on est où?, elle serra avec force sa main, on est où?

Hélico posé, ils n'eurent d'autre ressource que suivre le comité attentionné qui les transmit à un autre tout aussi prévenant quoique arborant, malgré sourires charmants, un air ébaubi qui ne trompait personne.

Dis donc, tu leur fais un drôle d'effet, susurra Emilia, en tout cas, on ne va pas nous jeter au cachot!

Ce fut une découverte d'un luxe exquis, Emilia sentit son angoisse tomber de quelques crans. Pour elle, habituée aux belles choses, c’était se retrouver dans un cadre presque familier, rassurant. Ils longèrent des longs et larges couloirs, foulant des moquettes et tapis précieux, entourés de tableaux et autres œuvres d'art sur lesquels, elle, qui en connaissait quand même pas mal, ne réussit à mettre un nom.

*Ça avait bien l'air d'être un Renoir...mais non...C'est quoi cette histoire débile!?...Et cet endroit est gigantesque...ça fait un moment qu'on se balade là!*

Ils finirent bien par aboutir à destination. Tout aussi exquise et luxueuse que le reste, la chambre, suite ou appartement était tout simplement sybaritique. Là, un groupe de domestiques stylés prit le relais après un bref échange avec le chef d'escorte qui disparut après quelques courbettes.
Aussitôt le groupe d'accueil se scinda en deux. Une femme d'aspect presque sévère, sanglée dans une impeccable robe bleu marine fit un signe et quelques jeunes femmes se rangèrent à sa suite avant de s'incliner face à Emilia.

Veuillez nous accompagner, Madame, nous ferons en sorte que vous ôter toute la fatigue du voyage!

Kit, pris en charge par un bonhomme tout aussi cérémonieux que possible, crut bon de protester.

Ma… femme reste avec moi !

*Oups!*

Pris de court une micro seconde, le majordome, valet ou Dieu sait quoi, se contenta d'une petite révérence en assurant que Madame n'irait pas bien loin.

*En voilà de la promotion...suis quoi là? Madame Brown?*

Se doutant bien que ce ne serait pas si simple, Emilia opta pour laisser faire tout ce petit monde si dévoué. On la conduisit dans une salle de bains époustouflante même pour elle. On la débarrassa de ses fourrures, la vue de son ensemble jeans et veste de cuir, tâché de boue, souleva de oh et des ah.

Oui, je sais c'est un peu sale mais après tout, on m'avait plongée dans le lac...quoi donc? Ça...euh...un pantalon...Ah bon? Les femmes n'en portent pas ici?...*Suis tombée où!?*...Ben oui, je viens...d'un autre pays!

Au delà de la Grande Mer?, osa une toute jeune fille au regard pétillant de curiosité.

Excusez cette enfant, Madame, intervint la chef d’équipe, elle n'est pas depuis longtemps en service...silence, délurée, va t'occuper de la baignoire et que l'eau soit à point!

Ne la grondez pas...c'est normal d'être curieux!

Ce qui apparemment n’était pas de mise car la dame  tira une moue presque outrée et Emilia en conclusion que ce ne serait pas de sitôt qu'elle en saurait plus long. Le bain de Madame était prêt, les narines d'Emilia frémirent de plaisir anticipé en humant les effluves qui en émanaient...relax pur.

Bon, me déshabiller je peux bien toute seule, prendre mon bain aussi, alors si ça ne vous dérange pas, je m'arrange...

Voix de protestation, selon lesquelles cela allait contre le protocole établi.

Vous m'en voyez désolée, je ne suis qu'une étrangère mais j'insiste, j’ai mes droits...mais si vous y tenez tant, je ne resterai qu'avec l'une d'entre vous...et je veux que ce soit..elle!, et de pointer gracieusement de son index la petite curieuse de tantôt, en plus, j’aimerais bien connaître vos noms...cela me désole de me montrer si impersonnelle.

Je suis la baronne Margulies, énonça la chef d'un petit air suffisant, affectée au service des dames royales.

Enchantée, je suis Emilia Clairborne...épouse Brown *aux dernières nouvelles*..., suivirent d'autres présentations...Augusta, Cassia, Gertrud, Hinesta et enfin la petite Prunella, bien c'est donc avec Prune que je reste...allez, hop, à plus tard, mes dames!

Elle plongea plus que ne s'immergea dans l'énorme baignoire et a peine la tête hors de l'eau, Prunella entreprit de lui appliquer un shampoing avec beaucoup de science.

Dis moi, Prunella...

J'ai aimé quand vous avez dit Prune, Madame...ça fait léger!

Plutôt fruité, mais enfin...j'ai toujours aimé les prunes...dis moi, Prune...on est où, là?...Parce que tu as bien compris que je ne suis pas du coin, non?

Eh oui, Madame, cela se remarque de sitôt...mais comment est ce que vous êtes ici sans savoir où?

Emilia soupira en fermant les yeux, bercée par le savant massage à son cuir chevelu.

C'est une longue histoire, du genre compliquée...mais dis moi vite, comment se nomme cet endroit?

Nouvelle Albion, Madame...le royaume de Nouvelle Albion...dont la capitale, Kameloot est juste où nous nous trouvons.

*Ben voyons!*Ah bon?...Rien que ça...Merlin est quelque part?, s'enquit elle, un brin ironique sans s'attendre du tout à la réponse qui suivit, en fait la jeune Prune gloussa, comme si la question l'amusait prodigieusement.

Vous n'êtes pas si étrangère que cela, Madame...bien sûr que le Ministre est là...il ne quitte jamais son poste.

Et  Arthur, il est par là aussi!?, osa t'elle en sentant la tête lui tourner un peu.

Cette fois Prune opina du chef, soudain sérieuse, s'activant au massage capillaire avant de dire rapidement.

Madame semble savoir plus qu'elle ne veut le reconnaître. Oui, le comte Arthur, aussi dit Le Prétendant, est aussi ici...enfin pas en ville pour le moment, je crois qu'il chasse au Nord.

Emilia plongea de nouveau dans l'eau mousseuse en se demandant dans quel genre de monde extraordinaire ils avaient échoué, elle et Kit. Un d'assez étrange, cela allait de soi. Légende médiévale sur un fond de décor sublime et trop moderne pour admettre un Merlin et un Arthur. Cela frayait l'absurde le plus délirant.

Prunella répondait à ses questions tout en se mordant sans doute la langue pour en poser à son tour mais elle était trop polie et parfaitement rodée aux us et coutumes de ce qu'elle appelait: la Cour.

Non, Prune...je ne sais absolument rien...*Pas sur cette version, en tout cas!*...c'est que de là où je viens, on me racontait enfant des histoires sur un endroit mythique nommé Camelot...sur le mage Merlin et le roi Arthur...j'admets que la similitude m'a troublée...c'est tout!

Sourire ravi, et soulagé, de Prune.

Quelle heureuse coïncidence alors...Dans votre pays on a sans doute entendu parler de la magnificence de la Nouvelle Albion...

Le plus sûr, oui...tu sais, quand on est petit...on mêle fantaisie et réalité *Tant pis si elle me prend pour une gourde!*

Prunella, en toute évidence très fière d'être ressortissante d'un endroit si merveilleux s’avéra être une superbe source d'information. Rieuse, curieuse, délicieusement naïve mais pas sotte pour un sou, la jeune fille qui, ô hasard, était la fille cadette du Sénateur Carrington, devint, sans trop s'en douter, une alliée précieuse.

Alors comme ça...cela fait quelques siècles que...oui, ah bon? Du temps de la seconde reine Maeve...*C'est qui ça!?*...Juste par hasard? Ben dis donc, ...Oui, bien sûr, ce genre de chose se passent toujours comme ça...Tiens, une tempête?...Faut le faire...se paumer et encore découvrir un nouveau monde...Bien sûr, quelle chance!, et ainsi de suite quitte à avoir une confusion sans pareil en tête, c'est bon, Prune...c'est bon...C'est trop pour une seule fois...Je crois que mes cheveux ne seront jamais plus aussi propres!

La baronne Margulies mit fin à cette instructive mise à jour avec la même grâce d'un rhinocéros investissant un magasin de porcelaines, Prune fut renvoyée et remplacée par deux dames qui se contentèrent de sourire bêtement un temps de la oindre de crèmes et de l'asseoir face au miroir pour s'occuper de sa coiffure, en s'émerveillant, très poliment, sur la beauté de se cheveux, la clarté de son teint et autres niaiseries du même goût.

C'est très gentil de vous occuper de moi de la sorte...mais pourquoi vous donner tellement de mal?...Vais pas au bal...ou...oui?

Margulies, pince sans rire sans égal, ne s'émut pas le moins du monde de sa confusion, se contentant de donner des directives tranchantes que les autres obéirent sans rechigner. C’est ainsi qu'Emilia se retrouva affublée d'un chignon, très bien tourné qui lui donnait dix ans de plus pour après devoir enfiler une fourreau de soie noire qui la moulait au centimètre près et finir juchée sur des hauts talons vertigineux. Le résultat était loin de la ravir mais la baronne assura que c'était parfait et après l'avoir aspergée d'une nuage de parfum la conduisit au salon.

Et je fais quoi, là?, s'enquit Emilia, agacée.

Vous attendez!!!

*Ben oui...quoi d'autre, vieille bique?*...EH...pas si vite, vous défilez pas, j'ai besoin d'explications...

Vraiment!? Eh bien, on les vous fournira opportunément, j'en suis sûre!

Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble que je vous suis profondément antipathique, pourtant, on ne se connaît pas, que je sache!

Le prince Christopher est un des nôtres, vous pas!


Apparemment c'était une raison plus que suffisante et il faudrait s'en contenter.

*Le prince Christopher...on va rigoler avec ce qu'il va donner comme prince, mon Kit!*

Cinq minutes plus tard, elle restait bouche bée ayant presque du mal à reconnaître l’ébouriffé de service en ce  personnage à la mise impeccable qui franchit, presque timidement le seuil.

Wow! Ben dis donc...si c'est pas un changement..., elle se leva et avança vers lui, je suis si heureuse de te voir...je commençais à...

Pas le temps d'en dire plus, comme lapin tiré d'un chapeau, Steven Pratt faisait son apparition et prenait l'affaire en main.

Nous sommes attendus, veuillez nous suivre, Monseigneur.

Le "nous" voulait dire lui et un petit groupe de personnages en grande tenue de gala.

*Misère...on va au bal pour de bon!*

Kit semblait près de paniquer, il serait resté planté là, sans réagir si elle ne l'avait pas pris du bras.

Faut y aller, et puisque tu es si "monseigneur"  agis comme tel...souris et ignore les!...Bouge toi, Brown!

On se mit en mouvement, partout on s'inclinait sur leur passage.

Allez, pas le moment de jouer les midinettes timides, tu es l'homme du jour...jouis en! Souris!...Garde la tête haute et détends toi...t'en fais pas, je sais de quoi il en va...Souris mais pas trop...Oui, c'est ça...Tête haute, relève les épaules, mon chéri, tu es sublime et tout le monde est ravi de te voir! *Sais pas si tant que ça, en tout cas, ce sont des fameux hypocrites!*

Qu’est-ce qu’on fout ici ? parvint-il à lui souffler.

Si j'ai compris quelque chose, bel ange, on va rencontrer ton père...le Roi du bled! Calme toi, suis sûre qu'il sera très heureux de te voir...sinon pourquoi se donner autant de mal avec nous!?

La suite lui donna raison. Les énormes portes doubles furent ouvertes sur une salle d'apparat grandiose, où se tenait une foule chamarrée d'ors et bijoux fabuleux qui retint, à l'unisson, le souffle pour partir en suite d'un applaudissement tonitruant et plonger ensuite en une révérence coordonnée avec grand art. Mais Emilia, tout comme Kit, n'avait d'yeux que pour l'homme, qui se levait du trône placé sur l'estrade royale. Il rayonnait, jamais bonheur ne fut plus sincèrement retranscrit sur un visage, dans l’éclat de ces yeux sombres...

*Seigneur, ils sont identiques...et il est si heureux!*

Le sosie vieilli de Kit tendait ses bras alors que le canadien semblait frappé par la foudre.

Fais pas de chichis...vas-y! C'est ton père!!!, souffla t'elle en le poussant discrètement.

Honorables dignitaires et notables, moi, Hendrick Ier, je vous requiers d’accueillir présentement l’héritier du trône, mon fils unique : Christopher. Viens, Kit ! Bon retour chez toi !  
 
*Eh bien, voilà!*

On se pressait au portillon pour s'approcher du prince, pour lui parler, le toucher, l'étreindre dans certains cas.

*Des proches, sans doute, sa mère... la nounou...sa tante...un oncle des fois...des cousins dont on ne manque jamais...Vont me l'esquinter de tant le tripoter!*

Mais bien sûr, pas question d'interrompre la liesse régnante. Du coup, on semblait même l'avoir oubliée, elle. On lui fourra quand même une coupe de champagne dans la main pour porter un toast, un de plus, en honneur du prince qui revenait au bercail.

Buvez donc, ma chère...c'est un jour de grand bonheur!!!

Intriguée de qu'on lui parle Emilia se retourna pour découvrir son interlocuteur et sa surprise fut si énorme que la coupe lui échappa des doigts.

HENRY!!!

L'autre partit d'un grand rire très sonore tout en prenant sa main et l'éloignant des bris de cristal.

Désolé de vous contredire, belle enfant, mais je ne suis point cet Henry dont la présence vous surprend autant!

Elle essaya de se ressaisir en biaisant.

Je vous prie de m'excuser...mais c'est incroyable ce que vous ressemblez à...mon oncle Henry...que bien sûr je ne me serais jamais attendue à rencontrer ici!

Je vous crois volontiers...d'autant que je sache aucun des sujets de Sa Majesté n'a l'heur de me ressembler, il sourit, genre blasé et s'inclina pour baiser sa main qu'il n'avait pas lâchée, pardonnez mon manque de manières, Ma dame...je suis le Ministre Merlin, à vos pieds!

Restez plutôt où vous êtes...j'agrée...*C'est ça, minaude tant qu'à faire!*, excusez moi si je semble un peu *Extraordinairement!*...perdue...

Vous ne manquez pas d'aplomb pourtant...sans vous notre bien-aimé prince semblait plutôt affolé!

*Clairvoyant, en plus!*

Sourire amusé de personnage qui soit dit en passant n'arborait point d'habit étoilé ni chapeau pointu mais un habit de soirée du meilleur goût.

Oui, mon enfant, clairvoyant et perspicace!

Et télépathe en sus!

Il s'inclina à nouveau, décidément très amusé.

Il est des dons dont on hérite à travers les siècles...je ne m'en excuserai pas, je le trouve très utile bien de fois!

Emilia commençait à se sentir mal à l'aise et allongea le cou pour chercher Kit, mais celui ci semblait avoir disparu pour le moment.

Son père a besoin de lui parler à seules, informa Merlin en lui présentant une nouvelle coupe de champagne surgie de nulle part, n'ayez crainte, Madame, notre bon roi est l'homme le plus heureux de la planète ce soir...il a tellement prié pour le retour de son enfant...la question que je me pose, et ne suis sans doute pas le seul, est comment, justement maintenant, 27 ans après avoir disparu sans laisser de trace, notre cher prince refait son apparition?

Emilia prit une profonde inspiration, brûlant d'envie de défaire le chignon qui lui serrait le  crâne mais s'en gardant bien.

Navrée de ne pouvoir apporter une quelconque lumière au mystère...je l'ignore moi même...et je suis sûre que ça aussi vous le savez!

Que vous l'ignorez, certes, mais vous avez une certaine idée à ce respect...moi aussi d'ailleurs, mais nous en reparlerons à l'occasion, vous êtes fatiguée, une nuit de bon repos ne saurait vous nuire...un conseil cependant, mon enfant, restez sur vos gardes!

Plutôt cryptique comme conseil mais avant qu'Emilia ait réussi à placer un mot de plus, le Ministre avait baisé sa main et s'éloignait la laissant démunie, presque en émoi. De Kit, pas de trace.

*Qu'est ce que je fais maintenant? Pas une scène, quand même...on me prendrait pour une folle...j'ai faim...on ne va pas servir de souper?*

Comme pour exaucer son vœu un chambellan on ne peut plus empesé, invitait à passer à table. Elle se contentait de suivre le mouvement lorsque, surgi Dieu sait d'où, l’ineffable Pratt se pointa à sa gauche, manquant de peu de la faire crier.

On devait vous accrocher une clochette...Oui, je vais bien, Mr. Pratt, compte tenu qu'on m'a larguée comme colis encombrant  et que tous semblent me considérer comme virus dangereux...où est Kit...mon mari?

Grave comme cardinal en concile, Pratt voulut la rassurer en lui signifiant qu'après les émotions de la soirée Son Altesse Sérénissime, le Prince Christopher se reposait dans ses appartements.

*Génial!* On aurait pu me prévenir.

Vous pourrez le retrouver demain, Madame, pour le moment que Son Altesse retrouve son calme est impératif!

Elle arqua un sourcil, inquisiteur et foudroya le personnage de son meilleur regard Clairborne qui sans être royal, résultait inquiétant.

Je ne sais pas si vous avez bien saisi l'étendue de la situation, Mr. Pratt, pour moi elle est néanmoins assez claire...étant la femme du Prince il me semble que quelques égards me sont dus!

Comme si une immense révélation venait de lui être faite, le cher homme inclina le buste, confus, rougissant.

Que Madame...euh, son Altesse,  veuille pardonner cette...

Cela en fait des discours..., sa moue de petite fille capricieuse revint, à point, après tout cela devait bien servir à quelque chose, j'en ai un peu assez de tout ce tralala...je veux rejoindre mon mari! Maintenant!

Impossible, Madame, le protocole est formel sur ce point...il faut d'abord que vous essayiez de...

Ça suffit de me traiter comme la dernière des crétines, je n'ai que faire d'un protocole méconnu...Donnez moi plutôt le manuel d'instructions, ce sera plus vite fait...et puis, allez au diable, je suis fatiguée, ai faim mais pas envie de me mêler à ce beau monde qui m'est étranger...conduisez moi à mes appartements, faute de mieux, faites venir la petite Prunella, si elle ne dort pas encore et servez moi un repas digne de ce nom...*C'est ça, passe pour la mijaurée de service!*

Remerciant le Ciel d'avoir beaucoup d'expérience pour marcher, danser ou courir sur des hauts talons, sans faire de faux pas, Emilia releva le menton, hautaine, fit demi tour et marcha vers la sortie, consciente de la soudaine attention que tous semblaient lui prêter mais l'ignorant royalement. Un silence circonspect suivit sa majestueuse sortie, ou du moins c'est ce qu'elle espérait en mitigeant le désir de relever le bas de sa robe et prendre les jambes à son cou.
Pratt, en parfait gentleman, l'escorta jusqu'aux appartements qui lui étaient destinés. Apparemment, il avait pris son temps pour donner des ordres ponctuels car à son arrivée, elle trouva Prunella en plein émoi et un somptueux repas servi face à une porte-fenêtre ouvrant sur une terrasse d'où on avait une vue imprenable sur la ville.

Madame va t'elle bien?, s'enquit Prune en l'entendant soupirer à fendre l'âme.

Madame a eu des meilleurs jours, crois moi, grommela Emilia en envoyant valser ses escarpins et se trémoussant pour défaire la fermeture éclair de son fourreau, *Où diables est Kit!?*

Prunella accourut à son aide, deux minutes plus tard elle se retrouvait parée d'une magnifique robe de chambre et prête à donner bon compte des mets préparés en son honneur.

Demain, il faudra que tu me mettes au courant de beaucoup de choses, dit Emilia en baillant une fois la dernière bouchée avalée, mes remerciements au chef, c'était sublime mais là...je vais dormir, je suis si fatiguée!...Prune, tu seras là demain, non?

Et tous les jours que vous le désirerez,  Madame! Je suis là pour cela et c'est un honneur!

À moitié rassurée et percluse de fatigue, Emilia se glissa dans l'énorme lit apprêté pour elle et a peine la tête posée sur l'oreiller s'endormit d'un sommeil profond et sans rêves.

On ouvrait les rideaux, laissant passer un flot de soleil. Emilia grogna en mettant l'oreiller sur sa tête, elle détestait être réveillée si brusquement mais bien entendu la baronne Margulies, coupable du fait, ne semblait pas le moins du monde émue par ses protestes.

Votre thé est servi, Madame...et votre bain vous attend!

Trop étant trop, Emilia surgit de ses couvertures, le regard flamboyant.

D'abord, ma chère, je ne bois pas de thé, je trouve cela limite infect et puis je ne prends pas de bain de bon matin mais une douche...Où est Prunella?

J'ai été désignée comme votre première dame de compagnie, Madame, énonça t'elle d’un ton pincé qui laissait deviner que cela n’avait été nullement de son choix, Prunella n'a guère d'expérience et...

Désolée pour vous mais je veux Prune et personne d'autre...obéissez moi ou je fais un tapage de fin de monde, et croyez moi, je sais très bien m'y prendre!!!...Et je veux du café!!!

Prunella fut là cinq minutes plus tard,  le café servi, Emilia fonça sous une douche revigorante, se sangla dans le peignoir présenté et suivant les indications de sa nouvelle suivante attitrée, ouvrit la porte de communication. Un petit salon, pas si petit que ça, où était dressé un buffet petite déjeuner dans la meilleure des traditions. À point de soulever les couvercles d'argent se trouvait...

Brown...pas trop tôt!, et de courir le rejoindre.

MILIE ? Dieu que je suis content ! Tu vas bien ? On ne t’a rien fait de mal, j’espère ?, voulut il savoir en, à sa vive surprise, la serrant dans ses bras

Pendant un instant, elle resta blottie contre lui alors qu'il la serrait contre lui.

*Il s'est fait de la bile pour moi!?* Oui, ça va...non, on ne m'a rien fait...on a bien pris soin de moi...et tu sais, je suis contente de te voir...qu'est ce qu'il se passe, Kit?...Parce qu'il se passe quelque chose d'énorme ici...toi, fils du roi, son Altesse par ci, Monseigneur par là...*Ne me lâche pas, ça fait un bien fou!*

Il avait eu droit à des révélations bouleversantes mais se refusait à y croire.

Il doit exister une forme d’Hypnos ici. On nous force à croire des choses…

Quelles choses, bon Dieu?...Que tu es le fils du roi? Tu l'as vu, je l'ai vu...il te ressemble tellement...ou plutôt tu lui ressembles comme seul un fils son père...et puis il était si ému, si heureux...

Tu, tu y crois ? On t’a lavé le cerveau !

Non, pas du tout...on ne m'a rien fait! Tu me dis que tu as eu des souvenirs...Induits? Mais pourquoi?...Ah bon, un cygne t'aurait enlevé...bon, on sait que les cygnes sont des bestioles assez perfides...et tu t'es réveillé ailleurs...ben, tu vas m'excuser, mais à mon avis, c'est plutôt clair...tu as franchi une porte, Kit...une interdimensionnelle...et tu sais bien de quoi on parle, là, non?...

Il la lâcha et s'éloigna de quelques pas pour s'arrêter face à une des baies vitrées à vue plongeante sur la ville. Elle le rejoignit,et s'accrocha à son bras.

Regarde tout ça...ce n'est pas un rêve, mais une réalité très tangible, ce n'est pas un mirage, tout comme les gens qui nous entourent, ils sont réels, en chair et en os...on t'a au moins dit comment se nomment ces parages enchanteurs?

Apparemment personne ne s'était trouvé le temps de lui fournir ce genre d'information.

Cette ville se nomme, et accroche toi bien: Kameloot...ce pays est la Nouvelle Albion, un des ministres est un tel Merlin, télépathe et Dieu sait quoi d'autre...et il y a aussi un tel Arthur,  Le Prétendant... au trône je suppose...ça te dit quelque chose, Brown!?...au fait, Merlin est le sosie de...Henry Warrington...alors si tu ne vois pas le genre...je donne ma langue au chat!

Confusion ou pas, il avait faim, il y a bien des choses qui ne changent pas. Elle ne refusa pas non plus le somptueux petit déjeuner en se disant qu'il valait mieux prévoir pour si jamais.

Je pense que pour le moment on ne risque rien, du moins toi...ben oui, on m'a déjà signifié que si bien tu es le prince je ne demeure pas moins une étrangère et puis Merlin m'a dit de rester sur mes gardes...à bon entendeur!, elle mordit gaiement dans sa tartine avant de poursuivre, de toute façon on s'est bien arrangé pour me faire sentir que je ne suis pas exactement la bienvenue...on ne va quand même pas prétendre que je suis la dame du Lac, non?

Kit n'avait pas l'air trop convaincu par son discours et encore moins avec ses analogies avec la légende arthurienne. Il tenait mordicus à sa propre théorie de l'hypnos ou ressemblant.

Et ça les avancerait en quoi, veux-tu me dire? On peut échafauder une  fameuse théorie de la conspiration mais pas en se donnant un mal pareil...Kit, on est bel et bien dans un autre monde...sur une autre ligne, que sais je!? Mais ça va dans ce genre là, j'en suis sûre...Zut, voilà encore Pratt...

Le cher homme qui semblait dans tous ses états s'inclina révérencieux avant de tirer de sa poche un agenda noir qu'il ouvrit pour brève consultation soldée par un soupir.

Respirez un bon coup, conseilla Emilia compatissante, puis asseyez vous et prenez un café!

Elle eut droit à un regard limite horrifié tout comme si elle venait de faire une proposition indécente.

Jamais de tout jamais je ne me permettrais pareil impair, assura Pratt imbu de loyale dignité, Sa Majesté vous attend, Altesse, elle désire avoir un long entretien!

Et moi? Je deviens quoi dans tout ce protocole à rallonge?
, interrompit Emilia amusée de le voir tiquer vivement.

Madame peut visiter la ville!

Mais quelle idée brillante...oui, c'est ça...allez faire du tourisme, ma bonne, perdez vous si possible...sautez d'un pont au mieux..., elle se tourna vers Kit qui fronçait les sourcils en considérant Pratt d'un regard très peu amène, il me semble que nous devrions tirer cette histoire au clair et le plus vite sera le mieux, on est d'accord sur cela, non?, sans attendre sa réponse elle dévisagea à nouveau l'émissaire royal, je ne veux sembler irrespectueuse mais reconnaissez que ma situation...

Pardonnez moi d'être si direct, Madame, mais pour le moment votre situation est le moindre des soucis du royaume!

Ah, la vache!, gronda t'elle, mais la main de Kit se posant sur la sienne la rappela au calme.

S'en suivit un échange des plus édifiants entre le prince et le brave et loyal serviteur-conseiller-émissaire-sous fifre-homme à tout faire et Dieu sait quoi d'autre, avec un bilan 1-0 en faveur du fils du Roi, sans pour autant l'inclure elle, dans le vaste programme du jour. Elle irait donc visiter les environs en compagnie de Prunella car pas question pour Emilia de laisser la baronne Margulies se mêler à la sortie.

Découvrir Kameloot la plongea dans un état de ravissement extatique mêlé de béate surprise. Vue des airs la ville lui avait semblé écrasante d'énormité avec ses buildings stratosphériques qui semblaient atteindre les nuages.. Vue dès une perspective terrestre l'impression s’atténuait, ce qui était plutôt surprenant. L'ensemble, d'une rare harmonie avec la nature partout présente perdait toute qualité d'agressive grandeur. Larges avenues, parcs innombrables, jardins enchanteurs, canaux enjambés par des ponts semblant légers comme un souffle. La circulation était fluide et curieusement personne ne semblait souffrir du stress qu'on associe si bien aux grandes métropoles...et pourtant, si bien les différences étaient flagrantes, Emilia ne pouvait pas s'empêcher de trouver quelques similitudes avec la ville trépidante, bruyante, stressée, dangereuse et polluée où elle avait grandi.

Un large boulevard longeait une rivière si semblable à Hudson River qu'un soupir lui échappa, soupir qui s'étrangla presque en un sanglot quand l'embouchure du fleuve s’élargit, aboutissant dans une baie. Une île proche attira immédiatement son attention et cette fois son exclamation affolée alerta pour de bon Prunella.

Madame se sent bien!?

Arrêtez la voiture...arrêtez vous!!!

Prunella, effrayée transmit l'ordre au chauffeur qui s'acquitta d'immédiat sans avoir le temps de faire autre chose que voir Emilia bondir hors du véhicule et courir sur le trottoir jusqu'à la balustrade de pierre qui sauvegardait la promenade.

C'est pas vrai...c'est pas vrai...Mon Dieu...

Dame Liberté n'était plus là mais exactement à sa place se dressait une statue imposante, immense représentant un géant brandissant une épée vers le ciel.

Sa dame de compagnie la rejoignit, hors d'haleine.

Madame...Madame, vous me faites peur, qu'arrive t'il? Qu'avez vous?

Qu'est ce que j'ai!?, faillit hurler Emilia, c'est ÇA que j'ai!, elle pointait du doigt la statue, ÇA!!!

Mais Madame...c'est Albion, un ancien Dieu! L’emblème de notre royaume, notre plus puissant symbole!...Vous pleurez, Madame...

Je veux rentrer!

De retour au building-palais, sans avoir échangé un mot malgré les efforts attendrissants de Prunella, Emilia ne voulait qu'une seule chose: trouver Kit et le mettre au courant de sa découverte, mais évidemment, rien ne se passe comme voulu quand on en a le plus besoin.

Aboutissant à un grand hall, elles tombèrent sur un groupe de personnes discutant de vive voix. Surprise, elle reconnut le ministre Merlin en grands pourparlers avec le Roi, Kit et un autre personnage qu'elle n'apercevait que de dos mais qui semblait très énervé, pour ne pas dire furieux. Un frisson la parcourut...pour muer en horrible pressentiment. En la voyant apparaître Kit avait esquissé un pas vers elle ce qui n’échappa pas à l'homme furieux qui se retournant la dévisagea avec une expression haineuse déformant son beau visage.

Alors c'est elle, la maudite sorcière!!!

Emilia resta pétrifiée sur place, incapable de parler, sentant qu'une folle poignée d'angoisse l'empêchait même de respirer. L'homme avança vers elle, menaçant, hurlant sans qu'elle ne parvienne à entendre ses mots qui se perdaient en une sourdine terrifiée. En cet instant tout basculait, face à l'irrationnel, à la cruauté de cette réalité parallèle...l'homme qui semblait vouloir sa mort, ressemblant trait pour trait...à Dave Clayton!

Elle chancela, Prunella voulut la soutenir mais le furibond l'écarta méchamment laissant Emilia s'effondrer sur le sol dallé de marbre sans bouger le petit doigt pour l’éviter...
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Kit Brown
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MessageSujet: Re: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Jeu 2 Nov - 18:23

ESSAYE SEULEMENT ! beugla Kit en tendant la paume ouverte face à Arthur.
 
La frappe atteinte, il se précipita.
 
Emilia ! Milie ! Ô mon dieu, cela tenait de cauchemar, sauf que l’on était loin du compte.
Lui qui refusait d’y croire avait bien été forcé d’admettre la vérité : il n’était autre que l’héritier du trône d’un monde parallèle. Il avait suffi d’un plongeon dans un lac pour que tout bascule.
À peine remis du choc de la révélation, Kit avait été plongé en sommeil, mesure préventive selon ce qu’on voulut lui confier ensuite.  
Au moins Emilia était là dans ce qu’il avait pris d’abord pour du pur délire.  Kit, même si l’idée lui paraissait bizarre, devait s’avouer tenir énormément à la jeune femme, encore plus à présent. Un esprit sain a besoin d’une ancre à laquelle s’accrocher pour ne pas sombrer en cas pareil.
Il aurait souhaité que le petit-déjeuner se passe en tête à tête, ce fut raté. Ils n’eurent que le temps d’échanger quelques vécus en ce monde avant que rapplique la clique des indésirables. En tout cas, Emilia – quoique  assez perturbée par la situation – y évoluait mieux que lui.
 

*Les « avantages » du « beau » monde, sans doute. » 
 
Elle avait – Dieu sait comment – glané pas mal d’informations. Ainsi, ils se trouvaient en Nouvelle Albion, ) Kameloot plus précisément, le 1er ministre s’appelait Merlin,  et était le sosie parfait de Henry Warrington.
 
*C’est ce que l’on veut nous faire gober !*
 
L’incontournable Pratt contrariant leur intimité, Kit dut faire montre d’autorité lorsque ce – par trop obséquieux personnage – eut l’outrecuidance de déclarer :

Pardonnez moi d'être si direct, Madame, mais pour le moment votre situation est le moindre des soucis du royaume!   
 
Kit n’en crut pas ses propres oreilles lorsqu’il s’entendit déclarer :
 
IL SUFFIT ! Pratt, présentez illico des excuses à mon épouse à qui, je vous rappelle, vous devez le respect absolu. Ses désirs, autant que les miens, sont des ordres ! Si la princesse veut visiter la ville, arrangez-vous pour que cela ait lieu dans les règles de l’art. Si un chaperon vous semble nécessaire, je crois que mon épouse et cette, euh, Prunella s’entendent bien. Elles iront donc.
 
Amen. Bien pratique finalement d’être au top de la hiérarchie.  
De ce fait, réclamé par son « père », Kit ne put que faire un bref salut à sa « femme » avant d’être mené ailleurs.
Tiens, après des corridors, au lieu d’ascenseurs banals, on emprunta des plaques élévatrices qui rappelèrent furieusement à Kit celles de téléportation en usage à la PTE.
Encore des couloirs garnis de tableaux fastueux, puis une double porte s’ouvrit immédiatement à l’approche de l’escorte princière. Pratt courba l’échine. Son rôle terminé, il s’effaça pour laisser Kit entrer seul dans une pièce « modeste ». Plus large que haute, cette salle possédait un aspect que Kit jugea de médiéval. Poutres apparentes, vaste cheminée à feu ouvert – inutile vu la touffeur des lieux -, surmontée d’armoiries inconnues. Des bannières flottaient dans les coins entre lesquels des peintures monumentales représentaient des scènes épiques. Mais ce qui frappait d’emblée, pile au centre du dallage, fut sans conteste une immense table… ronde.
 
*Eh merde ! La légende se poursuit…*  
 
Les gens assemblés étaient-ils les chevaliers de jadis ? En tout cas, ils étaient onze à occuper la place, les chaises étant installées telles les graduations d’une horloge. À midi, le roi siégeait, se levant dès que Kit apparut, imité par les autres hommes dans un bel ensemble.
 
Mon fils ! sourit Hendrick mains tendues. Joins-toi à nous. Hier, j’ai manqué au protocole, réparons cela. 
 
La ronde des présentations débuta. 
 
*Merde ! Milie a raison !*
 
Voir le sosie de Warrington fut un choc, mais moins que la vision du second découvert :
 
Voici Arthur, ton cousin germain.
 
Dave ? Oui et non. Si ce gars ressemblait trait pour trait à Clayton, il n’en ressortait pas moins un air d’arrogante hostilité fort détectable. On se salua civilement. Vinrent d’autres têtes plus ou moins connues tel un Lanceloot aux allures d’un certain Majors.  
La place vacante à 6 heures lui étant manifestement destinée, un Kit déboussolé s’y installa.  
Restant debout, Hendrick se déplaça d’un dossier à l’autre :
 
Le grand conseil étant enfin au complet, la question de la succession ne se posant plus, je veux que Christopher soit au courant de tout. Sieur Merlin, si vous voulez bien…
 
Très gaillard malgré son âge, le ministre souleva sa carcasse, et s’approcha de Kit en relevant les manchettes de son habit :
 
N’ayez craintes, Altesse. Je vais juste appliquer mes doigts sur vos tempes, et…
 
PAS QUESTION ! se releva Kit, outré. Je sais ce que vous voulez faire : m’hypnotiser, pas vrai ? Je refuse. Dites les choses telles qu’elles sont, mais bas les pattes !
 
Fils, plaida le roi. Cela ira bien plus vite, si...
 
J’ai dit non !  
 
La douleur dans son cerveau le fit grimacer. Par tous les dieux, Merlin possédait-il un réel pouvoir de suggestion ? N’essayait-il pas, malgré son refus, de l’investir ?
L’attaque de son esprit fut parée avec une telle facilité que le ministre en resta coi. Un rire fusa :
 
Je vous l’avais dit : Kit est bien mon fils ! Grandes sont ses capacités. Avouez, Merlin ! Qui, autre que moi, peut vous résister ?
 
Épaules basses, Merlin regagna sa place.
Kit n’en revenait pas. Finalement, l’entraînement de la PTE portait ses fruits. La tête des autres assistants valait le détour. D’un regard circulaire, Kit se prit au jeu et jaugea l’entourage. Certes, plus d’un tenta de s’opposer à l’intrusion mais pas assez pour que Kit ne lisent leurs pensées en un éclair. Le sentiment général ressenti était la crainte, sauf de la part de… Arthur. Celui-là était un coriace.
Il se ferma mieux qu’une huître effrayée non sans que Kit ne perçoive un profond sentiment de haine frustrée envers lui.  
Une pensée induite par Hendrick s’imposa à sa volonté propre :
 
Lis en nous, fils. Tu en es capable ainsi que de bien d’autres choses. Lis, apprends !  
 
Ce fut si… facile que Kit en demeura comme deux ronds de flan. Des livres ouverts, ces gens. Hormis Arthur, tous libérèrent leur esprit. Et Kit sut.
L’histoire de la nouvelle Avalon remontait quasiment à la création de l’univers. La concordance avec l’Histoire, telle celle connue par Kit, était… incroyable.
 
*Des lignes jumelles…* songea-t-il, aussitôt conforté par son père.
 
Nous savions qu’une autre dimension existait, celle où tu as disparu avant de nous revenir enfin, dit-il à haute voix. Depuis des lustres, nous la cherchons, en vain.

 
Arthur-Dave intervint, virulent :
 
Rien de tel n’aurait pu se produire sans une puissance externe ; je l’ai toujours dit, je maintiens.
 
 Cher neveu, excuse-moi, mais tes idées sont obsolètes désormais, dit Hendrick.
 
Cette femme, celle qu’il a amenée, ne peut être que l’une d’elles ! cracha l’autre.
 
*Quelle femme ? Emilia ? * s’ébahit Kit.
 
Qui voudrais-tu que ce soit ? On pensait l’avoir brûlée, il n’en est apparemment rien.
 
Kit fulminait de voir ses pensées exposées aussi aisément. Il se rappela les leçons de la PTE et se ferma mieux qu’une huître au grand dam général. « Papa », lui, sourit :
 
S’il vous fallait encore une preuve de l’ascendance de Christopher, elle est démontrée. Qui, sinon un pur descendant, pourrait ainsi s’opposer à 10 esprits ligués contre lui ? 
 
Ne l’auriez-vous point aidé, sire ?
 
Arthur, il suffit ! Je compatis à tes frustrations. Le fait demeure : Kit est MON fils, l’héritier direct. Quant à la question soulevée au sujet de sa dame, le débat  est clos. Kit l’ayant élue, elle est intouchable. Passons à un sujet hautement plus brûlant, messires.  
 
Kit, qui venait à peine de capter le « jeu » des siècles ayant changé la donne, entra dans un chaos de pensées et paroles absconses. Selon ce qu’il déduisit – soutenu par Hendrick, il pigea lus ou moins le topo. Ainsi l’Amérique du Nord était fractionnée en plusieurs royaumes qui, évidemment, ne s’entendaient qu’à peine. Cela guerroyait ici ou là mais une menace plus pernicieuse se précisait. Un royaume uni d’outre grande mer massait des forces contre eux. Bientôt, la guerre totale viendrait. Elle engendrerait ruine et misère, voire des bouleversements climatiques : 
 
*L’hiver vient…*
 
La réunion dégénéra dans une atmosphère houleuse. Les partis étaient divisés. D’aucuns préconisaient des alliances entre royaumes jadis opposés, d’autres voulaient tenter cavalier-seul en boostant les forces armées.  
Le ministre Merlin réclama l’attention :
 
Je ne puis me prononcer en faveurs des uns ou des autres. Ma fonction, comme vous ne l’ignorez point, est de maintenir l’union du royaume à tout prix. Nul ne doute de mes présciences, n’est-ce pas ?
 
*Hein ? C’est quoi, ça ? *
 
Dois-je vous rappeler la prophétie ? Dois-je insister sur LA prophétie ? Les éléments sont réunis à présent, et concordent...
 
FADAISES ! hurla Arthur.  C’est complètement idiot ! Je cite : D’ici et d’ailleurs, viendra le sauveur des royaumes. Vous n’avez pas le culot de prétendre que ce, ce type-là est notre sauveur à tous ?  
 
Ce type-là, Kit n’en douta pas, c’était lui. Il rit jaune intérieurement :
 
*Je vais me réveiller et rigoler un bon coup !*
 
L’épreuve ! sursauta Lanceloot comme frappé d’une révélation soudaine.  S’il la passe, nous sommes sauvés ! 
 

Oui ! renchérit un autre aussitôt suivi par ses condisciples.  L’épreuve nous dira !
 
Face à face, Kit et son père se dévisagèrent. Fou ce qu’ils affichaient une identique contrariété sauf que l’un se demandait de quoi l’on causait tandis que l’autre hésitait.
Afin de résumer la situation, Hendrick causa :
 
Peu avant ta naissance, Kit, la dame du lac a scellé dans la pierre un objet fabuleux.

 
Je parie que c’est une épée, ricana le prince complètement ahuri au vu des similitudes avec une légende de son temps.
 

Bien déduit, fils ! Mais pas une épée ordinaire, s’entend.  Protégée par des sortilèges puissants, seul l’élu la sortira de sa gangue. Elle vient... d’ailleurs, comme toi, mon enfant.  
 
Alors, marché conclu. Je sors le truc du machin et basta ! Où est-ce, que je m’y mette ?
 
L’air embarrassé, le roi déclara :
 
Tu n’es pas encore au fait de tous nos usages, mon garçon. Depuis des années, régulièrement, des joutes sont organisées afin de soustraire Exkaliburg à son socle. Tu n’as aucune idée des pièges, des…
 
Le petit veut le faire, faisons-le ! Modifions la date des joutes, amen ! se gaussa Arthur. Si d’aucun y voit inconvénients, le temps de joindre les champions, disons qu’après-demain, on sera fixé. En attendant, ripaillons, mes frères !  
 
La majorité n’espérant que ce congé, Arthur la retint dans une ultime sortie :
 
La sorcière prétendue femme de cet homme sera, bien entendu, bannie des jeux. On verra bien si, seul, cet imposteur brillera autant.  
 
La haine mordit Kit aux tripes. Il voulut répliquer, Hendrick se hâta :
 
L’épreuve aura lieu selon nos traditions. Que le nécessaire soit fait. Disposons, messires ! 



Par petits groupes où chacun causait avec animation, la « cour » se dispersa. Ne restèrent que Merlin, Kit, son père et son neveu. À n’en pas douter, ce dernier désirait troubler la complicité des deux autres en s’imposant. L’ignorer étant exclu puisqu’ils léchaient leurs talons, peu de paroles s’échangèrent dans les couloirs ramenant aux appartements.
 
J’aimerais quand même en savoir plus sur ces joutes, souffla Kit à l’oreille paternelle. 
 

Tu sauras, répondit le roi par télépathie. Là, on a un parasite à éviter. Tiens-toi sur tes gardes tout le temps.
 
Dérangerais-je ? ironisa Arthur à voix haute. Que veux-tu savoir, blanc-bec ? Tu débarques et tu crois que tous vont te lécher le cul ? Ni mes gens ni moi ne le feront, crois-moi !

 
Mais qu’avait donc ce type à lui en vouloir autant ? La déduction se fit seule :
 
*Jaloux ! Il est jaloux. Sans doute devait-il hériter du trône si je n’étais pas « revenu ».*Je me trompe ? apostropha-t-il Arthur en se tournant vers lui. On se sent spolié ?
 
Tu peux le dire, bouffon !
 
Arthur, un peu de tenue ! tenta de calmer le jeu un Merlin assez anxieux.
 
Le test prouvera mon bon droit, et que ce gugusse est un imposteur ! clama l’énervé.
 
Le roi se dressa, foudroyant du regard son neveu :
 
Tu as de la chance d’être le fils de ma défunte sœur bienaimée. Si nous n’étions pas parents, tu serais occis pour crime de lèse-majesté ! Ferme-la !
 
L’apparition d’une Emilia assez blême mit le feu aux poudres. Arthur l’attaqua immédiatement verbalement :
 
 c'est elle, la maudite sorcière!!! Qu’on la lapide, qu’on la brûle !
 
Trop, c’était trop. Kit ne toléra pas l’insulte, encore moins le geste menaçant de son cousin. Il agit d’instinct.
Sans se soucier d’avoir, Dieu sait comment, expédié Arthur à l’autre bout du hall, il se précipita vers sa belle en pâmoison.
 
Qu’as-tu ? Emilia, réponds-moi !
 
Il étreignait le corps pantelant quand Merlin intervint doucement :
 
Trop d’émotions pour une femme enceinte, sans doute. Prunella, quérez des domestiques. Transportez la princesse dans ces appartements. Mandez le mage au passage.
 
On s’affaira. Kit refusa de lâcher sa « femme » non sans se demander ce qui avait poussé Merlin à débiter un truc pareil.
 
*Enceinte ? Pas de moi, en tout cas !*  
 
Un cortège empressé se forma bientôt. Kit ouvrit la course en portant la jolie pâmée dans ses bras.
Sitôt la porte ouverte, il posa la fleur coupée sur son grand lit tendu de soieries, et vociféra :
 
SORTEZ ! Je veux rester seul avec mon épouse.

 
Le mage va venir, osa timidement Prunella.
 
Bien ! Alors vous, vous restez en l’attendant, les autres DEHORS ! Fermez donc ces putains de portes, bordel !!
 
L’assistance, choquée, reflua.
Enfin seuls, Kit s’occupa au mieux d’Emilia, c’est-à-dire qu’il laissa Prunella la déshabiller, se contentant d’apporter un bassin d’eau fraîche et une éponge.
 

*Merde, il en met un temps, ce mage !*
 
À défaut de mieux, il se servit un cordial. Bien qu’il n’eût perçu aucun bruit, lorsqu’il se retourna du mini-bar, un gars en toge étoilée se penchait sur Emilia.  
 
MARTIN ? Qu’est-ce que tu fous-là attifé ainsi ?
 
Le personnage aux cheveux blonds se tourna, bienveillant :
 
Vous devez confondre, altesse. Mes premières constatations sont très rassurantes. Votre épouse est juste évaporée suite à une grande émotion. On me l’avait signalée enceinte, mais rien n’indique que…
 
Cela viendra plus tard, coupa Kit. Remettez-la sur pied, euh… s’il vous plait.  

 
De longues manches s’agitèrent au-dessus de la tête de la jeune femme qui, lentement, battit des paupières.
 
Tu vas bien, se précipita Kit… tant mieux.
 
Elle ouvrait à présent des yeux effarés sur le mage qui se mit à rire :
 
Merlin m’a prévenu de possibles similitudes avec d’anciennes têtes connues par vous.  Vous en verrez d’autres, je suppose. Pour l’heure, une potion vous sera délivrée. Elle vous aidera à surmonter tout ça.  Le ministre avait sans doute ses raisons de faire courir le bruit de votre pseudo grossesse. Rien ne sortira de cette pièce. Entendu, Prunella ?  
 
L’espace d’un clin d’œil, le mage avait disparu.
Pas le temps d’être paf, Emilia s’agitait, elle semblait avoir beaucoup à dire mais la présence de la domestique la freinait. La remerciant poliment, Kit l’éjecta. Revenant ensuite au chevet de la belle, il s’enquit :
 
Ça va vraiment mieux ?... Qu’est-ce qui t’a mise dans cet état, Arthur ? Il t’a traitée de sorcière, mais…
 
Ah ! Emilia avait été très troublée par sa virée en ville sans y retrouver de buildings connus, ni de miss Liberty. Qu’Arthur ressemble tant à Dave fit déborder le vase.  
Il y avait de quoi être secoué, en effet. D’ailleurs, Kit aussi était assez ébranlé. Il lui conta par le menu les résultats du conciliabule de la table ronde, mais Emilia paraissait plus préoccupée par sa pseudo-grossesse que les futures épreuves à subir par son « mari ».
 
Cela n’a aucune importance ce que les gens disent à ce sujet. L’essentiel est qu’à présent tu sois réellement intouchable. Merlin et ce mage - il n’a pas dit son nom – sont sûrement de connivence pour se prêter ainsi au jeu du silence… ; Qu’est-ce que tu racontes ? Les autres ? Quels autres ? …
 
Elle se demandait ce que les vrais Warrington, Clayton et Lescot fabriquaient.  
 

On s’en fout un peu, là ! s’énerva-t-il un poil. Ils nous cherchent, sans doute. Espérons qu’ils nous cerneront avant que je sois réduit en bouillie.
 
Tiens, l’argument porta ses fruits : Emilia s’inquiéta enfin sur son devenir.
 
… Ouais, sortir une épée d’un caillou, je fais ça tous les jours, pourquoi je m’en ferais ? On va me mettre au parfum bientôt de ce qui entoure cette joute. C’est ça qui m’ennuie le plus… Hein ? Harry Potter, c’est qui ça ?...
 
Elle partit d’un éclat de rire enfantin, se moquant gentiment de lui :
 
C’est ça, fous-toi de moi ! Ma culture générale est pas au top, désolé. Mais je ne vois pas le rapport entre un sorcier bidon et la légende d’Arthur.
 
Elle non plus, au moins ça ! Seulement puisqu’il était question d’épreuve, elle s’était imaginée un instant dans un certain tournoi des 3 sorciers.  
 
Des dragons, un labyrinthe, un sphinx, rien que ça ? J’espère que ce ne sera pas pareil sinon, suis foutu avant d’avoir commencé.
 
Rire leur fit du bien.
Puisque Milie avait sommeil, il consentit à fermer le débat, allant doucement dans le salon d’à côté.
Boire un coup était impératif après tant de chamboulement. À peine une gorgée avalée, le mage reparut :
 
Point de crainte, jeune homme. Je sais la demoiselle en santé. Votre père m’a délégué pour vous renseigner sur l’épreuve. Je suis un peu passe-muraille, c’est très pratique, n’est-il pas ? Le roi serait bien venu lui-même mais on l’accuserait de favoritisme. Cela ne prendra qu’un instant si vous acceptez que je pose ma paume sur votre front.  
 
Kit n’aimait pas l’idée. N’ayant pas d’alternative, ayant déjà subi cette méthode, il acquiesça.
 
Une soirée et une journée pour se préparer, voilà tout ce dont Kit disposait.
Le mage l’ayant abandonné, le prince tourna bêtement en rond dans le luxueux appartement de sa « femme ». Les bibelots – sans doute hors de prix, ne l’intéressèrent pas plus que les meubles chics où ils étaient posés. Dans l’ensemble, l’habitat ressemblait beaucoup à celui que l’on imagine comme le dernier cri d’un milliardaire. Trop d’idées décousues hantaient l’esprit de Kit pour qu’il détaille verreries, porcelaines, tapisseries, peintures et l’or de leur cadre.  Il désirait surtout ne pas déranger Emilia qui, une fois au parfum, ne manquerait pas de s’alarmer. Autant préserver sa paix autant que possible. Néanmoins, le regard errant ici où là, Kit remarqua un assez singulier panneau mural.
 
*On dirait une télé.*
 
En s’approchant, intrigué, Kit eut beau promener les doigts sur les fins rebords de la vitre, il ne découvrit aucune commande apparente. Pa s de boîtier disponible non plus.
 

VAS-TU T’ALLUMER, SALOPERIE ?

 
À sa grande stupéfaction, l’écran s’illumina. Une fort belle femme apparut. Vu la légère rigidité et la perfection de ses traits, Kit pensa :
 
*Image de synthèse*
 
La demoiselle n’en débita pas moins un cours laïus :
 
Bienvenue chez spectateur. Quelle chaîne désirez-vous ?
 
S’agissait-il d’un programme interactif ? La commande vocale suffisait-elle ?
Pas trop assuré, il dit :
 
Chaîne d’infos… s’il vous plait.
 

Précisez chaîne d’info. Une cinquantaine de réseaux diffusent actuellement. Lequel… ?
 
M’en fous. N’importe lequel.
 
Choisissez, s’il vous plait !
 
Aussitôt l’écran se fractionna en une multitude de petites cases animées.  Les contemplant rapidement, Kit n’y vit d’abord qu’un fatras d’émissions débiles. Là, une fore aux bestiaux, un concours de mangeurs de cornichons, du base-ball, l’élection d’une Miss quelconque. Puis, dans un coin, il repéra un truc.
 
STOP, celle-là ! La, euh… (il s’approcha pour mieux voir) la GJ 834.
 
Excellent choix, cher spectateur. Bon visionnage.
 
Une journaliste commentait des images jugées digne d’intérêt mais sans son.
 
Euh… Volume, please !
 
Yes ! Maintenant, il captait l’ensemble. Face à un immense labyrinthe, la commentatrice débitait :
 
… aura lieu après-demain. D’aucuns s‘étonnent de l’avancée de la date annuelle mais, selon les échos du palais, nous devrions enfin assister au miracle tant attendu.  13, je dis bien 13 valeureux concurrents s’affronteront selon la tradition. Nous ignorons encore leur identité. Cependant, il semblerait que le fils du roi, lui-même, y participera. Si les ragots se concrétisent, s’il est réellement de retour, alors, cher peuple de Nouvelle Avalon, NOUS SOMMES SAUVÉS ! Voici quelques images d’archives…

 
Des scènes défilèrent, commentées ainsi :
 
Le 1er janvier 1988 se déroulèrent les 1ers jeux. Ils furent 50 à tenter leur chance de trouver l’épée sacrée.  À l’époque nous ignorions à quel type de combats ils auraient à faire. D’ailleurs, nous l’ignorons encore en grande partie. Nos méthodes d’enregistrement s’étant améliorées, nous pouvons maintenant suivre un peu plus avant le véritable parcours du combattant qui attend les candidats…
 
La télé montra alors des groupes de deux ou quatre individus tentant de déjouer des pièges naturels ou surnaturels. Certains se faisaient laminer, d’autres fuyaient à toutes jambes.  
 
Afin de réduire le nombre des victimes, on imposa la règle des 12. Quoiqu’il en soit, disait sombrement la reporter, de l’épreuve finale, ne nous sont parvenus que les discours – souvent incohérents – des rares à en être sorti en vie.         

L’an dernier, Lord Karadoc a quasi touché la pierre. Traitreusement, Lord Gorloi l’a transpercé de traits. Il a l’aurait atteinte mais a aussi, hélas, échoué à défaire l’épée fabuleuse de sa gangue ensorcelée. Gorloi séjourne encore à l’asile actuellement.   
 
La journaliste conclut ainsi sur des images d’un dément en camisole de force :
 
 De ces 13 candidats, un seul peut survivre. Qui sera-t-il ? Je vous donne rendez-vous…  
 
Un cri dans son dos fit se retourner Kit. Pâle, défaite, dans l’embrasure se tenait une Emilia défaillante. Il bondit :
 
Tu t’es levée trop tôt. Je te remets au lit.
 
Elle n’en avait cure, lui débitant une tirade semi-affolée à laquelle il tenta de répondre en la calmant :
 
… oui, j’ai vu et entendu. Martin-bis m’avait déjà rencardé… Risquer ma peau ? Pourquoi pas ? Pour ce qu’elle vaut…  
 
Tiens, la Miss n’était pas, alors là, pas du tout d’accord. Tiendrait-elle réellement à lui ? La voir si belle dans sa fougue véhémente déclencha la même sensation qu’il avait eue à Tulum, et encore au lac voilà peu. Comment résister à ces yeux à la fois furibonds et angoissés ?  Facile ! Il suffisait de céder. Avant qu’elle ait pu en placer une de plus, il lui coupa la parole dans un baiser délirant auquel – chic – Emilia répondit avec ardeur. Mus d’une identique frénésie, des corps se soudèrent.
Haletant, un peu hagard, entre deux avalements, Kit murmura :
 
C’est plus fort que moi… pardon… Non, je ne mourrai pas !... Je t’aime depuis si longtemps…    
 
Hum, hum !  
 
Et merde ! Voilà Pratt dressé près du couple avachi sur le canapé.  
 
Pardonnez mon intrusion dans cette, euh, délicate situation, Monseigneur.
 
ON NE VOUS A PAS SONNÉ ! FILEZ !
 
Excusez-moi, mais votre père a brisé les serrures. Le cas est urgent. Vous devriez, impérativement, vous rendre en salle d’entraînement. 



Ce n’était pas idiot. S’il désirait reprendre ces débuts d’ébats, mieux valait rentrer aussi intact que possible.
Non sans ostentatoirement s’emparer encore des lèvres inassouvies de miss Clairborne, Kit se redressa :
 
Ce n’est que partie remise ! dit-il dans un clin d’œil en se rajustant.
 
Nombre de passerelles se franchirent avant d’aboutir à une espèce de gymnase en sous-sol. Pratt n’ayant pas ouvert la bouche, Kit n’avait aucune idée de ce qui l’attendait.
 
Veuillez passer vous changer à côté, Monseigneur. Vous y revêtirez votre équipement.
 
*Quand faut y aller…*
 
 Un bref instant, il avant craint devoir – comme un preux – enfiler une armure de métal. Rien de tel ne l’attendait au vestiaire. Une sorte de combinaison moulante, grise, banale, était suspendue à un cintre. Il n’y avait aucune instruction particulière l’accompagnant. Tâtant l’étrange étoffe, Kit se persuada qu’elle n’accepterait qu’un corps nu. Aussi, dépoilé, il entreprit de s’habiller. L’effet de contact intime fut loin d’être désagréable sauf qu’avec sa légèreté, il eut l’impression d’être toujours en Adam. Les chaussures s’ajustant également à la perfection, il ne resta plus qu’à rejoindre Pratt qui brilla par son absence. En lieu et place de ce majordome, se tenait un individu haut en couleur pas encore présenté. De petite taille, il ne payait pas de mine hormis sa combinaison bariolée au point qu’on aurait pu le confondre avec un perroquet des îles ou à un petit arc-en-ciel.
 
Bienvenue, altesse ! se plia en deux le nouveau venu. Je suis Pedro Alameda de Vargas, votre maître à danser.
 
Vous allez m’apprendre le menuet ? rigola Kit.  
 
Le petit aux longs cheveux retenu par un catogan cilla légèrement avant de se dérider :
 
Il est des airs dont je suis certain vous ignorez la musique.  
 
Si L’accent roulant les R amusa le Canadien, il se contraignit au sérieux. Il eut raison. D’un mouvement de doigts, Pedro déclencha la « danse ». Aussitôt des sons inouïs emplirent la pièce. Cela venait de partout à la fois mais ne frappait pas seulement les tympans.  Un grave fut reçu tel un butoir au plexus solaire, expédiant Kit prendre un billet de parterre. Un aigu le plaqua au sol tandis qu’une symphonie discordante semblait vouloir l’étouffer en lui broyant la poitrine. Après cinq seconde d’immobilisation suffocante, le silence revint en libérant Kit de toute entrave.
 
Votre altesse désire peut-être un coup de main pour se relever ? ironisa le gnome chamarré.
 
En grommelant, Kit se remit seul debout.
 

Comme vous venez de le constater, les sons peuvent être traîtres. Plusieurs candidats aux joutes s’y sont fait surprendre. Il va sans dire que sans votre armure, vous auriez été aplati mieux qu’une crêpe. Nous allons donc commencer à vous permettre d’évoluer dans ce vacarme, voire de le contrer.
 
Et je fais ça comment ?
 
Estimez le départ du son, réagissez, vous trouverez.
 
 Pour danser, Kit dansa. Il lui fallut bien vingt minutes avant d’enfin piger le système sans se ramasser une pelle. Aux sons graves, pas à gauche ; aigu, à droite. Les deux ensemble pivot. Bien sûr l’affaire se corsa avec l’introduction de longues et brèves qui l’obligèrent à jouer des bras, du cou, des mains.  
Au bout de deux heures de ce traitement, il fut out.  
Il récupérait difficilement son souffle quand Maître Alameda vint à ses côtés :
 
Il y a du potentiel en vous, Monseigneur. Reposez-vous ; nous reprenons dans trente minutes.
 
 La nuit passa très rapidement à ce rythme. Crevé, néanmoins assez satisfait, Kit rejoignit ses quartiers minuit largement dépassé.  Pas d’Emilia en vue ? Dommage et tant mieux. Moulu comme il l’était, à part dormir, il était incapable de quoique ce soit.
 
On le réveilla quatre petites heures plus tard non pour un plantureux petit-déjeuner mais pour une séance de massages additionnée de boissons énergisantes. Ragaillardi, quasi dopé, il ne rechigna pas à l’entraînement suivant.   
 
*Oyez, oyez, bonnes gens !...*
 
Ben non ! Pas de héraut pour annoncer le début des joutes mais bien une quantité impressionnante de diffuseurs électroniques dispersés autour d’une arène colossale au centre de laquelle Kit eut la nette impression d’être un acarien perdu dans une forêt de poils.  Les spectateurs des derniers rangs seraient pourtant comme ceux des premiers. Grâce aux dispositifs d’écrans géants alentours, ils ne perdraient rien du théâtre offert. Pas grand-chose à contempler pour le moment hormis 13 gugusses en combinaison très moulantes. Certes, des distinctions existaient dans les tenues arborées. Les couleurs avaient – soi-disant – été tirées au sort. Que Kit hérite du gris l’étonna pas, qu’Arthur porte le rouge non plus. Ils étaient les deux seuls « chevaliers » à appartenir à la table ronde. Les autres candidats,  parfois bicolores, étaient issus de la petite noblesse voire du « bas » peuple. Après tout, tous les braves étaient acceptés. On n’allait pas faire la fine bouche sachant les dangers encourus.  
Le nombreux public, chauffé par un baratin dirigé, s’excitait graduellement. Clape et olas orchestrées, calicots brandis, on attendait manifestement l’ouverture officielle qui… tardait.  
Enfin, la loge royale se garnit.  Malgré la distance, en touchant son cou afin de faire jouer ses jumelles incorporées à l’équipement, Brown suivit la lente marche des dirigeants vers leurs sièges.  Son cœur bondit : elle était là !  Il n’avait pas pu croiser une seule seconde sa « femme » depuis une certaine après-midi au début torride. Les échos à cet effet furent discordants : un champion se devait à l’abstinence avant l’effort, l’esprit « malin » supposé de la sorcière ne devait pas perturber le preux, et autres âneries. Quoiqu’il tente pour s’opposer à ces mesures absurdes, on lui résista. Là, il avait vraiment craint qu’Arthur obtienne gain de cause dans l’éviction d’Emilia à assister aux jeux. Hendrick l’avait-il contré ou Emilia avait-elle fait la forte tête ? Kit pencha pour la seconde option.  En fait de tête, la jeune femme en portait une bizarre. Tout comme Hendrick, elle était coiffée d’un diadème particulier.  Sans savoir d’où l’idée lui vint, Kit devina :
 
*Un frein de pensées ! *
 
La télépathie semblant monnaie courante ici, on avait bloqué les communications possibles envers les candidats et leurs proches. En y regardant bien, plusieurs crânes de spectateurs s’ornaient de trucs similaires.  Ceux du roi et de sa bru semblaient plus sophistiqués, voilà tout.
Un long blabla du héraut officiel suivit l’ovation dédiée aux éminences. Ce gars, juché sur un petit podium, conclut par un compte à rebours :
 
Cinq, quatre, trois…

 
La foule brailla à zéro quand, comme avalé par le sable de l’arène, les valeureux disparurent d’un coup.  
 
*Meeeeeeeerde !*
 
Jamais Kit n’avait été friand des parcs d’attractions et de leurs machines infernales qui vous font monter ou descendre à des vitesses vertigineuses. Là, il eut la nette impression d’être dans un de ces engins. Aspiré dans une longue chute aussi vertigineuse que ténébreuse, il ne put que subir en fermant les yeux avant d’éprouver une ascension extraordinaire qui l’éjecta à l’air libre.  
Où diable était-il ?  L’entraînement de la PTE l’avait soumis à un conditionnement pis que celui des astronautes. Il ne fut donc qu’à peine désorienté en atterrissant en pleine forêt dense. Il ne s’attarda pas sur place. Bouger était impératif à la survie. Tous les candidats se savaient livrés à eux-mêmes, sans armes ni vivres. Les dénicher primait. En principe, des indices existaient afin de débusquer la corne d’abondance. Du coin où il s’était tapi, Kit observa tout ce qui était à portée de regard. Du moindre brin d’herbe en passant par cailloux, racines et brindilles, le sol fut ratissé. Ensuite ce furent les arbres qui y passèrent. Son expérience de pisteur joua : il vit. La régularité des feuilles éparses sur le sol n’avait rien de naturel, cela ressemblait à un chemin.  
 
*Ne tombe pas dans le panneau ! C’est trop évident…*
 
Convaincu que plusieurs embûches sèmeraient le parcours, se jeter tête baissée dans la première solution lui parut idiot. Il observa davantage.
 
Nom de Dieu ! sursauta-t-il soudain en repérant un autre tracé.
 
Plus subtil que le 1er, celui-ci se révéla par l’orientation particulière des pointes des épines des résineux. Que des sapins orientent ainsi leurs bouts tenait de l’absurde. Restait le choix… Se tenant encore immobile quelques minutes à tenter de percer une autre voie, laquelle emprunter des deux découvertes ? Il estima la seconde plus tordue, donc plus acceptable vu les critères du « jeu ».  
Apparemment, il fit le bon choix puisque aucun inconvénient ne le détourna jusqu’à une vase clairière où, fière, trônait une énorme conque débordant de richesses. Était-il le premier arrivé sur place ?  Ses jumelles étranges entrèrent en action, balayant les environs.  Rien ne bougea un long moment mais son œil ne rata pas une espèce de reflet, loin à 2h.  Bientôt, il en capta deux autres à 4h et à 9h.
 
*Qu’est-ce qu’ils attendent… Ils font comme toi, idiot !*  
 
Pourtant, des hardis – ou téméraires – se démasquèrent soudain, courant comme des fous vers les trésors épandus sur l’herbe grasse. Léodogad Warwick, Gidéon de Mirmont et Brandon Farmer n’atteignirent pas leur but. Dans un sifflement surgirent de nulle part des objets qui les entravèrent mieux que des poissons dans une  nasse.  
 
*Trois de moins* songea Kit, amer.
 
Bon, ces gars n’étaient pas occis, juste mis hors-jeu. Un bref instant, il les envia mais l’orgueil le poussa à analyser le piège afin de le vaincre. Les prisonniers avaient couru droit devant eux…
En zigzagant, peut-être que…
Eh merde ! Arthur, très reconnaissable, employait la méthode entrevue.  Avec succès, le bougre !
Kit ne demeura pas en reste, il fonça à son tour. Tout du long, il se serina :
 
*Irrégulier, sois irrégulier !*
 
Cela fonctionna parfaitement. Alors qu’Arthur entreprenait de fouiller les sacs proposés à l’inventaire, Kit, lui, ne fit pas dans le détail. Il en rafla quatre au hasard sans les visiter avant de courir à nouveau en zigzags décousus vers la sécurité des arbres. Bien lui en prit. Des malheureux ayant suivis les gestes d’Arthur virent le contenu des besaces leur exploser au visage. Tel un loup regagnant sa tanière, Kit délaissa la clairière en s’enfonçant dans d’épais fourrés.  
Le souffle saccadé, il reprit haleine en posant le butin à inventorier.  
 
*Manquerait qu’ils soient tous piégés !*
 
Au départ, il s’était demandé à quoi pouvait bien servir le bras télescopique inclus dans la combinaison. L’évidence se fit devant le souci d’ouvrir les sacs en restant à distance respectable.
Très délicatement, il déploya le bras qui répondit parfaitement aux besoins.  De l’ouverture gicla un liquide verdâtre nauséabond au possible. Heureux d’y avoir échappé, Kit s’attaqua au second récipient. Les clips ôtés, rien d’anormal ne se produisant, la pince articulée fouilla et dénicha, ô merveille, des réserves de nourritures concentrées et des liquides buvables. Le 3ème ne fut pas décevant. Certes, un poignard, arc et flèches n’étaient pas Byzance mais mieux que rien. Le dernier n’explosa pas mais ce qu’il contenait demeura abscons. Une trousse ? De quoi demeura en suspens car pour hermétique, elle l’était.  
Finalement, la pioche n’avait pas été décevante. Un peu de boisson le réconfortant, Kit songea à la suite. L’épreuve N°1 était achevée semblait-il. Comme prévu résonna une sorte de coup de canon la signant. Fallait-il se croire à sauf pour autant ?  En doutant, Brown songea à se trouver de quoi se dissimuler à l’abri de tous regards et pièges. Il n’avait participé à aucune des guerres de son monde mais en connaissait certains arts dont celui du camouflage. Le poignard s’avéra très utile pour se tailler rapidement une tenue de branchages qui se confondit parfaitement avec les environs. Voir sans être vu : voilà la solution. Ainsi nippé, il se déplaça tel un courant d’air à la recherche d’autres indices.
Plusieurs fois, il dut suspendre sa progression, certain que des « hostiles » évoluaient à proximité. 
Il repéra facilement jaune et bleu, ces idiots ne s’étaient pas déguisés. En tout cas, le rouge demeura invisible, lui.
Où aller ? Cette branche était-elle vraiment tordue bizarrement ou était-ce le jouet de son imagination fatiguée ? Ces cailloux, là, n’indiquaient-ils pas une direction ?  
Quelques heures à tourner en rond plus tard, un message sonore troubla l’atmosphère sylvestre :
 
De l’aube naîtra le renouveau.  
 
*Bordel ! Qu’est-ce que cela signifie ? On est peinard jusqu’au matin ?*
 
N’ayant personne avec qui partager ses incertitudes, Kit se fia à son instinct qui dictait la défiance. Aube ne signifiait pas nécessairement matin. Cela pouvait être une référence à un habit  blanc liturgique  ou aux pales d’une roue…  Point de repos, il repartit en chasse.
En s’éloignant de la position de la corne d’abondance dans un large mouvement circulaire, il progressa très prudemment.  Plus il avança, plus l’image de la roue s’imposa. Ces gens n’étaient-ils pas assez obsédés par la forme ronde ? La table des dirigeants, les quadrants, les tours, leurs meubles…  Sauf que la roue devait posséder des rayons. Combien la composaient ? Des 13 du départ, il ne restait que… 7 ? Moins ? N’ayant pas assisté à toute la scène de la conque, comment savoir ?  Bleu et jaune avaient disparu de son champ d’observation. Prisonniers ? Ou…
 
*Ouais… mariés ! L’alliance des couleurs en forme une autre ! En vert, on ne les voit plus !*
 
Donc au moins six restaient en lice.            
 
Le soleil déclina que Kit eut l’impression d’avoir parcouru la circonférence terrestre sans issue valable. L’aube – quelle que soit sa forme – viendrait. Lui devait roupiller.  
 
Galawin – le bleu – s’était allié avec Moriardred – en jaune. De connivence parfaite avec un écarlate, leur mission essentielle n’était pas la quête à Exkaliburg mais bien de liquider un gêneur qu’ils mirent des heures à cerner.  Pas complètement stupides, redoutant les pouvoirs du prince, ils ne communiquaient que par signes. De jour, aucun souci. De nuit…  La vision nocturne des jumelles étant limitée, il fallut recourir aux murmures :
 
Il est là, j’en suis sûr, souffla Galawin.  
 
Ce tas de branchages ? Tu dérailles ! Mon indicateur thermique n’indique que dalle.
 
Il est out ! C’est déjà arrivé. Je sais ce que j’ai vu de mes yeux.  
 
En silence, ombres parmi les ombres, ils fondirent sur leur proie qu’ils lacérèrent de leurs poignards, sans remords.
 
ON L’A EU ! beugla Moriardred.
 

Ouais, souffla l’autre comme déçu par la facilité de la manœuvre. Éclaire la zone.
 
Un faisceau lumineux balaya un amas de branchages teintés de sang qu’ils dégagèrent lentement. Bientôt, dans le rai de clarté, apparut un visage figé dont le regard brun était éteint.
 
EU et Bien eu ! rigola Galawin. Arthur sera content.  
 
Recouvrons-le. Rejoignons Arthur après.  
 
Peu après, ils se faufilèrent entre les troncs à la recherche de leur chef sans se douter une seconde être suivi de près.
Une fois de plus, Kit se retrouva paf au vu de dispositions hors normes. Il avait pressenti le danger et réagi. D’où lui provenait cette faculté de « dédoublement », d’invisibilité ? Il s’en fichait du pourquoi du comment tant que cela fonctionnait. Créer une forme identique à la sienne fut un jeu. La voir massacrée, désagréable. Ensuite se couler sur les talons des assassins ne demanda que peu d’efforts.
Pas à pas, il suivit le train jusqu’à un léger retrait de terrain où, après des échanges de sifflets, le rouge se montra. Arthur murmura :
 
C’est fait ?
 
Aux signes de têtes affirmatifs perçus via les lunettes de vision nocturne, il haussa le ton :
 
Amen ! Dormons tranquilles. Cependant, Galawin tu prends le premier tiers. Cette diablesse de Viviane peut encore nous enquiquiner.
 
On fait quoi, demain ? osa Moriardred.
 
La roue ! Et pas comme des paons, connard !
 
Dissimulé dans des taillis, Kit ne dormit que d’un œil jusqu’à l’aube.
 
Mettre ses pas dans ceux qui précédaient, sans que nul ne devine ce qui se tramait, nécessita ruse et fatigues. On le pensait crevé ? Tant mieux !  Sans cesse sur ses gardes, Kit – sous couvert d’invisibilité- suivit la marche menée par trois hommes décidés. Après une pénible succession d’arbres et fourrés, les « mousquetaires »-ils étaient 4 en se croyant 3 – débouchèrent  au sommet d’une éminence depuis laquelle un beau panorama se dégageait.
 
*Stonehenge ? * se prit à penser Kit face à l’imposant alignement de monolithes en contrebas.
 
Tout compte fait non. Même si la majorité des pierres dressées y ressemblait, la comparaison s’arrêtait à la forme concentrique de l’ensemble. Bien des légendes avaient circulé sur cette construction préhistorique. Ici, il devait manquer plus des ¾ des pierres…  
Qu’importait lieu et temps ! Arthur sembla assez heureux et contrarié devant l’érection des « cailloux ».
 
Nous devons aller au centre. Exkaliburg y est sûrement.
 

Mais, releva Galawin, il semble n’y avoir que deux sortes de ponts vers ce centre. Nous sommes trois…
 
Et la distance est encore longue avant d’y arriver. N’est-ce pas truffé de sortilèges ?
 
Arthur se fit songeur :
 

Le chemin semble tracé pour deux… désolé, tu es de trop Mor !  
 
Un coutelas fila, tranchant la gorge du malheureux, terrorisant l’indemne.
 
Mon seigneur, vous aviez promis, pleurnicha-t-il en contemplant effaré le corps se vidant de son sang à ses pieds.
 

Sois content ; tu accompagnes l’élu. On descend.
 
Toujours invisible, Kit n’avait été assez prompt pour éviter cette fatalité. Bien que navré, il ne put que suivre le mouvement imposé par le meurtrier envers qui sa haine montait de minute en minute.  Galawin n’avait aucune chance. Jamais Arthur ne lui permettrait de poser la main sur l’épée fabuleuse, si elle était vraiment là.  
À peine le premier quart du chemin engagé que les ennuis sérieux débutèrent.  La symphonie contre laquelle Kit avait dû lutter à l’entraînement se déclencha sans avertissement. S’il avait cru être protégé par son état de « fantôme », ce fut raté. Comme les deux autres, il dut danser afin de parer les coups fourrés des sons affreux issus de nulle part et de partout à la fois.  
L’apprentissage porta ses fruits, Kit ne subit aucun dommage. Galawin, lui, se retrouva couché sur le flanc tandis qu’Artur – aussi frais qu’au sortir d’un bain – rigolait :
 
Ainsi tu es toujours là, avorton !  Je me disais bien que c’était trop facile. La vermine est coriace. Allez, bas les masques, montre-toi si tu l’oses !
 
L’invisibilité n’ayant plus de raison d’être puisque la danse l’avait trahi, Kit se dévoila.
 
Froidement, à moins de dix mètres l’un de l’autre, les deux hommes se jaugèrent. Kit ne l’ouvrit pas ; il attendit qu’Arthur crache son fiel, ce qui ne tarda pas :
 
Non mais regardez-moi ce fils de pute qui se prend pour l’élu !  Tu n’atteindras pas le rocher sacré, foi de moi.
 
Parce que tu crois qu’en l’atteignant, toi, l’épée sera tienne ?
 
Cela va de soi ! La voyante me l’a révélé de longue date.
 

 Elle devrait passer chez l’ophtalmo, ta voyante. Elle t’a bercé d’illusion, mon ami.
 

Je ne suis pas ton ami, chien ! Ma destinée est écrite. Tu as beau ressembler beaucoup au roi, mon père s’est arrangé pour faire disparaître le vrai héritier.  

 
Il a commandé à un cygne de m’engloutir au lac ? s’étonna sincèrement Kit.
 
Bizarre, cette sortie parut troubler Arthur qui se reprit vite :
 
On t’a bourré le crâne de faux souvenirs que tu as gobés, crétin !  Mon père était un transformeur. Il pouvait prendre n’importe quelle apparence à volonté. Un cygne était une broutille. J’ai hérité de son don.
 
Bien que la situation tendue ne s’y prêtât pas, Kit partit d’un grand rire :
 
C’est pour ça que tu as la tête de Dave !! Je me disais bien qu’il y avait un truc tordu sous tes tifs.
 
Dave ? J’ignore de qui tu causes. Là, ce sont mes vrais traits mais je peux faire mieux, beaucoup mieux.
 
 Le temps d’un battement de cils, Kit se retrouva face à…
 
Milie ! Que… ?
 
Pitié doux seigneur, ne m’occis point.  Notre enfant…
 
Un bref instant paf, Kit se tordit de rire :
 
Raté, mon pote ! Ma douce ne parlera jamais ainsi !  Elle m’aurait plutôt envoyé me faire foutre.

 
Milie mua. Sa taille augmenta démesurément, les douces lèvres devinrent racornies en découvrant des crocs affreux, sa peau écailleuse. Kit ne s’alarma pas en ironisant :
 
T’es quoi, là ? Un serpent ? Fou ce que t’es moche !
 
Laid, sûrement. Dangereux, pis ! L’attaque fut instantanée, le prenant de court. De son poignard brandi par réflexe, il ne put qu’égratigner la face hideuse plongeant sur lui,  mais ne sut parer le croc venimeux qui lui entama la joue. Lâchant le couteau, Kit compressa la plaie sanglante. Redevenant lui-même, Arthur contempla sa victime avec dédain :
 
J’aurais pu t’infliger pis, une belle saloperie de maladie par exemple. Le résultat sera pareil : tu vas crever. Très lentement, je te rassure. Il te reste juste assez de temps pour me regarder triompher.  Adieu, cousin !  
 
Se détournant du corps qui s’affaissait, Arthur poursuivit sa route.
 
Finir aussi bêtement, seul, perdu dans un autre temps ? Dire qu’il n’avait même pas pu prouver son amour à Milie…  
Penser à elle le ranima un peu au point qu’il eut la sensation de sa présence. Belle, éplorée, elle le suppliait :
 
… je n’entends que des cloches ma puce… trousse ? Oh, oui que j’aurais aimé te trousser, ma caille… Aller me faire voir ? (rire toussant) c’est tout toi, ça !... quoi cette trousse, bordel ?... Oui, oui, je l’ai mais elle a refusé de s’ouvrir…  
 
Qu’est-ce qu’elle blaguait cette Milie ! Avec les yeux de l’esprit, rien que ça !  Comme si on pouvait ouvrir une boîte rien qu’en y pensant. Tout compte fait, puisqu’elle insistait tellement, autant donner cette ultime satisfaction à sa belle. Rassemblant ses forces, il parvint à extirper la fameuse trousse hermétique du fond de son sac.
 
Qu’est-ce que j’en fais ? Ouh ouh, Milie !
 
Ouais, il avait halluciné, le voilà fin. Les yeux de l’esprit… Il se concentra comme il put :
 
*Sésame, ouvre-toi ! *
 
Bien sûr, rien ne se produisit.  D’autres formulations très colorées suivirent pour un résultat identique. Les idées en pagailles, les forces défaillantes, il ne parvint plus qu’à une chose : imaginer la boîte ouverte. Tiens ? Elle contenait deux seringues.  L’azurée était tentante, tellement jolie. L’autre, avec son liquide gris… Bah ! Saisissant la grise, il se l’injecta d’un coup rapide dans la cuisse.  
 
Arthur était descendu très lentement vers le centre des pierres dressées.  Le silence des lieux était… inquiétant.  À croire que toute vie avait déserté ces lieux. Hormis le bruit de ses semelles crissant sur les cailloux, on ne percevait aucun son. Même le vent s’était tu. Le pont emprunté ne révéla aucun piège. Une fois celui-ci parcouru, Arthur dut obliquer sur la droite car un des géants de pierre gênait vue et passage. L’obstacle contourné, les traits du chevalier s’éclairèrent face à ce qu’il espérait. Là, soudée à une roche imposante, attendait Exkaliburg. Une légère grimpette ensuite, il ne put retenir un cri de joie :
 
TU ES À MOI ! JE SUIS L’ÉLU !   
 
Essaie toujours, que je me bidonne ! ricana dans son dos un Kit très en forme.  
 
Décomposé d’incompréhension, Arthur recula la main avancée.
 
J’sais pas c’qu’il y avait dans la trousse de secours, mais ça donne une pêche d’enfer. C’est meilleur qu’un rail de coke, j’t’assure ! Bon, tu te barres ou tu m’obliges t’y forcer ?
 
Tellement saisi, Arthur recula encore. Son pied dérapa ; il chut. Plusieurs boulés ensuite, il se releva, furieux :
 

JE VEUX LE DUEL !
 
Ben non ! rigola Kit en plein trip.  T’as qu’à essayer de sortir ce machin. T’étais le 1er, c’est de bonne guerre, non ?
 
Ne croyant pas à sa chance, Arthur fonça à nouveau vers le roc sacré. Ni une ni deux, il empoigna le manche de l’arme étrange qu’il tira… tira, encore et encore à en avoir yeux exorbités et veines saillantes.
Entre temps, Kit s’était rapproché, ne pouvant s’empêcher de se marrer devant les efforts infructueux déployés par son ennemi :
 
Pourquoi tu te fatigues ainsi ? Laisse-moi faire.  
 
Comme battu, Arthur laissa la place. Pluie d’étoiles enchantées ? Chants célestes ? Que nenni !  La main de Kit n’était qu’à quelques centimètres de l’arme que, brusquement, celle-ci s’éjecta seule vers le ciel. Nez en l’air, les deux hommes n’en revenaient pas.  Ce drôle de pistolet à peine entrevu rappela à Kit ceux utilisés parfois par les patrouilleurs du temps. Redoutables, on ne s’en servait qu’en extrême urgence. Celui-ci était libéré et, sans maître…
 
Gare aux retombées ! hurla-t-il en sautant en contrebas.
 
Arthur ne fut pas assez prompt. L’éclair de foudre jaillissant de l’arme le désintégra en une milliseconde. Son feu craché, le pistolet descendit mollement. Kit n’eut qu’à tendre la paume : elle vint doucement s’y loger.
 
Oh, la belle fête !  Très étourdi et crasseux, Kit fut porté en triomphe un long moment par une foule en délire. Il avait fait quoi ? Il ne s’en rappelait même pas. Lui, il ne voulait voir qu’Emilia. Il sourit à en avoir mal aux zygomatiques, serra des mains pas centaines, reçut ovations et accolades multiples sans ne fut-ce que l’apercevoir. Hendrik était aux anges mais tenu à distance. Point de Merlin ni de Martin en vue non plus. Baladé, congratulé, embrassé, Kit fut très heureux d’être rapatrié vers son appartement où un Pratt, chose étonnante, souriait :
 
Félicitations, Monseigneur !  Nous avons tous pu suivre votre victoire sur les écrans. Ce fut grandiose !  
 
Où est ma femme ?
 
La princesse se repose. Tant d’émotions, dans son état…
 

Je veux la voir sur-le-champ.
 
Demain, altesse.  Vous devez aussi vous rep... 
 
Et mon père ? Ne puis-je au moins…  
 
L’âge, vous comprenez…

 
Je pige que dalle !
 
C’est la fatigue, les efforts… venez prendre un bain. Ensuite, nous goûterons au sommeil, et…
 
 L’arme qui ne l’avait pas quitté émergea de sa ceinture :
 
Trêve de baliverne. Suis peut-être encore shooté mais pas complètement stupide !  OÙ SONT-ILS ?
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