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 L'héritier légendaire venu d'ailleurs

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Kit Brown
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Messages : 10
Date d'inscription : 12/11/2016

MessageSujet: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Sam 7 Oct - 21:00

Depuis qu’il avait été en âge de regarder les filles et de jouer ensuite avec elles à autre chose qu’aux dominos, Kit Brown n’avait eu que l’embarras du choix. Heureusement pour la morale, la tribu qui l’hébergea lui imposa des règles strictes, un code d’honneur inviolable, du moins vis-à-vis des femmes de la communauté. Pas que l’on poussât les jeunes hommes à devenir moine, mais il était hors de question de déflorer une pucelle du clan à moins de l’épouser dignement.  On tenta bien de le caser une paire de fois avant de conclure à peine perdue. Kit aimait sa liberté plus que le reste. Jamais, il n’envisagea de convoler sans pour autant se priver de charmantes occasions de passage.
D’une manière générale, il jugeait vite les gens, avec justesse, en sus. Et aucune donzelle ne lui avait paru suffisamment intéressante pour s’arrêter plus d’une nuit dans ses bras. L’abstinence, il connaissait bien sans que cela ne le gêne outre mesure. Faut dire qu’avec son écolage à la PTE, les horaires étaient tels qu’aucun batifolage ne l’avait tenté. Puis, il y avait eu un baiser échangé dans des circonstances très particulières, une sorte de réflexe pour se prouver que l’on est vivant, rien d’autre… Autant s’en persuader, non ? Car la demoiselle ayant réveillé ses sens endormis n’était pas du tout le genre attractif ordinaire.  Beau brin de fille, certes, mais cervelle de moineau. Quoique…  Au fil des jours et des missions, Kit s’était rendu compte de l’évolution de Miss Clairborne.  Pas sotte du tout, sensible, elle était loin de l’image première dégagée. N’empêche qu’elle demeurait une sérieuse enquiquineuse et un pot de glu pas possible.  
Que ressentit exactement Brown en la voyant mal en point après avoir fourré son joli petit nez où il ne fallait pas ? Difficile à dire.  De l’angoisse ? Assurément ! L’ampleur de celle-ci le fit beaucoup cogiter ensuite.  De la colère ? Impossible autrement car merde ! C’était de sa faute à elle si Emilia s’était fourrée dans ce pétrin. Bon… peut-être aussi un peu de la sienne propre. Il aurait pu dévier le sauteur, le faire revenir au labo, et elle avec. Mais non ! Il avait bêtement accepté sa présence sans se douter des conséquences, qu’elle serait assez stupide pour s’interposer dans une situation qui ne la concernait aucunement. La voir dans cet état calamiteux l’avait profondément chamboulé, trop selon ses critères. Il y penserait plus tard – ou pas - voilà tout.
En attendant, restait le passage au « tribunal ».
Somme toute, si Kit râla, ce fut surtout pour la forme. Il s’en sortait bien, sans savon du colonel et même avec promesse de l’appui général.
 
*L’écrivain a un plan ? Ben voyons !...*
 
Avant tout, il lui faudrait rendre visite à la blessée, chose qui ne l’enchantait pas. Mais puisque tous y avaient été, même le chien, il aurait été mal perçu de ne pas le faire. Très volontairement, il se renfrogna. Inutile que la belle voie à quel point ses traits tirés et son air las l’atteignaient, sinon elle se ferait des idées. Il aurait voulu demeurer froid. Hélas, ce ne fut pas le cas car la Miss avait réellement le chic de le faire enrager.
 
*Elle retourne la situation comme si tout était de ma faute !* Primo, je ne suis mêlé à aucune pègre, moi ! C’est mon garagiste, celui à qui j’avais confié Beauty qui l’est. Garagiste à qui je n’aurais jamais eu affaire si une folle dingue du volant ne m’avait percuté !
 

Ben oui, si tu savais conduire il n'y aurait pas eu d'acci...
 
Le ton monta autant que la moutarde au nez de Kit :
 
Non, mais je rêve ! Si quelqu’un ici ne sait pas conduire c’est toi !  
 
Là-dessus, la belle entra presque en pamoison, à croire qu’il la torturait du moins verbalement.
 
*Foutaise ! Elle en rajoute pour t’attendrir, pauvre cloche !*
 
Néanmoins, il faillit paniquer à nouveau :
 
Hey, tu vas bien ?
 
De là suivit une conversation assez naturelle au cours de laquelle la Miss admit même ses erreurs. Il n’en revint pas de ce qu’il sortit :
 

Mais non, tout n’est pas entièrement de ta faute*Pauvre idiot ! Pourquoi dis-tu des conneries pareilles ? *
 
Puis- cerise sur le gâteau – ne voilà)t-il pas qu’Emilia désirait calmer les enjeux en réglant ses dettes.  
Qu’elle soit friquée, va et passe. Qu’elle lui fasse l’affront de prétendre qu’il ne parviendrait pas, seul, à s’acquitter de son dû l’échauffa davantage. Pour qui se prenait-elle ? Pour qui le prenait-elle ?
 

C’EST HORS DE QUESTION ! Suis pas un sombre idiot qui pleure en cas de pépin ! Garde ton fric. On va régler la note à notre façon !
 
Elle sembla capter le message et, après des excuses – ou ce qui y ressemblait – elle eut l’idée incroyable du siècle :
 
Quand tout sera fini... on pourrait demander une petite prolongation des vacances... j'ai une petite maison à la plage...
 
 *Et on s’y entassera tous en chantant en grillant des marshmallows ? À d’autres !*
 
Il ne dit ni oui ni non, et fila. De réelles préoccupations l’appelaient ailleurs.
 
Les plans les plus simples sont souvent les meilleurs ? Ils sont aussi de ceux qu’un grain de sable déraille complètement. Au départ, Dave eut raison. Des préparatifs minutieux étaient indispensables à une bonne exécution. Aussi, grâce à quelques sources fiables, notamment avec des policiers qui le rencardaient à l’occasion, l’écrivain dénicha les identités des malfrats ayant agressés Emilia. Il avait suffi d’un micro saut en arrière pour photographier les plaques minéralogiques et la bouille des tireurs identifiés ensuite. Par un autre saut en compagnie de l’américain, Kit avait placé une balise sur un des véhicules adverses qu’ils avaient ensuite suivis tout « simplement » à la trace jusqu’au supposé repaire des bandits sitôt leur méfait accompli.
Le tout fut de se retenir d’intervenir avant le déroulement « normal » des évènements et de ne rien dévoiler à une blessée très curieuse d’apprendre ce qui se tramait en dehors d’elle. Le pauvre Martin eut toutes les peines du monde à freiner le désir – somme toute naturel – de la Miss à l’action.
Le jour J, tout était paré après une semaine de surveillance intensive du nid des bandits. On savait qui ils étaient – une branche de la mafia chinoise - où était leur quartier général, et quels étaient leurs projets immédiats. La revente de la statuette dérobée, ainsi que des armes illégales, et des kilos de drogue, les excitait beaucoup. Une sorte d’enchères était prévue le soir-même.
Au signal de Dave- transformé pour la circonstance en chef d’opération- on fonça dans la mêlée. Les flics prévenus anonymement allaient donner malgré eux le feu vert. Entre le temps de les apercevoir et d’intervenir, le trio d’exécutants ne disposait que de cinq minutes réelles.
Pour les besoins de sa tribu, Kit avait déjà assisté - voire orchestré - des ventes tantôt légales, tantôt moins. Il se doutait donc que peu de personnes physiques seraient présentes. Grâce à l’informatique, beaucoup de transactions se commettaient à distance.  Cependant, leur intrusion soudaine dans la salle bourrée d’ordinateurs et téléphone provoqua un beau chaos. Ce qui s’y passa n’intéressait pas directement le Canadien. Lui, s’il assomma l’un ou l’autre garde, il voulait surtout inventorier les biens mis sur le marché.
 
*Où est Beauty ? *
 
Hélas, quoiqu’il fouille, il ne la débusqua pas.  Force fut de s’en prendre à un sbire qu’il ne ménagea pas. Dave l’empêcha de mettre à mal ce petit comparse qui ne demandait qu’à chanter de toute façon. L’info obtenue, Brown ne pensa plus qu’à enfourcher un sauteur ce que prévint un Dave furibard :
 
… M’en fous du timing ! Beauty n’est pas loin. Je ne pars pas sans elle.
 
Nell, qui avait ligoté plusieurs des bandits, voulut aussi le retenir. Kit disjoncta et l’envoya paître au propre comme au figuré ce qui eut l’heur ne déplaire à Mrs. Clayton. Un poing terrible lui explosa l’arcade. Kit ne s’en soucia pas, rendant coup pour coup afin de récupérer sa bécane. Avait-il amoché Dave ou Nell ? Peu importait. Avec le sauteur, ni une ni deux, il fila.  
Elle était là où le sbire avait dit. Belle, magnifique, retapée, étincelante. Il sauta d’une selle à l’autre mais le duo Watson-Clayton était sur ses talons. Une autre bagarre eut lieu, une de celle qui marque.  Puis, Nell se la jouant arbitre, décréta le match nul. On rentra chez Warrington, crevés, amochés, mais pas fâchés.
Miss Clairborne, non sans acidité, ne le rata pas au retour chez Henry.
 
… Ouais, suis comblé ! Avoue qu’elle mérite le mal qu’on s’est donné.
 
Emilia accorda étrangement facilement, le conviant surtout à se faire soigner.  Son œil étant moins amoché que son orgueil, tout rentra vite dans l’ordre sous les doigts experts de Lescot qui n’hésita pas à user des moyens du futur pour réduire plaies et bosses.
Lors du repas suivant, le trio vengeur omit très volontairement certains détails. Inutile d’avouer s’être plus amochés entre eux que contre la partie adverse.
Ensuite vint confirmation d’un congé à durée indéterminée.
 
*Chic ! Pas de menaces immédiates. Vais pouvoir filer…*
 
Kit ne désirait pas quitter la PTE, loin de là ; il s’y plaisait trop. Cependant, s’éloigner d’une certaine Miss le démangeait beaucoup.  Seulement… Comment dire non à une gentille proposition si « innocente » ?
 
Quelques jours dans un coin tranquille, dans les bois, face à un beau lac?
 
Cela puait le traquenard. Kit le sentait mais… dut s’avouer vaincu par les doux yeux de l’hôtesse future.  
Cerise sur le gâteau, Emilia suggéra :
 
  Est ce que je pourrais aller avec toi? Je n'ai jamais voyagé en mo... avec une Harley Davidson... ce doit être quelque chose!
 
Je croyais que tu me prenais pour le pire conducteur que la Terre ait porté ! Me ferai un plaisir de te prouver le contraire !
 
Il ne mentait pas. Toutes les limitations de vitesse furent respectées, aucune infraction commise. Il aurait pu vouloir épater Emilia en jouant à l’esbroufe. Oh que non ! Jamais sur cette route, on n’avait vu motard plus prudent.  Il est vrai aussi qu’il avait l’impression de convoyer un trésor… Sensation inhabituelle pour un Kit peu enclin à partager le siège de Beauty.  C’était étrange. Il avait à la fois hâte d’arriver, de mettre un terme à cette torture du contact quasi intime dans son dos, et une folle envie d’au contraire le prolonger en ralentissant le train.  
Aux buildings succédèrent des petites villes, puis les habitations se raréfièrent pour se remplacer par des arbres de plus en plus nombreux.  Le temps était superbe, çà et là on pouvait distinguer le miroitement d’étendues liquides. La nature paisible leur ouvrait ses bras généreux.  
Selon les indications d’Emilia, la bécane bifurqua sur une route secondaire néanmoins fort praticable.  Maintenant, sur leur droite, s’étendaient les eaux calmes du lac visé.  On roula encore un bon quart d’heure puis Emilia lui indiqua d’obliquer à droite. La route, devenue chemin, fut plus ardue dans une descente assez raide, mais la vue valait le coup, pas à dire. Soudain, alors que Kit était très attentif aux nids-de-poule, Beauty toussa.  La légère embardée fut maîtrisée de main de maître et, sans autre heurts, on continua son bonhomme de chemin.
Enfin elle fut là, cette « mansion ».
Kit ne savait pas exactement à quoi s’attendre. Si, vaguement, il avait espéré trouver une sorte de chalet en bois, genre pavillon de chasse : raté ! De très belle taille, en un beau mélange de pierres et bois, s’étendait une bâtisse sinon royale, au moins princière.
 
*Chic ! On pourra jouer à cache-cache sans jamais se trouver !*
 
Le moteur se coupa au haut portail de l’enceinte grillagée. Ôtant son casque, il mit pied à terre :
 
Fameuse bicoque ! Où sont Dave et Nell ?
 
Manifestement, ils étaient les premiers arrivés. L’autre couple, flanqué d’Oscar, avait voyagé en voiture avec les bagages. Peut-être avait-il emprunté un autre chemin ?  
 
… ouais ! Ils se seront peut-être arrêté quelque part, va savoir ? Bon, tu as la clé au moins ?
 
Bien sûr qu’elle l’avait ! Libérant sa longue chevelure, Emilia se dirigea gaillardement vers la serrure où elle fourra le Sésame.  Pendant ce temps, Kit détendit ses muscles en avançant vers la rive boisée. Tout était si calme ici !  Exactement comme il aimait.  
Le charme fut brusquement rompu par des imprécations grossières. Pourquoi Emilia râlait-elle ainsi. Retourné, il la vit batailler avec le grillage qu’elle injuriait copieusement. Il se retourna en rigolant :
 
Hey ! Arrête d’engueuler cette pauvre ferraille! T’as pas pris la bonne clé, voilà tout !
 
La miss persistait, insistait. Si bien que Kit la prit en pitié :
 
C’est pas si grave ! Laisse-moi faire !
 
Pratique de se souvenir être un as de la cambriole. L’enseignement sous Hypnos ne s’étant pas complètement évaporé, il suffit à Kit d’un bout de ferraille pour crocheter cette serrure banale.
Un clic plus tard, ils pénétraient dans le « domaine ».
 
*Qu’est-ce qu’elle peut être chichiteuse !*
 
Emilia ne cessa de ronchonner le long de l’allée dallée menant au corps de l’habitation.
 
*Pauvre Bridges ! Je te plains, même si je te connais pas. Tu vas prendre un de ces savons ! »
 
Oui, Miss Clairborne pestait contre son majordome chéri. D’après elle, le passage aurait dû être mieux entretenu. Des arbustes avaient déménagés de l’emplacement initial, les rosiers étaient négligés, etc.
Face à la porte, le scénario du portail se répéta : ouverture impossible. Pas à cela près, Kit récidiva du crochet. Furibonde, Emilia fonça pour stopper net deux pas plus loin. Figée, muette – chic !- son attitude reflétait la stupéfaction totale. Le répit du mutisme ne dura hélas pas. La voilà qui se remit n marche en énumérant une longue liste de récriminations à l’encontre de Bridges. Où était ceci, qu’est-ce que cela foutait là etc.
 
… STOP !! Milie, excuse-moi, mais tu dérailles, là ! T’es sûre que c’est la bonne baraque ? À t’entendre, on jurerait que non !  
 
Si, la miss était certaine de son fait. Comme récitant un livre d’histoire, elle débita le pourquoi du comment lui venait cette conviction. Que répliquer à cela pour expliquer de tels changements ?
 
T’emballe pas ainsi. Soit, on est au bon endroit. Il manque des cadres, les peintures murales ne sont pas ce dont tu te souvenais. Dis-moi un truc : ça fait combien de temps que t’es venue ici ?
 
Il venait de marquer un point car Miss Clairborne dut avouer que cela faisait un bail.
 
Ben, tu vois ! Des changements ont eu lieu. On ne t’en a pas avertie, point barre ! Si on se cherchait plutôt un truc à bouffer en attendant les autres ?  
 La cuisine faillit déclencher une nouvelle crise de fureur que contra Kit qui, heureux, lui fourra en bouche en pitch au chocolat.
 
C’est pas Byzance, tes placards, mais ça cale ! Me demande ce que foutent les autres ?
 
Merde ! Ils avaient une heure de retard sur l’horaire prévu. Consultant sa montre, Kit tiqua davantage. Dans l’entrée, l’heure indiquée par une grosse horloge murale ne correspondait pas avec la sienne actuelle. Il n’en dit rien à sa compagne suffisamment énervée ainsi. Il se contenta de sortir son portable et appela Nell… en vain.
 
Pas de réseau ici, soupira-t-il. Bon, on fait quoi ?... je sais, je sais ! Calme-toi, bordel ! Rien ne correspond à tes attentes, et alors ? Profitons du beau temps ! Une baignade ?
 
Elle l’envoya paître « gentiment » pianotant aussi sur son smart. Elle était tellement dépitée, exaspérée et tendue que Kit eut recours à une mesure drastique. L’emportant sans ménagement dans ses bras vigoureux, il courut au dehors. Malgré ses vociférations, il atteignit son but. Plouf ! La belle en fut quasi noyée. Pour ne pas demeurer en reste, Kit piqua un plongeon à ses côtés :
 
Tire pas cette tête. Elle est froide, on s’en fout ! Ça remet les idées en place, non ?

 
Enfin docile, Emilia rit de bon cœur. Misère qu’elle était belle ainsi… Un nœud dans la gorge, la respiration courte soudain, Kit revécut la courte scène d’un autre lieu, d’une autre époque. L’envie folle de reprendre ces lèvres pleines le démangea. Il allait fondre. D’un élan, d’un regard éperdu, il allongea son bras. Puis :
 
HAUT LES MAINS ! SORTEZ IMMÉDIATEMENT !  
 
*Hein ? *
 
Dans un bel ensemble désemparé, le couple se tourna vers la source sonore. Ebahi, Kit vit trois policiers armés qui les braquaient, menaçants. Une mise au point s’imposait. Emilia parlementa en déclinant son identité, exigeant des explications. Le « chef » n’en eut cure :
 
Vous êtes en infraction sur cette propriété du sénateur Carrington. Sortez !
 
Emilia allait répliquer, Brown la lui boucla :
 
Obtempère. J’t’avais dit que tu t’étais gourée !
 
Lentement, bras levés, ils dégoulinèrent vers la berge.  
Dès qu’ils furent à sec, ils furent palpés ainsi qu’apostrophés en contrôlant leurs papiers :
 
Emilia Clairborne… Christopher Brown. On va lancer une recherche. Bougez pas.
 
On les photographia. Un des trois flics leur amena des couvertures, au moins ça. Sous bonne garde, ils purent s’asseoir dans l’herbe en attendant la vérification des identités. Kit osa :
 
Il s’agit d’une méprise, officier. Miss Clairborne a confondu sa propriété avec celle de...
 
Zut ! Emilia, reprenant du poil de la bête, maintint sa position. Elle ne connaissait pas de sénateur de ce nom, une mystification quelconque avait eu lieu.
Le vérificateur revint au pas de course, l’air très contrarié :
 
Chef, on a un souci.
 
Ce qu’il chuchota à l’oreille de son supérieur fut incompréhensible autant que ce qui suivit.
Décomposé, le policier murmura à son tour ; l’autre repartit au trot. Arme et buste baissés dans un profond salut, l’officier bafouilla :
 
Mille excuses, altesse. Nous ne pouvions pas savoir ! C’est extraordinaire ! Bien sûr, vous êtes chez vous partout. Le sénateur sera ravi que vous ayez choisi sa demeure même pour une… escapade galante. Une escorte est en route pour vous récupérer si tel est votre souhait. Pouvons-nous vous être utiles en quoique ce soit en attendant ?  Vos désirs sont des ordres, altesse.
 
Non mais ! Quel était ce délire ?
 
Timidement, une main se tendit pour relever… Kit.
 
L’aberration totale ! Quelle mouche piquait ces gens ? Tous pliaient l’échine dans le sillage du couple trempé qui fut guidé avec déférence révérencieuse jusqu’à une vaste clairière à l’arrière du bâtiment principal. Ni Kit ni Emilia, aussi sonnés l’un que l’autre, n’émit mot ou remarque.
Bientôt, un hélicoptère parut en descente. Lorsqu’il se posa, Brown eut l’impression de geler sur place sous l’effet de la soufflerie des pales au ralenti. D’un geste protecteur, il en serra les épaules d’Emilia à qui, perdu, il chuchota :
 
On y va ?
 
Agréa-t-elle ou pas ?  Tout était tellement de travers qu’on ne pouvait songer qu’à une chose : se réchauffer.
Déjà, un comité d’accueil venait à leur rencontre ne leur laissant guère le choix. Il fallait courir ? On courut.  La porte coulissante fermée, on décolla. Casques-écouteurs, fourrures, eaux-de-vie se distribuèrent.  Enfin, le plus attentif à leur bien-être causa par son micro :
 
Nous serons chez vous dans dix minutes, sire. C’est… c’est tellement incroyable. Votre père a été prévenu. Il ne tardera pas à nous rejoindre. Je suis Steven Pratt, pour vous servir.
 
Incapable du moindre mot, Kit se contenta d’opiner non sans chercher la main d’Emilia qu’il pressa fortement sous la fourrure.
La forêt survolée fut dépassée cédant la place à un amas de gratte-ciel que Kit – pas plus qu’Emilia, n’identifia.
Le sommet d’une haute tour les reçut. Il fallut encore courir vers un autre comité.  Ces gens semblaient eux aussi comme frappés de stupeur mais ils se montrèrent extrêmement prévenants.  
Un ascenseur chic, des couloirs capitonnés plus tard, on leur ouvrit les portes d’un espace somptueux. Jamais Kit n’avait foulé moquette plus moelleuse, traversé des décors aussi luxueux. À part au cinéma, ou dans des rêves de gloire, il n’imaginait qu’à peine que cela existât.
Du personnel stylé s’occupa immédiatement d’eux. Kit réagit. On voulait le séparer de Milie ? Ah non !
 
Ma… femme reste avec moi ! osa-t-il à une sorte de majordome.         
 
Elle sera dans la salle de bains d’à côté. Soyez sans inquiétude, votre altesse.
 
Le temps d’échanger un regard penaud, le voilà embraqué vers la salle d’eaux la plus délirante qui soit. Deux soubrettes semblaient fermement décidées à s’occuper de lui. Il les rembarra illico :
 

Pas touche à mon froc ! Toi, ôte tes pattes ! Sais m’débrouiller, merde !  
 
Choquer par un verbiage insultant ? Oh que oui ! Très volontairement, Kit débita les mots les plus barbares de son répertoire afin d’écarter ces femelles outrées. Tant pis, s’il passait pour le plus rustre des rustres. Il eut gain de cause, et la paix.  
On voulait qu’il fasse un brin de toilette ? Soit ! Les installations sanitaires étant le top du top, autant en profiter.  Douche, shampoing, démêlage plus tard, il revêtit le « costume » abandonné sur un cintre. À son sens, il s’agissait d’une sorte de tenue de gala.
 

*Me voilà pingouin. Pour qui me prennent-ils, bordel ?*
 
Habillé de pied en cape, il ne se décidait pas à sortir de son refuge. Les idées à l’envers, il tenta d’assembler des pensées cohérentes. La seule qui prima fut :
 
*Je rêve. J’ai dû me cogner la tête quelque part et je vis dans le coma. Ma foi… c’est marrant !*
 
Tant que ça ne tournait pas en cauchemar, pourquoi pas ?  Sur ce, il ouvrit la porte.
 
Wow ! Là, posée sur un large divan en cuir blanc, moulée dans un fuseau de satin noir, pour un peu, il ne l’aurait pas reconnue. Apparemment, Milie hésita elle aussi à le recadrer lorsqu’elle l’aperçut.
Seuls ? Etaient-ils enfin seuls ? Zut, Pratt, telle une souris, s’était déjà glissé entre eux :
 

 Nous sommes attendus, veuillez nous suivre, Monseigneur.
 
Quel empoté ! Les doubles portes ouvertes sur une espèce de haie d’honneur de gardes empanachés, Kit paniqua. Sans le bras ferme d’une Emilia souriante, il n’aurait pas su avancer un pied.  
Lui murmurant des conseils d’attitude à chaque pas, elle fut son égérie tout du long, très long parcours.
 
Qu’est-ce qu’on fout ici ? parvint-il à lui souffler.
 
Ouais ! Rencontrer son « père » semblait être la réponse correcte, fatale.
D’autres grandes portes s’ouvrirent en face d’eux.
 
*Bonté divine !*
 
Une salle bondée, une estrade d’honneur vers laquelle le couple s’avança sous un tonnerre d’applaudissements. Au bout d’une allée de velours rouge, debout, rayonnant, un homme d’âge mûr.  
Choc ! Kit eut brièvement l’impression de se regarder dans un miroir. Certes, la toison bouclée était très neigeuse, la barbe également. Mais, à ces détails près, ce gars était son reflet quasi parfait.
 
*Quel rêve de fou !*
 
Pressé par Emilia, Kit avança encore vers les bras tendus dont le détenteur clama :
 
Honorables dignitaires et notables, moi, Hendrick Ier, je vous requiers d’accueillir présentement l’héritier du trône, mon fils unique : Christopher. Viens, Kit ! Bon retour chez toi !  
 
Que faire d’autre que d’étreindre ce sosie vieilli ? Kit se plia à tout sans en placer une. Ovations, libations, il en avait le tournis. Heureusement, Emilia ne fut jamais trop loin, même si les occasions manquèrent cruellement d’être à seuls.
 
*Il est temps de te réveiller, mon pote* se dit Kit après une xième coupe de champagne.
 
« Papa » l’enleva soudain. Encadré de deux sbires, Kit déménagea vers un appartement privé. Là, il dut subir une longue étreinte émue de ce mec si ressemblant :
 
Toi ! Enfin, toi ! J’ai tant prié ; tu m’es rendu ! Te... te souviens-tu de moi ?
 
Merde ! Ce gars semblait vraiment y croire. Kit, à défaut de mieux, partit d’un grand rire :
 
C’est dingue ! Je suis dingue. J’en ai marre de ce rêve débile. Je veux me réveiller. Allez, pauvre con, réveille-toi !
 
Et de s’asséner plusieurs baffes retentissantes au grand dam du vieux bonhomme. La mine contrite, il stoppa la dernière claque, forçant Kit à s’asseoir sur un fauteuil. Le laissant là, lui fourrant une coupe pleine en main, en absorbant une, il se mit à arpenter le tapis :  
 
Tu crois ceci irréel ? Je peux comprendre. J’ai eu moi-même du mal à y croire quand le rapport formel est tombé. Cela fait 27 ans, mon fils. 27 ans que j’attends ce jour. On t’a cherché aux quatre coins de l’univers après que tu aies disparu. Tu venais d’avoir trois ans. Ta mère – Dieu ait son âme – t’a laissé près du lac. Tous te disaient noyé. On a sondé, fouillé, en vain. Jamais, je n’ai perdu espoir. Tout ce temps, je n’ai pas démordu, lançant partout tes caractéristiques faciales renouvelées années après années. Et tu es là ! Aucun doute, tout concorde. Tu es mon fils, je suis Ton père !  

 
Un genou par terre en face de lui, le vieil homme semblait quémander une étreinte que Kit évita en se tassant contre le dossier du siège :
 
Ça colle pas ! Ma mère était junkie, et...
 
Le roi ne se démonta pas :
 
Kit est le surnom que ta maman – Alexandra, Eléonore, Fahey- a voulu te donner. Elle l’avait cousu sur tous tes vêtements avec ton vrai prénom. Tu ne te rappelles de rien, de vraiment rien ?
 
Mais bordel que fichait ce vieux ? Il lui plaqua la main sur le front. Là, Kit eut l’impression de vivre à l’envers. Comme dans un film en accéléré arrière, il se revit adhérer à la PTE, acquérir Beauty, être adopté par les wandakes, rajeunir, rapetisser. Un trou noir, immense. Un lac, une femme jeune et belle courant après lui en riant ; des gens joyeux, un gâteau avec deux bougies… Le défilé l’expédia aux limbes.
 
Revenant à lui, il faisait jour dans la chambre la plus grande jamais visitée.  Impossible de nier ne pas rêver. Or, il se réveillait aussi moulu qu’après une séance d’Hypnos. Était-ce cela qu’on lui avait fait, l’hypnotiser ? Sinon pourquoi des « souvenirs » si étranges l’habitaient-ils ?  
Se levant difficilement, il constata sa solitude. Où était Emilia, qu’avait-on fait d’elle ? Aussitôt, il se mit à brailler :
 
Milie ! EMILA ! T’ES OÙ ?
 
Un porte s’ouvrir prestement sur l’incontournable Pratt :
 
Monseigneur est éveillé ? Point d’inquiétude. Votre épouse se repose dans les appartements d’à côté. Notre vénéré souverain a hâte de s’entretenir à nouveau avec vous. Le petit-déjeuner n’attend que vous.
 
Wow ! Une fois rafraîchi, Kit découvrit un immense buffet dans la pièce jouxtant. Vu la multitude des cloches en argent à disposition, il pensa :
 
*Ou l’on attend du monde, ou l’on me croit affamé…*
 
Il allait céder à la curiosité de découvrir les plats quand, discrète, une fine silhouette apparut par une autre ouverture.
 

MILIE ? Dieu que je suis content ! Tu vas bien ? On ne t’a rien fait de mal, j’espère ?
 
Fortement, il étreignit la belle dame en peignoir de satin. Elle allait très bien, s’étonnait :
 
… je sais tout. Il doit exister une forme d’Hypnos ici. On nous force à croire des choses… Hein ? Comment ça, et si ? M’enfin Emilia, je suis pas un prince perdu même si on me crie le contraire. C’est pas possible !... Tu, tu y crois ? On t’a lavé le cerveau !... Oui, j’ai des « souvenirs » mais ils sont induits, j’en suis convaincu… Euh… je me « rappelle » mon « enlèvement », ou l’on m’y oblige… Un cygne m’attrapé le bras, j’ai coulé et ai cru me noyer, sauf que je me suis réveillé ailleurs… Porte ? Tu crois que j’ai franchi une porte et que maintenant aussi, nous en avons…
 
Misère ! Et si c’était vrai ?
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Emilia Clairborne-Watts

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MessageSujet: Re: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Sam 14 Oct - 18:35

La vie est-elle belle? Oui, elle l'était, lors de ces heures fugaces, pendant cet été sublime. La tête vidée de tout préjugé ou autre banalité du genre, Emilia avait tout simplement joui de chaque instant de cette balade grisante.

Mais bien sûr, connaissant la condition éphémère des instants parfaits, Miss Clairborne ne fut guère surprise quand les pépins commencèrent. Que la clé du portail n'était pas la bonne? Qu'à cela ne tienne, apparemment cela pouvait arriver à tout le monde, sauf qu'Emilia râla en bonne en due forme tout en bataillant avec la serrure récalcitrante. Kit sauva la situation avec la dextérité d'un cambrioleur chevronné.

La suite aidant, la moutarde avait commencé à lui monter au nez. Rien, mais absolument rien...ou presque, ne correspondait au souvenir gardé de cet Éden particulier. Il ne restait pas grand chose du beau jardin si soigné jadis, là ça partait en nature sauvage, quoique d'un très bel effet correspondant bien mieux aux alentours sylvestres que les massifs symétriques et parfaits auxquels sa mère avait toujours semblé tenir.

*Ouais, Maman et ses chichis...touche pas à ci, n'arrache pas les fleurs, ne fais pas ceci, fais pas cela...*

Rebelote avec la porte principale. Pour alors la belle humeur de la miss menaçait de virer à l'aigre. L'as de la cambriole joua encore de son si utile savoir faire.  L'intérieur les avait accueillis. Et Emilia avait été à point de s'étouffer de rage. Le cher et fidèle Bridges fut descendu en flammes "in absentia" mais cela n'avait, évidemment, rien changé à la déprimante situation. Hurler, pester, jurer, maudire...comme si cela pouvait servir de quelque chose! Et bien entendu, la sage remarque de Mr. Brown n'avait rien fait pour la calmer.

STOP !! Milie, excuse-moi, mais tu dérailles, là ! T’es sûre que c’est la bonne baraque ? À t’entendre, on jurerait que non ! 

Ah bon? Parce que j'ai l'air folle maintenant!?...Bien sûr qu je suis sûre...c'est la bonne maison...j'y passais mes vacances...mon grand père l'a faite construire pour sa femme Claire, d'où le nom...je connais chaque coin...*ou croyais le faire!*...et là...tout est...euh...autrement!

Le canadien, plein d'un bon sens insoupçonné, avait fait quelques remarques si judicieuses qu'elle n’avait pu que s'incliner face aux évidences. Oui, cela faisait un long temps depuis sa dernière visite...10 ans? Plus?

*Mais quand même, cela n'aurait pas dû empêcher cet empoté de Bridges de bien faire son travail!*

Le pauvre empoté de service fut, dans les minutes suivantes, voué aux plus sombres recoins de l'enfer suite à la navrante découverte des placards plutôt vides de l'énorme cuisine. Kit avait fait taire ses braiments ulcérés en lui fourrant un truc chocolaté dans la bouche.

C’est pas Byzance, tes placards, mais ça cale ! Me demande ce que foutent les autres ?

*Tiens c'est vrai...qu'est ce qu'ils fichent ces deux là? Pas perdus en chemin, quand même...sont pas si bêtes...puis Nell elle connaît aussi le chemin...enfin, si elle s'en souvient encore...*

Décidant que celui là était le moindre de ses soucis, Emilia avait continué à déblatérer de son mieux, cassant, le plus sûr les oreilles de Mr. Brown qui, faute de meilleure idée avait trouvé la solution par excellence.

UNE BAIGNADE!? T'es malade ou quoi!? Bien sûr que non...ça va plus chez toi décidément...en plus, mes affaires sont dans la voiture...et...zut, vraiment pas de réseau...quel trou merdique...Non mais...arrête! ARRÊTE, JE TE DIS!...KIIITT VAIS TE FAIRE LA...

Remède souverain pour les enragés. L'eau, plutôt froide avait eu l'heur de la ramener à de meilleures considérations. Pourquoi ne pas rire, après tout? Puis, instant magique, Kit avait semblé bouleversé...ému? Il avait tendu son bras vers elle...Emilia avait étouffé un soupir...

HAUT LES MAINS ! SORTEZ IMMÉDIATEMENT !

Radicale façon de tout ficher en l'air! Certes, se retourner et découvrir trois policiers braquant leurs armes sur eux n'avait rien de réjouissant et encore moins de rassurant, ce qui normalement devait avoir pour effet de rabaisser le caquet à n'importe qui...trop peu pour Emilia qui se sentant lésée dans son bon droit ne se priva pas de donner son docte avis.

C'est une lamentable erreur, messieurs, je suis Emilia Clairborne et celle ci est propriété de ma famille depuis...

Vous êtes en infraction sur cette propriété du sénateur Carrington. Sortez !, informa celui qui semblait être le chef.

Non mais, c'est quoi...

Obtempère. J’t’avais dit que tu t’étais gourée !

Elle le foudroya d'un regard mauvais mais rien n'y fit, une minute plus tard, se sentant comme rat noyé, Miss Clairborne, furibonde, dégoulinait sur la berge, toujours tenue en joue par les flics zélés qui en plus les soumirent à une fouille en toutes règles.

Bas les pattes!, tempêta t'elle, ce qui resta sans effet.

On leur ordonna de la fermer, le temps de faire les vérifications pertinentes.

Vous ne perdez rien pour attendre...dès que mon père aura vent de cet incident stupide vous êtes bons pour le contrôle routier dans le coin le plus paumé du Nebraska!, maugréa t'elle.

Apparemment on se fichait comme d'une guigne de son discours, tout autant que de celui de Kit, pourtant plus conciliant. Attente frileuse. Trempés sous la petite brise frisquette qui s'était mis à souffler,  ils étaient bons pour le rhume du siècle ce qui n’intéressait pas plus ces rudes gardiens de l'ordre.

Écoutez, je ne sais pas de quel sénateur vous parlez...Carrington? Ça ne me dit vraiment rien...Non, je ne me tais pas, Kit, on a des droits et là...ils s'en torchent le...

Pas le temps d'exprimer, Dieu merci, le total fond de sa pensée, déjà le vérificateur revenait au pas de course, l'air pas ravi du tout.

Chef, on a un souci!

C'est exactement ce que..., le coup de coude de Kit la fit se taire, *Triple vache!*

Mais la soudaine humilité contrite du chef de police lui fit oublier ses griefs.
Ne le voilà pas devenu obséquieux et déférant, inclinant le buste respectueux, donnant de l'Altesse à tout go.

Voyons, n’exagérons pas!, dit-elle,magnanime pour rester pantoise la seconde d'après en voyant le bonhomme tendre sa main pour relever...Kit.

*HEIN!?*

Vos désirs sont des ordres, altesse, répétait l'officier le front couvert de transpiration.

*Il a la trouille, celui-là!*

Mais puisque Altesse il y avait, voilà que les échines se courbaient et on les traitait avec d'infinies considérations. Un hélicoptère ne tarda pas à se poser dans la clairière, à l'arrière de la maison, on les invita à y monter.

*Sont tous dingues!*

Kit, aussi perdu qu'elle lui entoura  les épaules d'un bras bienveillant.

On y va?

Si t'as pas mieux, ma foi!, souffla t'elle mais il ne sembla pas l'entendre ce qui après tout importait peu, tout valait mieux que se geler sur place en essayant de clarifier la situation et de toute façon on ne leur laissait pas le choix, tout un obséquieux comité d’accueil les pressait de courir vers l'appareil qui décolla dès qu'ils furent installés. Et la ronde confort débuta. On les couvrit de fourrures, leur donna une eau de vie à remonter un mourant, on plaça, très gracieusement des écouteurs à leurs oreilles parce que dans le vacarme de l'appareil en vol on ne s'entendait pas même en hurlant.

Nous serons chez vous dans dix minutes, sire. C’est… c’est tellement incroyable. Votre père a été prévenu. Il ne tardera pas à nous rejoindre. Je suis Steven Pratt, pour vous servir.

*Sire?...Papa prévenu? Mais qui diables es tu, Brown?*

Il n'en savait pas plus qu'elle, le cher homme, la situation avait quand même de quoi déboussoler n'importe qui, elle inclus. Quand la main de Kit serra la sienne, elle lui en fut reconnaissante,pour l'instant, il était le seul et unique être humain connu dans ce monde soudain si surprenant et étranger. Steven Pratt donnait encore quelques indications mas ils n'écoutaient plus, trop pris dans la contemplation du paysage qui se déroulait en bas...Fini le survol de la forêt, ils aboutissaient en zone habitée.

On devrait se trouver sur Westchester...mais ça ne me dit rien...c'est vrai que je n'ai jamais survolé la zone...on sera à New York en un rien de temps...mais...oh, mon Dieu...Oui, je sais de quoi je parle...suis née ici...mais regarde ÇA!!!

Ça, c'était une métropole tentaculaire et démesurée, aux gratte-ciel immenses, extraordinaires...et inconnus.

Ça devrait être...mais ce n'est pas...Kit, on est où?, elle serra avec force sa main, on est où?

Hélico posé, ils n'eurent d'autre ressource que suivre le comité attentionné qui les transmit à un autre tout aussi prévenant quoique arborant, malgré sourires charmants, un air ébaubi qui ne trompait personne.

Dis donc, tu leur fais un drôle d'effet, susurra Emilia, en tout cas, on ne va pas nous jeter au cachot!

Ce fut une découverte d'un luxe exquis, Emilia sentit son angoisse tomber de quelques crans. Pour elle, habituée aux belles choses, c’était se retrouver dans un cadre presque familier, rassurant. Ils longèrent des longs et larges couloirs, foulant des moquettes et tapis précieux, entourés de tableaux et autres œuvres d'art sur lesquels, elle, qui en connaissait quand même pas mal, ne réussit à mettre un nom.

*Ça avait bien l'air d'être un Renoir...mais non...C'est quoi cette histoire débile!?...Et cet endroit est gigantesque...ça fait un moment qu'on se balade là!*

Ils finirent bien par aboutir à destination. Tout aussi exquise et luxueuse que le reste, la chambre, suite ou appartement était tout simplement sybaritique. Là, un groupe de domestiques stylés prit le relais après un bref échange avec le chef d'escorte qui disparut après quelques courbettes.
Aussitôt le groupe d'accueil se scinda en deux. Une femme d'aspect presque sévère, sanglée dans une impeccable robe bleu marine fit un signe et quelques jeunes femmes se rangèrent à sa suite avant de s'incliner face à Emilia.

Veuillez nous accompagner, Madame, nous ferons en sorte que vous ôter toute la fatigue du voyage!

Kit, pris en charge par un bonhomme tout aussi cérémonieux que possible, crut bon de protester.

Ma… femme reste avec moi !

*Oups!*

Pris de court une micro seconde, le majordome, valet ou Dieu sait quoi, se contenta d'une petite révérence en assurant que Madame n'irait pas bien loin.

*En voilà de la promotion...suis quoi là? Madame Brown?*

Se doutant bien que ce ne serait pas si simple, Emilia opta pour laisser faire tout ce petit monde si dévoué. On la conduisit dans une salle de bains époustouflante même pour elle. On la débarrassa de ses fourrures, la vue de son ensemble jeans et veste de cuir, tâché de boue, souleva de oh et des ah.

Oui, je sais c'est un peu sale mais après tout, on m'avait plongée dans le lac...quoi donc? Ça...euh...un pantalon...Ah bon? Les femmes n'en portent pas ici?...*Suis tombée où!?*...Ben oui, je viens...d'un autre pays!

Au delà de la Grande Mer?, osa une toute jeune fille au regard pétillant de curiosité.

Excusez cette enfant, Madame, intervint la chef d’équipe, elle n'est pas depuis longtemps en service...silence, délurée, va t'occuper de la baignoire et que l'eau soit à point!

Ne la grondez pas...c'est normal d'être curieux!

Ce qui apparemment n’était pas de mise car la dame  tira une moue presque outrée et Emilia en conclusion que ce ne serait pas de sitôt qu'elle en saurait plus long. Le bain de Madame était prêt, les narines d'Emilia frémirent de plaisir anticipé en humant les effluves qui en émanaient...relax pur.

Bon, me déshabiller je peux bien toute seule, prendre mon bain aussi, alors si ça ne vous dérange pas, je m'arrange...

Voix de protestation, selon lesquelles cela allait contre le protocole établi.

Vous m'en voyez désolée, je ne suis qu'une étrangère mais j'insiste, j’ai mes droits...mais si vous y tenez tant, je ne resterai qu'avec l'une d'entre vous...et je veux que ce soit..elle!, et de pointer gracieusement de son index la petite curieuse de tantôt, en plus, j’aimerais bien connaître vos noms...cela me désole de me montrer si impersonnelle.

Je suis la baronne Margulies, énonça la chef d'un petit air suffisant, affectée au service des dames royales.

Enchantée, je suis Emilia Clairborne...épouse Brown *aux dernières nouvelles*..., suivirent d'autres présentations...Augusta, Cassia, Gertrud, Hinesta et enfin la petite Prunella, bien c'est donc avec Prune que je reste...allez, hop, à plus tard, mes dames!

Elle plongea plus que ne s'immergea dans l'énorme baignoire et a peine la tête hors de l'eau, Prunella entreprit de lui appliquer un shampoing avec beaucoup de science.

Dis moi, Prunella...

J'ai aimé quand vous avez dit Prune, Madame...ça fait léger!

Plutôt fruité, mais enfin...j'ai toujours aimé les prunes...dis moi, Prune...on est où, là?...Parce que tu as bien compris que je ne suis pas du coin, non?

Eh oui, Madame, cela se remarque de sitôt...mais comment est ce que vous êtes ici sans savoir où?

Emilia soupira en fermant les yeux, bercée par le savant massage à son cuir chevelu.

C'est une longue histoire, du genre compliquée...mais dis moi vite, comment se nomme cet endroit?

Nouvelle Albion, Madame...le royaume de Nouvelle Albion...dont la capitale, Kameloot est juste où nous nous trouvons.

*Ben voyons!*Ah bon?...Rien que ça...Merlin est quelque part?, s'enquit elle, un brin ironique sans s'attendre du tout à la réponse qui suivit, en fait la jeune Prune gloussa, comme si la question l'amusait prodigieusement.

Vous n'êtes pas si étrangère que cela, Madame...bien sûr que le Ministre est là...il ne quitte jamais son poste.

Et  Arthur, il est par là aussi!?, osa t'elle en sentant la tête lui tourner un peu.

Cette fois Prune opina du chef, soudain sérieuse, s'activant au massage capillaire avant de dire rapidement.

Madame semble savoir plus qu'elle ne veut le reconnaître. Oui, le comte Arthur, aussi dit Le Prétendant, est aussi ici...enfin pas en ville pour le moment, je crois qu'il chasse au Nord.

Emilia plongea de nouveau dans l'eau mousseuse en se demandant dans quel genre de monde extraordinaire ils avaient échoué, elle et Kit. Un d'assez étrange, cela allait de soi. Légende médiévale sur un fond de décor sublime et trop moderne pour admettre un Merlin et un Arthur. Cela frayait l'absurde le plus délirant.

Prunella répondait à ses questions tout en se mordant sans doute la langue pour en poser à son tour mais elle était trop polie et parfaitement rodée aux us et coutumes de ce qu'elle appelait: la Cour.

Non, Prune...je ne sais absolument rien...*Pas sur cette version, en tout cas!*...c'est que de là où je viens, on me racontait enfant des histoires sur un endroit mythique nommé Camelot...sur le mage Merlin et le roi Arthur...j'admets que la similitude m'a troublée...c'est tout!

Sourire ravi, et soulagé, de Prune.

Quelle heureuse coïncidence alors...Dans votre pays on a sans doute entendu parler de la magnificence de la Nouvelle Albion...

Le plus sûr, oui...tu sais, quand on est petit...on mêle fantaisie et réalité *Tant pis si elle me prend pour une gourde!*

Prunella, en toute évidence très fière d'être ressortissante d'un endroit si merveilleux s’avéra être une superbe source d'information. Rieuse, curieuse, délicieusement naïve mais pas sotte pour un sou, la jeune fille qui, ô hasard, était la fille cadette du Sénateur Carrington, devint, sans trop s'en douter, une alliée précieuse.

Alors comme ça...cela fait quelques siècles que...oui, ah bon? Du temps de la seconde reine Maeve...*C'est qui ça!?*...Juste par hasard? Ben dis donc, ...Oui, bien sûr, ce genre de chose se passent toujours comme ça...Tiens, une tempête?...Faut le faire...se paumer et encore découvrir un nouveau monde...Bien sûr, quelle chance!, et ainsi de suite quitte à avoir une confusion sans pareil en tête, c'est bon, Prune...c'est bon...C'est trop pour une seule fois...Je crois que mes cheveux ne seront jamais plus aussi propres!

La baronne Margulies mit fin à cette instructive mise à jour avec la même grâce d'un rhinocéros investissant un magasin de porcelaines, Prune fut renvoyée et remplacée par deux dames qui se contentèrent de sourire bêtement un temps de la oindre de crèmes et de l'asseoir face au miroir pour s'occuper de sa coiffure, en s'émerveillant, très poliment, sur la beauté de se cheveux, la clarté de son teint et autres niaiseries du même goût.

C'est très gentil de vous occuper de moi de la sorte...mais pourquoi vous donner tellement de mal?...Vais pas au bal...ou...oui?

Margulies, pince sans rire sans égal, ne s'émut pas le moins du monde de sa confusion, se contentant de donner des directives tranchantes que les autres obéirent sans rechigner. C’est ainsi qu'Emilia se retrouva affublée d'un chignon, très bien tourné qui lui donnait dix ans de plus pour après devoir enfiler une fourreau de soie noire qui la moulait au centimètre près et finir juchée sur des hauts talons vertigineux. Le résultat était loin de la ravir mais la baronne assura que c'était parfait et après l'avoir aspergée d'une nuage de parfum la conduisit au salon.

Et je fais quoi, là?, s'enquit Emilia, agacée.

Vous attendez!!!

*Ben oui...quoi d'autre, vieille bique?*...EH...pas si vite, vous défilez pas, j'ai besoin d'explications...

Vraiment!? Eh bien, on les vous fournira opportunément, j'en suis sûre!

Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble que je vous suis profondément antipathique, pourtant, on ne se connaît pas, que je sache!

Le prince Christopher est un des nôtres, vous pas!


Apparemment c'était une raison plus que suffisante et il faudrait s'en contenter.

*Le prince Christopher...on va rigoler avec ce qu'il va donner comme prince, mon Kit!*

Cinq minutes plus tard, elle restait bouche bée ayant presque du mal à reconnaître l’ébouriffé de service en ce  personnage à la mise impeccable qui franchit, presque timidement le seuil.

Wow! Ben dis donc...si c'est pas un changement..., elle se leva et avança vers lui, je suis si heureuse de te voir...je commençais à...

Pas le temps d'en dire plus, comme lapin tiré d'un chapeau, Steven Pratt faisait son apparition et prenait l'affaire en main.

Nous sommes attendus, veuillez nous suivre, Monseigneur.

Le "nous" voulait dire lui et un petit groupe de personnages en grande tenue de gala.

*Misère...on va au bal pour de bon!*

Kit semblait près de paniquer, il serait resté planté là, sans réagir si elle ne l'avait pas pris du bras.

Faut y aller, et puisque tu es si "monseigneur"  agis comme tel...souris et ignore les!...Bouge toi, Brown!

On se mit en mouvement, partout on s'inclinait sur leur passage.

Allez, pas le moment de jouer les midinettes timides, tu es l'homme du jour...jouis en! Souris!...Garde la tête haute et détends toi...t'en fais pas, je sais de quoi il en va...Souris mais pas trop...Oui, c'est ça...Tête haute, relève les épaules, mon chéri, tu es sublime et tout le monde est ravi de te voir! *Sais pas si tant que ça, en tout cas, ce sont des fameux hypocrites!*

Qu’est-ce qu’on fout ici ? parvint-il à lui souffler.

Si j'ai compris quelque chose, bel ange, on va rencontrer ton père...le Roi du bled! Calme toi, suis sûre qu'il sera très heureux de te voir...sinon pourquoi se donner autant de mal avec nous!?

La suite lui donna raison. Les énormes portes doubles furent ouvertes sur une salle d'apparat grandiose, où se tenait une foule chamarrée d'ors et bijoux fabuleux qui retint, à l'unisson, le souffle pour partir en suite d'un applaudissement tonitruant et plonger ensuite en une révérence coordonnée avec grand art. Mais Emilia, tout comme Kit, n'avait d'yeux que pour l'homme, qui se levait du trône placé sur l'estrade royale. Il rayonnait, jamais bonheur ne fut plus sincèrement retranscrit sur un visage, dans l’éclat de ces yeux sombres...

*Seigneur, ils sont identiques...et il est si heureux!*

Le sosie vieilli de Kit tendait ses bras alors que le canadien semblait frappé par la foudre.

Fais pas de chichis...vas-y! C'est ton père!!!, souffla t'elle en le poussant discrètement.

Honorables dignitaires et notables, moi, Hendrick Ier, je vous requiers d’accueillir présentement l’héritier du trône, mon fils unique : Christopher. Viens, Kit ! Bon retour chez toi !  
 
*Eh bien, voilà!*

On se pressait au portillon pour s'approcher du prince, pour lui parler, le toucher, l'étreindre dans certains cas.

*Des proches, sans doute, sa mère... la nounou...sa tante...un oncle des fois...des cousins dont on ne manque jamais...Vont me l'esquinter de tant le tripoter!*

Mais bien sûr, pas question d'interrompre la liesse régnante. Du coup, on semblait même l'avoir oubliée, elle. On lui fourra quand même une coupe de champagne dans la main pour porter un toast, un de plus, en honneur du prince qui revenait au bercail.

Buvez donc, ma chère...c'est un jour de grand bonheur!!!

Intriguée de qu'on lui parle Emilia se retourna pour découvrir son interlocuteur et sa surprise fut si énorme que la coupe lui échappa des doigts.

HENRY!!!

L'autre partit d'un grand rire très sonore tout en prenant sa main et l'éloignant des bris de cristal.

Désolé de vous contredire, belle enfant, mais je ne suis point cet Henry dont la présence vous surprend autant!

Elle essaya de se ressaisir en biaisant.

Je vous prie de m'excuser...mais c'est incroyable ce que vous ressemblez à...mon oncle Henry...que bien sûr je ne me serais jamais attendue à rencontrer ici!

Je vous crois volontiers...d'autant que je sache aucun des sujets de Sa Majesté n'a l'heur de me ressembler, il sourit, genre blasé et s'inclina pour baiser sa main qu'il n'avait pas lâchée, pardonnez mon manque de manières, Ma dame...je suis le Ministre Merlin, à vos pieds!

Restez plutôt où vous êtes...j'agrée...*C'est ça, minaude tant qu'à faire!*, excusez moi si je semble un peu *Extraordinairement!*...perdue...

Vous ne manquez pas d'aplomb pourtant...sans vous notre bien-aimé prince semblait plutôt affolé!

*Clairvoyant, en plus!*

Sourire amusé de personnage qui soit dit en passant n'arborait point d'habit étoilé ni chapeau pointu mais un habit de soirée du meilleur goût.

Oui, mon enfant, clairvoyant et perspicace!

Et télépathe en sus!

Il s'inclina à nouveau, décidément très amusé.

Il est des dons dont on hérite à travers les siècles...je ne m'en excuserai pas, je le trouve très utile bien de fois!

Emilia commençait à se sentir mal à l'aise et allongea le cou pour chercher Kit, mais celui ci semblait avoir disparu pour le moment.

Son père a besoin de lui parler à seules, informa Merlin en lui présentant une nouvelle coupe de champagne surgie de nulle part, n'ayez crainte, Madame, notre bon roi est l'homme le plus heureux de la planète ce soir...il a tellement prié pour le retour de son enfant...la question que je me pose, et ne suis sans doute pas le seul, est comment, justement maintenant, 27 ans après avoir disparu sans laisser de trace, notre cher prince refait son apparition?

Emilia prit une profonde inspiration, brûlant d'envie de défaire le chignon qui lui serrait le  crâne mais s'en gardant bien.

Navrée de ne pouvoir apporter une quelconque lumière au mystère...je l'ignore moi même...et je suis sûre que ça aussi vous le savez!

Que vous l'ignorez, certes, mais vous avez une certaine idée à ce respect...moi aussi d'ailleurs, mais nous en reparlerons à l'occasion, vous êtes fatiguée, une nuit de bon repos ne saurait vous nuire...un conseil cependant, mon enfant, restez sur vos gardes!

Plutôt cryptique comme conseil mais avant qu'Emilia ait réussi à placer un mot de plus, le Ministre avait baisé sa main et s'éloignait la laissant démunie, presque en émoi. De Kit, pas de trace.

*Qu'est ce que je fais maintenant? Pas une scène, quand même...on me prendrait pour une folle...j'ai faim...on ne va pas servir de souper?*

Comme pour exaucer son vœu un chambellan on ne peut plus empesé, invitait à passer à table. Elle se contentait de suivre le mouvement lorsque, surgi Dieu sait d'où, l’ineffable Pratt se pointa à sa gauche, manquant de peu de la faire crier.

On devait vous accrocher une clochette...Oui, je vais bien, Mr. Pratt, compte tenu qu'on m'a larguée comme colis encombrant  et que tous semblent me considérer comme virus dangereux...où est Kit...mon mari?

Grave comme cardinal en concile, Pratt voulut la rassurer en lui signifiant qu'après les émotions de la soirée Son Altesse Sérénissime, le Prince Christopher se reposait dans ses appartements.

*Génial!* On aurait pu me prévenir.

Vous pourrez le retrouver demain, Madame, pour le moment que Son Altesse retrouve son calme est impératif!

Elle arqua un sourcil, inquisiteur et foudroya le personnage de son meilleur regard Clairborne qui sans être royal, résultait inquiétant.

Je ne sais pas si vous avez bien saisi l'étendue de la situation, Mr. Pratt, pour moi elle est néanmoins assez claire...étant la femme du Prince il me semble que quelques égards me sont dus!

Comme si une immense révélation venait de lui être faite, le cher homme inclina le buste, confus, rougissant.

Que Madame...euh, son Altesse,  veuille pardonner cette...

Cela en fait des discours..., sa moue de petite fille capricieuse revint, à point, après tout cela devait bien servir à quelque chose, j'en ai un peu assez de tout ce tralala...je veux rejoindre mon mari! Maintenant!

Impossible, Madame, le protocole est formel sur ce point...il faut d'abord que vous essayiez de...

Ça suffit de me traiter comme la dernière des crétines, je n'ai que faire d'un protocole méconnu...Donnez moi plutôt le manuel d'instructions, ce sera plus vite fait...et puis, allez au diable, je suis fatiguée, ai faim mais pas envie de me mêler à ce beau monde qui m'est étranger...conduisez moi à mes appartements, faute de mieux, faites venir la petite Prunella, si elle ne dort pas encore et servez moi un repas digne de ce nom...*C'est ça, passe pour la mijaurée de service!*

Remerciant le Ciel d'avoir beaucoup d'expérience pour marcher, danser ou courir sur des hauts talons, sans faire de faux pas, Emilia releva le menton, hautaine, fit demi tour et marcha vers la sortie, consciente de la soudaine attention que tous semblaient lui prêter mais l'ignorant royalement. Un silence circonspect suivit sa majestueuse sortie, ou du moins c'est ce qu'elle espérait en mitigeant le désir de relever le bas de sa robe et prendre les jambes à son cou.
Pratt, en parfait gentleman, l'escorta jusqu'aux appartements qui lui étaient destinés. Apparemment, il avait pris son temps pour donner des ordres ponctuels car à son arrivée, elle trouva Prunella en plein émoi et un somptueux repas servi face à une porte-fenêtre ouvrant sur une terrasse d'où on avait une vue imprenable sur la ville.

Madame va t'elle bien?, s'enquit Prune en l'entendant soupirer à fendre l'âme.

Madame a eu des meilleurs jours, crois moi, grommela Emilia en envoyant valser ses escarpins et se trémoussant pour défaire la fermeture éclair de son fourreau, *Où diables est Kit!?*

Prunella accourut à son aide, deux minutes plus tard elle se retrouvait parée d'une magnifique robe de chambre et prête à donner bon compte des mets préparés en son honneur.

Demain, il faudra que tu me mettes au courant de beaucoup de choses, dit Emilia en baillant une fois la dernière bouchée avalée, mes remerciements au chef, c'était sublime mais là...je vais dormir, je suis si fatiguée!...Prune, tu seras là demain, non?

Et tous les jours que vous le désirerez,  Madame! Je suis là pour cela et c'est un honneur!

À moitié rassurée et percluse de fatigue, Emilia se glissa dans l'énorme lit apprêté pour elle et a peine la tête posée sur l'oreiller s'endormit d'un sommeil profond et sans rêves.

On ouvrait les rideaux, laissant passer un flot de soleil. Emilia grogna en mettant l'oreiller sur sa tête, elle détestait être réveillée si brusquement mais bien entendu la baronne Margulies, coupable du fait, ne semblait pas le moins du monde émue par ses protestes.

Votre thé est servi, Madame...et votre bain vous attend!

Trop étant trop, Emilia surgit de ses couvertures, le regard flamboyant.

D'abord, ma chère, je ne bois pas de thé, je trouve cela limite infect et puis je ne prends pas de bain de bon matin mais une douche...Où est Prunella?

J'ai été désignée comme votre première dame de compagnie, Madame, énonça t'elle d’un ton pincé qui laissait deviner que cela n’avait été nullement de son choix, Prunella n'a guère d'expérience et...

Désolée pour vous mais je veux Prune et personne d'autre...obéissez moi ou je fais un tapage de fin de monde, et croyez moi, je sais très bien m'y prendre!!!...Et je veux du café!!!

Prunella fut là cinq minutes plus tard,  le café servi, Emilia fonça sous une douche revigorante, se sangla dans le peignoir présenté et suivant les indications de sa nouvelle suivante attitrée, ouvrit la porte de communication. Un petit salon, pas si petit que ça, où était dressé un buffet petite déjeuner dans la meilleure des traditions. À point de soulever les couvercles d'argent se trouvait...

Brown...pas trop tôt!, et de courir le rejoindre.

MILIE ? Dieu que je suis content ! Tu vas bien ? On ne t’a rien fait de mal, j’espère ?, voulut il savoir en, à sa vive surprise, la serrant dans ses bras

Pendant un instant, elle resta blottie contre lui alors qu'il la serrait contre lui.

*Il s'est fait de la bile pour moi!?* Oui, ça va...non, on ne m'a rien fait...on a bien pris soin de moi...et tu sais, je suis contente de te voir...qu'est ce qu'il se passe, Kit?...Parce qu'il se passe quelque chose d'énorme ici...toi, fils du roi, son Altesse par ci, Monseigneur par là...*Ne me lâche pas, ça fait un bien fou!*

Il avait eu droit à des révélations bouleversantes mais se refusait à y croire.

Il doit exister une forme d’Hypnos ici. On nous force à croire des choses…

Quelles choses, bon Dieu?...Que tu es le fils du roi? Tu l'as vu, je l'ai vu...il te ressemble tellement...ou plutôt tu lui ressembles comme seul un fils son père...et puis il était si ému, si heureux...

Tu, tu y crois ? On t’a lavé le cerveau !

Non, pas du tout...on ne m'a rien fait! Tu me dis que tu as eu des souvenirs...Induits? Mais pourquoi?...Ah bon, un cygne t'aurait enlevé...bon, on sait que les cygnes sont des bestioles assez perfides...et tu t'es réveillé ailleurs...ben, tu vas m'excuser, mais à mon avis, c'est plutôt clair...tu as franchi une porte, Kit...une interdimensionnelle...et tu sais bien de quoi on parle, là, non?...

Il la lâcha et s'éloigna de quelques pas pour s'arrêter face à une des baies vitrées à vue plongeante sur la ville. Elle le rejoignit,et s'accrocha à son bras.

Regarde tout ça...ce n'est pas un rêve, mais une réalité très tangible, ce n'est pas un mirage, tout comme les gens qui nous entourent, ils sont réels, en chair et en os...on t'a au moins dit comment se nomment ces parages enchanteurs?

Apparemment personne ne s'était trouvé le temps de lui fournir ce genre d'information.

Cette ville se nomme, et accroche toi bien: Kameloot...ce pays est la Nouvelle Albion, un des ministres est un tel Merlin, télépathe et Dieu sait quoi d'autre...et il y a aussi un tel Arthur,  Le Prétendant... au trône je suppose...ça te dit quelque chose, Brown!?...au fait, Merlin est le sosie de...Henry Warrington...alors si tu ne vois pas le genre...je donne ma langue au chat!

Confusion ou pas, il avait faim, il y a bien des choses qui ne changent pas. Elle ne refusa pas non plus le somptueux petit déjeuner en se disant qu'il valait mieux prévoir pour si jamais.

Je pense que pour le moment on ne risque rien, du moins toi...ben oui, on m'a déjà signifié que si bien tu es le prince je ne demeure pas moins une étrangère et puis Merlin m'a dit de rester sur mes gardes...à bon entendeur!, elle mordit gaiement dans sa tartine avant de poursuivre, de toute façon on s'est bien arrangé pour me faire sentir que je ne suis pas exactement la bienvenue...on ne va quand même pas prétendre que je suis la dame du Lac, non?

Kit n'avait pas l'air trop convaincu par son discours et encore moins avec ses analogies avec la légende arthurienne. Il tenait mordicus à sa propre théorie de l'hypnos ou ressemblant.

Et ça les avancerait en quoi, veux-tu me dire? On peut échafauder une  fameuse théorie de la conspiration mais pas en se donnant un mal pareil...Kit, on est bel et bien dans un autre monde...sur une autre ligne, que sais je!? Mais ça va dans ce genre là, j'en suis sûre...Zut, voilà encore Pratt...

Le cher homme qui semblait dans tous ses états s'inclina révérencieux avant de tirer de sa poche un agenda noir qu'il ouvrit pour brève consultation soldée par un soupir.

Respirez un bon coup, conseilla Emilia compatissante, puis asseyez vous et prenez un café!

Elle eut droit à un regard limite horrifié tout comme si elle venait de faire une proposition indécente.

Jamais de tout jamais je ne me permettrais pareil impair, assura Pratt imbu de loyale dignité, Sa Majesté vous attend, Altesse, elle désire avoir un long entretien!

Et moi? Je deviens quoi dans tout ce protocole à rallonge?
, interrompit Emilia amusée de le voir tiquer vivement.

Madame peut visiter la ville!

Mais quelle idée brillante...oui, c'est ça...allez faire du tourisme, ma bonne, perdez vous si possible...sautez d'un pont au mieux..., elle se tourna vers Kit qui fronçait les sourcils en considérant Pratt d'un regard très peu amène, il me semble que nous devrions tirer cette histoire au clair et le plus vite sera le mieux, on est d'accord sur cela, non?, sans attendre sa réponse elle dévisagea à nouveau l'émissaire royal, je ne veux sembler irrespectueuse mais reconnaissez que ma situation...

Pardonnez moi d'être si direct, Madame, mais pour le moment votre situation est le moindre des soucis du royaume!

Ah, la vache!, gronda t'elle, mais la main de Kit se posant sur la sienne la rappela au calme.

S'en suivit un échange des plus édifiants entre le prince et le brave et loyal serviteur-conseiller-émissaire-sous fifre-homme à tout faire et Dieu sait quoi d'autre, avec un bilan 1-0 en faveur du fils du Roi, sans pour autant l'inclure elle, dans le vaste programme du jour. Elle irait donc visiter les environs en compagnie de Prunella car pas question pour Emilia de laisser la baronne Margulies se mêler à la sortie.

Découvrir Kameloot la plongea dans un état de ravissement extatique mêlé de béate surprise. Vue des airs la ville lui avait semblé écrasante d'énormité avec ses buildings stratosphériques qui semblaient atteindre les nuages.. Vue dès une perspective terrestre l'impression s’atténuait, ce qui était plutôt surprenant. L'ensemble, d'une rare harmonie avec la nature partout présente perdait toute qualité d'agressive grandeur. Larges avenues, parcs innombrables, jardins enchanteurs, canaux enjambés par des ponts semblant légers comme un souffle. La circulation était fluide et curieusement personne ne semblait souffrir du stress qu'on associe si bien aux grandes métropoles...et pourtant, si bien les différences étaient flagrantes, Emilia ne pouvait pas s'empêcher de trouver quelques similitudes avec la ville trépidante, bruyante, stressée, dangereuse et polluée où elle avait grandi.

Un large boulevard longeait une rivière si semblable à Hudson River qu'un soupir lui échappa, soupir qui s'étrangla presque en un sanglot quand l'embouchure du fleuve s’élargit, aboutissant dans une baie. Une île proche attira immédiatement son attention et cette fois son exclamation affolée alerta pour de bon Prunella.

Madame se sent bien!?

Arrêtez la voiture...arrêtez vous!!!

Prunella, effrayée transmit l'ordre au chauffeur qui s'acquitta d'immédiat sans avoir le temps de faire autre chose que voir Emilia bondir hors du véhicule et courir sur le trottoir jusqu'à la balustrade de pierre qui sauvegardait la promenade.

C'est pas vrai...c'est pas vrai...Mon Dieu...

Dame Liberté n'était plus là mais exactement à sa place se dressait une statue imposante, immense représentant un géant brandissant une épée vers le ciel.

Sa dame de compagnie la rejoignit, hors d'haleine.

Madame...Madame, vous me faites peur, qu'arrive t'il? Qu'avez vous?

Qu'est ce que j'ai!?, faillit hurler Emilia, c'est ÇA que j'ai!, elle pointait du doigt la statue, ÇA!!!

Mais Madame...c'est Albion, un ancien Dieu! L’emblème de notre royaume, notre plus puissant symbole!...Vous pleurez, Madame...

Je veux rentrer!

De retour au building-palais, sans avoir échangé un mot malgré les efforts attendrissants de Prunella, Emilia ne voulait qu'une seule chose: trouver Kit et le mettre au courant de sa découverte, mais évidemment, rien ne se passe comme voulu quand on en a le plus besoin.

Aboutissant à un grand hall, elles tombèrent sur un groupe de personnes discutant de vive voix. Surprise, elle reconnut le ministre Merlin en grands pourparlers avec le Roi, Kit et un autre personnage qu'elle n'apercevait que de dos mais qui semblait très énervé, pour ne pas dire furieux. Un frisson la parcourut...pour muer en horrible pressentiment. En la voyant apparaître Kit avait esquissé un pas vers elle ce qui n’échappa pas à l'homme furieux qui se retournant la dévisagea avec une expression haineuse déformant son beau visage.

Alors c'est elle, la maudite sorcière!!!

Emilia resta pétrifiée sur place, incapable de parler, sentant qu'une folle poignée d'angoisse l'empêchait même de respirer. L'homme avança vers elle, menaçant, hurlant sans qu'elle ne parvienne à entendre ses mots qui se perdaient en une sourdine terrifiée. En cet instant tout basculait, face à l'irrationnel, à la cruauté de cette réalité parallèle...l'homme qui semblait vouloir sa mort, ressemblant trait pour trait...à Dave Clayton!

Elle chancela, Prunella voulut la soutenir mais le furibond l'écarta méchamment laissant Emilia s'effondrer sur le sol dallé de marbre sans bouger le petit doigt pour l’éviter...
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Kit Brown
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MessageSujet: Re: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Jeu 2 Nov - 18:23

ESSAYE SEULEMENT ! beugla Kit en tendant la paume ouverte face à Arthur.
 
La frappe atteinte, il se précipita.
 
Emilia ! Milie ! Ô mon dieu, cela tenait de cauchemar, sauf que l’on était loin du compte.
Lui qui refusait d’y croire avait bien été forcé d’admettre la vérité : il n’était autre que l’héritier du trône d’un monde parallèle. Il avait suffi d’un plongeon dans un lac pour que tout bascule.
À peine remis du choc de la révélation, Kit avait été plongé en sommeil, mesure préventive selon ce qu’on voulut lui confier ensuite.  
Au moins Emilia était là dans ce qu’il avait pris d’abord pour du pur délire.  Kit, même si l’idée lui paraissait bizarre, devait s’avouer tenir énormément à la jeune femme, encore plus à présent. Un esprit sain a besoin d’une ancre à laquelle s’accrocher pour ne pas sombrer en cas pareil.
Il aurait souhaité que le petit-déjeuner se passe en tête à tête, ce fut raté. Ils n’eurent que le temps d’échanger quelques vécus en ce monde avant que rapplique la clique des indésirables. En tout cas, Emilia – quoique  assez perturbée par la situation – y évoluait mieux que lui.
 

*Les « avantages » du « beau » monde, sans doute. » 
 
Elle avait – Dieu sait comment – glané pas mal d’informations. Ainsi, ils se trouvaient en Nouvelle Albion, ) Kameloot plus précisément, le 1er ministre s’appelait Merlin,  et était le sosie parfait de Henry Warrington.
 
*C’est ce que l’on veut nous faire gober !*
 
L’incontournable Pratt contrariant leur intimité, Kit dut faire montre d’autorité lorsque ce – par trop obséquieux personnage – eut l’outrecuidance de déclarer :

Pardonnez moi d'être si direct, Madame, mais pour le moment votre situation est le moindre des soucis du royaume!   
 
Kit n’en crut pas ses propres oreilles lorsqu’il s’entendit déclarer :
 
IL SUFFIT ! Pratt, présentez illico des excuses à mon épouse à qui, je vous rappelle, vous devez le respect absolu. Ses désirs, autant que les miens, sont des ordres ! Si la princesse veut visiter la ville, arrangez-vous pour que cela ait lieu dans les règles de l’art. Si un chaperon vous semble nécessaire, je crois que mon épouse et cette, euh, Prunella s’entendent bien. Elles iront donc.
 
Amen. Bien pratique finalement d’être au top de la hiérarchie.  
De ce fait, réclamé par son « père », Kit ne put que faire un bref salut à sa « femme » avant d’être mené ailleurs.
Tiens, après des corridors, au lieu d’ascenseurs banals, on emprunta des plaques élévatrices qui rappelèrent furieusement à Kit celles de téléportation en usage à la PTE.
Encore des couloirs garnis de tableaux fastueux, puis une double porte s’ouvrit immédiatement à l’approche de l’escorte princière. Pratt courba l’échine. Son rôle terminé, il s’effaça pour laisser Kit entrer seul dans une pièce « modeste ». Plus large que haute, cette salle possédait un aspect que Kit jugea de médiéval. Poutres apparentes, vaste cheminée à feu ouvert – inutile vu la touffeur des lieux -, surmontée d’armoiries inconnues. Des bannières flottaient dans les coins entre lesquels des peintures monumentales représentaient des scènes épiques. Mais ce qui frappait d’emblée, pile au centre du dallage, fut sans conteste une immense table… ronde.
 
*Eh merde ! La légende se poursuit…*  
 
Les gens assemblés étaient-ils les chevaliers de jadis ? En tout cas, ils étaient onze à occuper la place, les chaises étant installées telles les graduations d’une horloge. À midi, le roi siégeait, se levant dès que Kit apparut, imité par les autres hommes dans un bel ensemble.
 
Mon fils ! sourit Hendrick mains tendues. Joins-toi à nous. Hier, j’ai manqué au protocole, réparons cela. 
 
La ronde des présentations débuta. 
 
*Merde ! Milie a raison !*
 
Voir le sosie de Warrington fut un choc, mais moins que la vision du second découvert :
 
Voici Arthur, ton cousin germain.
 
Dave ? Oui et non. Si ce gars ressemblait trait pour trait à Clayton, il n’en ressortait pas moins un air d’arrogante hostilité fort détectable. On se salua civilement. Vinrent d’autres têtes plus ou moins connues tel un Lanceloot aux allures d’un certain Majors.  
La place vacante à 6 heures lui étant manifestement destinée, un Kit déboussolé s’y installa.  
Restant debout, Hendrick se déplaça d’un dossier à l’autre :
 
Le grand conseil étant enfin au complet, la question de la succession ne se posant plus, je veux que Christopher soit au courant de tout. Sieur Merlin, si vous voulez bien…
 
Très gaillard malgré son âge, le ministre souleva sa carcasse, et s’approcha de Kit en relevant les manchettes de son habit :
 
N’ayez craintes, Altesse. Je vais juste appliquer mes doigts sur vos tempes, et…
 
PAS QUESTION ! se releva Kit, outré. Je sais ce que vous voulez faire : m’hypnotiser, pas vrai ? Je refuse. Dites les choses telles qu’elles sont, mais bas les pattes !
 
Fils, plaida le roi. Cela ira bien plus vite, si...
 
J’ai dit non !  
 
La douleur dans son cerveau le fit grimacer. Par tous les dieux, Merlin possédait-il un réel pouvoir de suggestion ? N’essayait-il pas, malgré son refus, de l’investir ?
L’attaque de son esprit fut parée avec une telle facilité que le ministre en resta coi. Un rire fusa :
 
Je vous l’avais dit : Kit est bien mon fils ! Grandes sont ses capacités. Avouez, Merlin ! Qui, autre que moi, peut vous résister ?
 
Épaules basses, Merlin regagna sa place.
Kit n’en revenait pas. Finalement, l’entraînement de la PTE portait ses fruits. La tête des autres assistants valait le détour. D’un regard circulaire, Kit se prit au jeu et jaugea l’entourage. Certes, plus d’un tenta de s’opposer à l’intrusion mais pas assez pour que Kit ne lisent leurs pensées en un éclair. Le sentiment général ressenti était la crainte, sauf de la part de… Arthur. Celui-là était un coriace.
Il se ferma mieux qu’une huître effrayée non sans que Kit ne perçoive un profond sentiment de haine frustrée envers lui.  
Une pensée induite par Hendrick s’imposa à sa volonté propre :
 
Lis en nous, fils. Tu en es capable ainsi que de bien d’autres choses. Lis, apprends !  
 
Ce fut si… facile que Kit en demeura comme deux ronds de flan. Des livres ouverts, ces gens. Hormis Arthur, tous libérèrent leur esprit. Et Kit sut.
L’histoire de la nouvelle Avalon remontait quasiment à la création de l’univers. La concordance avec l’Histoire, telle celle connue par Kit, était… incroyable.
 
*Des lignes jumelles…* songea-t-il, aussitôt conforté par son père.
 
Nous savions qu’une autre dimension existait, celle où tu as disparu avant de nous revenir enfin, dit-il à haute voix. Depuis des lustres, nous la cherchons, en vain.

 
Arthur-Dave intervint, virulent :
 
Rien de tel n’aurait pu se produire sans une puissance externe ; je l’ai toujours dit, je maintiens.
 
 Cher neveu, excuse-moi, mais tes idées sont obsolètes désormais, dit Hendrick.
 
Cette femme, celle qu’il a amenée, ne peut être que l’une d’elles ! cracha l’autre.
 
*Quelle femme ? Emilia ? * s’ébahit Kit.
 
Qui voudrais-tu que ce soit ? On pensait l’avoir brûlée, il n’en est apparemment rien.
 
Kit fulminait de voir ses pensées exposées aussi aisément. Il se rappela les leçons de la PTE et se ferma mieux qu’une huître au grand dam général. « Papa », lui, sourit :
 
S’il vous fallait encore une preuve de l’ascendance de Christopher, elle est démontrée. Qui, sinon un pur descendant, pourrait ainsi s’opposer à 10 esprits ligués contre lui ? 
 
Ne l’auriez-vous point aidé, sire ?
 
Arthur, il suffit ! Je compatis à tes frustrations. Le fait demeure : Kit est MON fils, l’héritier direct. Quant à la question soulevée au sujet de sa dame, le débat  est clos. Kit l’ayant élue, elle est intouchable. Passons à un sujet hautement plus brûlant, messires.  
 
Kit, qui venait à peine de capter le « jeu » des siècles ayant changé la donne, entra dans un chaos de pensées et paroles absconses. Selon ce qu’il déduisit – soutenu par Hendrick, il pigea lus ou moins le topo. Ainsi l’Amérique du Nord était fractionnée en plusieurs royaumes qui, évidemment, ne s’entendaient qu’à peine. Cela guerroyait ici ou là mais une menace plus pernicieuse se précisait. Un royaume uni d’outre grande mer massait des forces contre eux. Bientôt, la guerre totale viendrait. Elle engendrerait ruine et misère, voire des bouleversements climatiques : 
 
*L’hiver vient…*
 
La réunion dégénéra dans une atmosphère houleuse. Les partis étaient divisés. D’aucuns préconisaient des alliances entre royaumes jadis opposés, d’autres voulaient tenter cavalier-seul en boostant les forces armées.  
Le ministre Merlin réclama l’attention :
 
Je ne puis me prononcer en faveurs des uns ou des autres. Ma fonction, comme vous ne l’ignorez point, est de maintenir l’union du royaume à tout prix. Nul ne doute de mes présciences, n’est-ce pas ?
 
*Hein ? C’est quoi, ça ? *
 
Dois-je vous rappeler la prophétie ? Dois-je insister sur LA prophétie ? Les éléments sont réunis à présent, et concordent...
 
FADAISES ! hurla Arthur.  C’est complètement idiot ! Je cite : D’ici et d’ailleurs, viendra le sauveur des royaumes. Vous n’avez pas le culot de prétendre que ce, ce type-là est notre sauveur à tous ?  
 
Ce type-là, Kit n’en douta pas, c’était lui. Il rit jaune intérieurement :
 
*Je vais me réveiller et rigoler un bon coup !*
 
L’épreuve ! sursauta Lanceloot comme frappé d’une révélation soudaine.  S’il la passe, nous sommes sauvés ! 
 

Oui ! renchérit un autre aussitôt suivi par ses condisciples.  L’épreuve nous dira !
 
Face à face, Kit et son père se dévisagèrent. Fou ce qu’ils affichaient une identique contrariété sauf que l’un se demandait de quoi l’on causait tandis que l’autre hésitait.
Afin de résumer la situation, Hendrick causa :
 
Peu avant ta naissance, Kit, la dame du lac a scellé dans la pierre un objet fabuleux.

 
Je parie que c’est une épée, ricana le prince complètement ahuri au vu des similitudes avec une légende de son temps.
 

Bien déduit, fils ! Mais pas une épée ordinaire, s’entend.  Protégée par des sortilèges puissants, seul l’élu la sortira de sa gangue. Elle vient... d’ailleurs, comme toi, mon enfant.  
 
Alors, marché conclu. Je sors le truc du machin et basta ! Où est-ce, que je m’y mette ?
 
L’air embarrassé, le roi déclara :
 
Tu n’es pas encore au fait de tous nos usages, mon garçon. Depuis des années, régulièrement, des joutes sont organisées afin de soustraire Exkaliburg à son socle. Tu n’as aucune idée des pièges, des…
 
Le petit veut le faire, faisons-le ! Modifions la date des joutes, amen ! se gaussa Arthur. Si d’aucun y voit inconvénients, le temps de joindre les champions, disons qu’après-demain, on sera fixé. En attendant, ripaillons, mes frères !  
 
La majorité n’espérant que ce congé, Arthur la retint dans une ultime sortie :
 
La sorcière prétendue femme de cet homme sera, bien entendu, bannie des jeux. On verra bien si, seul, cet imposteur brillera autant.  
 
La haine mordit Kit aux tripes. Il voulut répliquer, Hendrick se hâta :
 
L’épreuve aura lieu selon nos traditions. Que le nécessaire soit fait. Disposons, messires ! 



Par petits groupes où chacun causait avec animation, la « cour » se dispersa. Ne restèrent que Merlin, Kit, son père et son neveu. À n’en pas douter, ce dernier désirait troubler la complicité des deux autres en s’imposant. L’ignorer étant exclu puisqu’ils léchaient leurs talons, peu de paroles s’échangèrent dans les couloirs ramenant aux appartements.
 
J’aimerais quand même en savoir plus sur ces joutes, souffla Kit à l’oreille paternelle. 
 

Tu sauras, répondit le roi par télépathie. Là, on a un parasite à éviter. Tiens-toi sur tes gardes tout le temps.
 
Dérangerais-je ? ironisa Arthur à voix haute. Que veux-tu savoir, blanc-bec ? Tu débarques et tu crois que tous vont te lécher le cul ? Ni mes gens ni moi ne le feront, crois-moi !

 
Mais qu’avait donc ce type à lui en vouloir autant ? La déduction se fit seule :
 
*Jaloux ! Il est jaloux. Sans doute devait-il hériter du trône si je n’étais pas « revenu ».*Je me trompe ? apostropha-t-il Arthur en se tournant vers lui. On se sent spolié ?
 
Tu peux le dire, bouffon !
 
Arthur, un peu de tenue ! tenta de calmer le jeu un Merlin assez anxieux.
 
Le test prouvera mon bon droit, et que ce gugusse est un imposteur ! clama l’énervé.
 
Le roi se dressa, foudroyant du regard son neveu :
 
Tu as de la chance d’être le fils de ma défunte sœur bienaimée. Si nous n’étions pas parents, tu serais occis pour crime de lèse-majesté ! Ferme-la !
 
L’apparition d’une Emilia assez blême mit le feu aux poudres. Arthur l’attaqua immédiatement verbalement :
 
 c'est elle, la maudite sorcière!!! Qu’on la lapide, qu’on la brûle !
 
Trop, c’était trop. Kit ne toléra pas l’insulte, encore moins le geste menaçant de son cousin. Il agit d’instinct.
Sans se soucier d’avoir, Dieu sait comment, expédié Arthur à l’autre bout du hall, il se précipita vers sa belle en pâmoison.
 
Qu’as-tu ? Emilia, réponds-moi !
 
Il étreignait le corps pantelant quand Merlin intervint doucement :
 
Trop d’émotions pour une femme enceinte, sans doute. Prunella, quérez des domestiques. Transportez la princesse dans ces appartements. Mandez le mage au passage.
 
On s’affaira. Kit refusa de lâcher sa « femme » non sans se demander ce qui avait poussé Merlin à débiter un truc pareil.
 
*Enceinte ? Pas de moi, en tout cas !*  
 
Un cortège empressé se forma bientôt. Kit ouvrit la course en portant la jolie pâmée dans ses bras.
Sitôt la porte ouverte, il posa la fleur coupée sur son grand lit tendu de soieries, et vociféra :
 
SORTEZ ! Je veux rester seul avec mon épouse.

 
Le mage va venir, osa timidement Prunella.
 
Bien ! Alors vous, vous restez en l’attendant, les autres DEHORS ! Fermez donc ces putains de portes, bordel !!
 
L’assistance, choquée, reflua.
Enfin seuls, Kit s’occupa au mieux d’Emilia, c’est-à-dire qu’il laissa Prunella la déshabiller, se contentant d’apporter un bassin d’eau fraîche et une éponge.
 

*Merde, il en met un temps, ce mage !*
 
À défaut de mieux, il se servit un cordial. Bien qu’il n’eût perçu aucun bruit, lorsqu’il se retourna du mini-bar, un gars en toge étoilée se penchait sur Emilia.  
 
MARTIN ? Qu’est-ce que tu fous-là attifé ainsi ?
 
Le personnage aux cheveux blonds se tourna, bienveillant :
 
Vous devez confondre, altesse. Mes premières constatations sont très rassurantes. Votre épouse est juste évaporée suite à une grande émotion. On me l’avait signalée enceinte, mais rien n’indique que…
 
Cela viendra plus tard, coupa Kit. Remettez-la sur pied, euh… s’il vous plait.  

 
De longues manches s’agitèrent au-dessus de la tête de la jeune femme qui, lentement, battit des paupières.
 
Tu vas bien, se précipita Kit… tant mieux.
 
Elle ouvrait à présent des yeux effarés sur le mage qui se mit à rire :
 
Merlin m’a prévenu de possibles similitudes avec d’anciennes têtes connues par vous.  Vous en verrez d’autres, je suppose. Pour l’heure, une potion vous sera délivrée. Elle vous aidera à surmonter tout ça.  Le ministre avait sans doute ses raisons de faire courir le bruit de votre pseudo grossesse. Rien ne sortira de cette pièce. Entendu, Prunella ?  
 
L’espace d’un clin d’œil, le mage avait disparu.
Pas le temps d’être paf, Emilia s’agitait, elle semblait avoir beaucoup à dire mais la présence de la domestique la freinait. La remerciant poliment, Kit l’éjecta. Revenant ensuite au chevet de la belle, il s’enquit :
 
Ça va vraiment mieux ?... Qu’est-ce qui t’a mise dans cet état, Arthur ? Il t’a traitée de sorcière, mais…
 
Ah ! Emilia avait été très troublée par sa virée en ville sans y retrouver de buildings connus, ni de miss Liberty. Qu’Arthur ressemble tant à Dave fit déborder le vase.  
Il y avait de quoi être secoué, en effet. D’ailleurs, Kit aussi était assez ébranlé. Il lui conta par le menu les résultats du conciliabule de la table ronde, mais Emilia paraissait plus préoccupée par sa pseudo-grossesse que les futures épreuves à subir par son « mari ».
 
Cela n’a aucune importance ce que les gens disent à ce sujet. L’essentiel est qu’à présent tu sois réellement intouchable. Merlin et ce mage - il n’a pas dit son nom – sont sûrement de connivence pour se prêter ainsi au jeu du silence… ; Qu’est-ce que tu racontes ? Les autres ? Quels autres ? …
 
Elle se demandait ce que les vrais Warrington, Clayton et Lescot fabriquaient.  
 

On s’en fout un peu, là ! s’énerva-t-il un poil. Ils nous cherchent, sans doute. Espérons qu’ils nous cerneront avant que je sois réduit en bouillie.
 
Tiens, l’argument porta ses fruits : Emilia s’inquiéta enfin sur son devenir.
 
… Ouais, sortir une épée d’un caillou, je fais ça tous les jours, pourquoi je m’en ferais ? On va me mettre au parfum bientôt de ce qui entoure cette joute. C’est ça qui m’ennuie le plus… Hein ? Harry Potter, c’est qui ça ?...
 
Elle partit d’un éclat de rire enfantin, se moquant gentiment de lui :
 
C’est ça, fous-toi de moi ! Ma culture générale est pas au top, désolé. Mais je ne vois pas le rapport entre un sorcier bidon et la légende d’Arthur.
 
Elle non plus, au moins ça ! Seulement puisqu’il était question d’épreuve, elle s’était imaginée un instant dans un certain tournoi des 3 sorciers.  
 
Des dragons, un labyrinthe, un sphinx, rien que ça ? J’espère que ce ne sera pas pareil sinon, suis foutu avant d’avoir commencé.
 
Rire leur fit du bien.
Puisque Milie avait sommeil, il consentit à fermer le débat, allant doucement dans le salon d’à côté.
Boire un coup était impératif après tant de chamboulement. À peine une gorgée avalée, le mage reparut :
 
Point de crainte, jeune homme. Je sais la demoiselle en santé. Votre père m’a délégué pour vous renseigner sur l’épreuve. Je suis un peu passe-muraille, c’est très pratique, n’est-il pas ? Le roi serait bien venu lui-même mais on l’accuserait de favoritisme. Cela ne prendra qu’un instant si vous acceptez que je pose ma paume sur votre front.  
 
Kit n’aimait pas l’idée. N’ayant pas d’alternative, ayant déjà subi cette méthode, il acquiesça.
 
Une soirée et une journée pour se préparer, voilà tout ce dont Kit disposait.
Le mage l’ayant abandonné, le prince tourna bêtement en rond dans le luxueux appartement de sa « femme ». Les bibelots – sans doute hors de prix, ne l’intéressèrent pas plus que les meubles chics où ils étaient posés. Dans l’ensemble, l’habitat ressemblait beaucoup à celui que l’on imagine comme le dernier cri d’un milliardaire. Trop d’idées décousues hantaient l’esprit de Kit pour qu’il détaille verreries, porcelaines, tapisseries, peintures et l’or de leur cadre.  Il désirait surtout ne pas déranger Emilia qui, une fois au parfum, ne manquerait pas de s’alarmer. Autant préserver sa paix autant que possible. Néanmoins, le regard errant ici où là, Kit remarqua un assez singulier panneau mural.
 
*On dirait une télé.*
 
En s’approchant, intrigué, Kit eut beau promener les doigts sur les fins rebords de la vitre, il ne découvrit aucune commande apparente. Pa s de boîtier disponible non plus.
 

VAS-TU T’ALLUMER, SALOPERIE ?

 
À sa grande stupéfaction, l’écran s’illumina. Une fort belle femme apparut. Vu la légère rigidité et la perfection de ses traits, Kit pensa :
 
*Image de synthèse*
 
La demoiselle n’en débita pas moins un cours laïus :
 
Bienvenue chez spectateur. Quelle chaîne désirez-vous ?
 
S’agissait-il d’un programme interactif ? La commande vocale suffisait-elle ?
Pas trop assuré, il dit :
 
Chaîne d’infos… s’il vous plait.
 

Précisez chaîne d’info. Une cinquantaine de réseaux diffusent actuellement. Lequel… ?
 
M’en fous. N’importe lequel.
 
Choisissez, s’il vous plait !
 
Aussitôt l’écran se fractionna en une multitude de petites cases animées.  Les contemplant rapidement, Kit n’y vit d’abord qu’un fatras d’émissions débiles. Là, une fore aux bestiaux, un concours de mangeurs de cornichons, du base-ball, l’élection d’une Miss quelconque. Puis, dans un coin, il repéra un truc.
 
STOP, celle-là ! La, euh… (il s’approcha pour mieux voir) la GJ 834.
 
Excellent choix, cher spectateur. Bon visionnage.
 
Une journaliste commentait des images jugées digne d’intérêt mais sans son.
 
Euh… Volume, please !
 
Yes ! Maintenant, il captait l’ensemble. Face à un immense labyrinthe, la commentatrice débitait :
 
… aura lieu après-demain. D’aucuns s‘étonnent de l’avancée de la date annuelle mais, selon les échos du palais, nous devrions enfin assister au miracle tant attendu.  13, je dis bien 13 valeureux concurrents s’affronteront selon la tradition. Nous ignorons encore leur identité. Cependant, il semblerait que le fils du roi, lui-même, y participera. Si les ragots se concrétisent, s’il est réellement de retour, alors, cher peuple de Nouvelle Avalon, NOUS SOMMES SAUVÉS ! Voici quelques images d’archives…

 
Des scènes défilèrent, commentées ainsi :
 
Le 1er janvier 1988 se déroulèrent les 1ers jeux. Ils furent 50 à tenter leur chance de trouver l’épée sacrée.  À l’époque nous ignorions à quel type de combats ils auraient à faire. D’ailleurs, nous l’ignorons encore en grande partie. Nos méthodes d’enregistrement s’étant améliorées, nous pouvons maintenant suivre un peu plus avant le véritable parcours du combattant qui attend les candidats…
 
La télé montra alors des groupes de deux ou quatre individus tentant de déjouer des pièges naturels ou surnaturels. Certains se faisaient laminer, d’autres fuyaient à toutes jambes.  
 
Afin de réduire le nombre des victimes, on imposa la règle des 12. Quoiqu’il en soit, disait sombrement la reporter, de l’épreuve finale, ne nous sont parvenus que les discours – souvent incohérents – des rares à en être sorti en vie.         

L’an dernier, Lord Karadoc a quasi touché la pierre. Traitreusement, Lord Gorloi l’a transpercé de traits. Il a l’aurait atteinte mais a aussi, hélas, échoué à défaire l’épée fabuleuse de sa gangue ensorcelée. Gorloi séjourne encore à l’asile actuellement.   
 
La journaliste conclut ainsi sur des images d’un dément en camisole de force :
 
 De ces 13 candidats, un seul peut survivre. Qui sera-t-il ? Je vous donne rendez-vous…  
 
Un cri dans son dos fit se retourner Kit. Pâle, défaite, dans l’embrasure se tenait une Emilia défaillante. Il bondit :
 
Tu t’es levée trop tôt. Je te remets au lit.
 
Elle n’en avait cure, lui débitant une tirade semi-affolée à laquelle il tenta de répondre en la calmant :
 
… oui, j’ai vu et entendu. Martin-bis m’avait déjà rencardé… Risquer ma peau ? Pourquoi pas ? Pour ce qu’elle vaut…  
 
Tiens, la Miss n’était pas, alors là, pas du tout d’accord. Tiendrait-elle réellement à lui ? La voir si belle dans sa fougue véhémente déclencha la même sensation qu’il avait eue à Tulum, et encore au lac voilà peu. Comment résister à ces yeux à la fois furibonds et angoissés ?  Facile ! Il suffisait de céder. Avant qu’elle ait pu en placer une de plus, il lui coupa la parole dans un baiser délirant auquel – chic – Emilia répondit avec ardeur. Mus d’une identique frénésie, des corps se soudèrent.
Haletant, un peu hagard, entre deux avalements, Kit murmura :
 
C’est plus fort que moi… pardon… Non, je ne mourrai pas !... Je t’aime depuis si longtemps…    
 
Hum, hum !  
 
Et merde ! Voilà Pratt dressé près du couple avachi sur le canapé.  
 
Pardonnez mon intrusion dans cette, euh, délicate situation, Monseigneur.
 
ON NE VOUS A PAS SONNÉ ! FILEZ !
 
Excusez-moi, mais votre père a brisé les serrures. Le cas est urgent. Vous devriez, impérativement, vous rendre en salle d’entraînement. 



Ce n’était pas idiot. S’il désirait reprendre ces débuts d’ébats, mieux valait rentrer aussi intact que possible.
Non sans ostentatoirement s’emparer encore des lèvres inassouvies de miss Clairborne, Kit se redressa :
 
Ce n’est que partie remise ! dit-il dans un clin d’œil en se rajustant.
 
Nombre de passerelles se franchirent avant d’aboutir à une espèce de gymnase en sous-sol. Pratt n’ayant pas ouvert la bouche, Kit n’avait aucune idée de ce qui l’attendait.
 
Veuillez passer vous changer à côté, Monseigneur. Vous y revêtirez votre équipement.
 
*Quand faut y aller…*
 
 Un bref instant, il avant craint devoir – comme un preux – enfiler une armure de métal. Rien de tel ne l’attendait au vestiaire. Une sorte de combinaison moulante, grise, banale, était suspendue à un cintre. Il n’y avait aucune instruction particulière l’accompagnant. Tâtant l’étrange étoffe, Kit se persuada qu’elle n’accepterait qu’un corps nu. Aussi, dépoilé, il entreprit de s’habiller. L’effet de contact intime fut loin d’être désagréable sauf qu’avec sa légèreté, il eut l’impression d’être toujours en Adam. Les chaussures s’ajustant également à la perfection, il ne resta plus qu’à rejoindre Pratt qui brilla par son absence. En lieu et place de ce majordome, se tenait un individu haut en couleur pas encore présenté. De petite taille, il ne payait pas de mine hormis sa combinaison bariolée au point qu’on aurait pu le confondre avec un perroquet des îles ou à un petit arc-en-ciel.
 
Bienvenue, altesse ! se plia en deux le nouveau venu. Je suis Pedro Alameda de Vargas, votre maître à danser.
 
Vous allez m’apprendre le menuet ? rigola Kit.  
 
Le petit aux longs cheveux retenu par un catogan cilla légèrement avant de se dérider :
 
Il est des airs dont je suis certain vous ignorez la musique.  
 
Si L’accent roulant les R amusa le Canadien, il se contraignit au sérieux. Il eut raison. D’un mouvement de doigts, Pedro déclencha la « danse ». Aussitôt des sons inouïs emplirent la pièce. Cela venait de partout à la fois mais ne frappait pas seulement les tympans.  Un grave fut reçu tel un butoir au plexus solaire, expédiant Kit prendre un billet de parterre. Un aigu le plaqua au sol tandis qu’une symphonie discordante semblait vouloir l’étouffer en lui broyant la poitrine. Après cinq seconde d’immobilisation suffocante, le silence revint en libérant Kit de toute entrave.
 
Votre altesse désire peut-être un coup de main pour se relever ? ironisa le gnome chamarré.
 
En grommelant, Kit se remit seul debout.
 

Comme vous venez de le constater, les sons peuvent être traîtres. Plusieurs candidats aux joutes s’y sont fait surprendre. Il va sans dire que sans votre armure, vous auriez été aplati mieux qu’une crêpe. Nous allons donc commencer à vous permettre d’évoluer dans ce vacarme, voire de le contrer.
 
Et je fais ça comment ?
 
Estimez le départ du son, réagissez, vous trouverez.
 
 Pour danser, Kit dansa. Il lui fallut bien vingt minutes avant d’enfin piger le système sans se ramasser une pelle. Aux sons graves, pas à gauche ; aigu, à droite. Les deux ensemble pivot. Bien sûr l’affaire se corsa avec l’introduction de longues et brèves qui l’obligèrent à jouer des bras, du cou, des mains.  
Au bout de deux heures de ce traitement, il fut out.  
Il récupérait difficilement son souffle quand Maître Alameda vint à ses côtés :
 
Il y a du potentiel en vous, Monseigneur. Reposez-vous ; nous reprenons dans trente minutes.
 
 La nuit passa très rapidement à ce rythme. Crevé, néanmoins assez satisfait, Kit rejoignit ses quartiers minuit largement dépassé.  Pas d’Emilia en vue ? Dommage et tant mieux. Moulu comme il l’était, à part dormir, il était incapable de quoique ce soit.
 
On le réveilla quatre petites heures plus tard non pour un plantureux petit-déjeuner mais pour une séance de massages additionnée de boissons énergisantes. Ragaillardi, quasi dopé, il ne rechigna pas à l’entraînement suivant.   
 
*Oyez, oyez, bonnes gens !...*
 
Ben non ! Pas de héraut pour annoncer le début des joutes mais bien une quantité impressionnante de diffuseurs électroniques dispersés autour d’une arène colossale au centre de laquelle Kit eut la nette impression d’être un acarien perdu dans une forêt de poils.  Les spectateurs des derniers rangs seraient pourtant comme ceux des premiers. Grâce aux dispositifs d’écrans géants alentours, ils ne perdraient rien du théâtre offert. Pas grand-chose à contempler pour le moment hormis 13 gugusses en combinaison très moulantes. Certes, des distinctions existaient dans les tenues arborées. Les couleurs avaient – soi-disant – été tirées au sort. Que Kit hérite du gris l’étonna pas, qu’Arthur porte le rouge non plus. Ils étaient les deux seuls « chevaliers » à appartenir à la table ronde. Les autres candidats,  parfois bicolores, étaient issus de la petite noblesse voire du « bas » peuple. Après tout, tous les braves étaient acceptés. On n’allait pas faire la fine bouche sachant les dangers encourus.  
Le nombreux public, chauffé par un baratin dirigé, s’excitait graduellement. Clape et olas orchestrées, calicots brandis, on attendait manifestement l’ouverture officielle qui… tardait.  
Enfin, la loge royale se garnit.  Malgré la distance, en touchant son cou afin de faire jouer ses jumelles incorporées à l’équipement, Brown suivit la lente marche des dirigeants vers leurs sièges.  Son cœur bondit : elle était là !  Il n’avait pas pu croiser une seule seconde sa « femme » depuis une certaine après-midi au début torride. Les échos à cet effet furent discordants : un champion se devait à l’abstinence avant l’effort, l’esprit « malin » supposé de la sorcière ne devait pas perturber le preux, et autres âneries. Quoiqu’il tente pour s’opposer à ces mesures absurdes, on lui résista. Là, il avait vraiment craint qu’Arthur obtienne gain de cause dans l’éviction d’Emilia à assister aux jeux. Hendrick l’avait-il contré ou Emilia avait-elle fait la forte tête ? Kit pencha pour la seconde option.  En fait de tête, la jeune femme en portait une bizarre. Tout comme Hendrick, elle était coiffée d’un diadème particulier.  Sans savoir d’où l’idée lui vint, Kit devina :
 
*Un frein de pensées ! *
 
La télépathie semblant monnaie courante ici, on avait bloqué les communications possibles envers les candidats et leurs proches. En y regardant bien, plusieurs crânes de spectateurs s’ornaient de trucs similaires.  Ceux du roi et de sa bru semblaient plus sophistiqués, voilà tout.
Un long blabla du héraut officiel suivit l’ovation dédiée aux éminences. Ce gars, juché sur un petit podium, conclut par un compte à rebours :
 
Cinq, quatre, trois…

 
La foule brailla à zéro quand, comme avalé par le sable de l’arène, les valeureux disparurent d’un coup.  
 
*Meeeeeeeerde !*
 
Jamais Kit n’avait été friand des parcs d’attractions et de leurs machines infernales qui vous font monter ou descendre à des vitesses vertigineuses. Là, il eut la nette impression d’être dans un de ces engins. Aspiré dans une longue chute aussi vertigineuse que ténébreuse, il ne put que subir en fermant les yeux avant d’éprouver une ascension extraordinaire qui l’éjecta à l’air libre.  
Où diable était-il ?  L’entraînement de la PTE l’avait soumis à un conditionnement pis que celui des astronautes. Il ne fut donc qu’à peine désorienté en atterrissant en pleine forêt dense. Il ne s’attarda pas sur place. Bouger était impératif à la survie. Tous les candidats se savaient livrés à eux-mêmes, sans armes ni vivres. Les dénicher primait. En principe, des indices existaient afin de débusquer la corne d’abondance. Du coin où il s’était tapi, Kit observa tout ce qui était à portée de regard. Du moindre brin d’herbe en passant par cailloux, racines et brindilles, le sol fut ratissé. Ensuite ce furent les arbres qui y passèrent. Son expérience de pisteur joua : il vit. La régularité des feuilles éparses sur le sol n’avait rien de naturel, cela ressemblait à un chemin.  
 
*Ne tombe pas dans le panneau ! C’est trop évident…*
 
Convaincu que plusieurs embûches sèmeraient le parcours, se jeter tête baissée dans la première solution lui parut idiot. Il observa davantage.
 
Nom de Dieu ! sursauta-t-il soudain en repérant un autre tracé.
 
Plus subtil que le 1er, celui-ci se révéla par l’orientation particulière des pointes des épines des résineux. Que des sapins orientent ainsi leurs bouts tenait de l’absurde. Restait le choix… Se tenant encore immobile quelques minutes à tenter de percer une autre voie, laquelle emprunter des deux découvertes ? Il estima la seconde plus tordue, donc plus acceptable vu les critères du « jeu ».  
Apparemment, il fit le bon choix puisque aucun inconvénient ne le détourna jusqu’à une vase clairière où, fière, trônait une énorme conque débordant de richesses. Était-il le premier arrivé sur place ?  Ses jumelles étranges entrèrent en action, balayant les environs.  Rien ne bougea un long moment mais son œil ne rata pas une espèce de reflet, loin à 2h.  Bientôt, il en capta deux autres à 4h et à 9h.
 
*Qu’est-ce qu’ils attendent… Ils font comme toi, idiot !*  
 
Pourtant, des hardis – ou téméraires – se démasquèrent soudain, courant comme des fous vers les trésors épandus sur l’herbe grasse. Léodogad Warwick, Gidéon de Mirmont et Brandon Farmer n’atteignirent pas leur but. Dans un sifflement surgirent de nulle part des objets qui les entravèrent mieux que des poissons dans une  nasse.  
 
*Trois de moins* songea Kit, amer.
 
Bon, ces gars n’étaient pas occis, juste mis hors-jeu. Un bref instant, il les envia mais l’orgueil le poussa à analyser le piège afin de le vaincre. Les prisonniers avaient couru droit devant eux…
En zigzagant, peut-être que…
Eh merde ! Arthur, très reconnaissable, employait la méthode entrevue.  Avec succès, le bougre !
Kit ne demeura pas en reste, il fonça à son tour. Tout du long, il se serina :
 
*Irrégulier, sois irrégulier !*
 
Cela fonctionna parfaitement. Alors qu’Arthur entreprenait de fouiller les sacs proposés à l’inventaire, Kit, lui, ne fit pas dans le détail. Il en rafla quatre au hasard sans les visiter avant de courir à nouveau en zigzags décousus vers la sécurité des arbres. Bien lui en prit. Des malheureux ayant suivis les gestes d’Arthur virent le contenu des besaces leur exploser au visage. Tel un loup regagnant sa tanière, Kit délaissa la clairière en s’enfonçant dans d’épais fourrés.  
Le souffle saccadé, il reprit haleine en posant le butin à inventorier.  
 
*Manquerait qu’ils soient tous piégés !*
 
Au départ, il s’était demandé à quoi pouvait bien servir le bras télescopique inclus dans la combinaison. L’évidence se fit devant le souci d’ouvrir les sacs en restant à distance respectable.
Très délicatement, il déploya le bras qui répondit parfaitement aux besoins.  De l’ouverture gicla un liquide verdâtre nauséabond au possible. Heureux d’y avoir échappé, Kit s’attaqua au second récipient. Les clips ôtés, rien d’anormal ne se produisant, la pince articulée fouilla et dénicha, ô merveille, des réserves de nourritures concentrées et des liquides buvables. Le 3ème ne fut pas décevant. Certes, un poignard, arc et flèches n’étaient pas Byzance mais mieux que rien. Le dernier n’explosa pas mais ce qu’il contenait demeura abscons. Une trousse ? De quoi demeura en suspens car pour hermétique, elle l’était.  
Finalement, la pioche n’avait pas été décevante. Un peu de boisson le réconfortant, Kit songea à la suite. L’épreuve N°1 était achevée semblait-il. Comme prévu résonna une sorte de coup de canon la signant. Fallait-il se croire à sauf pour autant ?  En doutant, Brown songea à se trouver de quoi se dissimuler à l’abri de tous regards et pièges. Il n’avait participé à aucune des guerres de son monde mais en connaissait certains arts dont celui du camouflage. Le poignard s’avéra très utile pour se tailler rapidement une tenue de branchages qui se confondit parfaitement avec les environs. Voir sans être vu : voilà la solution. Ainsi nippé, il se déplaça tel un courant d’air à la recherche d’autres indices.
Plusieurs fois, il dut suspendre sa progression, certain que des « hostiles » évoluaient à proximité. 
Il repéra facilement jaune et bleu, ces idiots ne s’étaient pas déguisés. En tout cas, le rouge demeura invisible, lui.
Où aller ? Cette branche était-elle vraiment tordue bizarrement ou était-ce le jouet de son imagination fatiguée ? Ces cailloux, là, n’indiquaient-ils pas une direction ?  
Quelques heures à tourner en rond plus tard, un message sonore troubla l’atmosphère sylvestre :
 
De l’aube naîtra le renouveau.  
 
*Bordel ! Qu’est-ce que cela signifie ? On est peinard jusqu’au matin ?*
 
N’ayant personne avec qui partager ses incertitudes, Kit se fia à son instinct qui dictait la défiance. Aube ne signifiait pas nécessairement matin. Cela pouvait être une référence à un habit  blanc liturgique  ou aux pales d’une roue…  Point de repos, il repartit en chasse.
En s’éloignant de la position de la corne d’abondance dans un large mouvement circulaire, il progressa très prudemment.  Plus il avança, plus l’image de la roue s’imposa. Ces gens n’étaient-ils pas assez obsédés par la forme ronde ? La table des dirigeants, les quadrants, les tours, leurs meubles…  Sauf que la roue devait posséder des rayons. Combien la composaient ? Des 13 du départ, il ne restait que… 7 ? Moins ? N’ayant pas assisté à toute la scène de la conque, comment savoir ?  Bleu et jaune avaient disparu de son champ d’observation. Prisonniers ? Ou…
 
*Ouais… mariés ! L’alliance des couleurs en forme une autre ! En vert, on ne les voit plus !*
 
Donc au moins six restaient en lice.            
 
Le soleil déclina que Kit eut l’impression d’avoir parcouru la circonférence terrestre sans issue valable. L’aube – quelle que soit sa forme – viendrait. Lui devait roupiller.  
 
Galawin – le bleu – s’était allié avec Moriardred – en jaune. De connivence parfaite avec un écarlate, leur mission essentielle n’était pas la quête à Exkaliburg mais bien de liquider un gêneur qu’ils mirent des heures à cerner.  Pas complètement stupides, redoutant les pouvoirs du prince, ils ne communiquaient que par signes. De jour, aucun souci. De nuit…  La vision nocturne des jumelles étant limitée, il fallut recourir aux murmures :
 
Il est là, j’en suis sûr, souffla Galawin.  
 
Ce tas de branchages ? Tu dérailles ! Mon indicateur thermique n’indique que dalle.
 
Il est out ! C’est déjà arrivé. Je sais ce que j’ai vu de mes yeux.  
 
En silence, ombres parmi les ombres, ils fondirent sur leur proie qu’ils lacérèrent de leurs poignards, sans remords.
 
ON L’A EU ! beugla Moriardred.
 

Ouais, souffla l’autre comme déçu par la facilité de la manœuvre. Éclaire la zone.
 
Un faisceau lumineux balaya un amas de branchages teintés de sang qu’ils dégagèrent lentement. Bientôt, dans le rai de clarté, apparut un visage figé dont le regard brun était éteint.
 
EU et Bien eu ! rigola Galawin. Arthur sera content.  
 
Recouvrons-le. Rejoignons Arthur après.  
 
Peu après, ils se faufilèrent entre les troncs à la recherche de leur chef sans se douter une seconde être suivi de près.
Une fois de plus, Kit se retrouva paf au vu de dispositions hors normes. Il avait pressenti le danger et réagi. D’où lui provenait cette faculté de « dédoublement », d’invisibilité ? Il s’en fichait du pourquoi du comment tant que cela fonctionnait. Créer une forme identique à la sienne fut un jeu. La voir massacrée, désagréable. Ensuite se couler sur les talons des assassins ne demanda que peu d’efforts.
Pas à pas, il suivit le train jusqu’à un léger retrait de terrain où, après des échanges de sifflets, le rouge se montra. Arthur murmura :
 
C’est fait ?
 
Aux signes de têtes affirmatifs perçus via les lunettes de vision nocturne, il haussa le ton :
 
Amen ! Dormons tranquilles. Cependant, Galawin tu prends le premier tiers. Cette diablesse de Viviane peut encore nous enquiquiner.
 
On fait quoi, demain ? osa Moriardred.
 
La roue ! Et pas comme des paons, connard !
 
Dissimulé dans des taillis, Kit ne dormit que d’un œil jusqu’à l’aube.
 
Mettre ses pas dans ceux qui précédaient, sans que nul ne devine ce qui se tramait, nécessita ruse et fatigues. On le pensait crevé ? Tant mieux !  Sans cesse sur ses gardes, Kit – sous couvert d’invisibilité- suivit la marche menée par trois hommes décidés. Après une pénible succession d’arbres et fourrés, les « mousquetaires »-ils étaient 4 en se croyant 3 – débouchèrent  au sommet d’une éminence depuis laquelle un beau panorama se dégageait.
 
*Stonehenge ? * se prit à penser Kit face à l’imposant alignement de monolithes en contrebas.
 
Tout compte fait non. Même si la majorité des pierres dressées y ressemblait, la comparaison s’arrêtait à la forme concentrique de l’ensemble. Bien des légendes avaient circulé sur cette construction préhistorique. Ici, il devait manquer plus des ¾ des pierres…  
Qu’importait lieu et temps ! Arthur sembla assez heureux et contrarié devant l’érection des « cailloux ».
 
Nous devons aller au centre. Exkaliburg y est sûrement.
 

Mais, releva Galawin, il semble n’y avoir que deux sortes de ponts vers ce centre. Nous sommes trois…
 
Et la distance est encore longue avant d’y arriver. N’est-ce pas truffé de sortilèges ?
 
Arthur se fit songeur :
 

Le chemin semble tracé pour deux… désolé, tu es de trop Mor !  
 
Un coutelas fila, tranchant la gorge du malheureux, terrorisant l’indemne.
 
Mon seigneur, vous aviez promis, pleurnicha-t-il en contemplant effaré le corps se vidant de son sang à ses pieds.
 

Sois content ; tu accompagnes l’élu. On descend.
 
Toujours invisible, Kit n’avait été assez prompt pour éviter cette fatalité. Bien que navré, il ne put que suivre le mouvement imposé par le meurtrier envers qui sa haine montait de minute en minute.  Galawin n’avait aucune chance. Jamais Arthur ne lui permettrait de poser la main sur l’épée fabuleuse, si elle était vraiment là.  
À peine le premier quart du chemin engagé que les ennuis sérieux débutèrent.  La symphonie contre laquelle Kit avait dû lutter à l’entraînement se déclencha sans avertissement. S’il avait cru être protégé par son état de « fantôme », ce fut raté. Comme les deux autres, il dut danser afin de parer les coups fourrés des sons affreux issus de nulle part et de partout à la fois.  
L’apprentissage porta ses fruits, Kit ne subit aucun dommage. Galawin, lui, se retrouva couché sur le flanc tandis qu’Artur – aussi frais qu’au sortir d’un bain – rigolait :
 
Ainsi tu es toujours là, avorton !  Je me disais bien que c’était trop facile. La vermine est coriace. Allez, bas les masques, montre-toi si tu l’oses !
 
L’invisibilité n’ayant plus de raison d’être puisque la danse l’avait trahi, Kit se dévoila.
 
Froidement, à moins de dix mètres l’un de l’autre, les deux hommes se jaugèrent. Kit ne l’ouvrit pas ; il attendit qu’Arthur crache son fiel, ce qui ne tarda pas :
 
Non mais regardez-moi ce fils de pute qui se prend pour l’élu !  Tu n’atteindras pas le rocher sacré, foi de moi.
 
Parce que tu crois qu’en l’atteignant, toi, l’épée sera tienne ?
 
Cela va de soi ! La voyante me l’a révélé de longue date.
 

 Elle devrait passer chez l’ophtalmo, ta voyante. Elle t’a bercé d’illusion, mon ami.
 

Je ne suis pas ton ami, chien ! Ma destinée est écrite. Tu as beau ressembler beaucoup au roi, mon père s’est arrangé pour faire disparaître le vrai héritier.  

 
Il a commandé à un cygne de m’engloutir au lac ? s’étonna sincèrement Kit.
 
Bizarre, cette sortie parut troubler Arthur qui se reprit vite :
 
On t’a bourré le crâne de faux souvenirs que tu as gobés, crétin !  Mon père était un transformeur. Il pouvait prendre n’importe quelle apparence à volonté. Un cygne était une broutille. J’ai hérité de son don.
 
Bien que la situation tendue ne s’y prêtât pas, Kit partit d’un grand rire :
 
C’est pour ça que tu as la tête de Dave !! Je me disais bien qu’il y avait un truc tordu sous tes tifs.
 
Dave ? J’ignore de qui tu causes. Là, ce sont mes vrais traits mais je peux faire mieux, beaucoup mieux.
 
 Le temps d’un battement de cils, Kit se retrouva face à…
 
Milie ! Que… ?
 
Pitié doux seigneur, ne m’occis point.  Notre enfant…
 
Un bref instant paf, Kit se tordit de rire :
 
Raté, mon pote ! Ma douce ne parlera jamais ainsi !  Elle m’aurait plutôt envoyé me faire foutre.

 
Milie mua. Sa taille augmenta démesurément, les douces lèvres devinrent racornies en découvrant des crocs affreux, sa peau écailleuse. Kit ne s’alarma pas en ironisant :
 
T’es quoi, là ? Un serpent ? Fou ce que t’es moche !
 
Laid, sûrement. Dangereux, pis ! L’attaque fut instantanée, le prenant de court. De son poignard brandi par réflexe, il ne put qu’égratigner la face hideuse plongeant sur lui,  mais ne sut parer le croc venimeux qui lui entama la joue. Lâchant le couteau, Kit compressa la plaie sanglante. Redevenant lui-même, Arthur contempla sa victime avec dédain :
 
J’aurais pu t’infliger pis, une belle saloperie de maladie par exemple. Le résultat sera pareil : tu vas crever. Très lentement, je te rassure. Il te reste juste assez de temps pour me regarder triompher.  Adieu, cousin !  
 
Se détournant du corps qui s’affaissait, Arthur poursuivit sa route.
 
Finir aussi bêtement, seul, perdu dans un autre temps ? Dire qu’il n’avait même pas pu prouver son amour à Milie…  
Penser à elle le ranima un peu au point qu’il eut la sensation de sa présence. Belle, éplorée, elle le suppliait :
 
… je n’entends que des cloches ma puce… trousse ? Oh, oui que j’aurais aimé te trousser, ma caille… Aller me faire voir ? (rire toussant) c’est tout toi, ça !... quoi cette trousse, bordel ?... Oui, oui, je l’ai mais elle a refusé de s’ouvrir…  
 
Qu’est-ce qu’elle blaguait cette Milie ! Avec les yeux de l’esprit, rien que ça !  Comme si on pouvait ouvrir une boîte rien qu’en y pensant. Tout compte fait, puisqu’elle insistait tellement, autant donner cette ultime satisfaction à sa belle. Rassemblant ses forces, il parvint à extirper la fameuse trousse hermétique du fond de son sac.
 
Qu’est-ce que j’en fais ? Ouh ouh, Milie !
 
Ouais, il avait halluciné, le voilà fin. Les yeux de l’esprit… Il se concentra comme il put :
 
*Sésame, ouvre-toi ! *
 
Bien sûr, rien ne se produisit.  D’autres formulations très colorées suivirent pour un résultat identique. Les idées en pagailles, les forces défaillantes, il ne parvint plus qu’à une chose : imaginer la boîte ouverte. Tiens ? Elle contenait deux seringues.  L’azurée était tentante, tellement jolie. L’autre, avec son liquide gris… Bah ! Saisissant la grise, il se l’injecta d’un coup rapide dans la cuisse.  
 
Arthur était descendu très lentement vers le centre des pierres dressées.  Le silence des lieux était… inquiétant.  À croire que toute vie avait déserté ces lieux. Hormis le bruit de ses semelles crissant sur les cailloux, on ne percevait aucun son. Même le vent s’était tu. Le pont emprunté ne révéla aucun piège. Une fois celui-ci parcouru, Arthur dut obliquer sur la droite car un des géants de pierre gênait vue et passage. L’obstacle contourné, les traits du chevalier s’éclairèrent face à ce qu’il espérait. Là, soudée à une roche imposante, attendait Exkaliburg. Une légère grimpette ensuite, il ne put retenir un cri de joie :
 
TU ES À MOI ! JE SUIS L’ÉLU !   
 
Essaie toujours, que je me bidonne ! ricana dans son dos un Kit très en forme.  
 
Décomposé d’incompréhension, Arthur recula la main avancée.
 
J’sais pas c’qu’il y avait dans la trousse de secours, mais ça donne une pêche d’enfer. C’est meilleur qu’un rail de coke, j’t’assure ! Bon, tu te barres ou tu m’obliges t’y forcer ?
 
Tellement saisi, Arthur recula encore. Son pied dérapa ; il chut. Plusieurs boulés ensuite, il se releva, furieux :
 

JE VEUX LE DUEL !
 
Ben non ! rigola Kit en plein trip.  T’as qu’à essayer de sortir ce machin. T’étais le 1er, c’est de bonne guerre, non ?
 
Ne croyant pas à sa chance, Arthur fonça à nouveau vers le roc sacré. Ni une ni deux, il empoigna le manche de l’arme étrange qu’il tira… tira, encore et encore à en avoir yeux exorbités et veines saillantes.
Entre temps, Kit s’était rapproché, ne pouvant s’empêcher de se marrer devant les efforts infructueux déployés par son ennemi :
 
Pourquoi tu te fatigues ainsi ? Laisse-moi faire.  
 
Comme battu, Arthur laissa la place. Pluie d’étoiles enchantées ? Chants célestes ? Que nenni !  La main de Kit n’était qu’à quelques centimètres de l’arme que, brusquement, celle-ci s’éjecta seule vers le ciel. Nez en l’air, les deux hommes n’en revenaient pas.  Ce drôle de pistolet à peine entrevu rappela à Kit ceux utilisés parfois par les patrouilleurs du temps. Redoutables, on ne s’en servait qu’en extrême urgence. Celui-ci était libéré et, sans maître…
 
Gare aux retombées ! hurla-t-il en sautant en contrebas.
 
Arthur ne fut pas assez prompt. L’éclair de foudre jaillissant de l’arme le désintégra en une milliseconde. Son feu craché, le pistolet descendit mollement. Kit n’eut qu’à tendre la paume : elle vint doucement s’y loger.
 
Oh, la belle fête !  Très étourdi et crasseux, Kit fut porté en triomphe un long moment par une foule en délire. Il avait fait quoi ? Il ne s’en rappelait même pas. Lui, il ne voulait voir qu’Emilia. Il sourit à en avoir mal aux zygomatiques, serra des mains pas centaines, reçut ovations et accolades multiples sans ne fut-ce que l’apercevoir. Hendrik était aux anges mais tenu à distance. Point de Merlin ni de Martin en vue non plus. Baladé, congratulé, embrassé, Kit fut très heureux d’être rapatrié vers son appartement où un Pratt, chose étonnante, souriait :
 
Félicitations, Monseigneur !  Nous avons tous pu suivre votre victoire sur les écrans. Ce fut grandiose !  
 
Où est ma femme ?
 
La princesse se repose. Tant d’émotions, dans son état…
 

Je veux la voir sur-le-champ.
 
Demain, altesse.  Vous devez aussi vous rep... 
 
Et mon père ? Ne puis-je au moins…  
 
L’âge, vous comprenez…

 
Je pige que dalle !
 
C’est la fatigue, les efforts… venez prendre un bain. Ensuite, nous goûterons au sommeil, et…
 
 L’arme qui ne l’avait pas quitté émergea de sa ceinture :
 
Trêve de baliverne. Suis peut-être encore shooté mais pas complètement stupide !  OÙ SONT-ILS ?
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Emilia Clairborne-Watts

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MessageSujet: Re: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Mar 19 Déc - 21:01

Tu vas bien...tant mieux!

Sans trop savoir de quoi il en allait, Emilia qui revenait des limbes, se contenta, se ravit en fait, de voir un Kit angoissé penché sur elle.

Oui...je crois! souffla t'elle, qu'est ce..., elle venait de découvrir un autre personnage à son chevet, mais que...On est rentrés? Martin...On est de retour, Kit?

Et voilà que "Martin" éclatait de rire et pour mieux faire Prunella, se tordant les mains, entra dans son champ de vision. C'en était un peu trop pour l'évaporée qui du coup eut presque envie de repartir dans les vapes. Le cauchemar n'était pas fini...loin de là! En pleine confusion, Miss Clairborne eut quand même le temps de percevoir quelques mots qui la plongèrent, encore plus si possible, dans le désarroi.

...possibles similitudes avec d’anciennes têtes connues par vous...Vous en verrez d’autres, je suppose...le bruit de votre pseudo grossesse...

*HEIN!*...Je...ne comprends rien...fais les sortir...fais les s'en aller!!!

Le sosie de Martin disparut tout simplement, comme cela...plof et voilà. Prunella, elle, eut besoin d'être poliment mise à la porte. Emilia se massa activement les tempes en essayant de reprendre ses esprits. Peu à peu les souvenirs revenaient et c'était loin de la rassurer. Kit revint auprès d'elle qui ne savait plus si hurler ou pleurer.

Ça va vraiment mieux ?

Mieux!?...Je n'en sais trop rien...Ma tête tourne un peu..., elle se redressa en passant la main dans ses cheveux défaits, dis moi...

Qu’est-ce qui t’a mise dans cet état, Arthur ? Il t’a traitée de sorcière, mais…

Emilia se relaissa tomber sur les oreillers avec un gémissement.

Oui...j'ai cru...j'ai cru que c'était Dave...mais non, il n'est pas méchant, lui...j'ai eu si peur...mais avant...avant on a parcouru la ville...et ça ressemble tellement à New-York...enfin, ça ressemble mais ce n'est pas...tout y est pourtant...le tracé des rues, la rivière...la baie...les îles...et puis...au lieu de la Statue de Liberté...ils ont un géant...Mon Dieu, Kit, c'était affreux...et puis bien sûr,cet affreux bonhomme qui m'en veut...*Arrête de geindre...le pauvre a l'air aussi chamboulé!*...Mais et toi?...Que c'est il passé dans cette réunion avec ton père?

Là, elle resta assez ébranlée par la description faite de cette singulière réunion. Kit était un excellent conteur, il narra, avec détail, son appréciation des lieux. La fameuse table ronde s'y trouvait, pour renforcer l'idée de que ces gens vivaient en plein délire légendaire, connu comme arthurien de nos temps, mais en toute évidence il n'y avait pas de roi Arthur, du moins pour le moment, chose que le Prétendant entendait arranger au plus vite, question de remettre les pendules à l'heure et poursuivre avec le délire dans toutes les règles de l'art.

Ils ont aussi une épée dans la pierre!?, s'abasourdit Emilia, mais...Seigneur, je pige chaque fois moins...d'une part ce monde semble très avancé et d'autre..., sûre qu'il était arrivé aux mêmes conclusions, elle se tut, le laissant poursuivre avec sa narration qui alla de mieux en mieux...ou de pire en pire selon les avis, et tu as dit quoi?...Laisse moi deviner...que tu allais sortir le truc de la pierre et...Bonté Divine, Kit, tu sais ce que cela signifie?

Et pardi qu'il le savait! Pas qu'il fut de nature suicidaire mais le cher Arthur avait de quoi éveiller vindicte chez quiconque, encore plus sur Kit qui, si pas suicidaire, n'était pas de ceux qui se laissent marcher sur les pieds. Il avait relevé le défi et bien entendu, c'est là que l'affaire se corsait...et comment!

Un tournoi, et pas des moindres! Mais sans être une égoïste perdue, Emilia avait commencé à réaliser la teneur des révélations faites par le mage.

Excuse moi de t'interrompre mais dis moi...c'est vrai que le mage a dit que j'étais enceinte!?, confirmation instantanée, c'est débile...comment pourrais je l'être...*À moins de me prendre pour la Sainte Vierge!*...

Pragmatique, Mr. Brown tourna la chose d'une manière tout à fait plausible.

Cela n’a aucune importance ce que les gens disent à ce sujet. L’essentiel est qu’à présent tu sois réellement intouchable. Merlin et ce mage - il n’a pas dit son nom – sont sûrement de connivence pour se prêter ainsi au jeu du silence.

Soupir, fallait bien admettre que cela tenait le chemin.

C'est bien joli, tout cela...mais et les autres? Qu'est ce qu'ils font?

Qu’est-ce que tu racontes ? Les autres ? Quels autres ?


Comment que quels autres?...Henry, Louise, Martin, le vrai, Toni...Nell et le bon Dave, s'entend? Ils doivent quand même s'être rendu compte qu'on a disparu, non?

On s’en fout un peu, là !
s’énerva Kit,  ils nous cherchent, sans doute. Espérons qu’ils nous cerneront avant que je sois réduit en bouillie.

Oups! Tiens, elle ne l’avait pas envisagée, cette possibilité. Une soudaine poignée d'angoisse lui serra le cœur.

Tu vas être en danger!?


Ouais, sortir une épée d’un caillou, je fais ça tous les jours, pourquoi je m’en ferais ?

Rigole pas, c'est sérieux là...tu sais au moins ce qu'il faut faire?, aussitôt posée la question lui sembla idiote mais enfin, tant qu'à faire!

Kit, qui n'avait pas l'air foncièrement ravi, et il y avait bien de quoi ne pas l'être, riposta, morne:

On va me mettre au parfum bientôt de ce qui entoure cette joute. C’est ça qui m’ennuie le plus.

Le désarroi a parfois le chic pour nous faire avoir des idées loufoques, ce fut bien le cas.

Tiens, ça me fait penser à Harry Potter, tout ça!

Hein ? Harry Potter, c’est qui ça ?

Emilia lui coula un regard presque censeur avant de prendre le parti de rigoler.

Pas possible que tu ne saches pas ça...TOUT le monde en a entendu parler...C'est génial... je te raconte un peu, sans doute pas l'idée la mieux adaptée à ces moments de tension et angoisse mais qui eut l'heur de leur faire oublier un peu leurs soucis, et si ton Tournoi ressemble à celui des 3 Sorciers...Bonne chance!

Des dragons, un labyrinthe, un sphinx, rien que ça ? J’espère que ce ne sera pas pareil sinon, suis foutu avant d’avoir commencé.

L'idée en soi état si débile que ça les fit rire. Ils bavardèrent encore un moment avant qu'Emilia ne commence à bailler.

Suis un peu fatiguée, avoua t'elle à contrecœur en pressentant qu'il n'y aurait pas beaucoup plus de moments comme celui-là.

Kit n'alla pas jusqu'à la border mais son sourire en quittant la chambre lui fit chaud au cœur.

*Il ne va rien lui arriver...Il ne peut rien lui arriver...pas à lui...Et si...? Non, non...non, jamais...Mais qui sait ce qui l'attend? On ne peut pas savoir...tout est si absurde...Non, il ne peut rien lui arriver...j'en mourrais...sois pas bête, Clairborne...tu n'en mourrais pas...enfin, peut-être que oui...et puis, ça ferait quoi de vivre en sachant que...*

Essayant de se défaire de ces sombres pressentiments Emilia finit quand même par sombrer dans un sommeil inquiet, tourmenté d'angoisse, loin d'être reposant. Se réveiller seule, dans la chambre silencieuse n'arrangea rien à son état d'esprit assez chamboulé, ce qui n'empêcha pas qu'après deux minutes à fixer le plafond, elle ne décide de se lever. La porte close fut doucement ouverte. Soupir de soulagement en découvrant Kit, debout face à un écran allumé.

*Génial, je fais des rêves à la con et lui regarde la TV!*

Très pris par son visionnage il ne remarqua pas Emilia restée sur le seuil, curieuse de voir ce qui semblait tant l'intéresser. Un pas derrière lui, la Miss suivit aussi les infos qui se déroulaient. En toute évidence, il allait du fameux Tournoi, pas de celui à venir mais de ceux passés. Et cela n'avait rien, mais alors absolument rien de réjouissant et encore moins rassurant quand, d'une voix lapidaire, la journaliste dit:

De ces 13 candidats, un seul peut survivre. Qui sera-t-il ? Je vous donne rendez-vous… 

NON!!! Non...ça jamais...ça jamais!!!, hurla t'elle en s'accrochant à la poignée de peur de tomber tant ses jambes s'étaient mises à trembler, non...tu m'entends, non...tu ne peux pas...

Il fut à ses côtés en deux secondes.

Tu t’es levée trop tôt. Je te remets au lit.

Jamais de la vie...C'est impossible...c'est débile, inhumain...ces gens sont fous...Tu ne peux pas les laisser te faire ça...en plus...ce salaud d'Arthur peut...Non! Je ne retourne pas me coucher...veux pas me calmer non plus...Comment pourrais-je, monsieur!?...Dis moi, comment diables je pourrais me calmer!?...Tu as bien vu ÇA, non?, mine de rien ça frayait l’hystérisme là.

Oui, j’ai vu et entendu. Martin-bis m’avait déjà rencardé!

AH BON!? Et en plus on t'avait mis au parfum et tu insistes pour y aller!?, elle lui aurait tapé dessus, tu ne vois pas que tu risques ta peau!?

Et l'autre d'y aller d'une réplique qui la mit carrément hors d'elle.

Risquer ma peau ? Pourquoi pas ? Pour ce qu’elle vaut… 

Là, elle tapa pour de bon, furieuse, éperdue.

Triple connard...comment peux tu dire ça!?...Pour ce qu'elle vaut?, persifla t'elle en le frappant encore, pour ce qu'elle vaut!?...Taré...pour toi peut être pas trop...et ça parce que tu es un imbécile perdu...tu n'as pas le..., elle allait dire "le droit de me faire ça" mais il ne lui en donna pas l'occasion, la ceinturant étroitement et lui clouant le bec d'un baiser anthologique qui lui fit, de manière instantanée,  oublier toute autre chose qui ne fut cette étreinte délirante, mélange de passion et tendresse. Un tantinet affolée, et surtout prise de court Emilia n'y répondit pas moins avec une véhémence, inconnue jusque là, en se sentant à la fois bouleversée et exultante.

C’est plus fort que moi… pardon…

*Quel besoin de parler...* Ne me demande pas pardon...ne meurs pas, c'est tout...ne meurs jamais...

Non, je ne mourrai pas...

Elle lui frôla les lèvres d'un baiser.

Tu as intérêt...sinon j'irai te chercher en enfer pour te botter le...

Je t’aime depuis si longtemps!

*Ah bon!?...On ne se détestait pas, plutôt?*...Oh Kit...

Hum! Hum!

Fin de la belle scène d'amour. Sans trop savoir comment ils étaient arrivés sur le canapé, et sans que cela la préoccupe le moins du monde, Emilia essaya de remettre un peu d'ordre dans sa tenue alors que Mr. Brown envoyait l'intrus, nul autre que Pratt, se faire voir en enfer. Elle l'y aurait envoyé personnellement mais opta pour rester profil bas, déjà que le bonhomme ne la portait pas dans son cœur. L'heure était grave, en prévision du Tournoi, Kit devait s’entraîner, surtout en tenant compte que ses adversaires, eux, le faisaient régulièrement.

Vas-y, souffla t'elle, je serai là à ton retour! *J'espère!*

Dernier baiser incendiaire.

Ce n’est que partie remise ! dit-il dans un clin d’œil.

Elle lui rendit le clin d’œil mais Pratt l'escortait déjà vers la porte.

Le cœur lourd, Emilia se leva et alla vers une des grandes fenêtres. La ville scintillait de mille lumières, à ses pieds. Un bout de lune perçait à travers quelques nuages, peu d'étoiles se laissaient voir. Du 110ème étage de la Tour, Prunella le lui avait dit, tout semblait calme, magique.

Mais c'est faux...ce monde est aussi pourri que n'importe quel autre...en plus de...

Ni dément ni stupide, assura une voix déjà connue à son dos, nous préservons notre héritage et nos traditions, tout comme vous perpétuez les vôtres, je m'en doute bien!

Emilia se retourna tout de go pour dévisager le Ministre Merlin qui souriait, débonnaire.

Cela vous prend souvent de faire ce genre d'apparition!?, fulmina t'elle, même si réjouie d'avoir de la compagnie.

Merlin sourit plus largement, amusé.

Ne faites pas semblant, ma chère enfant, je crois bien deviner ce qui occupe vos pensées en cet instant!

Elle fit la moue.

M'en réjouis pour vous, moi je ne sais plus que penser! En tout cas, c'est très malpoli de  faire usage de vos pouvoirs pour cerner les esprits!

Mais très édifiant, croyez moi!
, reconnut-il avec un sourire charmant.

Sans aucun doute, avec un soupir un peu agacé Emilia haussa les épaules, de toute façon peu importe ce que j'en dise, vous le feriez quand même...mais enfin, à quoi dois je l'honneur de cette...intrusion?

Son agressivité ne sembla le décontenancer le moins du monde,  au contraire, son sourire s'élargit comme si cela l'amusait. Elle lui coula un regard étincelant avant de rendre place dans un grand fauteuil, sans l'inviter à faire de même. Ignorant sa saute d'humeur, le ministre s'installa confortablement face à elle.

Vous ne manquez pas de caractère, mon petit, mais vous feriez mieux de vous calmer.

Me calmer? Vous en avez des bonnes! Suis ici sans le vouloir, d'uns me considèrent intruse malfaisante, d'autres, si charmants, me traitent de maudite sorcière...de quoi se mettre la joie au cœur, vous ne croyez pas!?

Hochant la tête, Merlin  la considéra longuement d'un œil attendri.

Je suis désolé de ces propos déplacés, Arthur a un tempérament violent, ce qui le rend parfois irréfléchi. Depuis 27 ans il se sait promis au trône et puis voilà que le Prince Christopher fait une réapparition spectaculaire et le moindre à dire, inattendue alors que...

Tout le monde le croyait disparu à tout jamais...oui, je comprends que ça lui fasse les pieds, au Prétendant mais soyez sûr, ni Kit ni moi avions la moindre intention de venir ficher ses beaux plans en l'air...

Je le sais, oui.

Oh! Voilà de quoi rasséréner mon esprit confus!
, ricana t'elle, ça devrait m'aider? Et, que va t'il se passer maintenant? C'est quoi, ce Tournoi débile auquel Kit devra prendre part?

Le semblant du ministre se rembrunit, Emilia pressentit que ce qui suivrait n'allait pas du tout lui plaire.

Une de nos traditions, vieille de 27 ans. À la disparition de l'Héritier, Viviane a cru bon préserver le Trône en imposant ces épreuves, destinées à que ce soit le meilleur qui en hérite à la mort de notre bien-aimé souverain.

Viviane? La Dame du Lac, je parie!?, siffla Emilia en bondissant de son fauteuil, la belle histoire! Savez-vous, mon cher Merlin, que tout chez vous est la copie conforme d'une vieille légende de chez nous?...Une légende, pas une histoire véritable...des fariboles, quoi! Tout chez vous est faux...débile, absurde...Votre monde est bâti sur un absurde absolu...Ça n'existe pas les sorciers, les mages ou les Dames du Lac...et vous avez sans doute aussi douze chevaliers de la Table Ronde...Pitié, à quel siècle vivez vous?

Merlin subit sa tirade sans départir de son air bonhomme mais se levant à son tour, l'arrêta dans son va et vient furieux et plaça sa main sur son front. Emilia eut la sensation de dériver en eaux profondes alors que sa volonté s'égarait, se livrant sans contrainte à l'exploration à laquelle on la soumettait. Et après ses propres souvenirs, sa vie entière, vint la Révélation. Claire, sans confusion, telle qu'elle l'était mais aussi profuse et angoissante. Quand le vieux ministre enleva sa main, Emilia serait tombée à terre s'il ne l'avait déposée, en toute douceur, dans son fauteuil pour après lui présenter une coupe pleine d'un liquide ambré.

Buvez!, ordonna t'il, cela vous fera grand bien!

Elle obéit se sentant tout de suite plus tranquille, l'esprit clair, plus docile aussi.

Vous savez maintenant! Ce qui est légende pour vous est réalité pour nous, ainsi est fait notre monde et il y a sans doute cent autres où certains parallélismes existent, tous semblables et si différents. Le Temps est fait de lignes tenues qui ne devraient jamais se croiser, vous savez bien de quoi je parle!

À quoi bon le nier? Il avait sondé son esprit de long en large et savait sur la PTE autant qu'elle.

Nous n'appartenons pas à cette ligne!, tenta t'elle néanmoins.

Vous non, le Prince, oui...et vous l'aimez donc ferez tout pour le protéger, il doit emporter ce Tournoi, libérer l'épée et ainsi notre monde des dangers qui le menacent!

Amen! Alléluia!

Il faisait grand jour quand Emilia ouvrit un œil puis l'autre pour découvrir une Prunella souriante penchée sur elle.

Bon jour à vous, Madame! J'ai fait apporter votre petit déjeuner!

Quelle prévoyance!, grommela t'elle, que s'est il passé?

Madame dormait profondément quand je suis venue hier soir, le Ministre Merlin a ordonné qu'on vous laisser reposer autant que voulu! Mais vous voilà bien éveillée!

*Commode...j'embête pas endormie!* Prune...et le Prince?

Il entraîne, Madame! Vous ne pourrez pas le voir jusqu'à la fin du Tournoi!

*Ouais...réduit en charpie, si pas de chance!* C'est quoi ça comme coutumes? C'est mon mari!

Prunella hocha la tête.

Oui, Madame, mais aussi l'Héritier!

Ce qui, finalement, voulait tout dire.

Je voudrais sortir, connaître un peu plus la ville...les alentours!, commenta t'elle en buvant son café, il fait beau, voir un peu de campagne, respirer de l'air frais!

Si elle avait proposé une virée en enfer, Prunella n’aurait pris un air plus horrifié.

Les femmes ne pouvons pas sortir avant le Tournoi. Nous ne devons pas être vues, nous devons nous recueillir!

*Pourquoi ça ne m'étonne pas? * Et on se recueille comment? En faisant tapisserie?

On prie, assura Prune, très déterminée.

*Ben oui, c'est adéquat!...Il m'a lavé le cerveau* Euh, non...je ne veux pas prier, pas tout le temps...J'ai des droits *Lesquels?*...Je ne suis pas prisonnière, ou oui?

Là, la mine de cette chère Prune fut tout un poème de contrition.

Non, Madame, pas prisonnière mais vous devrez vous tenir au Protocole...vous pourrez aller où vous voudrez une fois le Tournoi fini, avant cela, vous devrez rester dans la Tour!

HEIN? VRAIMENT?...Mais, ça ne va plus chez vous, ou quoi? M'enfermer? Vous avez perdu la tête!!!...Rater le Tournoi!? Franchement...on va voir ça!!! Je veux...non, en fait, j'exige, voir le Roi!!!

Mais Madame, c'est impossible!

D'un coup de main furieux Emilia balaya la table, se dressant comme une furie, épouvantant Prunella.

Je suis la femme du Prince, la mère de son enfant *Vas-y, t'es super!* je ne demande pas...j'exige, compris!?...Alors vas-y et dis leur de quoi il en va, sinon, je ferai un esclandre duquel ils auront du mal à se remettre!!!

Que la femme de l'Héritier fut capable de faire un esclandre de fin de monde nul n'osa le mettre en doute. Fulgurante colère sans perdre une once de majesté...eh oui, l'éducation Clairborne n'y était pas étrangère. Peu importa qu'illico se présentent la baronne Margulies, son air pincé et trois dignitaires interloqués, entre lesquels Pratt à bord de l’apoplexie, essayant, les pauvres, de raisonner la tête de mule qui rompait, très sciemment, chaque règle de leur sacro-saint protocole, pilier de leur société. Emilia ne céda pas d'un poil.
Le point sublime de cette crise de lèse-protocole arriva quand les portes à double battant de sa suite s'ouvrirent et la voix de stentor d'un chambellan tonna:

Sa Majesté, le Roi Hendrick!

Stupéfaction générale. Tout le monde plongea dans une profonde révérence pleine de respect, sauf Emilia, qui, plutôt surprise de l'efficacité de sa manœuvre, s'y prit sur le tard quand le Roi se trouvant déjà face à elle s'empara de sa main avec un sourire paternel, l'empêchant ainsi de trop s'incliner.

Allons, mon enfant, faisons simple, ajoutant à voix très basse, je trouve ces simagrées d'un ridicule!, clin d’œil complice avant de se tourner vers ses sujets, toujours en mode révérence, tout le monde dehors, je désire m'entretenir à seules avec celle qui étant l'épouse de mon fils bien-aimé  est désormais ma fille...Allez, vous aussi Pratt!

On attendit patiemment que ce petit monde interloqué se ressaisisse, ou du moins essaye de le faire, et vide les lieux. Emilia mesura plus ou moins l'étendue de ses actes et prit un petit air contrit.

Je ne voulais pas...enfin...ce n'est pas ce...

Trêve d'explications, mon petit, aucun besoin...vous vouliez me voir, me voici. Je comprends très bien votre confusion, tout est si étrange pour vous et ces imbéciles guindés invoquant le fichu protocole n'arrangeant rien, votre exigence me semble plus que juste. 

Elle crut quand même bon montrer une certaine humilité mais le bon roi Hendrick avait, soit un sacré sens de l'humour, soit était le plus juste des hommes...ou qui sait? si pas les deux en même temps!

Allons, ma chère Emilia, je ne vais pas croire que soudain la contrition vous ronge. J'aime les femmes qui ont du caractère, de la flamme...et vous me rappelez beaucoup la mère de Kit, elle non plus ne se laissait pas faire...puis, vous êtes superbe en colère, je comprends que mon fils vous aime autant.

*Ah bon?...Qui l'aurait cru?* Une petite question indiscrète...Vous avez vu la scène?

Et comment que je l'ai vue!
, il s'esclaffa de rire, la ressemblance avec son fils fut alors frappante, ma chérie, je suis le Roi...je vois tout, je sais tout...dès qu'une crise, pour minime qui soit, se suscite ici j'ai le droit omniscient de la visionner...bon, ça ne compte pas pour les scènes de ménage, je ne porte pas d'atteinte à la vie privée...Je dois dire que cela m'a beaucoup amusé de vous voir tenir ce beau monde à carreau...mais venez, asseyons nous!

Pour un Roi censé d'avoir du temps libre à compte gouttes, Hendrick administrait le sien avec largesse. En fait il semblait se ficher comme d'une guigne de ce pouvaient penser ses ministres et conseillers pour s'octroyer un long tête à tête avec cette belle-fille caractérielle, ne disons pas tombée du ciel, mais plutôt sortie du lac. Ils bavardèrent longtemps. Il raconta sa vie, plutôt longuette et sans beaucoup d'émotions depuis la disparition de son fils et puis la mort de sa femme adorée. Sa sincérité était criante, tout autant que sa solitude. La douleur d'avoir perdu les deux êtres les plus chers à son cœur n’avait jamais cédé mais il lui avait fallu vivre pour son royaume en faisant de son mieux pour en préserver son intégrité, se pliant ainsi à des us et coutumes que lui même jugeait obsolètes .

J'aurais pu, et dû, sans doute, faire quelque chose pour changer tout cela mais ne m'en sentais ni le courage ni l'envie...à quoi bon? Me disais je...en sachant que dès qu'Arthur deviendrait Roi, il n'en ferait qu'à sa tête et tout serait comme cela l'arrangerait, lui...Quel roi commode, n'est ce pas?

Pas commode, monseigneur, fatigué, accablé, triste, sans illusions..., d'un élan irréfléchi Emilia s'accroupit face à lui et prit sa main, je suis désolée que cela se soit passé de la sorte, mais on ne peut pas changer le passé...seulement le futur, et cela vous le pouvez...

Il eut un sourire chagrin.

Oui, mon fils m'est revenu...mais il n'appartient plus à ce monde et pressens qu'il ne voudra pas y rester!

Messire...Kit n'a jamais connu une vraie famille, sa vie n'a pas été facile...et pourtant c'est un homme magnifique, droit, juste *avec un caractère de cochon, imbu de soi et odieux quand ça lui prend*mais s'il sait que rester est sa mission...il le fera!

Soupir royal, sourire sans joie en tapotant sa main.

Mais c'est toi qu'il aime, assura le Roi en délaissant le vous si protocolaire en toute joie de cœur, et toi...tu n'appartiens décidément pas à ce monde ci...et crois moi, je ne t'en blâme point...parfois je me dis que si je pouvais tout planquer, je le ferais!

Les yeux d'Emilia pétillèrent de joie.

Alors, si nous arrivons à trouver le chemin du retour, vous n'avez qu'à venir avec nous et laisser vos sujets si compliqués se débrouiller...ce qu'ils feront sans aucun doute très bien...mais avant d'en arriver là, faut encore que Kit s'en tire, du fichu Tournoi!

Même le roi ne pouvait garantir l'issue de la lice, qui, selon ses explications, comportait nombre d'épreuves plus dures les unes que les autres. Personnellement, il éprouvait un profond dégoût pour ce jeu impitoyable mais ne pouvait rien faire pour l'éviter.

Demain, nous serons tous les deux là, tu seras à mon côté, peu importe si Arthur écume de rage et le Conseil veut opposer un veto...tu seras là et nous soutiendrons mon fils...mais je te l'avance, ce ne sera ni facile et encore moins évident. Maintenant je vais regagner mes royaux quartiers, m'y ennuyer à périr et tu resteras sagement ici...pas besoin de mettre tout le monde sur le qui-vive, plus ils seront calmes et plus facile ce sera pour nous...Tu ferais une magnifique reine, Emilia, mais je comprends...

Elle s'en voulut de ne pas lui avoir dit la vérité mais c'était mieux ainsi, pour le moment. On verrait plus tard comment remettre les pendules à l'heure.

Le lendemain, de très bonne heure, Prunella et deux autres dames de la cour se présentèrent pour s'occuper de sa toilette. Emilia eut envie de les envoyer se faire voir ailleurs mais le bon sens lui dicta de suivre gentiment le mouvement. Elle revêtit, sans protester, la tenue d'apparat proposée et subit, sans piper mot, les derniers détails. Prune restait en silence, contrite, les deux autres jubilaient, sans doute heureuses de mortifier "l'intruse". Quand on posa le diadème, très serré sur sa tête, elle ne put s'empêcher une grimace mais ne dit rien jusqu'à ce que le deux femmes ne  soient sorties.

Super...et maintenant, dis moi, Prune, à quoi vient ce cirque?

C'est la tenue indiquée pour le Tournoi, Madame!, souffla humblement la jeune femme.

M'en doutais..mais et ce diadème...pourquoi doit il me serrer autant? J'ai essayé de l'accommoder mais la bonne femme m'a tapé, mine de rien, sur les doigts...c'est normal?..On ne devrait pas me respecter un peu plus...ou du moins faire semblant?

Le soupir à fendre l'âme de Prune la mit sur avis.

Dis moi plutôt de quoi il en va, à force de soupirer on n'ira pas bien loin!

Ce diadème est censé de freiner toute émission télépathique,  énonça  Prunella, pour éviter que l'on puisse influencer les champions...les aidant ou au contraire essayant de les confondre!

On pense à tout!, marmonna t'elle, je vais en plus, finir avec une migraine épouvantable!

Prunella lui coula un regard sincèrement apitoyé tout en souhaitant de tout cœur que Madame sache se tenir et ne fasse pas une de ces scènes qui mettaient tout le monde en franc émoi, quoique deviner qu'elle était dans les bonnes grâces du Roi la rassura quelque peu.

Honneur suprême ou mesure de sécurité? Sans doute, il en allait des deux. Emilia voyagea dans le véhicule royal  jusqu'à la version  moderne et immense d'un cirque de l'antique Rome.

C'est assez démesuré, dit le Roi en ton de presque excuse, mais ce genre d'extravagance est cher à ma cour...et à mes sujets!

Une foule bigarrée, bruyante, excitée se pressait pour entrer.

*Ouais...comme les Romains pour voir les chrétiens se faire bouffer par les lions...charmant peuple!*

La loge royale les reçut. Installation en tout confort. La foule avait applaudi à tout rompre en voyant apparaître le Roi mais une rumeur sourde avait fait place à la liesse en la voyant se tenir à ses côtés. D'un geste impérieux, Hendrick ordonna le silence.

Ne fais pas attention, mon petit, ces sots se laissent raconter n'importe quelle histoire par ceux qui craignent voir leurs intérêts lésés!

À bon entendeur...

Un serviteur très stylé leur fournit des petites jumelles, bien qu'ils n'en avaient pas vraiment besoin, des écrans géants transmettaient une image d'une netteté incroyable qui donnait l'impression de se trouver à deux pas des champions et non pas dans la loge royale. Kit était là, sobrement vêtu d'une combinaison grise alors que l'odieux Arthur portait du rouge. Emilia sentit le regard de Kit se poser sur elle et aurait voulu pouvoir lui sourire, faute de mieux mais ne réussit qu'à souffler: Je t'aime!, en sentant son cœur broyé de désespoir.
Discours et fanfare, un compte à rebours plus tard acclamé par le peuple en délirante liesse, les Champions disparurent subitement comme si le sable de l'arène les avait avalés. Emilia ne fut pas consciente d'avoir hurlé mais la main rassurante du Roi posée sur la sienne la rasséréna assez  pour ce qui suivit.
Dès qu'elle vit le scénario planté, Emilia sut avoir déjà vu tout cela.

Ce n'est pas possible...c'est exactement pareil!...C'est...

C'est quoi, mon enfant!?
, s'étonna Hendrick, exactement pareil? Mais à quoi? Tu ne peux pas avoir vu quelque chose de semblable...

Oh que oui, je vous assure...pas dans la vie réelle mais dans un film...et pas qu'un seul...c'est aberrant...ce que je me demande est...qui a copié qui?

Le bon Roi ne comprenait rien à ses élucubrations, qu'à cela ne tienne, Emilia savait très bien de quoi elle parlait. Et si tout se passait comme elle se souvenait ce ne serait décidément pas une partie de plaisir, très loin de là.

*Là,c'est réel...c'est Kit qui se bat dans cette joute démente...!*

À mesure que le Tournoi s'écoulait, suivi par un public avide d'émotions fortes et de sang si possible, ponctué de clameurs jubilantes ou d'exclamations variées selon l'issue du moment. Certains jouteurs ne firent pas long feu et leur mise hors-jeu fut accueillie selon l'humeur de ceux qui les soutenaient ou pas.

Mon fils s’arrange très bien!, jubila le Roi.

Oui, parce qu'il est futé comme un renard et a été élevé par des Indiens, informa Emilia sans quitter des yeux l’écran, c'est un sacré pisteur et sait plein de trucs...

Je n'ai rien compris!, soupira Hendrick, c'est quoi des Indiens?

Je vous raconte plus tard...regardez moi ça...il a réussi à ouvrir les sacs sans se faire avoir...vas-y, mon chéri...TU PEUX!!!

Ce n'était sans doute pas habituel du tout qu'un occupant de la loge royale se laisse aller à ses émotions si librement, Emilia s'en fichait comme de sa première chemise en criant, riant, exultant, jurant aussi, se mordant les ongles, encourageant son favori, tant et si bien, que sous l’œil attendri de Sa Majesté, peu à peu, on se mit à copier son style débridé pour suivre le Tournoi, découvrant ainsi, du coup, que ça aidait à gérer les tensions.

Le soir tombait sur le fastueux cirque et ailleurs aussi. Cela faisait un long moment que Chéri tournait en rond déguisé en arbuste, se fondant à merveille dans la nature qui l'entourait.

Drôle de manœuvre!, soliloqua Hendrick.

On appelle cela camouflage!, informa Emilia, il se sait pourchassé...et n'a pas tort...les autres se sont alliés...il n'y va pas de main morte, votre cher neveu...le triple salaud!!!

Mon petit!!!

Emilia laissa échapper un ricanement.

Désolée, mais je vois ce que je vois et ça ne me laisse aucun doute sur les desseins de certains!...Demandez à suivre tous leurs faits et gestes, vous verrez...et saurez!...Vous pouvez le faire, vous êtes le Roi!

Hendrick n'avait pas l'habitude de donner des ordres à tout bout de champ, il n'aimait pas se montrer péremptoire mais animé par la fougue d'Emilia, suivit son conseil. Leur écran passa en mode surveillance exclusive de...quatre jouteurs. Ce qui s'en suivit eut de quoi donner au Roi des hauts de cœur. Arthur montrait sa véritable nature, et ce n'était pas du beau à voir. Emilia en serait devenue folle de douleur si quelques détails minimes et une certaine connaissance de cause ne l'avaient rassurée sur le vrai sort de Mr.Brown. Pas ainsi le Roi qui semblait près de s'effondrer de chagrin.

Kit vit, je vous le jure...je ne sais pas ce qu'il a fait ni comment...mais il est là, je le sais!, le conforta t'elle de son mieux, c'est votre fils, non?...Il a apparemment quelques dons ignorés qu'il vient de découvrir! *Veux bien savoir lesquels!*

Pour le moment, tout semblait calme dans cette forêt-lice. Les esprits échauffés du public s'apaisèrent un peu mais l'énorme cirque n'était que murmures et conjectures, ce serait une longue nuit!
Il n'en allait pas autrement dans la loge royale passée depuis un moment en mode nerfs à vif suivant l'exemple de la nouvelle Princesse royale qui quand on parla de rentrer au Palais, s'y opposa véhémente.

Mon mari est là dehors, seul contre tous...je ne vais pas rentrer me coucher comme après une soirée cinéma...ça jamais!!! Je veillerai avec lui...je suivrai chacun de ses pas...en tout cas, et que ce soit clair, je ne bouge pas d'ici!!!

Le bon Roi Hendrick hocha la tête, en souriant.

Ainsi soit-il alors...Nous restons!!!, et de claquer des doigts, très élégamment.

Ah bon?...Les fauteuils sont confortables, ça devrait aller...

J'ai mieux, assura le Roi avec un clin d’œil, pour tous!!!

Ordre royal exécuté en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Emilia soupçonna que ce n'était pas exactement une première en voyant se déployer sous ses yeux ébaubis un décor nouveau jailli, au premier coup d’œil de nulle part, qui transforma la loge royale en spacieuse suite avec habitations privées dotées de tout le confort nécessaire. Et si cela n'avait été que leur loge, ce fut tout le cirque qui se transforma. Les places du public muèrent en autant de corolles de mille couleurs, isolant les spectateurs dans des espèces de cocons douillets.

C'est...de la magie!!!

Un peu de ceci, un peu de cela!
, concéda le Roi en riant, et maintenant dînons...ce sera une longue veille!

Emilia ne dormit pas, sans cesse attentive à l'écran réduit qui lui permettait de suivre chaque mouvement de Kit. Pour la nuit, on lui avait ôté l'encombrant diadème le remplaçant par un bandeau avec les mêmes fonctions. Tout le monde portant le même, elle n'osa protester.
Le petit matin la surprit, les nerfs à fleur de peau, et elle n'était pas la seule. L'activité reprenait même si personne ne semblait avoir vraiment dormi. Dans la forêt, la joute reprenait aussi.

Arthur et ses sbires d'un côté, Kit en mode invisible à leur suite. Situation qui se dévoila très vite. D'abord par l’exécrable meurtre de ce pauvre  Moriardred de la main d'un Arthur impitoyable et puis par l'étrange musique qui fit danser les derniers jouteurs en place. On retenait le souffle dans toute l'immense enceinte. Du résultat de cette dernière échéance dépendait le sort du Royaume. Et tous avaient vu de quel bois était fait Arthur, qui ne doutait pas à jouer de tous les atouts en son pouvoir, magie noire inclus. Voir Kit blessé et défaillant faillit la rendre folle. Personne ne bougeait le petit doigt, même pas Papa le Roi qui en crevait d'envie mais semblait comme tout le monde, muselé par leurs fichues coutumes.

IL VA MOURIR!!!!, hurla t'elle, faut l’aider...Arrêtez ce jeu débile!!!, parler à un mur de briques aurait sans doute donné meilleur résultat, certes ils étaient tous tétanisés d'horreur...mais quand même.

Et ce fut Prune, qu'elle n'avait même pas remarquée depuis la veille, qui se postant à ses côtés lui souffla:

La trousse...il faut qu'il ouvre la trousse et utilise une des seringues...Écartez un peu le bandeau, on avait omis de lui remettre le fameux diadème, à peine...on ne remarquera rien...pensez très fort! Pensez à lui...il vous entendra...

D'où tiens tu ça, Prune?


Un rire soyeux la surprit autant que la voix qui n'était pas celle de Prunella disant, à son dos:

Je veille toujours sur mes Élus!


Retournée tout de go Emilia se trouva en train de dévisager...Louise Warrington ou, compte tenu de ce monde où se mêlait magie et réalité, sa réplique exacte, vêtue d'un blanc lumineux, éthéré, ce qui convenait parfaitement aux circonstances. Si Henry était Merlin...elle ne pouvait être que...

La Dame du Lac...Vous êtes...

Je sais bien qui je suis, enfant, mais seule toi peux le sauver...focalise tes pensées...aide-le!

Tout douceur, ses mots étaient impérieux. Emilia reprit son hoquet de surprise et s'appliqua à faire ce qu'on lui disait...et Kit sembla piger, si pas au quart de tour, assez vite comme pour sauver la vie. Quand elle le vit, sur l'écran reprendre gaillardement son chemin, Miss Clairborne se retourna à nouveau pour regarder la femme en blanc mais ne trouva personne.

*Ça y est, t'as des visions...pourtant j'ai vu ce que j'ai vu...et ça a marché!*

Et voilà que la tant convoitée Exkaliburg, clé du pouvoir, héritage des siècles choisissait son maître, en se posant gracieusement dans la main de Kit après avoir transformé Arthur en molécules éparses diluées dans l'air de ce matin glorieux.

*Là, elle cloche grave,  le légende...ce n'est pas une épée mais un désintégrateur comme ceux de la PTE...Je me demande ce que ça veut bien dire?*

La suite ne lui laissa pas trop de temps pour réfléchir. À vrai dire, les événements se précipitèrent de manière peu élogieuse, et si on y pensait un peu, pas trop surprenante.La faction des mécontents semblait, hélas, dépasser celle des satisfaits et en un temps deux mouvement une houle d'émeute secouait la foule. Avant d'avoir pu échanger deux mots avec le Roi, Emilia se vit entraînée vers un véhicule banalisé qui partant sur le chapeau des roues, prit la route du Palais.

Je veux voir mon mari...LE PRINCE!!! JE VEUX VOIR LE ROI!!!

Sauf que cette fois, on faisait ouïes sourdes à ses réclamations et arrivés au Palais, on l'enferma à double tour, ni plus ni moins, dans ses appartements.

Non mais, sont tous devenus fous ou quoi!? AU SECOURS!!! KIT!!!MAJESTÉ!!!MERLIN!!!...PRUNE!!!, deux options s'offraient: ils étaient tous devenus sourds ou les murs étaient insonorisés, ce qui ne l'empêcha pas de continuer à s'époumoner comme possédée jusqu'à ce qu’enfin la porte s'ouvre livrant passage à un Pratt ayant perdu beaucoup de son humilité.

Vous allez vous calmer, et ça immédiatement!

Ouh! Je dois quoi? Crever de peur?...Dites plutôt, et vite fait, à quoi on joue là!?

Vous n’avez donc rien compris, petite idiote?, apparemment il jurait que non (sans avoir trop tort!), c'est fini...pour lui, pour vous...et ce pauvre roi qui ne nous mènera à rien! Arthur...

Allez raconter des salades ailleurs, votre Arthur est parti en fumée...on l'a vu tous se faire désintégrer!

Pratt partit d'un rire dément, de ceux qui laissent soupçonner que ça ne marche pas trop rond (chez celui qui rigole) avant de se reprendre assez pour informer:

On a tous cru voir notre Prince disparaître mais IL est de retour!

À vrai dire pareille nouvelle avait de quoi décontenancer l'esprit le mieux trempé, Emilia ne fut pas l'exception. Pendant quelques secondes elle resta muette de stupeur face à un Pratt rengorgé de fierté comme s'il avait été personnellement artifice de ce miracle.

Mais...euh...c'est impossible, souffla t'elle avant de se reprendre assez pour prendre son meilleur petit air guindé en s’enquérant , j'exige de voir le Roi et mon mari, le Prince!

Vous n'êtes personne pour exiger quoique ce soit, Madame, l'inflexion moqueuse sur ce dernier mot la mit sur avis, sachez, en plus que ni le Roi ni le Prince ne sont disponibles pour le moment.

Arquant son sourcil droit de la façon la plus méchante possible, Emilia foudroya l'impertinent d'un regard acéré.

On en est donc là? En d'autres mots, ils sont retenus prisonniers, c'est cela?, vu l'air ravi de l'autre, elle avait tout bon, le suis je aussi?...

À votre avis?, lâcha Pratt, venimeux.

Oui, m'en doutais...je suis...très fatiguée...me laissera t'on rester ici? Ou...ce sera le cachot?, ce dont elle avait besoin était gagner du temps pour penser.

Pas besoin de jouer votre grand numéro, pour le moment vous demeurez dans vos appartements mais qu'on n'entende plus vos glapissements, compris?

*Allez vous faire foutre!*... oui, j'ai sommeil, là!...Est ce que Prunella est encore à ma disposition?

Cette petite idiote?...ma foi oui!


Le pleutre de service sorti, Emilia fit un effort pour mitiger son envie de se remettre à hurler à pleins poumons. Quelque inattendu s'était produit entre la victoire fulminante de Kit et les minutes suivantes. Elle comme le reste avaient vu Arthur désintégré sans espoir de retour...or là on lui disait qu'il était bel et bien vivant. L'affaire demandait d'être examinée de près, mais bien entendu, enfermée dans sa chambre, elle n’irait pas bien loin.
Contre toute attente, Prunella fut là dans les minutes suivantes, avec une célérité digne de soupçon, selon Emilia frôlant déjà la paranoïa.

Tu as fait vraiment vite!
, remarqua t'elle, acide sur les bords, ils te tenaient prête à entrer en scène?

Prunella, la considéra, ahurie, avant de se mettre à pleurer comme une gamine affolée.

Vous...vous ne pouvez pas...pas croire ça!!! Jamais je ne serais capable d'une traîtrise pareille..suis loyale au Roi, moi!, et de se lancer dans une tirade entrecoupée de sanglots, hoquets et reniflements narrant par le menu ses misères pendant les dernières heures.

C'est bon, je te crois...mais calme-toi! Ils sont tous mabouls dans ce bled...Il y en a même qui croient que leur cher Arthur est frétillant de vie!

Nouvelle crise larmoyante, là, Prune semblait en proie d'un désespoir sans nom. Emilia hésita à lui envoyer un verre d'eau sur la figure pour la calmer ou le lui donner à boire, optant charitablement pour la seconde alternative.

Allez, pas la peine de te mettre dans cet  état...Il est mort, bon débarras!

Mais non, piailla Prune, défaite, c'est là le problème...IL EST VIVANT!!!

Tu es folle, toi aussi...je l'ai vu s'enfumer...


JE L'AI VU!!!

Voilà un détail qui risquait de bien changer la donne. Ce revirement...ou résurrection, c'était bien le cas de le dire, représentait un danger imminent et à coup sûr mortel, parce que si le Prétendant était de retour ce ne serait sans doute pas pour fraterniser tendrement avec ceux qui s'étaient réjouis de sa disparition.

J'ai du mal à y croire!, grommela Emilia, chez nous quand on est morts...on est morts...sauf une exception et on ne va pas me dire, que même dans ce monde tordu Arthur est le Messie de retour pour sauver nos âmes...etc...etc...

Pour alors, Prunella commençait à se demander si la Princesse, sous le coup des émotions, ne perdait pas gentiment la tête.

Madame...regardez plutôt!, elle avait activé le grand écran plat. On diffusait les nouvelles. En fait LA NOUVELLE. Avec un pragmatisme laissant à désirer, le journaliste chantait les louanges de Celui Revenu de la Mort, le même qui en direct, participait à une conférence de presse.
Estomaquée, Emilia se laissa choir dans le premier fauteuil venu, regardant avidement les images. Entouré de sa cour de fidèles, siégeait le Prétendant. Il souriait, hochait la tête, promenait son regard sur l'assistance, semblait s'agacer de tant de remous mais ne disait pas grand chose...À peine un oui ou un non, en se passant rageusement la main dans les cheveux.

Il est vraiment énervé!, souffla Prune, d'habitude il garde son aplomb...Ce doit être la lumière...je l'ai toujours trouvé plus blond...et là...il a même l'air plus grand...c'est fou ce que fait la caméra, non?

Tu peux le dire, soliloqua Emilia en s'approchant de l'écran, *moins blond, plus grand...cette façon de passer la main dans les cheveux...qui étaient plus longs ce matin, j'en suis sûre...Bonté divine!!!*, elle s'assit à même le tapis, le nez scotché à l'écran, et son regard...*

Si je ne le voyais pas, je jurerais que ce n'est pas lui!
, s'amusa Prune oubliant pour un moment son émoi, on croirait presque qu'il est gentil...il est si arrogant d'habitude!

Mourir rend les gens plus humbles, je suppose!...*Comment il s'est arrangé, celui-là, pour se trouver là?...* Prune...il est où, en ce moment?

Salle du Trône
, informa t'elle, laconique, où d'autre?

Je dois aller le voir!


Cette fois, Prune décida que Madame avait besoin urgemment d'assistance médicale, s'apprêtant à ameuter les alentours sans compter avec le placage en toutes règles qui la mit à terre, enjambée par une Emilia pas du tout conciliante.

Tu la fermes, Prune...si tu veux m'aider, ce n'est pas en faisant du tapage que tu y parviendras...C'est impératif que je rencontre Arthur...bien plaidée, la cause peut tourner en bonne faveur!

MADAME!!! Vous ne pensez tout de même pas vous abaisser à ÇA!!!

Compte tenu de sa mine horrifiée, Emilia supposa qu'elle supposait que...enfin ce qu'on pouvait supposer dans une situation de ce genre dans une histoire biscornue comme celle en cours.

Bon sang...NON!!!...Tu en as des idées...je veux lui parler, c'est tout!

Sauf que lui, il ne parle pas aux femmes...sauf votre respect, Madame...il saute sur tout ce qui bouge! 

AH!...Oui, enfin, vu comme ça...mais...peut-être qu'après cette expérience métaphysique-existentielle...il révisera ses mœurs...

Ce qui ne sembla pas convaincre la chère Prune le moins du monde, qui tenait de bonne source des informations scabreuses sur la légèreté des dites mœurs.

Madame, ce serait vous jeter dans la gueule du lion!

Chez nous on se jette dans celle du loup, mais enfin...Peu importe..si cela peut aider...*Et si je me goure...c'est fichu!*

La jeune femme faillit se prosterner à ses pieds, éperdue d’admiration, de respect. Emilia la releva vivement.

Arrête ce cirque...je ne suis pas une vierge martyre s'offrant sur l'autel de la justice et rédemption...veux juste essayer de le raisonner...As tu plutôt une idée pour nous tirer de là?...Pour nous tailler, Prune...nous sauver? Ficher le camp?

La pauvre fille semblait être un peu lente à la détente mais on pouvait laisser ça au compter du chamboulement émotionnel. Emilia s’interdit de lui filer une paire de baffes, attendant qu'elle reprenne ses esprits toute seule, ce qui prit un certain temps, mais on y arriva quand même.

Il n'y pas de garde à la porte!

Vraiment!? Et tu n'aurais pas pu le dire plus tôt!?...Non, non...ne recommence pas à pleurer...du cran...on va y aller en douce...Je sais que tu as la trouille...si on nous pince, tu diras que je t'ai prise en otage! Compris?

Soit dit en passant, Prunella ne pigeait pas grand chose aux élucubrations de cette drôle de Princesse mais opta pour suivre cet héroïque mouvement.
La porte, fermée à double tour posa quelques problèmes, coûta deux épingles à cheveux et quelques jurons jamais entendus (les dames à New Albion ne savaient pas jurer!) mais finalement, le pêne de la serrure joua.

On y va!!!

Et pour y aller, elles allèrent. D'abord discrètes comme des souris, longeant les murs pour un peu plus loin, compte tenu du calme plat et totale absence de vigilance, filer bon train en relevant leurs jupes, (elles portaient encore leurs habits de cérémonie), Prune, qui connaissait le chemin allait en premier, gentiment houspillée par Emilia qui était pressée d'en finir, mais, hélas, la chance ne les accompagna pas trop longtemps. À un détour de couloir elles tombèrent nez à nez avec Pratt escorté d'une petite patrouille armée. Impossible faire demi tour, en un temps deux mouvements, l'ex-insipide conseiller se réjouissait de les voir écrouées, entravées et évidemment vaincues.

Vous me rendez les choses plus faciles, railla t'il, très imbu de ce pouvoir tout neuf qui le faisait se sentir si bien, merci, Madame! J'allais de ce pas vous chercher!

Sans doute pas pour m'inviter dîner?
, persifla t'elle, traître, fourbe renégat...misérable...( enfin, tous les synonymes y passèrent!) Vous ne l'emporterez pas au Ciel!

Ce qui ne sembla pas préoccuper le sournois personnage plus que ça, sans faire aucune attention au verbe enflammé de l'une et aux larmes de l'autre, il ordonna qu'on emmène les prisonnières aux appartements royaux. Prune paniquait, Emilia voulut la soutenir et calmer mais Pratt l'écarta méchamment.

Enfermez la petite! Celle là, je la mène personnellement à Roi Arthur qui, disons, est impatient de la voir!, rire entendu partagé par les hommes de la patrouille alors que Prune hurlait de son mieux avant qu'une des brutes de service ne l'assomme alors que Pratt accrochait le bras de sa captive et l’entraînait à sa suite alors qu'elle déversait sur lui le plus riche répertoire d’insultes "haut de gamme" qu'il n'ait entendu de sa vie. Il eut sans doute envie de la frapper mes se retint. Il avait des ordres.

*Elle va avoir droit à un fameux quart d'heure, cette mijaurée...elle sera plus humble après!*

La double porte massive fut ouverte par deux gardes armés jusqu’aux dents jouant les chambellans. Pratt avança, radieux et d'une poussée vicieuse, propulsa Emilia aux pieds de l'homme qui se tenait là. Hiératique, grand, puissant, supérieur, dominant la scène. Pratt courba l’échine, excellant dans l'exercice.

Mon Seigneur...vos vœux sont exaucés...voici la femme de votre ennemi!...Baisse la tête, femme, soumets toi à ton Maître!

Pauvre salaud, mille fois maudit!, gronda Emilia en se redressant assez comme pour lui envoyer un coup de pied droit au tibia qui le fit hurler de douleur et rage, il voulut la frapper (encore) mais un geste péremptoire de son nouveau maître arrêta sec sa vindicte. Renvoyé sans plus, Pratt recula humblement, échine courbée sans jamais tourner le dos au nouveau souverain en service qui, tous le savaient, n'avait aucune réputation de commode. La porte fermée, Emilia leva discrètement le nez du précieux tapis.

Ça me tue le suspense!...C'est toi?
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Nelly Watts

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MessageSujet: Re: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Lun 26 Fév - 14:48

Somme toute, être marraine ne devait pas réclamer tant d’attentions que cela. Celle de Nell n’était autre que la mère de sa cousine Emilia et, franchement, en avoir une ou pas tenait du pareil au même. Pourtant, pour Alexander Lescot, Miss Watts se promit d’en être une bien meilleure que celle connue.  Il serait gâté, le petit bout. Hélas, on n’eut pas beaucoup l’occasion de profiter pleinement des agapes du jour béni du bout de chou. Évidemment Kit avait merdé à moins que ce ne soit Emilia ou, plus probablement, les deux. Voir Emilia si mal en point crispa Nell plus que prévu. Ce qui s’était passé, elle le sut instantanément par un sondage télépathique quasi spontané et, outre l’angoisse au sujet de la blessée, ce fut un profond sentiment de culpabilité qui l’investit. Si elle s’était montrée plus vigilante, rien de tout cela ne se serait produit. Hélas, aucun retour en arrière n’était envisageable au risque de créer une nouvelle ligne temporelle.
 
*Fameux colonel…*, songea-t-elle dépassée par les évènements.  
 
Tandis que Martin s’affairait, que Dave calmait Kit, Nell ne put qu’apporter un peu d’aide au médecin en jouant à l’infirmière.  Tout se calma pourtant et
, malgré les avatars diversement connus pour fustiger les méchants et récupérer la moto de Kit, on put s’estimer chanceux. Remise de ses émotions, jugeant qu’un bon repos leur serait salutaire, Emilia leur organisa un week-end prolongé dans un chalet au bord d’un lac. Se croyant tout permis en dédommagement de ses blessures, la belle voulut accompagner Kit en Harley. Pourquoi pas ?
Nell et Dave s’y rendraient en voiture avec Oscar en chaperon.  
Encore jeune, l’énorme toutou n’apprécia pas la longue balade en confinement. Il fallut donc s’interrompre de multiples fois pour divers besoins du chien.
 
C’est pas plus mal, rit Nell en sirotant un soda appuyée sur la carrosserie. Il s’amuse au moins.
 
Sous-entendu : moi pas.
Pas que la compagnie du sergent Clayton la bassine mais, entre eux, résistait une tension indistincte qui les mettait aussi bien mal à l’aise l’un que l’autre.
Pour éviter les sujets lourds, les jeunes gens n’abordèrent que des banalités ou s’étendirent su les frasques d’Oscar bien décidé, semblait-il, à écharper les pauvres coussins des sièges-arrière.
 
 
Au bout de 50 miles ; Nell s’enquit :
 
On va faire quoi là-bas, à ton avis ?...
 
Il voulut savoir son opinion avant de se prononcer. Elle sourit, ironique :
 
On se promènera dans mes bois à observer la flore et la faune, sans doute un petit plongeon au lac si la température le permet, et le soir jeu de société après bbq. Tu penses autre chose ?
 
Il ne pensait à rien, prêt à tout accepter pour se vider la tête en priorité.
Sur le mauvais chemin enfin trouvé dans la forêt, Nell s’effara en regardant sa montre –bracelet :
 
Misère ! Quatre heures de retard. Où ils se sont déjà étripés ou ils nous attendent pour passer un sale quart d’heure en récriminations.
 
Ce ne fut ni l’un ni l’autre car, à leur grand dam, la grille du domaine était verrouillées. Ils sonnèrent, hélèrent longuement avant de voir le majordome favori d’Emilia se pointer :
 
Vous êtes les invités ? Clayton et Nell ? Il n’est rien arrivé de fâcheux en route ?  J’étais très inquiet.
 
Milie n’est pas encore arrivée ? Elle devrait nous devancer d’au moins deux heures !  
 
Marri, le vieil homme émit ses hypothèses allant de la plus banale à la pire. Ils s’étaient perdus en route, avaient crevé, changé d’avis ou… étaient morts dans un accident terrible.
L’ennui de ce bled est que l’on ne captait quasi aucun réseau de communication. Il fallut se rabattre sur la petite ville la plus proche afin de joindre l’un ou l’autre ami.
Laissant Oscar au majordome, Dave et Nell repartirent dans un sens puis dans l’autre sans rapporter le moindre indice sur les absents. Ils rentrèrent aussi frustrés qu’affamés. Heureusement, l’employé s’était activé, et un bon repas chaud n’attendait qu’à être avalé.  Sitôt ses couverts posés, Nell déclara forfait :
 
Vais me coucher. S’ils ne débarquent pas cette nuit, on diffusera un avis der disparition… rester…,
 
Dave savait se montrer tellement charmant et persuasif...
Bien qu’elle redoutât un peu l’intimité avec ce grand gaillard, Nell admit qu’un petit digestif ne nuirait pas. Chacun dans un fauteuil, face à face devant un bon feu revigorant, ils baissèrent enfin leur garde de quelques crans :
 
C’est une très jolie habitation, commenta Nell pour meubler les vides. Douillette, bien agencée, le calme y est parfait…Oui, ça je virerais !
 
Elle faisait allusion aux très – trop – nombreux trophées de pêches et de chasse qui ornait tous les pans de murs visibles.
Pour détendre vraiment l’atmosphère, Dave conta ses récits de chasse personnels dont les anecdotes plurent beaucoup à Nell qui s’empressa de narrer les siens :
 
Un oncle voulait absolument me faire tirer un brave cerf. J’ai piqué une pseudo crise d’allergie dont les éternuements ont fini par le faire fuir !
 
L’alcool aidant, on passa une bonne soirée qui s’acheva par un tournoi de trivial poursuite qu’ils terminèrent Exæquo en riant.
Un « bonne nuit » cérémonieux devant chaque porte ensuite, on ferma les rideaux.
 
Où diable étaient-ils passés ? Mine de rien, Nell dormit mal. Sans cesse l’interrogation l’avait assaillie ainsi que d’autres questions. Kit et Emilia le faisaient-ils exprès pour la laisser seule avec Dave ? Connaissant son intrigante cousine, c’était possible. Ou alors, on les avait contactés et envoyés en mission. Mais là, Nell n’y croyait pas trop. Elle était le colonel responsable de ces novices. À moins, bien sûr, que ce grade ne soit que purement honorifique, allez savoir ? Bref, au matin, Miss Watts ne valait pas une chique. Levée tôt fatalement, elle entreprit d’explorer les placards pour concocter un petit dej royal. Cela lui faisait plaisir de s‘occuper ainsi, et elle savait que Dave apprécierait.
Il ne tenait pas la grande forme non plus quand, enfin, il descendit à la cuisine.
 
Salut ! Bien dormi ? … Ben moi non, ça se voit, non ? … Oui, j’ai laissé Oscar sortir après sa pâtée ;  d’ailleurs, cela fait un moment déjà.
 
Du coup, Dave voulut retrouver son toutou. Plantée dans ses poêles et casseroles, elle l’entendit appeler son chien à grands cris, sans grands succès apparemment. Cela dura tellement que l’inquiétude la gagna à son tour. Prenant soin de couper les becs de gaz et le perco, Nell se mit à fouiller l’arrière du terrain par où Dave était passé. Curieux spectacle s’il en est. Dave se démenait auprès du monstre poilu bien décidé à ne pas quitter le ponton sur lequel il s’obstinait à rester couché. Dave avait beau l’exhorter verbalement, le tirer ou le pousser, Oscar ne cédait pas un pouce de terrain.
 
Eh ! Un coup de main ? rit-elle devant ces tentatives infructueuses.
 
Dave accorda non sans maudire sa bestiole têtue.
 
Se marrant, Nell passa sa main contre celle du maître sous le collier d’Oscar. La réaction du toutou les prit de court. D’un ressort inattendu, les entraînant à sa suite, Oscar sauta dans le lac. Oh, le beau plouf !  
Emergeant, les jeunes gens ne savaient s’il fallait rire ou se fâcher. Ils choisirent la 1ère option en rouspétant quand même le fauteur de troubles :
 
C’est vraiment malin, Oscar ! T’es content ?
 
Le chien l’était tellement qu’il leur échappa en pédalant vigoureusement des pattes pour s’éloigner encore. Là, Dave pesta pour de bon. Que faire d’autre que d’essayer de rejoindre ce fou trempé ?
Dans un crawl acharné, la chasse fut lancée. Aguerris tous les deux aux sports nautiques, Dave et Nell n’eurent aucun mal à rattraper le fugitif qui se rebiffa comme il put. Cette fois, la poigne de fer déployée par les agents de la PTE maîtrisèrent le rebelle. Sauf que, à peine une remontée vers la rive amorcée, ils perçurent nettement un mouvement des ondes alentours.
 
Dave, il y a des bêtes là-dessous ? s’inquiéta la jeune femme… si tu le dis ! N’empêche que ça prend de l’ampleur. TIRE ! FOUTONS LE CAMP !
 
Encerclés par un tourbillon de plus en plus puissant, ils ne surent pas lutter contre le courant aspirant. En un clin d’œil, homme, femme, chien, furent avalés.
Toussant, crachant, ils avaient l’air fin sur la rive où ils récupérèrent leurs esprits. D’autant qu’Oscar s’ébrouait copieusement à proximité.
 
T’es fier de toi ? le vilipenda Nell. Tu as failli nous noyer, espèce de…
 
Son insulte lui resta coincée dans le gosier douloureux par le saisissement. Là, à quelques mètres, se tenait un personne très, mais alors très inattendue :
 
Lou… Louise ? Qu’est-ce que tu…
 
Je ne suis pas Louise. Mon nom est Viviane. On m’appelle plus communément la Dame du Lac.  
 
L’ébahissement premier passé, il suffit d’un regard à Dave pour que les deux s’écroulent dans une irrépressible crise d’hilarité :
 
C’est la meilleure de l’année, hoqueta Nell. Je ne te savais pas si marrante, Louise !  Si tu me sors que Henry est Merlin, je mouille mon slip, sauf qu’il l’est déjà, ah, ah, ah.  
 
Ben, au final, cette Viviane-Louise n’était pas si marrante que cela. Elle darda le couple d’un regard  si étrange que le sérieux revint illico :
 
Enfants ! Cessez vos gamineries, ceci n’est pas un jeu. Je vous ai fait venir dans un but précis et j’entends que vous m’écoutiez, le temps presse.  
 
Soudain attentifs, très intrigués, Nell et Dave ouïrent un étrange récit.
Le crâne sous pression, Nell tenta d’ordonner la narration subie :
 
Si je pige quelque chose à ce charabia, vous nous avez fait traverser vers un monde parallèle au nôtre ? Vous êtes le sosie de Louise, Henry celui du ministre Merlin, vous vivez la légende arthurienne ou quoi ?
 
Appelez cela comme vous voulez, le fait demeure : Alexander, l’héritier du trône, est de retour. Dans moins de deux heures, il va pulvériser Arthur, le neveu du roi Hendrick. L’opposition à l’accession, sera énorme. Kit a besoin de vous.
 

Kit ? Vous avez dit Kit ? Kit Brown, notre Kit ?
 
Une histoire incroyable se compléta, les laissant paf. Évidemment Dave se marra en imaginant Kit sur un trône autre que celui des communs.
Glaciale, Viviane remit les pendules à l’heure :
 
Riez si bon vous semble ! Néanmoins, Mr. Clayton, j’ai le déplaisir de vous informer que vous êtes le sosie d’Arthur. Nous devons jouer avec cette ressemblance afin de confondre les partisans du futur défunt. Pensant Arthur vivant, ils se rallieront à vous. Démasqués, empêchés de nuire, alors – et alors seulement – La nouvelle Avalon sera en paix.
 
*Tu crois ce qu’elle dit ? * demanda en pensée Nell à Dave.
 
Sceptique comme elle, il demandait à voir. La dame du lac endormit Oscar d’un claquement de doigts, de quoi laisser marri les jeunes gens. Dave tenta de se rebiffer, Viviane l’apaisa :
 
Vous le récupérerez votre tâche accomplie. Avouez qu’un bestiau pareil ne passe pas inaperçu et Arthur déteste les bestioles. Mettons-nous en route.  
 
Drôle de route, franchement. Noble, semblant grandir à vue d’œil, la magicienne étendit juste les bras vers eux ; ils perdirent toutes notions du temps et de l’espace.
 
Un chaos innommable régnait. Des immeubles s’écroulaient dans des gerbes en fusion. Partout bâtiments et gens s’embrasaient mieux que des torches. Un énorme champignon s’éleva à l’horizon ; son souffle meurtrier, pire que l’haleine de Lucifer, consuma tout sur son passage.    
 
En réveil, Nell avait connu mieux ou pis selon les cas. Le cauchemar vécu la laissait lavette en nage. L’atroce sensation de désastre imminent ne se dissipa qu’avec une vision qui, précisée, la fit tiquer fortement :
 
Toni ? Que fais-tu ici ?
 
Par l’air offusqué de la gente dame ou par la raison qui lui revint d’un coup, Nell rajusta le tir :
 

Désolée. Vous ressemblez trait pour trait à une vieille amie, mais vous n’êtes manifestement pas ma Toni.
 
En effet, qu’aurait fabriqué Mrs. Lescot dans une sorte de chasuble bleue avec un croissant du même ton tatoué en plein front ? Sauf carnaval, et encore, jamais Toni ne serait attifée ainsi.  
L’autre ne se froissa pas. Tout en douceur, elle aida Nell à se redresser du lit tout simple où elle reposait :
 
Je suis Morgane, la…
 
Fée, ouais, je sais. Enfin, je crois savoir. Où est Dave ? (battements de cils incrédules de l’autre) Dave, le sosie d’Arthur selon que Viviane a dit.
 
Ah, le jeune homme avec toi ? Il a été formé par notre mère et il suit ses directives.
 
Ses directives ? Prendre la place d’Arthur ? bondit Nell. Je suis là depuis combien de temps ? Allez, parlez !
 
Il s’en fallut de peu qu’elle ne saisisse Morgane au collet pour lui faire cracher le morceau.  Cependant, toujours très calme, la fée se contenta d’un geste apaisant tout en lui versant un verre d’eau que Nell refusa, rageuse. 
 
Tu crains qu’il soit drogué ? ironisa Morgane qui l’avala en claquant la langue. Un petit revitalisant, rien de méchant, même très bon – chose est rare avec les potions. Pour répondre à l’une de tes questions, cela fait deux jours que tu dors. Notre mère désirait qu’il en soit ainsi.
 
Pourquoi ? M’empêcher d’intervenir ? Et que s’est-il passé là-bas ? Dave est sauf ? Il a rallié les…
 
Tu comprends vite, ma sœur, mais va trop vite aussi. La situation est complexe. Notre nouvel Arthur fait ce qu’il peut. Ses partisans – nombreux – ont enfermé le roi Hendrick et son fils.  Notre mère a un plan solide pour confondre les opposants au trône, et tu n’en fais pas partie.
 
Ben désolée d’être là, railla Nell, mais faudra faire avec. Je viens de vivre une catastrophe épouvantable, c’était affreux. On dirait une prémonition. Conduis-moi au château ou palais, à la résidence principale. Je veux voir Dave. Faut prévenir tout le monde !  
 
Tu as juste rêvé, ma sœur. Viviane pensait que tu réagirais ainsi à vouloir courir au palais. Je suis navrée d’avoir à te faire ça !
 
 Une main se leva à son encontre et… rien ne se passa. Un peu ahurie, Morgane retenta la manœuvre sans plus de résultat.
 
On dirait que je suis immunisée contre tes tours, ma « sœur », grinça Nell. J’exige des vêtements décents et voir Dave au plus tôt.
 
Morgane essaya bien de lutter, cependant la volonté de cette étrange petite femme rousse dépassait ses capacités. Soumise, elle proposa diverses tenues à sa compagne qui visa une robe semblable à la sienne. Les prêtresses d’Avalon étant redoutées, autant se faire passer pour l’une d’elles, non ?
 
Nell – contrairement à Viviane - n’avait aucun plan précis en tête en franchissant les multiples sécurités mises en place autour ainsi qu’à l’intérieur d’un immeuble très imposant gagné, non en téléportant ou transplanant, mais simplement en taxi. À peine si la jeune femme eut à noter les différences avec son New-York. Tout ce qui lui importait était de réunir les trois personnes chères à son cœur, et de fuir ce monde de fous avec elles. Comment ? Là était LA question.
Se conformer à l’image d’une adepte des rites ancestraux demanda beaucoup d’effort au colonel de la PTE qui devait improviser au fur et à mesure sans préparation hypnotique préalable.  Au moins, ils parlaient la même langue, sans cela, cata assurée.  
En principe, selon ce que lui confia Morgane au compte-gouttes de leur parcours, les prêtresses pouvaient aller et venir sans qu’on leur en demande la raison. Le tout résidait en un sérieux aplomb que Nell-hélas- ne possédait pas entièrement. Se fier à sa bonne étoile, son flair ? Quoi d’autre ?  
Nombre de salles et corridors furent parcourus sans que nul ne s’interpose face à ces jeunes femmes décidées en apparence à quérir audience princière.   
Ce que redoutait Miss Watts se produisit dans les étages où les gardes pullulaient mieux qu’en bouillon de culture. Des zélés firent soudain obstacle.
 
Halte ! Croissant bleu ou pas, on ne passe pas aujourd’hui, assura l’un d’eux à la mine patibulaire à
 souhait.
 
Nullement désarçonnée, Morgane prit cependant le temps d’interroger le garde quant aux raisons d’un tel refus. Il n’en fit pas mystère : une assemblée très particulière se tenait en haut-lieu.
En un éclair, Nell imagina le pauvre Dave cerné d’ennemis et faux amis. Elle faillit bousiller sa couverture de servante docile si Morgane n’avait exécuté ce que – réflexion faite – Nell jugea un acte magique. Sans qu’une parole de plus ne soit prononcée, le garde s’effaça en leur livrant passage.
 
Faudra que tu m’apprennes le truc, souffla-t-elle à la fée.  
 

Tu l’as déjà en toi. Faut juste le réveiller.
 
Allons bon ? Quelle était cette histoire encore ? Pas le temps de d’atermoyer là-dessus, les grandes portes s’ouvraient devant elles.  
Manifestement, elles arrivaient en plein débat houleux. Discrètes, telles des souris, nul ne remarqua leur intrusion hormis Viviane. En longue toge immaculée rehaussée d’or, elle se tenait debout à la droite d’un Arthur fringant, ou faisant figure de.
 
*Qu’il est… majestueux !*
 
La courte barbe qui ornait de nouveau son menton plaisait décidément à Nell. La situation ne se prêtait pas aux sentiments, hélas. En hémicycle autour d’Arthur-Dave, sur des gradins, se tenaient les hauts dignitaires. Elle identifia immédiatement Merlin à sa gauche. N’était-il pas le portrait craché du cher Henry ? Venaient ensuite diverses figures tantôt connues tantôt pas du tout. Poussée du coude, Nell fut contrainte par sa compagne de rejoindre les rangs supérieurs des gradins, là où se tenaient les gens de moindre qualité supposée. Ayant à présent un autre angle de vue, Nell estima la situation dans sa gravité. Au centre de la petite esplanade siégeaient 2 hommes dont un fut reconnu aussitôt :
 
*Kit*  
 
Dans une attitude relâchée, son regard farouche en disait long sur sa bravade. L’occupant de la chaise d’à côté troubla beaucoup la jeune femme.
 
*Père et fils, vraiment ? *
 
Elle n’en revenait pas. Plus loin, reléguée comme elle aux rangs inférieurs de cette société, elle avisa sa cousine. Malgré ses fringues simples, aucun doute ne l’étreignit là-dessus. Celle-là n’était pas une copie mais l’authentique Emilia quoiqu’elle s’interrogeât sur cette mine mitigée affichée inédite.
 
*Suis là, Milie ! Vais nous sortir de là ! Tu en tires une tête ! Qu’est-ce que se passe ici ? *
 
La question télépathique ne reçut qu’une réponse décousue à laquelle Nell ne comprit que des bribes. Fallait faire gaffe, se taire, laisser agir Dave et Viviane. Cette dernière intervint très clairement dans ses pensées :
 
*Cessez ces émissions, vous nous mettez en danger !*
 
Le temps d’un *hein ?* en retour, un dignitaire se leva :
 
Des émissions cérébrales proscrites s’échangent ! Cela doit cesser ou la loi sera appliquée sans restriction.   
 
Qui diable était ce gugusse porteur d’une tache lie-de-vin au front ? En tout cas, il avait de l’assurance dans son costume burlesque vert pomme. Sitôt cette sentence énoncée, Nell perçut un changement d’atmosphère comme si, tous, soudain, se réfrigéraient. Un mot griffonné par Morgane lui atterrit en main :
 
Arrête d’interférer. Le Dr. True entend tout.
 
Curieusement, loin de déconcerter Nell, cette annonce la réconforta. Si un type haut placé – une espèce de diseur de vérité mode Dune – pouvait ‘entendre, pourquoi ne pas en profiter ?
Plaçant cet éventuel atout dans sa manche, Miss Watts écouta la suite des débats amorcés.
 
Sire Arthur, s’adressait un être à barbiche, les preuves accumulées entendues sont incontestables : le tournoi a été truqué, nous avons été abusés. Le roi Hendrik a falsifié le final au profit de son fils revenu d’on ne sait où. L’épée Exkaliburg a été faussée dans son jugement. Sortilège ou autre ? Nous n’en savons encore rien. Cependant, il est manifeste qu’il y avait cabale à votre encontre, sire. La loi est limpide à cet endroit : les fauteurs doivent être occis. Je réclame donc la peine capitale envers Hendrik et ledit Kit.  
 
Si Nell ne rata pas les signes évidents d’approbation de certains ainsi que la dénégation d’autres, elle ne fut pas la seule. Pas de doute, Merlin et Viviane veillaient au grain.
Pleine d’espoir, elle attendit que Dave tranche, se lève, crie son soutien envers les accusés mais… rien !  
Bon, si tel était le plan, admettons. On faisait semblant d’accorder d’occire les pseudos vilains puis on les sauvait in extremis quand tous les vrais vilains se seraient démasqués. N’empêche que l’on était sur la corde raide, là. Un qui ne la boucla pas fut Kit qui osa braver la noble assemblée dans un éclat virulent sauf, qu’à peine amorcée, la diatribe fut stoppée. Exorbitée, Nell vit Kit se tordre de douleur sur son siège.
 
*Les barbares !* bouillit-elle.
 
Que nul n’intervienne la sidérait. Certes, Emilia était aussi pâle qu’un linceul, Hendrick cramoisi, et Merlin avait les mâchoires contractées, mais quand même ! Ils étaient fous, ces gens !  
Ce fut plus fort qu’elle, Nell hurla :
 
Bande de lâches ! Vous n’avez donc rien de mieux à foutre que de torturer votre prince ? Quelle est cette mascarade ? Un procès ? Oui, je suis nouvelle, et alors ?
 
Une foule de pensées la submergeait. Cela criait à son encontre de toute part. Qu’importe ! Dieu sait comment, elle sut les détacher les unes des autres en répondant du tac au tac aux attaques mentales, de quoi en décontenancer plus d’un.  
 
QUI ÊTES-VOUS ? clama le Dr True, agacé.
 
Vous le savez puisque vous m’avez lue ! Vous savez aussi que je ne mens pas en affirmant qu’au lieu de vous bagarrer pour rien, un désastre réel est à point de se produire.  
 
Le visage décomposé du diseur de vérité convainquit l’assemblée que quelque chose d’important se jouait.  La respiration courte, Nell se préparait à… n’importe quoi. Un œil sur Viviane la surprit. Elle aurait juré que la Dame du Lac se marrait comme si elle approuvait cette intervention cavalière. D’ailleurs, à son tour, elle parla :
 
Ma novice est très particulière. C’est une clairvoyante hors norme dotée d’une grande force. Je la prie de nous transmettre ses récentes visions. Allez, ma fille, parle sans crainte.
 
Sans en rajouter, Nell décrivit son rêve étrange peuplé d’atrocités.
Un long silence suivit. Cela gambergeait ferme partout.
 
Qu’en conclus-tu, chère enfant ? demanda Viviane.
 
Prise de court, Nell s’accrocha aux pensées de cette fée. Wow ! Un vrai labyrinthe.  Pourtant, elle lut  le verdict à donner :
 
Qu’il faut cesser immédiatement les luttes fratricides. Qu’Arthur et Kit sont égaux, qu’ils doivent s’unir pour contrer les forces cumulées contre la nouvelle Avalon.  
 
Là-dessus, Arthur-Dave se leva…  
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Dave Clayton
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MessageSujet: Re: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Mer 28 Fév - 23:23

On va faire quoi là-bas, à ton avis ?...
 
La question était plus que bonne. La réponse plate et simple: rien. Enfin, rien d'utile s'entend. Dave détestait ce genre de conversation syncopée qui n'apportait rien mais qu'il fallait nourrir, faute de mieux en débitant n'importe quoi sans que cela fasse la différence.

*Super...si ça continue comme ça...*


C'est exactement ce qui se passa. Leur relation était apparemment condamnée à ce genre de situations ridicules qui sans aider en rien ne faisaient que l'enliser.

*Vais me déclarer forfait, partir à Las Vegas, draguer tout ce qui bouge et me saouler à en perdre connaissance!*

Bien entendu, il n'en ferait rien. Pas son genre...de boire à en perdre connaissance. Pour ce qui allait de la drague mieux pas y penser, depuis le temps Dave ne se sentait plus le cœur. Eh oui! Aimer sans espoir de retour est handicapant!

Et bien entendu, comme d'habitude, mine de rien ça commençait à bien faire, cette esquisse furtive de vacances au grand air mua en un grand n'importe quoi.

Pour commencer, "les petits" étaient en retard. Très. Pourtant ils étaient partis avec de l'avance mais en toute évidence pas arrivés au but comme prévu. Le brave Higgings, majordome de service, absolument dévoué à Emilia, supputait les plus noires retombées, Nell, sans en faire trop état pensait sans doute à peu près la même chose. Dave faisait des efforts d'optimisme supposant que les "disparus" avaient décidé, emportés par un soudain élan de générosité envers leur prochain, de régler leurs différends de façon discrète et ludique. Leur affaire! Ils étaient assez grands pour savoir que faire de leurs vies!

Le cas est qu'ils n'apparurent de la nuit. Et au matin suivant on n'en savait pas plus. Isolés comme ils étaient dans ce paradis sylvestre, apparemment non intégré au réseau de communications en usage, difficile de savoir quoi que ce soit. Dave avait mal dormi, cela devenait une vilaine habitude. Incapable de trouver son sommeil il repassait, comme un idiot maniaque, les faits et gestes du colonel Watts, alias la rouquine qui lui tenait si à cœur en lui ruinant la vie, et le résultat n'était en rien brillant...ils avaient passé leur soirée, en tête à tête, pas à se faire du charme mais à jouer au Trivial Poursuite comme des vieux copains sans imagination...vous me direz!
Bon, pour résumer la situation, Dave, qui n'avait avait pas envie de tomber en déprime, était sorti chercher son gros chien parti en balade. Il savait bien qu'Oscar livré à sa trépidante imagination dans des alentours comme ceux auxquels ils avaient droit était capable de n'importe quoi.
Mais au lieu de gambader comme le fou qu'il était, Oscar semblait monter la garde au bout du ponton, fixant le lac d'un air rêveur...

Allez! Toi...me dis pas que tu deviens romantique...Viens!...Oscar! Bouge toi...Une partie de frisbee?...Oscar...cherche un lapin!...OSCAR!!!

Toutou demeura sourd à toute injonction. Que Nell s’amène et veuille y mettre du sien n’arrangea rien. Mais alors vraiment rien! Beau plongeon suivant, le trio se trouva en plein lac. Oscar, s'en donnait à cœur joie et les deux aguerris de service ne trouvèrent mieux que suivre le mouvement...et pour mouvement on peut dire qu'il en eut! Et comme si l’histoire menaçait de tomber dans la plus crasse platitude, celle ci tourna...et comment!

Dave reprenait son souffle, Nell crachait l'eau avalée, Oscar, ravi, s'ébrouait allégrement, se fichant de toute récrimination. Et une dame les observait. Pas n'importe quelle dame.

Lou… Louise ? Qu’est-ce que tu…
 
Dave finissant de tousser et reprendre ses esprits regarda la dame en question, qui effectivement ressemblait à Louise Warrington comme deux gouttes d'eau, si on faisait cas omis de la tunique blanche et la mince couronne sur sa tête,

Je ne suis pas Louise. Mon nom est Viviane. On m’appelle plus communément la Dame du Lac.  
 
Ouais...suis Lancelot, moi!. rigola Dave, où est Henry?

Suivant l'humeur Nell accorda au savant de service le rôle de Merlin et c'était parti pour la rigolade, sauf que Madame la Dame du Lac ne sembla pas partager l'hilarité...

Enfants ! Cessez vos gamineries, ceci n’est pas un jeu. Je vous ai fait venir dans un but précis et j’entends que vous m’écoutiez, le temps presse.  
 
*Ah bon!?*

Et pour écouter, ils écoutèrent. L'histoire débitée n'était pas des moindres, mais alors là, pas du tout! Le colonel Watts, assez ahurie, quand même, résuma le tout d'un trait sûr:

Vous nous avez fait traverser vers un monde parallèle au nôtre ? Vous êtes le sosie de Louise, Henry celui du ministre Merlin, vous vivez la légende arthurienne ou quoi ? 

*HEIN?*

Mais le meilleur était à venir.

Appelez cela comme vous voulez, le fait demeure : Christopher, l’héritier du trône, est de retour. Dans moins de deux heures, il va pulvériser Arthur, le neveu du roi Hendrick. L’opposition à l’accession, sera énorme. Kit a besoin de vous.
 
*ET?*

La suite eut l'effet d'un coup de poing au creux de l'estomac.

Néanmoins, Mr. Clayton, j’ai le déplaisir de vous informer que vous êtes le sosie d’Arthur...

Comme entrée dans le vif du sujet on n'avait pas entendu mieux. Bref, concis et précis. Sans se soucier de l'effet assommant de l'information, la dame du Lac poursuivit son petit topo comme si rien. Nell écoutait, attentive, Dave, lui, songeait à replonger dans le lac et s'éloigner au plus vite de ces lieux enchanteurs mais bonnes manières faisant il ne bougea pas d'un pouce. La suite fut très loin de le réjouir.

Nous devons jouer avec cette ressemblance afin de confondre les partisans du futur défunt. Pensant Arthur vivant, ils se rallieront à vous. Démasqués, empêchés de nuire, alors – et alors seulement – La nouvelle Albion sera en paix, déclama le sosie de Louise, imperturbable.

Rien que ça!?, grommela Dave.

Impériale, la Dame du Lac passa outre sa mauvaise humeur.De son côté, Nell semblait considérer la situation avec scepticisme. Que dire de lui? Que la Dame ne trouve mieux qu'endormir Oscar fut loin de plaire à Dave, l'explication donnée, pourtant plus que valable, fut loin, mais alors très loin de le combler:

Avouez qu’un bestiau pareil ne passe pas inaperçu et Arthur déteste les bestioles.

*Quelle classe d'animal est il lui même!?*

Un de la pire espèce, répondit Viviane d'un ton presque chagrin, oui, mon ami, je lis en vous...ne craignez rien!

Craindre? Pas trop le temps à ce genre de considération, La Dame du Lac ne leur laissa guère le temps de s'appesantir sur un quelconque état d'âme...elle agit!

Que s'était-il passé? Combien de temps? Où?...quand?...comment? Autant de questions, autant de réponses. Sans angoisse ni confusion. Absurde? D'aucune façon. La Dame du Luc, qui accueillit son éveil avec un sourire conciliant semblait dominer un art inédit, qui à part savoir lire en lui comme en livre ouvert, savait calmer son esprit qui autrement aurait été en franche déroute. L'histoire de ce singulier royaume, ses personnages, leurs querelles, autant de tenants et aboutissants, histoires, intrigues et autres menus détails, inclus la vie au grand complet de celui que Dave devrait supplanter, furent livrés, assimilés, compris. Le tout n'avait demandé qu'une longue séance, en rien incommodante, d'une sorte d'Hypnos accéléré.

Dave se releva du siège où seule la volonté de la Dame du Lac l'avait tenu cloué, avec la sensation d'avoir mué de peau. La tête lui tournait un peu, mais la Dame assura que c'était on ne peut plus normal.

Tu es Arthur à présent...nous avons changé quelque peu ton aspect pour que la ressemblance soit encore plus flagrante...rien de dramatique, assura t'elle en le voyant se tâter les visage, on a ajouté la barbe comme il la portait, allongé tes cheveux...quoique tu es moins blond que lui mais peu importe...pas le temps pour tout faire, faudra...

Improviser, je parie, interrompit il assez cavalièrement en se postant face à un grand miroir, ouais...sais pas trop de quoi il avait l'air votre Arthur mais là...j'ai l'air plutôt...amoché...

La Dame ne réprima pas un petit rire et un geste vague de sa main.

Compte tenu que tu viens d'être réduit en fumée avec une arme inconnue, je dirais plutôt que tu as assez bonne mine...Allons, ne tardons plus...dans quelques minutes les partisans éplorés de ce cher Arthur auront droit à leur petit miracle particulier.

D'un geste limite agacé il fourragea dans ses cheveux, signe incontestable d'énervement.

Oui, tout ça c'est très bien...mais...où est Nell? Nous sommes venus ensemble et nous le resterons...

Viviane haussa les épaules avec royale indifférence mais captant au quart de tour un changement d'humeur chez le seul qui pourrait, avec un peu de chance, remettre les pendules à l'heure, opta pour se montrer conciliante.

Ton amie se porte à merveille, à l'heure qu'il est on veille sur elle. 

Son sourire plein de douceur et charme restant sans grand effet sur l'envoyé de la Providence qui savait se montrer irréductible à ses heures sans nul besoin de jouer le rôle d'Arthur, énergique imbuvable per se, la Dame du Lac claqua encore des doigts, elle y excellait et Mr. Clayton alias le Prétendant, fut envoyé dans les vapes, pour être retrouvé peu après par ses partisans, qui, décidément, trop heureux de le retrouver en vie ne perdirent pas de temps à trop élucubrer, ça viendrait après...au cas où!

Retour en gloire. Ou plutôt retour glorieux, dans le bon sens de l'expression. Dave émergea de l'incertain pour se retrouver plonger dans le certain le plus certain. On le couvait de regards anxieux, certes le voir encore d'une pièce rassurait tout le monde, mais par ci par là on se posait quand même des questions. Tous avaient vu leur cher et unique Arthur se faire atomiser par une arme étrange...or là, devant leurs yeux, se tenait le Prétendant bel et bien vivant quoique l'air un peu éperdu, mais compte tenu des circonstances...

Les questions fusaient. Dave en avait le tournis. Ces braves gens avaient bien le droit de vouloir savoir de quoi allait le tout, il ne se sentait pas le courage, et pas du tout l'envie de donner des détails sur ses mésaventures. Faute de mieux, il leur donna un apercu de son sale caractère ( le sien et celui d'Arthur) en menaçant tout ce beau monde d'aller passer la nuit au cachot. La menace gueulée sur le juste ton fit son effet et un semblant de calme se fit dans les rangs.
Profitant de ce répit, qui, il le devinait, serait de courte durée, Dave/Arthur réfléchissait à toute sur la façon de se sortir de cette monumentale impasse sans, ô misère, trouver la moindre solution.

Nous déplorons la mort que tu as fait subir à Moriardred, s’avisa à dire l'un des présents en se dépêchant d'ajouter, elle était nécessaire pour parvenir au but, n'est ce pas?

Le Prétendant fronça les sourcils et fusilla l’impertinent d'un regard meurtrier:

À quoi vient ce commentaire stupide!? Je ne veux plus en entendre parler!

N’empêche que nécessaire ou pas, Mor est mort et Exkaliburg revient au vainqueur...

Arthur dévisagea celui qui venait de parler et cela sans aucune aménité.

Tiens, pourquoi cela ne m'étonne pas que tu geignes, Galawin...toi, qui n'as même pas été capable d’atteindre le cercle ni de mener à bien une simple mission!

Galawin se fit tout petit en se disant que ça avait été une très mauvaise idée de revenir sur les faits. Arthur semblait sur le point de se fâcher tout rouge et ce n'était jamais du joli à voir mais à la surprise générale le Prétendant à part quelques grognements inintelligibles  passa à autre chose:il se servit à boire, se laissa choir sur le Trône et prit un air franchement agacé.

Il a l'air bizarre, murmura l'un.

Ouais...je ne te la fais pas dire..., souffla l'autre, il a l'air...ailleurs!

C'est exactement là où Dave aurait voulu se trouver: ailleurs! Le plus loin possible de cette foule jacasse et incommodante de conspirateurs, séditieux, corrompus, avides de pouvoir et notoriété. Arthur, perfide intrigant, le pire de tous, en avait fait sa propre cour, les nourrissant de promesses qu'il comptait sûrement ne jamais tenir mais aussi de crainte, on le savait capable de n'importe quel méfait, bassesse, de toutes les brutalités et sournoiseries, sans ressentir, d’autant qu'on le sut, le moindre remords ou sursaut de conscience. Un parfait psychopathe avec suffisamment de pouvoir pour faire régner la terreur entre amis ou ennemis (on n'était pas trop sûr qu'il sache distinguer les uns des autres).

Forcé par un mouvement dans les rangs, Dave crut bon reprendre son rôle au lieu de se livrer à la psychanalyse. On s'écartait face à un majestueux personnage. Dieu merci, bien instruit par la Dame du Lac, il ne laissa transparaître aucune surprise en découvrant le sosie de Henry Warrington, vêtu d'une robe sombre aux motifs astrologiques.

Merlin, cher Merlin!, il eut un sourire limite mauvais en saluant le nouveau venu qui le jaugea sans aucune aménité.

Je vois que tu as réussi à défier la mort même!

J'assume, dit il, amusé, le regard cruel, que ce fait remarquable est loin de combler tes propres aspirations...tu m'en vois profondément désolé! Mais le fait est que je suis là, et compte y rester...

Il faudra encore prouver ta bonne foi, au cas d'en avoir, évidemment.

Un "oh" étouffé parcourut l'assemblée. Tout puissant qu'il fut le Ministre Merlin prenait un risque fou en défiant ouvertement Arthur, mais encore là, tous furent très surpris en voyant le Prétendant éclater de rire au lieu de le menacer de mort.

Et quelles preuves veux tu, vieil homme? Revenir d'entre les morts n'en est pas une de suffisante? MON RETOUR est la preuve par excellence...je suis l'ÉLU, le seul et unique!!!!

Merlin ne se laissa nullement émouvoir.

Le Prince Christopher a tiré Exkaliburg de son carcan de pierre, à lui seul revient le droit de revendiquer le trône de son père le Roi, en prenant sa place tu ne fais que figure d'Usurpateur et je demande...non, j'exige, qu'un tribunal impartial analyse les faits et en décide.

*Tu veux rire, mon vieux, c'est gagné d'avance et tu le sais...l’impartialité n'existe pas ici..la seule loi qui compte est celle du plus fort!*

Atteint par la force de cette pensée Merlin cilla, pris de court un instant.

*Serait ce possible?*

*La Dame du Lac saura te dire.*


Dave savait, merci Viviane, que seul Merlin percevrait ses pensées. Selon elle, le cher homme était le plus grand mage de tous les temps et possédait, naturellement, des aptitudes très particulières.

Tu veux un tribunal, ainsi soit-il...Réunis en un, là, de suite!, accepta Arthur, le regard mauvais, et tant qu'à faire qu'on amène mon oncle et mon cousin...ils aimeront sans doute être présents pour recevoir leur sentence!...Allez arranger ça ailleurs, je voudras me reposer un moment...ALLEZ...VIDEZ LES LIEUX!!!

Retraite générale. Merlin lui accorda un hochement de tête, et à moins d'être pris de la berlue, un clin d’œil et sortit à la suite du dernier en prenant soin de fermer doucement la porte.
Resté seul, Dave s'effondra dans le Trône, le seul fauteuil à disposition en ces hauts lieux et se massa activement les tempes. Il était là, en quasi crise de désarroi quand la porte s'ouvrit de nouveau, livrant passage cette fois à un personnage servile qui courbait l'échine mieux qu'un esclave sous le fouet. Pratt, l'infâme traître.

Mon Seigneur...vos vœux sont exaucés...voici la femme de votre ennemi!...Baisse la tête, femme, soumets toi à ton Maître!

*Ah bon!?*

Il se leva alors que la brute de service faisant excès de zèle poussait à ses pieds la femme de son ennemi...

*Emilia!!!*

LA même, qui ayant de la suite dans les idées  ne se priva pas de larguer un coup de pied au larbin qui voulut la frapper.

Bas les pattes, gronda Dave/Arthur avant d'ajouter, malsain, c'est à moi de la corriger...fous le camp, toi!!!

Pratt obéit sur le champ. Entre temps, Emilia levait le nez du tapis.

Ça me tue le suspense...C'est toi?

À ton avis?...Si tu penses qu'on peut regrouper les molécules après une désintégration si spectaculaire...suis un miracle, ce n'étant pas le cas...oui, c'est moi...même si je ne sais pas trop ce que ça va donner!...En tout cas, ma belle, on fera notre possible...je suis le méchant de l'histoire, toi une de mes victimes...alors pas question qu'on rentre et te trouve avec cet air ravi...suis une brute, j'ai abusé de toi...enfin pense n'importe quelle horreur, ça ira...déchire ta robe, ébouriffe tes cheveux...pleure un peu...au mieux reste prostrée à mes pieds...meuh non, j'abuse pas...c'est pour rester dans le contexte débile...

Juste à temps, les chambellans de service rouvraient les portes laissant entrer tous ceux précédemment sortis...plus quelques autres, entre lesquels...le Roi et Kit, qui furent, sans plus de cérémonies, enchaînés et obligés à prendre place sur des dures chaises en bois. Dave se garda bien de démontrer un sentiment quelconque, au lieu de quoi il fustigea l'assistance son regard le plus méchant.

Eh bien, procédons donc!

Ce fut fait dans les règles de l'art apparemment communes en ces lieux. On passa tout de go à l'accusation pur et simple. Réquisitoire expéditif énoncé par un individu à barbiche aux airs de fouine. Il en allait de preuves accumulées, faudrait encore savoir comment, d'un tournoi truqué, ce qui tenait pratiquement de l’impossible. Le seul doute raisonnable, ou à peu près, était se questionner sur le retour de Kit. Qu'Exkaliburg ne coïncidât pas avec leur idée d'épée de légende se prêtait à interprétation, ce en quoi, les pauvres,n'avaient pas tort. 

Sortilège ou autre ? Nous n’en savons encore rien. Cependant, il est manifeste qu’il y avait cabale à votre encontre, sire. La loi est limpide à cet endroit : les fauteurs doivent être occis. Je réclame donc la peine capitale envers Hendrik et ledit Kit.

Dave/Arthur qui avait écouté attentivement réprima mal un mouvement d'humeur, censé de dissimuler sa surprise horrifiée.

Rien que ça!?
, se trouva t'il en train de dire, on les pend haut et court et voilà?
 

Même pour des endurcis pareils, ces mots eurent un effet remuant. On connaissait la cruauté du Prétendant mais ce qu'il semblait demander avec sa simple, et odieuse, question allait un peu au delà du supportable.

Mon sire...ne seriez vous pas gré d'une exécution...simple?

Exécution? Non...non, je ne parle pas de les exécuter, il se passa la main dans les cheveux en un geste qui ne ressemblait pas trop à l'Arthur connu de tous, ce qui en troubla encore plus d'un, je pensais...disons, à en faire un exemple...pour les générations à venir je veux dire...

Tiens, depuis qu'il s'en préoccupe, des générations à venir, soliloqua un vénérable vieillard qui lui vouait grand mépris.

Il a l'air...différent!, reconnut son voisin de droite à voix très basse.

Si seulement c'était possible que la Mort l'ait rendu plus humain!, soupira le vieillard, alors on pourrait vraiment croire au miracle!

Bien sûr, c'était dur à croire. Difficile surtout, on le connaissait, le cher homme. Caractériel, d’esprit tordu, belliqueux, il ne cherchait rien d'autre qu'à assouvir ses propres aspirations. Même enfant il avait été méchant, frayant la cruauté la plus débile avec des plus faibles que lui. Pour Arthur quiconque s'opposant à son désir ne méritait qu'une chose: la mort.

Et pourtant! Quand un de ses fidèles crut bon torturer le prince Christopher, qui il faut le dire ne manquait pas de brio pour défendre ses bons droits, et qu'une des prêtresses d'Avalon éleva sa voix...Arthur resta comme si rien, alors que normalement il l’aurait envoyée paître à sa façon, au lieu de quoi, il écouta son vibrant réquisitoire:

Qu’il faut cesser immédiatement les luttes fratricides. Qu’Arthur et Kit sont égaux, qu’ils doivent s’unir pour contrer les forces cumulées contre la nouvelle Albion.

*Tu es unique, ma Nell...si seulement tu pouvais...* 

Mais, mis à part ses personnelles considérations, il fallait encore démontrer que, même un peu mitigé par résurrection et autres avatars,  il était et restait le seul et unique. Sauf que...chassez le naturel, il revient au galop. Dave demeurait fidèle à lui même. La partie engagée, restait à pouvoir tirer son épingle du jeu en faisant de son mieux, pour en passant, sauver la situation.

Tout cela sans compter avec l'intervention de hurluberlu de service, sorti de Dieu sait quelque mascarade débile, le Dr. True, qui assurait tout savoir, percevoir, deviner. Il aurait voulu le réduire en cendres avant qu'avec ses illuminations il ne mettre le doigt sur certaines vérités, malheureusement ressembler au tyran à la mode ne lui avait pas fait hériter de ses  pouvoirs.

La vision d'apocalypse imminente révélée, une houle de stupeur, de déni et de tout ce qu'on voudra, il y eut même un petit sursaut de panique, secoua l'illustre, et pas si illustre que ça, assemblée. Dave resta assis un instant en mesurant l'étendue du désastre annoncé, considéra les probables répercutions, fit silencieusement une prière, et se tourna vers l'audacieuse qui jouait les oracles de façon si malvenue.

VIENS LÀ!!!, fallait se montrer impératif, question de donner le change, la la main tendue vers Nell il attendit, l'air, le plus féroce possible, qu'elle obéisse, ce que, Dieu soit béni, elle fit. Accrochant la main de sa rousse avec force, ce qui put être interprété de la façon qui soit, il darda son regard dans celui. limpide, et "innocent", de la novice proclamée par Dame Viviane, alors selon toi, la fin est proche à moins que..., il laissa flotter l'idée d'ailleurs assez terrifiante de cette fin de monde avant de reprendre de sa voix la plus rauque et ombrageuse, je te crois!

VLAM! Plein la poire de eux qui se pensait omnipuissants! Encore un drôle de remous dans la foule présente. Cela résultait plus qu'incommodant que l'enragé de service vire de cuti si vite fait, et tout cela sans lâcher la main de la prêtresse, novice soit dit en passant, fouteuse de tout ce trouble.
Début de houle. La plupart de l'assemblée étant pro-Arthur, on se sentait un peu hors contexte, prêt à perdre les pédales en se demandant à quoi venait cette attitude...peu arthuresque! On aurait bien aimé voir une ou deux têtes rouler mais non...bien au contraire! Décidément, on n'était pas à bout de surprises...

Ainsi sera fait...nous lutterons ensemble contre l'ennemi *Me demande bien comment!*...

Vive notre roi Arthur!, il y a toujours un malvenu en manque de mieux à faire.

Hué par beaucoup, on commençait à prendre exemple et virer de veste rapidement, fusillé par un regard meurtrier de la part du Boss, l'exalté se transforma en souris(façon de dire) et alla se tapir le plus loin possible de cette nouvelle transition existentielle...c'est à dire que le pauvre ne savait plus où il en était...et n'était pas le seul!!!

Faute de mieux à faire, Dave s’efforça de prendre son air le plus arrogant et agacé, ce qui donnait parait il des bons résultats car tout le monde, amis ou ennemis prévoyaient alors une de ses sautes d'humeur aux retombées accablantes.

Je veux m'entretenir avec le Roi...et mon cousin...son fils...enfin, le prince, dit-il d'un ton qui n'avait décidément rien de menaçant, au contraire, c'était presque une demande polie, en privé, si cela ne dérange personne...

Trop surpris, la plupart ne bougea pas d'un poil.

Maintenant...sur le champ, illico!, aboya Dave en se reprenant dans son rôle d'énergumène de service, DEHORS!!!

Pour si jamais on préféra se ruer vers la porte avant que les têtes ne se mettent à rouler.

Restez ministre Merlin...vous Dr. True, vous n'êtes pas invité allez affabuler ailleurs!

J'ai le devoir d'assister...je suis le..., plaida l'ubuesque personnage en bombant le torse, la loi veut que...

Loi annulée, voilà...fichez moi le camp...plus vite que ça!!! Gardes, ordre de tirer à vue sur quiconque osant déranger!

Il y en eut plus d'un qui soupira soulagé en se disant que ça ressemblait bien à l'Arthur de toujours. Si la novice pensa être comprise entre ceux qui devaient vider les lieux elle déchanta rapidement. La poigne qui la retenait s'affermit, l'obligeant à rester aux côtés du Prétendant. La Dame du Lac, elle, ne se posa même pas la question, de son pas aérien elle se dirigea vers le roi et son fils que personne n'avait songé à libérer de leurs chaînes et d'un geste de la main les fit tomber, pendant que Merlin, homme d'esprit fort pratique faisait apparaître des confortables sièges. Dave/Arthur descendit de l'estrade du Trône et s’inclina brièvement face au Roi qui n'en revenait pas trop de ce revirement rocambolesque.

C'est votre place, Majesté, pas la mienne!

Je ne comprends absolument rien!, avoua le Monarque.

Je vous assure que vous n'êtes pas le seul!, dit Dave avec un sourire fatigué.

Le Roi le dévisagea un instant puis secoua la tête.

Tu n'es pas Arthur...même la Mort n'aurait su changer un homme comme lui...de cette façon!

Je crois que Dame Viviane saura vous expliquer plus clairement la situation...et vous avez raison je ne suis pas votre neveu Arthur...celui-là est mort et sans espoir de retour!

Le Roi, démocratiquement, opta pour s'installer dans un des sièges apparus par magie et attendit les explications qui ne tardèrent pas. La Dame du Lac ne perdit pas de temps en paroles vaines. La mort inattendue d'Arthur et l'apparition de Dave avaient représenté une aubaine impossible d'ignorer, elle l'avait saisie et élaboré un plan audacieux, qui semblait destiné à porter ses fruits.

Comparé au véritable Arthur, même en faisant des efforts, ce garçon est presque angélique!, soupira le Roi Hendrik, bien sûr...je suis sûr que Viviane et Merlin sauront trouver la parade, n'est ce pas? ...En attendant...pourrions nous manger quelque chose? Ces brutes nous ont refusé même un quignon de pain!

*Pas de doute, ces deux là sont bien père et fils...penser à manger en pleine embrouille!*

Merlin, encore lui, fit valoir sa magie parfaite et peu après ils dégustaient un bon repas tout en débattant sur le sujet. Le Roi approuvait, enthousiasmé avec l'idée de si joliment rouler ses sujets. Merlin semblait s'amuser aussi en profitant pour tenir des propos adoucis à La Dame du Lac qui faisait semblant de l'ignorer tout en élaborant, le plus sérieusement du monde, une stratégie pouvant tenir le chemin. Nell écoutait, donnait son avis, discutait d'un ton ferme, assuré, reprenant son rôle de colonel de la PTE. Kit, une fois son appétit satisfait se lança aussi dans la discussion à la grande joie de son père qui l'écoutait, l'air attendri. Emilia ne se priva pas de donner quelques idées dont une mérita attention:

Tu n'as pas tort, Emilia...après tout trépasser de la sorte et revenir à la vie doit ébranler l'esprit le plus coriace...je ne pense pas qu'on s'étonnerait si on dit que j'ai un fort ébranlement nerveux...et dois rester confiné au repos un certain temps...mais ils pourraient aussi mettre en doute mes actes de ce jour...et Dieu sait ce qu'ils seraient capables de faire...

Un silence réfléchi plana sur les présents. Ne tenant plus en place, Dave se leva. Tous se tournèrent vers lui, expectants.

Pas la peine de me regarder comme ça, je n'ai pas la solution miracle...en fait j'ignore carrément les allants et aboutissants de cette histoire. Dame Viviane a cru bon me farcir la tête de tout ce qui concernait Arthur mais ne m'a rien appris sur la situation de ce pays...et si on en croit à l'émoi suscité par les prédictions de Nell...c'est grave...

Il regarda tour à tour la Dame du Lac et le ministre Merlin.

Je vous écoute...si vous voulez mon aide...enfin la nôtre, on doit savoir exactement à quoi s'en tenir!

Avec une espèce de soupir tragique, Merlin se leva à son tour et prit la parole, essayant de se montrer bref et concis, ce qui résultait assez difficile au grand homme de nature volubile

Vous voyez juste, mon ami, la situation est précaire, angoissante. Nous devons faire face à l'imminence d'une attaque massive...nos ennemis, et Dieu sait qu'il ne nous en manque pas, ont décidé d'en finir d'une bonne fois pour toutes avec la suprématie de notre bien-aimé royaume!

Bref, une histoire comme on en connaît si bien. La nature humaine demeurant immuable en tous temps et lieux, cela n'avait rien de surprenant. Et comme l'être humain sait si bien s'y prendre la technologie de la guerre ne connaît autre limite que la démesure. Devenir le plus grand, le plus fort, le plus craint. Assouvir, dominer, détruire ayant été servi à toutes les sauces depuis le début des temps.

Ce dont vous avez besoin est de la Ligue de Justiciers!, maugréa Dave.

Bien entendu ces chers new-albionnais n'en avaient jamais entendu parler et le regardèrent plutôt de travers.

C'est sérieux!, clama Merlin, outré.

Oh, j'en doute pas le moins du monde...ce que je veux dire est que c'est bien peu ce que nous pouvons faire...Tous nos moyens sont...de l'autre côté, de là où Madame nous a si cavalièrement tirés!

La Dame en question se défendit tièdement. Dave aurait pu jurer qu'elle était en train de beaucoup s'amuser, allez savoir pourquoi.

Merlin qui se sentait perdre pied, continua sur la lancée en contrant l'argument sur l'usage de la diplomatie qui si bien ne sert pas à grand chose permet au moins de gagner du temps jusqu'à meilleure idée.

Arthur a toujours été en contre d'user de la diplomatie, son idée était d'être les premiers à lancer l'attaque...nous en avons les moyens, savez vous!

Dave partit d'un rire limite macabre, ce qui n'eut pas l'heur de trop plaire au cher ministre.

Désolé d'en rire mais voyez vous...cette tactique ne fait que remettre la partie d'une vingtaine de minutes tout au plus...premiers à attaquer seconds à mourir...à moins bien entendu que vous n'ayez quelque astucieux moyen pour arrêter la riposte de l'ennemi...ce dont je doute...Disposez vous d'un bouclier spatial?

Force fut de reconnaître que pas encore. On y travaillait...en fait on en avait conçu l'idée mais...

Comme quoi, messieurs-dames, sans être prosaïquement pessimiste, je me permets de vous dire qu'on est foutus...à moins que la magie dont vous semblez faire si bon usage serve à contrer une attaque nucléaire...personnellement, je préférerais être ailleurs...très loin!

On lui laissa comprendre, sans trop jouer avec les mots, qu'il était là et y resterait et avec lui le colonel Watts, Emilia et Kit qui faisant fi des paroles de Merlin débattait en privé avec Papa le Roi.

Pendant ce temps...ailleurs "de l'autre côté", le quartier général de la PTE ressemblait plus que jamais à une ruche en folie. Le Commander  Lescot, perdue son arrogante flegme, donnait des ordres à tout azimut, malmenant presque quiconque n'agissant pas avec la promptitude voulue.

Ce portail doit être ouvert dans le moindre temps possible...Patterson où en est-on?

L'interpellé parla d'algorithmes tordus et autres misères quantiques qui le tenaient en échec depuis le début de ce chaos. C'est que, et le pauvre n'en savait rien, est que tout son génie privilégié en informatique de pointe, avait du mal à contrer certaines arcanes magiques très puissantes.

Nous devons les sortir de là...nous allons les sortir de là...*Je l'ai promis à mon arrière-arrière grand mère!*, et Julien Lescot était par dessus tout un homme de parole.

Depuis l'instant où sa chère aïeule, Toni Lescot avait fait appel à lui après la mystérieuse disparition de ses amis, il n'avait eu cesse de les chercher...pour enfin les trouver...dans un coin assez inaccessible des parallélismes spatio-temporels.

Ça y est!!!, hurla Patterson comme un fou, ça y est...le lac...le lac est le portail!!! J'ai réussi à percer à peine une petite fissure...c'est diablement compliqué!!!

Ce que le cher génie ne savait pas est que son savoir acharné n'avait pas eu beaucoup à voir avec cette réussite. Une certaine magicienne venait, se son côté, de faire faiblir les défenses si jalousement gardées.

La réunion à huis clos terminée, chacun songea d'aller chercher son salut dans un repos bien mérité. Pour leur sécurité, tous devraient rester dans un périmètre plutôt restreint, enfin compte tenu de l'énormité du palais-tour, tous disposaient quand même de leurs appartements au même étage. Le tout fortement gardé par les forces d'élite,loyales au Roi et la magie de Merlin.

Pars pas encore!

Nell qui s'apprêtait à suivre les autres, resta sur place, sans se retourner. Il l'entendit soupirer, certainement agacée mais la rejoignit quand même.

Je sais que ce n'est peut-être pas le bon moment mais je pense que nous devrions parler, débita rapidement Dave en se sentant pitoyable.

Elle le regarda mais rien dans son expression ne le laissait deviner quel était son état d'âme.

Me doute que tu en as ras le bol de tout ça...*De cette histoire...de moi...* mais on trouvera bien comment s'en sortir...enfin j'espère...mais Nell...ce que je voulais dire...c'est que..., pourquoi était ce aussi difficile de trouver ses mots?, enfin...ça peut aussi mal tourner...on le sait bien, toi et moi, les autres s'en doutent, c'est sûr..., il se passa la main dans les cheveux, ce que je vais te dire...c'est la dernière fois que je le dirai...promis...

Là, un éclat d'intérêt dans son regard.

Je t'aime, Nell..je t'ai toujours aimée depuis le premier jour...et depuis je ne fais que te courir après...je n'ai jamais voulu comprendre...et accepter que tu étais partie de ton propre chef...que tu as décidé d'oublier...de m'effacer de ta vie...mais tu vois suis un imbécile qui insiste...et ce doit être irritant...

L'expression changea quelque peu mais Dave était trop énervé pour capter les nuances. La seule chose qu'il savait est que ce bout de femme rousse lui avait mis le cœur en miettes et qu'il avait un mal fou à s'en remettre....s'il s'en remettait un jour.

J'ai pris une décision...Viviane a accepté d'ouvrir le portail...pour nous laisser sortir de ce merdier...je ne vais plus t'embêter...je reste ici...je veux que vous partiez...emmenez le Roi...je serai plus utile ici qu'ailleurs...peut-être ça a un sens remettre ce pays sur le droit chemin..enfin, si on ne nous efface pas de la face de la Terre...Prends Oscar avec toi...il t'aime et t'obéit...Arthur est censé de ne pas aimer les chiens...faut garder l'image, sourire de travers en osant lever la main et flatter la joue satinée, tu feras une belle carrière à la PTE...et en parlant de ça...ce serait sympa si tu pouvais nous fournir quelques sauteurs...une paire nous arrangerait...qui sait? On peut aller surprendre l'ennemi...la fameuse coalition d'outre Mer...enfin...tu vois le genre...

Son pouce suivait la courbe de sa joue, puis lentement se dévia vers ses lèvres, il les effleura en maudissant son manque de moyens face à Nell puis, sans préavis...ou oui? se pencha vers elle et l'embrassa doucement en sentant déjà l'amertume torturante de l'adieu.

Va te reposer, ma Nell...demain tu redeviens colonel...et moi, je serai Roi!

En se sentant platement stupide, il essaya un sourire crâneur avant de faire demi tour et aller vers la porte.

*Un mot...juste un mot...*
  
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Nelly Watts

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MessageSujet: Re: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Mer 4 Avr - 10:30

À d’autres, cela pouvait paraître bizarre de se retrouver, en deux temps trois mouvements, propulsée à la fois dans un lieu et une époque différente. Pour le colonel Watts, le phénomène en était devenu tellement routinier qu’il ne la gêna pas plus qu’ainsi lorsqu’elle se retrouva en New Avalon. Sauf que, cette fois, elle avait… changé. Pas uniquement d’endroit et de temps, surtout de l’intérieur ! Quelque chose d’indéfinissable était survenu lors du transfert via un certain lac. Quoi ? Elle n’en savait rien au juste. Elle le ressentait dans chaque fibre de son être, voilà tout. Visions étranges, perceptions exacerbées de l’environnement, Nell aurait pu se croire devenue complètement dingue ou plongée dans un rêve par trop réaliste, mais non : tout était réel. Un moment, elle avait pensé que la dame du Lac l’avait droguée à mort. Pourtant, la tête que celle-ci tira quand Nell était venue s’imposer au « tribunal », conforta l’idée de l’inattendu. Viviane, quoique surprise, ne fut pas fâchée, au contraire, de son intervention très cavalière. Au moins, Miss Watts recueillit l’attention générale, une surtout, celle qui lui importait : celle du tyran désigné, Arthur.
Il était « marrant » Mr. Clayton ainsi obligé de revêtir un caractère si contraire au sien.
 
*Ma foi, s’en sort pas si mal !*
 
VIENS LÀ!!!
 
Si elle ne l’avait pas si bien connu, Nell aurait tremblé sous ce ton impérieux. Au lieu de cela, elle rigola intérieurement en accrochant les doigts de celui qui la réclamait. Là, si Dave n’en n’eut pas conscience, Nell perçut une autre altération. Un simple contact « innocent » justifiait-il l’espèce de courant électrique qui passa entre eux ? Elle ne se troubla pas, refoulant son émoi. Déjà, Arthur-Dave clamait :
 
Je te crois !
 
Contre vents et marées, il acceptait les divagations de la fée novice, puis dissout l’assemblée pour le moins houleuse. Le potentat avait parlé, nul n’osa le contrer.
Vinrent diverses explications que donna une dame du Lac très amène via application verbale et de paume sur le front.
 

*Pauvre roi Hendrick !*  
 
Très déboussolés, lui et Kit ne payaient pas de mine. N’empêche que ces deux-là ne devaient réfléchir qu’en bâfrant joyeusement. Puisque banquet improvisé il y eut, pourquoi ne pas participer aux agapes ? Néanmoins, trop préoccupée par ses visions, n’avalant qu’un peu de vin, Nell crut bon de ramener certaines pendules à l’heure :
 
J’ai vu un champignon atomique ! Vous pigez l’urgence ? Sire, dit-elle à Hendrick, disposez-vous d’un arsenal capable d’endiguer la menace ? Rallier tous vos ennemis ne sera pas suffisant, je le crains.
 
C’est un début dont nous devons absolument tenir compte, ma chère petite.
 
Et cela débattit de ceci ou de cela, sans grand intérêt selon Nell qui se força à la boucler. Enfin, Dave-Arthur émit une réflexion extrêmement sensée, selon elle :
 
Tous nos moyens sont...de l'autre côté, de là où Madame nous a si cavalièrement tirés! 
 
Cela lui tourna en boucle sous le croissant peint de son front. Elle en conclut que LA solution résidait dans le Commander. Il n’avait pas pu rater la disparition de son équipe favorite et avait – très probablement – déjà cerné leur position. Communiquer avec lui prévalait sur tout. Elle devait parler en privé à Merlin et Viviane de toute urgence. Ils venaient justement d’évoquer les limites de leur arsenal avant de décider un repli de réflexion.
Nell s’apprêtait à leur emboîter le pas de fin de débats quand Dave-Arthur en décida autrement :

Pars pas encore!
 
*Merde, qu’est-ce qu’il veut ? * soupira-t-elle pour elle-même.
 
Tendue, pressée, agacée, elle ne s’attendait certes pas à ce qu’il choisisse pile ce moment délirant pour lui déclarer des choses, et quelles choses ! Après des tournures maladroites, il lança les mots redoutés :
 
 Je t'aime, Nell…
 
Il put blablater autant qu’il le voulut, elle ne retint que cela :
 
Je t'aime…
 
Ces mots, elle les avait secrètement tant espérés sans qu’ils viennent. Car cela faisait un bail que la Miss se savait plus qu’attirée par ce grand gaillard qui la couvait d’attentions diverses quoique distantes. Pourquoi fallait-il que ce soit maintenant, juste quand ils risquaient d’être pulvérisés ?
Qu’est-ce qu’il chantait là ? Portail ouvert, Oscar, carrière à la PTE, des sauteurs ?
Le baiser la prit absolument de court. Dans la fraction de seconde que dura l’effleurement, elle pigea tout, d’un coup. Comme une voile qui se déchire, un sablier rempli en force, des échos lointains affluèrent la laissant pétrifiée. À peine si elle entendit :
 

Va te reposer, ma Nell...demain tu redeviens colonel...et moi, je serai Roi!
 
La gorge curieusement douloureuse, elle coassa :
 
Non !
 
Évidemment Dave se raidit. Sans doute ne comprenait-il pas la signification de cette négation catégorique.
 
Fermant les yeux, les rouvrant, Nell saisit la première coupe encore pleine à portée et la vida d’un trait :
 
Je dis NON ! Non, tu ne vas pas rester ici, c’est hors de question, triple buse !  Franchement, Dave, tu as le chic pour mal choisir tes moments et tes lieux. On va en reparler, oh que oui, crois-moi ! Là, faut courir derrière la dame et Merlin. Vite.
 
Elle lui empoigna la main et tenta de l’entraîner à sa suite avant de piler sur place :
 
Ah, j’allais oublier : je t’aime aussi, idiot !
 
Elle se retourna pour lui piquer des lèvres un petit bisou puis le tira fermement à sa suite.
 
Par veine, la succession des couloirs les empêcha de trop penser à ce qui venait de se passer. Ils rallièrent les personnes visées sans trop de difficultés ou gardes inopportuns.
D’entrée dans la pièce où ils tenaient un aparté, Nell fonça :
 
Vous avez des sauteurs, n’est-ce pas ? Ne me demandez pas comment je le sais, je le sais, c’est tout.
 
Le ministre blêmit, Viviane sembla intriguée :
 
Nous faisons des expériences en la matière, mais sommes loin de…
 
Montrez-les nous, s’il vous plait. S’ils ne sont pas à 100% opérationnels, nos connaissances en la matière peuvent aider. Il est impératif de communiquer avec notre chef.
 
Le portail est en voie de…
 
Il va s’élargir, je le sens. Pour s’y rendre, montrez-nous !
 
Les installations de la nouvelle Albion n’avaient rien de comparable avec celles de la PTE. Dans une sorte de labo à la Henry empirique, ils y virent néanmoins des sortes de véhicules destinés au saut temporel. Prévenus, Kit, Emilia et le roi Hendrick s’y tenaient déjà.  
Sous l’œil arrondi des autochtones, le colonel Watts donna ses directives :
 
Arrangeons ces bidules pour qu’ils soient dignes de la vitesse de la lumière. Si je ne me trompe pas, faut être au lac dans un quart d’heure.
 
Nul ne contesta ses ordres et, activement, chacun examina, vérifia, modifia un paramètre ici, un écrou là. Dès qu’un des deux appareils fut jugé acceptable, Nell sauta en selle, invitant Dave, naturellement, à chevaucher avec elle cette selle élastique.  
 
On fait un aller-retour. Priez, Dame Viviane !
 
L’évaporation les souffla. Avec un sauteur moins bien conçu que les habituels, le choc du déplacement fut cruellement ressenti. Ils descendirent du siège sur des jambes en coton. Mais le scintillement du lac sous la lune pleine les revigora. Qui prit la main de l’autre ? Peu importait. Dave et Nell se fixèrent face à l’étendue liquide dont la surface se modifia. D’imperceptible au départ, le phénomène s’intensifia. Un frémissement des flots puis, d’un coup, le ciel parut se fendre. Un jaillissement de lumière aveugla le couple sur la berge. Vite revenue à la réalité, Nell bondit :
 
Des sauteurs de chez nous ! Lescot veille ! Viens !  
 
Les engins posés à proximités furent rapidement manipulés.
 
Colonel Watts à Commander. Me recevez-vous ?
 

Je vous reçois 5 sur 5 Colonel. Qu’en est-il de votre situation ?
 
Trop long à expliquer. La ligne parallèle où nous sommes risque de télescoper la nôtre via explosion atomique avant peu. Avons besoin des coordonnées des ennemis, d’armes et… d’une large fenêtre. Rapatriement de 5, je répète 5 effectifs, peut-être six, plus un chien…
 
Nous allons...  
 
Nell resta là, micro en main, attendant un message qui tarda dans des grésillements alarmants.  Avec horreur, elle réalisa brusquement la remise en place de l’obscurité initiale. Sans les sauteurs récents, elle aurait pu croire avoir rêvé. L’évidence la frappa autant que les paroles de Dave qui se voulut apaisant quoique résigné.
 
… je ne suis pas d’accord, se rebiffa-t-elle. Ils ont ouvert le portail, il s’est fermé. Ils le recréeront ! Rentrons ! Pour le moment, c’est tout ce que l’on peut faire...  Lescot est au courant. Il ne nous laissera pas tomber, jamais !  

 
Les nouveaux engins furent utilisés et, au grand dam des restés sur place, ils reparurent.
 

Mais vous venez de partir ? s’ébahit le ministre. Et qu’est-ce cela ?
 
Le futur.
 
Prenant Kit et Emilia à part, Nell et Dave tirent conseil. Brown n’était pas content. La couronne lui montait-elle à la tête ? Emilia s’énervant aussi, Miss Watts tiqua :
 
… Hey, j’y suis pour rien si je vois des choses ! Résumons, voulez-vous ? Lescot a reçu le message. Le suivra-t-il ? Bonne question. Je pense que le mieux serait de faire comme si nous étions seuls à affronter ça.  Kit, t’as bien une épée magique, non ? …
 
Zut, leurs ennemis s’en étaient emparés.  Fallait composer. La dame du Lac, flanquée du roi, de son ministre, et des suivantes, s’avança vers le quatuor :
 
 Je perçois une grande agitation sur nos côtes. J’estime que si Arthur et le prince Christopher se montrent publiquement alliés, armées et populations suivront. Kit doit impérativement récupérer Exkaliburg devant tous. Vos engins sont-ils armés ?
 
Bien sûr qu’ils l’étaient mais pas assez pour faire face à une pluie de missiles atomiques.
Nell puisa sa force dans la main de Dave à qui elle sourit :
 

Je suis d’accord avec Viviane. Il faut ordonner un rassemblement public. Là Dave, enfin Arthur, donnera l’accolade à Kit qui appellera son épée… Bien sûr que tu pourras l’appeler : elle est tienne ! Quoi ? …
 
Emilia émettait des doutes quant à l’efficacité du pouvoir d’appel.
 
*Grrrr* Femme de peu de foi ! IL SAURA ! Enfin, moi j’y crois. Si quelqu’un à une meilleure idée…  
 
Merlin osa :
 
Et… après ?  En supposant que l’épée revienne et que tous croient à la fraternisation, cela suffira-t-il à contrer les envahisseurs ?
 
Milie parla de désinformation. Ce n’était pas con. Persuadés d’être pulvérisés par l’épée et la nouvelle alliance, les ennemis pourraient décider de plier bagages.  À l’unanimité, le plan fut adopté.
Restait à espérer que l’épée daigne se monter…  
 
Sur une autre ligne temporelle, le Commander Lescot s’activa comme rarement. Des crises, il en avait déjà surmontées, et non des moindres. Les règles strictes qu’il vénérait depuis des années ne pouvaient être enfreintes au risque de faire capoter toute une humanité. Protéger sa ligne temporelle était essentiel. Connaissant ses origines personnelles et leurs aboutissants, Le Commander se devait d’assister le groupe en perdition car, sans sa survie, l’avenir tel que normal serait plus qu’altéré : il serait détruit. Des armes et munitions se fourbirent à toute vitesse tandis que les physiciens déterminaient un champ de manœuvre acceptable.
 
L’infâme Pratt ne pigeait pas trop ce qui s’était passé. Pourquoi Arthur, son mentor en malices, avait-il retourné sa veste ?
 

*Ou il est déboussolé par sa rematérialisation, ou il prépare un chien de sa chienne à oncle et cousin.*
 
Il préférait nettement croire à la seconde option, quoique… Si le nouveau roi s’avérait fou, un trône serait vacant, non ? Avec Arthur, mieux valait se montrer réglo… pour le moment.  La magnifique Exkaliburg, volée à l’usurpateur, reposait sous une chape de plomb spécialement fondu à cet effet. Somme toute, elle retournait à sa gangue initiale dont nul ne la sortirait plus jamais. Pratt aurait pu se rassurer mais la vision de cette novice au tribunal l’avait ébranlé. Que la flotte ennemie soit bientôt à portée de tir était prévu ; les accords diplomatiques, entre Arthur et elle, le stipulaient. Il semblait inconcevable qu’un bombardement ait lieu !  
 

*Sont pas dingues au point de nous atomiser… ; Ils n’y gagneraient rien.*
 
Pourtant… avec les félons fallait s’attendre à tout, surtout au pire. Puisqu’il en était un aussi, il savait de quoi causer et quoi redouter.
 
*Si au moins, mon seigneur me disait quoi !* se désespéra-t-il dans le trou où il s’était terré.  
 
Prendre du repos dans les conditions actuelles était impossible. Merlin, secondé par Viviane et un mage ressemblant à Martin, utilisa sa « magie » pour tenir les troupes éveillées.  D’un œil aussi bienveillant qu’intrigué, il se demanda ce que ces fourmis laborieuses fabriquaient. Elles avaient quasi démantelé les engins reçus et les bidouillaient avec ceux existants. Rares furent les éclaircissements. Il crut comprendre, sans en être certain, que ces gens d’ailleurs voulaient rétablir la communication avec les leurs.
 
Commander, nous avons la cartographie, s’écria le lieutenant Hamilton.
 
Images ! rugit Lescot.
 
Une représentation 3d illumina la salle des opérations. Avec un certain émoi, le Commander vit se dessiner les contours des USA et des pays voisins. Les côtes révélées étaient si … jumelles à celles connues qu’il en demeura paf une fraction de seconde. Ce qui focalisa son esprit fut l’incroyable armada en formation périphérique. En bleu les « bons », en rouge, les « mauvais ».
 
*Mon Dieu…*

 
Vu le tableau, les bleus étaient foutus. L’Europe entière se serait-elle liguée contre son allié de toujours ? Pis ! Cela convergeait de partout, enserrant dans un étau cette nation si fière et prospère.  
 
Estimations ? réclama Lescot.
 
Trois heures pour les premiers lancers. Cependant, nous manquons d’infos quant à la réelle puissance de frappe des rouges.  
 
Paramétrez des forces maximales.  
 
À vos ordres.
 
Seigneur ! Les secondes s’égrenèrent alors que Lescot évaluait lui-même des conclusions épouvantables. Avant que les calculs soient achevés, il aboya :
 
ALERTE GÉNÉRALE ! Unités de 10 à 30, prêtes au combat. PRIORITÉ AU PORTAIL !
 
 Sous la toison argentée du Commander les contradictions fusaient. Une intrusion massive sur une autre ligne ou pas ? Son cœur parla :
 
*Sans eux, on est foutus aussi !*
 
Pas plus que les autres, la Dame du Lac ne ferma l’œil. Au contraire, son 3ème était très ouvert alors que tous la croyaient dans les vapes. Soudain, elle se dressa, plus majestueuse que jamais :
 
JE SAIS, clama-t-elle soudain.  
 
Évidemment, on se tourna vers elle, l’œil rond.
 
JE SAIS ! Cessez de batailler avec les engins. Le Commander est avec nous.
 
Sa voix changea, de quoi mettre des sourcils en accent circonflexe :
 
De mer, terre et air la destruction vient.
 
Aussi perturbé que les autres, Merlin tenta :
 
Nos défenses sol-air sont déjà en alerte. Tous nos navires de guerre n’attendent que…
 

INUTILE ! RALLIEZ LES FRONTIÈRES MAINTENANT !
 
*Hein ? *
 
Nell aurait souhaité être plus télépathe car, pas plus que les autres – ni Viviane elle-même – elle ne pigeait quoi. Le désarroi total régna quand la fée majeure perdit conscience suite à son éclat. Très timide, une main s’éleva :
 
Je pense avoir compris.
 
Immédiatement, Emilia pressa sa suivante de développer.
 
*Prune ? Vraiment ? *  
 
 Nell ravala sa réplique pour écouter, ce qui l’agaça au plus haut point.
 
Je ne suis pas devineresse, fée, ou autre. J’ai été abandonnée à la naissance, éduquée par de sœurs de la charité, et placée comme dame de compagnie, mais…
 
AUX FAITS ! la pressa le colonel Watts.
 
Ce qui lui valut la haute réprobation de sa cousine. Emilia se chargea de faire cracher le morceau à sa douce agnelle. En bref, cela donna ceci : en toute hâte, Exkaliburg devait se montrer à la face du monde. Sans cela, ils seraient tous pulvérisés.  
 
Ma chère enfant, dit Merlin, c’est ce qui était prévu.
 
Oui, certes, mon ministre. Mais si pas dans les deux heures à venir, les USA seront finis.
 
Là, Nell et Dave rigolèrent de concert. Le temps n’était rien quand on dispose de sauteurs capables d’inverser le cours des choses. 
 
D’accord, Dave ?

 
Un signe de tête, ils enfourchèrent leur engin.
 
Enregistre tout, du début de la félonie à l’instant de la désintégration du traître. Vos tortures, au besoin.
 
Combien le brave peuple de New Avalon aimerait ça !
À peine quelques minutes après leur évaporation et retour, Arthur convoqua les médias. Son message vibrant fut on ne peut plus clair :
 

*Peuple, on vous a menti ! J’adore !  Je t’adore !*
 
L’effet de cette déclaration, des vidéos diffusées, fut immédiat. Mais le comble fut atteint lorsque d’un bras tendu vers le ciel Kit – l’héritier contesté – réclama son dû…
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Kit Brown
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MessageSujet: Re: L'héritier légendaire venu d'ailleurs   Lun 3 Sep - 20:18

Grandeur et décadence. Etait-ce son lot ?  Kit s’était fait piéger comme le dernier- ou le premier- des imbéciles. Pratt devait avoir prévu son stratagème au retour du tournoi car, après deux pas dans le couloir, vlan, Kit s’était retrouvé en taule. Dans les brumes de son cerveau encore commotionné par l’attaque, il reconnut la voix de son père :

Kit ? Kit, je t’en prie, reprends tes esprits ! Kit, tu m’entends ? C’est papa ! Kit…



Père, c’est vous ? Où êtes- vous ?

Je n’en sais rien, fils. Certainement pas loin de toi au sous-sol. On m’a « évacué » avant même de dire ouf. Je t’ai… ressenti proche. Tu vas bien ?

Mal de tête, sinon, ok. Tu savais que Pratt était un traître ?

Je m’en méfiais depuis longtemps mais je n’imaginais pas qu’il s’était vendu à Arthur.  

Arthur est mort, nom de Dieu !

Ne blasphème pas, fils !

Si tu veux. Mais cela ne change rien au fait que cette crapule est réduite en cendres. Et ma femme ? Est-elle avec vous ?

Non, hélas ! Nul n’est venu depuis des heures. J’avais espéré un peu plus de considérations. Pour une raison que j’ignore, Pratt a pris le contrôle.  

La réponse, il la connurent quelques heures plus tard quand, sans ménagement, on sortit les prisonniers de leur jauge. Kit avait bien essayé de frapper les murs, la puissante grille, de gueuler comme un fou. Tout ce qu’il y gagna fut des poings en sang et une voix éraillée en sus de son mal de crâne lancinant. Le bruit de la coulisse des barreaux lui redonna espoir malgré l’abattement. Dans le couloir, il croisa son père entravé mêmement. On ne leur laissa pas l’occasion d’échanger le moindre signe, un sac noir s’abattant sur leurs visages.
Lorsque la lumière revint, ils étaient attachés à des sièges face à une assemblée très nombreuse. Mais, peu importait la foule chamarrée des gradins. Aussi fracassante qu’un direct à l’estomac, la vision d’Arthur s’imposa dans toute sa magnificence par trop vivante. Pis, il semblait tenir Emilia sous son joug. Elle semblait en telle adoration !

*C’est impossible ! Impossible ! * C’EST UNE INFÂMIE ! tenta-t-il de crier en se démenant comme un fou dans ses liens.

Une sorte d’étau lui broya aussitôt le gosier tandis que son corps entier sembla la proie des flammes. Manifestement, il ne pourrait même pas se défendre face à ce tribunal d’opérette.  
Les débats furent cependant assez houleux selon ce qu’il put en juger. Le clou arriva avec une déclaration pour la moins fracassante de la part d’une petite novice en magie :

*Nell ? *

Ce ne pouvait être qu’elle ou… son double. Mais si c’était elle, alors il y avait toutes les chances pour que le grand fanfaron de service ne soit que…

*Dave !*

Ceci expliquerait cela.  Cet espoir atténua ses souffrances en le rendant plus attentif aux discours et, lorsque Arthur – magnanime – accepta d’écouter la novice en la relevant doucement, plus aucun doute ne subsista : Dave et Nell étaient là ! Ils étaient sauvés !  D’ailleurs, la suite le prouva. Refusant l’exécution immédiate proposée, le pseudo Arthur fit évacuer la salle avec vigueur, ne retenant avec lui que ses amis. Ouf, la Dame du Lac fit choir les liens des prisonniers. Se retenir fut sans doute le plus difficile de cette aventure. Kit aurait volontiers défoncé le portrait d’Arthur-Dave s’il n’y avait eu le regard d’Emilia pour l’en empêcher.

En tout cas, merci, grommela-t-il à l’encontre du sosie. T’es pas mal en acteur, et toi en actrice !

Il en voulait à Emilia ? Ben oui. Kit était ainsi. Il venait de subir un petit enfer pour voir celle à qui il avait ouvert son cœur le réduire en miette.

Les explications se distribuèrent via apposition au front. La rancœur de Kit s’avala aussi facilement que le banquet improvisé.  Néanmoins, il tint Emilia à distance, se focalisant sur la nouvelle tournure des évènements.  

*Au final, on tourne en rond*

Rien, en effet, ne se décida. Au contraire, fort de son nouveau rôle, - à moins qu’il n’y prenne réellement goût- Dave remballa tout le monde.

*La nuit porte conseil, dit-on ! J’espère que t’en prendra de la graine !*

Il rageait intérieurement, ce que ne manquèrent pas de remarquer son père et Emilia.
Juste avant ses appartements, le roi le freina :

En définitive, fils, que veux-tu ? Tu as l’air si…

En rogne ? Oh que oui !  Pour qui se prend-t-il cet écrivain à la noix ? … c’est ça Milie, défends-le. Vous allez décidément bien ensemble, fou que j’étais !... Si, si, je vois très clair. Tu veux régner à ses côtés, non ?

La baffe qu’il encaissa lui échauffa la joue sans refroidir son humeur pour autant :

… bien content de savoir que tu te fiches de lui. Au passage, je te signale que mon père EST le roi !... Quoi ? T’es dingue ? Bien sûr que non ! JE NE VEUX PAS SA PLACE ! On a prévu autre chose… ben parce qu’il en a marre du trône et ses intrigues. Si Dave veut régner, il le fera mais sans moi, sans nous… je me contredis ? Comment peux-tu…

Mes enfants, intervint un Hendrick dépassé, mes enfants cessez ces chamailleries. Dois-je vous rappeler que les murs ont des oreilles ?

Mon sire a raison, s’empressa d’intervenir le ministre Merlin flanqué de la Dame du Lac qui agitait les mains en tous sens comme pour conjurer dieu sait quoi. Taisez-vous, prince Christopher. Entrons, voulez-vous ?

Sitôt les portes closes, Kit alla se servir un grand scotch sans en proposer à personne. Morose, il s’affala dans le premier siège, et avala le tonique ambré. Dans son dos, cela murmurait, il s’en fichait. Il voulait que cesse ce jeu stupide dont il aurait dû être le héros mais qu’un bouffon bousillait.

Fils, commença doucement Hendrick, je pense que tu oublies que le nouvel Arthur est de notre côté. Certes, il est… impétueux, et…

Infatué de lui-même ! Il veut ta place, père ! Ne le vois-tu pas ? Moi, dès que l’occasion se présente, je fous le camp. Maintenant, sortez.

L’ordre incluait Emilia qui, désemparée, se laissa emmener par les mages.
Longuement, Kit rumina. À quoi bon avoir occis proprement un infâme individu si son sosie parfait le remplaçait ? En le voyant débarquer, Il avait espéré… autre chose ! Manifestement, le pouvoir était monté à la tête de Dave qui se payait bien la sienne. Tous semblaient lui manger dans la main, Milie la première ! S’adressant aux murs muets, il aboya :

Qu’est-ce qu’il a fait sinon apparaître par magie celui-là ? Il n’apporte même pas de solution ! Et Nell ? Qu’est-ce qui lui prend de tenir de tels propos ? On est fins… on est finis !  

Trois verres plus tard, il n’était pas calmé. Cependant, son isolement volontaire fut court. Un page  s’incrusta malgré de vives protestations de sa part à demeurer seul.

Ne me battez pas, sire ! Mon maître, le ministre Merlin, insiste mentalement : on vous attend sans tarder au bâtiment des essais. Si vous voulez me suivre…  

6ème sens ? Kit ne décela aucune roublardise chez ce petit gars pâle apparemment terrorisé. Quelque chose bougeait ? Autant voir quoi.
Fameuses, les passerelles d’accès ! En un rien de temps, ils furent rendus. Toute la clique semblait réunie en ces lieux qui lui en rappelaient d’autres. Fioles, cornues, câbles électriques partout. Henry Warrington aurait été ravi. Trônant au milieu du bazar, de curieux engins :  

*Ils ont des sauteurs ? Pas le top, si c’en sont, je prends !*

En effet, des machines semblables à des motos sans roues dormaient, comme inachevées.
Sans accorder un regard à Emilia, Kit se concentra sur ceux qui arrivaient. Le colonel Watts prit directement la situation en main :

Arrangeons ces bidules pour qu’ils soient dignes de la vitesse de la lumière. Si je ne me trompe pas, faut être au lac dans un quart d’heure.

*Elle déraille complètement !*

Nell, Dave et Emilia se mettant immédiatement à l’ouvrage, que faire d’autre que de les épauler ?
Somme toute, en mettant d’aplomb ces trucs, peut-être pourrait –il s’échapper ?  
La technologie de ces engins ressemblait à la leur sauf que le génie fou d’Henry Warrington leur manquait pour qu’ils soient vraiment opérationnels. Le but premier n’étant que de leur faire couvrir une longue distance plus vite qu’un hélicoptère, on y arriva.
Avec un petit dépit, Kit vit Dave et Nell s’envoler. Se doutant qu’ils ne tarderaient pas à revenir si leur mission réussissait, chacun resta en position. Pas à dire, mais les voir rentrer  presqu’aussitôt partis en stupéfia plus d’un. Le colonel Watts ne s’embarrassa pas de long discours en exigeant un aparté avec ses trois complices auxquels se mêlèrent bientôt la clique locale. En gros, on demandait tout bonnement à Kit de faire sortir Exkaliburg de son trou, quel qu’il soit, afin d’unir les peuples dans un même combat. L’héritier lui-même doutait la chose réalisable, mais Watts y tenait. En attendant un meilleur plan, tous étant claqués, ils se cherchèrent un coin pour y roupiller ou songer à l’avenir.
Ce moment, Kit n’en profita guère. Bon, n’étant pas aveugle, il n’avait pas été sans remarquer une complicité inédite entre Dave et Nell. Se seraient-ils rabibochés ? Il ne connaissait leur passé commun que par bribes, mais il n’avait quand même pas rêvé de voir Milie sous le charme du grand type ! Pour une fois qu’il désirait se poser, voilà qu’on lui chipait l’affection de son attention. Miss Clairborne serait-elle volage ? Elle ne lui avait pas donné cette impression jusque-là.

*M’en fiche ! *

Les triangles amoureux, il laissait ça aux auteurs de romance. Tout ce qui importait pour l’heure était de ficher le camp et de roupiller un peu.  
Hélas, les visions de la Dame du Lac interrompirent ce pseudo repos. Elle ameuta son monde, selon elle cela urgeait.  La décision s’arrêta sur un plan déjanté.

Vous allez retourner dans le passé de cette ligne ? dit-il aux voyageurs désignés d’office. Mais tu vas te faire crucifier au retour, Dave ! Pas que je tienne à ta peau, mais… Bon, si vous y tenez, tant qu’à faire, ramenez-moi l’épée !  

Pour un branle-bas de combat à leur retour – quelques 30 secondes plus tard- il fut fracassant quoique sans épée. En un rien de temps, médias et public furent convoqués.
Pendant que les preuves irréfutables de la félonie déroulaient sur tous les écrans, pas besoin d’être devins pour ressentir le revirement de bord de tous et chacun.  Sur l’esplanade depuis laquelle le roi et ses fidèles assistaient au dévoilement des traitrises, les traits étaient tendus, la nervosité palpable. Vint le commentaire cinglant autant que vibrant d’un Arthur soi-disant assuré. Sa harangue fut brève. Il avoua simplement la duplicité d’Arthur, de ses comparses, et de n’être lui-même qu’un sosie du neveu du roi Hendrik, le seul vrai souverain qui fut ovationné comme jamais. À son tour, Hendrick prit le crachoir sur le devant de la scène :



Mon bon peuple, mes chers amis, je vous remercie de votre soutien. Soyez assurés que tous les traîtres seront punis comme il se doit. Nous déplorons avoir nourri un serpent en notre sein. Arthur est mort, qu’il brûle en l’enfer qu’il lui revient. Mais, hélas, ses manœuvres immondes n’ont pas que tenté de me renverser moi, mais de tous nous écraser. IL A VENDU NOTRE NEW ALBION À SES ENNEMIS ! ILS SONT À NOS PORTES ! RALLIEZ-VOUS À NOUS POUR LES VAINCRE !  Nous ne serons pas seuls, heureusement. MON FILS, le seul héritier légitime, EST ICI !

*Merde, c’est moi qui m’y colle… !*

Dire qu’il redoutait ce calice était peu. Et si cette fichue épée ne venait pas ? Si elle refusait de se montrer, ou pire était détruite ? Si au moins Dave et Nell avaient pris la peine de le mettre au parfum de ce qu’ils avaient trouvé à son sujet ? Mais rien de rien ! Alors, du plus bravement qu’il put, il s’avança au bord du promontoire. Prier ? Ben, oui, tant qu’à faire, il clama bras tendu vers le ciel :

Exkaliburg, si tu es mienne, VIENS !

Toujours terré dans son antre, Pratt tremblait. Tôt ou tard, on allait se douter de sa roublardise, de sa retraite, et venir le cueillir pour l’occire. Il tremblait tellement qu’au départ tout lui sembla normal jusqu’au moment où, sans équivoque, il vit des pans de roche s’effriter alentours. Dans une avalanche de gravats, sa dernière vision effarée fut celle d’un miracle : l’épée surgissait.

Une fois déjà, elle était venue. Exkaliburg ne rata pas l’appel. La sentir à nouveau si chaude, vibrante, dans sa main, faillit désarçonner un Kit plus ému qu’il n’aurait pensé l’être. Revenu de son éblouissement, il se tourna vers son groupe :  

Et maintenant ? souffla-t-il tandis que les vivats et applaudissements n’en finissaient pas.

Le ministre Merlin, très digne, calma l’assistance en arborant un large sourire :

Oui, bonnes gens : le prince Christopher est l’HÉRITIER ! Celui qui doit repousser nos ennemis hors de nos frontières ! Mais il n’est pas dit que nous nous tournerons les pouces en attendant que s’accomplisse la prophétie. TOUS, nous devons nous rallier à l’étendard sacré !

Sans qu’il n’eût rien demandé, voilà Kit tenant d’une main l’épée fabuleuse, de l’autre une bannière étoilée. On semblait attendre autre chose de sa part. Aussi, même s’il se compara à un idiot, il agita fièrement le drapeau de la Nation. Le roi reprit le crachoir. Il ne lança pas un « aux armes citoyens » mais presque.  
Dès le « rideau » des cérémonies baissé, on réunit dare-dare un état-major. Les dernières nouvelles n’étaient pas engageantes. L’ennemi était aux portes par terre et par mer ! Pressé de toute part réclamant son avis, Kit se sentit perdu. Il n’était pas stratège, diable !  

Je… euh… On envoie la cavalerie ?

Vous voulez dire les troupes, sire ?



Ben, Ministre Merlin appelez ça comme vous voulez. Qui est le ministre des armées ? Faudrait le consulter, non ?

C’est toi, mon fils ! Avant c’était Arthur, mais…

*Moi ? Oh, non !* Eh bien, je nomme Dave comme chef du haut commandement. Je superviserai *de loin*

Nul n’était d’accord. L’héritier se devait d’être au premier rang et Dave refusait cet « honneur » en glissant une proposition qui laissa l’intéressée sans voix. Somme toute, Nell était leur colonel, non ?

*À elle de s’y coller !* pensa Kit, réjoui.

Au moins, toute cette agitation eut du bon : pas un seul instant, il n’eut l’occasion d’être en tête-à-tête avec Emilia qui suivait attentivement les débats quant à la stratégie développée par le colonel Watts.

Tu restes persuadée que le Commander a compris l’urgence ? demanda-t-il abruptement.  

Bon, elle l’espérait sans pouvoir être affirmative, déjà ça. En attendant, des vues satellites sur écrans translucides démontrèrent l’imminence du conflit. Grâce aux sauteurs, l’état-major fut transféré illico en première ligne. Aviation et troupes blindées s’occuperaient des diverses frontières, eux de la côte Est.  Kit n’aimait pas ça. Diviser ainsi les forces armées ne présageait rien de bon, mais comment procéder autrement ?

J’espère que les communications sont parfaites, dit-il en regardant via jumelles perfectionnées l’approche de la flotte adverse. Si les autres ont besoin d’un coup d’épée, faudra… sauter.  

Si l’idée de foutre le camp lui traversa l’esprit plus d’une fois, il maintint le cap. Sans doute que les regards du roi Hendrick et de Merlin n’y étaient pas pour rien.  

Que disent les radars ?



Approche aérienne. Ils seront au-dessus de nous dans moins d’une heure, fut-il répondu par un membre tremblant du staff.

Petite question, demanda Kit au ministre de la guerre : les missiles sol-air existent ici ?

Hélas, oui.

Bref, si un sous-marin armé lance son ogive, on est pulvérisé ! conclut-il en regrettant sa question.  

Une épée contre des sous-marins, Et puis quoi encore ? Mais où était la Dame du Lac ?  
Nul ne l’avait aperçue depuis le transfert express. Il ne fallait pas en déduire qu’elle avait fui lâchement. En effet, au bord du lac d’où elle tirait son nom, Viviane priait à sa façon.

La tension montait au sein de l’état-major. Emilia, en proie soudain à une exaspération effrayée, le prit plus ou moins à part dans un éclat violent :

… Mais que voudrais-tu que je fasse ? Tournoyer ce bâton en criant FOUTEZ-LE-CAMP ? … je sais pas si on va s’en sortir !  Si j’étais toi, je passerais mes dernières minutes au calme avec ton Dave chéri, traitresse !


Oups ! La baffe du siècle à côté de celle reçue n’était rien. Houspillé, accablé de noms d’oiseaux, Kit rompit les rangs surtout qu’un avertissement sonore s’imposa :

TIR !

Misère. Les contre-mesures étaient-elles en place ? Où étaient les chasseurs ?  Des sirènes hurlaient de partout dans le bunker face à l’Océan d’où émanait un point lumineux en approche horrifiante.
Sortir ne servirait sans doute à rien. Pourtant, dans un accès de folie téméraire, Kit accrocha Emilia à qui il vola un baiser appuyé avant de vider les lieux.

Je t’aime, adieu !

Si on tenta de le retenir, Kit n’en eut pas conscience. Tout ce qu’il voulait c’était faire s’éteindre cette lumière dévastatrice qui grossissait à vue d’œil.

Tu es venue à moi, murmura-t-il dressé sur la grève, sers au moins à quelque chose ! Dieu de miséricorde, PROTÈGE-NOUS !

L’épée brandie vers le ciel rayonna soudain. L’éclair qui en jaillit traversa l’espace en un clin d’œil. Des deux mains, Kit soutint la formidable énergie agitant le bâton de foudre.  Le croisement avec le missile provoqua un très beau feu d’artifice qui en éblouit plus d’un, Kit le premier.  
Revenu de son effort, constatant la réussite, le prince aurait bien dansé de joie sauf que…

*NON !!*

En riposte, loin de détaler, le ou les sous-marins éjectaient leurs projectiles de mort. Le ciel devint enfer. Pour batailler, Kit le fit. Aucun de ses traits ne manqua sa cible. D’autre part, via sauteurs, Nell et Dave le relayèrent bravement. Les chasseurs s’occupèrent des bombardiers mais, côté terre, on réclamait des renforts de toutes parts.  

Dans le bunker, sombrement, Hendrick constata en serrant la main d’Emilia dont il avait refusé le départ :

Ma chère enfant, c’est la fin. Je regrette de ne pas avoir pu vous connaître davantage. Un si beau royaume…

Elle le vilipenda copieusement et s’arracha à sa poigne pour se ruer vers un des rares sauteurs en place quand, brusquement, elle réalisa un changement d’ambiance.

Kit était lessivé. Ce bâton lui pompait énergie et tripes. Dans un moment, il devrait mettre genou à terre. Dans le fond, peu importait. Il se doutait qu’à plusieurs reprises, Dave et Nell lui avaient sauvé la mise en faisant des rushes arrière. Là, il n’en pouvait plus.

*Un miracle, un tout petit miracle…*

La jambe fléchissant, Kit leva une dernière fois les yeux au ciel. Rêvait-il ? Quelle était cette trouée incandescente qui déchirait les fumées ? Soudain, telle une myriade d’abeilles en folie, des sauteurs s’abattirent dans la mêlée. Le commander venait à la rescousse !  

Dieu qu’il avait mal au crâne. Kit s’éveilla dans ses quartiers privés de la plate-forme spatiale servant de relai à tous les patrouilleurs du temps.

*Seigneur, c’est la dernière fois que je me cuite autant !* rit-il jaune, la bile aux lèvres.  

Bien qu’il ne gardât aucun souvenir de beuverie récente, comme d’ordinaire, il se « doucha », l’appel ne tarderait pas et il se ferait encore remonter les bretelles par le colonel s’il ne se présentait pas en uniforme correct.  
Dans le couloir qui le menait au réfectoire, propre et net quoiqu’un peu vaseux encore, il rigola pour lui-même :

*Quel rêve débile ! Arthur, la Dame du Lac, suis bon pour la camisole !*

Mais que faisaient tous ces gens assemblés semblant attendre quelqu’un ?
Incrédule, il vit s’avancer vers lui…
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