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 Des rencontres de choc

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Henry Warrington



Messages : 11
Date d'inscription : 03/02/2016

MessageSujet: Des rencontres de choc   Sam 6 Fév - 11:07

La proie pour l’ombre ? Vous pensez la saisir et elle vous échappe. Henry, docteur en physique quantique et autres, était las. Oh, s’il voulait faire le bilan de sa vie, il aurait pu se réjouir. Il ne manquait de rien matériellement parlant. Professionnellement, pas de quoi rougir non plus sauf, qu’à tout prendre, il avait plus donné que reçu question satisfaction. Oui, bah, il était l’illuminé de service dont les théories amusaient la galerie sans déclencher ni enthousiasme ni soutien.  
Puis, il y eut sa rencontre avec Dave. Les bouquins de ce jeune homme possédaient un je-ne-sais-quoi de visionnaire, de curiosité intellectuelle qui, certes bien caché dans des narrations parfois fantaisistes, dénotaient un réel intérêt pour les limites entre imaginaire et réel. Longtemps, Henry se souviendrait de leur premier café partagé. Dave avait entendu parler de son obsession (fallait être sourd, aveugle, ou extraterrestre pour l’ignorer) mais démontra un franc intérêt aux questions soulevées.  Bien sûr, le jeune écrivain ne sauta pas à pieds joints sur l’opportunité farfelue proposée après quelques heures. Henry s’y attendait. Il lui fallut au moins cinq entretiens avant de sentir le sujet prêt à participer à l’expérimentation.  

Je ne puis pas garantir le succès immédiat, Dave. Vous avez vu le stylo disparaître et réapparaître, n’est-ce pas ainsi que la souris… oui, je pourrais tester un singe mais c’est difficile à se procurer ces bestioles… Non, bien sûr que non, je ne vous prends pas pour un chimpanzé ! Je le ferais moi-même si j’en avais les capacités… Écoutez, tout ce que je vous demande est de porter ce boîtier partout où vous irez sauf sous l’eau car je n’en connais pas encore les conséquences…  

Foule d’interrogations sensées avait suivi. Néanmoins, Dave était parti avec le boîtier gris, pas plus encombrant qu’un gsm, en poche.

Surtout, s’il se produit un truc bizarre, prévenez-moi aussitôt de jour comme de nuit. Vous avez mémorisé mon numéro, mon adresse perso ?... Ok. Merci Dave. Au nom de la science, merci !

La longue attente commença alors. Il était prévu que Dave téléphone quotidiennement à 18h qu’il se passe quelque chose ou pas.  Entretemps, Henry agissait dans le sous-sol labo de sa villa de Cambridge.  
Réglage ici, allumage-là et… rien. Les jours devinrent des semaines stériles. Invariablement, le brave cobaye donnait de ses nouvelles et, sûrement, commençait à croire Henry aussi fou que la rumeur le prétendait. Puis il y eut ce… silence.  Jamais Dave n’avait raté le rendez-vous de 18h. Fébrile soudain, Henry révisa ses notes du jour. Qu’avait-il modifié au protocole ?

À 10h j’ai augmenté la fréquence  de 5%... à 10h30, j’ai ajouté un algorithme séquentiel… à 11h, matou a sauté sur le clavier et a créé une baisse de niveau…Dave, bon Dieu, pourquoi tu ne réponds pas ?  

Deux jours pleins à remuer ciel et terre pour trouver une trace de son volontaire... sans résultat. Son domicile, pas très éloigné, était clos. Les voisins interrogés, ignoraient tout. Selon les renseignements glanés, recoupés avec les dernières infos transmises par des connaissances communes, Dave aurait été vu en train de jouer avec son chien sur une rive du fleuve proche. Ensuite, on perdait sa trace.    
Henry en était à son second litre de café mais broyait encore du noir quand son antiquité de téléphone à touches sonna.  Cela devait faire des années que le professeur Warrington avait bougé si vite dans son labo. Fébrile, il décrocha :

… Dave ? C’est bien toi ? Que s’est-il passé ? J’étais mort d’inquiétude !.. Je… QUOI ? Répète ? …

Un long moment Henry demeura sans voix. Dave était salement amoché en… Normandie !!!
Dès qu’il eut connaissance des circonstances, Henry ne douta plus. Les idées en pagailles néanmoins, il parvint à se calmer, et son interlocuteur dans la foulée :

Ok, ok ! C’est merveilleux !... Mais non, pas que tu sois blessé ! Mais tu piges ? Ça a marché !!!... je suis navré que tu sois handicapé pour le moment mais ça va s’arranger. Prends le 1er avion possible, je me charge de tout, je t’attends !... Ah, au fait, le boîtier tu l’as toujours ?... Splendide ! Mets-le dans un caisson plombé, on sait jamais. De mon côté, je ne touche plus à rien, promis juré.    

Le combiné raccroché, qui aurait cru le professeur Warrington encore capable de danser la gigue ? Pas lui.

Looooongs jours à tourner en rond. Façon de parler car Henry ne chôma pas. La fable pondue au sujet d’un kidnapping fut gobée auprès des autorités afin que Dave récupère argent et papiers. Les curieux creusèrent à l’envi mais, fatalement, se lassèrent vite.  

Le coup de fil espéré sonna enfin. Dans le hall des arrivées en provenance de Boston, beaucoup s’étonnèrent sans doute de voir un vieil homme y faire les cent pas.  
Nerveux ? Oui, non, excité aussi, le professeur Warrington vérifia pour la millième fois le panneau d’affichage avant de se dérider. Le coucou s’était posé !  Bientôt la haute silhouette barbue attendue se profila déclenchant un remous mémorable dans l’assistance :

Dave ! Dave ! cria Henry en agitant la main.  

Une étreinte à étouffer un ours fit grimacer l’accueilli.

Oh, pardon ! Je suis si heureux, si heureux Dave !

Dans un murmure, il lui souffla :

Dis-moi, tu l’as ?...

Lui accrochant le bras valide, Henry s’empara du bagage à roulette et poussa le revenant vers la sortie.  

Raconte-moi tout ! Ça t’a fait quoi ? Tu t’es senti gelé, bouillant, cassé ?

Mais, soudain, Warrington fronça les sourcils :

Accélérons, je crois que l’on nous suit.

Effectivement, trois jeunes gens leur filaient le train. Dave alors pila sur place et annonça la couleur en lui présentant le trio accompagnateur. Des mains se serrèrent sans trop de conviction de la part d’Henry qui se força :

Enchanté Mesdemoiselles. C’est vous le responsable de l’état de Dave ? Je ne vous félicite pas, docteur !

À Dave, il murmura :  

Était-il nécessaire de les ramener ? C’est top-secret…  

Selon son ami, oui. Bon an mal an, on casa passagers et bagages dans la Cadillac aussi ancestrale que son proprio.  

*Heureusement, ils voyagent léger. Où on va les mettre ?*

Comme s’il lisait ses pensées, son cobaye expliqua que deux choix s’offraient pour le logement. Plus grognon, si possible, Henry soupira :

Ma maison est vaste. Vous pouvez l’occuper entièrement sauf le sous-sol. Ça, c’est tabou.

Comment les jeunes s’organisaient-ils, Henry s’en fichait. Ayant récupéré le précieux caisson, il s’enferma avec ; on le revit pas de la journée.
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Dave Clayton
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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Sam 6 Fév - 23:22

Et vlam ! La porte claqua avec une force inouïe, le vitrail qui l’ornait se fissura encore plus et finit par tomber à grand fracas. Il aurait tenu bon trois ruptures mais la quatrième avait été trop véhémente. Dave resta à contempler les dégâts à peine remué par la scène qui venait d’avoir lieu, à croire qu’il y était habitué.
Il l’était. Les femmes et lui n’étaient pas faits pour s’entendre à long terme. Dès la délicieuse étape initiale de badinage et conquête finie, ces dames entendaient, pour la plupart, l’entendre parler d’avenir et là Dave devenait sourd et muet. Peu supportaient plus de deux mois cette situation et ineffablement l’envoyaient se faire voir ailleurs, ce qui était dès le départ son idée première et après l’affubler de tout nom d’oiseau de leur répertoire généralement vaste et fleuri.

Ma foi, elle faisait quand même des bons pancakes !, soupira Dave à l’adresse de son fidèle Oscar qui jappa, solidaire, allez…prends ton frisbee, allons nous défouler un peu au parc !

Un coup d’œil à sa montre l’informa qu’il était encore tôt pour appeler Henry. 18h pile, tous les jours depuis…combien de temps déjà ? Plus d’un mois en tout cas. Tout ce temps à attendre un  résultat aux expériences bizarroïdes auxquelles se livrait le prof Warrington. Le thème en soi était hasardeux, hypothétique à l’extrême mais Dave y croyait. Pourquoi pas après tout ? Des univers parallèles ? Des paradoxes ? Lui-même jouait brillamment, à l’avis de beaucoup, avec l’idée de se déplacer en temps et espace. L’idée, bien tournée, incarnée par un héros agréable, l’avait rendu millionnaire avant ses 30 ans ! Or Henry Warrington, le savant par excellence, admiré par d’uns, une minorité, et vilipendé par la plupart, y croyait dur comme fer, assurant être à point de réussir l’expérience ultime.  Il avait mis un certain temps pour convaincre Dave de prendre la place de la cuillère et de la souris, à la place du chimpanzé difficile à trouver.

*T’es pas kamikaze, t’es con…mais qu’est la vie sans aventure !*

Quelle après-midi splendide. On se serait cru en été, sur les rives de la rivière Charles. Autant en profiter avant que l’hiver ne s’installe, ce qui ne manquerait pas d’arriver. Oscar se démenait comme le dingue qu’il était, avec une agilité inattendue chez un spécimen de sa taille. Lui et son maître s’en donnaient à cœur joie, inconscients du spectacle de charme qu’ils offraient aux yeux d’un parterre féminin en pleine crise de soupirs pâmés, quand CELA  arriva. Le Prof. Warrington en avait déblatéré de long en large et foi de Dave, ça correspondait assez bien à l’idée du savant, quoique plus qu’un vortex lumineux et spectaculaire, cela ressemblait plutôt à une porte lumineuse, ça oui, ouverte sur…

C’est quoi ça !?

Mais c’était déjà trop tard pour se livrer à une quelconque appréciation…le frisbee filait droit dedans, Oscar courait derrière l’artefact convoité et lui par réflexe fonçait à leur suite.
À l’instant suivant, il courait toujours mais la rivière avait disparu, le soleil idem, en fait il pleuvait des cordes, il faisait nuit et un froid de canard. Dave s’arrêta, regardant autour de lui, incrédule, totalement déboussolé et la seule chose qui lui vint à l’esprit fut de crier après son chien à en perdre la voix. Le froid le rendit à de plus logiques considérations, rester planté là comme un navet ne risquait pas d’arranger ou éclaircir quelque chose. Il lui sembla entendre un aboiement pas loin de là alors il piqua un sprint.
Bien sûr être un peu choqué par le changement brutal de décor, de climat, de tout n’arrangeait rien pour avoir les idées claires. Une route, qu’à cela ne tienne, plus commode de courir sur le bitume détrempé que dans un champ transformé en bourbier. Les aboiements se répétèrent, tout à sa quête  il n’eut même pas conscience de la voiture qui lui arrivait dessus.

Monsieur, monsieur, vous m’entendez ? Non, ne bougez pas. Je viens de vous renverser. Comment vous sentez-vous ? Je suis médecin. Ne bougez pas, je reviens.  

*Hein ? Quoi ?...C’est qui…qu’est-ce que je fous par terre ?...M***e ,  quel froid !*

Et voilà que le bonhomme entrevu se ramenait de nouveau lui parlant en ce que Dave conclut était du français.

*Génial…manquait que ça !...Pige rien, mec !*

L’autre donnait déjà un diagnostic, supposa t’il, et vu son air soulagé, Dave déduisit qu’il n’en mourrait pas.

Suivez mon doigt.  

Compte tenu de la mimique, Dave loucha gentiment sur le doigt qu’on lui baladait sous le nez.

La porte…vous l’avez vue ?

Pardon ? On est en plein champ, il n’y a pas de portes ici. Laissez-moi remettre cette épaule en place...

Je ne pige rien…Quelle heure est-il ?


Euh, j’en sais rien. 22h30, 23H ? Écoutez, ça va faire mal.

Tiens, là il parlait anglais, ça fit du bien comprendre que la suite ferait un mal de chien. Il n’était pas du genre trop douillet mais là il faillit tourner de l’œil après avoir hurlé comme un damné.

Ça va pas, chez vous…La porte ! Aidez-moi ! Je dois la prendre…  

La seule que vous allez prendre est celle de cette bagnole. Ne bougez pas de cette couverture, j’arrive.

IL eut envie de se mettre à jurer comme un charretier mais du coup se sentait faible, endolori et trop paumé comme pour discuter. Collaborant de son mieux il aida l’inconnu à installer sa carcasse dans la 4X4 mais à croire que l’effort avait été de trop et au lieu de papoter genre touriste en quête d’infos, Dave sombra plutôt dans un agréable semblant d’inconscience. Comme quoi il se perdit du reste de la balade sous la pluie et se reprit à peine quand on le descendit du véhicule pour le mettre sur une civière et le trimballer vers ce qu’il supposa être les Urgences.

Mon chien !, gémit ’il dans un éclair de lucidité, faut que je trouve mon chien…, mais de sitôt on lui appliquait allez savoir quoi et il partit gentiment dans un trip des plus agréables, ratant ainsi le reste de la soirée. Idiot mais reposant !

Retour à la vie alors qu’on lui passait une lavette râpeuse sur le visage. Quelqu’un émit une sonore protestation mais la lavette joua de nouveau. Dave ouvrit un œil et découvrit celui humide et attendri d’Oscar qui se remit à le lécher avec l’affection d’une mère.

T’es là… j’ai eu peur…j’ai cru…

Mais déjà des mains énergiques écartaient Toutou et le prenaient en charge lui. La matrone de service n’y allait pas de main morte et donnait des ordres à tout azimut tout en lui posant des questions à débit de mitrailleuse. Questions auxquelles il ne pigea tout bonnement rien pour la simple raison qu’elle parlait en français et lui la langue de Molière…euh…

Sorry…pige rien…moi pas parler français !

On s’en sera rendu compte, mon poussin…allez, ouvrez moi la bouche…hop là, gardez le thermomètre…brave petit !, et de lui tapoter la joue en sus.

Grrr…


Regard à gauche, à droite. Il était bel et bien couché dans un étroit lit d’hôpital, pas un seul moniteur en vue, pas de bips angoissants, seule une bonne odeur à  antiseptique, deux paravents immaculés créaient un petit cocon privé dans ce qu’il devinait salle générale.

*Pas le Boston General, ça…alors là, pas du tout !*

De l’autre côté de la protection il y avait du chambard, manquant de faire basculer le paravent immaculé sus mentionné sur lui le cher Oscar refit son apparition cette fois suivi d’une espèce de lutin roux au regard mi- indigné mi- amusé qui essayait, assez vainement de le retenir du collier.

Arrête le cirque, Oscar…assis !...Merci, miss…mais il est assez brute…est-ce que vous parlez anglais ?

Et comment ! La petite était aussi américaine que lui et fut une précieuse source d’informations. Comme quoi son arrivée la veille en pleine nuit d’orage avait mis en émoi ce petit hosto de province, d’autant plus que celui qui l’avait ramené était celui qui l’avait écrabouillé, sans faire exprès cela allait de soi.

Ok…je suis jusque-là…mais on est où là ?...Une communauté francophone au Massachussetts, quand même pas…, farfouilla t’il en déplaçant le thermomètre sous sa langue.

Elle le regarda avec un rien de pitié en supposant sans doute qu’un coup, plus qu’un autre, lui avait dérangé le cerveau, avant d’avouer l’inavouable.

QUOI !?, là il faillit carrément avaler le bâtonnet qu’elle lui enleva de la bouche par précaution, c’est pas sérieux…EN NORMANDIE ??? En France ?


C’est bien connu, les américains ne sont pas forcément calés en géo mais là, franchement. Elle lui rit au nez et était en train de se ficher de sa poire quand un deuxième larron se joignit aux réjouissances. Cette fois il s’agissait d’une brunette qui semblait s’amuser aussi pas mal. Lutin roux fit les présentations. Miss Brune était Toni et était allemande, elle-même se nommait Nell et à partir de là joua les interprètes parce que Miss Germany qui avait envie de parler massacrait joyeusement l’anglais. C’est ainsi, qu’à deux voix, elles en rajoutèrent une couche et le mirent au courant de la non moins épique entrée en scène de son chien, qui pour alors ronflait comme un bienheureux lové au pied du lit. Le retour en lice l’infirmière en chef mit fin au conciliabule, pour le moment. Dave sonné, se laissa faire.

*Vieux fou…il a réussi…il a réussi…Normandie…encore heureux que pas en plein débarquement…*…Heu…les filles…on est quel jour?…quel an ?

Cinq minutes plus tard le toubib-chauffard se présentait. Excuses de rigueur présentées, il parlait un anglais parfait, le Dr. Lescot déclina un à un tous les maux qui affectaient sa victime. Épaule luxée, côtes fichues. Repos obligatoire, of course aux frais de la maison.

C’est bien gentil, mais moi…je dois rentrer chez moi…ah bon ? Pas avant une semaine !? Vous êtes sérieux ?

Autant qu’un Pape en Concile. En fait Martin Lescot avait l’air d’être l’homme le plus sérieux du monde, un peu pince sans rire aussi mais enfin, Dave n’avait pas trop envie de faire de l’humour non plus. Par contre les deux filles, qu’Oscar semblait avoir pris en grande affection, étaient des véritables petits anges du bonheur.
Bien entendu, une fois établi qu’il n’allait pas mourir ni rester invalide, l’émotion se tassa et se posa la question de que faire de Toutou, car comme logique, pas question que ce bestiau émotif ne continue de squatter les Urgences.

Sais pas, moi, répondit Dave, angélique, au réquisitoire de Mme. Poulain, Dieu tout puissant du bled alias infirmière en chef, par intermédiaire de Nell qui jouait à la perfection le rôle de traductrice, demandez au toubib…c’est lui qui m’a mis dans cet état ! Mais Oscar devient fou s’il n’est pas près de moi…*Et même si…il est dingue, c’est tout !*…en tout cas, j’ai besoin d’un téléphone…je dois appeler aux USA…


Mme. Poulain n’agréa pas trop mais Miss Watts s’y appliqua si bien que une demi-heure plus tard il avait le Prof. Warrington au bout du fil.

… Dave ? C’est bien toi ? Que s’est-il passé ? J’étais mort d’inquiétude

Je suis en Normandie, Henry…à l’hôpital, me suis fait renverser par le toubib du coin…Pas si moche que ça mais je ne peux pas voyager avant quelques jours…Oui, ça va aller…Ouais, on s’en doute que ton truc a marché…peux pas te dire plus pour le moment, sais même pas ce qui s’est passé…Bien sûr que je l’ai, ton boîtier…ah, du plomb ?...Vais voir comme j’arrange ça…te tiens au courant !

Bien sûr, la vie privée, là était un peu moins privée que voulue. Toni et Nell qui jouaient aux cartes de l’autre côté du paravent pointèrent leurs jolis nez dès téléphone raccroché, tout ainsi qu’Oscar en quête de câlins.

Voilà, je rentre dès que possible…faites pas cette tête, suis pas si sympa que ça à la fin…et vous, les belles, vos bobos ?


Elles allaient aussi bien qu’on peut l’être avec une écorchure au genou et un poignet foulé mais étant donné leur assistance providentielle tant en traduction comme en apprivoisement du fauve de service alias Oscar, avait lieu une situation extraordinaire, jamais vécue en ces lieux  d’ordre proverbial.
Mais force fut de reconnaitre que la situation telle quel ne pouvait s’éterniser de  la sorte. Mme. Poulain forçant sur le règlement valait mieux dire amen. On déménagea. Le grand blessé, ses deux assistantes plus Oscar…chez le toubib. Après tout Dave n’avait que besoin de repos, Martin ne pouvant pas être à son chevet 24h/24, Nell et Toni n’ayant rien de mieux à faire, l’arrangement tomba tout seul.
Et demander un caisson plombé, comme qui demande des bonbons à la menthe, exigea, tout de même, quelques explications. La seule personne à qui il pouvait demander un truc pareil était Martin, qui étonné parla plus fort que voulu, alertant Nell qui semblait en savoir plus long que le commun des mortels sur l’usage des dits caissons et comme Toni n’était jamais trop loin…tout finit par se savoir, plus ou moins…

Oui, Nell, tu as vu clair…c’est une sorte d’expérience scientifique ! Non, je ne peux pas te prêter le bidule pour le regarder…c’est…euh un portable…un peu spécial si l’on veut, et voilà qu’il allait s’enliser dans une explication à rallonge que Toni évita à sa façon en demandant si quelqu’un avait soif.

Enfin ce ne fut que partie remise parce qu’entre ceci et cela on se rafraichit avec un petit cidre du coin, qui mine de rien mit tout le monde de belle humeur, délia les langues, rendant aisée la communication, pour tout dire, Toni s’arrangea même pour parler un anglais très méritoire, de quoi se demander si Miss Germany n’avait pas besoin d’alcool pour saisir les nuances du langage. On rigolait comme des bossus en se racontant de tout et n’importe quoi lorsque ce brave Martin débarqua de son service et les trouva tous en pleine liesse. Ils avaient même eu raison de sa femme de charge, dont la réputation de férocité n’était plus à faire, ce qui leur fit gagner des points et adoucir le sermon qui s’en suivit. On eut droit à tout…l’irresponsabilité revint en cause deux ou trois fois…

C’est bon, Martin…on a pigé…j’ai pigé… suis irresponsable mais là…suis content…tu vois du coup j’ai moins mal partout…ah bon ? Les médocs et l’alcool…je prends tout sur moi…Ton ange ménager nous a laissé goûter au cidre…c’est bon, qu’y veux-tu?…on est jeunes, on est cons…et puis t’es pas bien vieux non plus…Déride toi…et puis tu sais quoi…tu dois impérativement venir avec nous aux USA…t’es mon toubib, suis sous ta responsabilité…et en plus on est un peu copains déjà, non ? Fixe tes honoraires…c’est pour de vrai !


Le Dr. Lescot lui aurait ri au nez en le traitant sans plus d’amerloque vantard si Toni, la petite avait le sens de l’occasion, n’avait exhibé en riant un exemplaire de son dernier bouquin traduit en allemand, au dos duquel apparaissait sa photo.

Ben oui…c’est moi…comme quoi, c’est sérieux…alors, tu as trouvé le caisson ?

De son côté le prof Warrington avait pondu la plus invraisemblable des histoires au sujet de sa disparition. Du jour au lendemain, Dave passa de malade anonyme à victime d’enlèvement ce qui causa le tollé conséquent à tout niveau.

*Et après on parle d’imagination de romancier !*

En tout cas, cela marcha et il put voyager avec Oscar. Et avec Martin, Nell et Toni.
L’accueil du Dr. Warrington fut limite délirant, le sauvant de celui de quelques fans en émoi. Il faillit y laisser de nouveau ses côtes. Rassuré sur le bidule dans le caisson, Henry voulait tout savoir.

Raconte-moi tout ! Ça t’a fait quoi ? Tu t’es senti gelé, bouillant, cassé ?

En fait…gelé et cassé, oui, il faisait froid, il pleuvait et je me suis fait emporter par devant par une 4X4…à part ça…rien de spécial, si tu vois ce que je veux dire…peux pas encore rigoler à toute, ça coince…


Accélérons, je crois que l’on nous suit.


Non, attends…pas du tout, Henry…ce sont mes amis… je te présente Miss Nell Watts, mon interprète, ben oui suis tombé en France et je parle pas un mot de français…et en plus la seule à pouvoir calmer Oscar…eh oui, le chien est de la partie…Toni Fischer qui…euh était là et puis c’est tout et là, le Dr. Lescot qui…m’a renversé, soigné et trouvé le fichu caisson…

Était-il nécessaire de les ramener ? C’est top-secret…

Ben oui, pouvais pas autrement ! Ils sont réglo, Henry, pas de souci !

Pas l’air si convaincu que ça, Henry les embarqua tous dans son espèce de Bat mobile datant de Dieu sait quand et enfila vers l’autoroute.

Bon, niveau logement ou c’est l’hôtel et on en paume un après deux jours ou on se rassemble dans ta mansion…tu as de la place, ca fera Q.G et tu nous auras tous à l’œil…oui, Oscar aussi…

Henry était grognon. Voir son chez soi soudain envahi ne le rendait décidément pas heureux du tout mais Dave commençait à sérieusement cerner le personnage. Solitaire par choix, exigences de son génie, ou rejet de ses semblables ou pour les raisons qui soient, le prof Warrington n’était pas pour autant un asocial indécrottable. En fait, une fois mis en confiance, il se révélait un homme plus que charmant,  conteur de choix plein d’humeur il était capable, de le vouloir, d’animer une soirée à lui tout seul. Mais ce ne serait pas de sitôt !

Eh bon voilà, mes amis…On s’installe…on dirait que ce cher Henry a oublié d’engager une femme de ménage mais enfin…je pense qu’on peut se débrouiller, non ?...Sais pas de quoi vit cet homme…quel frigo vide…tout comme les placards…M’en occupe…

Il le fit, quelques coups de fil et le tour était joué! Une société de services spécialisés s’occuperait de donner le coup de plumeau magique à la demeure mais ce serait dans trois jours, pas avant. Pour le ravitaillement faudrait s'arranger, ce qui ne devrait pas poser trop de problème.

On s’en fait pas pour Henry…il sortira de son labo quand ça lui dira, en attendant je joue les hôtes…Je vous ai expliqué, grosso modo de quoi il en va et vous m’avez dit que ça vous bottait…Vous savez qu’il n’y a aucune garantie…on ne sait pas exactement à quoi on s’expose…Henry vous expliquera mieux et si après vous décidez de rentrer chez vous comme si rien…ben tant pis, je ma farcirai tout seul l’aventure…*Ouais, la joie… !*


Dernière édition par Dave Clayton le Mer 10 Fév - 1:35, édité 2 fois
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Nelly Watts



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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Mar 9 Fév - 8:13

Venise en juillet ? Quelle… déception ! Nell aurait dû s’en douter : tout le monde aime Venise, ses canaux, ruelles, musées, églises. N’empêche qu’avec les difficultés économiques de l’Europe, elle avait bêtement cru que le tourisme  serait moins… plein.  Pas qu’elle soit solitaire mais quand trop, c’est trop. Si on cherche l’authenticité, c’est raté en pleine saison.  La traversée de la France lui procura néanmoins un apaisement. Loin des sentiers battus, la jeune femme admira le Cap Martin, la Camargue puis remonta à pied, en train ou en bus par des tours et détours en évitant soigneusement Paris envahi de photographes amateurs.
Aux alentours d’Evreux, le temps se gâta affreusement. Pas à cela près, l’intrépide poursuivit en pataugeant gaiment. Fatiguée ? Point trop mais ce déluge commençait à bien faire.  Pour se faciliter la tâche, elle emprunta une nationale où les conducteurs en mal de compagnie ne manquèrent pas de poliment – ou gaillardement – lui proposer leurs services. Pas née de la dernière pluie, Nell refusa de monter dans voitures ou camion.  Elle ne levait pas le pouce, non ?  Un sourire trempé, suffisait en général pour éconduire poliment les conducteurs.  
Vers 21h, la dalle s’installa, ce qui lui fit réviser sa détermination.  Comme par hasard, les voyageurs se firent plus rares ou alors il s’agissait de voitures déjà combles en valises et familles.  

*Prochain arrêt… n’importe quoi au sec !*

La banlieue s’annonçant, Nell se réjouit à la perspective d’une douche chaude dans un lieu accueillant.  La route traversait une bourgade très calme où de rares enseignes luisaient ici ou là. L’une d’elle l’attira telle une mouche la lumière et, sans regarder plus loin que ce phare, la jeune femme obliqua brusquement.
Patatra ! La voilà les 4 fers en l’air avec bordée de jurons dans une langue pas française du tout.  

Hey ! Ta gueule ! riposta Nell en allemand. T’es miro ou quoi ? Tu ne pouvais pas ne pas me voir. Ça ce sont des bandes réfléchissantes et j’en suis couverte. Sauf que maintenant, c’est plutôt de boue et… Aië, mon genou !

Se dépêtrant de son énorme sac à dos, Nell resta assise par terre en se massant l’articulation douloureuse. L’autre n’accourut pas à son secours, elle-même coincée par son vélo renversé.  

On est mal, là ! Ça va quand même ?  

L’autre jura encore, assura que oui quoiqu’un poignet sensible.  
Probable que l’aubergiste du coin visé soit à l’affût du client en regardant derrière son rideau car, moins d’une minute plus tard, les deux « accrochées » virent des parapluies les encercler et des mains secourables les relever.

À c’t’heure ! Par c’temps ! Deux petiotes ! Allez Ernest, au gîte !

Une dame bien en chair prit la direction du sauvetage. En deux temps trois mouvements, les filles furent rapatriées au sec. Dès qu’on les posa sur un siège, la matrone s’enquit :

Vous parlez français ? Vous avez mal ?

Au double assentiment, Gisèle ordonna :

Ernest chauffe la guimbarde. Faut les emmener à l’hosto. Vous prendrez bien un tit coup de remontant mes jolies ?

Et hop, pas le temps de dire ouf, une verre fut fourré dans le gosier.

Wow, cette eau-de-vie de pommes ramena des couleurs aux joues des naufragées.  

Écoutez madame, tenta Nell dans un français parfait, vous êtes adorables mais ce n’est pas la peine de vous mettre en frais pour nous, du moins pour moi. J’ai rien, juste un genou écorché.  

La cycliste essaya aussi dans un baragouin à grincer des dents, rien n’y fit.  
Casées à la va-comme-on peut à l’arrière d’une camionnette, barda et vélo inclus, les jeunes femmes firent plus ample connaissance :

Moi, c’est Nell, et toi ?... Toni ? C’est mignon, ça ! Dis-moi, qu’est-ce que tu fichais à vélo par un temps pareil ? … Ah… ben moi aussi, je cherchais mon chemin. On en a trouvé un mais apparemment pas celui voulu.  

Quel plaisir de rigoler après un tel choc.  
La salle d’attente des urgences de l’hôpital où Ernest les déposa était bondée. Elles se seraient bien défilées si le brave gars ne s’était montré chiourme.

Au moins, on est en cale sèche,
rigola Nell.  

Elles avaient l’air fin ainsi calamiteuses mais moins que ceux qui surgirent bientôt par la double-porte d’entrée.  

Houla ! Qu’est-ce qui se passe ? C’est Dieu qui débarque ?

En ciré jaune, un gars énervé que tous bassinèrent bientôt de docteur escortait une civière en réclamant à la fois passage et ortho de garde.  Le patient dont on ne distinguait que la tête dépassant d’une couverture isotherme paraissait… choqué. Sans cette pâleur, ces tuméfactions, sa crasse, peut-être aurait-il été beau. Peu importait. C’était surtout un gars prioritaire qui allait leur souffler leur billet de sortie.
Le sens du flot de paroles échangé échappa à Toni. Nell s’empressa de résumer la situation :

Le gars en jaune, c’est un toubib local. Apparemment, il a écrabouillé ce mec et réclame de l’aide. Je te fiche mon billet qu’on en a encore pour une heure de plus à poireauter ici !

Pour tuer le temps, la conversation roula autant que le tonnerre dehors.  Toni était sympa, ouverte et cool. Elle avait sauté sur une occasion pour améliorer son français en acceptant une sorte d’échange de piaule. Là, elle s’énervait doucement parce que le lendemain, elle devait bosser.  

T’inquiète ! On va s’en tirer.  

En fait Nell était un peu inquiète car son pantalon déchiré lui serrait de plus en plus le genou. A le regarder, le jeans ne rétrécissait pas, c’était plutôt le genou qui enflait.  Serrant les dents, l’une comme l’autre, pour lutter contre la douleur, les filles se turent un moment brutalement écourté. Là, sans crier gare alors que l’entrée s’ouvrait sur un policier, quelque chose d’énorme jaillit à sa suite.  Mouvement de recul général. Quel était ce monstre poilu ?  

UN VAROU ! s’écria une quinquagénaire affublée d’un foulard fané en s’accrochant à son mari.

La salle d’attente, de bondée, s’évacua d’un coup de la moitié des patients. Toni, les yeux arrondis, articula des trucs qu’enregistra une Nell radoucie :

Ouais, tu as raison. C’est un… chien !

Déjà la sécurité armée se pointait alors que l’animal paniqué furetait dans les coins en gémissant lamentablement. Dès que la truffe humide lui flaira le genou, Nell grimaça mais retint la bête par le collier :

Tout doux mon gros. Tout doux. Tu parles quoi, toi ? Allemand, français, anglais ?

L’agent de sécurité – l’idiot – avait dégainé.

Z’êtes dingue ? Ce n’est qu’un chien perdu. Si ça tombe, il cherche simplement son maître !  Regardez-le, bon Dieu. C’est un agneau !

La voix de Nell devait plaire au toutou car il s’assit en lui léchant les doigts quoique n’en gémissant de plus belle. Passablement, les rescapés de la débandade se rassurèrent. Néanmoins, l’agent se voulut ferme :

Maître ou pas, cet animal doit dégager vite fait. Il est dégueulasse et… merde !

À croire que, offensé, le chien avait dit : Ah, je suis crade ? Ben tout le monde aussi ! Il s’ébroua avec tant de vigueur que tous les participants reçurent les éclaboussures de son pelage boueux et baveux.  

Voilà, rigola Nell. On est tous dans le même bateau dégueu. Rendez-vous utile et dégottez-lui son maître. Vu sa plaque au collier, il s’appelle Dave Clayton. Pas le chien, son maître. Ce lourdaud s’appelle Oscar.  

Vous ne voudriez quand même pas que je crie après ce Clayton ?

Toni s’en mêla au point que l’agent fut contraint d’exiger une recherche via réceptionniste.
On sut que ce Dave était le gars arrivé en civière.

Vous n’allez pas lui rendre son chien au type de la 122 ?

Les animaux ne sont pas admis. Vous feriez bien de sortir si vous tenez à le rendre en mains propres.

Vous les avez regardées, mes mains ? Sont loin d’être nickel.  Et puis je sais pas bouger. Allez donc promener Oscar ( sourire craquant, battement de cils) s’il vous plait.


Dès qu’il eût tourné le dos, les filles éclatèrent de rire. N’empêche qu’elles souffraient encore.
Vraiment pas de bol d’être en urgence une nuit pareille où les collisions furent nombreuses en sus des bobos habituels. Heureusement, grâce à la désertion suite à Oscar, les filles gagnèrent des places dans la file.
Ce fut le toubib en ciré qui se chargea d’elles.  

… Watts, oui. Américaine, oui… chute genre vélo contre piéton. Vous êtes qui et quoi ? J’espère que vous captez l’allemand parce que la scheune Mademoiselle là, n’est pas trop douée en français. Je fais l’interprète si vous désirez.

Une ponction synoviale plus tard, Nell se sentit beaucoup mieux au point de s’esclaffer plusieurs fois en écoutant les échanges entre Toni et le docteur Lescot.

Bon puisque vous vous comprenez, je prends mon sac et je vais pieuter. Oh… et Oscar ? (changement de langue vers Toni) Tu crois que je fais quoi du chien ?

Le toubib dressa l’oreille. Un étrange trialogue ( sais pas si ça se dit) s’échangea alors.

… mince ! Clayton est votre victime, il cherchait son chien ? Ben il est là, dehors avec l’agent de sécurité. Hey ? Où filez-vous ? Docteur, on…

À seul avec Toni, Nell soupira :

Drôle de toubib. Le chien est plus important que nous !  Tu te sens comment ?... on file ?


L’une clopinant, l’autre se soutenant le poignet bandé, les filles vidèrent les lieux.  
Toni ne logeant pas loin, la piaule était toute trouvée sauf que, sur le parking, le docteur Lescot les rattrapa. Le chien ne pouvait errer ainsi sous peine de fourrière ; lui, il avait été réquisitionné en raison de la somme des cas à traiter. … Ok, elles s’en chargeraient.  
Il était très tard, ou plutôt tôt. Cependant, il fallut encore se récurer ainsi que le toutou avant d’enfin s’allonger dans le trou minuscule où vivait temporairement Toni.  
Bam, bam, bam ! Hein, qui frappait de la sorte ? Eh merde, la logeuse de Toni. Elle n’y alla pas par quatre chemins : souillures du hall, de l’escalier, sous-location et clebs interdits.
Bientôt deux filles et un toutou furent sur le pavé encore humide.  
La meilleure chose à faire dans l’immédiat était de rendre Oscar à son maître. On trottina donc jusqu’à l’hôpital où Nell entama des pourparlers avec le personnel afin d’admettre la visite du chien.  

Bon, cinq minutes puis dehors, s’amadoua un peu la dragonne de service.  

Elle prit Oscar sous sa férule et ils disparurent vers le couloir des chambres. Le temps que Toni visite les toilettes, toutou fut ramené sauf qu’il n’était pas du tout d’accord de partir, lui. Au risque de renverser l’infirmière chargée de lui, il fit un brusque demi-tour. Cavalcade derrière.  
Ni une, ni deux, Nell s’élança à la suite, pas évident avec une guibole en réparation.  
Lorsqu’elle pointa son nez mutin derrière le paravent de la chambre où Oscar avait foncé, elle sourit devant le tableau de toutou faisant lélèche à son papa.

Oui, oui, tu es content Oscar mais ton papa doit se reposer.  

Dur de tirer un tel bestiau récalcitrant pas le collier. Heureusement, Mr. Clayton ordonna « assis » et tout rentra dans l’ordre.    

*Sont arriérés dans ce bled ! Les thermomètres au mercure sont bannis depuis des lustres !* … Oui, je parle anglais et d’autres trucs aussi… ah… une communauté francophone du Massachussetts, vraiment ? Je… *Ce gars est fou* je ne dirais pas cela cher monsieur. Nous sommes près d’Evreux, en Normandie.


Par prudence, elle lui ôta le thermomètre car le gars semblait en proie à une attaque.

Ouiii ! Bien vu : en France !

Du coup, il parut sonné au point que Nell hésita à appuyer le bouton appelant l’infirmière. Mais Toni débarqua et il fallut faire des présentations en règle. Bizarre la façon dont la jeune allemande dévisageait le barbu alité. Bref, on résuma la situation au gars, pour ce qu’elles en savaient en propre. Ensuite, le toubib chauffard vint faire son tour d’inspection. Il regarda le chien, l’air satisfait et demanda aux visiteuses de s’écarter.
Tandis qu’il faisait son bilan, Nell murmura :

Pourquoi tu regardais ce type avec tant d’insistance ?

Réponse avec fouille de sac à la clé : un bouquin dont le 4ème de couverture s’ornait d’une photo correspondant avec le gars d’à côté.

*Un écrivain ? Un bon, en plus…*

Auteur de Science-fiction ou pas, Mr. Clayton voulait à tout prix téléphoner. Nell marchanda pour lui en jouant les interprètes et, avec Toni, elle ne rata rien de la conversation qui eut lieu avec un dénommé Henry.  

*… Truc qui a marché… boîtier à mettre dans du plomb… ? C’est des trafiquants ? *

Gentil, une fois qu’il eut raccroché, Dave s’intéressa à elles à nouveau. Certes, elles étaient curieuses et assez paumées d’être à la rue, mais… Bon, pourquoi pas déménager chez le responsable apparent des soucis de ce Clayton qui ne devait que se reposer en attendant son rapatriement.
La suite fut assez épique en soi. Ne pouvant résister à sa curiosité, Nell força un peu Dave à boire le cidre du bon docteur hôte presque pas forcé.

Pour moi Dave, 2 et 2 feront toujours 4. Henry et vous trafiquez quoi, au juste ? De la drogue ou une expérience innovante ?

Ben non pour le 1er et bingo pour le second cas de figure. C’était tout bonnement dingue !  
Dave les ayant mis au parfum, il jugeait bon de les amener au professeur Warrington. Hésiter ? Pas Nell ! Entre la perspective de participer à quelque chose d’excitant et celle de se recueillir sur la tombe de héros d’une guerre ancienne, il n’y a pas photo !
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Toni Fischer



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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Mar 9 Fév - 20:52

Pluie, vent, du gâteau pour faire du vélo. Super! Toni râlait. Pas trop du fait d'être trempée, frigorifiée et affamée, c'était le moindre de ses problèmes. Décidément elle en avait un bien plus grand avec ses soucis de communication. Alors là oui! La galère. Non contents de la voir nager, avec énormes difficultés, dans la mer tumultueuse de la précieuse langue de Molière, les braves gens du patelin semblaient prendre le malin plaisir d'en rajouter une couche en ne parlant que leur patois local et là...c'était fichu! On se fichait gentiment de sa poire, rectifiait le tir pour recommencer deux minutes plus tard.

Perdue dans ses réflexions et râlant toujours, elle rata complètement l'apparition inopinée face à son vélo. Même pas le temps de crier, de freiner. Fräulein Fischer se retrouva à terre, empêtrée entre guidon, pédales et roue en train de jurer avec tout l'entrain guttural de sa langue natale,  ce qui faisait toujours du plus bel effet. Bien entendu la cible de ses malédictions n'était autre que sa victime involontaire à terre comme tortue renversée.

Hey ! Ta gueule ! T’es miro ou quoi ? Tu ne pouvais pas ne pas me voir. Ça se sont des bandes réfléchissantes et j’en suis couverte..., et cela avec parfaite élocution de la langue de Goethe.

*So ein Mist!*...Désolée...pas vue!

La belle excuse! Mais on n'était plus à ça près. Avant d'en avoir pu placer d'autres, excuses s'entend, voilà que s’amenaient quelques bonnes âmes du coin, les ramassaient du bitume, appliquaient des mesures préventives en leur faisant ingurgiter une dose généreuse de bon alcool aux pommes et les embarquaient daredare pour les emmener à l'hosto.

Aux Urgences, où la moitié du village et alentours semblait s'être donné rendez-vous, il ne resta qu'à se mettre à la queue. Largement le temps pour faire connaissance. La petite rouquine s'appelait Nell, était américaine et avait un don de langues que Toni lui envia à en devenir verte. Elle s'entendaient, en plus de se comprendre, ce qui après tant de galères idiomatiques, était un véritable régal.
Nell avait un genou mal fichu et elle un poignet douloureux. Rien de grave, qui à l'avis de Toni ne méritait pas de se retrouver aux Urgences mais le bonhomme qui les y avait amenées ne l'entendait pas ainsi.

L'arrivée d'une véritable urgence fit distraction, causant du remous en salle d'attente. Nell résuma allègrement la situation.

Le gars en jaune, c’est un toubib local. Apparemment, il a écrabouillé ce mec et réclame de l’aide. Je te fiche mon billet qu’on en a encore pour une heure de plus à poireauter ici !

*Ben dis donc, la belle façon de se trouver des patients, celui-là!*

En tout cas il avait l'air plutôt dépassé le toubib, cheveux en folie, les lunettes un peu de travers, donnant des ordres à tout azimut. Toni le trouva plutôt beau garçon mais le moment n'était décidément pas à ces considérations.

Et puis ce fut l'épisode de la vache poilue qui fit irruption dans la salle bondée mettant bonne partie de ce beau monde en vadrouille.

Ach du, Scheiße...c'est un chien...mais diable, quel chien!!!

La belle pagaille! Finalement l'affaire fut tirée au clair, et on avait même trouvé le maître de la créature nommée Oscar. Il s'agissait de l'écrabouillé du toubib.

Toubib qui enfin consentit à s'occuper d'elles. Il prit d'abord Nell en charge et la soigna de main experte avant de se tourner vers elle qui exposa, à la comme on peut l'étendue de ses maux. Il s'exprima avec délicate lenteur, Nell l'ayant averti de son ignorance, n'empêche que Toni n'y pigea que le quart de la moitié.

Handgelenk...Aouch! Mal...Crac...Kapput!...Aaaah Pogné?...NOn...euh...Pouagné...oui, c'est ça...pas...quoi!?...Kasse?...Nell, pourquoi il me parle de la caisse celui-là!?...Ah bon...cassé! Ah, pas cassé...Super!, sourire ravi, le soupir du toubib n'avait certainement rien à voir avec la beauté de ses dents.

La suite fut plutôt confuse et allez savoir comment elles se retrouvèrent avec le gros toutou sur les bras, façon de dire! Et tout se passa comme cela doit se passer dans un de ces films bizarres sur les ridicules situations de la vie. Courte nuit après au moins une douche sommaire, avant de se retrouver à la rue, sans logement, sans boulot, sa logeuse l'employant aussi, tant qu’à faire, cela faisait partie de l'arrangement chelou trouvé par Toni pour venir en France apprendre français!

Ouais, c'est une vraie peau de vache mais moi, suis une idiote hors pair!...Parie que la telle Claudine doit se la couler en douce à Berlin..., soupir, mais enfin...oui, faut rendre le chien à son maître mais...on pourrait manger au moins un petit pain!?


Adjugé! Ouf! On n'eut pas à chercher le maître d'Oscar, celui ci le dénicha tout seul après la conséquente pagaille. Un spécialiste du genre, le toutou! Mr. Clayton avait décidément meilleure mine que lors de son admission, même si à dire vrai Toni s'était plus occupée à mater le docteur que le patient mais là, en le regardant bien, elle devait admettre qu'il n'était pas mal du tout.

*Et puis sa tête...ça me dit quelque chose!*

Elle réfléchissait à toute sans cesser de l'observer du coin de l’œil ce qui n'échappa pas à sa nouvelle amie, jusqu’à ce que le déclic se fasse.

Je me disais bien que je le connaissais...regarde, la photo...Une célébrité!

Célèbre ou pas, Dave Clayton était un gars tout ce qu'il y a de plus normal. Le toubib, une fois délivré de la faute de crime non prémédité semblait plus à l'aise et consentit même à sourire.

*Ah qu'il est mignon, là...avec son air si sérieux...et sans doute une femme et quatre enfants comme tous les gars sympas que tu rencontres!*

Mais voilà que le Dr. Martin Lescot n'avait ni épouse ni marmaille, déjà ça, mais arborait l'air réfléchi de ceux qui ne sont pas tout à fait heureux, savent pourquoi mais n'arrivent pas à y voir clair.

Les jours suivants furent la preuve que la vie peut ne pas être tout à fait rose mais non plus grise du tout. Quel arrangement marrant. Allez savoir si le toubib se sentait encore coupable, en tout cas, il mena sa responsabilité jusqu’à des conséquences étendues qui incluaient Toni dans la foulée.

J'ai rien fait pour qu'on s'occupe ainsi de moi...C'est bien gentil, Dr. Lescot...euh oui, avec Nell on est copines...*Pas les amies de toute la vie voyons!*...Non, je n'ai plus où aller...Raus à cause du chien, ceci entre anglais massacré, français trucidé, deux mots de patois glané ci et là, aromatisé d'allemand à toute qui le laissait l'air songeur. Dieu merci Nell n'était jamais trop loin et faisait une traduction cohérente ce qui arrangeait tout le monde.

Elle était tout mimi la maison du docteur, non ainsi sa femme de charge qui avait tout l'air de vouloir cracher du feu sur quiconque mettrait de travers son univers immaculé sentant bon l'encaustique.

Je lui ai proposé de l'aider à la cuisine et elle m'a menacée avec son rouleau de pâtisserie...mais j'ai quand même réussi à la convaincre de nous filer du cidre...il est fameux!

Ah, les bienfaits du cidre! Toni qui arrivait toujours en retard aux nouvelles et ne pigeait rien aux explications échangées entre les autres avait quand même fini par saisir quelques nuances, comme quoi Dave faisait des mystères et que Martin en savait quelque chose. Nell n'avait pas été trop claire sur le point.

*Un véritable sérum de la vérité, ce cidre!*

Résultat de la confession, mise au parfum et autres rebondissements, on allait aux USA.

Ah bon?...Juste comme ça...on va et on y va!?...Euh oui, Dr. Martin...j'ai mon passeport...avec visa aussi...c'est que l'an dernier..., et de raconter une histoire à rallonge à laquelle le brave homme ne pigea certainement que le quart de la moitié mais qu'il écouta poliment avant de lui larguer un gentil discours bilingue qui lui donna le tournis, allez, dis moi que c'est une déclaration d'amour...ça me ferait chaud au cœur!, riposta t'elle en allemand sans rien perdre de son air angéliquement stupide, euh...non...rien du tout, enchainement laborieux en charabias élaboré, contente...oui, très...sais pas ce que je vais dire à ma colocataire à Berlin...mais qu'est ce que ça peut faire, n'est ce pas?...On part quand?...Vous venez avec nous?, sourire innocent plein d'espoir, *C'est la première et seule chose que tu as pigé au quart de tour...il vient...lalala...il vient aussi...yeah, yepee!*

Nell se marrait de la voir si excitée avec la perspective du voyage.

Ben oui, ça me met dans tous mes états...Tu sais, suis pas trop habituée à l'improvisation...chez nous on est du genre à tout préméditer des mois à l'avance!...Non, ça ne me pose pas de problème...Hanni se charge de tout et en est ravie...je crois que je la soule parfois...suis une emmerdeuse, je donne toujours mon avis...me mêle de ce qui ne me...mais enfin, tu t'en es un peu rendue compte...Tu sais...m'attendais pas du tout à ça...c'est quad même sympa de la part de Dave de nous inviter tous...Oui, me doute qu'il le fait parce qu'on sait...mais on sait quoi à la fin?...Rien qu'on ne puisse raconter sous peine qu'on nous prenne pour des fous...tu vois le genre du potin: J'ai un copain qui connait le moyen de voyager à des dimensions parallèles!...Je finis mes jours à l'aile psychiatrique...


C’était parti pour la rigolade tout en pensant que c'était peut-être bien qu'ils finiraient tous si cette drôle d'histoire faisait des vagues. Dave demeurait assez circonspect quant aux détails ce qui laissa Toni supposer que le gars s'était embarqué dans l'aventure sans trop savoir de quoi il en allait vraiment. Soit il écrivait des bouquins sur le thème ce qui ne voulait pas dire que la réalité soit la même. De son côté, ce cher Dr. Lescot lui donnait l'impression de contempler la possibilité d'être tombé sur la tête et se trouver à point de faire une connerie. Nell était partante, sans états d'âme.


Toni s'était imaginé n'importe quoi sur l'ami que Dave avait dit les attendrait. Un jeune savant , plein d'entrain visionnaire, des idées plein la tête, l'air folichon, sans doute de ceux qui kifent en douce pour atteindre le nirvana et qui du coup se lancent dans des déclarations extraordinaires. Mais décidément le Dr. Henry Warrington ne ressemblait en rien à cette idée préconçue.

*Ach du, lieber Gott...quel vieux grognon!*

Et mal poli en plus, se contenant de messes basses avec Dave, tout en conduisant une voiture de modèle antédiluvien comme elle n'en avait jamais vu. Étonnant que pareil personnage aille jusqu'à leur permettre de squatter sa demeure. Dave par contre déploya des trésors de charme et efficience pour faire oublier les mauvaises manières du savant de service, assurant que tôt ou tard, ce dernier daignerait leur parler.

Henry vous expliquera mieux et si après vous décidez de rentrer chez vous comme si rien…

Et toi?, voulut savoir Toni, solidaire, tu ferais quoi alors?

Ben tant pis, je me farcirai tout seul l’aventure…

On lui aurait donné le Bon Dieu sans confession à celui-là avec son expression bon enfant à l'esprit pur.

Et s'il ne nous laisse pas partir, der alte Herr?...l'a pas l'air commode, souffla t'elle à l'adresse de Martin, et si on finit enfermés dans son cave...sa cave...ça me fout la truelle...ok, la trouille...j'ai la chair d'oie...ah bon? C'est de poule chez vous?...en anglais c'est l'oie aussi...je ne comprendrai jamais les français...euh...vous êtes...différents, mangez des escargots, des grenouilles et avez la chair de poule...m'enfin...

Il la regarda sans doute surpris qu'elle puisse discuter sur  la chair d'un quelconque volatile alors qu'une minute auparavant elle craignait finir ses jours emmurée dans une cave.
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Martin Lescot
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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Mer 17 Fév - 10:40

Si on lui avait dit que moins d’une semaine après avoir renversé involontairement un américain qui se croyait à Cambridge, lui, le dr Lescot se retrouverait en avion au-dessus de l’Atlantique, il aurait ri au nez du visionnaire. Et pourtant…
L’avion n’était pas spécialement la tasse de thé de Martin ; d’ailleurs, il préférait nettement le café. Oh, il n’en était pas au point de faire ses prières tout au long du vol, n’empêche qu’une dévotion au décollage et une à l’atterrissage ne pouvait nuire.
Comment diable en était-il arrivé là ? Bonne question ! D’accord, il se sentait affreusement coupable d’avoir heurté Dave Clayton alors que celui-ci courait dans la nature en petite tenue à la recherche de… son chien. Pouvait-on décemment appeler ainsi cette sorte de veau ? Au moins, Oscar quoique énorme et très poilu n’en demeurait pas moins une crème. Son maître semblait plus difficile à cerner. Quel genre de type pouvait accepter le marché proposé par un savant illuminé ? Car il s’agissait bien de cela : une expérience scientifique. Rien de moins que de franchir des portes donnant sur les univers parallèles !
Très cartésien, peut-être pas assez imaginatif, Martin considérait cela avec scepticisme. D’accord, il devait admettre que Dave avait bel et bien franchi quelque chose depuis les USA pour se retrouver ainsi en Normandie. Mais de là à… ? Non ! Pourquoi accepter ce voyage, alors ? Autre bonne question. La culpabilité y était pour beaucoup, l’alcool bu ce soir de décision aussi. Puis, aussi, comme tout un chacun, Martin rêvait parfois de changement. À qui manquerait-il vraiment en s’absentant pour une durée indéterminée ? Franchement, à personne. Les brûlures d’estomac du père Ledune ne s’aggraveraient pas sans lui ; les rhumes, et bobos du quotidien non plus. De plus, les garçons ne voyageraient pas seuls. Deux demoiselles plus ou moins en vacance dans le coin s’étaient mêlées à l’affaire, et Dave- ce charmeur charmé charmant- les invitait à sa suite.
On ne s’ennuya pas durant la traversée. Pas lui en tout cas qui, pour une fois, dormit mieux qu’un bébé de 1ère classe. Il avait quand même bavardé avec ses voisines, apprenant ainsi à un peu mieux les cerner. Folles ? À peine. En tout cas assez pour se joindre à deux parfaits inconnus. Jeunes, dynamiques, un poil déjantées, la répartie facile sauf quand la langue coinçait, Martin ne pouvait pas se plaindre de la compagnie.
Réveillé par l’arrivée à Boston, ils virent la fameux Henry qui les attendait. Enfin pas eux, exactement, seulement Dave. Le savant fut tout juste poli face au trio d’intrus. D’ailleurs, il ne s’en préoccupa aucunement à peine franchi le seuil de sa demeure.
Pour une bicoque, elle était fameuse celle-ci ! Si elle avait été entretenue convenablement, cette très grande maison aurait été un bijou. Déjà l’extérieur formait un écrin autour, sauf que là, il s’agissait plutôt de broussailles envahissantes. Avec ses huit chambres, deux salles de bains, un salon dans lequel billard et piano semblaient petits, une salle à manger avec table démesurée et foule de communs, à défaut de mieux, on pourrait jouer à cache-cache.
Les housses de protection ôtées soulevèrent des nuages de poussière. Qu’à cela ne tienne ! Tous retroussèrent leurs manches afin de rendre les lieux habitables voire chaleureux en attendant qu’une firme spécialisée, commandée par Dave, ne débarque. Martin ne dédaigna pas les tâches ménagères même si, avouons-le, il n’y était pas expert. Il avait toujours été très ordonné, méticuleux et ne jurait que par la propreté. Facile donc de s’employer dans ces lieux si longuement négligés. Pour quelqu’un qui ne prenait jamais de bon temps, Martin se surprit lui-même à goûter cette camaraderie qui n’était pas sans lui rappeler la fraternité universitaire.
Le haut les occupa en 1er vu la nécessité de se loger décemment sans éternuer à chaque déplacement. Les draps sentaient le renfermé, comme le reste. Toni et Nell dénichèrent une machine à laver et un séchoir relativement modernes donc, ils dormiraient comme dans du neuf, ce soir.
C’était marrant de batailler avec un aspirateur du temps de grand-mère ; d’entendre autour de soi autre chose que des plaintes à longueur de journée. Les seuls soucis étaient d’ordre purement domestique, genre : où sont les fusibles ; ciel, il y a des rats ; c’est quoi le numéro du plombier ?
Le 1er soir, on s’enfila rapidement les pizzas commandées au livreur général du quartier en les arrosant de bières ou de vin, puis chacun alla écraser dans son coin.
Le lendemain les trouva assez vaseux sauf qu’une odeur irrésistible de toasts et café aurait réveillé la belle au bois elle-même.
La douche écossaise à laquelle chacun eut droit vaporisa ensuite toute trace de fatigue. Objectif immédiat des filles : shopping. Laissant les gars se débrouiller sur place, elles allèrent explorer les possibilités de ravitaillement. Coincé avec Dave et Oscar, en attendant que daigne apparaître le maître de céans, Dave et Martin complétèrent leurs connaissances mutuelles. Marrant ! Ils se ressemblaient en étant différents. Dave était plus hardis, Martin plus casanier. Cependant, question cœur, les deux s’accordaient parfaitement : ils s’étaient gourés jusqu’ici.
Ne se sentant pas l’âme de jardiniers, les deux hommes se contentèrent de derniers coups de serpillières avant de jouer dehors avec Oscar.
La balade des filles dura dans les deux heures au bout desquelles un taxi les ramena nanties de quoi tenir une bonne semaine. Pas à dire, ces demoiselles se débrouillaient avec les casseroles. Peut-être Toni plus que Nell ? Le résultat fut excellent pour le midi. Qu’en serait-il au soir ? En rigolant en dégustant une simple glace, la conversation s’interrompit brusquement avec une voix issue d’un parlophone interne.

*Ah… Henry convoque Dave en bas, pas nous… *

Clayton s’excusa, et déserta.

Fou ce que Martin se sentait mal à l’aise en n’ayant que les filles à écouter. Elles s’en racontaient des choses ! Malheureusement, si quelques mots de Goethe se captaient, il n’en pigeait pas les ¾. L’anglais passant plus facilement, il s’enquit :

Si j’ai compris ta situation, Toni, tu tenais un bar ? (rire des filles, explications plus détaillées)… non, je n’ai pas imaginé ce genre d’établissement, voyons !

Bon, peut-être avait-il cru un moment que Toni était une sorte de maquerelle voire entraîneuse mais à tout prendre, elle n’en avait pas le style. Elles voulurent aussi le cerner mais Martin ne se livrait jamais facilement sauf avec un verre dans le nez, et encore. Il se contenta donc de compléter les infos données durant le voyage en omettant volontairement sa mésaventure sentimentale toujours cuisante. Le temps passa agréablement en papotage qu’interrompit Toni s’inquiétant pour Dave.

… deux heures qu’il est en bas, déjà ?

Du coup, l’ambiance joyeuse s’éteignit. Foule de questions s’entrechoquaient sous leur crâne.

*Qu’est-ce qu’ils fabriquent ? Et si Dave subissait un interrogatoire musclé… ? *…

Il allait suggérer aux filles de risquer les foudres du savant en investissant son territoire, les filles le devancèrent en se levant, apparemment décidées à aller voir de quoi il retournait.

Je passe devant, s’imposa Martin.

Point de galanterie dans cet acte naturel qui veut que le « mâle » descende toujours en 1er, histoire de ramasser la belle en cas de chute. C’était gag de jouer les fureteurs intrépides, voilà tout.
La porte franchie, un long escalier assez raide suivit. Muni d’une lampe torche, sait-on jamais, Martin précéda donc les filles dans un espace bien éclairé.

*Au moins ça*

Bien des marches plus tard, une autre porte, blindée cette fois, leur barra le passage. Marin, hésitant un poil, en fit tourner le volant rouge, en vain.

Ça résiste dans les deux sens… Que fait-on ?

Les filles passèrent à l’acte sans se consulter, se mettant à vociférer et tambouriner au solide panneau de métal. Lui qui avait espéré une entrée discrète, raté ! Que faire d’autre que d’en rajouter ?

Dr Warrington, ouvrez ! On veut voir Dave ! Dave, t’es-là ? Répond !!

Brusquement, le volant rouge pivota ; le sas s’ouvrit.
À quoi comparer les lieux ? Un laboratoire, ça c’était certain. Partout des tables encombrées de fioles, cornues mais aussi d’objets bizarres et de tonnes de livres. Sur les murs, des tableaux gribouillés de formules indéchiffrables. Une couchette, une cabine de... douche ? Sans compter les multiples écrans faisant ressembler l’ensemble à un centre de contrôle spatial ou de trafic aérien. Face à l’un d’eux, un Henry affairé pianotait des trucs sur une console. Muets, ébahis, les jeunes gens restèrent sur place jusqu’à ce que Warrington daigne les inviter à approcher. Nulle part, ils ne virent Dave. On se consulta du regard et les filles foncèrent vers le savant l’abreuvant de reproches. La réponse d’Henry les laissa pantois avant de soulever le tollé général :

Parti ? Où ?

Quand Henry avoua qu’il n’en savait rien, tout juste s’il ne se fit pas écharper par deux femelles déchaînées. Ses seules réponses furent qu’il cherchait la cause du nouveau déclenchement de son boîtier. Dave l’avait pris, lui s’était retourné pour calculer des données puis pfft, plus de Dave.
S’il n’y comprenait rien, qui le pouvait ? Ce fut Oscar. Il déboula en ouragan mettant en péril les installations délicates autant que coûteuses pour s’engouffrer le museau sous un meuble en aboyant comme un fou.

Qu’est-ce qu’il y a là-dessous ? demanda Martin… Matou ? Vous voulez dire qu’un chat se balade librement ici ?

Le toutou s’enfuit bientôt après avoir reçu sur la truffe un magistral coup de griffes. Nell se jeta à sa poursuite, et Matou –royal - en profita pour pointer ses moustaches. Il négligea la gentille approche de Toni en en faufilant adroitement entre les jambes des assistants avant de sauter… sur la console. Henry jura, pour un peu Martin rigola :

Je crois que nous avons trouvé le responsable de l’activation, professeur.

Fâché, Warrington s’agita. Il allait de gauche à droite, enclencha des boutons puis, un écran s’alluma. Là, Toni et lui purent assister à la scène de l’évaporation de Dave.
C’était une veine qu’Henry soit maniaque et enregistre tout ce qui se passe dans son labo. Il avoua ne pas avoir pensé à visionner ses autres disques mais en visionnant celui du jour de la 1ère disparition de Dave, tout s’éclaira.

Ainsi, votre espion a des pattes de velours !

Toni et lui rigolaient, pas Henry. Il branchait ses magnétos de façon à pourvoir mieux lire les écrans de l’ordi mais pestait sans arrêt. Il repoussa Toni qui se proposait en aide et, tandis qu’il la houspillait, Nell reparue, se glissa aux commandes. Quelques secondes plus tard, tous purent voir clairement les indications des écrans déclenchés par le chat.
Pensez-vous que Warrington remercia Miss Watts ? Si vous dites non, vous avez gagné. Il se plongea dans l’étude des écrans révélés, marmonna plein de trucs barbares en pianotant furieusement. Laps de temps durant lequel Nell déclara avoir soigné le chien mais qu’il devait être fou car voulant fuir à toute force. Elle l’avait enfermé, au final. Triomphal enfin, Henry annonça qu’il savait. Du coup, il courut vers la sortie – ou l’entrée, dans le sens que l’on voudra – le trio lui emboîtant le pas.

*Il sait, mais quoi ??*

La maison fut traversée en coup de vent, direction le garage. La porte une fois relevée révéla un Dave secoué mais content d’être délivré. On le réconforta brièvement et, cette fois, Henry ne coupa pas au discours explicatif
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Henry Warrington



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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Mer 17 Fév - 10:45

Bon sang de bonsoir, des intrus ! S’il y avait bien une chose que détestait Henry c’était de voir son univers dérangé par des inconnus. Il avait fait fort Dave ! Pas un mais trois étranger. Qu’il ait soulevé une nana au passage en Normandie ne le surprenait pas trop au vu de la réputation de l’écrivain mais deux ? Puis, un toubib ? Bon, Dave souffrait encore mais de là à embarquer le type responsable de ses maux…
Dans le fond, il s’en fichait. Lui, il voulait collecter les données recueillies par le boîtier et comprendre pourquoi celui-ci avait fonctionné sans avoir rien demandé. Son antre, sa tanière, à la fois résidence et lieu de travail offrait tout ce qu’un casanier laborieux pouvait offrir. Chaque cents recueilli par les cours donnés passait dans des appareils coûteux souvent de seconde main, hélas. Le reste importait si peu. Oui, sa maison jadis si belle réclamait une restauration profonde, et alors ? Puisqu’il vivait en bas...
Sitôt isolé, Henry se pencha avidement sur l’objet remis à Dave. Qu’est-ce qui clochait avec ce truc ? Il démonta l’engin pièce par pièce vérifiant contacts, voltage, récepteurs, émetteurs. Bien des heures plus tard, il remonta l’ensemble sans avoir détecté le moindre indice de disfonctionnement.

Le bon signal a pourtant été lancé ! Là, j’ai rien ! Et puis pourquoi en Normandie, sur la même ligne temporelle ? En fait, j’ai peut-être créé un truc de téléportation si chère aux adeptes de science-fiction.

Déçu, Henry l’était beaucoup. Même si en soi cette création était révolutionnaire, ce n’était pas celle attendue.

Puis c’est dangereux. Dave atomisé aurait pu se reconstituer dans un objet ! Seigneur, qu’ai-je fait ?

Il contempla longuement le boîtier dans y toucher à s’interroger sur tenants et aboutissants. Jamais il n’aurait voulu de mal à Dave. Peut-être que cette invention n’était qu’un début, un balbutiement ou… la fin ? Un marteau dans un coin le tenta. Mais quelle sorte de savant serait-il s’il détruisait l’espoir d’une vie ?

Non, non, Henry ! Résiste. Tu vas t’y remettre en ajoutant des sécurités. Si ça fonctionne à nouveau un jour, pas question de risquer la peau de qui que ce soit. Puis, je dois mettre au point un traceur de localisation… Physique au moins surtout si ce n’est qu’un téléporteur…. Mais pourquoi la Normandie ?

Il cessa d’y penser et entreprit des modifications. Fer à souder, électrodes, testeurs divers furent mis en branle. La nuit y passa, tout juste s’il s’octroya un court somme et quelques biscuits trempés au café le matin. Grâce au vapowash, une de ses multiples inventions non exploitées, Henry fut dispo pour parfaire les derniers détails. Ne restait plus qu’à mander le cobaye.

Dave, tu m’entends ?... L’interphone, là… J’aimerais que tu descendes causer, euh… s’il te plait.

Par la caméra de sécurité du couloir vers son antre, Henry surveilla l’approche du cobaye. Le sas s’ouvrit d’une pression de bouton et se referma aussitôt l’hôte en place.

Merci d’être venu, Dave. Vous êtes bien installé, là-haut ?... bien, bien. Je voudrais que tu me répètes les circonstances dans lesquelles tu as franchi la porte… ah… il était quelle heure ?... Tu avais fait quoi avant ?... ben autant que possible, décris-moi les détails. Le plus infime peut s’avérer capital. Par exemple, tu t’es levé à quelle heure ce jour-là, qu’as-tu mangé ?... Tu as fait un footing ? Combien de temps, dans quelle direction ?

Henry copiait chaque souvenir de Dave avec autant de minutie qu’un greffe de notaire. Néanmoins, au bout du compte, rien de déterminant ne sautait aux yeux. Muet, réfléchissant en gribouillant sur des documents, Dave posa une question qui le turlupinait :

… ma foi… je n’en sais toujours rien. J’ai fait la même analyse que celle que tu viens de subir et… rien. C’est un vrai casse-tête. Mais, euh, j’espère que cette mésaventure ne va pas t’empêcher de persévérer, n’est-ce pas ?

Rassuré sur ce point, Henry montre alors le boîtier corrigé à l’aventurier.

En gros, c’est le même qu’avant mais je l’ai doté d’une alarme qui m’avertira aussitôt qu’il se déclenche… Je vais créer le jumeau de celui-ci, ils seront connectés tout le temps et je ne te perdrai plus… non, j’ignore toujours le quand et surtout le pourquoi. Mais j’arrangerai ça. Attends, prends, ce truc pendant que… zut, où ai-je mis cette référence… sans doute dans le garage…


BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIPPPP

Hein ?

Se retournant vivement au signal prévu en cas de déclenchement, Henry se pétrifia : plus de Dave !

Oh, non, non, pas maintenant ! Le localisateur n’est pas prêt. Que s’est -il passé encore ?

Stupéfait, angoissé, Henry ne put à nouveau que se remémorer chacun de ses gestes. La console était trop loin de là où il était pour ne l’avoir qu’effleurée même par inadvertance.
Perdant la notion du temps, Henry tenta le tout pour le tout en pianotant un peu partout, espérant capter un signal quelconque. Ce furent des coups redoublés au panneau du sas qui le sortirent de sa transe.

*Les copains…. Évidemment…*

Assez las mais prêt à subir invasion et interrogations, il les laissa venir à lui.
La suite ne manqua pas de sel. Grâce à l’intervention des amis de Dave, une révélation fracassante se produisit : le coupable des déclenchements était… Matou !!
Lorsqu’Henry revit l’instant du premier envol, il se souvint de tout. Du coup, retrouver Dave fut un jeu d’enfant. Il n’avait atterri que dans le garage. Effectivement, il y était. Warrington en aurait pleuré de joie ! Mais l’heure était maintenant aux explications.
Dès que les quatre jeunes gens furent dans la maison, Henry la boucla à double tour. Il enclencha aussi ses brouilleurs électroniques au cas où un espion traînerait. Il aurait préféré discuter de ses secrets dans son bunker mais les jeunes n’y tenaient pas puis, il flottait dans l’air un si délicieux fumet culinaire qu’il en saliva malgré lui. Sans façon, l’Allemande ajouta une assiette à la table où tous prirent place. Henry ne fut pas sans remarquer les mines avides qui le fixaient. Il prit cependant son temps, tel un maître du suspens voulant faire durer celui-ci.

Vous avez effectué un travail absolument remarquable dans cette maison, commença-t-il en commentant le changement et la netteté des lieux.

Était-ce une idée où un chien venait-il de grogner ? Tiens, non. C’était la petite Nell qui semblait prête à le mordre s’il n’accouchait pas plus vite. D’ailleurs, Toni suspendit le geste destiné à remplir son assiette.

… ok, j’ai compris. Si je ne l’ouvre pas, je ne mange pas. Ce serait dommage ; ça a l’air si…

En soupirant, il lâcha : je sais tout à présent !

Expliquer ce genre de chose à des béotiens requit du doigté. Ce n’était pas son fort mais il essaya ainsi :

Vous l’avez compris : le responsable, c’est mon chat. Il a, sans le vouloir – du moins je le crois - créé une formule à laquelle je n’aurais jamais pensé, ni même cru possible de fonctionner. La meilleure c’est qu’il l’a répétée. Je n’ai encore pu que la survoler et vais l’étudier de très près. Néanmoins, le code formé ouvre une porte, ou au moins une fenêtre non sur une autre dimension comme je l’aurais souhaité mais sur un lieu plus ou moins distant.

Il fallut admettre ensuite que les deux fois où le système s’était armé, Henry avait songé à des lieux :

La Normandie est une vieille obsession pour moi ; j’y suis né voyez-vous, environ 9 mois après le débarquement… la seconde fois, je pensais simplement à des documents casés au garage… Oui, je sais. Une veine que je n’aie pas pensé au Pérou ou à Mars… Voilà, mes enfants, vous en savez quasi autant que moi pour l’instant. Nul ne touchera ce boitier tant que je n’aurai pas peaufiné les détails ni sécurisé à fond les applications. Et si… nous mangions ?

On se rua sur la tambouille tout en discourant sans discontinuer.

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Dave Clayton
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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Mer 17 Fév - 11:42

Les gens débrouillards, ça fait des bons compagnons d'aventure! Dave était très satisfait d'avoir porté son choix sur ces trois là. À simple vue, on aurait pu penser que ce serait plutôt la pagaille. Trois personnes aux différences notoires, certaines difficultés de langage, modes de vie assez diamétralement opposés et pourtant...on s'entendait plus que bien! Pour commencer on s'était attelé au ménage et personne n'avait rechigné. Toni s'avéra être une espèce de fée du foyer, Nell s'y prenait comme une championne à l'heure de distribuer des ordres, Martin ne faisait pas de chichis et comme lui, suivait gentiment le mouvement. Dîner fast food: pizzas-bières et une bonne nuit de sommeil firent des merveilles. Le lendemain de bonne heure, de très bonne heure en fait, Oscar se chargea de ramener son maître à des considérations très terre à terre exigeant sa promenade et surtout sa ration de nourriture apte pour chiens, la pizza c'est bon mais ça ne calait pas l'estomac de l'énorme bestiole.
Bref aller retour chez lui, Dave récupéra quelques affaires, gamelle et nourriture pour chien- chien, embarqua le tout dans sa jeep et retourna chez le Dr. Warrington avant que la maisonnée ne soit sur pied. Ses talents de ménagère étaient loin d'égaler ceux de Toni ou Nell mais il savait au moins s'y prendre pour préparer du café et faire griller des tartines, même si cela tint du tour de force avec les électroménagers d'Henry qui semblaient tous dater des temps de la Guerre Froide.
Petit dej expédié en moins de deux, ces demoiselles décidèrent que le moment de faire des provisions était venu.
On ne pouvait pas dire que le toubib fut un type trop bavard mais bon an mal an, on meubla la conversation tout en faisant un brin de ménage.

Pas question de passer pour des bons à rien, rigola Dave, la petite Nell est bien chiche de nous envoyer au diable, quel caractère!...Ouais, Toni me semble plus douce mais c'est peut-être juste parce qu'on ne pige pas ce qu'elle raconte...Euh, non! Aucun intérêt...tu sais, vais faire une pause avec les femmes...Ben oui, plus ou moins c'est ça...Saïs pas si gouré ou non...en tout cas, j'en ai pas encore trouvé une qui me botte vraiment...Pas grave, suis pas pressé, il y a plein de trucs à faire encore comme pour s'encombrer de...enfin tu comprends!


Sans doute oui! Pour le peu qu'il se livra Martin n'avait pas eu trop de chance avec les femmes non plus. On laissa tomber le thème, Oscar requérait toute leur énergie pour suivre ses jeux endiablés. Le retour des belles mit fin aux ébats fous qui les avaient laissés en nage.

Vous pensez tenir un siège!?, s'ahurit Dave en voyant le taxi bourré à craquer suivi d'une camionnette de livraison, vous savez...on n'a pas encore annoncé la fin du monde!

Toni se lança, en souriant, dans une de ses explications hautes en couleur à laquelle il pigea trois fois rien.

C'est bon pour moi...mais tu vas devoir faire des efforts!

Pour l'anglais on verrait après, en tout cas, l'allemande fit des merveilles pour le repas et ils se régalèrent sans tarir d'éloges pour le cuistot de service. On en était au dessert quand un appel via interphone coupa court la rigolade en cours.


Dave, tu m’entends ?...J’aimerais que tu descendes causer, euh… s’il te plait.

Avec un soupir résigné Dave finit vite fait sa glace.

Faut que j'y aille...Je vous raconte après! *On va voir ce qu'il a inventé maintenant!*

Il connaissait bien le chemin menant au refuge secret du savant. Un gentil bunker, dans toutes les règles de l'art, résultat de la folie des années 60 en prévision d'une guerre nucléaire. Les installations convenaient parfaitement à un parano tel Warrington qui soupçonnait des espions partout. Henry suivait sans doute sa progression par la caméra du couloir car à peine parvenu à la porte blindée celle ci s'ouvrit sans un grincement.

*Bienvenue à Fort Knox, mon pote!*

Henry arborait son air des grandes réflexions, c'est à dire qu'il semblait un plus énervé  que d'habitude, mais prit quand même son temps pour le remercier d'être venu et s’enquérir, pure formalité, sur leur installation pour passer illico à l'interrogatoire.

Je voudrais que tu me répètes les circonstances dans lesquelles tu as franchi la porte.

Pas grand chose à dire, je lançais le frisbee à Oscar, la porte est apparue, le frisbee s'y est engagé, Oscar a suivi et moi idem...c’était vers 15:00, je ne regarde pas tout le temps ma montre quand je joue avec le chien...

Pas la plus glorieuse des histoires. Mais on n'en resta pas là. Henry voulait tout savoir.

Bon...je t'ai tout dit...tu veux pas savoir combien de fois je me suis brossé les dents, tant qu'à faire?...ah bon...deux fois! J'ai mangé par là parce que Kate ma envoyé balader avant de faire le petit déjeuner...un hot-dog...oui, avec plein de moutarde...Non, ça je vais pas te dire, c'est privé...Important pourquoi?

Le plus infime [détail] peut s’avérer capital!, assura Henry sentencieux.

Bougon, Dave s'acquitta. Le savant prenait note se fichant de ses secrets intimes, pour lui ce n'était que de l'information. Encore heureux! Et ça dura ce que ça dura!

Bon, et tu sais finalement comment je suis arrivé là-bas? Tu as trouvé la faille dans ton engin?

Apparemment, il n'en savait toujours rien, ce qui devenait peu rassurant.

Mais, euh, j’espère que cette mésaventure ne va pas t’empêcher de persévérer, n’est-ce pas ?

Et du coup il avait l'expression du gosse anxieux à qui on a dit que Noël allait peut-être rater cette année là.

Non, bien sûr que non...suis toujours partant...*On est tous partants, j'espère!*

Tout content Henry oublia ses doutes et passa à donner des nouvelles explications sur le boîtier révisé à fond.

En gros, c’est le même qu’avant mais je l’ai doté d’une alarme qui m’avertira aussitôt qu’il se déclenche…

Le reste de l'explication se perdit quelque part entre ici et là-bas, sans aucune sensation extraordinaire sauf l'atterrissage fracassant et la dégringolade tonitruante de Dieu sait quoi sur sa personne déboussolée. Légèrement sonné par ce déplacement brutal et tout à fait inattendu, Dave mit deux minutes à retrouver quelque peu de ses esprits.

Eh merde...il l'a fait de nouveau!

Il était dans la pénombre quasi absolue, au milieu de la débâcle causée par son entrée en scène catastrophique. À tâtons, il fit une reconnaissance hasardeuse des lieux et provoqua la chute, très bruyante, d'une étagère où s'entassaient ce qu'il crut identifier, par l'odeur, comme des vieux pots de peinture avant de tomber sur un interrupteur. Fiat Lux!

Un garage...je suis dans un garage...celui d’Henry...sa bagnole est là...en plus de...Bon sang, ce bonhomme a un véritable complexe de hamster...que de vieux trucs!, il passa en revue l'hallucinant bric à brac là entassé. Il y avait de tout, des vieux moteurs, des grille-pain, cafetières, aspirateurs, postes de radio, téléviseurs, ordis et allez savoir quoi d'autre datant décidément d'un autre siècle, pitié...s'il se trouve, son engin avec lequel il pense m'expédier de par le monde est un hybride de grille-pain, aspirateur et I-Phone...il est plus fou que prévu, ce mec!...*Et toi donc!*

Essayer de se tirer de là s'avéra impossible. Bon maniaque de la sécurité, Henry n'avait pas lésiné en efforts pour transformer son garage en lieu inviolable. Impossible de sortir à moins de savoir de quoi il en allait! Prenant son mal en patience, il ne lui resta plus qu'à attendre. Sa libération vint un peu plus tard quand Henry dit son Sésame et la porte de sa caverne d'Ali Baba s'ouvrit sur un groupe d'impatients énervés, houspillant le cerveau de l'opération.

Ça va...ça va! Oui, Henry, vais bien...une qu'autre bosse À cause de tes pots de peinture...dis donc quel tas de cochonneries t'as là...Oui, merci Toni, suis pas kapput...C'est bon, Nell,ce n'est que de la peinture...je crois...Pas grave, Martin...il n'y a que l'étagère qui m'est tombée dessus...

Rapatrié en lieu sûr, Dave laissa panser ses petits bobos alors qu'Henry claquemurait l'endroit force sécurités diverses.

Vous en faites pas...il croit qu'on n'attend qu'un instant d'inattention de sa part pour venir voler ses inventions...un névrosé parano, quoi...en tout cas, il n'y a pas d'endroit plus sûr que cette maison...je parie même que la grille extérieure est électrifiée!

On rit un peu jaune, l'idée de se trouver enfermés dans cette espèce de piège technologique ne rendait personne trop heureux mais déjà les filles optaient pour donner les dernières touches au repas du soir qui pour les effets, sentait fameusement bien.

Mine de rien...je meurs de faim!...Ah bon? Tant que ça!?...J'aurais pourtant cru que...à moins que le temps ne se fiche un peu en l'air avec l'invention de Monsieur...encore heureux que je n'ai pas fini avec mes os au c*l du monde...Ben, suis parti juste après le déjeuner et là, c'est l'heure du dîner...tu peux t'expliquer Henry!


Et le voilà qui prenait son air d'hôte charmant, complimentait la compagnie pour la netteté de son chez soi si abandonné, etc. Il fallut lui transmettre de façon très directe l'intention de tout savoir, là, maintenant, qu'on se passait des politesses de charme et autres douceurs sociales.

Tourne pas autour du pot, Henry...parle!

Et pour parler, il le fit, le cher homme. Il donna des explications assez claires, Nell traduisait pour le bienfait de Toni, tous suivaient la passionnante dissertation selon laquelle le coupable de tout bouleversement était le chat de la maison.

*Absolument rassurant...entre mes soupçons avec le grille pain et maintenant avec le chat...On est en bonnes mains, pas à dire!*

La Normandie est une vieille obsession pour moi ; j’y suis né, voyez-vous, environ 9 mois après le débarquement… la seconde fois, je pensais simplement à des documents casés au garage…

HEIN!?...Ça veut dire que tu contrôles l'engin avec ta pensée!?...C'est de dingues...tu sais à quoi on se risque...


Et l'autre de reconnaître paisiblement leurs raisons, leur interdire de toucher le fameux boîtier, comme si quelqu'un en avait envie, avant qu'il n'ait sécurisé le tout.

T'en fais pas, on n'a pas envie de finir va savoir où...faudra apprendre à très bien contrôler tes idées...te connaissant la prochaine fois on est chiches de tomber en plein sabbat de sorcières!...Oh, Henry est aussi un passionné du thème sorcellerie...me demande bien pourquoi...

Léger courant d'ahurissement général mais Henry s'en tira comme un maître avec une pointe poussée d'humour qui dérida les faces et détendit l'ambiance, le temps de donner quelques petites explications supplémentaires avant de disparaître dans son saint des saints.
Nell et Toni  voulaient  regarder des films, se raconter des histoires de filles, et allez savoir quoi d’autre, en tout cas ni Martin ni lui n’étaient trop tentés de partager l’expérience.

Ça te dit de sortir un peu ?...Je connais une paire d’endroits sympas par là, ça nous changera un peu les idées !

Adjugé, vendu ! Sortie entre potes. Pourquoi pas ? Tout compte fin Martin Lescot se trouvait embarqué dans cette aventure à cause de lui…Bon, circonstances atténuantes mais le résultat était le même.

Quand même marrant qu’on se trouve dans un pétrin pareil, non ?...Ouais, sais pas trop à quoi je pensais quand j’ai accepté …Voudrais t’y voir, Henry est drôlement convaincant et puis...tu sais, je m’ennuyais pas mal…, une remarque de Martin le fit sourire, avec une certaine amertume,…ben voilà, les gens s’imaginent qu’être un auteur à succès est synonyme de  fêtes, alcool et sexe…bon, au début il y a eu un peu de cela…mais que veux tu …pas mon genre …enfin pas trop ! On a déjà parlé des femmes…je pense qu’on a des raisons similaires…une fois suffit, pas envie de se laisser faire comme un idiot…vaut mieux prévenir que guérir, dit-on par-là !

Si quelques bières rendirent la conversation plus déliée, passer au téquila, les décoinça définitivement. Quelque part, certains souvenirs cuisaient encore mais on en parla quand même, après tout, entre potes on se raconte aisément. Impensable parler de ses peines avec une fille…ça jamais ! Martin n’était pas compliqué, avait des aspirations normales, des rêves idem. La plupart des gens veulent être heureux, avoir une bonne vie, du confort…Dave et Martin étaient de ce lot. Chance ? Oui, sans doute. Rien ne leur avait jamais manqué, matériellement parlant, ils étaient jeunes, en bonne santé, pas idiots pour un sou ni moches non plus mais…éternel mais…

Ouais…mais on oublie tout ça, maintenant on a le projet d’Henry…sacré bonhomme, c’est un type bien…bizarre mais bien…Oui…on ferait mieux de rentrer avant que les filles ne pensent pas qu’on traîne de bar en bar…Ben oui, je vais conduire…allez, suis pas ivre, manque un bon moment pour ça, on tient bien l’alcool chez les Clayton…avant le pétrole on n’était que des pêcheurs…mais cela fait un bail de ça…t’en fais pas, on n’est pas loin, on ira mollo…je te jure que vais pas emporter quelqu’un par devant !

En tout cas ils rigolaient encore en arrivant à la maison. Efforts de notoire discrétion déployés, leur retour passa, du moins ils le crurent, merveilleusement inaperçu !

L’isolement et silence d’Henry  durèrent encore trois jours, qu’on employa,  faute de mieux, à se balader dans les environs, fort beaux d'ailleurs à cette époque de l'an. Dave jouait les guides touristiques, s'en donnant à cœur joie. Nell qui en savait un bout, sur l'histoire, ne se privait pas de le reprendre sur tel ou tel détail.

T'es une vraie Miss Je sais tout, toi...c'est bon, c'est bon, je ne discute plus...tu as raison...me suis gouré...ou pas, on va pas se disputer pour ça...Allez, sois gentille...ne me tape pas dessus, petite!...Meuh non, c'est pas ironique, d'où tu sors ça?...Seigneur, quel esprit sensible...soit, t'es pas énorme mais ça n'a rien de bien méchant...c'est tout mimi même..., il esquiva ce qu'elle lui envoyait sur la tête, je te jure...c'est vraiment adorable!!!

Martin, qui conduisait, opta pour s'arrêter, Toni réclamait des explications alors que les deux autres finissaient par rire comme des malades.

Ben ça fait du bien rigoler...et parlant de çà, faudrait aller tirer Henry de son bunker, prendre un peu d'air ne lui fera pas de mal, ça fait trois jours qu'il est enfermé là!

L'idée était plus que louable mais en convaincre Henry fut toute une autre paire de manches. On y arriva pourtant.

Le bowling, c'est chouette, convivial, sympa au plus. Pas besoin d'être un champion, suffit de faire l'essai et de rigoler tout son soul. Toni ne s'y prenait pas mal du tout, Martin était coincé, Nell se débrouillait avec humour, Henry lui s’avéra imbattable alors que Dave n'en collait pas une sans que cela le gêne pour autant.

Alors, l'écrivain...on a sorti le vieux fou prendre de l'air?

Cette remarque pleine de mauvais sarcasme fit tiquer tout le monde, sauf Henry qui jouait en ce moment. Dave se retourna et dévisagea l'outrecuidant de service. Un grand gars se donnant des airs supérieurs, d'Autant qu'il était flanqué par quatre de ses semblables.

Passe de large, Tommy Styles...un peu plus de respect, la prochaine fois!

Tu veux rire...Respect? Qui respecte ce vieux schnock débile avec ses théories stupides!

Dave n'avait jamais été l'homme le plus patient et conciliateur du monde, il suffisait de peu pour qu'il voit rouge et fonce tête en bille. Styles eut tort de placer encore deux remarques désobligeantes au début de la troisième, il s'en prit plein la gueule. Ce qui se passa après entra dans les annales de l'endroit. Quoiqu'il en soit, les cinq se retrouvèrent à la rue après une sacrée bagarre.

C’était génial...çà faisait un bail que je ne cassais la figure à personne...ah, ça fait du bien...mais non, Henry...pas besoin de remercier, ça a été un plaisir...On est pas amis pour des prunes, non?...et puis j'étais pas seul...Martin a une sacrée droite...et les filles, tu as vu les filles?...Où tu as appris ça, Nell?...au fait Toni j'ai adoré ta façon de faire kapput le mec avec la bouteille...tu as du style...Allez, Henry...tu vois, la vie est belle et on se marre plus dehors que dans ton abri anti-bombes...ah non...on rentre pas encore...la nuit est jeune...

Oui, on penserait bien aux problèmes le lendemain...ou le jour d'après...
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Nelly Watts



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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Ven 19 Fév - 15:48

Depuis ses 28 ans d’existence, Nell s’était forgé sa personnalité très… particulière. Incontestablement sa très petite taille l’avait forcée à lutter afin de prouver à tous que le volume du cerveau et la manière dont on employait ce dernier valaient plus que les centimètres de hauteur. Ma foi, elle n’était pas fâchée du résultat. Experte en tout ? Non, là c’était exagéré. Mais cette touche-à-tout en connaissait un brin dans de multiples domaines et, si la nature ne l’avait pas gâtée en stature, elle pouvait se targuer d’apprendre très vite à peu près n’importe quoi en appliquant ses connaissances au mieux. Casse-cou, certes, mais de façon sensée, toujours. Que ce bout de femme saute sur une occasion en or allait de soi. Comment résister à plonger dans un mystère très… particulier ?
Très vite, elle avait sympathisé avec Toni. Il est vrai que Nell était à peu près la seule à piger exactement ce que racontait la jolie Allemande. Elle était si facile à vivre, Toni. Pas coincée pour 2 sous, futée, de quoi combler la part de société dont manquait Nell. Pas qu’elle n’ait pas d’amis, loin de là. Elle s’en faisait partout où elle passait mais ce n’était que le temps d’un trek, d’une escalade ou d’un périple quelconque. Peut-être que cette virée-ci serait différente ? Ça en avait l’air, en tout cas et s’annonçait très bien.
La maison à Cambridge était très à retaper, et alors ? Toujours mieux qu’une tente plantée en Amazonie ou au Sahara. On fit un grand ménage en rigolant comme des fous, surtout en forçant la main aux garçons. Ah, ces hommes ! Donnez-leur un balai et vous comprendrez à qui vous avez affaire d’emblée. Bon, ils étaient assez mignons, mais cela n’entrait pas en ligne de compte, pas pour Nell en tout cas. Le docteur Lescot manquait de sociabilité, rien qui ne puisse se décoincer un de ces quatre. Il lui parut de très bonne composition et pas rétif même aux tâches ménagères. Son humour serait à revoir mais on pouvait compter sur Toni pour le dérider vu la façon dont elle le reluquait parfois sans qu’il s’en doute une seconde. Dave paraissait plus…. marrant. Un rien macho, sûr et certain et apparemment plein aux as puisqu’il régalait tout le monde allant même jusqu’à confier sa carte platine aux filles. Mais il aimait les chiens, ce qui aux yeux de Nell signalait une personne digne de confiance. Ne dit-on pas qui aime les bêtes aime les gens ? Preuve en était aussi l’admiration qu’éprouvait Clayton envers le proprio. Warrington… Voilà un homme très mûr et très… seul. Fallait certainement le prendre du bon côté du poil plutôt qu’à l’envers. Pour le peu qu’elle l’ait croisé, Nell s’en était convaincue.

*Pas quelqu’un de méchant mais de frustré… un visionnaire mal compris… ferait pas de mal à une mouche sauf si cela devait servir son objectif… *

Faudrait quand même se méfier des idées farfelues pouvant émerger de ce cerveau fertile, selon Nell.
Ils connurent une frayeur de courte durée avec la disparition inopinée de Dave. Warrington l’avait réclamé dans son antre et ne le restituait pas. Pire, quand les délaissés eurent droit de cité, le savant ignorait où et comment Dave s’était évaporé. De plus, Oscar – le toutou de Dave – se prit un méchant coup de griffe sur la truffe. Lui courir après, le rassurer, le soigner ne fut pas du gâteau d’autant qu’ayant encore reniflé Dieu sait quoi, Oscar était intenable.
Après l’avoir bouclé dans une salle de bains, Nell était redescendue au bunker où elle parvint à mettre certaines compétences à profit avec l’électronique d’Henry. Le résultat fut… surprenant. Ainsi, Matou était le déclencheur ? Du coup, Warrington sut où Dave s’était matérialisé. Pauvre gars ! Couvert de petits bobos et de peinture, il était moins fringant que d’ordinaire.
Ensuite, Henry accepta d’échanger ses infos contre de la bouffe…

*Faut toujours soigner le ventre d’un mec quel que soit son âge…*

Sous prétexte de régler son ou ses bidules, Henry se cloîtra à nouveau. Livrés à eux-mêmes, les jeunes gens firent des virées des environs.
Harvard est sans conteste un endroit magnifique. Dave se voulant du coin, donna les plus amples explications depuis ses souvenirs enfouis dans les replis de son système limbique. Plus fort qu’elle, Nell se dut de rectifier des détails ici où là :

… il n’y avait que 9 étudiants au départ en 1636… C’est pas Georges mais Charles Eliott qui…

Dans la voiture où ils occupaient les places arrière, Dave la taquina :

...tu as raison...me suis gouré...ou pas, on va pas se disputer pour ça...Allez, sois gentille…

Lui assénant coups de coude et autres, Nell n’était pas prête à renoncer à ses vérités. Elle rigolait jusque-là mais quand il lui balança :

…ne me tape pas dessus, petite!

Il frappa en plein dans la fibre sensible de Nell qui y vit illico une allusion méchante en rapport avec sa taille :

Moi, je suis bien dans ma peau, elle est juste à ma taille et, au moins, dans les petits pots sont les meilleurs onguents !

Il jura qu’elle était mignonne ainsi mais il l’avait plus vexée qu’elle ne le laissa entrevoir, se défendant en se mordant la langue et lui frappant la tête avec tout ce qui lui tombait sous la main. On en rit… que faire d’autre ? Nell connaissait suffisamment les railleries pour être très… au-dessus !
Mine de rien, 3 jours s’étaient écoulés sans un signe de vie d’Henry. Les filles savaient qu’il vivait puisqu’il ne rechignait pas à échanger plats pleins contre vides devant sa porte blindée.
Dave déploya de la diplomatie – qui l’eut cru ? – et parvint à faire sortir le loup de son bois. Un bowling ? Pourquoi pas ?

Ralala, si je fais pas gaffe, la boule restera là et c’est moi qui irai frapper les quilles. Je serais plus performante si tu prenais leur place, Dave… *Ces pauvres quilles ne m’ont rien fait, elles…*

Oui, elle râlait quand même un peu mais moins que quand une paire d’étudiants en mal de railleries s’en prirent indirectement à Henry. Un certain Tommy Styles manquait franchement de style.
Entendre ce morveux traiter Henry de vieux schnock aux théories débiles mit le feu aux poudres.
Pour une mêlée, c’en fut une belle. Encore un avantage à être si petite… on ne vous voit pas arriver et ne s’attend pas à des coups bas (ah, ah, ah) Nell pouvait se targuer d’être plus souple qu’une anguille et, aussi, de dire merci aux arts martiaux.
Dave, même avec une arcade sourcilière un peu amochée, semblait absolument ravi de l’altercation. Plus tard, songeuse devant sa coiffeuse, Toni s’inquiéta de son air sérieux :

…oui, c’était gag mais… c’est que je n’aime pas la violence. Ici, oui, il fallait leur faire ravaler leurs paroles désobligeantes envers Henry, mais… tu penses que Dave est un bagarreur ?... euh, quoi ? Si je m’intéresse à lui ? Attends… ( air réfléchi) j’en sais rien… Il m’agace, c’est clair, le reste, j’y pense même pas.

La meilleure façon de détourner une conversation embarrassante est d’attaquer sur un autre front :

On ne peut pas nier que Martin est superbe quand il s’y met ! Tu as vu ses crochets ? Mais qu’est-ce qu’il m’a fait rire en s’inquiétant des blessés !

On resta sur un terrain neutre en prenant pour thème l’expérience à venir :

Tu crois vraiment qu’Henry va réussir à sécuriser son truc ? Lui filerais bien un coup de main s’il me laissait l’approcher… ben, tu auras remarqué que ses ordis sont pas des tops…

Grâce à la gourmandise d’Henry comblée par des recettes typiques de Normandie via celles copiées sur le Net, Nell put accéder aux installations. Un grain de sel ici, une idée en l’air là, le grand projet prit corps.
Henry était fascinant une fois son côté ours mal léché dépassé. S’il savait être affreusement brouillon dans certains aspects de son travail, dans d’autres il était méticuleux à faire peur. Lui gueuler dessus était devenu si routinier que Nell ne s’en formalisait plus. Elle considérait cela comme une saine soupape à un esprit survolté. Cela prouvait aussi que Warrington était conscient de sa présence. Bien sûr la moitié de son charabia scientifique dépassait l’entendement. Néanmoins, en brave «petit » soldat, Nell exécutant les ordres sans faiblir, Henry finit par l’intégrer à ses travaux.

Au moins, il ne pense plus que je vais lui chiper la vedette, riait-elle avec ses copains.

Gagner la confiance de ce parano s’avéra productif. Maintenant le savant partageait leur table chaque soir. Il ne se priva pas d’avaler goulûment ses aliments tout en discourant gaiment des avancées. Selon lui, le second dispositif serait bientôt au point. Le 1er était aussi parfait que possible dans les conditions actuelles de connaissances. Le second requérait des réglages précis. Bientôt, la téléportation serait effective.

Suis partante, déclara Nell à l’ébahissement général… ben oui, quoi ! Pourquoi Dave serait-il le seul privilégié à téléporter ? Ça me plairait assez d’aller à Hawaï, pas vous ? Bien sûr, faudrait que tu y songes, Henry… Oui, j’avoue. Les posters, les allusions à cette île, je te conditionne en douce. Où est le mal ?... et oui, je te prive de télé et de revues de science-fiction. Faut canaliser tes pensées, Henry, sinon le prochain voyageur se perdra à Omaha Beach !

Sa proposition fit son petit effet mais pas l’unanimité. Si les jeunes rêvassèrent avec des couleurs azurs dans les yeux, Henry parut troublé. Qu’avait-elle fait de travers ? Juste suggéré des possibilités. Toni, dans son baragouin, dérida la petite tension créée en insistant sur le fait qu’un dispositif de frein de pensées ne serait pas de trop. Ses références à un film de science-fiction où, pour éviter que les aliens lisent les pensées, les humains emballent leur tête d’alu était loin d’être idiot. Nell avait beaucoup lu sur le sujet et, à en croire les auteurs, beaucoup de gens adhéraient à ces théories. N’empêche que d’imaginer Henry portant une pyramide argentée sur le crâne était désopilant.

Les travaux en sous-sol reprirent de plus belle. Les ordres d’Henry parurent souvent abscons à la pauvre Nell qui n’arrêtait pas d’entrer et sortir entre le bunker et le garage afin de ramener un bric-à-brac pas possible. Un vieux rhéostat fut démembré complètement, y passèrent aussi plusieurs antiquités. Entre deux courses à l’étage, Dave la prit en pitié car il n’y avait pas d’escabeau pour atteindre une étagère très en hauteur. Il batailla avec le fil de l’engin visé, tira et… tout chut.

Aïe ! râla Nell en se massant le dessus du pied… non, pas grave, merci quand même du coup de main… je sais pas du tout ce qu’il fabrique mais je me demandais… toi qui connais le mieux Henry, il ne serait pas radin ou alors… pauvre ? … c’est vrai quoi ! Ces économies de bouts de chandelle, ces récups… moi, je pense qu’il n’a pas les moyens de se payer des appareils au top.

Clayton ne s’était jamais posé la question mais assura veiller à la question.
En attendant, Nell fit son possible pour quand même participer un peu aux tâches ménagères et soulager Toni malgré qu’elle s’y prenne très bien pour diligenter les mâles.
Ce soir-là, le menu comportait une fondue bourguignonne, histoire de changer de département français. On se pourléchait déjà, Henry le premier mais quand Martin brancha la prise du caquelon, il y eut un clac effrayant et la maison fut entièrement plongée dans le noir.

Des bougies ! Il y en a dans le tiroir de gauche !

L’ennui fut que tous se levèrent en même temps, d’où collisions multiples.
Fiat lux ! Henry craqua une allumette. Les chandelles allumées répandirent un halo sympa ainsi que pratique mis à profit pour aller enclencher le générateur de secours. La brave antiquité prit le relais mais uniquement pour le labo. On s’en tira vaille que vaille pour quand même manger chaud grâce à un brûleur au gaz. Il ne faisait aucun doute que tout était à revoir dans cette bicoque. Nell en parla à Toni après sa douche écossaise :

Je te fiche mon billet que le réparateur prévu demain va soit passer au large, soit faire une devis exorbitant.

Non, Miss Watts n’était pas devineresse mais elle avait l’œil aux détails. Elle était avec Henry quand l’électricien fut reçu par les autres. Cela sembla chauffer, en paroles, du moins. Déjà que les nettoyeurs avaient déclarés cette habitation digne d’être classée zone sinistrée à rayer des cadres…

On va nous prendre pour des squatters de taudis
, soupira Nell, le soir même alors qu’Henri n’était pas dans leurs pattes...

Elle était triste pour ce vieil homme qui préfèrerait voir sa maison s’écrouler plutôt que de quitter son cher bunker.
Des suggestions s’émirent mais la seule acceptable fut de mettre cartes sur table, celles en plastique, s’entend. Dave tiqua quand la « naine » déposa sa platine identique à la sienne :

Je crois que sur ce point, nous sommes à la même « hauteur » de plafond, très « cher », lui sourit-elle de toutes ses dents. J'ai du fric à revendre, je l’avoue. Le pire est que je n’ai rien fait pour le mériter, pas comme certains... ( sourire en coin) On fait quoi, alors ?

Le lendemain, d’autres gros travaux démarrèrent, en haut comme en bas. Le sas hermétique n’empêchait pas les bruits externes ; ça devait barder à l’étage tandis qu’en sous-sol nouveaux ordis, centrifugeuses, électrodes, etc. débarquaient. Le comble fut qu’Henry accepta le tout comme si rien. Nell eut beau tenter de percer son mental, les vrais sentiments ne transparurent pas. Les progrès, eux, furent notables rapidement.
Ainsi, moins d’une semaine après l’afflux de matos neuf, Henry profita du repas du soir pour exhiber un étrange couvre-chef :

Tu l’as fini cette nuit ? s’ébahit-elle.

Elle n’avait vu que l’ébauche, la veille. Eh bien oui, insomniaque à ses heures, Henry avait achevé son œuvre. Là, au dessert, en cerise sur le gâteau forêt noire, il se déclara fin prêt…
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Toni Fischer



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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Ven 19 Fév - 16:09

"La vie, c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber!"...Voilà qui collait, à l'avis de Toni, pile poil avec la situation. Avec la sienne en tout cas. Et elle n'allait pas s'en plaindre, alors là pas du tout! Se lancer, à l'aveugle dans une aventure si singulière ne lui ressemblait pas trop. Sa petite vie avait été, jusque là, du genre rangé et sage, sans folies remarquables. Pour un radical changement il fallait dire qu’elle était servie !
Soit, la rencontre avec le Dr. Warrington avait un peu refroidi les esprits mais on passa bien vite au côté pratique du moment. L’immense bicoque avait besoin d’un ménage à fond pour la rendre habitable.
 
On va donner du balai !
 
Martin rigola en la renseignant sur le fait que ce n’était pas le cas de donner du balai mais un coup de…Toni obtempéra en se disant qu’elle ne finirait jamais de comprendre les nuances compliquées et préféra plutôt donner l’exemple sans l’ouvrir, à moins d’avoir à hurler pour demander qu’on dégage une araignée de son chemin…Une heure plus tard même les deux durs d’oreille pour l’allemand savaient que Spinne veut dire araignée.
Entre coups de balai, de plumeau, de chiffon et cours intensif d’arts ménagers en langue étrangère Toni s’avoua Kapput , tout le monde étant dans le même état, il n’y eut pas de correction et pour bien faire Dave commanda des pizzas.
Une bonne nuit de sommeil et voilà un jour nouveau, tout prêt pour la découverte des environs. Priorité n°1 : remplir les placards de la cuisine si tristement dégarnis ! Une mission qui convenait parfaitement bien à Toni qui raffolait des supermarchés autant que d’autre femmes perdent la tête pour les boutiques de mode.
Avec Nell tout était facile. D’abord parce qu’elles se comprenaient, dans tous les sens du terme et après parce que la fille était tout simplement géniale. Elle savait plein de choses, avait vu du monde, avait un esprit ample, du caractère à en revendre, de l’humour et un bon sens à toute épreuve. Toni l’enviait pur et simplement, pas de ces envies meurtrières qui vous pourrissent la vie, non pas du tout. C’était juste une saine envie, de celles qui vous poussent à améliorer,  à voir plus loin…enfin, une envie sympa, quoi !
Entre le bon sens de Nell ,les connaissances en matière provisions de Toni plus la liste à rallonge sur les goûts de chacun, dévaliser  ou ressemblant, le beau et énorme supermarché du coin, tint de l’expérience unique et très divertissante d’autant plus que Dave, producteur exécutif de l’aventure, leur avait donné carte blanche…et carte de crédit !
 
Donnerwetter…on a pas exagéré un peu ?, c’était la bonne question en voyant qu’il était impossible de caser leurs courses dans le taxi.
 
Qu’à cela ne tienne ! On opta pour louer aussi les services de livraison du supermarché, et après on dit que les Américains ne savent pas se la couler pratique !
Une fois de retour à la maison, Toni déclara se trouver en plein dans son élément et pour une fois tout le monde pigea sans besoin de traduction…ben oui, en allemand on est aussi dans son élément, aussi facile que ça ! Et pour prouver que c’était vrai concocta un repas digne du gourmet le plus exigeant. Jusque là, la vie tenait du gentil rêve convivial mais il fallut que l’ogre de service, alias Dr. Warrington, décide d’appeler Dave à son antre. Les autres, bien entendu, non merci !
Pas de quoi en faire un plat, on papota en attendant. Enfin… Martin fit des efforts ! Des drôles d’efforts.
 
Si j’ai compris ta situation, Toni, tu tenais un bar ?
 
Un bar ?, échange de regards avec Nell, rigolade obligée, euh…genre endroit sombre, un peu enfumé, musique tu sais quoi et filles oh là là ?, vu sa tête c’était exactement à cela qu’il pensait, *la vache, j’ai la tête à ça !?* Ben non…traduis Nell, bitte, pas de bar, Monsieur le Docteur, juste un gentil petit café tout ce qu’il y a de plus décent et prude…
 
Il se rattrapa à la comme on peut et bien entendu à l’heure de se raconter lui-même on n’en tira rien qui vaille.
 
*Faut le soûler pour qu’il parle, ce bonhomme…Franchement, c’est du top secret, sa vie !*
 
Entre ceci et cela, le temps s’était écoulé et de Dave pas de nouvelles. Donnez l’opportunité aux idées les plus folles de germer, elles ne rateront pas le rendez-vous.
 
*Verdammte Scheiße…il se fait torturer ou quoi ?...Deux heures, c’est plus que…Et si le vieux bonhomme l’a balancé dans une autre dimension ?*
 
Apparemment tous pensaient la même chose, pas besoin de parler, d’un seul élan course vers la porte par où avait disparu Dave. Direction la cave, c’était évident…mais dites donc, elle était bien profonde celle-là. Et puis ce couloir illuminé.
 
*Décor de science fiction…Gänsehaut pur…chair de poulet qu’ils disent…enfin !*
 
Et le sas hermétique.
 
*Bunker !?...C’est un bunker !?*
 
Ben oui, c’en était un qui ne se laissait pas ouvrir en plus. Plan B. On tapa à la porte. Pas poliment, cela ne donne rien dans ces situations extrêmes. Tapage de fin de monde, plus cris. Plus discret que cela, tu meurs ! Mais ça donna le résultat voulu !
 
Um Gottes willen…c’est quoi ça !?...Wo ist Dave!?, bon d’abord la surprise de découvrir cet endroit extraordinaire, antre parfait du savant fou et après se rendre compte que de Clayton, pas de trace…parce qu’on ne dissimule par un grand gars comme lui sous un tas de bouquins.
 
Et l’autre de reconnaître comme si rien que Dave s’était enfumé et qu’il ne savait pas où. Pas la moindre idée.
 
Verflixt nochmal…vous vous foutez de nous !?, tiens elle l’avait dit sans hésiter et en anglais, la colère fait faire des progrès.
 
Meuh non ! Le brave savant était aussi perplexe qu’eux, enfin, c’est ce qu’on supposa. Enfin, surtout Martin qui resta poli et sage, alors que Nell sautait pratiquement sur Warrington et que Toni l’affublait de son vaste répertoire de noms d’oiseau ce qui en allemand donne des résultats concluants et spectaculaires. Alerté par le tapage, Oscar qui comme tout chien respectable avait l’ouïe fine, débarqua avec la grâce qu’on lui connaissait, genre éléphant dans magasin de porcelaine et fit vite de dénicher…un chat.
Suite très chat et chien. Chat 1/chien 0. Algorithmes compliqués, déductions quantiques et autres primeurs en anglais compliqué. Résultat :le chat était le coupable de tout le chambard, et cela depuis le début de l’expérience.
 
*Ouais…super, et voilà, messieurs dames le chat savant illustre qui sait plus que le Doc…pauvre Dave !*
 
Offrir de l’Aide ? À quoi bon ? Suffit de ne pas parler la langue en cours pour qu’on pense que vous frayez la plus obscure ignorance. Soupir. Nell elle sut s’y prendre. Amen. Après tout ce qui comptait est que le Doc eut une illumination soudaine et sut…
Sut où se trouvait Dave. Pas au bout du monde, juste dans le garage. Il n’était pas allé bien loin mais en avait pris pour son grade, le pauvre chéri.
 
Ach du liebe Zeit, wie siehst du denn aus! (Mon Dieu, mais de quoi as tu l’air!)…oh ! Ah ! pots de peinture…aouch !...*Et le reste de ce bordel sans nom…mais qu’est ce qu’il range là, ce cher fou ?*
 
Court aperçu de ce règne du désordre avant de se voir rapatriés en masse  vers l’intérieur que le Doc faillit ne pas reconnaître comme son chez soi si abandonné. Il eut beau tourner la chose avec du charme, comme quoi il pouvait quand il voulait, on le força presque à parler…et il en dit des choses. Toni pigea ce qu’elle put mais ce fut amplement suffisant : le Doc manipulait, sans le savoir jusque là, la situation, lire déplacements du cobaye alias Dave, via sa pensée.
 
*Mais voilà qui me rassure…mais alors là oui…suis partante…veux aller n’importe où, comme cela…sans rien savoir…hop là…je pense tu y vas…ON EST VRAIMENT MAL BARRÉS LÀ !!!*
 
Ce qui était sûr est qu’aucun d’entre eux n’allait lâcher prise. Pas elle en tout cas, débile mais passionnant. Après tout à part se paumer entre temps et espace, il ne pouvait pas se passer grand-chose et puis Henry jurait qu’il arrangerait le tout…alors on fait plutôt des belles balades, on connait du pays, on écoute les copains se chamailler, au moins Dave et Nell s’y prenaient en joie de cœur. N’ayant aucun motif pour faire de même avec Martin, ils se contentaient de jouer les spectateurs tranquilles. Quoiqu’elle avait parfois envie de lui crier un peu dessus question de voir sa réaction mais en y pensant bien, valait mieux pas !
Ah, les joies du bowling ! Au moins là pas besoin de donner des explications. Elle jouait bien, pas aussi bien que le Doc mais mieux que les autres. Soupir, c’est parfois minable certaines soirées où on préfère s’en prendre aux quilles que broyer du noir en solitaire, au moins on améliore son score !
Et comme chaque fois, quand on s’amuse bien entre copains, il y a un trouble-fête, connu ou inconnu qui vient ficher votre petite soirée sympa en l’air. Là un individu connu de Dave s’en prenait à Henry, le traitant de vieux fou et autre aménités. Émouvant tout plein de voir Clayton agissant comme fils aimant et défendant le Doc. Of course le plouc n’était pas seul. Dave non plus. Pas à dire, quelle action d’éclat, fracassante, ça oui. Il y eut de la casse mais qu’est ce que cela pouvait faire ? On les mit à la porte du bowling ? Au moins la Police avait embarqué les mauvais garçons…l’honneur était sauve, cela faisait vraiment chaud au cœur !
Tout autant que la petite conversation entre filles avant d’aller au dodo. Pas besoin d’être trop fine mouche pour se rendre compte que Nell, même si en se disputant avec lui, tenait assez à Dave. Elle restait évasive sur le sujet mais Toni avait sa petite idée.
 
*Quel couple marrant…il est si grand et elle si…petite…non, Nell n’est pas petite…elle est format small…de poche ?...Sois pas vache…t’es pas beaucoup plus grande…enfin…une dizaine de centimètres quand même…ouais et même avec cela…enfin…*…euh, sécuriser son truc ? Ben, j’espère…ouais, les ordis qu’il a sont bibliques…mais je crois qu’il aime ça…enfin, il se débrouille bien avec…tant que Matou s’en mêle pas !
 

Eh oui ! Entre ci et ça, on faisait de son mieux. Tous et chacun. Henry dans son bunker ne vit, certainement pas au début, de trop bon œil, l’intromission quasi musclée de Miss Watts. Là, Toni devait s’avouer complice volontaire car elle et Nell, avaient vaincu la réticence du savant par le moyen le plus subtil qui soit. Le cher homme aimait la bonne cuisine. Encore plus la bonne cuisine qui lui rappelait son enfance normande. Vive l’internet. Et c’était parti, sans arrière pensée. Tout y passa. De la terrine St Jacques aux feuilletés d’andouille à la crème de Camembert, en passant par un superbe homard au Calvados, une bien réussie Omelette Mère Poulard pour finir avec des desserts tels qu’on salivait rien que d’y penser. Le Doc était transporté de bonheur, Marin se régalait et Dave goûtait à tout sans piper la moindre remarque.
 
Me voilà spécialisée en cuisine normande…qui l’aurait cru ?...Tu l’as eu sans effort…quel gourmand…remarque les deux autres feraient ce qu’on veut tant que ça continue d’être bon…
 
En tout cas, Nell disparaissait de bon matin dans le bunker et Toni devait se farcir toute seule les relations publiques avec les deux messieurs qui mine de rien s’installaient et attendaient que tout se passe bien. Compte tenu des difficultés linguistiques valait mieux se montrer directe.
 
Voilà pour toi, Dave !, et de lui ficher un beau plumeau dans les mains, tu es grand…les Spinnen, tu sais…pour Martin, joli balai…puis tous deux, aspirateur, ok ? Puis vous devez faire vos lits…Betten ! Dormir joli…alors faire joli…, à bon entendeur, moi, je fais la cuisine…après on va faire des courses…eh oui, faut ce qu’il faut, en français amoché mais compréhensible,  vous mangez bien…provisions kapput, ok ?
 
Elle adora leurs regards interloqués mais pas de doute, le message avait été reçu 5/5. Session ménage du jour en cours, Toni alla s’occuper du repas en chantant à tue tête, encore une chance qu’elle s’y prenait avec autant de joie que de justesse, sans ça…Les course furent du genre épique, rien à voir à ce que cela donnait avec Nell mais elle s’amusa comme une folle avec ces deux hommes si adorables qui n’avaient aucune idée de ce qu’il faut pour que tout marche comme voulu.
 
*Des beaux inutiles, ces deux-là…mais enfin, au moins ça pousse le caddy !*
 
Henry agréait décidément ses talents de cuistot. Il partageait leurs repas ! Au début, du taciturne pur mas peu à peu, il se dérida, prenant plaisir à la conversation, après prenant part à la conversation, pour au troisième jour, faire la conversation à lui tout seul, pas que les autres aient été intimidés par son intervention, c’était juste qu’il rendait n’importe quel thème si fascinant qu’on restait là à boire ses paroles. Et puis son humour. Tous se retrouvaient à rire comme des bossus, même Toni qui ne cherchait plus à saisir la nuance, suffisait de voir les têtes des autres. Il était le roi de leurs soirées, en jouissait pleinement, tout autant qu’eux.
 
Ich hab’ dich lieb, Henry ! Du bist so süß! (je t’aime Henry, tu es adorable) , et de lui plaquer un bisou sur chaque joue, ce qui sembla le surprendre en un début mais les petites tapes émues sur son dos suffirent à Toni pour savoir que le cher homme ne la repoussait pas. Encore une chance que Nell n’ait pas traduit, sans cela…allez savoir ce qu’il aurait pensé !
 
Vive la bonne entente ! On se la coulait en douce, c’était bon, c’était chaleureux, on se sentait rassurés, en famille. Oui, c’était juste cela…en famille ! Mine de rien, et mine de tout, ils étaient là, cinq personnes sans aucun lien particulier, avec pourtant un trait commun, ils étaient tous, plus ou moins,  des grands solitaires, un peu des paumés de la vie, sans véritables attaches, avec des familles lointaines ou pas de famille du tout, unis tout à coup par une idée folle, un rêve de lunatique...un idéal commun. Et cela les unissait, bien plus qu’un lien de sang.
 
Tu sais, Nell…je me sens heureuse comme jamais auparavant…j’ai trouvé des amis…des vrais…Oui, Henry aussi...je l’aime, ce vieux monsieur…Non, c’est pas le vin…Gâche pas tout en me disant poivrote sentimentale…suis heureuse, c’est tout…à cause de toi…de Dave, d’Oscar, de Matou…ouais, de Martin aussi…Tu peux arrêter avec ça !!!...Arrête pas et je commence avec Dave…oh oui, le beau Dave…oui, tu te chamailles avec lui tout le temps…c’est le début de quelque chose, ça !!!, elle fila dans son lit en riant alors que Nell lui balançait des trucs sur la tête.

Les efforts conjoints donnaient des résultats. On avait droit à des petites mises à jour lors des repas partagés. Des confidences que Nell lui faisait, Toni tirait au clair qu’Henry n’était pas un facile à suivre, on aurait pu s’en douter. Mais tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu’au soir des grands aveux…enfin ceux de Nell, qui s’y lança sans préavis  ni grandes circonvolutions. Selon elle c’était injuste que Dave soit le seul à pouvoir se balader par là merci l’invention du Doc, ce en quoi, sans vouloir s’incruster dans l’idée, elle n’avait pas tort. Surtout que Miss Watts rêvait d’élargir leurs horizons et aller à Hawaii.
 
*HEIN !? Quoi ? Elle a fumé des trucs…aspiré quelque chose ?*
 
Pas du tout, et les arguments allèrent encore plus loin, comme quoi valait mieux conditionner l’esprit d’Henry, sans quoi le risque de se répéter  la Normandie était grand. Dur de piger le discours au grand complet mais peu à peu, force d’en entendre la journée entière, Toni commençait à y voir un peu plus clair. Début de tollé général. Henry se renfrognait, comme quoi l’idée de laisser conditionner son esprit ne lui plaisait pas trop. À qui d’ailleurs ? En outre, Nell n’avait pas tort, avec le Doc fixé sur la belle province française ou le garage, on ne risquait pas de sortir d’un certain cercle vicieux…et puis Hawaii, le rêve parfait…
 
*Oui…des plages de sable blanc, la mer bleue…des mecs bronzés faisant du surf…t’es stéréotypée, Fischer !*
 

C’était tout bête. Il avait suffi de faire mention du paradis pour que tous commencent à jouer avec l’idée. En tout cas c’était plus tentant que se cailler à Omaha Beach en hiver...ou tomber en plein débarquement au cas où la machine d’henry décide de faire des siennes…
 
Meine Meinung nach (M’est avis que…)…est que le truc de Konditionierung… n’est pas…euh…la super idée…Sorry Nell, mais Henry ne semble pas trop aimer…par contre…sais pas si vous avez vu le film Signs ?, on la regarda en haussant des sourcils, *T’es bien partie !*…Oui, oui…celui où ils mettaient des casques en Alufolie sur la tête pour…que les aliens ne lisent pas leurs pensées…enfin c’est ce que j’ai pigé, moi…Henry, tu es un génie…tu as fait tant de trucs…tu peux inventer un casque anti-pensées, non ?...Un bouche idées…que sais-je ?...
 
L’Idée de voir Henry avec le crâne enveloppé de Alufolie fut le détonant pour une folle crise d’hilarité générale, même le Doc y prit part, Toni aussi, cela va de soi. On en pleura même de tant rire mais mine de rien, pour idiote qu’elle put sembler, l’idée ne l’était pas autant…enfin juste l’esquisse, parce que le papier alu, pas question. Le Dr. Warrington admit la possibilité d’en faire quelque chose.
 
*WOW ! Te voilà élevée au rang des grands esprits…tu vois finalement ça donne quelque chose le streaming…*

Petite heure de gloire, puis gentil retour à la petite routine de tous les jours. Dave et Martin qui semblaient s’entendre comme larrons en foire s’arrangeaient pour vaquer Dieu sait où, à Dieu sait quoi, dans l’espoir qu’elle ne saurait pas les trouver pour le ménage quotidien, compte tenu que la société de nettoyage qui devait s’en charger  leur fit faux bond. Toni ne comprit pas trop bien pourquoi, quoique se faisait sa petite idée. Ils avaient rendu habitable une partie, petite partie de la maison suffisante pour leurs besoin mais le reste…
 
*Archéologues…restaurateurs…démolir et refaire…*
 
Et comme aucune misère ne vient seule, le soir du fondue bourguignon, l’installation électrique sauta en beauté.
 
Ach du, lieber Gott…Kerzen !!!...euh…feu…Bougies…yeah, j’ai trouvé toute seule…aouch…quelqu’un a marché sur mon pied !!!
 
Pas à dire, ce fut la belle bousculade mais on finit la soirée aux chandelles et le fondue sur réchaud à gaz. Pas le top mais ce fut très sympa, à l’avis de Toni.  Plus tard, dans leur chambre, Nell lui fit part de ses préoccupations.
 
Je te fiche mon billet que le réparateur prévu demain va soit passer au large, soit faire une devis exorbitant.
 
Elle y avait pensé aussi. Il ne fallait pas être foncièrement brillante pour se rendre compte qu’Henry ne roulait pas sur l’or. Un détail par ci, un autre par là, le bric à brac de hamster au garage, sa mise parfois négligée, l’état catastrophique de la maison, les soupirs de Nell en parlant des équipements.
 
Henry est…pleite ?...Fauché, je veux dire…c’est ça ?
 
Ni plus ni moins. Pincement au cœur ? Pas que cela, Toni avait soudain un gros nœud à la gorge et une folle envie de pleurer. Elle aimait sincèrement le vieux savant, cet homme qui ne vivait que pour son rêve, tant et si bien qu’il avait oublié le reste…et là…
 
*Que faire ? Comment l’aider ?...Oui, surtout toi, ma belle…toi qui es presque aussi fauchée que lui…bon au moins le gâter avec des bons petits plats…*
 
Ce soir là, une fois Henry disparu dans son bunker jusqu’au lendemain, on tint conseil à la lumière des bougies. Évidemment le devis de l’électricien avait été astronomique ! Toni fit un effort pour ne pas soupirer en voyant ses amis mettre cartes sur table…American Express, Visa, Mastercard…version platine ou gold. D’un geste voulu assuré elle glissa la sienne, petite Visa à plafond fixe, sous les autres.
Bien sûr là, les enjeux étaient sérieux. Très. Trop. Au-delà des limites qu’elle connaissait ni connaîtrait jamais, sans doute. Apparemment, tous étaient bien nantis là, très bien si on en croyait à la désinvolture avec laquelle ils acceptèrent devis, firent des commandes, prirent l’affaire en main et transformèrent du jour au lendemain la maison en ruche bourdonnante et renouvelèrent l’équipement du labo.
Avec une délicatesse de prince Martin lui avait rendu sa carte et la priant de ne rien dire, surtout de ne pas protester, conseil passé outre illico mais il sourit, adorable, en jurant ne rien comprendre de ce qu’elle baragouinait. Il suffisait de peu pour atteindre l’âme sensible de Toni. Déjà éprouvée, il suffit d’un geste, de quelques mots et …
 
Veux pas pleurer…veux pas…mais peux pas…Ich kann es nicht…
 
Pauvre Martin, qui se trouva à consoler cette fille-fontaine qui entre hoquet et hoquet lui servait un discours en allemand auquel évidemment il ne pigea trois fois rien. Toni se maudissait d’être si ridicule mais trouva très agréable d’être rassurée de la sorte, c’est vrai qu’elle ne comprit pas grand-chose de ce que dit le toubib mais qu’est ce que ça pouvait faire à la fin ? Mais restant un brin, tout petit, d’amour propre et quelque autre sentiment dans le genre, elle opta plutôt pour filer et aller se rendre utile en faisant ce qu’elle faisait le mieux.
Hacher des oignons rassérénait toujours ses esprits. Soit, elle pleurait toujours mais c’était à cause des effluves des fichus oignons et comme il se doit quand on est à moitié chamboulé, cela ne rata pas…
Son cri  alerta deux maçons, l’assistant de l’électricien, le plombier et Dieu merci…le docteur. Toni regardait bêtement ses deux doigts qui saignaient profusément sans trop savoir, du coup, que faire avec…Ça lui apprendrait d’affuter les couteaux de la sorte !
Pas besoin de courir aux Urgences, comme conseillait Dave,  le Dr. Lescot était paré à toute contingence, après tout toubib de campagne…et puis Toni trouva qu’il s’y prenait comme un dieu avec le point de suture !
 
Carpe diem ! Oh oui, c’était bien le moment d’y penser…Carpe diem !!!
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Martin Lescot
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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Sam 20 Fév - 8:59

Le retour de Dave fut salué comme il se devait par tous. Bien évidemment, Henry ne coupa pas aux explications, Toni étant prête à le priver de bouffe au besoin. En gros, on n’apprit pas énormément sauf que le système devait être revu dans un sens pas encore exploré, révélé seulement par les coussinets d’un chat. Ce soir-là, les filles voulaient grignoter du pop-corn et des chips devant la télé. N’y tenant pas trop, Dave et Martin s’octroyèrent une sortie entre mecs.
Parler avec l’auteur à succès était aisé. On ne pourrait pas dire que la notoriété lui soit montée à la tête malgré les millions engrangés. Quelques bières aidant, ils se découvrirent pas mal de points communs.

… tu t’ennuyais ? Je t‘imaginais plus en train de faire la bringue chaque soir et cuver le reste de la journée !

Il l’avait fait, un temps avant de se « ranger ».

...Ouais, les bonnes femmes ! J’en ai soupé aussi pour un bon moment, je pense. Je voulais juste quelque chose de stable, et me suis fait avoir dans toutes les longueurs. Bah ! À chaque pot son couvercle, dit-on ! Suffit d’en essayer plusieurs pour trouver le bon, suis pas si pressé.

Ils en rirent beaucoup, la téquila déliant les langues encore plus. Au moins, Dave s’était trouvé un but avec le projet d’Henry qui forçait Martin à un « jeu » très inhabituel, donc dérivatif par excellence.
Rentrer fut houleux. Même si Dave affirmait tenir l’alcool, Martin n’était pas certain qu’un contrôle d’alcoolémie se passe sans accrocs. Les flics devaient dormir à cette heure, les filles aussi quand ils rentrèrent au gîte avant de s’écrouler sur leurs matelas respectifs.
Les jours suivants, à défaut d’emplettes et de ménage, on fit un peu de tourisme local. Martin suivait les indications du guide désigné : Clayton. Marrant de l’entendre taquiner sans arrêt Nell à l’arrière de la voiture.

Kleine kinder, cligna-t-il de l’œil à l’adresse de Toni à ses côtés.

Pas facile de causer avec l’Allemande. Martin connaissait quelques trucs mais pas de quoi tenir une vraie conversation. Il apprit cependant vite certains mots comme le favori de Toni : spinnen. Marrant cette peur des octopodes velus. Au moins, avec l’aspirateur en main, Martin se sentait tel un chasseur de dragon antique pour débarrasser les bestioles encombrant l’environnement de miss Fischer.
D’un commun accord, un soir, il leur sembla nécessaire de soustraire Henry à ses travaux incessants.
Très mémorable soirée ! La castagne n’avait jamais effrayé Martin qui, dès que cela sentit le roussi avec un étudiant peu stylé accompagné de copains bourrés, retira ses lunettes et se joignit à l’empoignade sans remords… ou presque.

Répète un peu ? Vlam, direct au menton. Je ne vous ai pas fait trop mal, j’espère ? Ah, tu en veux un autre ? À ton service !...

Plus fort que lui, il ne pouvait pas s’empêcher de s’enquérir de l’état de son adversaire avant de le cogner à nouveau. La police se montra conciliante, au moins cette fois. Tous s’en étaient bien tirés sans trop de bobos.
Qu’est-ce que Dave se rengorgeait des pains distribués, à croire qu’il aimait ça !
Henry riait aussi, le bowling l’avait amusé, la bagarre aussi. Martin n’aimait pas se battre. Il savait néanmoins se défendre car les binoclards sont souvent la risée de l’entourage estudiantin. Maigrichon en sus… il s’était étoffé et s’était entretenu physiquement mais ne rentrait jamais dans le lard volontairement, sauf avec un bistouri quand nécessaire.
Les jours suivants, Nell amadoua suffisamment le savant pour s’immiscer dans son antre. Une vraie fourmi, cette Nell. Entretemps, lui et Dave subissaient les ordres domestiques de Toni. Dans son baragouin germano-anglo-francophone, elle leur attribuait sans cesse des tâches :

*Elle a peur qu’on s’ennuie, ou quoi ?*

Il avait un peu l’impression de subir les foudres de sa gouvernante quoique, cette dernière était payée pour ça et n’osait pas trop le sermonner en cas de manquement. Bon, si Toni tenait absolument à ce que les garçons fassent leurs lits, récurent et aspirent les coins, pourquoi pas ? C’était souvent amusant surtout en compagnie de Dave quand ils se mettaient à simuler des duels d’escrime entre balai aspirateur et plumeau.
Cependant, il fallut jouer les diplomates avec l’agence de nettoyage contactée par Dave. Claire et nette la sentence était tombée :

On ne fait pas les taudis !

Quel grand mot ! Certes, la maison croulait un peu partout sauf quelques pièces très acceptables, mais quand même…

On s’arrangea comme on put sauf que Toni avait la fâcheuse tendance à vouloir tout régenter. Aussi, mine de rien, les mecs se défilèrent graduellement. Le golf ? Quelque part, Martin se rappela avoir lu de Clancy que ce sport s’appelait ainsi parce que le mot merde était déjà pris. Il n’était qu’un jouer moyen, sans envergure et s’en fichait ; Clayton aussi. On rigolait, but des sorties d’évasion du dragon de service. Parfois un poker où l’on perdait ou gagnait juste pour le fun. Le soir, les garçons rentraient éméchés plus ou moins mais nul ne leur en tenait rigueur.
Lors d’un repas en commun, Nell les surprit tous en énonçant ni plus ni moins vouloir elle aussi participer aux expériences d’Henry et pas en spectatrice… Hawaï, beau rêve. Sauf que Warrington se ferma comme une huître. Faudrait quand même que tôt ou tard, il se rende compte que les invités obligés n’étaient pas que des ornements astiqueurs ou nourriciers. Nell n’avait pas tort : Henry devait focaliser ses pensées si son bidule réagissait à cela.
On s’en tint à la routine sauf que le comble fut atteint avec un survoltage nocturne. Eux qui escomptaient se régaler des sauces de Toni… Heureusement, il n’y eut pas d’incendie, mais de justesse.
On fut bons pour s’éclairer aux bougies et chauffer les plats sur un brûleur au gaz qui, la veine, n’explosa pas.
Sous prétexte de son manque de compréhension de l’anglais, Toni délégua les mecs aux discussions avec l’électricien du lendemain. La joie…
Dave, sourire Pepsodent, accueillit le patron et son ouvrier. Martin les suivit jusqu’à la cave du compteur près duquel le ton monta rapidement.

C’est impensable que la baraque n’ait pas encore cramé ! Cette installation est un vrai danger public, tout est à refaire en raison des normes obligatoires en vigueur !


Imperturbable, Dave avait demandé une estimation du coût.

50000, au minimum !

Wow, rude coup.

On ne pourrait pas bricoler un truc ? avait osé Martin.

C’est déjà bidouillé au maximum ! En rajouter serait criminel.

Merci de votre avis, vous comprendrez que nous devions comparer, et…


Le patron le prit très mal :

Je vais faire un rapport, et il sera salé ! Locaux insalubres et dangereux. Vous décamperez avant peu !

Martin retint Dave par le bras pour éviter d’en venir aux mains.

Cet homme a raison, admet-le… on est assis sur une poudrière. Tu penses qu’Henry le sait ?

Nell lui aurait fait une remarque similaire ce qui assombrit leurs mines.

Tu crois qu’il accepterait une aide financière ?


On en reparla lorsqu’Henry s’éclipsa. Ouais, Clayton et Nell se valaient en cartes de crédit. Martin ne pouvait rivaliser avec leurs illimités mais saurait participer à parts égales aux frais de restauration sans se ruiner. Nell savait déjà de quoi Henry avait besoin en matos ; Dave et lui se chargeraient de la bicoque. La mine de Toni l’émeut. Plus fauchée qu’eux, elle tenait néanmoins à apporter son écot, la brave fille.
Diable, il ne tolérerait pas qu’on se plume ainsi. Dave surprit son geste de retrait de la petite visa de Toni, et eut un sourire compréhensif. La rendre discrètement à sa propriétaire demandait un autre genre de doigté. Les mots pour le dire… En expirant un bon coup pour gagner en courage, Martin coinça la jeune allemande dans la cuisine :

Tu as oublié ça sur la table tantôt. Pas qu’elle soit inutile à nos yeux, au contraire. Ne dis rien. Chaque sou compte et, en cas de besoin, il faut garder des munitions.

Maladroit ou habile ?

Ich kann es nicht…

Eh merde !
De par sa vie professionnelle, Martin était habitué à toutes sortes de manifestations de sentiments ; Des embrassades délirantes en remerciement aux pleurs intenses d’afflictions, il se croyait blindé. Ben non. Que cette jolie fille fonde en larme en ne trouvant que son épaule pour s’épancher le décontenança. Que faire sinon la bercer et la rassurer comme une enfant éplorée ? Elle écorchait les mots mais le discours était très clair pour le consolateur :

Là, là, ça va aller. Henry est un trop chic type pour le laisser tomber… je comprends…. Moi aussi, je l’aime bien. On va tous contribuer à son bienêtre… Habe Vertrauen, Aie confiance, sei stark.

Ouf, il s’en tira sans trop de dommage, du moins il le crut car, peu après, une Toni en pleurs et en sang hurlait en cuisine.
Émoi général. Dave voulut foncer à l’hosto le plus proche :

Nein ! Enfin non, c’est dans mes cordes. Serre ça, Toni. Je reviens.

Quel médecin se déplaçait sans sa trousse ? Pas Martin.

Ça va piquer un peu… Der Ruhe.

Anesthésie locale, champ stérile, points de suture rapides et hop un bandage ; les coupures disparurent.
Reconnaissante, sans jérémiades inutiles, Toni prouva que même légèrement handicapée, les affaires devaient tourner rond. Dave – le veinard – dirigea les équipes de restaurateurs tandis que lui subissait les injonctions de l’Allemande au ménage et en cuisine.

… ben quoi, ces oignons ?... non, je ne pleure pas, je respire autrement que toi quand je hache… nein, pas sous l’eau ! À la limite frigo avant découpe… comment je sais ? J’ai pas toujours eu le cul dans le beurre…euh… studentenarbeit…

Il causait petit nègre, elle semblait piger en rigolant souvent, le corrigeant parfois ; lui faisant de même.

Ce soir-là, elle voulait offrir à Henry – et autres – un gâteau typique de son pays.
Martin s’occupa du dénoyautage des cerises, elle du reste. Gag, la regarder cuisiner. La précision des gestes reflétait maîtrise de l’art. En somme, même si les domaines étaient différents, les actes se ressemblaient.
Lors du repas, Henry exhiba sa récente création : son switch.
Sorte de casque pour cycliste, muni d’électrodes, le dispositif devait contrer les pensées. De plus, avec le new matériel, on pourrait débuter l’aventure dès le lendemain matin !
Cette déclaration fut suivie d’un délire général. Ce serait à qui reviendrait le boîtier expérimental.

On n’a qu’à tirer à la courte paille, suggéra Martin.

Émoustillée, Nell déclara qu’elle avait gagné d’office. Que nenni !
Dave et Martin se sourirent mutuellement car, un poil macho, Henry désirait qu’un binôme masculin démarre le test final. Déception des unes, joie des autres.
La chambre des gars retentit de rires et de suggestions cette nuit-là, jusqu’à des heures indues.
Le whisky aida aux divagations qui donnèrent plus ou moins cela :

Hawaï est parfaite… tiens, l’Australie ? Nein, fais froid en cette période. Que dirais-tu de l’Espagne ? Fait chaud, bonne ambiance, belles filles…

On but, se marra comme des baleines et s’écroula comme il se doit.
Au matin, les gars un peu ramolli ne faillirent pourtant pas à l’appel. Les filles, soudées, plaidèrent leur cause à Henry vu l’état manifeste des cobayes. Rien n’y fit. Warrington les voulait en voyage. Des recommandations s’énoncèrent :

*Ah ? Dave tient le boîtier, moi, je tiens Dave… faut penser au lieu d’atterrissage…*

Clin d’œil et… Viva España !...
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