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 Des rencontres de choc

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Henry Warrington

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Messages : 11
Date d'inscription : 03/02/2016

MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Mer 6 Avr - 20:13


Les femmes et Henry cela avait toujours fait deux. Il avait eu ses petits succès jadis mais cela n’avait jamais collé très longtemps. Une soirée, un mois au plus et cela ne lui manqua pas vraiment. Un temps, il avait su se payer des boniches pour entretenir sa demeure, son linge et son ventre. Être désargenté le priva de cette routine mais bah, tant qu’il savait payer électricité, eau et matériel, le reste importait peu. Lui qui avait aimé la bonne chair avait appris à vivre chichement. Conserves, surgelés, eau suffisaient à son ordinaire. Néanmoins, il ne put que se réjouir du changement radical qui s’opéra avec la venue des amis de Dave. Sans trop s’interroger sur les notes de frais engendrées par l’invasion des jeunes, il se régalait tous les soirs depuis leur débarquement, celui des filles surtout. Ces gamins…
Peu à peu il avait appris – n’apprend-on pas à tout âge ? – à les apprécier, chacun pour des raisons différentes. Une bonne entente régnait dans sa maison en restauration, pas lui qui s’en plaindrait. Seulement, Louise Stark modifia la donne. Qu’avait-elle de différent cette femme d’âge mûr pour le chambouler ainsi ?
Qu’est-ce qui la rendait différente des autres voisins ? D’ordinaire, Henry se fichait d’eux comme d’une guigne mais lorsqu’il avait vu le doux sourire sur son seuil, quelque chose l’avait remué. Sans doute qu’un auditoire plus mûr lui manquait plus qu’estimé ? Le fait est qu’il se sentit très… flatté par l’intérêt manifesté à son endroit. Non sans se départir d’une certaine méfiance – chassez le naturel… - il avait été conquis par l’hôtesse. La belle soirée agrémentée d’un repas savoureux fut malheureusement écourté par les garçons avides de regarder où en étaient les jeunes filles. Henry pouvait comprendre ça mais moins ce qui se passa ensuite. Que faisaient-elles dans leurs lits, ces demoiselles ? De surcroit en prétendant n’être jamais parties ! Si elles ne conservaient aucun souvenir d’escapade, les vidéos, elles, ne mentaient pas. Leur évaporation avait été captée et elles-mêmes avaient pris films et photos sur place sauf que leurs enregistrements démontraient une semaine pleine de séjour à Hawaii. Il fallait tirer cette histoire au clair.
Warrington, méticuleux, réclama l’assistance de Dave afin de tout visualiser et trouver la faille. Mais il était important de savoir ce que les filles avaient réellement vécu là-bas, si – pour une raison ou l’autre – l’une d’elle avait tripatouillé le boîtier.
Martin, désigné contre son gré en opérateur hypnotiseur, se montra à la hauteur. On apprit peu de choses sauf que Miss Fischer devait en pincer pour le beau toubib qui en perdit presque les pédales. Celle qui disjoncta, contre toute attente, fut Nell. La panique totale la saisit quand il lui demanda de se soumettre aussi à l’examen de son subconscient.

Qu’est-ce qui te prend ma petite ? Ce n’est rien de grave, regarde : Toni se porte comme un charme, tu ne risques rien…

Fallait croire que Miss Watts envisageait les choses autrement, même une baffe bien sentie ne la raisonna pas. Au contraire, elle détala pour échouer dans… des bras inattendus.

Majors, Louise ? Ce n’est rien… une crise d’ado. Laissez-nous, ça ira…

Henry n’était pas doué en intuition mais quelque chose lui disait que ça clochait quelque part. Comment diable Louise et son pot-de-colle de neveu apparaissaient-ils de si bon matin pile au moment opportun ?
Cependant, on ne put que se féliciter de son intervention puisque tout rentra dans l’ordre avec chocolat chaud et pancakes. Il y eut bien un instant de flottement quand Miss Watts parla de ses réservations… Nul ne releva, fort heureusement. On passa à autre chose et quelle chose !

… FBI…

*NDD, la sorcière ! Bien fait pour toi, Henry la pauvre cloche ! *

Dupé, retourné de main de maître. Oh, bien sûr tout cela fut enrobé avec grâce et accent de sincérité. Pas à dire, Mrs. Stark était observatrice, pas un détail ne lui avait échappé d’autant que son pseudo neveu avait truffé la baraque de microphones performants.

*Si je cours assez vite, ils n’accéderont jamais au bunker…*

Mais Louise ne le lâchant pas au propre comme au figuré, difficile de fausser compagnie.

… vous avez réussi votre pari contre la science, Henry...et j'en suis émerveillée!

*Ben voyons ! La flatterie maintenant, Judas ! *

Qu’elle promette en rester là soulagea énormément Warrington quoique un doute subsistait encore. Les aveux de Louise sonnaient… pathétiques… étrangement francs. Puis…

… à part de ne pas trop m'en vouloir...pourrais-je jeter un coup d’œil...un simple coup d’œil à votre laboratoire...je jure ne regarder qu'une minute...

On s’était tous levé pour raccompagner la dame et son toutou à la sortie ; la question prit Henry de court. Sa position était inconfortable, comme celui qui se retrouve sur le plateau d’une balance. D’un côté il serait extrêmement fier de démontrer son génie, d’un autre… n’était-ce pas mieux s’enfoncer vers le danger de voir tout saisi par des mains impies ?

Ai-je votre parole, Louise ? Vous ne parlerez à quiconque de ce que vous verrez ?

Elle agréa, on descendit dans le saint des saints.

Vous l’avez compris, c’est d’ici que tout est parti… je n’ai eu qu’une obsession dans ma vie : celle des lignes du temps… nous sommes sur l’une d’elle mais je suis persuadé qu’il en existe des milliers d’autres. Dave s’est porté volontaire pour le 1er essai humain mais cela n’a pas vraiment donné ce que j’escomptais... oui, ce ne fut qu’un déplacement linéaire d’un point à un autre… j’ai affiné : lui et Martin se sont retrouvés en Espagne… les filles c’est différent, en effet. Avec elles, je crois avoir enfin touché le but : un déplacement temporel ! … les ordinateurs apportés par la contribution générale ont permis ce petit miracle…

Louise posait des questions pointues, et Henry parla sans retenue :

Actuellement, nous possédons deux boîtiers de commandes. Au départ, ils étaient indissociables, maintenant, ils sont indépendants l’un de l’autre. La pensée du manipulateur quant au lieu de destination est très importante. Je n’ai pas encore réglé le souci de pensées contraires et n’ose envisager ce cas de figure qui pourrait s’avérer catastro… MAJORS POSEZ CE TRUC !!


Non mais pour qui se prenait-il ce gamin à chipoter partout. Il y eut des aboiements furieux, un vrai chambard, au moment où le neveu déposait la boîte. Surpris, Johnny poussa un des boutons :

NOOOOOOOOOOONNNNNNN !!!

Il avait juste eu le temps d’empoigner la main de Louise pour se sentir comme aspiré par l’écran flou qui se matérialisa, les englobant tous les six dans ses eaux troubles.

… pas de mal, Louise ?

Il avait dû la lâcher, et l’aida à se relever. Un bras protecteur entoura les épaules secouées de l’agent spécial :

Ça déménage, non ? tenta-t-il de sourire.

Le groupe se remit rapidement du déplacement imprévu. Lescot semblait énervé en regardant partout.

… Hawaii ? Encore ? Mais sur quelle île ?

Si l’on était sur la réserve naturelle, il n’était pas impossible qu’aucune construction moderne n’apparaisse. À perte de vue s’étendaient plages et forêts.

En tout cas, il fait très beau ! admit Henry en tombant la veste. Puis-je ? ajouta-t-il en tendant le coude vers Louise.

On se mit en marche sans but précis. Tout parc national digne de ce nom devait disposer d’infrastructures correctes avec téléphone, fallait les trouver.
Les jeunes marchaient en arrière du couple âgé. Très disert, Warrington désirait se montrer enjoué :

Je suis navré de l’abrupt de ce déplacement. C’est un baptême pour moi aussi, voyez-vous. Dès que l’on joindra Majors, je lui donnerai les explications pour nous ramener ou, à défaut, nous prendrons un transport moins… euh, plus classique. En attendant, j’avoue que cette île est très agréable, cela fait des années que je ne suis pas sorti de chez moi…

En effet, mieux valait faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Ils marchaient depuis une bonne demi-heure quand, au loin sur la plage, ils distinguèrent des silhouettes. Malgré la distance, on pouvait déjà juger d’une certaine anomalie vestimentaire chez ces gens hâlés.

Il doit s’agir d’un groupe folklorique, rigola Henry que les tatouages et lances amusaient vus le loin. Cependant, Louise parut très méfiante et, sans un mot de trop, elle fouilla son sac d’où sortit une arme.

Allons, rit Warrington, c’est une mascarade pour faire peur aux touristes…

Sauf que les gars d’en face s’y croyaient vraiment. Avec des hurlements de sauvages, ils leur fonçaient droit dessus. Louise ajusta son tir, un coup de feu claqua. Stupeur partagée. Là-dessus, Nell flanquée de Dave s’avança avec des gestes d’apaisement vers les indigènes pétrifiés sur l’instant mais qui détalèrent rapidement avant qu’un dialogue puisse s’établir.
Apparemment, tous étaient convaincu de ne pas avoir affaire à un comité d’accueil grimé :

… oui, j’ai vu les lances et leurs intentions semblaient malveillantes, mais… Bon, bon, je me range à votre avis. En ce cas… chers amis, (grand sourire) nous avons manifestement sauté dans le temps !

Fallait-il bondir de joie ou s’effondrer de désespoir ? Là-dessus, timidement, Toni exhiba ce qu’elle dissimulait dans son dos. Warrington cilla plusieurs fois d’étonnement avant d’arracher le bidule des mains de l’Allemande :

Quelle merveilleuse initiative, très chère ! On va rentrer !

Empressé, il manipula les manettes pour se décomposer au fil des tentatives :

Pas de jus ! C’est pas possible ! Je parie que Johnny trifouille de son côté, l’imbécile !... désolé, Louise, je maintiens ! Même s’il veut aider, il ne fait qu’envenimer les choses…Ok, Dave, je ne touche plus pour le moment. On verra bien.

Pour voir, ils virent… une délégation respectueuse s’avançait vers eux à pas lents.

On dirait que le tir de notre chère Louise les a impressionnés !

Plus de lances brandies ni de faciès fâchés. Très révérencieux, les autochtones multiplièrent des sortes de suppliques en offrant fruits et eau. Henry ne connaissait rien aux us et coutumes des primitifs mais leur sincérité était parlante. Nell surprit tout le monde en s’essayant à plusieurs dialectes auxquels fut répondu un anglais approximatif. Via interprète, là, assis à l’ombre de palmiers il s’avéra un choc de poids :

… Si Cook est venu il y a peu, c’est que nous sommes en… Seigneur Dieu, en… 1780 au moins ! Nous voilà fins : perdus sur une île antique, à des centaines voire des milliers de kms de toute civilisation. Et ce bidule qui reste muet…

Au moins les locaux restaient… gentils. Ils manifestèrent l’intention de les ramener à leur campement et, puisqu’il n’y avait guère de solution immédiate, autant les suivre.

Je suis navré Louise, tellement navré que vous ayez à subir tout cet inconfort, se désola Henry face aux cabanes du village très rudimentaire.

On leur en octroya une pour eux seuls, déjà ça, où ils firent le point ainsi que l’inventaire de leurs richesses. En tout et pour tout, Henry ne possédait en poche que ses papiers d’identité, une dizaine de dollars, une plaquette d’antiacide pour l’estomac, deux mouchoirs en tissu, des trombones et un briquet. Étonnant de voir ce dont les autres disposaient. De tous, Louise était la mieux nantie grâce à son sac à main. Néanmoins, la situation n’était guère brillante du point de vue des ressources modernes.

Nell, sans te commander, tu devrais aller parlementer avec ces gens, histoire de savoir s’ils reçoivent encore des visites d’étrangers… En fait, je suggère que nous nous séparions jusqu’au coucher du soleil en essayant de dégoter des informations et, peut-être, améliorer notre condition.

Martin entraîna Toni à sa suite pour une courte exploration des environs tandis que Dave escortait Nell à la diplomatie, et que lui-même en compagnie de Louise se chargeait de l’habitat sommaire.

Il nous faut des paillasses… Ah ? Des hamacs ? Ce n’est pas bête du tout, ça évite la vermine du sol…

Bien plus à l’aise que lui, Mrs. Stark le contraignit à le suivre dans des trocs inimaginables avec des femmes du cru.

Nous vouloir tissu… beaucoup… non, plus large…

Hélas, ce qu’ils avaient à offrir en échange ne suffisait pas, mais pleine de ressource Louise proposa d’aller… chasser.

… euh… nous devrions économiser vos balles, chère amie, on ne sait jamais… Ah ? Si vous le dites…

Très sûre d’elle, elle força le pauvre Henry dans la touffeur de la végétation voisine. Qui aurait cru que cette dame raffinée se transforme de la sorte en pisteur averti ? Et pourtant… Après avoir relevé des traces, perçu des grognements, il fut clair qu’elle avait débusqué des sangliers sauvages.

… Co… Comment ? Je reste là et ne bouge pas ? Mais…

Eh oui, elle le planta sur place pour s’embusquer dans un coin, et quand l’animal lui fonça dessus, Henry pensa sa dernière heure venue. La vision d’horreur d’un gros mêle furieux le prenant pour cible le figea de terreur. Il n’y eut qu’une seule détonation suivie d’un tremblement du sol à ses pieds.

Bra… bravo Louise !

Les indigènes rameutés par le boucan célébrèrent l’aubaine à leur façon très colorée en cris et gesticulations. Les hommes ramenèrent en hâte la bête dont s’occupèrent les femmes, et Louise obtint tout le tissu désiré.
La fabrication des hamacs leur prit le reste de la journée, à peine s’ils entrevirent les autres. Souvent Henry pesta car les travaux d’aiguilles et de tissages n’étaient pas son fort. Une fois de plus, Louise le séduit par ses talents. Le soir, autour d’un grand feu, on festoya dignement de sanglier rôti et de ses garnitures. De leur côté, les jeunes n’avaient pas chômé non plus. Si Martin était enchanté par ses trouvailles médicinales, Dave paraissait un peu déçu des informations reçues quoique…

… les gamins jouaient vraiment aux pirates ?... une épave… ?

Tout cela avait l’air très intéressant. Ils verraient le lendemain car la nuit noire ne se prêtait plus à l’exploration. En attendant, on se badigeonna de la mixture à la Lescot contre les moustiques et s’endormit à la va-comme-on-peut en suspension dans la cabane ou au dehors…
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Dave Clayton
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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Jeu 7 Avr - 12:05

Aller, venir! Apparaitre, disparaitre! En principe, la simplicité même...selon Henry, bien entendu! Il contrôlait le tout, son Switch était à toute épreuve. Et eux, simples mortels y avaient crû. Pourquoi pas, finalement? Cela avait plutôt bien marché lors de la virée espagnole...

*Mais et si...?*

Ça le taraudait depuis l'instant même où les filles s'étaient volatilisées. Et il n'était pas le seul,  Martin se faisait aussi, discrètement, de la bile. Ne sachant pas exactement ce qui pourrait se passer, on se jouait tous les scenarii possibles et bien sûr ça ne donnait que du moche, du très moche, de l'affreux même.
En plus, la cuisine n'était le fort de personne et comme quand on ne sait pas se débrouiller comme il faut ce qui devait arriver, arriva avec des conséquences assez inattendues, faut le dire. Faudrait croire que leurs nouveaux voisins s'adonnaient à une surveillance intensive car cette chère Mrs. Stark fut devant leur porte bien avant les pompiers.

*Elle ne perd pas du tout son temps, la dame...et voilà Henry aussi énervé qu'un ado timide!*

Invitation au dîner! On pouvait prendre cela comme un simple geste de solidarité entre voisins mais Dave se doutait un peu que ce n'était pas simplement ça! Mais d'abord il fallut s'occuper de ce cher Henry qui ne payait pas de mine pour ce rendez-vous inespéré. Entre lui et Martin, ils mirent d'aplomb le savant qui à l'heure dite fleurait bon l'after-shave, avait une coupe de cheveux très acceptable et un air de prince souverain dans son nouveau costume.

Allez, tu prends les fleurs, Henry...nous on apporte du vin...et calme toi, je ne pense pas qu'elle aille te sauter dessus d'entrée de jeu!

Eux rigolèrent, Henry un peu moins. En tout cas le dîner se passa dans les règles de l'art et le Dr. Warrington ayant retrouvé ses moyens, s'avéra invité de choix plein de charme dont la conversation prenante aurait pu éterniser l'expérience, mais Martin et lui avaient d'autres idées en tête: savoir comment allaient les filles!

Et c'est là que tout commença à partir en vrille! Sans explication rationnelle à la clé, les filles étaient de retour, en croyant ne jamais être parties. Une semaine de leurs vies était pourtant bel et bien répertoriée dans des vidéos et photos. On ne pouvait pas dire que les misses se soient ennuyées un seul instant mais voilà qu'elles n'en gardaient aucun souvenir.
Dave fut réquisitionné pour visionner les évidences alors que Nell tournait en rond, de mauvaise humeur, alors que Toni, plus pratique s'adjugeait l'épaule de Martin pour lui servir d'oreiller et que Henry cherchait des explications.
La seule à portée de main était celle d'un "génial" aller retour en temps et espace.

*Ouais et avec ça...on fait quoi?*

Ce fut une longue nuit! Et au petit matin Henry avait trouvé une solution simple et efficace...enfin, c'était ce qu'on pensait. L'hypnose! Pourquoi pas après tout? Fouiller le subconscient pouvait donner, parfois, des résultats époustouflants. Martin, le seul à avoir une certaine expérience en la matière fut délégué comme hypnotiseur de service. Toni accepta son sort avec douce mansuétude et parla tranquillement...narrant leur belle semaine de vacances plus un aveu inattendu dont Dave ne comprit pas de suite le sens jusqu'à voir le Dr. Lescot piquer le fard de sa vie.

*Tiens, il ne s'y attendait pas, à ça...*

Inutile de demander à Nell, la seule à voir compris de quoi il en allait, elle était plutôt énervée  et le fut plus encore quand Henry eut la brillante idée de la désigner comme second sujet d'étude.
Et ce fut là quand ça barda pour de bon!

Nell, bon sang calme toi...il ne va rien se..., il fut près de se prendre le pain du siècle, NELL!!!

Et la belle se sauvait, comme biche aux abois. La tactique de la gifle thérapeutique restait à revoir. Miss Watts faisait une gentille crise de nerfs dans toutes les règles de l'art et ça n'aurait pas été plus mal si celui qui parvint à la retenir n'avait été autre que le neveu de la voisine avec des airs de protecteur à en tourner le cœur, du moins celui de Dave qui était vert de jalousie... mais ne le savait pas encore!

La suite à elle seule mérite chapitre à part, mais on va faire en sorte d'entrer le plus vite possible dans le vif du sujet. Bien entendu, comme par art de magie, on avait à nouveau la voisine sur les bras, accompagnée de son pot de colle de neveu, qui, une fois certains détails mis au clair n'était pas plus son neveu que parent quelconque mais autant agent du FBI qu'elle.
Pourquoi rigoler comme un malade dans une situation pareille? Dave n'aurait su le dire mais cette tournure lui sembla très amusante...et vraisemblable puisqu'elle expliquait pas mal de choses! Tous comptes faits, ils n'avaient absolument rien à se reprocher, n'avaient manqué à aucune loi et ne représentaient aucun danger pour la nation, à moins de considérer l'invention d'Henry comme tel!

*Ben dites donc...et maintenant on a la FBI sur le dos!*


Mais non voyons! Si on croyait aux aveux sentis de l'agent spécial Louise Stark, l'enquête en finissait là, le dossier Warrington passerait à l'oubli et on n'en parlerait plus jamais. Qu'elle ferait pénitence au besoin pourvu de se faire pardonner, le tout tourné avec tant de charme et savoir faire que le grand homme tomba dans le panneau sans faire trop de chichis.

*Elle l'embobine et lui...* Oui, j'ai pigé, Martin..., murmure discret à l'adresse du toubib qui voyait venir le pire.

Nell, toujours un peu à l'ouest, n'était pas de grande aide, par contre Miss Germany veillait au grain et subtilisa un des "bidules", juste à temps avant que Majors, l'ex-neveu agent du FBI ne s'intéresse à l'autre et signe, en deux temps trois mouvements, avec l'aide d'Oscar et de ces fichus chats, leur perdition...

Et voilà comme on peut se retrouver à des lieues de son chez soi sans avoir rien fait. Enfin, dire des lieues est encore rester dans un certain optimisme, parce que là...

Hawaï ? Encore ? Mais sur quelle île ?, voulait savoir Henry.


Aucun repère connu, à part les montagnes mais on en trouve des semblables dans tout l'archipel. Dave n'en savait pas plus. Il avait beau être venu en vacances aux îles du soleil mais n'était aucun expert. Bien sûr, là, ils se trouvaient sur une de ces plages sans fin, baignées par une mer d'azur, avec des gracieux palmiers...et c'est tout! Pas une âme en vue, ce qui dès le premier abord résultait suspect...

On est peut-être sur l'île où étaient Nell et Toni...ce n'est pas l'endroit le plus couru...*Mais quand même...au moins une petite pancarte d'information!*

Or, il n'y avait rien de rien, du moins pendant un bon moment, pendant lequel ils vaquèrent dans l’espoir de tomber sur un indice quelconque!
En fait, en lieu d'indice, ils tombèrent sur un groupe d'autochtones pas trop amicaux, chose étrange, que Mrs. Stark se chargea d'épouvanter en bonne et due forme avec un coup de feu en l'air.

*HEIN!?*

Surtout se garder les commentaires, pas positifs du tout. Parce que là, avouons, ce n'était pas trop la joie!
Peu après, on avait déjà fait un petit bout de balade contemplative, les natifs firent leur réapparition en mode pacifique cette fois... Nell la plus débrouillarde en questions linguistiques fut chargée d'essayer de s'entendre avec ces bonnes gens et ce qui en ressortit n’était pas exactement facile à digérer:

Si Cook est venu il y a peu, c’est que nous sommes en… Seigneur Dieu, en… 1780 au moins ! Nous voilà fins : perdus sur une île antique, à des centaines voire des milliers de kms de toute civilisation. Et ce bidule qui reste muet…

Dave ne dit pas grand chose pendant un moment parce qu'il était absolument estomaqué et avouons qu'il avait des bonnes raisons!

*Perdus en temps et espace...sans rien...ça m’apprendra à suivre des idées farfelues...*

Oui, du coup, Dave avait envie de se plaindre, de gémir et envoyer au diable certaines personnes mais il était plus qu'évident que cela n'arrangerait rien...surtout que les filles prenaient la chose plutôt bien, surtout Nell, qui, esprits repris en beauté, démontrait ce qu'elle valait en situations d'urgence.

Suis juste écrivain...pas Indiana Jones!, et de suite après, pour se rattraper, mais tu peux compter avec moi...ouais, tu l'as dis...au moins suis plus grand que le comité d'accueil!

La suite ne fut pas triste. En fin de comptes ils étaient bel et bien égarés dans le temps mais ça aurait pu être pire. Il faisait bon, le paysage était bluffant, les gens, finalement assez accueillants et il y avait certainement plein de trucs à faire pour survivre au Paradis.

Comme trouver un trésor pirate, par exemple! Ce genre de situation, c'est bon pour les romans, dans la vie normale. Là, cela semblait un peu moins surprenant.

Nell, tu as vu avec quoi jouent les gosses?...Pas de billes, voyons...pas fin du 18ème siècle dans ce coin de monde...c'est même pas rond!

On palabra gentiment avec les petits hawaïens qui ne virent aucun inconvénient à leur monter leurs jouets, menant leur sympathie jusqu'à leur indiquer où ils les avaient trouvés.

Ce sont des pierres précieuses...Mon Dieu, on est tombés vraiment sur un trésor...*Pour ce qu ça va nous servir...un championnat de billes précieuses?*

Et pendant ce te temps, très loin de là, dans toutes les assertions de loin, John Majors désespérait. Et il désespérait pour de bon, le brave gars, se sentant coupable de...tout, en commençant par la disparition de sa chef bien aimée en compagnie de cette fournée de fous inconscients.
D'abord il dut se défaire de la menace poilue qui avait déboulé si opportunément. Et ce ne fut pas une mince affaire! Après, les nerfs en boule se pencher sur le problème en soi. Le Grand Problème!
Sans faire exprès il avait mis en marche l'invention de Warrington, eu la confirmation de sa capacité et maintenant il devait trouver comment faire marche arrière, ou avant, pour ramener tout le monde à bon port.

Facile à dire...fou ou pas, ce type est un génie!!!

Majors  oublia le boire et le manger tout à son analyse exhaustive de la situation, du "bidule", des ordinateurs travaillant à plein régime. Il n'était pas né sot, Dieu merci et son diplôme du MIT le prouvait. Si quelqu'un pouvait venir à bout de cette géniale embrouille, s'était bien lui.

*Je dois bien ça à Mrs. Stark...elle est si spéciale...*

Et il y tomba dessus, sur l'algorithme retors et soudain commencèrent à s’émettre son et images.

Seigneur...suis dans les Tunnels du Temps!!!...Allo! Vous m'entendez!?...*ils devraient...leur appareil s'est enfin connecté!*...Ici, Majors...parlez s'il vous plait...je sais où vous êtes....je vais faire au mieux pour vous ramener...

Pendant ce temps, deux siècles et quelques plus tôt, quelque part dans l'archipel hawaïen...

Après une nuit passée dans des hamacs rudimentaires, le groupe de naufragés du temps...exultait! Le Switch que Toni avait subtilisé avait soudain commencé à émettre des signaux. Dave avait raté l’événement trop occupé à faire de la plongée en apnée pour trouver le trésor englouti, ce qui ne lui prit pas trop de temps vu qu'il se trouvait dans une épave quasi à fleur d'eau gisant dans le lagon. En d'autres circonstances, avec un autre équipement, l'écrivain aurait pu ramener la totalité du butin, là il se contenta, avec Nell, qui plongeait avec lui, de se remplir les poches...

*Juste pour le troc...et le plaisir des yeux!*

La nouvelle du contact les attendait à leur retour au village.

C'est génial, Majors nous a retrouvés on rentre à la maison...Ça nous aura fait des mini vacances aventures...Oui avec Nell on a pris ce qu'on a pu, il y en a beaucoup plus mais on n'en a pas besoin...euh! Calcul rapide...quelques millions cours 2015...là, c'est bon pour jouer aux billes avec les petits gars du coin!

On rigolait encore de bon cœur quand tout bascula!

Radical changement de décor!

Pardon mais je crois que Majors s'est encore gouré...ceci n'est pas le labo d'Henry!

Trois minutes plus tard, ils savaient où les avait menés le fameux "bidule".

Encore en Normandie!?...Ma parole, c'est une fixation chez toi, Henry...mais ça ne ressemble pas au bled de ma première fois!

Martin qui connaissait la région, tout autant que le Dr. Warrington, ne tardèrent pas à reconnaître les lieux, mais il fallut très vite se rendre à l'évidence que d'aucune façon ils ne se trouvaient en 2015, alors là pas du tout...

9 Avril 1912!?, s'écria Dave en lisant la date du journal que lui tendait Nell, on est encore...

Perdus dans le temps! La seule chose qui restait à faire est essayer de fondre dans le décor en attendant que le cher Majors fasse de son mieux. On ne fut pas près de s'ennuyer pendant les heures suivantes. Menée de main de maître l'opération ressembla vite à une partie de plaisir. Un port comme Cherbourg, à cette époque, offrait quelques options intéressantes et ils en tirèrent parti. Louise Stark se chargea d'échanger quelques pierres précieuses contre la monnaie courante de l'époque ce qui les nantit d'une gentille petite fortune, permettant ainsi de prendre des allures "d'actualité" au lieu de se balader en jeans et baskets...

Ils se remettaient des émotions du jour dans le meilleur restaurant du coin quand...

Mon cher David Jonathan Clayton...mais quelle surprise de vous trouver ici!

Retourné tout de go, Dave fit face à un monsieur, pour lui inconnu au bataillon.

Je vois que vous ne me remettez pas trop, dit l'inconnu en souriant, c'est vrai que nous ne nous sommes rencontrés qu'une seule fois...à Paris...il y a quelques jours...Je suis le vicomte de la Roche.

Oh, enchanté...*David Jonathan Clayton était mon arrière grand-père!...c'est vrai qu'on dit que je lui ressemble mais...* mais oui, mon cher vicomte...on s'offre une petite virée...le pays est enchanteur!
Il entendit Nell pouffer discrètement, sans doute sa prestation n'était pas des meilleures mais tant qu'à faire.

En effet, poursuivit de la Roche d'un ton guindé, c'est charmant...mais que ne fait-on pas pour avoir le plaisir de s'embarquer dans le plus beau paquebot de tous les temps?

*Quoi!?*

L'expression des autres fut tout un poème de ravissement.

Non!...Vous n'y pensez pas!!! Vous êtes dingues!!!, marmonna t'il à leur intention sans en tirer rien de valable alors que M.le Vicomte les regardait d'un drôle d'air, c'est que...on a volé tous nos bagages...documents...tout! N'est ce pas déplorable!?

Oh. mon Dieu...en effet...déplorable, vous le dites mais rien qui ne puisse pas s’arranger, mon cher ami...y a t'il des impossibles pour un des hommes les plus riches des USA?...Votre seule parole est une garantie suffisante!

*Ah bon? Ben dis donc...on raconte pas tout en famille!*...Enfin, je ne vois pas en quoi cela nous aiderait à...

 Ben cela aidait beaucoup! L'enthousiasme du Vicomte, la fortune des Clayton, le charme des uns et des autres...l'envie de s'y trouver, de vivre l’expérience ultime...

*Et pour ultime, elle peut l'être, plus que sûr...*

Mais le regard éblouissant de Nell sous son fabuleux chapeau valait tous les risques du monde.

*Ouais...au cas où, elle a plus de chances de s'en tirer que moi...enfin, c'est peut-être ce qu'elle veut!*

Louise Stark resplendissant, très grande dame au bras d'un Henry transformé en parfait homme du monde. Toni était ravissante en costume d'époque escortée par un Martin qui donnait très bien le look de lord anglais quant à lui...selon Nell il avait un petit air emprunté mais royalement suffisant qui collait très bien à l'image qu'on pouvait se faire d'un homme de l'Alaska, riche à millions...

*Veux pas vraiment savoir ce qu'elle veut dire avec ça!* Attention, ma chérie...avec la marche! Pas question de se casser la figure avant le début de la fête, non!?


Elle l'octroya d'un de ses regards aigus et d'un coup d'éventail. Il l'avait présentée comme son épouse et elle ne semblait pas trop agréer.

Fallait faire simple et vite...que veux-tu?....Toni n'est pas fâchée, elle...pas plus que Mrs. Stark...tu voulais te trouver ici, non...et bien t'y voilà, ma toute belle...Bienvenue à bord du Titanic!!!...Tu sais quand même que si cet imbécile de Majors ne nous tire pas de là on est bons pour le bouillon...dans deux jours...et si mon arrière grand père se noie...je ne serai jamais de ce monde!

Ce qui pour les effets semblait être le moindre des soucis de la belle et du reste d'ailleurs, trop pris à profiter de l'extraordinaire aubaine. Dave lui, inspectait les canots de sauvetage...
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Nelly Watts

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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Jeu 7 Avr - 17:11

Sa réaction avait été démesurée, Nell en était consciente. Peut-être en avouerait-elle les raisons un jour, peut-être pas. Un fait demeurait : il était clair que Johnny et Louise ne s’étaient pas trouvés là par pur hasard. De plus, leur sollicitude leur donnait un parfait prétexte pour s’incruster, ce qu’ils ne manquèrent pas de faire, sauf que le déballage auxquels les quatre collaborateurs eurent droit fut… renversant.

*On est foutus !*

Tout compte fait pas tant que cela, car les agents du FBI semblaient plus curieux qu’autre chose et sincèrement désolés de les avoir dupés.
Ce fut un réel soulagement de les voir s’apprêter à vider les lieux sans avoir appelé la cavalerie ni de les avoir menottés.

On n’a rien de grave à nous reprocher, souffla-t-elle à Toni qui, dans l’essentiel avait pigé l’intrigue et s’en trouvait marrie. *Rien d’autre qu’une invention révolutionnaire pour l’humanité…*

Pas besoin de discuter avec les autres pour comprendre que Henry sacrifierait l’œuvre de sa vie plutôt que de la voir tomber entre de mauvaises mains. Celles de Louise étaient fines autant que lénifiantes puisqu’elle parvient à se faire introduire au cœur de l’affaire. Il était clair que malgré les paroles pommadées de Mrs. Stark, la méfiance restait de mise. Aucun coup fourré ne vint cependant entraver la visite de courtoisie au laboratoire sauf que :

Noooon…

Et hop, un vol pas trop plané dans une contrée étrange. Cela ressemblait à Hawaii mais… pas celle de leur époque. Ils le surent après une rencontre mouvementée avec des autochtones qui s’enfuirent sur un tir en l’air de Mrs. Stark. La seconde entrevue s’avéra plus amicale. Nell parvint à piger l’anglognol de ces gens tout en les rassurant sur leurs intentions pacifiques.

En gros, résuma-t-elle ces palabres, ils n’aiment pas beaucoup les visages pâles. Ils auraient flanqué une dérouillée au… capitaine Cook… il y a peu…

Pour Toni, en allant vers le village des indigènes, elle confia :

On a du bol d’être habillés autrement que les anglais du 18ème et le colt de Mrs. Stark les a très impressionnés. On affichera quand même profil bas, ok ?


Le logement proposé était des plus rudimentaires, on y entra en plissant le nez.

Pas l’hygiène qui les étouffent mais restons pratique : vidons nos poches, s’il vous plait.

Pas génial l’inventaire. Soupirs généralisés. On se sépara en groupes de 2 pour améliorer le quotidien. Hériter de Dave ne surprit pas trop Nell :

*Un gars avec une fille… le « fort » et la « faible »… vieille rengaine…*

La tâche qui était dévolue à leur couple était banale : fraterniser avec les autochtones, référencier les ressources, voir si contacts externes possibles.
En ayant la nette impression de parler dans le vide, Nell pensa tout haut :

On a quasi rien sur nous… Henry ne sait pas faire fonctionner le bidule dérobé par Toni… Majors est probablement en train de mettre le bordel dans le labo voire le faire inventorier par des impies… Les gens d’ici sont sympas pour le moment mais on doit assumer notre bouffe… on devrait pouvoir moderniser l’endroit, donner des techniques de pêche, de cuisson, de santé mais si on voit un jour un bateau passer, faudra du fric ou, du moins, un bon truc pour payer le voyage…

Comme trouver un trésor pirate, par exemple!

Euh… le soleil t’a déjà frappé le crâne ? Je peux te tresser un chapeau, si tu veux.

Nell, tu as vu avec quoi jouent les gosses?

Ils avaient traversé le village où les enfants pullulaient vers la plage. Là, un petit nombre jouait aux billes sauf qu’il apparut que cela n’en n’était pas du tout.

Toi vouloir montrer ça moi ?

Gestes et paroles à l’appui, il sembla que Dave eût raison : les gosses jouaient avec des pierres précieuses ! La direction de la manne se donna très facilement, on y courut en échafaudant mille projets. Le repérage effectué, le couple rentra au campement assez satisfait de sa trouvaille même si, pour l’heure, elle ne servait strictement à rien. Les hamacs conçus par Louise furent agréés par tous, la mixture antiparasitaire de Lescot moins du fait de son odeur infecte.

Je dors dehors. Ce répulsif est certainement efficace : il pue tellement que pas une bestiole ou humain n’approchera à 1 km, déclara Miss Watts en tendant sa toile entre deux arbres. Martin, désolée de te le dire : t’as le chic de la puanteur.

Au matin, Dave désira plonger. Nell fut immédiatement partant car un bain serait souverain au remugle à la Lescot. Pas de maillot de bain ? Bah ! Slip et soutif faisaient un beau bikini avec lessive inclue. Dave nageait comme un poisson, un très joli poisson du reste. Ils en croisèrent pas mal aux abords et dans l’épave du trésor. Car c’en était bel et bien un qui flottait là entre deux eaux. Prévoyante, Nell avait emporté des petits sacs confectionnés dans les excès de la toile des hamacs. Qu’importe l’utilité directe ? Quel aventurier n’a pas rêvé d’un jour tomber sur un trésor englouti ? Pierres précieuses, vieil or, bijoux… une folie de sentir cette richesse sous ses doigts. Pas que Nell n’y soit pas habituée vu le passé de son paternel mais c’était très… différent.

Quand j’étais petite, j’embêtais tellement papa à vouloir toucher les diamants qu’il a cassé exprès un petit lustre en verres colorés et l’a dispersé dans le jardin. J’y ai passé des heures à sortir chaque fragment du sol : c’était mon trésor à moi.

Ce n’est qu’en rentrant avec la provende qu’ils apprirent que le boîtier avait émis des lumières prometteuses :

Ça fonctionne ? Johnny s’est manifesté ? Qu’est qu’il va… ?

Son « faire » se perdit dans un éblouissement qui les saisit tous.

Pardon mais je crois que Majors s'est encore gouré...ceci n'est pas le labo d'Henry!

Alors là, pas du tout. Il faisait gris et froid sous ces cieux où ils se bousculèrent les uns sur les autres dans une ruelle sombre. Nell, encore humide de ses plongées, grelotta :

Faut s’abriter…

Quelqu’un imposa le silence, histoire d’écouter les alentours. Cela causait parfois en braillant dans diverses langues d’où émergeait le français. Le nom de Cherbourg revenant plusieurs fois, l’évidence s’imposa.

*J’irai revoir ma Normandie… Satané Henry !*

Sortir de la ruelle dans leur accoutrement des îles demanda de la ruse. Warrington et Martin se désignèrent comme pionniers, laissant les filles sous l’égide de Clayton.

*C’était un soir bataille de réchauffen…*

Cette vieille chanson scout revint naturellement en tête à Nell qui battait le pavé de ses pieds afin d’y ramener un semblant de circulation sanguine, imité en cela par ses compagnons sauf que les bras de Dave étaient vraiment au top mode réchaud. Du coin de l’oeil, la jeune américaine avisa une poubelle d’où émergeait une sorte de journal qu’elle lut rapidement en suspendant son envie initiale de l’enflammer :

Misère ! Voyez la date de ce truc !

Peu après, les espions revinrent avec des confirmations sidérantes.
La date turlupina Nell. Vaguement, cela lui évoquait des souvenirs historiques mais elle la boucla autant que les autres sur la triste page qui, en principe, n’allait pas tarder à s’ouvrir.

Ecoutez, je sais pas ce que Majors a fabriqué mais on est dans la merde. Les primitifs, va et passe. Là, on est dans une certaine « civilisation » et... franchement, on ne fait pas couleur locale. Si on sort ainsi, la maréchaussée va nous cueillir illico.

On fouilla donc les rebuts à la recherche de nippes passe-partout car il était hors de question de dépouiller le premier quidam à portée. Louise dénicha une robe un peu moins moche que les autres et décida de se fondre dans la populace afin d’y écouler quelques pièces du butin de l’épave du 18ème siècle. En attendant son retour, sapés à la va-comme-on-peut, on osa pointer un nez curieux à la faune voisine.
L’ambiance semblait à la fête dans ces abords. Vendeurs de journaux, de galettes, de poissons, de souvenirs… il y avait de tout. Endimanchés ou aussi décrépits qu’eux, des badauds circulaient en proposant aux promeneurs attractions, dégustations ou… billets de transports…

Toni pince moi ! Je viens de lire Titanic… c’est un cauchemar, n’est-ce pas ??

Son expression valait mille mots. Le groupe réintégra la ruelle peu avant le retour triomphal de Louise qui leur fourra en main des espèces en usage actuel.

Super! s’exclama Nell. Toni, Louise, on va dévaliser les boutiques repérées. Messieurs, on se retrouve au restaurant entrevu tantôt dans trois heures ! Réglons nos montres…

Marie-Jeanne Dupont en avait déjà vu de toutes les couleurs dans sa boutique de modiste mais jamais à ce point. Qu’est-ce que ces culs-terreuses venaient y faire ?
Droite comme un I, elle toisa les insolentes de haut en bas.

*Plus dédaigneuse, tu meurs…*

Louise, rodée à entuber plus rebelle, charma de son mieux la modiste que Nell acheva en patois :

On a la tune, tu nous nippes ou on va chez ta voisine.

Sésame ouvre-toi… Les filles s’amusèrent grandement en remplissant des petites valises de fringues bon chic bon genre. Essayer chapeaux, gants, ombrelles, manteaux était tordant. Elles se seraient crues au théâtre des accessoires. Pour les robes, elles regimbèrent avec les corsets proposés.
C’est en nage mais bien payées que les employées se réjouirent du départ de ces drôles de clientes.

Le restaurant réservé était bondé d’une clientèle raffinée. Nell dut se fourrer le poing en bouche pour ne pas hurler de rire devant le trio des mâles qui les attendait. Ils étaient choux ces gars en tournure anciennes. On en rigolait en dégustant des fruits de mer très frais arrosés de vin savoureux quand un gêneur s’imposa :

Mon cher David Jonathan Clayton...

Et blablabla. Irrésistible de voir Dave patauger avec le vocable pincé d’un Américain exilé en Alaska et retrouvé inopinément en ce lieux.
Le plus « comique » qui ne fut pas du tout, compte fait, est que le gars qui confondait Dave avec son arrière-grand-père était persuadé que ce dernier voulait s’embarquer sur le par trop sinistrement célèbre Titanic en rade de Cherbourg le lendemain.

*Pas ça ! On peut pas !...*

La tête des autres en dit long. La pirouette de Dave fut géniale :

c'est que...on a volé tous nos bagages...documents...tout! N'est-ce pas déplorable!?


Nell avait vu, ainsi que des millions de spectateurs, un film inoubliable. De plus, elle était directement concernée par la tragédie qui frapperait les esprits pendant plus d’un siècle. S’en mêler ? Empêcher le drame ? Vivre une expérience unique ?? Finalement…

*Accepte, Dave…*

Cela se confirma. Le vicomte allait arranger leur voyage vers New-York en firth class sur le rafiot le plus ruineux de cette époque.

Trois appartements, deux auraient suffi, non ? Pas à dire, ton ancêtre valait de l’or !...

Il fallait qu’elle soit à bord, elle le savait, le sentait. Alors, accepter de porter le nom de Mrs. Clayton, même si dur à avaler passa, non sans rogne.
Fou ce que Dave était marrant avec ses airs de Dandy d’un autre âge. Il faisait de son mieux pour paraître dans son rôle et y parvenait avec quelques rappels à l’ordre type tape d’éventail. Mais celui qui semblait le plus à l’aise était sans conteste Martin. Le haut-de-forme lui seyait et, au bras d’une Toni pâmée de tant de splendeurs, il correspondait au british grand bourgeois supposé. Henry flanqué de Louise en robe tendance et fourrures ne dépareillait pas non plus.

Comment peut-on se trimbaler en jupes aussi longues avec un jardin planté sur le crâne ? pouffa-t-elle à une Toni empêtrée aussi bien qu’elle dans son accoutrement.

La suite…
L’emplacement était de choix, à peine si l’on ressentait les vibrations des moteurs sur ce pont B. Ornée en style Louis XV, chêne sculpté, moulures et faïences avaient de quoi tourner la tête.

Pince-moi, Dave. Je peux pas y croire. Tout est si…

On avait rapidement fait de nouvelles courses avant l’embarquement, histoire d’avoir des tenues appropriées à toute heure du jour comme la bienséance l’exigeait. L’escale ne devant durer qu’une heure trente, pas question de la rater ni d’arriver pouilleux. Les malles furent déposées par un personnel très stylé que l’on rémunéra largement une fois les vérifications des cartes effectuées. Beaucoup de littérature les attendait, une sorte de vade-mecum sur les us et coutume à bord. On verrait cela plus tard.
Tous s’étaient ensuite regroupés au bastingage afin de dire adieu à Cherbourg.
Dans la nuit, éclairé de tous ses feux, le plus grand navire de l’époque largua ses amarres. Des cris joyeux fusèrent aussi bien du haut des ponts que du bas de la rade, des mouchoirs s’agitèrent. Nell sortit un des siens mais se contenta de s’en éponger discrètement les yeux. Tant de ces gens plein d’espoir couraient à leur perte sans s’en douter le moins du monde…

Le teint de John Majors vira au vert lorsqu’il visualisa sa bourde. Oui, il avait un peu bidouillé les ordis de Warrington en étant persuadé avoir apporté des améliorations. La preuve n’en était-elle pas les images qu’il recevait ? Lorsqu’il avait enclenché la manette, il était convaincu ramener les voyageurs à bon port. Sauf qu’en fait de port, ce n’était pas, pas du tout celui prévu.

Qu’est-ce qu’ils foutent là ??? Où sont-ils vraiment ?

L’environnement entrevu le laissa sur sa chaise.

Calme-toi Johnny. Ce n’est pas parce qu’ils sont à Cherbourg le 9 avril 1912 qu’ils vont y rester.

Il s’inquiéta pour de bon quand ses recherches sur cette date lui signalèrent que le Titanic allait y faire escale le lendemain.

Nom de Dieu !

Il les avait suffisamment espionnés pour les savoir déjantés au point de commettre n’importe quelle bêtise.

Non, non ! Ils ne vont quand même pas embarquer !!!

Eh si ! Décomposé, Majors vécut leurs préparatifs pour la traversée la plus marquante de l’époque.

Les oscilloscopes s’agitaient énormément près de lui. Qu’est-ce que cela signifiait ? Cela faisait des heures qu’il travaillait sans relâche et se sentait vidé. Pourtant, s’il avait réussi à les voir et que cela continuait c’était que rien encore n’avait été endommagé. Serait-il possible que… ?

Les lumières de la rade s’estompant au loin, les passagers refluèrent en bon ordre vers le grand restaurant ou en cabine. Nos amis ne désirant pas attirer l’attention immédiatement optèrent pour la solution du dîner privé. La même question démangeait leur langue. Nell lança le débat aussitôt le room service remercié :

Que va-t-on faire ?

Comme prévu, chacun se lança dans ses hypothèses au point que, rapidement, on ne s’entendit plus.

ASSEZ ! ASSEZ ! cria Nell en agitant une clochette en argent posée là Dieu sait pourquoi.

Le calme rétabli, la jeune fille soupira :

Faudrait quand même réfléchir posément. Allons-nous oui ou non avertir ces gens ? Henry, si j’ai pigé quelque chose aux trucs temporels, si l’on modifie ne fut-ce qu’un cheveu ici, on risque un paradoxe, non ?? … en fait je pense que le paradoxe est déjà en place rien que par notre présence ici, maintenant.

La discussion reprit bellement. Dans tous les cas de figure, il s’avéra que personne ne pouvait concevoir l’ampleur réelle des dégâts causés par leur simple apparition.

… Si ça tombe, on va crever ou être secourus mais le monde tel que nous le connaissons risque d’être changé à jamais…

Hélas, ils ne disposaient d’aucun moyen immédiat de le savoir. Même si énervés, les six voyageurs n’en perdaient pas pour autant l’appétit. Le menu du chef était à tomber. Aucun n’y résista. Saumon sauce mousseline aux concombres, filets mignons Lili, ou côtelettes d’agneau avec garnitures abondantes, le tout suivi par une desserte remplie de pâtisseries, les combla.

Tant qu’à faire, autant profiter de ces moments fabuleux. Si je me rappelle bien du déroulement de ce naufrage, on fait une ultime escale en Irlande demain, n’est-ce pas ? Puis direction New-York… En principe. … je me demandais… ne pourrait-on pas créer une avarie majeure pour empêcher ce rafiot de poursuivre ?

Henry répliqua un truc sur l’inévitable, ce qui était écrit l’était, etc.

On sert à quoi, alors ? Autant débarquer de suite, non ?

Et ce fut reparti pour un tour de conversation au bout duquel une Nell exaspérée avoua :

J’étais contente d’être ici, c’est vrai d’autant que je… je suis impliquée… Mon grand-oncle est à bord… je… je voulais m’assurer qu’il reste en vie, c’est ça ma motivation. Et la vôtre, quelle est-elle ?

L’un dans l’autre, les uns croyaient au destin, les autres aux desseins impénétrables de Dieu ou simplement à la fatalité.
On en était là quand il se produisit une étrange secousse.

C’est pas l’iceberg, il est trop tôt pour que…

En effet, à part une vibration et des aléas de l’électricité, tout sembla parfaitement normal sauf la nappe où, entre les assiettes et plats vides, se trouvait maintenant un objet anachronique.

Une tablette numérique, mais… ?

Majors exultait. Cela avait fonctionné. Son raisonnement avait été simple : si six personnes pouvaient voyager, un portable le pouvait aussi. Le leur envoyer était un jeu d’enfant. Bien sûr, il ne fallait pas s’attendre à ce qu’ils savent le brancher sans réseau en place à leur époque. Mais ils pourraient enfin communiquer… du moins, il l’espérait. Pour ce faire, un billet résumant l’affaire et ce qu’il escomptait d’eux fut joint au colis.

Henry et Louise furent les 1ers à comprendre ce qui se passait. Mrs. Stark s’empara du mot sur lequel elle avait reconnu l’écriture de son « neveu ». Elle le lut à haute voix.
En gros, il s’agissait d’instructions à suivre pour communiquer avec le 21 ème siècle. La batterie avait supporté le choc du transfert et, bientôt, des doigts fébriles frappaient les touches.
L’enthousiasme initial retomba vite. Majors n’arrivait pas à les rapatrier mais pouvait les déplacer à nouveau si on lui donnait le feu vert.

NOOON ! dit Nell. En tout cas moi, je ne quitte pas le navire avant de m’assurer que mon grand-oncle Joe sera sauf. Louise, sans vous commander, demandez à John si quelque chose a changé sur les infos actuelles concernant le naufrage du Titanic…

C’était logique, non ? Si leur présence créait un paradoxe mais que l’histoire dont ils étaient tous issus suivait son cours, ils pouvaient se permettre un millier de choses !

Débordant de joie de communiquer avec sa patronne adorée, Majors comprit les inquiétudes des voyageurs. Immédiatement, il lança Google qui confirma ce que tous savaient : le Titanic avait bel et bien coulé la nuit du 14 avril 1912. Donc, jusqu’ici, aucune fracture du continuum temporel n’apparaissait.

C’est formidable ! jubila Nell. Ce que l’on fabrique n’influence pas du tout notre ligne à nous !! On en fabrique juste une autre sur laquelle des milliers d’âmes pourraient être sauvées !

Tollé général.

…ok, ok, je comprends vos inquiétudes. On n’a pas encore réalisé du grandiose, bouleversé la donne, et si on, pardon, si je me trompe nous pourrions vraiment être dans la merde… Vous permettez que j’écrive à John ?

Nell s’appliqua :

Johnny, c’est Nell. Pourriez-vous nous transmettre la liste exacte de tous les rescapés recensés de ce rafiot ? C’est important, merci.

Quelques instants plus tard, une longue liste s’établit. 706 noms à recopier, la nuit y passa.

Il faut, vous comprenez, il faut s’assurer qu’au moins tous ces gens s’en sortent… bien sûr Dave ! Sauver tout le monde serait mieux mais, par prudence pour notre avenir à nous, très égoïstement pensons à ceux-là d’abord, ok ?

On remercia Johnny en promettant de le contacter en cas de besoin ou l’inverse.
Ils étaient tous claqués mais tant de perspectives s’offraient à eux qu’ils n’écrasèrent qu’une paire d’heures ensemble dans la même suite.
Réveil en fanfare…

A-t-on idée d’annoncer le tit dej au clairon ? grommela Nell en se frottant les yeux.

Et pourtant…
Les dames s’offrirent le luxe des salles de bains privées sachant que la majorité des passagers faisait la queue devant les communes.
C’était si extraordinaire ! Peut-être que la baignoire où elles se succédèrent avait été « chipée » à une victime ou une rescapée ? Elles n’en savaient rien et s’en fichaient se concentrant sur leur toilette afin de ne pas dépareiller ne créer d’incidents.
D’ordinaire, les dames ne se montraient le matin qu’en tailleur long surmonté d’un manteau plus ou moins épais pour se promener. Elles vérifièrent mutuellement leurs coiffes avant de se lancer à la recherche des messieurs qu’elles aperçurent dans la coursive. Sans façon, Nell accrocha le bras de Dave :

Monsieur mon époux a-t-il bien dormi ?

Il rigola en lui assurant que oui mais aussi bien travaillé. Le personnel n’avait pas rechigné moyennant quelques pièces, à fournir la liste des passagers. Quelques comparaisons s’imposaient mais on avait le temps…
Le passage à la salle à manger fut mémorable. Située au pont D, ce gigantesque ensemble de 1000 m2 en style jacobin était décoiffant. Leur table pour six était prête à satisfaire leur moindre désir.
On discuta de stratégie. Tous étaient d’accord de tirer le diable par la queue sauf qu’un bon tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Toni, qui ne ratait pas une miette du repas ni de la conversation les ébahis tous en provoquant un incident très inattendu. Qu’inventa-t-elle ? A elle de le narrer. Quoiqu’il en soit, dès les affaires calmées, on se précipita dans la suite demander à Majors si quelque chose avait changé chez lui.

Non ! Il répond non ! Alors, mes amis : sauvons le Titanic !!!


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Toni Fischer

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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Jeu 14 Avr - 12:42

Quelle histoire de fous! Toni ne s'en plaignait pas trop même si là, ça commençait à bien faire. Que tirait-elle au clair de tout ça? À part le fait de s'être vraisemblablement égarée dans les méandres du temps avec Nell, pas grand chose à vrai dire. Oui, les explications fusaient, dans l'énervement général, à des vitesses effarantes qui ne lui permettaient pas de tout comprendre. Apparemment, elle en avait dit, des choses, sous hypnose. Personne ne prit le temps de lui faire un résumé de ses dires mais Martin avait l'air un peu gêné, Dave semblait se marrer, Henry gambergeait en rajoutant une couche et voilà que Nell devenait dingue.

*Pitié...qu'ai-je raconté?*

Pas le temps de se pencher dessus, il fallait courir après Miss Watts qui prenait la poudre d'escampette et finissait dans les bras de John Majors, qui suivi de sa chère tante, se trouvait opportunément sur le chemin de la fugitive.

*Il risque la peau, celui-là et c'est Dave qui va la lui faire!*

Elle en aurait rigolé si la circonstance n'avait pas été presque dramatique. Ce qui avait de bon est que Martin n'avait pas lâché sa main.

*Ouais...il a peut-être peur de me voir déguerpir aussi...*

La suite fut gentiment confuse et comme point d'orgue de ce petit matin hasardeux la voisine sympa avoua être agent du FBI, tout autant que son neveu qui résulta ne pas l'être...neveu, s'entend.
Ce que Toni savait sur le FBI, elle le tenait des films et série TV, ce qui donnait une image assez faussée de la réalité. En tout cas, l'affaire ne semblait pas bien grave. Personne ne se trouva face au mur, menotté ni menacé par une arme...en fait on finit en mangeant des pancakes et assistant à une scène de charme entre Mme. l'Agent spécial et ce cher Henry qui ne jouait pas les difficiles...enfin, pas trop.

Madame souhaitait visiter le labo d'Henry. Dans son état normal, ce dernier aurait poussé des hauts cris, invoqué ses droits constitutionnels et refusé obstinément l'accès  à ce haut lieu de la science et investigation.
Ben non! Là il marcha joyeusement dans la combine de la charmeuse de service et tout le monde se retrouva dans le bunker. Questions par-ci, d'autres par là, tandis que l'ex-neveu furetait comme gosse curieux.
Il ne fallait pas être une lumière pour comprendre les intentions des agents:

Faut pas que ces deux-là touchent aux boîtiers. Ils sont capables de les réquisitionner… Toni, chipes-en un, juste derrière toi, sur ta gauche…

Clin d’œil, complice. D'un geste adroit, elle escamota le bidule et le rangea dans sa poche. Juste à temps, parce qu'à l'instant d'après on avait, pour ainsi dire, déménagé.

Par tous les saints… où… est-on ? balbutia Martin, perdu.

Oh, mein Gott!!!, s'écria t'elle, ahurie, encore secouée par l’atterrissage un peu brusque, Nell...on est bien là, non?...Là où on avait réservé...

Parce qu'en toute évidence le décor ne correspondait certainement pas au labo d'Henry.

C'est Kauai, renseigna Toni, sans doute..., parce que là, elle n'en était pas trop sûre, aber auf jedem Fall das ist Hawaii!

Mais si c’est bien cet archipel, où sont les buildings ? s’énerva Martin.

Euh...
Réserve naturelle, pas de buildings...Petite île peu habitée, récita t'elle docte, bon pour randonnée...observer nature, oiseaux...

Peut-être oui! Peut-être non! Et ce fut plutôt dans le genre non, pas du tout! Mais alors là, pas du tout du tout!!!

D'abord les "sauvages" du coin. Des vrais sauvages, enfin, autochtones pour faire poli, parce qu'ils n'étaient pas aussi sauvages que ça non plus et puis, après palabres savants, entre Nell, experte en langues étrangères et le chef du comité d'accueil, l'ahurissante réalité où il était question de 1780 et quelques, d'un tel Cook et Dieu sait quoi encore.

C’était qui Cook?, faut pas avoir honte de demander quand on est ignorant.

On l'informa à la va vite. Faut dire que Toni et l'histoire du monde, ça faisait deux.

*Ah bon!?...Navigateur, explorateur anglais, zigouillé dans le coin par les gentils natifs...pourvu qu'ils soient de bonne humeur, là!*...Ça bouffait leurs ennemis?

Ce n'était pas répertorié de quoi la rassurer pleinement et faute de mieux, jouir de l'aventure. Après tout, n'était elle pas au Paradis avec Martin?

*Ben oui, ça aurait pu être pire...bien pire!*

Leurs possessions se résumaient à ce qu'ils avaient sur le dos, sauf pour Mrs. Stark qui avait encore son sac, la veinarde mais il faisait beau, la mer était là, la forêt proche fournissait sans doute fruits et gibier. Et du coup, Toni Fischer, de Berlin trouva que l'idée de pêcher, chasser et s'habiller à la mode locale passait assez bien...pour elle du moins!

*Pas de soucis...pas de stress, plage, soleil...*

Elle délaissa le côté négatif et s'en alla plutôt explorer les lieux en compagnie du Dr. Lescot qui, soit dit en passant, n'avait pas l'air follement emballé avec cette tournure inattendue.
Mais bien sûr, le temps d'y prendre plaisir, et on était repartis pour une ronde, orchestrée par le cher Majors qui était sûr d'avoir trouvé l'astuce...

Enfin, soyons sincères, le pauvre garçon faisait des efforts, des énormes efforts mais ce n'est pas toujours que tout tourne comme voulu.
Comme changement de décor on pouvait y repasser. À côté de la plage merveilleuse, la mer d'azur et les gracieux palmiers, l'actuel ne valait rien...absolument rien! Et puis ils avaient encore changé d'époque...

Cherbourg, le 9 Avril 1912?...Euh, date importante?...Pourquoi est on ici!?

Décidément elle faisait figure de tarée, on ne lui tint pas en rigueur. Heureusement les autres en savaient plus long, étaient moins paumés qu'elle et s'employèrent bellement à rendre la situation plus agréable. Toni suivait gentiment le mouvement.

Toni pince moi! Je viens de lire Titanic...c'est un cauchemar, n'est ce pas?

Elle ne put qu’échanger un regard interloqué avec son amie tout en secouant la tête.

On est bien éveillés, je le crains et j'ai lu la même chose...

Pas le temps d'épiloguer sur ce fait, Louise revenait après s'être livrée à quelques obscures transactions avec part du trésor hawaïen, ce qui, du coup, les rendait très riches.

Suivre toujours le mouvement? Oui, même si cela ressemblait plutôt à une folle farandole de plaisirs inédits! Jamais Toni n'avait été folle du shopping mais celle là était loin de ressembler à une virée-shopping normale entre filles...celle là était le déploiement ultime de fortune et savoir faire. Louise,  très assurée menait la ronde, Nell imposait son avis et Toni...eh bien Toni décida que le moment était venu de jouer son grand rôle! Après tout, elle en avait rêvé toute la vie d'un rôle comme celui-là! À peine le premier costume d'époque enfilé, elle passa en mode Antonia Fischer, baronne Von Eltersbach...titre inexistant mais d'autant qu'elle sut on n'inventerait Google que quelques 80 et quelques ans ans plus tard donc pas de risque.  Le reste fut tout un poème!

*Je rêve toute éveillée...c'est merveilleux!*

Et cela le fut encore plus quand on confondit Dave avec son tout puissant, et très millionnaire arrière-grand-père, ce qui leur ouvrit toutes les portes et facilita leur accès à bord du paquebot le plus mythique de tous les temps. Dans son cas transformée en l'épouse de Martin, tout comme Nell celle de Dave et Louise celle d'Henry.

*Maintiens la tête droite, ne traîne pas les pieds...marche à petits pas, prends un petit air indifférent...sois une épouse digne, ma fille...le temps que ça dure!*

Facile à dire! Heureusement qu'à ses côtés Martin, qui donnait très bien le change comme un aristocrate britannique, la rassurait et la soutenait alors qu'elle s'empêtrait dans la longueur de sa jupe, en essayant de maintenir en équilibre le superbe chapeau orné de plumes  extraordinaires et de ne pas rester bouche-bée devant les splendeurs découvertes.
L'unique référence que Toni eut du Titanic elle la devait au film du même nom avec Leornardo Dicaprio en protagoniste ce qui ne l'aidait pas trop à l'heure de se retrouver elle même en ces lieux fastueux, surtout en sachant quel était la triste destinée du paquebot.

S'il se trouve ça coule, on y passe et alors?...Non, je ne comprends pas trop bien ce truc des lignes de temps...on s'en mêle et ça se fout en l'air ou quoi?

Martin s'étendit en explications. Apparemment leur intrusion en ce temps et espace ne dérangerait rien au déroulement de leur futur!

Ça reste à voir...on n'a encore rien fait...et si on sauve quelqu'un censé de mourir?...et si...Ok, m'en fais pas...*Tu veux rire...t'en fais pas Toni...tu te noies dans quatre  jours mais renais quand il le faut...ou pas?*

De quoi avoir de la migraine! Ce premier soir, le groupe choisit de ne pas se mêler encore au reste des passagers. Nell très en verve se trouvait l'esprit de répliquer, d'avoir des idées comme celle de l'avarie majeure pour arrêter le bateau et éviter ainsi la collision fatale.

Mais, si j'ai ben compris, ça chamboulerait tout, intervint Toni sans trop de conviction.

Henry donna son avis sur les fatalités inévitables à quoi Nell riposta agacée qu'elle avait des motivations personnelles, à savoir,  veiller sur son grand-oncle qui se trouvait à bord.

...Je voulais m'assurer qu'il reste en vie, c'est ça ma motivation.  Et la vôtre, quelle est-elle?

La bonne question! Dans son cas, la seule et unique motivation était suivre Martin...bon, les autres aussi! Et c'est là qu'arriva, sortie du néant, venant du futur, une tablette numérique envoyée par ce petit futé de Majors. Et la suite fut un échange d'infos pointues entre Nell et l'Agent du FBI qui se démenait pour les tirer d'affaire.
La bonne nouvelle était que le continuum ne se trouvait pas dérangé. Leur apparition ne créait pas de paradoxe...du moins c'est ce que crut comprendre Toni.
La liste des survivants répertoriés sidéra Toni.

Seulement 706!?...C'est...c'est monstrueux...il y a tant de vies que nous pourrions sauver...On sait ce qui va se passer! Évitons-le!!!

Au moins Dave était du même avis. Martin semblait dubitatif, Henry et Louise se livraient à d'intenses réflexions.

Sauver tout le monde serait mieux mais, par prudence pour notre avenir à nous, très égoïstement pensons à ceux-là d’abord, ok ?

C'est répugnant! Je ne saurais vivre en pensant à tous ceux qu'on a laissé mourir en pensant juste à notre...avenir...en quoi ça pourrait changer? ...Tu l'as dit toi-même...créons une nouvelle ligne...sauvons les...

Elle en aurait pleuré. On lui expliqua patiemment que ce n'était pas aussi facile que faire un gâteau!

Je ne suis pas une grande savante mais suis sûre que s'il y a un Dieu quelque part, il est d'accord avec moi!!!

Soupir général! C'est beau, les bons sentiments mais la situation demandait plus de pragmatisme que de sentimentalisme, même si Toni trouvait cela inadmissible.

*Il faut faire quelque chose pour changer la donne...mais quoi!? Pense donc, ma fille...pense!*

Et pas à dire, elle le fit! La tablette fournie par Majors se trouvait sur la table et personne ne s'en occupait, trop occupés à discuter diverses possibilités. Toni rafla l'artefact et pianota un message à l'adresse de leur contact du 21éme siècle. La réponse ne tarda pas et fut lue avidement. Elle mémorisa soigneusement les détails fournis.

*Ça peut marcher...les gens sont plus crédules en ces temps-ci...ça doit marcher...sans ça...vaut mieux pas y penser!*

Après une nuit misérable pendant laquelle on dormit très peu et réfléchit beaucoup, vint leur premier bain de foule. S'y préparer avait requis temps et doigté, on ne sortait pas n'importe comment en ce temps là, surtout les dames de la haute société.

Quelle perte de temps...des heures à se pomponner...enfin, faut dire quand même que ça vaut le détour...

Toni dut faire un effort suprême pour ne pas prendre un air ébaubi de paysanne à la grande ville en découvrant la splendide salle à manger, si bien décrite par Nell. La brillante société là réunie ne perdit miette de leur entrée en scène, et fort discrètement, les messes basses allèrent à un train de diable derrière les éventails déployés de ces dames.

On vient de nous passer au microscope...et là on décortique le résultat...qui ne doit pas être bien fameux...quels airs pincés!...,
elle sourit gracieusement à l'adresse de ce public si peu commode et bien accrochée au bras de son "mari" poursuivit la progressions jusqu'à leur table.
Point de mire! Table pour six, inconnus au bataillon, on alimentait les suppositions de "on dit" glanés au petit bonheur la chance, en subornant au besoin un membre de l'équipage bien informé.Façon comme une autre de créer une légende! En moins de demi-heure après leur entrée en scène, un compte rendu complet sur leurs faits et gestes circulait parmi la sélecte assistance.
Le charmant Vicomte de la Roche ne tarda pas à s’approcher pour présenter ses hommages matinaux à ceux qu'il appelait "mes chers amis" et en passant profiter pour en faire part aux autres qui n'attendaient que ça.

J'adore la tête que font ces gens quand on parle de millions...du coup ils nous apprécient presque..., murmura t'elle à Martin, bien sûr ils ne vivent que d'apparences...tu as vu l'effet causé par ton titre...mais oui, être seulement riche ne leur suffit pas...si en plus tu es aristocrate anglais, c'est l'apothéose...Dave est seulement un milliardaire américain, ça manque de...glamour!...On pourrait croire qu'ils sont tous nés nobles, petit rire entendu, ce qui n'est pas du tout le cas...par exemple M. Astor, l'homme le plus riche à bord...les premiers de la famille à arriver aux USA étaient des fabricants de flûtes...et le père de M. Guggenheim vendait des rubans et des dentelles...comme quoi...

Elle fit semblant d'ignorer l'air surpris de Martin face à ce flot d'informations et s'occupa des délicieuses viennoiseries. M. le Vicomte poursuivait sa péroraison qu'elle écoutait d'une oreille apparemment distraite, ne relevant la tête que quand le noble français annonça l'approche du capitaine.

*Il fait des relations publiques à tout go, celui-là...même au petit déjeuner, juste avant l'escale irlandaise!*

Au premier abord, la situation ne départait pas d'une charmante routine. Le Commandant Smith était parfaitement rodé aux us et coutumes des fortunés de ce monde qui adorent être pris en compte et recevoir la déférence d'autrui. Il arriva donc à la table occupée par ce groupe de six, montés à bord dans des circonstances peu orthodoxes. Leur passage avait été réglé rubis sur l'ongle et le vicomte de la Roche se portait garant, si entourloupe il y avait on finirait bien par le savoir en arrivant à New-York, en attendant, un rapide examen visuel le rassura: ils avaient l'air parfaitement dans leur élément, sans dépareiller entre le reste de la brillante compagnie. Il s'inclinait face à la jeune épouse de Lord Lescot, marquis de Perth quand soudain la jeune femme sembla se raidir et son regard prit une fixité alarmante.

Milady...vous trouvez vous bien?, s'enquit-il, préoccupé.

Edward Smith, ce navire est maudit!, articula t'elle, ce navire est marqué...il n'arrivera jamais à New-York!

Elle avait parlé assez haut pour attirer l'attention des tables voisines.Tout le monde tendait l'oreille, les conversations mouraient en douce et le silence qui s'en suivait finit par ressembler à un énorme frisson de suspense.

Milady, je vous en prie, souffla Smith en pleine confusion, ce genre de...

Toni l'ignora en émettant un soupir rauque imprégné d'imprédictible souffrance, comme si chaque mot qu'elle s'apprêtait à émettre torturait sa conscience.

L'histoire est écrite, Edward Smith...un pari...un pari stupide, un record à battre, l'orgueil des hommes...ce voyage inaugural sera le dernier...

Le capitaine Smith cilla, gêné et abasourdi à la fois. Il fit un geste d'apaisement qui ne tarit pas pour autant le flot de paroles qui suivirent. Elle parlait avec un notable accent allemand mais son élocution était très claire, impossible de ne pas la comprendre.

14 Avril ...23h40 ... 41° 46′ N et 50° 14′ O,  sud est de Terre-Neuve... un iceberg ...sombrera... plus de 1500 êtres humains...morts...disparus...pas assez de canots...

De frisson de suspense on passa au niveau supérieur: superstition à toute, précédant sûr d'une houle de panique.

Madame, je vous en conjure, taisez vous!, ordonna le capitaine à la limite de la politesse mais c'est que là il ne savait pas comment s'y prendre. Impossible de gifler la belle en transe sans soulever pas une houle de panique mais une autre de sentiments outragés, ce qui, allez savoir, pouvait être aussi mortelle pour sa carrière qu'un naufrage, Milord, calmez votre épouse!

Mais Milord demeurait aussi sidéré que le reste de son prochain se contentant de tenir la main de sa chérie qui continuait à débiter des étourdissantes prédictions. L'assistance, médusée mais aussi transie de morbide curiosité ne perdait miette de l'étrange confession, se posant d'innombrables questions. Enfin, réagissant un homme parmi les présents se leva et s'approcha de Toni qui respirait pesamment, les yeux mi clos, perdue dans Dieu sait que limbe révélateur.

Je suis John Jacob Astor...

Il n'eut pas le loisir d'aller plus loin, en ouvrant très grand les yeux, Toni le fixa d'un regard noyé de larmes.

Je suis désolée...si désolée...vous ne connaîtrez pas votre enfant qui va naître...Madeleine sera si triste...Évitez le...évitez le...dites leur de changer de cours ...

Mais si vous croyez si bien à ce que vous racontez...pourquoi être montée à bord?...Pourquoi nous raconter ces fables?

Elle émit un gémissement lugubre.

*Pas con, le mec...il a pas tort!* Ma voix, déclama t'elle en un souffle pathétique, est celle du Futur...je vois...j'entends...je dis...

C'est là que Martin crut bon intervenir, (enfin!) en déplorant le fait que sa femme eut le don, pas commode, de la prescience, héritage incontournable des femmes de sa famille, etc...etc.

La Futur!? Balivernes!, gronda un autre monsieur qui jusque là s'était tenu très poliment, je suis Archibald Butt...

Aide de camp du président Taft, récita Toni d'un ton un brin plus morne, vous ne serez plus pour l'appuyer à la campagne électorale...*J'adore John Majors!*

Instants de flottement. On ne savait plus si crier à la folle, au diable, aux deux...Une de ces dames au cœur sensible décida de s'évanouir et Toni jugea opportun de l'imiter et mettre fin, pour le moment, à sa petite séance instructive. Martin la cueillit galamment avant qu'elle ne se prenne son billet de parterre et on évacua la zone au milieu d'un silence quasi religieux.
Arrivés à la suite, il la posa délicatement sur un lit pour après vérifier son pouls alors que le reste du groupe les entourait. Elle s'en voulut de les voir si angoissés.

Désolée...voulais pas vous effrayer...je vais bien!...Quelle heure il est?

Mince, les reproches! Ça tomba sur tous les tons! Il n'était que 9h30 de cet 11 Avril 1912. Le Titanic arriverait à Queenstown, en Irlande, aujourd'hui Cobh, à 11:30 pour une escale de deux heures, le temps d'embarquer les derniers passagers de 3ème classe avant d'entreprendre la traversée fatale.

Je ne pouvais pas faire autrement...vous mettre au courant aurait tout fichu en l'air...Dave aurait sûrement rigolé...Vous n'auriez pas eu cet air absolument crédible...mais toi, Martin, tu as été génial avec le truc de la prescience...euh! J'ai demandé des infos à Johnny...et ai mémorisé le tout...ben oui, suis calée pour ça...il me suffit de lire deux fois et hop...je me suis dit que ça pourrait marcher...et ça marche, je vous assure...en ce moment, on parle de ça jusque dans les cales...Ben voyons, Louise, vous devez le savoir...rien ne va plus vite qu'un bon potin...c'est comme les feux de brousse...ah, mon anglais? C'est qu'à force de vous entendre tout le temps...J'aurai de la chance si on ne me demande pas de débarquer en Irlande...mais enfin...mal sehen!

Contrition? Aucune! Elle était plutôt fière de sa prestation. On la bouda un peu pour ses cachotteries mais reconnut finalement que l'idée n'était pas si mauvaise que ça!
La petite représentation de Toni avait en effet fait son petit bonhomme de chemin dans l'esprit de certains. Quelques des notables notifiés de mort sûre ne se résignaient pas à y passer si paisiblement. Ils exigèrent du capitaine Smith un exposé clair de ce qu'il pensait faire.

Mais voyons, messieurs, vous n'allez tout de même pas donner foi aux bêtises débitées par cette...jeune dame à l'esprit certainement dérangé!

On lui fit remarquer que pour un esprit dérangé, la dame en question s'était exprimée avec grande clarté et précision. Elle avait donné une date exacte, tout comme une heure, latitude, longitude, position et puis...les icebergs! Ces menaces flottantes qui hantaient l'Atlantique Nord créant parfois des barrières quasi infranchissables.

Je suis habitué à naviguer dans ces eaux, nos vigies sont les meilleurs!

Rien ne vaut un bon radar mais pour alors on ne l'avait pas encore inventé! Smith restait maître à bord et vraisemblablement, rien ne le ferait changer d'avis. On essaya d'oublier les sombres prédictions de Lady Lescot, allant plutôt contempler les côtes irlandaises et leurs verts pâturages.

À l'heure du déjeuner, nos six aventuriers trouvèrent préférable de prendre leur repas en cabine plutôt qu'affronter la curiosité d'autrui, ce qui leur donnait plus de liberté pour débattre le plan à suivre. Selon Majors rien ne changeait sur leur ligne temporelle et continuait de se torturer les méninges à la recherche d'une solution qui permettrait, le moment venu, leur sauver la vie.

Pendant ce temps, la scène ayant eu lieu au petit déjeuner, était passée de bouche en oreille. Un garçon de salle l'ayant racontée à un des stewarts de 1ère classe, qui à son tour l'avait répété à un autre de 2ème qui n'avait pas su le garder pour lui. En quittant l'Irlande, la prédiction de Toni avait fait, comme prévu, le tour du navire. Et mine de rien, la crainte couvait. Il faut dire qu'à force de passer de bouche en bouche, l'affaire avait pris une dimension démesurée, ce qui, entre nous, arrive avec toutes les histoires de ce genre.

À l'heure du thé arriva la convocation.

Oups...on dirait que le capitaine veut s'entretenir avec moi!...Qu'est ce qu'il veut? Que je le rassure?

En fait, Edward Smith ne voulait pas être rassuré. Il exigeait un démenti public de ce qu'il appelait affabulations de mauvais goût. Réunis dans son bureau se trouvaient le constructeur du Titanic, Mr. Ismay, quelques notables entre lesquels Astor, Guggenheim ett Butt , deux officiers, le vicomte de la Roche, mal à l'aise et bien entendu Henry, Louise, Nell, Dave, Martin et la grande coupable du jour qui ne se montrait pas le moins repentante et encore mois prête à démentir quoique ce soit.

J'exige, Madame, des aveux lénitifs...pour tous! Ces fariboles ont mis en émoi les passagers, les gens ne comprennent rien, ne savent discerner...

Toni secoua la tête et soupira.

Ils ont peur, c'est normal...et ils n'ont pas tort!

Cessez ce cirque!, fulmina Smith perdant contenance face à la placide expression de la jeune femme, vous devez être folle...

Mal lui en prit. Martin, Dave et Henry avancèrent vers lui comme un seul homme exigeant réparation immédiate, jugeant inadmissible qu'une dame soit insultée de la sorte.

*Ach du, Scheiße...vont pas se battre en duel quand même!...*...Calmez vous...calme toi, mon chéri...je peux vous comprendre capitaine...je vous comprends tous...mais sachez que je n'ai ni menti, ni affabulé..., Nell traduisait ponctuellement, das ist meine Natur...Ich kann es nicht vermeiden (je ne peux pas l'éviter!)...Je n'invente rien, capitaine...J'ai ces visions très claires...ces choses viennent à mon esprit...Non, major Butt...ce ne sont pas des affabulations...croyez moi, je me passerais très bien des horreurs que je perçois...Oui, vous périrez le 15 Avril 1012, à bord de ce navire...Au fait capitaine Smith, vous viendrez à bout de l'incendie dans la salle de chaudières n°5 dans deux jours...

Coup bas! Smith ne s'y attendait pas, très peu de personnes étaient au courant de l'incident en cours et certainement cette jeune femme ne faisait pas partie du groupe.

Vous avez l'air très maitresse de la situation, Madame..pas de transe? Vous avez des visions sur demande?

Vous savez bien qu'il n'en est rien, capitaine, mes rêves, mes visions sont très révélateurs, j'ai ce don, autant en faire bon usage, non?...il y a une paire de détails que vous pourrez vérifier entre demain et après demain et on en parlera après...Oui, par exemple les messages que vous allez recevoir du navire La Touraine le 12 Avril à 19h45, première mise en garde contre le brouillard dense, les champs de glace et les icebergs...le 13 Avril, d'autres messages sur les growlers et encore des champs de glace plus étendus...À 22h30  il y aura un message du Rappahannock : encore plus de glace et encore plus d'icebergs... passez outre...et poursuivez le même cours fixé, à vitesse maximale, vous voulez à tout prix battre le record de traversée...ce serait votre chant du cygne car vous pensez à une belle retraite, non?

Silence. Smith cilla à plusieurs reprises, partagé entre surprise et rage.

Comment pouvez vous savoir cela?

Je vous l'ai dit, je sais beaucoup de choses...je vois, j'entends, je dis...peut-être suis je là pour vous sauver? Je n'en sais rien...je ne désirais pas bouleverser les schémas établis de votre vie ou de celle des autres...C'est venu et je me devais de parler...et maintenant, il ne reste rien d'autre à dire...vous aurez très vite des évidences concluantes...J'ai besoin d'air frais!

Longues mines, consternées, perplexes, craintives aussi, rageuses. Toni passa outre l'ambiance à couper au couteau, faisant demi tour et relevant un pan de sa jupe, marcha d'un pas décidé vers la porte qu'elle ouvrit brusquement, manquant de peu de faire tomber le groom qui avait eu l'oreille collée au panneau.

Ben dis donc...comme ça, je comprends que ça aille plus vite que sur Facebook!

L'air du large résulta vivifiant et décoiffant. Elle était bien la seule dame à trouver là sans couvre chef entouré de mousseline pour prévenir ces incidents si fâcheux quand les boucles les plus savantes partent en goguette sous le vent. On la regarda de travers et les commentaires allèrent bon train. Elle les ignora vertement et avança résolument vers la proue. Arrivée là, elle sourit en fermant les yeux, laissant le vent vif démener ses cheveux et rougir ses joues. Et l'instant d'après, elle devina sa présence à son dos.

Alors...on est les rois du monde?...C'est quand bizarre, tu sais, je sais qu'on file sans doute vers notre perdition et pourtant je me sens parfaitement heureuse!, se retournant, elle lui fit face, tu dois penser que je suis décidément folle...il a de ça sûrement...mais entre nous, c'est une folie tout à fait inoffensive...enfin...c'est ce que je crois!, sans préavis elle s'approcha et l'embrassa rapidement sur les lèvres, plus dans le genre coup de bec qu'autre chose, merci d'être là, Martin..., nouvelle virevolte pour rester face au large, elle ouvrit grand les bras et éclata de rire...

Sans doute, elle n'était pas si folle que ça mais quand même bien...un petit peu, non?
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Martin Lescot
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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Dim 17 Avr - 16:09

Les changements radicaux, Martin ne s’y faisait pas encore. Somme toute il n’en était qu’à son 2ème plongeon sauf si l’on comptait le retour du 1er. En tout cas, quelque chose lui disait que ce déplacement ne serait pas le dernier avant un rapatriement pas gagné du tout.
Il avait eu beau conseiller à Toni de piquer un des boîtiers, celui-ci ne fonctionnait pas et eux se trouvaient non seulement à des kilomètres du point d’origine, mais aussi des années de distance. Henry pouvait être fier ! On voyageait bel et bien sur des lignes temporelles en des lieux différents sans aucun contrôle possible. Grâce à l’à propos de Louise, les autochtones offrirent l’hospitalité. Façon de dire au vu des installations rudimentaires des lieux.  On pouvait tout craindre, de la dysenterie, à la piqûre mortelle des bestioles locales. Lorsque les tâches se répartirent, et que Martin hérita de Toni en binôme, il lui apparut comme une destinée ou… fatalité. Oh, il aimait bien Toni, pas la question. Mais les révélations faites sous hypnose  par la jeune fille le dérangeaient grandement.  Ainsi donc, il lui avait manqué ? Qu’avait-il bien pu faire pour qu’elle se préoccupe de lui à ce point ? Sage, Martin préféra tenir sous le couvercle ses réflexions, se concentrant à l’essentiel : survivre.  Toni étant désignée pour l’accompagner aux accommodations, il l’entraîna dans les bois :

Je n’ai pas ma trousse de remèdes mais j’espère bien dénicher des plantes utiles. D’ailleurs, si elles ne guérissent pas, elles épiceront au moins nos repas, à condition qu’Henry et Louise sachent chasser.


La quête s’avéra fructueuse. Cette île primitive recelait d’une flore très intéressante. Hélas, l’herboristerie n’était pas la spécialité de Martin qui regretta son ordinateur pour être certain d’identifier les plantes médicinales ou comestibles. Avant tout, le docteur désirait fabriquer un répulsif contre la plaie locale : les moustiques. Son mentor avait été un peu rebouteux sur les bords, et son enseignement précieux ne fut pas largué aux oubliettes.

Il nous faut un truc qui ne sente pas bon pour ces bestioles, un qui camoufle les odeurs corporelles. La citronnelle est souveraine mais je doute que l’on en déniche ici, de même que du géranium.

En glanant de gauche et droite, il put récolter de quoi faire un thé aromatisé d’ail et de citron. Pas pour boire, juste s’en imprégner la peau. La mine dégoutée de Toni en broyant les ingrédients le fit marrer, et cela lui procura aussi plus qu’un simple divertissement. Toni paraissait tout supporter avec sérénité. Il n’en savait pas long sur l’histoire de cette jeune fille du fait de la barrière de langage ; en appendre plus ne l’aurait pas dérangé sauf que les occasions de se livrer avaient été plutôt rares.  Ce qui était certain, c’est que même sans mots, ils s’accordaient. En toute circonstance, Melle Fischer gardait une humeur égale avec humour et… semblait agréer ses faits comme gestes. À l’inverse, Dave et Nell se rentraient assez facilement dans le lard, façon de parler car aucun n’était gras. Martin, plus malin en psycho pour les autres que pour lui-même, crut y discerner des signes avant-coureurs pouvant mener à…, Cependant, cela ne le regardant en rien, il s’occupa de ses oignons, en l’occurrence des gousses d’ail. La chasse ayant porté ses fruits, ils se régalèrent du repas improvisé mais si on prisa la cuisine, on apprécia moins sa mixture pourtant efficace.
Le lendemain, les uns partirent visiter une épave oubliée, les autres vaquèrent à la va-comme-on peut.  C’est alors que le boîtier, chipé par Toni et désespérément muet depuis, se réveilla.
Bing, bang, glong ! Changement complet de lieu et… de temps.
Très vite, on comprit où l’on se situait : en France. La ville ne tarda pas à se deviner suite aux vocables perçus. Il faisait vachement froid en Normandie en avril 1912.

*Cherbourg… 9 avril 1912… c’est pas vrai ???*


On s’organisa rapidement.
Grâce aux talents de Louise, le groupe se retrouva avec des portefeuilles très rempli en monnaie courante. De miséreux, ils devinrent quasi nobles suite à quelques achats indispensables.
Avoir une mère anglaise stylée profita beaucoup à Martin qui n’hésita pas à jouer très naturellement à l’aristocrate fâché quand le tailleur visité voulut les jeter dehors :  

L’habit ne fait pas le moine, Monsieur ! On nous a dépouillés, laissés quasi nus sur un quai. Mais les malandrins idiots ont ignoré certaines valeurs. Rendez-nous notre lustre, votre diligence n’aura d’égal que notre générosité.


On se marra comme des petits fous en endossant des costumes très convenables pour des gentlemen. Ces tournures étranges leur convinrent néanmoins mais moins qu’aux dames qu’ils virent entrer dans le restaurant de rendez-vous. Gag de se lever tous les trois de leur chaise pour les aider à se placer sur les leurs.

Vous êtes très en beauté ce soir, Milady, sourit-il à une Toni vraiment superbe même si un peu coincée dans son accoutrement d’un autre âge.

Le repas fut un délice et Martin ne se gêna pas pour montrer aux autres l’art de la dégustation dans ce genre d’endroit.  On en rit beaucoup mais une rencontre inopinée faillit tout gâcher. Untel vicomte semblait confondre Dave avec… son arrière-grand-père entrevu peu avant. Dave pondit la fable sortie au tailleur ; la sauce prit sauf que, très bienveillant, le Français voulait absolument les aider à…

*Embarquer ?? Pas sur le Titanic, ah non !*  

Eh si !  

Plus tard, lorsque le vicomte les lâcha enfin pour s’occuper de toutes les formalités, Martin ne put s’empêcher d’émettre ses objections :

C’est de la folie pure et simple !... oui, ce serait extraordinaire mais, j’estime que le fait d’être ici l’est déjà assez !... Oh, et puis zut ! Si vous voulez être dans le  bain jusqu’au cou, je vous signale qu’il sera glacé et pas qu’un peu !  

La majorité avait tranché, il suivit, que faire d’autre ? Pas question de lâcher qui que ce soit. D’autant, qu’en y réfléchissant tout en complétant leurs garde-robes, les messieurs concordèrent sur les concepts de l’invention d’Henry : le temps, quoiqu’ils fabriqueraient ici, là, ou ailleurs, n’affecterait rien à leur propre vie en 2016.  Hélas, ce n’était alors qu’un espoir fou difficile à prouver à ce moment. On joua le jeu car si c’était foutu, si leur futur était compromis, les boîtiers ne seraient jamais inventés, et celui en leur possession resterait à jamais muet.
Bienvenue à bord !

*Tu parles !*

La magie de ce lieu mythique opéra pourtant. C’était tellement fabuleux ! Comme d’autres, Martin avait vu le film de Cameron. Cependant le vivre – du moins pour l’instant tel un rêve éveillé – était grandiose dans son irréel. Le vicomte machin trucmuche avait bien fait les choses en leur dénichant des suites.

*Il aura jeté à la mer les locataires prévus des lieux…*

Nell, au dîner, prétendit avoir un grand-oncle à bord et qu’elle était bien décidée à s’assurer que rien ne lui arrive. On pensa ensuite à une accélération du drame tant il y eu secousses, vibrations et jeux de lumières. Mais non. L’interférence provenait du cher Majors qui avait réussi l’exploit de leur transmettre une tablette de communication.  

*Tant que la batterie fonctionne…*  

Apparemment, les déplacements des voyageurs du temps n’avaient pas  encore influencé leur avenir personnel, comme supposé. Cependant, il leur fallait une preuve plus tangible, incontournable.
Ils l’obtinrent le lendemain au petit-déjeuner auquel ils osèrent se mêler aux passagers de 1ère classe.
Se faire décortiquer n’était gai pour personne. On essaya de ne pas se démarquer et y parvint jusqu’au moment où, sans crier gare, Toni changea la donne en retenant le capitaine en personne. Déjà qu’elle l’avait stupéfait en l’informant sur untel ou tel à bord, ne voilà-t-i pas qu’elle dit, suffoquant presque :

Edward Smith, ce navire est maudit!, ce navire est marqué... il n'arrivera jamais à New-York!  

Battant des cils, Martin resta paf ainsi que les autres. Que leur faisait-elle-là ?  
Rien de moins qu’une pseudo-voyance !  Position, date et heures, nombre de victimes, tout y passa au grand dam du capitaine et des curieux ameutés par la « crise » de la Lady.    
 
Milord, calmez votre épouse!

Si l’incompréhension de l’attitude de Toni l’avait d’abord anéanti, Martin réprima un sourire intérieur et marcha à fond dans son jeu :

Désolé Capitaine Smith. Quand ma femme entre en transe, nul ne peut la contrôler. Faut attendre que ça passe… Chérie, je t’en prie, reviens…


Et de lui presser les mains non sans lui adresser un clin d’œil au passage.  

‘Chérie » en rajouta quand Mr. Astor tenta d’intervenir. Elle lui en sortit de quoi faire frémir plus suspicieux comme ce Butt dont Lescot ignorait tout mais pas Miss Fischer.  La belle embrouille.
En ces temps, les voyances avaient encore du crédit. Pour l’effet mèche de dynamite, Toni en avait en allumé une.  Par bonheur, elle la boucla en jouant la pamoison.  Derrière ceux qui ramenèrent la devineresse en cabine, les commentaires filent bon train.  
Madeleine Force, épouse Astor, alpaga son mari par le coude :

John, je veux débarquer à Queenstown. Notre enfant ne doit rien risquer.  

Tu ne vas pas croire les divagations d’une diseuse de bonne aventure d’opérette ? Je me permets de te rappeler nos intérêts dans cette course…  

Tu feras comme tu voudras, comme toujours, mais moi je débarque !

Toni expliqua son stratagème. Pour sa part, Martin le trouva génial :

Tu as été splendide, on s’y serait cru. Mais qui t’a donné ces infos sur ces gens ? Johnny ?  

Contacté, ce dernier avoua que tout baignait dans le futur. Donc…

Sauvons le Titanic, s’écria Nell.

Si l’on pensait s’en tirer si facilement, on se goura. L’affaire faisait des remous, et quand le paquebot s’ancra à Queenstown, il y eut plus de sorties que d’entrées. Un tamtam vers l’extérieur peut-être ?
Le commandant convoqua Miss Fisher alors que le navire avait repris les flots. Tous s’y rendirent. Smith ne réclama rien de moins qu’un démenti public, ce à quoi, bien évidemment, Toni se refusa, appuyée par tous les offensés de service. Face aux sept détracteurs, ils firent front :

Ma femme n’est pas folle du tout. Appelez cela une tare de famille mais elle a, hélas, émis plusieurs prédictions avérées et authentifiées.

Citez m’en une, ricana Smith bien décidé à couper court aux divagations.

*Euh…*

Bénis soient Toni et sa mémoire à court terme :

Au fait capitaine Smith, vous viendrez à bout de l'incendie dans la salle de chaudières n°5 dans deux jours… vous voulez à tout prix battre le record de traversée...ce serait votre chant du cygne car vous pensez à une belle retraite, non?

Sortie magistrale, s’il en fut, dans tous les sens car, drapée dans sa dignité offensée, Toni vida les lieux. Ramer à sa suite n’était-il pas le devoir du bon époux supposé ?
Dressée à la proue, offrant son visage aux embruns, elle était magnifique.  Il se vit en Jack et elle en Rose :

Youhou ! On est les rois du monde, lança-t-il gaiment dans son dos en le soutenant légèrement.

…  tu dois penser que je suis décidément folle...  


Pas du tout, tu es...

Et la belle de lui clouer le bec par un bécot complètement inattendu.
Heureusement, elle se replaça face à la mer illico. Martin déglutit. Plus mal à l’aise, tu meurs.  
Cela faisait des mois que les lèvres de Martin n’avaient frôlé celles du sexe opposé. Oui, en Espagne, il s’était laissé picorer mais sans aucun intérêt ni conviction. Toni jouait à quoi, là ? Invitation subtile ou… rien du tout ? Il opta pour la seconde option, jugeant cet acte d’affection pour ce qu’il semblait : une complicité… temporaire. Oh, non, il n’essaierait pas de la renverser sur le bastingage ni de l’entraîner visiter les voitures de la soute.  

Ma toute belle, toussota-t-il plus embarrassé que voulu, on devrait peut-être retourner parler à Johnny, non ?

Feu vert absolu de ce côté. Majors ne discernait aucun changement dans le fil de leur temps malgré les quelques modifications sur le nombre des passagers.  
Dans le bureau, le commandant réunit tous les officiers et sous-officiers. Il fulminait dans sa barbe grise :

C’est intolérable ! Cette illuminée nous cause un tort considérable. Si le vicomte De La roche ne se portait pas garant des accompagnants de cette femme, je les aurais déjà débarqués ou mis aux fers.  

Peut-être agissent-ils de la part de concurrents ? suggéra Charles Lightoller.

Balivernes ! grommela Smith. En tout cas, Je pense sincèrement à un coup de bluff ou de publicité sinon pourquoi resteraient–ils à bord ? C’est bien la preuve qu’eux-mêmes ne sont pas convaincus des idioties débitées par cette Mrs. Lescot.

Nous ne pouvons cependant nier qu’elle a émis plusieurs vérités, intervint de nouveau le 1er officier.

Un coup de chance… les charlatans sont souvent très bien renseignés sur ceux qu’ils veulent escroquer, releva Wilde, le commandant en second.

Nous ne pouvons pas exclure la possibilité d’un sabotage pur et simple. Il va nous falloir être très vigilants et surveiller les moindres faits, gestes, paroles de ces gens. Collez-leur au train. Empêchez-les de discuter avec nos passagers ; qu’en aucun cas ils n’aillent aux machines. Rompez !


Après une nuit à débattre de stratégie, les voyageurs ne savaient plus à quel saint se vouer pour modifier le destin funeste prévu. L’action de Toni avait-elle suffi ? Il y aurait déjà plus de rescapés qu’à l’origine mais on filait néanmoins cap au Nord.
Les lits étaient assez confortables mais, avec les tracas en cours, on dormit mal.  
Lors du petit-déjeuner pris très volontairement aux yeux de tous, on se serra les coudes afin d’affronter la vindicte de la plupart. D’ailleurs, il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer le cordon de « sécurité » instauré autour des six suspects.
Margaret Brown n’avait jamais eu sa langue en poche, de même que Mrs. Churchill Candee. Après une longue discussion entre elles, les deux femmes rapprochées par bien des idées communes, décidèrent de forcer le barrage créé par l’équipage qui n’osa pas intervenir.  

Mesdames, messieurs, nous permettrez-vous de partager quelques instants ?

La table pour six passa à huit. Un peu rondouillette, cette militante féministe devenue millionnaire grâce à un bon filon, n’en demeurait pas moins très directe dans ses attitudes :

Nous n’irons pas par quatre chemins : êtes-vous des imposteurs ? Que désirez-vous ? Nous flanquer la trouille, que nous vous payions pour des informations ?  

Henry verdit, balbutia des incompréhensions. Dave se raidit, Louise sourit à la façon d’un chat face à une souris intelligente.  Toni se défendit relayée par Nell. Le ton risquant de monter, Martin jugea opportun de jouer les diplomates :

Mesdames, on nous accuse de bien des choses mais notre unique but est de sauver le plus de monde possible sur ce bateau destiné à naufrager dans la nuit du 14 au 15 avril... Dave, laisse-moi parler.
Vous vous demandez sûrement d’où nous vient cette certitude ? Si vous voulez nous suivre, nous allons vous le montrer.

Mrs. Brown n’était pas du genre à se laisser embobiner. Elle étudia les visages et expressions face à elle.  Décidément, ces gens avaient autant d’aplomb qu’elle.

Mon cher ami Bill Stead serait très heureux d’en savoir également plus long. Pouvons-nous espérer que…

Mais certainement. Mes amis, gagnons notre suite.  


Les autres ne semblaient pas piger les intentions de martin. Seul Dave lui cligna de l’œil en accord.  
Les membres d’équipage ne parvinrent pas à freiner le groupe qui rallia les quartiers des parias.
Durant le trajet, Martin souffla à Dave :

On a besoin de soutiens si on veut atteindre l’objectif. Tu as vu comment on nous confine ?

Les appartements avaient été rangés, nettoyés et… fouillés malgré la pancarte do not disturb.

Pas de panique, dit Martin pour ses copains. Fallait s’attendre à des contre-mesures. La tablette est à l’abri.  


La tablette ? demanda Mrs Candee émoustillée, comme celle de Rosette ?

En mieux, beaucoup mieux !


Henry le retenait par la veste. Toni ne semblait pas d’accord non plus. Abracadabra, Martin récupéra le numérique planqué derrière les sanitaires et le brancha.  

Point de magie, ni diablerie, simplement de la haute technologie. Tout est écrit sur ces pages. Tapez la question que vous désirez, vous en aurez la réponse.  

Ma parole, vous êtes des démons, se recula Stead quand l’engin lui révéla son destin. On doit vous larguer par-dessus bord !

Soyez pas idiot, Bill.

Vous pouvez parler, vous ! Femmes et enfants d’abord. Je vais y passer, moi ! C’est écrit, là !!!

Pas si nous parvenons, ensemble, à convaincre le commandant à changer de trajectoire, son allure… Nous avons besoin de votre aide. Vous avez vu comment on nous surveille.  Mr. Stead, sans vous commander, tentez de rallier des influents à cette cause. Si nous n’y arrivons pas, il nous faudra convaincre quartier-maitres et machinistes quitte à provoquer une mutinerie…

Ascot est très remonté que sa femme ait débarqué. Je me charge de lui, déclara Mrs. Brown. Et Smith, j’en fais mon affaire.

La phase deux de la révolution était en marche…
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Louise Stark

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MessageSujet: Re: Des rencontres de choc   Mer 20 Avr - 19:07

Cela faisait très longtemps que Louise n'avait été vraiment surprise. Sa vie était une routine parfaitement réglée où il ne restait aucune place pour autre chose que le devoir à accomplir. Et cela lui convenait parfaitement bien. C'était plus facile. Oui, tellement plus facile!

Et alors Henry avait croisé son chemin! Enfin, s'était plutôt elle qui s'était jetée en travers le sien mais qu'il reste clair que cela n'avait été fait que dans des fins purement...

*Purement quoi, vieille sotte? Accomplissement du devoir?...Tu deviens franchement stupide, Louise Stark!*

Mais elle n'en restait pas moins ébahie en découvrant l'antre sacré du Dr. Warrington. et écoutant avidement les prolixes explications qu'il fournissait sans cacher l'orgueil ressenti. C’était son œuvre, sa vie, son rêve. Vilipendé, moqué, on ne comptait plus ses détracteurs et pourtant il avait tenu bon, s'isolant du monde duquel il n'attendait rien de bon.
Les lignes du temps! Rien que ça! D'autres avaient rêvé d'aller à la Lune et songeaient déjà à Mars, Henry Warrington, lui, voulait découvrir les chemins secrets du temps et de l'espace physique. Il avait des théories plus que révolutionnaires, incroyables,plus dignes de la science-fiction que de la science proprement dit.
IL s'était livré à diverses expériences, cela va sans dire. Avait réussi à convaincre Clayton de jouer les cobayes humains et l'écrivain s'était bel et bien retrouvé en Normandie en un clin d’œil...le reste de l'histoire elle l'avait presque totalement démêlée. Maintenant Henry avait quatre volontaires au lieu d'un et était sûr d'avoir donné en plein dans le mille.

Le voyage des filles le confirme, n'est ce pas?...Elles sont parties et revenues avant de partir, si j'ai bien compris!, Louise prenait son air le plus détaché et professionnel mais ne pouvait éviter se sentir aussi excitée qu'un enfant à qui on a promis un cadeau.

Les filles c’est différent, en effet. Avec elles, je crois avoir enfin touché le but : un déplacement temporel ! … les ordinateurs apportés par la contribution générale ont permis ce petit miracle…

*Cher homme...il n'a même pas honte de reconnaître son manque de moyens...seul importe son rêve!*

Entre l'irruption de chien et chats et la curiosité scientifique de Majors, ce rêve longtemps caressé et quasi atteint, mua en l'espace d'une seconde éblouissante en une suite inespérée, qu'on pouvait logiquement très bien cataloguer comme confirmation fracassante de certaines théories.

Disparu le laboratoire-bunker, bienvenu le paradis! Le fait est que Mme. l'agent spécial du FBI se retrouva sur son séant, sur le sable fin et blanc d'une plage magnifique, bordée de gracieux palmiers ondoyant sous la douce brise, face à une mer d'azur incomparable. De quoi perdre, pour un instant le don de la pensée cohérente, de la parole et  de n'importe quoi d'autre pour rester juste là, bouche-bée, interdite, abasourdie.

*Incroyable...incroyable...incroyable!!!*

Pas de mal, Louise ?

Henry l’aidait à se relever et elle dut faire un effort pour se reprendre, mais ne parvint qu'à sourire bêtement.

Oui...oui, ça va..., balbutia t'elle enfin, parfaitement bien...Henry...nous avons...

Ça déménage, non?

Le cher homme faisait de l'humour ou essayait de, elle ne lui en tint pas rigueur. Pour déménager, oui...on pouvait dire ça! En un clin d’œil on était passés à l'autre bout du monde, parce qu'en toute évidence celui ci n'était pas la berge de la rivière Charles. Henry commença par s'excuser sur tous les tons, promettant arranger le tout dès que contact avec Majors.

Eh oui! La vie est parfois une suite des meilleures intentions..mais il faut toujours compter avec l'intervention de cet autrui qu'on essaye d'ignorer la plupart des fois. Dans ce cas, c'était difficile de passer outre...

*Grimés, masqués, armés et menaçants...pas précisément un comité d'accueil pour touristes paumés à moins de vouloir leur ficher la trouille!*

Ce qui n'était pas manifestement leur seule intention, on ne fonce pas sur les gens de la sorte pour leur dire bonjour. Réflexe de bon agent, Louise sortit son arme et sans hésiter tira en l'air. Le claquement du coup de feu changea la donne, les autochtones restèrent là, paralysés sur place alors que Dave, le plus imposant du groupe avançait vers eux avec des gestes d'apaisement suivi de la petite Nell Watts, experte linguiste s'essayant avec divers dialectes. Ce fut trop pour le comité d'accueil qui ne pigeant plus rien, prit les jambes à son cou les laissant là à se poser toute sorte de questions, qui, bien entendu, restèrent sans réponse immédiate.
Et puis, pour continuer dans la logique des surprises pas toutes bonnes et décidément inattendues, il résulta que la sympathique Toni avait récupéré un des boîtiers...qui, ô malheur, avait paumé sa magie dans quelque courbe spatio-temporelle ou comme on voudrait bien appeler le phénomène.

Pas de jus ! C’est pas possible ! Je parie que Johnny trifouille de son côté, l’imbécile !

Ah non! Quand même pas, je vous interdis de dire du mal de Majors, ce garçon doit être fou de préoccupation en se rendant compte de ce qui se passe...il est tout moins un imbécile, je vous le certifie, Henry...il était des premiers de sa promotion au MIT, donc...

Désolé, Louise, je maintiens ! Même s’il veut aider, il ne fait qu’envenimer les choses…

Je vous en pris, vous génie, arrêtez plutôt de chipoter ce fichu boîtier, Dave a raison, vaut mieux attendre et voir ce qui se passe. Majors ne va pas lambiner en chemin! *Vaut mieux pour lui s'il ne veut pas que je l'étripe!*

Sur ce, retour des indigènes, bien plus humbles, cette fois. L'essai de communication de la petite Watts se vit récompensé par quelques informations en un anglais très approximatif et le résultat n'en fut que plus bluffant. En fait, il était question du capitaine James Cook auquel ces chères gens du coin avaient fait subir la dérouillée de sa vie, enfin...la dernière puisqu'il en était mort, ce qui les laissait eux, dans une réalité du genre parallèle, dubitative et éloignée de toute raison non absurde, c'est à dire, en peu de mots: perdus dans le temps et l'espace quelque part vers la fin du 18ème siècle.

Arrêtez de vous excuser, Henry...ceci confirme votre réussite, je m'en porterai garante et déposerai face à la commission de Sciences, début de rire nerveux, bien entendu...si nous parvenons à rentrer, mais enfin...restons pratiques...

Fallait bien! Les braves gens de ce merveilleux coin de monde surent se montrer conciliants et même accueillants une fois convaincus que ces drôles d'oiseaux ne leur voulaient aucun mal, ni avaient aucun désir de conquête.
Comme logement, on aurait pu rêver de mieux mais on faisait avec ce qu'on avait. Une large cabane pour eux! Murs nus, sol de sable clair, toit de feuilles de palmier.

Ma foi, ce n'est pas le Sheraton mais on a un toit sur la tête, le climat est bon, mais on peut s'attendre à des tempêtes...on pourvoira le moment venu!...Non Henry, ne vous navrez pas...je vous dois un aveu: je suis parfaitement contente...oui, croyez moi, cette entorse à ma routine est bénéfique pour mon humeur...ma vie est plutôt...enfin, oublions ça et faisons le bilan...Videz vos poches, les enfants! Vous aussi Henry!

Bilan plutôt chiche. On ne garde pas trop de choses dans les poches, c'est un fait avéré...enfin, il y a poches et poches mais là ce n'était pas trop le cas. Par contre, Louise ayant gardé son sac, put surprendre toute le monde avec son contenu. Elle ne sortait jamais sans sa petite pharmacie, rien d'extraordinaire mais le basique et élémentaire s'y trouvait, un étui de manucure, un autre de couture, quelques petits paquets individuels de Kleenex, un kit basique de maquillage, brosse, peigne, un jeu de clés Dietrich digne d'un voleur professionnel, son arme, une Beretta 9mm et quelques chargeurs.

On ne sait jamais ce qu'on doit affronter, dit elle à mode de presque excuse devant ce butin étalé, et si à cela on ajoute le couteau suisse de Dave, le briquet d'Henry, le petit miroir de Toni et autres bricoles, on n'est pas si mal nantis que cela...

Amen. Alléluia! La seule façon de s'y prendre face à l'infortune est de ne pas baisser les bras, et pour cela rien de mieux qu'assigner à tous et chacun une corvée distincte. Ce fut fait. On envoya les jeunes explorer les alentours, faire des relations publiques.

Bien, mon cher, à nous de nous occuper de notre intérieur...et des provisions!

Le cher Dr. Warrington ne s'y attendait certainement pas à cette partie de chasse hors-normes, pas plus qu'à tresser des nattes ou coudre des hamacs rudimentaires.

Allons mon cher, trêve de compliments...je possède une certaine habileté pour les ouvrages manuels...trop d'heures mortes à meubler, dirais-je...Vous avez vos expériences scientifiques, moi, mon travail...mais hélas il y a, malgré tout, trop de temps pour penser...alors il vaut mieux occuper l'esprit...*C'est ça, raconte lui ta vie, il te raconte la sienne et vous finissez par pleurer tous les deux...voyons, Louise...de la contenance!!!*

Le Dr. Lescot avait déniché des plantes, préparé une mixture soi-disant excellent répulsif d'insectes.

*Et de tout être vivant à deux lieues alentour...*

Dave et Nell, eux, avaient fait une trouvaille de tout un autre genre: un trésor qu'on alla gentiment piller le lendemain, tôt au matin, après une nuit assez confortable, en tout cas sans moustiques. Ces chers enfants revinrent avec des pierres précieuses plein les poches et c'est encore peu dire juste à temps pour être ensemble lorsque le boîtier revint à la vie et les déménagea sans préavis.

Pour un changement de décor, celui ci en étai un...peu engageant. Fini le paradis, bienvenue la ruelle Dieu merci assez déserte, dans un coin de monde gris, froid et pluvieux. Exploration rapide des alentours, qui au delà de la ruelle grouillaient d'un monde affairé. Les nouvelles étaient étonnantes: Cherbourg en l'An de grâce de 1912, date exacte 9 Avril.

Nell a tout à fait raison, ou on fait couleur locale ou la maréchaussée nous embarque! Dave, passez moi quelques uns de vos jolis cailloux...Ne vous en faites pas, je saurai parfaitement m'y prendre...Oui, Toni...cette...jupe devra faire l'affaire pour le moment...

Elle offrait sans aucun doute une drôle d'allure une fois mêlée à la foule qui circulait par là. Encore heureux qu'elle eut conservé son chemisier en soie, ce qui palliait un peu la misère de sa longue jupe grise, retenue par une ceinture en cuir signée Prada. Eh oui, l'agent Stark se faisait parfois plaisir avec des accessoires luxueux, de quoi mettre un peu de joie à sa mise habituellement assez stricte quoique toujours élégante. En tout cas là, elle caillait misérablement. Il faisait plutôt froid, cette année là, en Avril.

*John Majors...vaut mieux que tes magouilles technologiques marchent...sans ça...*

M. Pierre Lemercier regarda la femme qui venait d'entrer dans sa petite boutique discrète mais cossue. Il savait reconnaître un bon client au premier coup d’œil et là, cela ne lui disait rien de bon. Il allait lui demander  de quitter les lieux mais la nouvelle venue le prit de court avec son ton péremptoire. Faut dire que Louise savait très bien s'y prendre, avec le ton!

Inutile de froncer le nez et prendre vos grands airs. Je sais, ma mise ne dit rien qui vaille mais voilà...mes amis et moi avons été attaqués, volés, délestés de nos bagages...je ne vous en dis pas plus, terrible expérience qui m'oblige en ce triste jours de venir marchander avec vous...N'ayez crainte, mon brave homme, je viens vous proposer l'affaire de votre vie...

M. Lemercier resta comme deux ronds de flan en voyant l'étalage scintillant que la dame déposait sur le velours sombre de son comptoir de bijoutier.

Madame...ces pierres...

Elles sont magnifiques, n'est ce pas? Je souffre de m'en défaire...cela me brise le cœur...mais il est des moments dans la vie...

Le tout d'une voix rauque d'émotion, en un français parfait, avec l'intonation voulue, avec le regard impérieux qu'il faut, teinté de secrets chagrins et allez savoir quoi d'autre qui firent écrouler tous les remparts de suspicion qu'il aurait voulu opposer. Inutile de s'étendre sur le thème, Louise sortit de la boutique bien plus riche qu'elle n'y était entrée...mais alors là, beaucoup, beaucoup plus riche.

*Ben dis donc...nous voilà fourrés aux as!*

Et puisqu'il en était ainsi, autant se faire plaisir. On se partagea le magot, es messieurs partirent de leur côté, ces dames d'un autre. Leur but commun: ressembler à des gens bien.
La suite fut aussi rapide qu'extraordinaire et le résultat non moins bluffant. Un vicomte qui s'en mêle, une identité confondue, une fortune qui en dit pas mal...un nom, deux, trois, on invente, on improvise et hop...on se retrouve là où on pensait le moins pouvoir se retrouver un jour dans le rêve le plus fou.

Mon Dieu, Henry...je veux bien que vos expériences réussissent mais là, on ne va pas un peu loin?...Mais voyons, cher homme, on est à bord du Titanic!!!...Et vous avez dit que j'étais votre épouse! Ce n'est pas aller un peu loin?...Oui, bien sûr, les us et coutumes...j'espère que pour les effets vous n'ayez songé à adopter Dave ou Martin...ou une des filles...Oui, bien sûr...nous pourrions très bien l'être, soupir à fendre l'âme, si mon enfant était né...il aurait bien l'âge ...enfin, oublions ça..., elle sourit, releva la tête en maintenant en parfait équilibre le chef d’œuvre qui  tenait lieu de chapeau, Seigneur...quelle gymnastique!...J'espère pour le bien de Majors qu'il saura nous tirer d'affaire avant de...vous savez bien de quoi, mon cher, je n’ai décidément aucune envie de me promener en canot dans l’Atlantique Nord ni de vous voir vous noyer...pardon mais c'est ce qui vous attend, vous et les garçons...c'est répertorié!

Le cher Vicomte, celui qui croyait que Dave était l'arrière grand-père Clayton avait bien su arranger les choses et ils se trouvèrent installés dans deux suites contiguës assez vastes comme pour y héberger quatre familles complètes de migrants pauvres, mais l'heure n'était pas au sursauts de conscience. Une fois stewards, grooms et vicomte largués dehors, on délaissa la comédie des couples mariés et on passa à prospecter cette étonnante réalité. Une chose était sûre, personne n'avait envie d'endurer le tragique naufrage, encore mois d'en faire les frais. Il s’avéra que Nell avait un grand oncle à bord et voulait s’assurer de sa survie, même si selon la véritable histoire, le tonton s'en était tiré avec un début de pneumonie et avait vécu jusqu'à un âge assez avancé.

*Pitié, juste envie de se faire de la bile...Enfin...et ben sûr le beau Dave irait jusqu’à patauger entre les icebergs pour faire plaisir à la petite...Il est marrant ce gars, on le tient pour plus que dégourdi mais en vérité là, il perd les moyens...pourtant elle n'est pas une de ces filles aux jambes kilométriques avec lesquelles il sort normalement mais bien sûr miss Watts ne manque pas de caractère...et elle a vraiment quelque chose dans la tête!*

Toni, elle, voulait tout simplement sauver TOUT le monde. Martin semblait sans parti pris. Louise ne finissait pas de bien cerner le jeune médecin anglo-français...ou franco-anglais, comme on voudra, qui donnait si bien le change en tant que noble britannique.

*Ce cher garçon...adorable mais coincé...vilain chagrin d'amour sans doute, il n'a plus les yeux derrière les trous ou  a peur de les avoir...chat échaudé craint l'eau, dit-on...dommage, Toni a tout pour rendre un homme heureux mais elle n'a pas, non plus, l'air de trop s'en faire pour changer les choses...pourtant c'est dans l'air...ça viendra tout seul!*

Louise ne pouvait pas, ne savait pas éviter d’analyser son entourage, après tout, c'était son travail, en tant que "Profiler".

*Mais bien sûr, tu évites soigneusement de faire de même avec toi!...Oui, et quoi!?...Tu es une idiote..une vieille idiote! Tu es là, ravie...avoue-le! Ravie de jouer à être l'épouse d'Henry...il est si...William ne lui aurait jamais ressemblé...William était si...Mon Dieu, comment était-il? Ça fait si longtemps...ça a duré si peu...il était si jeune encore...Henry est si...*

Ses réflexions furent interrompues par le brainstorming imposé par les autres. Ces jeunes gens semblaient avoir besoin qu'on leur donne une ligne définie à suivre et de cela se chargea magistralement John Majors depuis son 21ème siècle si bien informatisé. Il leur fit parvenir, allez savoir par quel miracle de la science, ou de la chance, une tablette numérique avec laquelle ils pouvaient communiquer. Rassuré tout le monde sur le fait que leur ligne de temps demeurait intacte, on crut  tous les espoirs permis. On pouvait changer l'histoire, on pouvait sauver le Titanic...

*Ils ont regardé trop de films de Disney!*

En tout cas, elle avait une méchante migraine lui taraudant le crâne et préféra abandonner la discussion et aller plutôt chercher un peu de repos.

*Tu vas t'endormir dans un lit du Titanic...le Titanic va sombrer dans quatre jours...tu es un agent du FBI, tu vas prendre ta retraite en 2016...mais risques de te noyer en 1912...ou de voir se noyer ces adorables garçons...et Henry...et ça...tu ne pourrais pas le supporter...oh non! Ça jamais...pas les perdre...ce serait comme...vaudrait mieux mourir...tu ne pourrais jamais supporter cela...Mon Dieu, ai pitié de nous!*

Curieusement, elle s'endormit comme une masse et ne se réveilla que quand retentit un affreux clairon annonçant le petit déjeuner.

*C'est inhumain réveiller quelqu'un de la sorte!*

Mais fallait ce qu'il fallait. Bain, séance de pomponnage dans les règles de l'art. Impossible faire vite avec tant de détails à soigner pour évier de faire tache parmi la brillante société qu'ils allaient fréquenter.
On les regarda un peu de travers, allez savoir pourquoi, Louise n'avait que des connaissances moindres sur l'époque en cours mais s'arrangeait pour donner le change le mieux possible. Finalement, il ne s'agissait que de garder la mise, rester polie en regardant tout le monde de haut, genre "je me fiche de ce que vous pensez" et avoir des bonnes manières à table. Après tout, selon le script improvisé, ils étaient des gens de bonne société, riches et assez snobs. Bon, pour le snobisme on y repasserait face aux Astor, Guggemheim et autres plus ou moins nobles mais se croyant détenteurs de la vérité ultime.

Et puis, il fallut que Toni livre sa meilleure prestation théâtrale. Elle avait du talent, la gamine, tant et si bien que Louise, comme le reste des présents fut prise de court et arbora une expression tout à fait crédible. Mine de rien, la miss n’annonça ni plus ni moins, mode voyante en transe, que le naufrage de ce navire voulu insubmersible, et cela, je vous en prie, en s’adressant au capitaine en personne, avant de tomber, artistiquement dans les vapes.

Bien entendu, pour faire des vagues, ça en fit...des vagues, un  tsunami en fait. Le capitaine Smith dut en faire une  jaunisse en voyant quelques uns de ses passagers débarquer en Irlande, d'autres, sans qu'on sache comment ils avaient su, refuser d'embarquer et finalement en se rendait compte que, mine de rien, les "prédictions" de celle qu'on tenait pour Lady Lescot avaient fait le tour du bateau en un temps record et que pas un chat à bord n'ignorait que la mignonne lady assurait qu'on allait couler corps et biens sans avoir eu le temps de dire ouf!

Vive la superstition, qui alimente la crainte, qui a son tour engendre impuissance face aux événements et colère ronflante contre ceux qui pourraient faire quelque chose mais font comme si rien.

Le jeu de Toni est parfait...un coup de théâtre et tout ce beau monde est sens dessus dessous!, assura Louise en rentrant de l'entretien, plus houleux tu meurs, avec le capitaine qui exigeait un démenti qui lui fut refusé tout de go, non...je ne m'en ferais pas trop Henry...les infos que Toni a larguées sont irréfutables...il y a eu témoins...les officiers...Oui, loyaux envers Smith mais humains avant tout...voyons, mon cher...si on vous...ah bon? Tu préfères le "tu"...soit...Henry...si tu savais que tu vas mourir, à coup sûr,mais tout à coup, tu entrevois un moyen de te sauver...que fais-tu?...Personnellement, je saute sur le râble de celui qui m'en empêcherait! Mais bien entendu, Smith ne va pas rester les bras croisés, ça fait un moment qu'on nous surveille...Henry, je suis un agent du FBI, je sais ces choses là!

Elle ne se trompait pas d'autant plus que la discrétion n'était décidément pas le fort des forces de sécurité à bord. Le lendemain au petit déjeuner ils en eurent la confirmation. Le cordon de surveillance était aussi évident que si on avait tendu une chaîne autour de leur table.

Vous pouvez dire au capitaine Smith qu'une plainte sera transmise directement à la White Star pour harcèlement, annonça Louise, majestueuse, oh peu importe que vous ne sachiez pas de quoi je parle, les avocats de la compagnie vont se régaler avec la nouvelle...écartez vous, bonté divine, ces dames désirent s'approcher!

En effet, deux personnages hauts en couleur forçaient le barrage. Sans les connaître personnellement mais ayant vu des photos, Louise reconnut sans mal ces deux dames qui avaient été si en avance avec leur temps.

Mesdames, messieurs, nous permettrez-vous de partager quelques instants ?

Ce sera un plaisir pour nous, Mrs. Brown, Mrs. Churchill Candee...asseyez vous..du café? du thé?...Oh, croyez moi, je suis une ardente admiratrice de votre cause..., coup d’œil et clin d’œil vers Henry, voyons, chéri, pas la peine de dire quoi que ce soit...je suis féministe...mais enfin, ce n'est pas le point, je suppose...

Mrs. Brown ne mâcha pas ses mots.

Nous n’irons pas par quatre chemins : êtes-vous des imposteurs ? Que désirez-vous ? Nous flanquer la trouille, que nous vous payions pour des informations ?

Mais voyons, s'outra Louise alors qu'Henry virait au vert, ce que vos dites est limite insultant, ma chère...

Chacun y alla du sien et Dieu merci, Martin fit jouer sa diplomatie,  apaisant les esprit et allant jusqu’à proposer l'impensable: leur montrer la tablette!

Tollé discret, pas tous n'étaient d'accord mais le Dr. Lescot semblait parfaitement sûr de ce qu'il allait faire, et Louise ne put, après réflexion que lui accorder raison: ils avaient besoin de tout le soutien possible, à eux seuls, surveillés comme ils l'étaient, jamais ils ne parviendraient à bouger un doigt sans qu'on leur tombe dessus et Smith ne demandait sans doute pas mieux qu'avoir une raison quelconque pour les mettre aux fers.


Et ce fut! Facile de s'imaginer la réaction de ces probes citoyens du début du 20ème siècle face à l'engin futuriste que Martin récupéra de sa cachette. William Stead, célèbre journaliste britannique qui s'était joint à eux sur conseil de Mrs. Brown fut le premier à réagir en les traitant de démons et assurant qu'on devrait les larguer par dessus bord.

*On supposait que c'était un homme brillant, d'esprit ouvert!*

Mrs. Brown qui ne manquait pas de réplique le taxa d'idiot et le pauvre homme assura qu'il ne faisait que se remettre à ce qui était écrit.

Vous pouvez parler, vous ! Femmes et enfants d’abord. Je vais y passer, moi!  C’est écrit, là !!!

Ce à quoi Martin, toujours lui, émit quelques pertinentes réflexions sur le sujet et demandant directement la collaboration des trois personnages d'époque.

Si nous n'arrivons pas, il nous faudra convaincre quartiers-maitres et machinistes quitte à provoquer une mutinerie.

Henry ne dit rien, Dave non plus mais son expression était de celui qui agrée, Nell hocha la tête et Toni semblait se demander si elle avait bien compris, quant à Louise, elle se disait que le Dr. Lescot perdait son temps comme médecin de campagne, compte tenu de son talent de médiateur.

Leurs nouveaux amis prirent congé avec la promesse de faire ce qui serait de leur ressort. Mrs. Brown, véritable force de la nature, semblait très décidée à prendre l'affaire en main, avec ou sans aide.

Il ne nous reste plus qu'à attendre, soupira Louise en fermant les yeux et se massant les tempes, c'est bon d'avoir ce genre d'appui externe...l'idée de la mutinerie est excellente et sur ce point je ne me ferais pas grand souci...en ce moment la nouvelle a atteint sans doute les salles de machines et ça doit aller bon train...

Elle ne se trompait pas! Le révolte germait. On discutait, palabrait, réfléchissait. Le ton montant, des disputes éclatèrent, la plupart croyaient dur comme fer aux "prédictions", d'autres, une minorité, se rangeait indéfectiblement du côté du capitaine.

Je navigue avec lui depuis plus de 20 ans et jamais il ne s'est trompé!!!, gueulait un des chefs- machinistes.

Ouais, mais s'il se trouve cette fois il se goure et on crève tous!!!, ripostait un autre, couvert de suie, en plus on tient l'info de bonne source...Mr. Bell ne va pas inventer un truc pareil!

Et ainsi de suite. Il en allait de même au quartier des officiers mais là c'était plutôt dans le genre messe basse. Aux cuisines on débattait en préparant les repas, dans les couloirs on échangeait des avis à la va vite. Au pont des 3ème classe ça allait bon train tout en priant aussi pour un salut  ne dépendant que d'un seul homme. Les 2ème classe gardaient leur distance et les 1ere classe faisaient comme si rien même s'ils n'en pensaient pas moins.


Impossible penser à se présenter à la salle à manger pour le dîner.

Aucun besoin de provoquer plus d'incidents, assura Louise en essayant de se montrer calme et posée, je suis sûre que nos amis sauront nous tenir au courant.

Ce ne fut pourtant ni Mrs. Brown ou Churchill-Candee ou encore moins Bill Stead qui se présenta mais un jeune officier, tard dans la soirée bien après qu'on leur eut servi le dîner. Il ne tint pas à se présenter, assurant seulement être porteur de nouvelles.

La situation est tendue...il y a dix minutes est arrivée la communication du Rappahannock, comme l'a dit Milady...les autres sont aussi arrivées exactement a l'heure prédite...le capitaine refuse pourtant tout changement...et demain c'est le 14 Avril!

Échange de regards mitigés. On ne s'était pas attendu à un autre genre de réaction de la part d'un homme de la trempe de Smith.

Le brave homme était dans un état de nerfs pitoyable, partagé entre devoir, loyauté et crainte.

Et la tension monte...de partout!, ajouta t'il, contrit, tout le monde est inquiet...

*Ce ne sont pas les raisons qui manquent!*...Que comptent faire les officiers?

Vous pouvez vous imaginer que personne ne veut risquer sa carrière!

Mais si la vie? Oui, je comprends...la loyauté...le futur...mais comprenez, Monsieur, qu'il n'y aura rien de cela, si pas les changements voulus, beaucoup d'entre nous courent à une mort sûre...

Il le savait, tous le savaient mais cela ne changeait rien moins de pouvoir intervenir directement, ce qui, pour les effets, n'était décidément pas donné. Le jeune officier s'en alla, sans plus, les laissant presque aussi désappointés qu'avant sa venue.

Pratique, dans un essai de remonter le moral de la troupe, Toni  servit une ronde d'alcools forts tout en émettant quelques idées, plus ou moins saugrenues, pour forcer le barrage.

Voyons, mon petit, il faut voir la réalité en face, on nous surveille de près, cela ne m'étonnerait pas s'il y avait un garde armé à notre porte avec ordre de tirer à vue. Smith ne se laissera pas damer le pion si facilement et pour les effets nous représentons des tiers très gênants pour lui...

Ils étaient là à se creuser les méninges quand des coups discrets à leur porte faillirent les faire sursauter. Dave alla ouvrir et Mrs. Brown s'engouffra dans la suite dans un tourbillon de plumes et fourrures, sertie de diamants et arborant un air conspirateur.

Désolée de ne pas être venue avant...Mon Dieu essayer de se faire entendre par ces ânes bâtés est plus dur que prévu...Astor est furieux de la défection de sa femme mais l'imbécile, au lieu de réfléchir, rejette toute faute sur vous, soupir théâtral, bien sûr je ne vous apprends rien en vous disant qu'il est impossible de raisonner Smith..vous avez blessé son amour-propre, il se sent humilié et Dieu sait quoi encore...mais...et là, cela devient intéressant...

Tous restaient suspendus à ses lèvres, la suite promettait bien de joies et ils ne furent pas déçus. Véritable moulin à paroles, son excuse était manquer de temps, Margaret Brown leur annonça qu'un début d'émeute avait été maté au pont des troisièmes, qu'en salles de machines ça n'allait pas beaucoup mieux, que parmi les passagers de première classe les avis se partageaient rapidement et que d'après quelques échanges discrets, elle savait que quelques officiers se rangeaient de leur côté.

Celui que nous devons convaincre est Smith, c'est le seul à pouvoir donner l'ordre de changement de cours, parce que je ne pense pas que le commandant en second veuille se mouiller dans une affaire de mutinerie...donc, il ne nous reste qu'à agir par nous mêmes mais étant donné...

On fera fi de la surveillance...nous sommes riches, bon Dieu, on graisse des pattes,  on passe des pots de vin...on soudoie, on achète...Pfft...mais on réglera ça demain...On a encore du temps. n'est ce pas?..Et n'oubliez pas de venir à la messe, ça fait bon ton...après nous prendrons ensemble le petit déjeuner avec quelques amis qui veuillent faire votre connaissance et croyez moi, ce n'est pas Edward Smith qui va nous  en empêcher!

Elle sortit comme elle était venue, en coup de vent, laissant derrière elle un courant d'énergie en action.

Quelle femme extraordinaire!, souffla Louise, encore abasourdie par ce déluge de paroles et bonnes intentions, on entame la droite finale...allons plutôt nous reposer...on aura besoin de toute notre force et lucidité, demain ne va pas être facile...

Drôle de nuit. Impossible dormir au début, trop d'idées se bousculaient dans sa tête mais elle s'obligea à un exercice de relaxation et peu à peu, l'esprit s'apaisant, elle s'assoupit.

Le garde à la porte ne broncha pas quand ils quittèrent leur suite au matin suivant, pour se rendre à la messe, il se contenta de leur emboîter le pas. Ce qui dura jusqu'au moment de croiser le chemin de Margaret Brown qui l'envoya paitre d'un ton qui ne permettait pas de réplique.

Et si on vous dit quelque chose, vous leur communiquez que je viens d'acheter le bateau et que c'est moi qui commande ici, allez ouste!, elle se tourna ravie vers ses nouveaux amis, conviction, décision et le bon ton...et en plus si vous avez réputation d'être un dragon cracheur de feu comme moi, le tour est joué!, elle éclat de rire en glissant son bras sous celui de Martin, venez, mes enfants...vous partagerez bien votre beau mari avec moi, n'est pas, Lady Lescot...On va leur montrer de quel bois on se chauffe!

Le plus sûr est que très peu parmi les assistants ait prêté trop d’attention au service dominical, trop occupés à suivre les faits et gestes des pommes de la discorde là présentes.
Le petit déjeuner qui s'en suivit ressembla plus à une réunion de joyeux convives qu'à une de comploteurs en cernes. On rit beaucoup, on parla plus, et mine de rien entre ceci et cela, on s'accorda pour parvenir à une fin commune.
Edward Smith n'avait raté miette de cette prestation de superbe arrogance et écumait de rage en rêvant de les balancer tous par dessus bord, mais bien entendu de telles prétentions restaient réduites à néant compte tenu le parterre de célébrités, millionnaires et autres de pareille relevance,  réuni à la table de Mrs. Margaret Brown.

Que le diable l'emporte, maugréa-t'il, furieux, tout appétit coupé.

Dans le cours de la matinée, il fut évident que le champ de glace était plus étendu que prévu. Des growlers de plus en plus nombreux apparurent mais cela ne dérangeait pas la progression de l'énorme navire.
On avait passé en revue tous les canots de sauvetage, si on les surveillait c'était de loin et avec discrétion. Comme supposé le compte n'était pas le bon et jamais de tout jamais il n'y aurait de la place pour tous à bord en cas de naufrage. Interpellé par Mme. Force de la Nature, un des membres de l'équipage se vit en devoir de répondre qu'étant donné que le paquebot était censé d'être insubmersible...on devine la suite!
Le déjeuner, fut une répétition plus corsée du le premier repas du jour. Le capitaine Smith se fit excuser en assurant avoir à faire au pont de commandement. Pour alors le brouillard avait commencé à se lever et on croisait des icebergs.
À mesure que passaient les heures, la tension générale se faisait de plus en plus palpable. On essayait de garder contenance  mas tout le monde avait les nerfs à fleur de peau. L'heure du thé fut une épreuve mais le dîner eut des allures de fiasco magistral. Les garçons de salle renversaient le vin, la soupe, les plateaux. Les convives étaient trop énervés pour déguster, encore heureux parce que le chef avait raté ses sauces.

Louise consultait sa montre, comme tous et chacun. à 22:57 elle ne tint plus.

Nous avons 40 minutes pour changer la donne...Smith a eu toutes les évidences nécessaires!

L'union fait la force, rien de plus vrai! Les comploteurs de la table de Mrs. Brown, étonnamment plus large qu'au déjeuner, se levèrent comme un seul homme et avancèrent majestueusement vers la sortie de la salle à manger. Personne ne songea à leur barrer le chemin.
L'accès au pont de commandement était, on peut l'imaginer, bien surveillé mais en voyant apparaitre cette foule charmante, vêtue de fête, la garde resta comme deux ronds de flan. Pas moins que le commodore Smith qui, la première surprise passée faillit avoir une apoplexie tant il était furieux.

Il est tard, capitaine, dit Louise posément, trop tard presque...mais vous avez encore le temps de dévier votre cours et contourner...

Abandonnez le pont...TOUS!!! C'EST UN ORDRE!!!

Désolée pour vous, mon cher, riposta Margaret Brown, n'étant pas  de vos matelots on n'a que faire des vos ordres...Faites ce qu'on vous dit, Edward, et rien de ceci ne parviendra aux oreilles de la Commission maritime!

Vous êtes aussi folle que ces gens!

On lui fit poliment comprendre qu'elle n'était pas la seule.

23:10. On cherchait encore des jumelles pour les vigies, sans savoir où elles pouvaient bien être.
23: 20. Un quartier-maître arriva en courant pour annoncer que les hommes de la salle de machines 5 refusaient de poursuivre leur travail.
23:30. À part chercher toujours les jumelles, un steward en nage et à la veste déchirée, vint faire part d'une véritable émeute, cette fois pour de bon, chez les 3ème classe. Pour alors le brouillard était épais comme de la purée de pois.
23:32. Profitant d'une seconde d'inattention, Louise joua du recours ultime et sortit, des replis de sa robe, son arme de service et sans arrière pensée colla le canon derrière l'oreille du capitaine.

Edward Smith faites arrêter les machines...MAINTENANT!!! Ou je vous jure que votre cervelle finira collée au plafond...ARRÊTEZ LES MACHINES!!!

Oh! général. Pas un des officiers ne bougea le petit doigt pour défendre Smith. En même temps, la vigie hurlait qu'il y avait un immense iceberg droit devant. Le second à bord voulut virer mais Louise le pointa de son arme à son tour lui ordonnant de ne rien faire. Smith donna enfin l'ordre, pas d'arrêter les machines mais de faire arrière toute pour ainsi ralentir au possible la vitesse et force de l'impact.

23:40. 41° 46′ N et 50° 14′ O. Le Titanic entra en collision avec un iceberg dont la masse émergée  correspondait à un immeuble de dix étages. La violence de l'impact fit l'effet d'un tremblement de terre alors que toute la structure du navire  gémissait comme animal blessé.

Vous nous croyez maintenant, Mr. Smith?

Pas de temps à perdre avec remontrances ou mises à point. Des ordres fusèrent tout azimut, la navire semblait avoir supporté ce choc frontal avec la montagne de glace, les compartiments étanches jouaient bien leur rôle, mais l'évacuation de femmes et enfants fut ordonnée alors que des messages de détresse étaient lancés à tous les navires proches.

Le premier à arriver sera le Carpathia mais ce ne sera que dans deux heures...Allons passer des vêtements chauds, ça va être une longue nuit...on va aider...Oh non, Henry, là tu peux rêver, jamais de la vie je ne m'embarquerai dans un de ces canots...Viens plutôt, passons nos fourrures, nos gilets de sauvetage et filons un coup de main à ces gens éperdus...

Le navire n'était pas en train de couler, les cloisons tenaient bon, il avait certes pris de l'eau, gitait de la proue mais restait à flot. Mr. Ismay le constructeur en jubilait, sans tort!

L’évacuation se passait de manière ordonnée, sans panique, ou presque. Femmes et enfants trouvaient place à bord des canots. Les hommes resteraient à bord en attendant leur tour.

Allez y, Margaret...et merci pour tout, sans vous...non, ma chère, je reste auprès d'Henry...de toute façon, rien n'aurait de sens sans lui et vous avez encore beaucoup à faire...oh pas de souci, très chère, vous y réussirez bellement, cela prendra son temps...On ne vous oubliera pas...

Bien...mais j'espère vous retrouver à New York dès que vous y arriverez à bord de ce rafiot mal en point...Je donnerai une grande fête en votre honneur...À bientôt, ma chère Louise...vous êtes une femme étonnante...tout comme vos amis!

Elle prit place dans le canot
et on l'entendit donner des ordres à tout va avec son habituelle énergie encore pendant un bon moment.

Non, Henry, inutile d’insister, je ne vais nulle part...pas sans toi...pas sans vous tous et les filles ont autant envie qu moi de quitter leurs "maris"...On a fait ce qu'on a pu...Des nouvelles de John?

Selon Nell qui surveillait la tablette, tout allait bien et Majors pensait avoir trouvé l'astuce pour les faire rentrer. Comme prévu, deux heures plus tard le Carpathia faisait acte de présence et embarquait les passagers du Titanic, miraculeusement rescapés d'une tragédie qui n'avait pas eu lieu.

Le capitaine Smith fit évacuer les derniers passagers à bord, préférant poursuivre le voyage uniquement avec l'équipage. Il n'eut pas  un mot de remerciement, juste un hochement de tête à leur adresse.

Il pleuvait, la nuit tombait déjà quand le Carpathia entra dans le port de New York après avoir dépassé la Grande Dame qui leur souhaitait la bienvenue. Louise releva la tête et regarda Henry qui contemplait le spectacle d'un air rêveur.

Et bien voilà, tu as réussi, Henry Warrington...tu es un génie...dans un moment Majors nous ramènera à la maison...et on prendra du bon café avec des pancakes...Oh mon Dieu...la porte!!!

Eh oui! La porte...mais il fallait demander à John Majors ce qu'il entendait par " ramener à la maison" parce que, encore cette fois, rien de ce qui les entourait,ne ressemblait, même de loin, à leur placide rue, à Cambridge, Massachusetts...mais alors là, pas du tout!!!
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